Différentes terres d'Arabie et des environs, à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) et de ses premiers califes - Qu'est-ce qu'une terre "Kharâjî" ? et une terre "'Ushrî" ?

I) Il y avait alors :

--- la Dâr ul-islam : l'espace où l'islam était institué ;
--- la Dâr ul-ahd : la cité non-musulmane qui n'était pas en guerre contre la Dâr ul-islâm ;
--- la Dâr ul-harb : la cité non-musulmane qui était en guerre contre la Dâr ul-islâm.

Lire :
- Les pays musulmans d'aujourd'hui sont-ils toujours des Dâr ul-islâm ? - Il existe 2 sens au nom "Dâr ul-islâm" ;
- L'ensemble des pays non-musulmans ("Dâr ul-kufr") se partagent en Dâr ul-'ahd et Dâr ul-harb, ou en Dâr ul-amn et Dâr ul-khawf.

Ici nous parlerons seulement de la Dâr ul-islâm de l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) (depuis qu'il avait émigré à Médine) et de ses premiers successeurs (que Dieu les agrée).

Ci-après 2 termes seront visibles :
--- "Sul'h" (en son sens spécifique), qui signifie : "traité conclu sans qu'il y ait eu bataille" (cependant, parfois ce terme "Sul'h" a un sens général, désignant alors : "un traité conclu entre les 2 cités, que ce traité fasse suite à une bataille ou pas") ;
--- "'Anwa", qui signifie : "bataille" ; nous verrons plus bas que, même en pareil cas, il n'y a pas de règle de partage systématique. Dès lors :
----- celles des terres ayant été ouvertes suite à une 'Anwa mais qui n'étaient pas partagées devenaient des terres Kharâjî : sujettes à l'impôt foncier kharâj.

Pourquoi y eut-il alors certaines batailles et certaines conquêtes, lire pour le découvrir :
- La paix est ce que nous souhaitons – Les différents cas de combat (défensif /offensif) évoqués dans le Coran ;
- Les versets demandant de tuer les polythéistes (sourate 9) : ne pas considérer ces versets hors de leur contexte ! (Commentaire de Coran 9/1-5).

-

--- 1) Il y avait, donc, d'une part la Dâr ul-islam (propriété collective de type D) :

Cette Dâr ul-islâm était constituée de :

----- 1.1) la cité dont les habitants choisirent de se convertir globalement à l'islam :

Médine fut ainsi.
At-Tâ'ïf fut ainsi à partir de l'an 9 de l'hégire.
De nombreuses autres cités d'Arabie firent de même en l'an 9 ("l'année des délégations"). 'Amr ibn Salima raconte : "وكانت العرب تلوم بإسلامهم الفتح، فيقولون: اتركوه وقومه، فإنه إن ظهر عليهم فهو نبي صادق. فلما كانت وقعة أهل الفتح، بادر كل قوم بإسلامهم، وبدر أبي قومي بإسلامهم" : "Les Arabes attendaient l'issue pour adhérer à l'islam. Ils disaient : "Laissez-les, lui [Muhammad] et sa tribu [les Quraysh, de la Mecque] : s'il est victorieux, c'est un prophète véridique." Alors, lorsque eut lieu l'événement de la victoire de La Mecque, chaque tribu s'empressa d'embrasser l'islam" (al-Bukhârî, 4051)..

----- 1.2) la cité qui, sans qu'il y ait eu préalablement conversion globale de ses habitants à l'islam, et sans qu'il y ait eu ni bataille ni siège, reconnut la souveraineté de la Dâr ul-islâm sur elle :

Les cités de ce type furent alors Dâr ul-islâm dans le sens où elles passèrent sous la souveraineté (politique) de la Dâr ul-islâm. En même temps elles furent "Ardhu sul'h" : elles ne furent pas conquises.

