La place de la Mosquée al-Aqsa dans le coeur des musulmans

La Masjid al-Aqsâ (littéralement : "le Lieu de prière éloigné") qui se trouve à Jérusalem occupe une place importante dans les cœurs des musulmans.

Dieu, dans le Coran, parle de cette mosquée et du pays où elle se trouve en ces termes : "Pureté à Celui [Dieu] qui a fait voyager Son serviteur [Muhammad] de la Mosquée Sacrée jusqu'à la Masjid al-Aqsâ – celle dont Nous [Dieu] avons béni les alentours – afin de lui montrer Nos Signes. Il [Dieu] est, Lui, Celui qui entend, Celui qui voit" (Coran 17 /1).

Dans les paroles (hadîths) du Prophète Muhammad (sur lui la paix) également, la mention de la Masjid al-Aqsâ revient souvent :

1) Lors de son voyage nocturne (al-isrâ wal-mi'râj), le Prophète a été conduit d'abord de la Mosquée sacrée de La Mecque jusqu'à la Masjid al-Aqsâ de Jérusalem (voir verset du Coran plus haut, ainsi que les Hadîths bien connus rapportés par al-Bukhârî et Muslim).

2) Après leur émigration à Médine, le Prophète et ses Compagnons ont accompli, pendant 16 ou 17 mois, leurs cinq prières quotidiennes le visage tourné dans la direction de la mosquée al-Aqsâ (rapporté par al-Bukhârî et Muslim).

3) Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "Un voyage ne doit être entrepris que vers trois mosquées : la Mosquée Sacrée, ma Mosquée que voici, et la Mosquée al-Aqsâ" (rapporté par al-Bukhârî et Muslim). Ce Hadîth souligne qu'à part ces trois mosquées, il n'est pas utile de voyager spécialement pour se rendre dans une mosquée (c'est l'interprétation de certains ulémas) ou qu'il n'est pas permis d'entreprendre un voyage à but purement cultuel ailleurs que vers l'une de ces trois mosquées (c'est l'interprétation d'autres ulémas).

4) Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "La prière (salât) accomplie dans la Mosquée sacrée [de La Mecque] est égale [sur le plan des récompenses] à cent mille prières faites ailleurs. La prière accomplie dans ma Mosquée [à Médine] est égale [sur le plan des récompenses] à mille prières faites ailleurs. Et la prière accomplie dans la Mosquée al-Aqsâ [de Jérusalem] est égale [sur le plan des récompenses] à cinq cents prières faites ailleurs" (rapporté par al-Bazzâr, cité par Ibn Hajar qui dit de ce Hadîth qu'il est hassan).

5) Le Prophète (sur lui la paix), questionné au sujet de la première maison (consacrée à Dieu) bâtie sur terre, a dit : "C'est la Mosquée Sacrée [la Kaaba]. - Ensuite ? lui demanda-t-on. - C'est la Mosquée al-Aqsâ, répondit-il. - Combien de temps entre les deux ? demanda-t-on. - 40 ans, répondit-il (rapporté par al-Bukhârî).
Commentant ce Hadîth, certains ulémas sont d'avis que c'est Adam qui, le premier, a construit ces deux mosquées, à 40 ans d'intervalle, et que Abraham n'a fait que re-construire la Kaaba à l'endroit où elle avait été construite par Adam, et que Jacob (Ya'qûb) n'a fait lui aussi que reconstruire al-Aqsâ là où Adam l'avait construite. Mais je préfère l'avis d'autres ulémas (Ibn Kathîr notamment), ceux qui, pour leur part, sont d'avis que c'est Abraham qui, le premier, a construit la Kaaba en compagnie de son fils Ismaël, et que al-Aqsâ a été fondée 40 ans après cela (Ibn Kathîr a écrit dans son Tafsîr que le Hadîth relatant que c'est Adam qui a construit le premier la Kaaba est faible).
Par qui al-Aqsâ a été fondée 40 ans après la construction de la Kaaba par Abraham, le prophète Muhammad (sur lui la paix) ne l'a pas dit. Ibn Kathîr est d'avis qu'il s'agit du prophète Jacob (Ya'qûb), et qu'il s'agit juste d'une mise en place très sommaire qui s'est déroulée quarante ans après la construction de la Kaaba par le prophète Abraham (Qassas ul-anbiyâ', Ibn Kathîr, p. 156 et p. 202). Quant au prophète David (Dâoûd), il n'a fait que réinstaller l'arche là où son ancêtre avait posé les fondations du Sanctuaire. Son fils, le prophète Salomon (Sulaymân), n'a fait quant à lui que reconstruire et l'embellir. Le prophète Muhammad (sur lui la paix) a ainsi relaté comment Salomon, qui est son frère dans la foi, a invoqué Dieu et Lui a demandé trois choses après avoir terminé la (re-)construction du Sanctuaire (rapporté par an-Nassaï et Ibn Mâja, authentifié par al-Albânî).

