Le Prophète (sur lui soit la paix) a-t-il dit qu'il lui a été demandé de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils se convertissent à l'islam ? - Le verset "Pas de contrainte en religion" (Coran 2/256) a-t-il été abrogé ?

Objection :

Tu as écrit que les califes n'ont pas conquis la Syrie, l'Irak, l'Egypte, etc. pour convertir leurs habitants à l'islam.
Crains Allah ! Tu dis n'importe quoi !
Le Prophète (sallallahu alaihi wa sallam) a dit : "Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils disent : "Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah". Celui qui dit ""Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah", celui là a protégé de moi son bien et sa vie, sauf pour son droit. Et son compte sera à Allah" (rapporté par Bokhari et Moslim). C'est bien pour qu'ils acceptent l'islam qu'ils ont été combattus.

Quant au verset "Pas de contrainte en religion", il est abrogé par ce hadîth.

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Réponse :

Non, l'interdiction de contraindre les gens à se convertir à l'islam n'est nullement abrogée.
– Il existe sur le sujet :

--- un verset révélé à La Mecque : "وَلَوْ شَاء رَبُّكَ لآمَنَ مَن فِي الأَرْضِ كُلُّهُمْ جَمِيعًا أَفَأَنتَ تُكْرِهُ النَّاسَ حَتَّى يَكُونُواْ مُؤْمِنِينَ" : "Et si ton Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur la Terre apporteraient foi. Est-ce que tu serais à contraindre les hommes jusqu'à ce qu'ils soient croyants ?" (Coran 10/99) ; il s'agit d'une interrogation ayant valeur de négation (استفهام إنكاري). (Cela a été dit au Prophète - sur lui soit la paix - pour le consoler suite à son très grand désir que ses concitoyens mecquois, Polycultistes, apportent foi et abandonnent leur religion : "فنزل النبيء ﷺ - لحرصه على إيمان أهل مكة وحثيث سعيه لذلك بكل وسيلة صالحة - منزلة من يحاول إكراههم على الإيمان حتى ترتب على ذلك التنزيل إنكاره عليه. ولأجل كون هذا الحرص الشديد هو محل التنزيل ومصب الإنكار، وقع تقديم المسند إليه على المسند الفعلي، فقيل: "أفأنت تُكره الناس"، دون أن يقال: "أفتُكره الناس"، أو "أفأنت مُكره الناس"؛ لأن تقديم المسند إليه على مثل هذا المسند يفيد تقوّي الحكم، فيفيد تقوية صدور الإكراه من النبيء ﷺ لتكون تلك التقوية محل الإنكار. وهذا تعريض بالثناء على النبيء، ومعذرة له على عدم استجابتهم إياه؛ ومن بلغ المجهودَ، حق له العذر. وليس تقديم المسند إليه هنا مفيدا للتخصيص، أي القصر، لأن المقام غير صالح لاعتبار القصر" : At-Tahrîr wa-t-tanwîr.) Il est impératif de noter que la Volonté de Dieu dont la négation a été faite en ce verset 10/99 ("si ton Seigneur l'avait voulu"), c'est la Irâda Takwîniyya (ce n'est pas la Irâda Tashrî'iyya, et donc pas la Ridhâ') ;

--- et un verset révélé à Médine : "لاَ إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ قَد تَّبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ" : "Pas de contrainte (pour faire entrer quelqu'un) dans la religion (islamique). La guidance s'est distinguée de l'errance" (Coran 2/256) ; il s'agit d'une phrase informative valant injonction (خبر بمعنى النهي).
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Comme Ibn Taymiyya l'a écrit, un hadîth à lui seul ne peut pas abroger complètement un verset du Coran ; c'est seulement un verset coranique qui peut abroger complètement la norme induite par un verset coranique précédemment révélé (MF 20/397-399). C'est l'avis correct sur le sujet.

Par contre, oui, un hadîth (même khabaru wâhidin) peut nuancer (taqyîd) ce qu'un verset du Coran dit de façon inconditionnelle (mutlaqan), ou particulariser (takhsîs) ce qu'un verset du Coran dit de façon générale ('umûman).
Lire à ce sujet les 4 articles suivants :
--- Pourquoi se référer non seulement au Coran mais aussi aux Hadîths ? ;
--- Quand la Sunna induit une nuance par rapport à ce que le Zâhir du Coran pouvait laisser penser ;
--- Lorsqu'un Texte fait, du Hukm induit par un Texte précédent : la Takhsîs (Exception d'un ou de quelques individus par rapport à la règle générale), ou le Naskh (Abrogation de la règle jusqu'alors en vigueur, par rapport à tous les, ou quelques-uns des, individus précédemment concernés) - التخصيص والنسخ - مع ذكر أنواع البيانات ;
--- Est-il vrai que chez les hanafites, le Hadîthu Wâhidin (ou : Khabar ul-Wâhid) ne peut jamais induire une obligation (ألا يثبت خبر الواحد فرضيةً عند الأحناف ؟) ? Est-il vrai qu'un tel Hadîth ne peut non plus jamais nuancer (taqyîd) la règle (hukm) établie de façon inconditionnelle (mutlaq) dans le Coran, ni faire exception de certains individus (takhsîs) par rapport à ce qui est établi pour une généralité ('âmm) dans le Coran ? - ألا يُخصِّص خبر الواحد عامّ كتاب الله عند الأحناف؟ ألا يُقيِّد خبر الواحد مطلق كتاب الله عندهم؟ ألا يَزيد خبر الواحد على ما جاء في كتاب الله عندهم ؟.

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– De quoi parle le verset 2/256 ?

La portée de ce verset 2/256 n'est pas absolue.

