Il existe un Quorum (Nissâb) pour être redevable de la Zakât sur un bien matériel - Le Quorum (Nissâb) de la Monnaie contemporaine et des Marchandises commerciales sera-t-il aligné sur le Quorum de l'Argent (200 Dirhams de l'époque) ? ou bien sur celui de l'Or (20 Dînârs de l'époque) ?

La zakât est due sur un certain nombre de biens matériels, parmi lesquels la monnaie.

A l'époque du Prophète (sur lui soit la paix), deux types de monnaie avaient cours en Arabie : le denier d'or (arabisé en Dînâr) (frappé par les Byzantins), et le drachme d'argent (devenu : "Dirham") (frappé par les Perses).

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"وَالَّذِينَ يَكْنِزُونَ الذَّهَبَ وَالْفِضَّةَ وَلاَ يُنفِقُونَهَا فِي سَبِيلِ اللّهِ فَبَشِّرْهُم بِعَذَابٍ أَلِيمٍ {9/34} يَوْمَ يُحْمَى عَلَيْهَا فِي نَارِ جَهَنَّمَ فَتُكْوَى بِهَا جِبَاهُهُمْ وَجُنوبُهُمْ وَظُهُورُهُمْ هَذَا مَا كَنَزْتُمْ لأَنفُسِكُمْ فَذُوقُواْ مَا كُنتُمْ تَكْنِزُونَ {9/35" : Le Coran blâme ici sévèrement "ceux qui thésaurisent l'or et l'argent et ne les dépensent pas dans le chemin de Dieu", et les menace de châtiment dans l'au-delà (Coran 9/34-35). Thésauriser et ne pas dépenser dans le chemin de Dieu, cela signifie : "ne pas payer la zakât". Le hadîth du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) est bien connu sur le sujet : "ما بلغ أن تؤدى زكاته، فزكي فليس بكنز" : "Ce qui atteint que l'on en paie la zakat, et zakât en a été payé, cela n'est pas un bien thésaurisé" (Abû Dâoûd, 1564).

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit quant à celui qui ne s'acquitte pas du devoir qu'il a au sujet de l'or et de l'argent (et qui est aussi le droit de ces métaux précieux) : '"عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ما من صاحب ذهب ولا فضة، لا يؤدي منها حقها، إلا إذا كان يوم القيامة، صفحت له صفائح من نار، فأحمي عليها في نار جهنم، فيكوى بها جنبه وجبينه وظهره، كلما بردت أعيدت له، في يوم كان مقداره خمسين ألف  سنة، حتى يقضى بين العباد، فيرى سبيله، إما إلى الجنة، وإما إلى النار." قيل: يا رسول الله، فالإبل؟" (Muslim, 987).

Il en est de même des biens achetés avec l'intention d'être revendus : des biens commerciaux.
Certes, certains spécialistes du hadîth ont émis des critiques quant à l'authenticité de la chaîne des hadîths induisant la zakât sur de tels biens (et c'est ce qui a conduit Ibn Hazm et al-Albânî à dire qu'on n'est pas redevable de zakât sur de tels biens).
Cependant, la Zakât n'étant pas une ibâda mah'dha, le qiyâs, analogie y a cours : la Ratio Legis, Principe Motivant, 'Illa, est que c'est tout bien qui est sujet à la fructification qui est la cause de l'obligation (sabab ul-wujûb) de la zakât. L'application concrète de ce principe à différents types de biens qui n'ont pas été mentionnés dans les textes des sources mais où cette 'Illa est présente est alors possible (cf. Fiqh uz-zakât, 1/43-46 ; As-Siyâssa ash-shar'iyya, pp. 261-263 ; Al-Marja'iyyat ul-'ulyâ, pp. 249-256).
Par ailleurs, Ibn ul-Mundhir et Abû 'Ubayd ont relaté qu'il y a consensus (ijmâ') des ulémas quant à l'obligation de zakât sur les biens commerciaux (voir Fiqh uz-zakât, p. 345). En effet, voici ce que Ibn ul-Mudhir a écrit : "وأجمعوا على أن في العروض التي تدار للتجارة الزكاة إذا حال عليها الحول" (Al-Ijmâ', point 115) : lire notre article Le Consensus.

