Qu'est-ce que la Zakât ul-fitr (ou Sadaqat ul-fitr) ? Quand la donner ? A combien s'élève-t-elle ?

Quelques règles détaillées concernant la zakât ul-fitr :

A) Qu'est-ce que la "zakât ul-fitr" (ou "sadaqat ul-fitr") (parfois : "fit'ra") ?

C'est une aumône dont le musulman s'acquitte le jour de la Fête de la Fin du ramadan ('Eid ul-fitr).

Il s'agit d'une aumône supplémentaire par rapport à la zakât ul-mâl : si les pauvres bénéficient de cette dernière aussi, la première est destinée à leur offrir quelque chose de supplémentaire pour le jour de la fête spécifiquement, pour des raisons évidentes.

En fait le Prophète a assigné deux fonctions à cette aumône qu'est la zakât ul-fitr : - une offre pour le pauvre par rapport au jour de la fête,
- et une purification des manquements dont on a éventuellement fait preuve dans les jeûnes du ramadan.
Ces deux fonctions sont explicitement mentionnées dans le hadîth cité ci-dessous sous le numéro 1.

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B) Quelques textes relatifs au sujet :

- 1) "عن ابن عباس قال: "فرض رسول الله صلى الله عليه وسلم زكاة الفطر طهرة للصائم من اللغو والرفث، وطعمة للمساكين. من أداها قبل الصلاة، فهي زكاة مقبولة؛ ومن أداها بعد الصلاة، فهي صدقة من الصدقات" : "Le Messager de Dieu, que Dieu prie sur lui et le salue, a rendu obligatoire / a fixé la zakât ul-fitr, comme purification pour le jeûneur par rapport aux paroles futiles et aux paroles grossières [qu'il a pu prononcer pendant les jeûnes], et comme nourriture pour les pauvres. Celui qui s'en acquitte avant la prière [de la fête], ce sera une zakât acceptée (par Dieu) ; et celui qui s'en acquitte après la prière, c'est une aumône parmi d'autres" (Abû Dâoûd, 1609).

- 2) "عن ابن عمر رضي الله عنهما، قال: "فرض رسول الله صلى الله عليه وسلم زكاة الفطر صاعا من تمر أو صاعا من شعير: على العبد والحر، والذكر والأنثى، والصغير والكبير من المسلمين؛ وأمر بها أن تؤدى قبل خروج الناس إلى الصلاة" : Abdullâh ibn Omar dit : "Le Messager de Dieu, que Dieu prie sur lui et le salue, a déclaré obligatoire / a fixé la zakât ul-fitr : une mesure (sâ') de dattes sèches ou une mesure d'orge : (cela est obligatoire / fixé) sur l'esclave et l'homme libre, l'homme et la femme, l'enfant et l'adulte, parmi les musulmans. Et il a ordonné qu'elle soit donnée avant que les gens partent pour la prière (de la fête)" (al-Bukhârî 1432, Muslim 984).

- 3) "عن أبي سعيد الخدري رضي الله عنه قال: "كنا نخرج في عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم يوم الفطر صاعا من طعام‏." وقال أبو سعيد: "وكان طعامنا الشعير والزبيب والأقط والتمر" : Abû Sa'îd dit : "A l'époque du Messager de Dieu (que Dieu prie sur lui et le salue), nous emportions, le jour de la fête, une mesure (sâ') de nourriture." Abû Sa'îd disait : "Notre nourriture était (alors) : l'orge, les raisins secs, le 'aqit [= sorte de lait séché ou caillé] et les dattes sèches" (al-Bukhârî 1439, Muslim 985, les mots ici reproduits sont ceux de la version ayant été rapportée par al-Bukhârî sous ce numéro). Abû Sa'îd voulait dire que, à l'époque du Prophète, les Compagnons de celui-ci donnaient en aumône de la fête, sadaqat ul-fitr, une mesure de l'un de ces aliments (comme cela est dit explicitement dans les autres versions de son propos rapportées par al-Bukhârî et par Muslim).

- 4) "وكان ابن عمر رضي الله عنهما يعطيها الذين يقبلونها، وكانوا يعطون قبل الفطر بيوم أو يومين" : "Et Ibn Omar la remettaient à ceux qui l'acceptaient [= les collecteurs : FB 3/474]. Et ils la donnaient 1 ou 2 jours avant le jour de la (fête de la) Fin du jeûne" (al-Bukhârî, 1440).