--- Ce verset 2/256 interdit de contraindre un non-musulman à se convertir à l'islam. Cela apparaît d'ailleurs clairement à la lecture de l'autre verset, le 10/99 : "وَلَوْ شَاء رَبُّكَ لآمَنَ مَن فِي الأَرْضِ كُلُّهُمْ جَمِيعًا أَفَأَنتَ تُكْرِهُ النَّاسَ حَتَّى يَكُونُواْ مُؤْمِنِينَ" : "Et si ton Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur la Terre apporteraient foi. Est-ce que tu serais à contraindre les hommes jusqu'à ce qu'ils soient croyants ?" (Coran 10/99).

--- Par contre, ces versets 10/99 et 2/256 ne parlent pas de la personne qui, étant musulmane, veut quitter l'islam ("وأما قول الله تعالى {لاَ إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ}، فلا حجة لهم فيه، لأنه لم يختلف أحد من الأمة كلها في أن هذه الآية ليست على ظاهرها، لأن الأمة مجمعة على إكراه المرتد عن دينه، فمن قائل: يكره ولا يقتل، ومن قائل: يكره ويقتل" : Al-Muhallâ, 12/118-119) : en Dâr ul-islâm (pays musulman) ayant acquis la maturité sociale voulue, l'autorité publique contraindra pareille personne à demeurer musulmane.

--- Le verset 2/256 ne parle pas non plus de laisser chacun, en Dâr ul-islâm, faire tout ce qu'il veut publiquement, alors même qu'il s'agit par exemple d'un interdit formulé par le Dîn et qui est très répandu : pareille liberté n'existe et ne peut exister dans aucun pays d'aucune civilisation. Ainsi ne pourra-t-on pas, en Dâr ul-islâm, organiser - au su de tous - un espace naturiste, vu que le Dîn interdit (sauf cas d'exception majeure tel une auscultation médicale) que l'on se découvre les parties intimes devant une personne avec qui les relations intimes ne sont pas licites.
Lire un autre article quant aux normes faisant l'objet d'interprétations divergentes entre les mujtahidûn.
Lire un autre article encore quant à ce qui s'appliquera, ou au contraire, ne s'appliquera pas aux non-musulmans résidents de la Dâr ul-islam.

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– Le contenu de ces deux versets 10/99 et 2/256 n'a pas été abrogé par un autre verset du Coran :

Ibn Jarîr at-Tabarî a écrit cela dans son Tafsîr au sujet du verset 2/256 : "ولا معنى لقول من زعم أن الآية منسوخة الحكم بالإذن بالمحاربة" (Tafsîr ut-Tabarî) ; quelques lignes avant cela il avait écrit ceci : "وإنما قلنا هذا القول أولى الأقوال في ذلك بالصواب، لما قد دللنا عليه في كتابنا "كتاب اللطيف من البيان عن أصول الأحكام" من أن الناسخ غير كائن ناسخا إلا ما نفى حكم المنسوخ، فلم يجز اجتماعهما. فأما ما كان ظاهره العموم من الأمر والنهي وباطنه الخصوص، فهو من الناسخ والمنسوخ بمعزل" (Ibid.).

At-Tabarî a rapporté de Ibn Abbâs un propos qui montre que le verset médinois 2/256 (rappelant l'interdiction de contraindre déjà formulée au verset mecquois 10/99), a été révélé en l'an 8 ou 9 de l'hégire [donc après la révélation de la plupart ou de la totalité des versets mentionnant le combat] : "عن ابن عباس: {لاَ إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ قَد تَّبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ}: قال: وذلك لمّا دخل الناس في الإسلام وأعطى أهل الكتاب الجزية" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset, relation n° 5810).

Ussaq raconte : "J'étais un esclave chrétien appartenant à Omar ibn ul-Khattâb. Il me présentait l'islam. Je déclinais ; il disait alors : "Pas de contrainte en religion". Et il disait : "Ussaq, si tu devenais musulman, nous t'emploierions pour certaines affaires des musulmans"" : "عن أُسَق قال: كنت مملوكا نصرانيا لعمر بن الخطاب، فكان يعرض علَيّ الإسلام، فآبى، فيقول: {لَا إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ}، ويقول: "يا أسق، لو أسلمت لاستعنا بك على بعض أمور المسلمين" (Tafsîr Ibn Abî Hâtim).

Ibn Kathîr a commenté le verset 2/256 en ces termes : "Ne contraignez personne à entrer dans la religion de l'islam ; celle-ci et ses arguments sont clairs, évidents, n'ayant pas besoin qu'une personne soit contrainte à y entrer. C'est plutôt que celui que Dieu a guidé à l'islam, a ouvert sa poitrine et a éclairé sa vision, il y entrera sur la base de l'argument. Et celui dont Dieu a rendu le coeur aveugle et  scellé l'ouïe et la vue, le fait qu'il entre dans la religion (islamique) sous la contrainte, cela ne lui sera pas utile" : "أي: لا تكرهوا أحدًا على الدخول في دين الإسلام؛ فإنه بيِّن واضح جلي دلائله وبراهينه، لا يحتاج إلى أن يكره أحد على الدخول فيه. بل من هداه الله للإسلام وشرح صدره ونور بصيرته، دخل فيه على بينة. ومن أعمى الله قلبه وختم على سمعه وبصره، فإنه لا يفيده الدخول في الدين مكرَهًا مقسورًا" (Tafsîr Ibn Kathîr).
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Ce qui vient d'être dit signifie qu'il n'y a pas eu abrogation complète du contenu du verset 2/256, puisqu'à l'unanimité il est interdit de contraindre juifs, chrétiens et zoroastriens à se convertir à l'islam.
Par contre il est vrai que certains ulémas (tels Ibn Hazm) sont peut-être d'avis qu'il y a eu abrogation partielle : nous allons y revenir au point suivant
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– Quel groupe de non-musulmans est-il concerné par ce verset 2/256 ?