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Au sujet de la zakât due sur la monnaie que l'on possède, il existe un quorum, un plancher (nissâb) : si on possède moins que ce quorum, on n'est pas redevable de la zakât sur ces biens (qu'ils soient or, argent, marchandises commerciales, etc.).

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Le Nissâb des Dirhams (argent) : 200 :

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "عن أبي سعيد الخدري، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "ليس فيما دون خمسة أوسق صدقة، ولا فيما دون خمس ذود صدقة، ولا فيما دون خمس أواق صدقة" : "Il n'y a pas d'aumône (obligatoire) dans moins que 5 Ûqiyya" (Muslim 979). On appelait une Ûqiyya : la somme de 40 dirhams d'argent. 5 Ûqiyya équivalent donc à la somme de 200 dirhams.

Abû Bakr (que Dieu l'agrée) avait, de même, relaté dans un écrit que tel était ce que le Prophète (sur lui soit la paix) avait fixé : "عن أنس أن أبا بكر رضي الله عنه، كتب له هذا الكتاب لما وجهه إلى البحرين: بسم الله الرحمن الرحيم هذه فريضة الصدقة التي فرض رسول الله صلى الله عليه وسلم على المسلمين، والتي أمر الله بها رسوله، فمن سئلها من المسلمين على وجهها، فليعطها ومن سئل فوقها فلا يعط. (...) وفي الرقة ربع العشر؛ فإن لم تكن إلا تسعين ومائة، فليس فيها شيء، إلا أن يشاء ربها" (al-Bukhârî, 1386).

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Le Dînâr pesait 1 mithqâl, cela est certain. Cela a été évalué à 4,25 grammes.

Par contre, pour ce qui est du Dirham, il faut savoir que, comme l'a écrit al-Qaradhâwî citant al-Maqrîzî : "Ces dirhams étaient de poids différents : il y en avait des grands et des petits, des légers et des lourds. C'est pourquoi les gens de La Mecque, dans la Jâhiliyya, faisaient des transactions, par leur moyen, non pas au décompte, mais à la pesée : comme s'ils s'agissait des morceaux ou de lingots non frappés" (Fiqh uz-zakât, p. 262). Dès lors, à l'époque du califat de Omar ibn ul-Khattâb, que Dieu l'agrée (Al-Hidâya 1/175), et apparemment, plus tard aussi, à celle du califat de Abd ul-Malik ibn Marwân (Fiqh uz-zakât, p. 276), un effort a été fait pour retenir un dirham moyen. Il a été ainsi convenu que le Dirham retenu serait le dirham dont le poids équivaut à 7/10 du poids du Dînâr : 10 Dirhams auraient le même poids que celui de 7 Dînârs.
Malgré tout, différents dirhams sont demeurés en différents lieux (Radd ul-muhtâr 3/226).
Même si certains ulémas sont d'avis que, en chaque lieu, c'est le dirham et le dînâr en usage dans le lieu qu'il s'agit de considérer (pour le quorum autant que pour le paiement), la grande majorité des ulémas est d'avis que son poids est celui qui a été retenu : il s'agit du dirham pesant 7/10 du dînâr : "والمعتبر في الدراهم وزن سبعة، وهو أن تكون العشرة منها وزن سبعة مثاقيل؛ بذلك جرى التقدير في ديوان عمر رضي الله عنه واستقر الأمر عليه" (Al-Hidaya 1/174-175). "والمعتبر وزن سبعة مثاقيل لأنه هو المتعارف في عامة البلاد" (Ibid., 1/518).

Cela a été évalué à 2,975 grammes. 200 Dirhams pesaient donc 595 grammes d'argent.