Tout ceci fait qu'hier comme aujourd'hui, les musulmans demeurent attachés à la Mosquée al-Aqsâ et à ce qu'on appelle aujourd'hui l'Esplanade des Mosquées.

Hier, c'était notamment le vendredi 2 octobre 1187, quand Saladin (Salâh ud-dîn al-Ayyûbî - 1138-1193) avait fait son entrée dans Jérusalem qu'il avait reprise aux Croisés. Quatre ans plus tard, en septembre 1191, le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion lui demande par écrit de leur restituer Jérusalem, car, affirme-t-il, "c'est notre lieu de culte". Saladin lui répond : "La Ville sainte est (…) plus importante pour nous, car c'est vers elle que notre Prophète a accompli son miraculeux voyage nocturne, et c'est là que notre communauté sera réunie le jour du jugement dernier. Il est donc exclu que nous l'abandonnions. Jamais les musulmans ne l'admettraient (…)" (Les croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf, pp. 242-243).

Mais que Saladin refuse d'abandonner Jérusalem ne signifie pas qu'il en interdise l'accès à ceux qui ne sont pas musulmans et qui voudraient y pratiquer leur culte, fussent-ils ceux qui, eux, ont été injustes envers les musulmans lors de leur occupation. Au contraire, dès son entrée à Jérusalem le vendredi 2 octobre 1187, Saladin avait montré à ce sujet la grandeur d'âme des musulmans. Amin Maalouf relate : "Ses émirs et ses soldats ont des ordres stricts : aucun chrétien, qu'il soit franc ou oriental, ne doit être inquiété. De fait, il n'y aura ni massacre ni pillage. Quelques fanatiques ont réclamé la destruction de l'église du Saint-Sépulcre en guise de représailles contre les exactions commises par les Franj [les Croisés], mais Saladin les remet à leur place. Bien plus, il renforce la garde sur les lieux du culte et annonce que les Franj eux-mêmes pourront venir en pèlerinage quand ils le voudront. Bien entendu, la croix franque, installée sur le dôme du Rocher, est ramenée. Et la mosquée Al-Aqsa, qui avait été transformée en église, redevient un lieu de culte musulman (…). D'autres biens seront vendus plus tard aux familles juives, que Saladin installera dans la Ville sainte. (...) Si Saladin a conquis Jérusalem, ce n'est pas pour amasser de l'or, encore moins pour se venger. (...) Sa victoire, c'est d'avoir libéré la Ville sainte du joug des envahisseurs, et cela sans bain de sang, sans destruction, sans haine" (Les croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf, pp. 230-232).
Cette magnanimité de Saladin est en tous points conforme à ce qu'a enseigné le Prophète (sur lui la paix) en la matière (par exemple lors de la conquête de La Mecque où vivaient ses ennemis). Cette attitude chevaleresque de Saladin fut d'autant plus méritoire que les Croisés, eux, n'avaient pas fait preuve d'un comportement noble lors de leur conquête puis de leur occupation de Jérusalem à partir de juillet 1099 (lire à ce sujet, du livre sus-cité, les pages 8-9, 69 et 53-56).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Print Friendly