Cette interdiction de contraindre à se convertir à l'islam ("لا يُكرَهون على قبول الإسلام، ولا يُنفَوْن من دار الإسلام بسبب دينهم، بل يُقَرُّون على دينهم في دار الإسلام كأهل ذمّة") vaut :

--- déjà pour les Juifs, les Chrétiens et les Zoroastriens : à l'unanimité des ulémas : "فأجمع الفقهاء على أن الجزية تؤخذ من أهل الكتاب ومن المجوس" (Ahkâmu ahl idh-dhimma, Ibn ul-Qayyim, 1/1), "فاختلف الفقهاء فيمن تؤخذ منهم الجزية - بعد اتفاقهم على أخذها من أهل الكتاب ومن المجوس" (Ibid., 1/3) ; "وأجمعوا على أخذ الجزية من المجوس" (Al-Ijmâ', Ibn ul-Mundhir). Pour ce qui est des Chrétiens, cela englobe les Trinitariens aussi. Quant aux Zoroastriens, même s'ils ne font pas partie des Gens du Livre (ce qui entraîne qu'il n'est pas autorisé aux musulmans de consommer la chair de l'animal en soi licite qu'ils ont abattu, ni de se marier avec une femme de leur religion), le Prophète (sur lui soit la paix) les a acceptés comme Ahl udh-dhimma : "عن بجالة: "ولم يكن عمر أخذ الجزية من المجوس حتى شهد عبد الرحمن بن عوف أن رسول الله صلى الله عليه وسلم أخذها من مجوس هجر" (al-Bukhârî, 2987, at-Tirmidhî, 1587) ; "عن عمرو بن عوف الأنصاري أن رسول الله صلى الله عليه وسلم بعث أبا عبيدة بن الجراح إلى البحرين يأتى بجزيتها. وكان رسول الله صلى الله عليه وسلم هو صالح أهل البحرين وأمر عليهم العلاء بن الحضرمى، فقدم أبو عبيدة بمال من البحرين" (al-Bukhârî, 2988, Muslim, 2961) (c'est-à-dire que al-Bahraïn devint une Dâr us-sulh ; or la plupart de ses habitants étaient alors Zoroastriens : Fat'h ul-bârî 6/315) ;

--- et :

------ premier avis) seulement pour ces 3 groupes (les Juifs, les Chrétiens et les Zoroastriens) : c'est l'avis de Qatâda (Tafsîr ut-Tabarî, 5805, 5806, 5808), at-Tabarî, l'école shafi'ite, de nombreux ulémas de l'école hanbalite, et Ibn ul-Mundhir ("فأما سائر المشركين سوى اليهود والنصارى والمجوس، من عبدة النيران والأوثان وسائر أهل الشرك، فلا يقبل منهم إلا الإسلام أو القتل" : Al-Iqnâ'). Et c'est l'avis ayant été retenu par Ibn Hazm (ce dernier inclue pour sa part les Zoroastriens parmi les Gens du Livre, et autorise donc le mariage avec une zoroastrienne : cf. Al-Muhallâ, mas'alah 958 ; 5/413-414 - ce qui constitue un avis shâdhdh).
Selon ces ulémas, certes le verset 2/256 est général dans sa littéralité, mais :
--------- soit il n'a jamais désigné qu'un groupe plus particulier que ce que sa lettre peut laisser croire (عامّ أُرِيدَ به الخاصّ) (ceci est l'avis de at-Tabarî : "قال أبو جعفر: وأولى هذه الأقوال بالصواب قول من قال: "نزلت هذه الآية في خاص من الناس" وقال: "عنى بقوله تعالى ذكره: {لا إكراه في الدين}: أهل الكتابين والمجوس وكل من جاء إقراره على دينه المخالف دين الحق، وأخذ الجزية منه"، وأنكروا أن يكون شيء منها منسوخ") ;
--------- soit le cas des polycultistes fait exception par rapport à cette généralité (عامّ خُصّ منه البعض), et ce à cause de cet autre verset (qui a pu être révélé avant, ou après, le 2/256) : "وَقَاتِلُوهُمْ حَتَّى لاَ تَكُونَ فِتْنَةٌ وَيَكُونَ الدِّينُ لِلّه" (Coran 2/193), verset compris selon l'un des commentaires existants, qui dit que le terme "fitna" y signifie : "shirk" ;
--------- soit ce verset 2/256 concernait auparavant tout le monde, Polycultistes y compris (comme c'était le cas du verset 10/99, révélé à La Mecque et évoquant les Polycultistes), mais le cas des Polycultistes a ensuite été abrogé : il y a donc eu abrogation partielle (منسوخ بنسخٍ جزئيٍّ) (c'est peut-être l'avis de Ibn Hazm, qui d'une part dit qu'on acceptera Juifs, Chrétiens et Zoroastriens comme Dhimmîs, et d'autre part cite Coran 9/5 - lequel verset parle des Polycultistes - comme ayant selon lui abrogé Coran 2/256 : "الآية الرابعة والعشرون: قوله تعالى: {لا إكراه في الدين} الآية منسوخة. وناسخها قوله تعالى: {فَاقْتُلُواْ الْمُشْرِكِينَ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ" : Kitâb un-nâsikh wa-l-mansûkh, Ibn Hazm. A moins que Ibn Hazm ait employé ici le terme "mansûkh" au sens de "mukhassas") ;

------ deuxième avis) également pour les Polycultistes (al-Mushrikûn) : c'est l'avis de l'école hanafite, ainsi que l'un des deux avis relatés de Ahmad ibn Hanbal. Et c'est cet avis qui a été retenu par Ibn ul-'Uthaymîn : "٤ - جواز أخذ الجزية من غير اليهود والنصارى والمجوس. لأن أهل الكتاب نص القرآن على أخذها منهم؛ والمجوس وردت به السنة. وأما ما عدا هؤلاء، فاختلف أهل العلم: فقيل: لا تؤخذ من غير هؤلاء؛ وقيل: لا تؤخذ من مشركي العرب، لأن فيها إذلالا؛ والصحيح أنها تؤخذ من جميع الكفار لعموم قوله صلى الله عليه وسلم "من كفر بالله"، ولم يقل: "اليهود والنصارى"" (Al-Qawl ul-mufîd, pp. 1078-1079) ;