Dans un hadîth, on dit que : "عن ابن عمر، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "الوزن وزن أهل مكة، والمكيال مكيال أهل المدينة" (Abû Dâoûd, 3340). Al-Qarâdhâwî comprend ce hadîth comme signifiant que les musulmans auraient dû unifier leurs poids et mesures, parmi lesquels le dirham (Fiqh uz-zakât, pp. 276-278). Car, malgré les efforts des califes, différents Dirhams sont demeurés de par le monde musulman (voir par exemple : Radd ul-muhtâr 3/226).

Ce que nous venons de dire concerne le poids du Dirham.
Mais qu'en est-il de la valeur du Dirham, de cette pièce d'argent de l'époque ?

De nombreux hadîths nous montrent que 10 Dirhams (argent) avaient, en Arabie à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix), la même valeur que celle qu'avaient 1 Dînar (or) :

– Une chèvre valait 10 Dirhams : "ومن بلغت صدقته بنت مخاض وليست عنده، وعنده بنت لبون فإنها تقبل منه ويعطيه المصدق عشرين درهما أو شاتين" (al-Bukhârî, 1380). Or une chèvre se vendait (en moyenne) également 1 Dînâr : "عن عروة: أن النبي صلى الله عليه وسلم أعطاه دينارا يشتري له به شاة، فاشترى له به شاتين، فباع إحداهما بدينار، وجاءه بدينار وشاة، فدعا له بالبركة في بيعه، وكان لو اشترى التراب لربح فيه" (al-Bukhârî, 3443). On voit ici que 1 Dînâr valait 10 Dirhams.

– Un chameau valait en moyenne 10 Dînârs : la diya est de 100 chameaux ; or un hadîth précise qu'elle est, "pour les gens ayant de l'or : 1000 dînârs" : "وعلى أهل الذهب ألف دينار" (an-Nassâ'ï, 4853). Par ailleurs, un chameau avait la même valeur que 10 chèvres ("وقسم بينهم وعدل بعيرا بعشر شياه" : al-Bukhârî, 5223) ; or nous venons de voir qu'une chèvre valait 10 Dirhams : il en ressort qu'un chameau valait 100 dirhams. Nous avons, de nouveau ici, que 10 Dinars valaient bien 100 Dirhams.

– Au sujet de la valeur de la diya en or et en argent, on lit aussi ceci : "عن عمرو بن شعيب، عن أبيه، عن جده، قال: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يقوم دية الخطإ على أهل القرى أربع مائة دينار، أو عدلها من الورق، ويقومها على أثمان الإبل، فإذا غلت رفع في قيمتها، وإذا هاجت رخصا نقص من قيمتها، وبلغت على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم ما بين أربع مائة دينار إلى ثمان مائة دينار، وعدلها من الورق ثمانية آلاف درهم. وقضى رسول الله صلى الله عليه وسلم على أهل البقر مائتي بقرة، ومن كان دية عقله في الشاء فألفي شاة" (Abû Dâoûd, 4564). On lit ici que 800 Dînârs, leur équivalent était 8000 Dirhams.