En ce 1.2, il y avait 2 cas dérivés (évoqués in Ash-Shar'h ul-kabîr, 3/725) :

--------- 1.2.1) soit la terre devint la propriété de la Dâr ul-islâm (propriété de type D), mais en même temps les habitants non-musulmans continuèrent à être propriétaires de leurs parcelles de terre :

Ce fut le cas de al-Bahrain, dont les habitants restèrent globalement Zoroastriens, mais dont ce fut un Compagnon, al-'Alâ ibn ul-Hadhramî, que le Prophète nomma dirigeant. Cette cité fut "Ardhu sul'h", mais, vu qu'elle demeura leur propriété, ne fut pas "Ardhu Fay'".

--------- 1.2.2) soit la terre cessa d'être la propriété des habitants non-musulmans, sans pour autant devenir propriété personnelle des combattants musulmans :

Ce fut le cas de Fadak. Elle fut donc "Ardhu sul'h". Et vu qu'elle cessa d'être leur propriété, elle fut également : "Ardhu Fay'". Après le décès du Prophète (sur lui soit la paix), ce type de cité devint Waqf (B).

----- 1.3) la cité qui, sans préalablement conversion globale de ses habitants à l'islam, se rendit ("reddition") après un siège (mais sans qu'il y ait eu ce qui est considéré "bataille") :

Ce fut le cas des quartiers des Banu-n-Nadhîr à Médine (quartiers dont le siège dura 6 jours). Cela fut donc "Ardhu sul'h". Et cette terre fut également : "Ardhu Fay'".

----- 1.4) la cité qui, sans préalablement conversion globale de ses habitants à l'islam, se rendit ("reddition") après un siège et après qu'il y ait eu ce qui est considéré "bataille" :

Ce fut le cas des quartiers des Banû Qaynuqâ'.
Ce fut le cas des quartiers des Banu Qurayza.
Ce fut le cas, dans le 2nd versant (jânib) de Khaybar, des forts al-Watîh et as-Sulâlim. Cela fut "Ardhu 'anwa" (quant au terme "Sul'h" présent dans les récits, il est, ici, à appréhender en son sens littéral : ce fut un traité qui fixa les clauses de la reddition faisant suite à la bataille : mais bataille il y eut : cf. ZM 3/328-329). Cependant, le cas de ces 2 forts al-Watîh et as-Sulâlim est distingué de celui de tous les autres forts de Khaybar (qui seront évoqués ci-après) dans la mesure où, pour leur part, tous ces autres forts furent pris d'assaut.

----- 1.5) la cité qui, sans préalablement conversion globale de ses habitants à l'islam, fut investie ("prise d'assaut"), après un siège auquel elle résista et lors duquel elle refusa de se rendre :

Ce fut le cas, à Khaybar, de la totalité du 1er "versant" (soit les 3 forts de la partie "ash-Shaqq", et les 2 forts de la partie "an-Natîh"), ainsi que, dans le 2nd "versant", du fort al-Qamûs (ou al-Kutayba).
Ce fut aussi le cas de la cité de Wâdi-l-Qurâ (ZM 3/355).
Cela fut "Ardhu 'anwa".

----- 1.6) la cité qui, sans préalablement conversion globale de ses habitants à l'islam, fut "ouverte" après qu'il y ait eu ce qui est considéré "bataille" (et sans siège) :

Ce fut le cas de la cité des Banu-l-Mustaliq.
Ce fut également le cas de La Mecque (c'est l'avis correct à son sujet).
Ce fut le cas des terres d'Irak, de Shâm, d'Egypte.
Cela fut "Ardhu 'anwa".

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Rappel
:

Ces batailles ne furent jamais motivées par la volonté de convertir par la force à l'islam, et ces victoires ne débouchaient pas sur le choix entre se convertir à l'islam ou la mort, car contraindre les hommes à se convertir à l'islam est interdit par le Coran.
Lire par ailleurs : Les terres de Banu-n-Nadhîr et la terre de Fadak : des terres Fay' - Le Khums prélevé sur les terres de Khaybar.