------ troisième avis) également pour les Polycultistes (al-Mushrikûn) et les Athées (al-Mu'attilûn / ad-Dahriyyûn / al-Jâhidûn / az-Zanâdiqa - ces deux derniers temps étant cités ici avec l'un des sens qui sont les leurs : "athées") : c'est un avis/ l'avis de l'école malikite, et l'avis de al-Awzâ'ï. "وقال الأوزاعي: تؤخذ الجزية من كل عابد وثن أو نار أو جاحد أو مكذب. وكذلك مذهب مالك، فإنه رأى أن الجزية تؤخذ من جميع أجناس الشرك والجحد، عربيا أو عجميا، تغلبيا أو قرشيا، كائنا من كان، إلا المرتد" (Tafsîr ul-Qurtubî, 8/110). "مسألة: ومن تزندق من أهل الذمة، ففي كتاب ابن حبيب عن مالك ومطرف وابن عبد الحكم وأصبغ: لا يقتل، لأنه خرج من كفر إلى كفر. وقال ابن الماجشون: يقتل، لأنه دين لا يقر عليه أحد ولا يؤخذ عليه جزية. قال ابن حبيب: لا أعلم من قاله غيره. ويحتمل أن يريد بـ"الزندقة" هاهنا: الخروج إلى غير شريعة مثل التعطيل ومذاهب الدهرية؛ ويحتمل أن يريد: الاستسرار بما خرج إليه والإظهار لما خرج عنه؛ والأول أظهر" (Al-Muntaqâ, al-Bâjî) (repris et cité tel quel dans Minah ul-jalîl). "قوله: (وأُقِرَّ كافرٌ انتقل لكفرٍ) أي لا نتعرض له ولو انتقل إلى مذهب المعطلة والدهرية، ولكن تؤخذ الجزية عملا بما كان عليه قبل. وحديث: "من بدل دينه فاقتلوه" محمول على دين الإسلام فإنه الدين المعتبر شرعًا" (Dhaw' ush-shumû', shar'h ul-majmû'). "وقال عبد الباقي: وأقر كافر بكفر خاص انتقل لكفر آخر، علانية أو سرا، ولو إلى مذهب المعطلة أو الدهرية، وتؤخذ منه الجزية عملا بما كان عليه؛ ومعنى إقراره أنا لا نتعرض له، بناء على أن الكفر كله ملة واحدة. وحديث: "من بدل دينه فاقتلوه" محمول على دين الإسلام إذ هو الدين المعتبر شرعا. ومفهوم "كافر" أن المسلم لا يقر إذا انتقل للكفر. ومفهوم قوله: "لكفر" أنه إذا انتقل للإسلام، يقر، وهو كذلك. انتهى" (Lawâmi' ud-durar). Le texte suivant fait peut-être allusion à cela lui aussi, qui exprime que le talion sera applicable en pays musulman si un non-musulman en a assassiné un autre (non-harbî), ce dernier fût-il athée : "و) يُقتَل (الكفارُ) مطلقا (بعضُهم ببعض) لأن الكفر كله ملة واحدة. وبَيَّن الكفارَ بقوله (من كتابيّ) يهودي، أو نصراني (ومجوسيّ ومؤمَن) اسم مفعول، وهو من دخل دار الإسلام بأمان؛ وعطفه على ما قبله من عطف العام على الخاص، وخرج به الحربي، فلا قصاص فيه كما تقدم. ودخل في الإطلاق: المشركون، والدهريون، والقائلون بالتناسخ أو بقدم العالم وغيرهم من أصناف أهل الكفر. وهذا بشرط التكافؤ في الحُرّيّة أو الرِقِّيّة، فلا يقتل حر بعبد أخذا مما قدمه بقوله "ولا زائد حرية" (Ash-Shar'h ul-kabîr, ad-Dardîr). Ibn ul-Qayyim a fait allusion à cet avis lorsqu'il a dit que d'une part c'est à l'unanimité des ulémas que le musulman ne peut pas manger l'animal qu'un athée a abattu ni se marier avec une athée, et que d'autre part c'est d'après beaucoup de ulémas que les athées ne peuvent pas être maintenus en Dâr ul-islâm s'acquittant de la jizya tout en demeurant - de façon connue - athées : "فصل: وغلظ الكفر الموجب لغلظ العذاب يكون من ثلاثة أوجه. أحدها: من حيث العقيدة الكافرة فى نفسها؛ كـمن جحد رب العالمين بالكلية وعطل العالم عن الرب الخالق المدبر له، فلم يؤمن بالله وملائكته ولا كتبه ولا رسله ولا اليوم الآخر؛ ولهذا لا يقر أرباب هذا الكفر بالجزية عند كثير من العلماءِ، ولا تؤكل ذبائحهم ولا تنكح نساؤهم اتفاقاً، لتغلظ كفرهم. وهؤلاءِ هم المعطلة والدهرية وكثير من الفلاسفة وأهل الوحدة القائلين بأنه لا وجود للرب سبحانه وتعالى غير وجود هذا العالم" (Tarîq ul-hijratayn, p. 606). Ibn ul-Qayyim a, ici, bien distingué le cas de la consommation de l'animal abattu par un athée, et du mariage avec une athée (interdits au musulman "à l'unanimité des ulémas", dit-il), et le cas du maintien des athées comme dhimmîs en Dâr ul-islam : non-institué "d'après beaucoup de ulémas", dit-il (sous-entendu que d'après un certain nombre d'autres ulémas cela est institué) ("beaucoup" peut désigner une majorité, comme cela peut désigner une forte minorité).