Cependant, quand on lit que 10 dirhams avaient la même valeur que 1 dînâr, on en comprend qu'il s'agissait de dirhams d'un certain poids, et pas d'un autre poids (vu que 10 dirhams d'un moindre poids valaient forcément moins que 1 dînâr). Le Prophète utilisait-il, à La Mecque et à Médine, systématiquement un dirham d'un certain poids seulement, et pas d'un autre poids ?
C'est ce qu'on serait tenté de penser.
Le problème c'est qu'il existe un hadîth qui montre une équivalence de 1 Dînâr pour 12 Dirhams : "عن ابن عباس، عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه جعل الدية اثني عشر ألفا" (at-Tirmidhî, 1388, AD 4546), ainsi que le athar suivant : " عن عمرو بن شعيب، عن أبيه، عن جده، قال: " كانت قيمة الدية على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم: ثمان مائة دينار أو ثمانية آلاف درهم، ودية أهل الكتاب يومئذ النصف من دية المسلمين." قال: فكان ذلك كذلك حتى استخلف عمر رحمه الله، فقام خطيبا فقال: "ألا إن الإبل قد غلت." قال: ففرضها عمر على أهل الذهب ألف دينار، وعلى أهل الورق اثني عشر ألفا، وعلى أهل البقر مائتي بقرة، وعلى أهل الشاء ألفي شاة، وعلى أهل الحلل مائتي حلة، قال: وترك دية أهل الذمة لم يرفعها فيما رفع من الدية" (AD 4542).
On pourrait dire que, le premier hadîth ayant été qualifié de faible par al-Albânî, son contenu serait une erreur, et que c'est seulement à l'époque de Omar que, le cours de l'argent baissant, il a fallu 12 dirhams pour valoir 1 dînâr...
Le problème c'est que al-Qarâdhâwî cite des historiens faisant valoir que c'est seulement dans la seconde moitié du califat omeyyade qu'il a fallu 12 dirhams pour valoir 1 dînâr (note de bas de page sur Fiqh uz-zakât, pp. 286-287).
Les hanafites, eux, ont interprété ce hadîth en disant que les 12 000 dirhams valant 1000 dînâr, c'était avec des dirhams de moindre poids : "قال: "ومن العين ألف دينار ومن الورق عشرة آلاف درهم". وقال الشافعي: من الورق اثنا عشر ألفا لما روى ابن عباس رضي الله عنهما أن النبي عليه الصلاة والسلام قضى بذلك. ولنا ما روي عن عمر رضي الله عنه "أن النبي عليه الصلاة والسلام قضى بالدية في قتيل بعشرة آلاف درهم". وتأويل ما روي أنه قضى من دراهم كان وزنها وزن ستة وقد كانت كذلك" (Al-Hidâya, 2/569).
Si on retient cette interprétation des hanafites, cela montre que, à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) lui-même, des Dirhams de plusieurs poids ont pu coexister.

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Que 200 dirhams (de poids moyen) valaient 20 Dînârs, cela entraîne que le quorum (nissâb) pour la monnaie-or est de 20 Dînars :

– Et la grande majorité des ulémas sont bien de cet avis : le quorum de l'or est fixe : 20 dînars.

Sauf Tâ'ûs qui est d'avis (cet avis est également relaté de quelques autres mujtahidûn) qu'il s'agit d'évaluer le quorum de l'or d'après la valeur de 200 dirhams, une différence de valeur de ceux-ci entraînant une répercussion quant à l'or (Fiqh uz-zakât).

Le fait est que certes il y a bien des hadîths qui affirment que le quorum de l'or est de 20 dînars, mais (contrairement au cas des hadîths affirmant que le quorum de l'argent est de 200 dirhams et relatés plus haut) aucun d'entre eux n'est exempt de critique quant à l'authenticité de sa chaîne. Al-Qaradhâwî les a cités (Fiqh uz-zakât, pp. 270-271), a rappelé la critique qui existe quant à leur authenticité, puis a conclu : "mais l'un renforce l'autre" (p. 270).
Il y a également les propos de quelques Compagnons, de Tâbi'un, et de Aïmma, qui vont dans ce sens : le quorum de l'or est de 20 dînars (Fiqh uz-zakât, pp. 272-274).

20 dînars pesaient donc 85 grammes d'or (20 x 4,25).

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La monnaie, entre hier et aujourd'hui :

Les pièces de monnaie étaient auparavant d'or et d'argent... Certains Fuqahâ' précisent que cela ne signifie pas que le métal précieux y était pur, mais qu'il y était dominant (Al-Hidâya 2/92-93).

Aujourd'hui il existe toujours des pièces de monnaie (pour une plus faible valeur que les billets de banque) : mais ces pièces sont composées d'un alliage de métal dont la valeur réelle est bien moindre que la valeur qu'elles représentent (par exemple : "2€") : il s'agit d'une valeur conventionnelle.

