Le Prophète (sur lui soit la paix) a été miséricordieux même envers ses ennemis

Un non-musulman qui est en conflit armé avec des musulmans, le musulman ne peut pas être son ami (sens A de Tawallî), ni le prendre comme auxiliaire (sens B), même si cela est d'intensité 1, car cela risque fort (dharî'a) de conduire à l'intensité 2, vu le caractère particulier de ce non-musulman. A l'égard d'une telle personne, même faire preuve de bienfaisance (ihsân, sens C de Tawallî), même d'intensité 1, est interdit : il s'agit de la bienfaisance qui l'honore (ikrâm) ou le renforce (taqwiya).

Par contreà un ou des non-musulmans qui combatte(nt) les musulmans, il n'est pas interdit d'envoyer de la nourriture ou de la boisson parce qu'ils souffrent d'une famine conséquente, pour simplement les aider humainement.

En fait, ce qu'il est interdit vis-à-vis du non-musulman en conflit armé, c'est la bienfaisance qui est faite pour l'honorer (comme on peut en faire vis-à-vis d'un non-musulman qui n'est pas ennemi : il est autorisé de lui faire un cadeau pour l'honorer : Ahkâm ul-qur'ân, 4/228), ou la bienfaisance qui va le renforcer. Par contre, venir en aide à ce non-musulman qui combat les musulmans, dans une mesure strictement humanitaire, cela n'est pas interdit.

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Le fait est que, quand Thumâma se convertit à l'islam, puis se rendit à la Mecque y accomplir le petit pèlerinage, des Mecquois lui dirent : "Tu es devenu Sâbi' ?" Il répondit : "Non, je suis devenu Musulman en compagnie de Muhammad le Messager de Dieu. Par Dieu, de al-Yamâma, pas un grain de blé ne vous viendra (plus) jusqu'à ce que le Messager de Dieu en donne l'autorisation" (al-Bukhârî 4114, Muslim 1764).
Et, rentré à al-Yamâma, il interdit effectivement les ventes de blé à la Mecque.
Des Mecquois écrivirent alors au Prophète et lui demandèrent, au nom de l'entretien des relations familiales (silat ur-rahim) qu'il enseignait, de donner son autorisation. Le Prophète envoya alors une lettre à Thumâma lui demandant de laisser le blé être exporté à la Mecque (Fat'h ul-bârî 8/111).

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De même, d'après l'une des interprétations, c'était alors même que le Prophète avait déjà émigré à Médine et que les Quraysh étaient en conflit armé contre lui que, approché par quelqu'un se plaignant à lui de la famine dont les Mecquois souffraient à cause de la sécheresse, le Prophète invoqua Dieu qu'Il leur accorde la pluie (Fat'h ul-bârî 2/657-660).

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De même encore, il n'est pas interdit qu'il y ait commerce entre les musulmans d'un pays musulman et des hommes ressortissant d'un pays ennemi de celui-ci, pourvu qu'on ne lui vende rien qui le renforce dans son combat contre des musulmans (les anciens juristes interdisaient ainsi la vente d'armes à la Dâr ul-harb ; certains d'eux interdisaient aussi la vente de fer à la Dâr ul-harb : lire notre article sur la question d'aider ce qui est mal).
Al-Bukhârî écrit ainsi : "باب الشراء والبيع مع المشركين وأهل الحرب" (Al-Jâmi' us-sahîh, kitâb ul-buyû', bâb n° 99). En commentaire, Ibn Battâl écrit : "معاملة الكفار جائزة، إلا بيع ما يستعين به أهل الحرب على المسلمين" (FB 4/517-518).
Il se peut cependant que, par maslaha, l'autorité musulmane de ce pays musulman décide de limiter le commerce avec la Dâr ul-harb au strict minimum vital (conformément à ce que nous avons vu avec l'exportation de blé à la Mecque) et interdise le reste, l'objectif étant d'affaiblir économiquement l'ennemi.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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