Est-il permis à un musulman de saluer une femme en lui donnant la main ? - مصافحة الرجل المرأة الأجنبية لحاجة

Question :

Dans mon travail je me trouve parfois dans des situations où des femmes me saluent parfois par une poignée de main (comme c'est la coutume en Occident). Or j'essaie de rester dans le cadre de ce que l'islam nous autorise. Je voudrais savoir si les sources de l'islam permettent qu'un musulman réponde à cette forme de salutation en tendant lui aussi la main à ces dames.

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Réponse :

A) Si un homme donne la main à une femme (qui n'est pas son épouse) et ressent alors ce qu'il ne faut pas dans son cœur (désir, shahwa), cela est interdit.

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B) Votre question se pose uniquement à propos du fait qu'un homme salue une femme en lui donnant la main, mais sans ressentir rien de ce qui est mentionné ci-dessus.
A ce propos, je ne pense pas qu'il y ait de divergence d'opinions sur le fait qu'entre propres frères et sœurs, fils et mère, etc., il soit permis de se saluer en se donnant la main. La question se pose concernant le cas autre que celui de ces proches parents (mahârim, ceux qui ne peuvent jamais se marier ensemble à cause d'un lien de consanguinité). A ce sujet :

D'après ce que je sais des quatre écoles : hanafite, malikite, shafi'ite et hanbalite, cela n'est pas autorisé (l'école hanafite fait l'exception de la femme âgée : un homme peut lui donner la main).
Le Prophète (sur lui la paix) a dit qu'il est mieux pour un homme d'être ainsi et ainsi plutôt que "de toucher une femme qui n'est pas halal pour lui" : "لأن يطعن في رأس رجل بمخيط من حديد خير من أن يمس امرأة لا تحل له" (voir par exemple Silsilat ul-ahâdîth as-sahîha, n° 226 ; voir tome 1 pp. 447-449).
A des femmes venues lui demander de tendre sa main pour qu'elles lui fassent serment d'allégeance, le Prophète avait répondu : "Je ne donne pas la main aux femmes" : "إني لا أصافح النساء؛ إنما قولي لمائة امرأة كقولي لامرأة واحدة" (Silsilat ul-ahâdîth as-sahîha, n° 529 ; voir tome 2 pp. 63-67).

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Les ulémas al-Qaradhâwî et Abû Chuqqa ont un avis quelque peu différent.
Ils acceptent bien sûr ces Hadîths, mais n'en font pas la même lecture.

En effet, pour al-Qaradhâwî, le premier Hadîth suscité concerne le cas particulier du toucher érotique (shahwa). Il s'agit d'un cas de ta'lîl un-nass.
Ceci car, dit-il, d'autres Hadîths existent qui montrent que le seul fait de toucher n'est pas systématiquement et dans tous les cas interdit (lire ces Hadîths dans Tahrîr ul-mar'a, Abû Chuqqa, tome 2 pp. 91-92).

Voici un de ces textes, qu'une musulmane de l'époque du Prophète raconte : "Le Prophète s'est un jour rendu chez nous. J'étais en train de manger avec ma main gauche, car j'étais gauchère. Il donna un léger coup sur ma main et la bouchée que j'avais prise tomba. Il me dit : "Ne mange pas avec ta main gauche car Dieu t'a donné une main droite" ou : "Dieu a accordé la faculté à ta main droite." Depuis ce jour, j'utilisai ma main droite et non plus la gauche, et ne mangeai plus que par elle" : "عن عبد الله بن محمد، عن امرأة منهم قالت: دخل علي رسول الله صلى الله عليه وسلم وأنا آكل بشمالي وكنت امرأة عسراء، فضرب يدي فسقطت اللقمة فقال: "لا تأكلي بشمالك وقد جعل الله تبارك وتعالى لك يمينا"، أو قال: "قد أطلق الله عز وجل لك يمينك". قال: فتحولت شمالي يمينا فما أكلت بها بعد" (rapporté par Ahmad, 16639, 23224).

Quant au deuxième Hadîth cité ci-dessus, al-Qaradhâwî l'accepte également, bien évidemment. Mais voici ce qu'il en dit en substance : quand le Prophète a fait comme réponse : "Je ne donne pas la main aux femmes", il a exprimé le fait que lui a choisi de ne pas donner la poignée de mains aux femmes. Or, il arrive qu'il délaisse quelque chose parce que c'est interdit, mais il arrive aussi qu'il délaisse cette chose parce que c'est seulement déconseillé. Et dans ce texte, il n'a pas dit que donner ainsi la main en guise de salutation était systématiquement interdit. "Dès lors, le seul fait qu'il ait choisi de ne pas donner la main ne signifie pas que ce soit interdit : il faut, pour prouver l'interdiction, un autre texte que celui-ci", écrit al-Qaradhâwî.

Malgré tout, ajoutent les deux ulémas, même si ces deux conditions sont remplies, il est mieux pour les musulmans et les musulmanes d'éviter cette forme de salutation entre hommes et femmes : il s'agit ici de suivre le modèle du Prophète car il a dit : "Je ne donne pas la main aux femmes". Cette parole montre que le mieux est de l'éviter, ce qui relève d'ailleurs d'une mesure de précaution (sadd udh-dharî'a). Ceci revient à dire que, selon cet avis, un musulman ne peut donner la main à une femme en guise de salutation qu'en cas de besoin (hâja).

Le musulman, écrit al-Qaradhâwî, ne devrait ainsi pas avoir recours en premier à cette forme de salutation vis-à-vis d'une femme. Il ne pourrait y avoir recours que si c'est cette femme qui, en premier, le salue ainsi. La même chose peut être dite pour la musulmane vis-à-vis d'un homme : elle ne devrait pas tendre la main en premier. C'est seulement au cas où cet homme la saluerait ainsi en premier qu'elle pourrait avoir recours à cette forme de salutation (cf. Fatâwâ mu'âssira, tome 2 pp. 291-302 et Tahrîr ul-mar'a, tome 2 pp. 89-94). Les règles civiles de la France vont dans le même sens : il est bien connu qu'en France, l'usage veut qu'un homme ne tende pas le premier la main à une femme : c'est cette dernière qui décide si elle tend la main ou si au contraire elle s'en abstient. Par contre, entre deux hommes, l'usage veut que ce soit le supérieur hiérarchique, ou à défaut le plus âgé, qui tendra la main à son interlocuteur. La femme qui salue l’homme, doit serrer sa main un peu plus énergiquement qu’à son habitude.

Je me suis contenté de relater ici les deux avis ainsi que leurs argumentations.

Je voudrais seulement ici ajouter qu'il peut arriver, même pour celui qui s'en tient au premier avis, que, devant la main tendue en face de lui, il sait être dans la Hâja de tendre la main à son tour. Cela arrive à tout le monde. Il devrait alors simplement considérer dans son cœur (tawba) que cela n'est pas conforme avec ce que lui il considère être l'éthique musulmane.

Par ailleurs, parfois, dans les milieux professionnels et autres, pour éviter la bise que la dame qui vient d'entrer dans la pièce fait à tout le monde, on aura recours, en France, au fait de tendre le premier la main à cette dame. Il s'agit d'un cas de akhaff udh-dhararayn.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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