A l'époque ancienne aussi il existait de la monnaie autre que l'or et l'argent : les Fuqahâ' l'appelaient : "الفلوس النافقة". Cependant, je ne sais pas si leur propriétaire devait s'acquitter de la zakât sur elle aussi. Par contre, d'après Muhammad ibn ul-Hassan, il était interdit de les vendre à quantités inégales (pour cause de ribâ fi-l-buyû') (Al-Hidâya 2/65).

Alors que des Fuqahâ' ont précisé que la pièce de monnaie où c'était l'alliage qui dominait l'or ou l'argent n'était pas considéré comme or ou argent et que la vente à quantités inégales pouvait y avoir cours, on lit que certaines monnaies très prisées faisaient l'exception, afin d'éviter le ribâ' : "وإن كان الغالب عليهما الغش فليسا في حكم الدراهم والدنانير" اعتبارا للغالب، فإن اشترى بها فضة خالصة فهو على الوجوه التي ذكرناها في حلية السيف. "وإن بيعت بجنسها متفاضلا جاز صرفا للجنس إلى خلاف الجنس" فهي في حكم شيئين فضة وصفر ولكنه صرف حتى يشترط القبض في المجلس لوجود الفضة من الجانبين، فإذا شرط القبض في الفضة يشترط في الصفر لأنه لا يتميز عنه إلا بضرر. قال رضي الله عنه: ومشايخنا رحمهم الله لم يفتوا بجواز ذلك في العدالى والغطارفة لأنها أعز الأموال في ديارنا، فلو أبيح التفاضل فيه ينفتح باب الربا" (Al-Hidâya 2/93).

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Le billet de banque était à l'origine une sorte de lettre de change : afin d'éviter le transport de lourdes espèces sonnantes et trébuchantes, l'acheteur remettait au vendeur un billet, qui correspondait à une certaine quantité de pièces de monnaie, détenue en lieu sûr par des personnes dignes de confiance, auprès de qui le vendeur pouvait récupérer cette somme sonnante.
Ensuite, quand le billet est devenu transférable à un autre porteur, le vendeur pouvait, s'il le désirait, payer à son tour un autre vendeur par l'intermédiaire de ce billet reçu d'un client à lui...

Les billets de banque constituent ce qu'on appelle la monnaie fiduciaire.

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Aujourd'hui il y a également la monnaie dématérialisée : il s'agit d'une suite de chiffres sur un compte (monnaie scripturale).

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Et depuis un moment, la monnaie n'est plus convertible en or. La monnaie de chaque pays a la valeur de sa performance économique.

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Vu qu'il existait auparavant 2 types de monnaie (celle en or et celle en argent), auparavant il existait 2 nissâb : celui de l'or et celui de l'argent :

Certes, quand quelqu'un possédait seulement de l'or, il n'avait pas le devoir de considérer si la valeur de ce qu'il possédait en or atteignait la valeur du nissâb de l'argent (de sorte que, ayant atteint ce nissâb de l'argent, il doive s'acquitter de la zakât sur cet or) : "أما عند انفراد أحدهما فلا تعتبر القيمة إجماعا بدائع؛ لأن المعتبر وزنه أداء ووجوبا كما مر" (Radd ul-muhtâr 3/234).

Par contre, si quelqu'un possédait à la fois de l'or et de l'argent et qu'aucun des deux n'atteignait le nissâb (quorum), certains mujtahids sont d'avis qu'il devait alors ajouter la valeur de l'un à celle de l'autre ; si la somme atteignait le nissâb, il devait payer la zakât. C'est l'avis de Abû Hanîfa (Ad-Durr ul-mukhtâr 3/234). Pour leur part, Abû Yûssuf, Muhammad ibn ul-Hassan et Mâlik sont aussi d'avis qu'il devait ajouter l'un à l'autre, mais selon eux au pro-rata, et pas à la valeur (Al-Mughnî, 3/591-592).
Ces deux avis sont fondés sur le fait (ma'lûl bi) que or et argent constituent tous deux de la monnaie : "يضم (الذهب إلى الفضة) وعكسه، بجامع الثمنية، (قيمة)، وقالا بالإجزاء" (Ad-Durr ul-mukhtâr 3/234).