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--- 2) Et puis il y avait la Dâr ul-ahd : les cités non-musulmanes qui étaient indépendantes de la Dâr ul-islâm, et qui n'étaient pas en guerre avec cette Dâr ul-islâm :

Relevaient de ce cas de figure :

----- 2.1) la cité qui demeurait indépendante mais qui avait conclu un pacte avec la Dâr ul-islâm, se rangeant de son côté :

En commentaire de "إِلاَّ الَّذِينَ عَاهَدتُّم مِّنَ الْمُشْرِكِينَ ثُمَّ لَمْ يَنقُصُوكُمْ شَيْئًا وَلَمْ يُظَاهِرُواْ عَلَيْكُمْ أَحَدًا فَأَتِمُّواْ إِلَيْهِمْ عَهْدَهُمْ إِلَى مُدَّتِهِمْ إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ الْمُتَّقِينَ" (Coran 9/4, dont la révélation a eu lieu fin de l'an 9 de l'hégire), on trouve mention de certaines cités ayant été ainsi à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) : certains Banû Bakr ibn Kinâna (Tafsîr ut-Tabarî).

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----- 2.2) la cité qui demeurait indépendante mais qui avait conclu avec la Dâr ul-islâm un traité de non-agression :

La Mecque fut ainsi de dhu-l-qa'da de l'an 6 jusqu'à ramadan de l'an 8 (date à laquelle elle trahit l'une des clauses du pacte) : ce sont les Mecquois qui sont visés dans ce verset : "ِإلاَّ الَّذِينَ عَاهَدتُّمْ عِندَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ فَمَا اسْتَقَامُواْ لَكُمْ فَاسْتَقِيمُواْ لَهُمْ إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ الْمُتَّقِينَ" (Coran 9/7).

En ce 2.2, il existe 2 sous-cas dérivés (tous deux cités in Al-Mughnî, 12/693) :

--------- 2.2.1) cette cité ne s'acquittait de rien ;

--------- 2.2.2) cette cité versait à la Dâr ul-islâm un tribut.

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----- 2.3) la cité qui avait exprimé sa neutralité autant par rapport à la Dâr ul-islâm que par rapport à la Dâr ul-harb :

En commentaire de "أَوْ جَآؤُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُونَكُمْ أَوْ يُقَاتِلُواْ قَوْمَهُمْ" (Coran 4/90), le nom de certains groupes de ce genre existant à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) est cité : dans certains Tafsîr on trouve ainsi le nom des Banû Mud'lij (Tafsîr ul-Baydhâwî ; Al-Wajîz, li-l-Wâhidî ; Tafsîr ul-Baghawî).

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Ces cités furent toutes des Dâr ul-'ahd
(et non pas : "une partie de la Dâr ul-islâm") (Al-'Alâqât ud-duwaliyya, p. 89 ; voir aussi Al-Ahkâm us-sultâniyya, p. 175).

Ce fut par un traité, Sul'h, que le pacte ou la neutralité fut conclu entre la Dâr ul-islâm et ces cités.

Si j'ai bien compris (wallâhu A'lam) :
--- ce sont les cités des types 2.1 et 2.2 qui sont évoquées dans la formule coranique : "قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُمْ مِّيثَاقٌ" ("un groupe entre vous et lequel il y a un pacte") en Coran 4/90 ; 4/92 ; 8/72 ;
--- la cité de type 2.3 étant pour sa part concernée par la suite du verset 4/90 : "أَوْ جَآؤُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُونَكُمْ أَوْ يُقَاتِلُواْ قَوْمَهُمْ" (Coran 4/90) ; la différence semblant se jouer au niveau du fait qu'ici il n'y avait pas eu un traité dûment conclu (même verbalement) entre les deux parties (eux, et la Dâr ul-islâm), c'était seulement qu'ils étaient venus et avaient exprimé leur neutralité.