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Ibn ul-'Arabî écrit, parlant de ce verset 2/256 : "Aussi, tout (mujtahid) qui considère légal de prendre la jizya d'un groupe, considère que ce verset (2/256) se rapporte à ce groupe (aussi)" : "وعلى هذا، فكل من رأى قبول الجزية من جنس، تحمّل الآيةَ عليه" (Ahkâm ul-qur'ân).

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Ibn ul-Qayyim a donné préférence à l'avis des Mujtahidûn de Médine (dont font partie ceux de l'école malikite) et de ceux d'Irak (dont font partie ceux de l'école hanafite).

Il écrit, citant explicitement le verset 2/256 : "لاَ إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ قَد تَّبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ}؛ وهذا نفي في معنى النهي، أي: "لا تكرهوا أحدا على الدين". نزلت هذه الآية في رجال من الصحابة كان لهم أولاد قد تهودوا وتنصروا قبل الإسلام؛ فلما جاء الإسلام، أسلم الآباء، وأرادوا إكراه الأولاد على الدين، فنهاهم الله سبحانه وتعالى عن ذلك حتى يكونوا هم الذين يختارون الدخول في الإسلام. والصحيح أنّ الآية على عمومها في حق كل كافر. وهذا ظاهر على قول من يجوّز أخذ الجزية من جميع الكفار، فلا يكرَهون على الدخول في الدين، بل إما أن يدخلوا في الدين، وإما أن يعطوا الجزية - كما تقوله أهل العراق وأهل المدينة، وإن استثنى هؤلاء بعض عبدة الأوثان" : ""Pas de contrainte (pour faire entrer quelqu'un) dans la religion (islamique). La guidance s'est distinguée de l'errance" : et ceci est une phrase informative valant injonction : c'est-à-dire : "Ne contraignez personne pour (qu'il entre dans) la religion (islamique)". Ce verset est descendu au sujet de certains Compagnons qui, avant l'islam, avaient eu des enfants qui s'étaient faits juifs ou chrétiens ; puis, lorsque vint l'islam, les pères s'y convertirent et voulurent forcer leur progéniture à entrer dans la religion (islamique) ; Dieu leur interdit alors de faire cela, mais que ce soit (leur progéniture) qui choisisse (d'elle-même) d'entrer en islam. Et l'avis juste est que ce verset [2/256] est (à appréhender) selon sa généralité, au sujet de tout kâfir. Et cela est évident selon l'avis de ceux qui autorisent de prendre la jizya de tous les kâfirûn : ceux-ci ne seront donc pas contraints à entrer en islam : [suite à la conquête du pays,] soit ils entreront en islam, soit ils s'acquitteront de la jizya. C'est ce que disent les (Ulémas) d'Irak et les (Ulémas) de Médine, bien que ceux-là ont fait l'exception de certains adorateurs d'idoles" (Hidâyat ul-hayârâ, p. 23). Les "ceux-là qui ont fait l'exception de certains adorateurs d'idoles" sont les hanafites - leurs fondateurs étaient en Irak -, lesquels ont dit que les Polycultistes Arabes ne bénéficient pas de cela : il s'agit apparemment des Polycultistes de la Péninsule arabique seulement (lire, dans notre article consacré à Coran 9/5, le point 9) ; adh-Dhahhâk est lui aussi de cet avis : "عن الضحاك في قوله: {لا إكراه في الدين}، قال: "أمر رسول الله صلى الله عليه وسلم أن يقاتل جزيرة العرب من أهل الأوثان، فلم يقبل منهم إلا "لا إله إلا الله" أو السيف. ثم أمر فيمن سواهم بأن يقبل منهم الجزية، فقال: {لا إكراه في الدين قد تبين الرشد من الغي"" (Tafsîr ut-Tabarî, 5807).

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Ibn ul-Qayyim écrit aussi : "وهذا القول أصحّ في الدليل كما ترى" : "Et cet avis est le plus juste par rapport aux arguments, comme tu le vois" (Zâd ul-ma'âd, 5/92).
Il est certain qu'il parle là au moins du deuxième avis sus-cité (lequel inclut les Polycultistes mais pas les Athées) ; mais peut-être parle-t-il là, en fait, du troisième avis susmentionné (lequel inclut les Polycultistes et les Athées) ?.

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Nous verrons plus bas la pertinence de l'argumentation étayant cet avis retenu par Ibn ul-Qayyim.
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Disons déjà que pour ce qui est du verset "وَقَاتِلُوهُمْ حَتَّى لاَ تَكُونَ فِتْنَةٌ وَيَكُونَ الدِّينُ لِلّه" (Coran 2/193), "
fitna" y signifie : "ghalabat ul-kufr", ou "fitnat ul-muslimîn 'an dîni-him" (lire notre article traitant de ce verset 2/193, des différents commentaires de ce terme "fitna", et d'autres versets liés au même thème).
Quant au verset "فَاقْتُلُواْ الْمُشْرِكِينَ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ" (Coran 9/5), il concerne seulement le Hedjaz, et, même en ce qui concerne cette région, il s'est agi plus précisément de seulement ne pas laisser les Polycultistes y habiter, cela conformément à la parole du Prophète - sur lui soit la paix -, prononcée par lui seulement quelques jours avant son décès : "أَخْرِجُوا المشركين من جزيرة العرب" :
"Faites quitter les Polycultistes la Péninsule arabique" (al-Bukhârî, 2888, Muslim, 1637).

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Tout cela précisé, pour en revenir à la question de contraindre un kâfir...