- 5) "أن عبد الله بن عمر كان يبعث بزكاة الفطر إلى الذي تجمع عنده قبل الفطر، بيومين أو ثلاثة" : "Abdullâh ibn Omar envoyait remettre la zakât ul-fitr à celui auprès de qui elle était collectée, 2 ou 3 jours avant le jour de la (fête de la) Fin du jeûne" (Mâlik dans son Mu'attâ).

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C) Statut de la sadaqat ul-fitr :

La sadaqat ul-fitr est obligatoire d'après la majorité des ulémas (Al-Mughnî 4/33) (d'après l'école hanafite, cela est "wâjib", cette école distinguant le "fardh" du "wâjib").

Elle est obligatoire sur toute personne qui :
- au moment où (d'après ash-Shâfi'î et Ahmad) le soleil se couche après le dernier jour du mois de ramadan, ou bien au moment où (d'après Abû Hanîfa, l'un des deux avis de Mâlik et Ibn Hazm) l'aube se lève le jour de la fête de la fin du jeûne (Al-Mughnî 4/59-60), sur toute personne qui, à ce moment là, est :
--- vivante, tout en étant alors :
--- musulmane,
--- saine d'esprit,
--- et propriétaire d'une certaine quantité de biens matériels.

Il y a ici divergence d'opinions quant à savoir quel est cette quantité de biens qu'une telle personne doit posséder pour être redevable de cette sadaqat ul-fitr :
- pour l'école hanafite il faut qu'elle possède, à ce moment là, des biens matériels en sus de ses besoins, qui atteignent le quorum (nissâb) de la zakât ;
- pour d'autres mujtahidûn, il suffit qu'elle possède, à ce moment là, (en sus de ses besoins et des besoins de ceux dont elle a la charge, pour cette nuit et ce jour) de quoi se procurer de quoi donner la zakât ul-fitr (Nayl ul-awtâr, 3/243).

La zakât ul-fitr doit être payée de la part de tout musulman, qu'il soit adulte ou mineur, de sexe masculin ou féminin.

D'après certains mujtahidûn, c'est, de façon systématique, le chef de famille qui doit s'en acquitter de la part de tous ceux dont il a la charge financière (même s'ils possèdent des biens matériels personnels) : épouse, garçons, filles, etc.
D'après d'autres mujtahidûn, l'épouse devra payer cette zakât de ses biens si elle en possède ; de même pour le garçon et la fille.

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D) Quand faut-il s'en acquitter ?

A celui qui est dans l'obligation de payer la zakât ul-fitr, en retarder le paiement au point de ne pas s'en être encore acquitté au moment du coucher du soleil qui marque la fin du jour de Eid, cela il est interdit.

Et en retarder le paiement au point de ne pas s'en être encore acquitté au moment de la prière de la fête, et donc de devoir le faire après cette prière, cela est interdit (ash-Shawkânî) / déconseillé (ash-Shâfi'î) (Fiqh uz-zakât, p. 1008). Ce caractère au moins déconseillé est dû au fait que (référence numéro 2) le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, "أمر بها أن تؤدى قبل خروج الناس إلى الصلاة" : "a ordonné que la (zakât ul-fitr) soit donnée avant que les gens partent pour la prière (de la fête)" (al-Bukhârî 1432, Muslim 984) ; et que (référence numéro 1) il a dit : "من أداها قبل الصلاة، فهي زكاة مقبولة؛ ومن أداها بعد الصلاة، فهي صدقة من الصدقات" : "Celui qui s'en acquitte avant la prière [de la fête], ce sera une zakât acceptée (par Dieu) ; et celui qui s'en acquitte après la prière, c'est une aumône parmi d'autres" (Abû Dâoûd, 1609).

Mais peut-on s'en acquitter avant le moment où la zakât ul-fitr devient obligatoire ?
- Ibn Hazm et al-Hassan ibn Ziyâd (un grand 'âlim hanafite) interdisent que l'on s'en acquitte avant le lever de l'aube du jour de la fête de la fin du jeûne. Pour eux, cela est comparable au sacrifice d'un animal qu'on doit faire le jour de la fête du sacrifice : cela ne peut pas être offert avant le moment voulu (qui débute à la fin de la prière de la fête de ce jour là) ;
- Selon Ahmad ibn Hanbal ainsi que l'avis retenu dans l'école malikite, il est autorisé de s'en acquitter 1 jour ou 2 avant le jour de la fête, mais pas avant ; cet avis se fonde sur la référence 4 suscitée ;
- Selon certains malikites, il est autorisé de s'en acquitter jusqu'à 3 jours avant le jour de Eid, mais pas avant ; cet avis se fonde sur la référence 5 suscitée ;
- Selon certains hanbalites, il est possible de s'en acquitter depuis la moitié du mois de ramadan ; les références 4 et 5 prouvant qu'on peut s'en acquitter quelque peu avant, ces ulémas ont évalué la nécessité de la collecte à 15 jours ;
- Selon ash-Shâfi'î, cela est possible une fois le mois de ramadan commencé ;
- Selon Abû Hanîfa, cela est possible depuis le moment où l'année de comptabilisation de la zakât (al-hawl) commence.