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--- 3) Enfin il y avait la Dâr ul-harb : les cités qui étaient en guerre avec la Dâr ul-islâm :

Et, parmi ces cités, il est arrivé qu'il y en ait une qui ait été assiégée mais ait résisté, et, n'ayant pas pu vaincre sa résistance, le Prophète et/ou ses Compagnons se soient repliés.
At-Tâ'ïf a été ainsi en l'an 8 de l'hégire. (Mais plus tard, en l'an 9, elle choisit de se convertir globalement à l'islam.)

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II) Quelques précisions supplémentaires au sujet des terres relevant de la Dâr ul-islâm :

--- A) Ces terres : Partage, ou Pas partage ?

Pour rappel : Le Coran distingue :

--- ce qui a été obtenu sur l'ennemi sans qu'il y ait eu ce qui est considéré "bataille", et que le Coran nomme : "Fay'" (Coran 59/6) ; il ne peut pas, alors, y avoir partage. Ici, ce terme "Fay'" possède son sens spécifique : celui que l'on vient de voir. (Cependant, ce même terme "Fay'" possède aussi un sens général : il englobe alors : le Fay' au sens spécifique que l'on vient de voir ; mais aussi la Jizya, la Kharâj.) ;

--- et ce qui a été obtenu sur l'ennemi suite à une bataille, et que le Coran appelle : "Ghanîma" Coran 8/41) ; il peut alors y avoir partage entre les combattants : lire : Qu'est-ce que le Coran et les hadîths enseignent-ils réellement au sujet des captifs de guerre et du butin, pour l'époque du Prophète (صلى الله عليه وسلم) et de ses Compagnons ?.

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– La cité se trouvant dans le cas 1.1 (Médine) ou 1.2.1 (al-Bahrain) n'avait évidemment pas à être partagée.

– La cité se trouvant dans le cas 1.2.2 (Fadak) ou 1.3 (Banu-n-Nadhîr), étant "Ardhu Fay'", n'avait pas non plus à être partagée.

– Ce fut seulement par rapport à la cité des cas 1.4, 1.5 ou 1.6 qu'il y eut le choix :
--- a) il y eut parfois partage, entre les combattants, de la terre ainsi conquise (comme ce fut le cas de la moitié de Khaybar) ; et il y eut alors prélèvement du Khums ;
--- b) et d'autres fois il n'y eut pas partage (comme ce fut le cas de l'autre moitié de Khaybar ; de la cité des Banu-l-Mustaliq ; de la terre de La Mecque ; ou encore des terres d'Irak, de Shâm et d'Egypte) et la terre demeura telle quelle.

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Après la bataille de al-Qâdissiyya, qui avait "ouvert" l'Irak (1.6), Omar ibn ul-Khattâb s'était opposé à ce que réclamaient Bilal et d'autres personnes (que Dieu les agrée tous) : partager la terre de l'Irak entre les musulmans ayant participé à la bataille. En fait, ayant reçu de Sa'd ibn Abî Waqqâs, son général des armées, une lettre lui demandant ce qu'il devait faire, Omar ibn ul-Khattâb consulta des Compagnons. Suivant le conseil de 'Alî et de Mu'âdh, il refusa que cette terre soit partagée, et il la laissa ainsi, non-partagée, faisant désormais partie de la Dâr ul-islâm, mais chaque habitant originel du pays conservant la parcelle de terre dont il était propriétaire avant la conquête. Il établit cependant un impôt foncier fixe, la Kharâj, sur les terrains agricoles de l'Irak.

Lors de la conquête de l'Egypte, la même discussion s'engagea entre le chef de l'armée, 'Amr ibn ul-'Âs, et quelques personnes (dont az-Zubayr ibn ul-'Awwâm), ces dernières réclamant que la terre soit partagée entre les gens composant l'armée. Le général refusa, et écrivit à Omar ibn ul-Khattâb pour lui demander que faire. La réponse de Omar fut la même que pour l'Irak : pas de partage.