– Il est vrai que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Dieu a été Etonné de gens qui sont conduits au Paradis dans les chaînes" : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن النبي صلى الله عليه وسلم، قال: "عجب الله من قوم يدخلون الجنة في السلاسل" (al-Bukhârî, 2848) ; "عجب ربنا عز وجل من قوم يقادون إلى الجنة في السلاسل" (Abû Dâoûd, 2877). ("L'étonnement" par rapport à quelque chose n'implique pas "l'ignorance préalable" de cette chose. Le sens premier de "l'étonnement" est plutôt : "la grande considération pour quelque chose, eu égard à son caractère sortant de l'ordinaire" : "وأما قوله: "التعجب استعظام للمتعجب منه". فيقال: نعم، وقد يكون مقرونا بجهل بسبب التعجب، وقد يكون لما خرج عن نظائره. والله تعالى بكل شيء عليم، فلا يجوز عليه أن لا يعلم سبب ما تعجب منه؛ بل يتعجب لخروجه عن نظائره، تعظيما له. والله تعالى يعظّم ما هو عظيم: إما لعظمة سببه أو لعظمته. فإنه وصف بعض الخير بأنه عظيم، ووصف بعض الشر بأنه عظيم. (...). ولهذا قال تعالى: {بل عجبتُ ويسخرون} على قراءة الضم: فهنا هو عجب من كفرهم مع وضوح الأدلة. وقال النبي صلى الله عليه وسلم للذي آثر هو وامرأته ضيفهما: "لقد عجب الله" : MF 6/123-124.)

--- Ce hadîth ne désignerait-il pas le fait que ces personnes avaient été contraintes à embrasser l'islam, puis ont plus tard été convaincues de sa véracité, y ont adhéré de coeur, et sont mortes ainsi, ce qui fait que c'est comme si c'est de force qu'on les a conduites au Paradis ? ("وأما إبراهيم الحربي، فمنع حمله على حقيقة التقييد وقال: "المعنى: "يقادون إلى الإسلام مُكرَهِين، فيكون ذلك سبب دخولهم الجنة"؛ وليس المراد أن ثم سلسلة" : Fat'h ul-bârî, 6/176.)

En fait plusieurs interprétations existent de ce hadîth, parmi lesquelles :
--- ce hadîth parle de non-musulmans faits prisonniers sur le champ de bataille, puis, ayant été emmenés en Dâr ul-islâm, ont été touchés par ce qu'ils y ont vu et ressenti, et se sont convertis de leur plein gré à l'islam : "قال ابن الجوزي: معناه أنهم أُسِروا وقيدوا؛ فلما عرفوا صحة الإسلام، دخلوا طوعا، فدخلوا الجنة. فكان الإكراه على الأسر والتقييد هو السبب الأول؛ وكأنه أطلق على الإكراه التسلسل؛ ولمّا كان هو السبب في دخول الجنة، أقام المسبب مقام السبب" (Fat'h ul-bârî, 6/176). C'est exactement ce qui était arrivé à Thumâma ibn Uthâl, dont l'histoire est présente dans Sahîh ul-Bukhârî et Sahîh Muslim (al-Bukhârî 4114 etc., Muslim 1764) ;
--- ou bien ce hadîth parle de musulmans qui ont été faits prisonniers par des ennemis non-musulmans et sont morts en captivité chez ces derniers : ils seront alors ressuscités comme ils sont morts : dans les chaînes ; cela constituera une valeur ajoutée pour eux le Jour des Comptes. "وقال غيره: يحتمل أن يكون المراد المسلمين المأسورين عند أهل الكفر، يموتون على ذلك أو يقتلون، فيحشرون كذلك. وعبر عن الحشر بدخول الجنة لثبوت دخولهم عقبه" (Fat'h ul-bârî, 6/176).

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– Il est vrai, aussi, que le Prophète (sur lui soit la paix) a affirmé ce que vous avez relaté de lui : "عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "أُمِرْتُ أن أقاتل الناس حتى يشهدوا أن لا إله إلا الله ويؤمنوا بى وبما جئت به. فإذا فعلوا ذلك عصموا منى دماءهم وأموالهم إلا بحقها، وحسابهم على الله" : "Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'est de divinité que Dieu et qu'ils croient en moi [en tant que prophète de Dieu] et en ce que j'ai apporté" (Muslim, n° 21). En sus de ce propos relaté par Abû Hurayra, il y a un autre propos voisin qui est relaté de Abdullâh ibn Omar et est rapporté par al-Bukhârî (25) et Muslim (22). Un autre propos voisin est relaté de 'Alî, à qui le Prophète a dit cela suite à sa question, lors d'une des batailles de la campagne de Khaybar (Muslim, 2405).
Témoigner qu'il n'y a de divinité que Dieu, et croire en Muhammad (صلى الله عليه وسلم) comme vrai prophète de Dieu et en son message comme étant vrai (sâdiq) et juste ('adl), c'est se convertir à l'islam.

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit cette parole, cela est établi.

Et une lecture littérale de ce hadîth montrerait qu'il s'agit de combattre les hommes pour les contraindre à accepter l'islam, puisque c'est ce que dit la proposition qui vient juste après la préposition "hattâ" ("jusqu'à ce que") : "jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'est de divinité que Dieu et qu'ils croient en moi [en tant que prophète de Dieu] et en ce que j'ai apporté". Il s'agirait donc de ne pas cesser de combattre les hommes tant qu'ils n'acceptent pas l'islam : leur conversion à l'islam serait le moment à partir duquel (ghâya) ils ne seraient plus combattus, et ce serait l'objectif pour lequel (ghâya) les califes ont conquis les pays que vous avez cités. C'est ce que vous en avez déduit.