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E) Combien doit-on donner pour s'acquitter de cette sadaqat ul-fitr ?

Dans les textes (nussûs) existant sur le sujet, le Prophète a évoqué quelques types particuliers de nourriture à donner en zakât ul-fitr (nous allons y revenir). Et il a dit qu'il fallait en donner un Sâ'.

Le Sâ' est une mesure, pas un poids. C'est par facilité que les ulémas en ont donné l'équivalence en masse, à partir de grains de blés de taille moyenne (vu que la densité diffère d'une chose à une autre).

Le Sâ' équivaut à 4 Mudd (autre mesure), cela fait l'unanimité.

Par contre, à combien équivaut 1 Mudd, cela fait divergence :
- Abû Hanîfa et Muhammad ibn ul-Hassan pensent que cela équivaut à 2 Ratl baghdâdî (le Ratl est un poids, l'équivalence entre mesure et masse ayant été établie sur la base de grains de blé de taille moyenne, par volonté de facilitation : Al-Mughnî 4/40-41),
- tandis que la plupart des autres mujtahidûn pensent que cela équivaut à 1 Ratl baghdâdî plus un 1/3.

A quelle masse le Sâ' de grains de blé correspond-il, il y a dès lors divergence sur le sujet :
- d'après la majorité des mujtahidûn, le Sâ' équivaut à un peu moins de 2 500 grammes ;
- d'après l'école hanafite cela équivaut à un peu plus que 3 200 grammes.

On lira une excellente synthèse concernant le Sâ' in Fiqh uz-zakât, al-Qaradhâwî, pp. 392-400.

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F) Est-ce que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) avait également évoqué le blé lorsqu'il a mentionné les denrées alimentaires à donner en zakât ul-fitr ?

Ce point fait l'objet d'avis divergents :
- certains ulémas (parmi lesquels al-Khattâbî) pensent que oui,
- d'autres (parmi lesquels Ibn ul-Mundhir) disent que non.
Ce second avis se fonde entre autres sur le fait que Abû Sa'îd a dit : "عن أبي سعيد الخدري رضي الله عنه، قال: كنا نعطيها في زمان النبي صلى الله عليه وسلم صاعا من طعام، أو صاعا من تمر، أو صاعا من شعير، أو صاعا من زبيب. فلما جاء معاوية وجاءت السمراء، قال: أرى مدا من هذا يعدل مدين" (al-Bukhârî 1437), et que Abdullâh ibn Omar a dit : "عن بن عمر قال: لم تكن الصدقة على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم إلا التمر والزبيب والشعير؛ ولم تكن الحنطة" (Ibn Khuzayma : Fat'h ul-bârî, 3/470-471).

Ensuite, si on s'acquitte de la zakât ul-fitr en blé :
- certains ulémas (parmi lesquels les hanafites, ainsi que Ibn ul-Mundhir) sont d'avis que c'est alors un demi Sâ' seulement qu'il est obligatoire de donner,
- d'autres que c'est, alors aussi, un Sâ' complet qu'il est obligatoire de donner.
Ce second avis est également celui de Abû Sâ'ïd lui-même. Voir son propos à ce sujet, relaté par Muslim, 985/18 ; /21 ; at-Tirmidhî 673 ; Abû Dâoûd 1616. Il y a aussi cette parole de lui : "فقال له رجل من القوم: أو مدين من قمح؟ فقال: لا، تلك قيمة معاوية مطوية لا أقبلها ولا أعمل بها" (Ibn Khuzayma et al-Hâkim : Fat'h ul-bârî, 3/470).

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G) La zakât ul-fitr, peut-on s'en acquitter en donnant au pauvre non pas une mesure (Sâ') de l'une des denrées alimentaires que la Sunna a dûment mentionnées, mais la valeur de cette mesure en monnaie ?

Lire notre article sur le sujet.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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