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--- B) Les taxes
Jizya et Kharâj :

Les termes Jizya et Kharâj ont tous deux un sens général, et sont alors synonymes. On dit ainsi : "Jizyat ul-Ardh", comme on dit : "Kharâj ur-Ru'ûs". Voir par exemple : Al-Mughnî 12/781 et Majmû' ul-fatâwâ 17/489.

Mais ces 2 termes ont par ailleurs un sens spécifique :
--- la Jizya est alors ce qui dû par individu : par tête ;
--- alors que la Kharâj est l'impôt foncier dû sur des terres agricoles (il y a ensuite : Kharâj ul-Wazîfa et Kharâj ul-Muqâssama : le premier est fixe, le second est au prorata de la production agricole réelle).

A l'origine, "Kharâj" signifie "produit" ("ghalla"), comme dans le célèbre hadîth : "الخراج بالضمان" (Abû Dâoûd).

----- Une Kharâj fixe à la charge de quelqu'un, cela existait depuis l'époque du Prophète (sur lui soit la paix), par rapport à l'esclave qui travaillait : cette Kharâj ne devait pas être excessive (on se souvient du récit de Abû Lu'lu'a, esclave de al-Mughîra, avec le calife Omar ibn ul-Khattâb).

----- Après la conquête de l'Irak, Omar ibn ul-Khattâb établit pour sa part une Kharâj fixe sur les terrains agricoles des terres de type 1.4.b, 1.5.b ou 1.6.b hors Péninsule arabique : terres conquises mais non partagées entre les combattants : c'est ce qu'il fit pour l'Irak. C'est ce qu'il fit aussi plus tard pour Shâm, puis pour l'Egypte.
Cette Kharâj-ci ne devenait pas caduque en cas de conversion du propriétaire à l'islam, ni au cas où un musulman achetait un tel lopin de terre à un propriétaire non-musulman : cet impôt est dû sur la terre agricole, quel qu'en soit le propriétaire, et que cette terre ait été cultivée ou ait été délaissée par son propriétaire. Omar insista cependant pour que cet impôt ne soit pas excessif par rapport à ce que la terre était réellement capable de produire : "عن عمرو بن ميمون، قال: رأيت عمر بن الخطاب رضي الله عنه قبل أن يصاب بأيام بالمدينة، وقف على حذيفة بن اليمان وعثمان بن حنيف، قال: "كيف فعلتما، أتخافان أن تكونا قد حملتما الأرض ما لا تطيق؟" قالا: "حملناها أمرا هي له مطيقة، ما فيها كبير فضل." قال: "انظرا أن تكونا حملتما الأرض ما لا تطيق!" قال: قالا: "لا." فقال عمر: "لئن سلمني الله، لأدعن أرامل أهل العراق لا يحتجن إلى رجل بعدي أبدا." قال: فما أتت عليه إلا رابعة حتى أصيب" : A Hudhayfa et à Uthmân ibn Hunayf, de retour de leur mission d'évaluer la surface de la terre d'Irak en vue de fixer le montant de la Kharâj, Omar dit : "Comment avez-vous fait ? (Ne) craignez-vous (pas) d'avoir chargé cette terre de ce qu'elle ne peut pas supporter ? - Nous l'avons chargée de quelque chose qu'elle supporte. Il n'y a pas de surplus notable - Reconsidérez bien, de (crainte que) vous ayez chargé cette terre de ce qu'elle ne peut pas supporter ! - Non..." (al-Bukhârî, 3497).