En fait il existait 2 nissâbs parce qu'il existait alors 2 monnaies, l'une d'or et l'autre d'argent, et parce que le cours de l'argent avait baissé par rapport à celui qui était en vigueur à l'époque du Prophète et de ses premiers califes : 1 dînar valait, à cette époque-là, 10 dirhams, pour ensuite valoir, dans la seconde moitié de la dynastie omeyyade, 12 dirhams, et, plus tard, dans la dynastie abbasside, 15 dirhams ou plus (Fiqh uz-zakât, pp. 286-287). Qu'est-ce que les juristes de cette époque-là auraient-ils pu faire d'autre que d'établir 2 nissâbs ?

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Mais aujourd'hui que la monnaie n'est plus ni d'or ni d'argent, sur quel nissâb aligner le nissâb de la monnaie contemporaine : sur celui de l'argent ? ou sur celui de l'or ?

Beaucoup de Fuqaha' contemporains avaient opté jusqu'à peu pour l'alignement sur le nissâb de l'argent (soit 595 grammes d'argent), car cela entraîne un nissâb plus bas, d'où une plus grande imposition de personnes : les pauvres profitent davantage (أنفع للفقراء).

A l'origine c'étaient quelques Fuqahâ' contemporains seulement qui avaient opté pour l'alignement sur le nissâb de l'or (soit 85 grammes d'or) : al-Qaradhâwî, lui-même ayant suivi Abû Zahra et Khallâf.
Quelqu'un qui possède (fût-ce en biens matériels étant en sus de ses besoins, mais pas en monnaie) la valeur de 595 grammes d'argent (200 x 2,91g) serait considéré "aisé" : il ne pourrait alors pas recevoir la zakât. Or, au cours actuel de l'argent, qui est relativement bas, cela ne constitue pas une somme de monnaie conséquente ! (Cf. Fiqh uz-zakât, pp. 286-287.) Si cela profite aux pauvres d'après une perspective, ce n'est donc pas le cas d'après une autre perspective...
Par ailleurs, al-Qaradhâwî écrit : "Par comparaison avec l(a valeur d)es (autres) nissâb cités quant aux biens sujets à la Zakât – tels que 5 chameaux, ou 40 caprins ou ovins, ou 5 wasq de raisins secs ou de dattes sèches –, nous voyons que ce qui se rapproche de leur (valeur) à notre époque (quant à la monnaie), c'est le nissâb de l'or et pas celui de l'argent" (Fiqh uz-zakât, p. 287).

Aujourd'hui, même si les 2 avis continuent de coexister, de plus en plus nombreux sont les Fuqahâ' qui penchent vers ce second avis.

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Et si un jour la valeur de l'or elle-même chutait considérablement ?

Al-Qarâdhâwi fait valoir que le nissâb de l'argent étant de 200 dirhams, et celui de l'or 20 dînârs, on pouvait avec cette somme acheter 20 caprins (voir plus haut).
Or, le nissâb des caprins est pour sa part de 40 caprins / ovins : ce qui équivaut à 400 dirhams. Et le nissâb des chameaux est de 5 chameaux, ce qui équivaut à 500 dirhams.
Al-Qaradhâwî écrit que cela est fondé sur une sagesse : le plancher à partir duquel on est imposable de zakât sur les animaux est plus élevé que le plancher à partir duquel on est imposable de zakât sur la monnaie : 2 fois plus élevé en ce qui concerne les caprins et ovins, et 2,5 plus élevé en ce qui concerne les camélidés.

Il en ressort, dit al-Qarâdhâwî, que l'on peut dire que le nissâb de la monnaie s'élève à la même valeur que celle qu'ont 20 caprins, ou encore 2,5 chameaux (Fiqh uz-zakât, pp. 290-292).

Wallâhu A'lam (Dieu sai tmieux).

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