Or cela ne peut pas être le sens correct de ce hadîth, déjà par rapport aux Juifs, Chrétiens et Zoroastriens, puisque le verset "Pas de contrainte (pour faire entrer quelqu'un) dans la religion (islamique). La guidance s'est distinguée de l'errance" (Coran 2/256) s'applique a minima à eux (comme nous l'avons vu plus haut : il y a consensus sur ce point).
Ensuite, certes, certains ulémas (notamment shafi'ites) ont appréhendé ce hadîth comme évoquant les Polycultistes (le termes "hommes" y désignant : "les Mushrikûn" seulement), cela conformément d'ailleurs à ce qui est dit de façon explicite dans un hadîth voisin, relaté pour sa part par Anas ibn Mâlik : "عن أنس بن مالك، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "أمرت أن أقاتل المشركين حتى يشهدوا أن لا إله إلا الله وأن محمدا عبده ورسوله. فإذا شهدوا أن لا إله إلا الله وأن محمدا عبده ورسوله، وصلوا صلاتنا، واستقبلوا قبلتنا، وأكلوا ذبائحنا، فقد حرمت علينا دماؤهم وأموالهم، إلا بحقها" (an-Nassâ'ï, n° 3966). Voilà qui rejoint le premier avis cité plus haut (celui de ash-Shâfi'î et d'autres mujtahdidûn), selon lequel l'interdiction de contraindre les non-musulmans à se convertir à l'islam ne vaut pas pour les Polycultistes (cf. supra).
Cependant, lorsqu'on dit que cette interprétation shafi'ite ne semble pas être l'interprétation la plus pertinente, c'est parce qu'un autre hadîth montre que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit, seulement quelques jours avant de mourir (c'était le jeudi précédant son décès, survenu le lundi suivant) : "أَخْرِجُوا المشركين من جزيرة العرب" : "Faites quitter les Polycultistes la Péninsule arabique" : "عن سعيد بن جبير، عن ابن عباس رضي الله عنهما: أنه قال: "يوم الخميس وما يوم الخميس؟"، ثم بكى حتى خضب دمعه الحصباء، فقال: "اشتد برسول الله صلى الله عليه وسلم وجعه يوم الخميس، فقال: "ائتوني بكتاب أكتب لكم كتابا لن تضلوا بعده أبدا". فتنازعوا، ولا ينبغي عند نبي تنازع، فقالوا: "هجر رسول الله صلى الله عليه وسلم؟". قال: "دعوني، فالذي أنا فيه خير مما تدعوني إليه". وأوصى عند موته بثلاث: "أخرجوا المشركين من جزيرة العرب. وأجيزوا الوفد بنحو ما كنت أجيزهم"، ونسيت الثالثة" (al-Bukhârî, n° 2888, Muslim, n° 1637). Si l'objectif du Prophète (sur lui soit la paix) était de combattre les Polycultistes jusqu'à ce qu'ils se convertissent à l'islam, pourquoi ici dirait-il d'éloigner ces mêmes Polycultistes de la Péninsule arabique tout en les laissant dans leur religion polycultiste, alors même qu'il a obtenu le pouvoir comme jamais auparavant sur une grande partie de cette Péninsule ?
Par ailleurs, les Zoroastriens ne sont pas des Ahl ul-Kitâb d'après l'avis de la grande majorité des ulémas. Si eux ne sont pas contraints à se convertir à l'islam mais peuvent être des Ahl udh-Dhimma, alors quelle différence y a-t-il entre des adorateurs d'idoles et des adorateurs du feu ? "وأيُّ فرْق بين عبدة الأوثان والنيران" (Zad ul-ma'âd, 5/91) (voir aussi 3/153). "On sait que ces Arabes étaient sur le Dîn de Abraham, lequel avait laissé des écritures ("suhuf") et une voie ("sharî'a"). Les changements que ces Idolâtres [Arabes] avaient effectués dans la religion et la voie de Abraham ne sont pas plus grands que ceux que les Zoroastriens ont effectués dans la religion de leur prophète et dans leurs écritures si [l'existence d'un tel prophète et d'écritures parmi eux] est établie. (...)" : "ومعلوم أن العرب كانوا على دين إبراهيم عليه السلام، وكان له صحف وشريعة، وليس تغيير عبدة الأوثان لدين إبراهيم عليه السلام وشريعته بأعظم من تغيير المجوس لدين نبيهم وكتابهم لو صح، فإنه لا يعرف عنهم التمسك بشيء من شرائع الأنبياء عليهم الصلوات والسلام، بخلاف العرب" (Zâd ul-ma'âd, 5/92). "(...) Le Kufr des Zoroastriens est même plus épais [que celui des Idolâtres Arabes]. Les Idolâtres [descendants de Ismaël] reconnaissaient le Tawhid ur-Rubûbiyya, et qu'il n'y a de créateur que Dieu, et (ils disaient) que s'ils adoraient les divinités qu'ils s'étaient prises, c'était seulement pour qu'elles les rapprochent de Lui - Pureté à Lui et Elevé soit-Il. Ils n'ont pas affirmé l'existence de deux créateurs du monde, l'un créateur du bien, et l'autre du mal, comme le disaient les Zoroastriens" : "بل كفر المجوس أغلظ. وعباد الأوثان كانوا يقرون بتوحيد الربوبية، وأنه لا خالق إلا الله، وأنهم إنما يعبدون آلهتهم لتقربهم إلى الله سبحانه وتعالى، ولم يكونوا يقرون بصانعين للعالم، أحدهما: خالق للخير، والآخر للشر، كما تقوله المجوس" (Ibid., 5/91).
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C'est pourquoi des ulémas ont exposé que le hadîth que vous avez évoqué est de portée plus restreinte que ce que sa lettre laisse croire de généralité.
Cela est exposé dans par exemple
Fat'h ul-bârî, 1/105, en commentaire de ce hadîth.
Ibn ul-'Uthaymîn aussi a exposé cela : "٥ - الإشارة إلى أن القتال ليس لإكراه الناس على أن يدخلوا في الإسلام. ولو كان كذلك، ما شرعت الجزية، لأنه على هذا التقدير يجب أن يَدخلوا في الدين أو يقاتَلوا. وهذا هو الراجح الذي يؤيده القرآن والسنة. وأما قوله صلى الله عليه وسلم "أمرت أن أقاتل الناس ..." الحديث، فهو عام مخصوص بأدلة الجزية" (
Al-Qawl ul-mufîd, p. 1079).