----- Quant à la Kharâj établie sur une "Ardhu sulh" qui est de type 1.2.1, c'est en fait une forme de Jizya sur ses habitants : cette Kharâj-là devenait donc caduque en cas de conversion de ces habitants à l'islam (Al-Mughnî 3/573). Ce fut le cas de la Kharâj établie sur les gens de al-Bahrain : "أن رسول الله صلى الله عليه وسلم بعث أبا عبيدة بن الجراح إلى البحرين يأتى بجزيتها. وكان رسول الله صلى الله عليه وسلم هو صالح أهل البحرين وأمر عليهم العلاء بن الحضرمى. فقدم أبو عبيدة بمال من البحرين. فسمعت الأنصار بقدوم أبى عبيدة فوافت صلاة الصبح مع النبى صلى الله عليه وسلم" (al-Bukhârî, 2988, Muslim, 2961). Ibn Hajar écrit : "روى ابن أبي شيبة من طريق حميد بن هلال مرسلا أنه كان مائة ألف وأنه أرسل به العلاء بن الحضرمي من خراج البحرين قال وهو أول خراج حمل إلى النبي صلى الله عليه وسلم (...). وأما حديث جابر أن النبي صلى الله عليه وسلم قال له لو قد جاء مال البحرين أعطيتك وفيه فلم يقدم مال البحرين حتى مات النبي صلى الله عليه وسلم الحديث فهو صحيح كما سيأتي عند المصنف وليس معارضا لما تقدم بل المراد أنه لم يقدم في السنة التي مات فيها النبي صلى الله عليه وسلم، لأنه كان مال خراج أو جزية فكان يقدم من سنة إلى سنة" (Fat'h ul-bârî 1/669).

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--- C)
Terres 'Ushrî et Terres Kharâjî :

--- Les terres se trouvant dans le cas 1.1 ou 1.2.1 sont des terres 'Ushrî : les propriétaires musulmans doivent s'acquitter du 'Ushr, une Zakât s'élevant à 1/10ème, sur la production agricole réelle de ces terres (et ce à partir d'un quorum fixé par la Sunna).

--- Les terres se trouvant dans le cas 1.4.a, 1.5.a ou 1.6.a (ayant été partagées entre les combattants) sont elles aussi des terres 'Ushrî.

--- Les terres se trouvant dans le cas 1.4.b, 1.5.b ou 1.6.b (n'ayant pas été partagées entre les combattants) sont des terres Kharâjî. Cette Kharâj-ci ne devenait pas caduque en cas de conversion du propriétaire à l'islam, ni au cas où un musulman achetait un tel lopin de terre à un propriétaire non-musulman : ce musulman devait continuer à s'acquitter de cet impôt. D'après 3 écoles (autres que la hanafite), si ce lopin produisait concrètement des denrées agricoles, et que cette production atteignait le quorum, alors le musulman propriétaire devait, en sus de la Kharâj sur la terre, payer le 'Ushr sur la production de celle-ci. (L'argument des 3 écoles est que le hadîth sur lequel l'école hanafite s'appuie est dha'îf. Cela alors même - comme l'a dit an-Nawawî - que le 'Ushr a été institué par les textes des 2 sources, et donc la Kharâj - qui l'a été par ijtihâd des Compagnons - ne peut donc pas l'empêcher.)

Toute la Péninsule arabique est terre 'Ushrî (Al-Hidâya, 1/570).

Pourquoi donc aucune Kharâj ne fut établie par Omar ibn ul-Khattâb sur la cité des Banu-l-Mustaliq, alors qu'elle avait été conquise à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) et relevait du cas 1.6.b ?
Réponse de l'école hanafite : parce que (même si cela avait été conquis depuis l'époque du Prophète) il était (depuis lors) prévu qu'un jour il serait demandé à ceux qui voulaient demeurer polythéistes de partir de la région, où ne pourraient habiter que des musulmans (Al-Hidâya, 1/570).

Et pourquoi aucune Kharâj ne fut établie par Omar sur la cité de la Mecque, alors qu'elle avait été conquise à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) et relevait du cas 1.6.b ?
En sus de la raison que nous venons de voir, un autre élément entre ici en jeu : cette terre est trop sacrée pour cela (ZM 3/439).
Ibn Taymiyya répond pour sa part que cela est dû au fait que sa terre est pour tous les pèlerins (MF 17/490).
Ibn Taymiyya relate que la divergence qui existe sur le sujet ne concerne que les terrains d'habitation, et pas les terrains cultivables : ces derniers, il est autorisé de les vendre et de les louer (MF 29/211).
Concernant donc les terrains d'habitation de la Mecque :
--- d'après ash-Shafi'î : vendre ou louer, la terre ou le bâti, pour la saison du grand pèlerinage ou pour n'importe quel moment de l'année : tout cela est autorisé ;
--- d'après l'un des deux avis relatés de Ahmad : des gens sont propriétaires de cette terre, et la propriété se transmet par héritage, mais ils ne peuvent ni la vendre, ni la louer ; d'après Mâlik il est interdit de vendre comme de louer les terrains ou les maisons de La Mecque (ZM 3/435) ;
--- d'après l'un des deux avis de Abû Hanîfa, il est interdit de vendre la terre de La Mecque, alors qu'il est autorisé de vendre le bâtiment construit dessus. Et il est interdit de louer la terre de La Mecque, alors qu'il est autorisé de louer les bâtiments construits dessus (Al-Hidâya 2/457 ; Ad-Durr ul-mukhtâr, avec Radd ul-muhtâr, 9/132) ;
--- d'après Ibn Taymiyya : posséder et vendre la terre de La Mecque est autorisé, mais pas la louer : il faut fournir le logement au pèlerin qui en a besoin (MF 17/491). Ibn ul-Qayyim nuance cela en disant qu'on ne peut louer ni le bâtiment ni la terre, et qu'on peut vendre le bâtiment mais pas un lopin de terre nue (ZM 3/437) ;
--- d'après Abû Yûssuf et Muhammad ibn ul-Hassan, et l'autre avis de Abû Hanîfa : vendre et louer la terre et le bâti de La Mecque sont autorisés. Seul est interdit le fait de louer le bâti ou la terre pendant la saison du grand pèlerinage, et ce à cause du besoin des pèlerins de se loger (Ad-Durr ul-mukhtâr, avec Radd ul-muhtâr, 9/563-564).
Voir aussi Al-Mughnî 5/706.

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III) Quelques précisions au sujet des combattants ayant été vaincus :

Tout ce que nous avons vu jusqu'ici concerne les terres.

Différent est ce que le Prophète et ses califes décidèrent de faire au sujet des ennemis ayant été vaincus : cela fut chose distincte et indépendante de ce qu'ils décidèrent au sujet des terres...

--- Les Banu-l-Mustaliq, ainsi que les habitants de la Mecque, furent maintenus (bien qu'il y ait eu bataille entre les Compagnons et eux) comme résidents libres de ces terres, continuant à y être propriétaires de leurs terres individuelles. Plus tard ceux qui persistèrent à demeurer polythéistes durent quitter le Hedjaz, mais en tous cas à ce moment-là leur propriété ne cessa pas.

--- Les habitants de Khaybar et de Fadak furent maintenus pour une durée temporaire sur ces terres, mais ils cessèrent d'être propriétaires depuis la conquête musulmane.

--- Les Banû Qaynuqâ' et les Banu-n-Nadhîr furent exilés de la cité, pour cause de trahison du pacte.

--- Les Banu Qurayza furent exécutés pour cause de collusion, en temps de guerre, avec l'envahisseur.

--- Les habitants d'Irak, de Shâm et d'Egypte furent maintenus (bien qu'ayant résisté à la conquête et s'étant battus les armes à la main) comme résidents libres et permanents de ces terres, continuant à y être propriétaires de leurs terres individuelles (comme nous l'avons vu plus haut, la Kharâj fut établie par Omar ibn ul-Khattâb sur les terres agricoles de ce type de cité, celles dont les habitants originels continuaient à être propriétaires).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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