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En fait le propos que vous avez évoqué du Prophète (sur lui soit la paix) est de 2 types :
--- l'un est particulier et a été dit à Alî ibn Abî Tâlib, lors d'une des batailles de la campagne de Khaybar ;
--- l'autre est général et a été relaté par Abdullâh ibn Omar et par Abû Hurayra.

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I) Pour ce qui est du propos particulier, que le Prophète (sur lui soit la paix) a tenu à Alî (que Dieu l'agrée) lors de la bataille de Khaybar :

"عن أبي هريرة أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال يوم خيبر: "لأعطين هذه الراية رجلا يحب الله ورسوله، يفتح الله على يديه" قال عمر بن الخطاب: "ما أحببت الإمارة إلا يومئذ، قال فتساورت لها رجاء أن أدعى لها." قال: "فدعا رسول الله صلى الله عليه وسلم علي بن أبي طالب، فأعطاه إياها، وقال: "امش، ولا تلتفت، حتى يفتح الله عليك۔" قال: "فسار علي شيئا ثم وقف ولم يلتفت، فصرخ: "يا رسول الله على ماذا أقاتل الناس؟" قال: "قاتلهم حتى يشهدوا أن لا إله إلا الله وأن محمدا رسول الله، فإذا فعلوا ذلك فقد منعوا منك دماءهم وأموالهم إلا بحقها، وحسابهم على الله".
A Khaybar, alors que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) venait de lui confier l'étendard pour qu'il mène la bataille contre un fort réputé imprenable, Alî se mit en route puis, s'arrêtant, demanda au Prophète : "Messager de Dieu, pour quel objectif vais-je combattre (ces) hommes ?" Le Prophète lui répondit : "Combats-les jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'y a de divinité que Dieu et que Muhammad est le messager de Dieu. Lorsqu'ils auront fait cela, ils auront protégé de toi leur vie et leurs biens, sauf cas de droit ; et leur compte incombera à Dieu" (Muslim, 2405).

Mais en fait ce que le Prophète a ici voulu mettre en exergue c'est que Alî ne devait pas les combattre pour acquérir du butin, ni même par haine pour leurs personnes. Alî devait au contraire commencer (bien qu'ils étaient déjà en état de belligérance, car ayant attaqué Médine il y avait de cela un peu plus d'un an) par leur adresser une nouvelle invitation à l'islam, car s'ils acceptaient l'islam, ils devenaient frères.

La relation suivante du même événement, rapportée par Muslim juste après, le prouve : "عن أبي حازم، أخبرني سهل بن سعد أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال يوم خيبر: "لأعطين هذه الراية رجلا يفتح الله على يديه، يحب الله ورسوله ويحبه الله ورسوله." قال: فبات الناس يدوكون ليلتهم أيهم يعطاها، قال فلما أصبح الناس غدوا على رسول الله صلى الله عليه وسلم، كلهم يرجون أن يعطاها، فقال: "أين علي بن أبي طالب؟"، فقالوا: "هو يا رسول الله يشتكي عينيه". قال: فأرسلوا إليه، فأتي به، فبصق رسول الله صلى الله عليه وسلم في عينيه، ودعا له فبرأ، حتى كأن لم يكن به وجع. فأعطاه الراية، فقال علي: "يا رسول الله أقاتلهم حتى يكونوا مثلنا؟"، فقال: "انفذ على رسلك، حتى تنزل بساحتهم، ثم ادعهم إلى الإسلام وأخبرهم بما يجب عليهم من حق الله فيه؛ فوالله لأن يهدي الله بك رجلا واحدا خير لك من أن يكون لك حمر النعم".
Ici il est relaté que, après avoir reçu l'étendard des mains du Prophète, 'Alî lui demanda : "Messager de Dieu, les combattrais-je jusqu'à ce qu'ils deviennent comme nous ?", et que le Prophète lui répondit ceci : "Avance lentement, jusqu'à arriver à leur place. Alors, invite-les à l'islam et informe-les des droits de Dieu qui leur incomberont en islam. Car par Dieu, le fait que Dieu guide par ton moyen un seul homme, cela est meilleur pour toi que d'avoir un chameau roux" (Muslim, 2406) (également rapporté en les mêmes termes par al-Bukhârî : 2783, 2847, 3498, 3973).

Cette autre relation du même événement et du même dialogue éclaire la première relation : à la question de 'Alî ("les combattrais-je jusqu'à ce qu'ils deviennent comme nous ?"), le Prophète lui dit que, une fois arrivé devant leur fort, Alî devait leur adresser une invitation à l'islam : car qu'un seul homme soit guidé était mieux pour lui que d'obtenir du butin très prisé : un chameau roux. Et s'ils acceptaient, tous leurs faits du passé leur seraient pardonnés : ils deviendraient des frères en islam.

S'ils ne voulaient pas se convertir à l'islam et ne voulaient pas non plus se rendre, eh bien, suite à la bataille, même vaincus ils seraient maintenus sur leur religion, le judaïsme.
C'est bien ce qui s'est passé pour la majorité des Khaybariens : si un petit nombre d'entre eux choisirent l'islam, la majorité demeurèrent juifs. Et nul ne fut contraint à se convertir à l'islam. Ils furent maintenus sur place (certes pour un laps de temps déterminé, comme cela fut spécifié par le Prophète) en tant que protégés (dhimmis) (sans devoir payer de jizya, vu que celle-ci n'était à ce moment-là pas encore instituée).

Ceci est à comprendre comme signifiant que, lorsque sont présentes l'une des causes (asbâb) rendant le combat institué, ainsi que les conditions (shurût) de son applicabilité, alors, lors des derniers pourparlers, il s'agit d'adresser à l'ennemi une dernière fois la possibilité de se convertir à l'islam ; s'il accepte, alors il devient frère. Si par contre il refuse de se convertir à l'islam, alors il peut ne pas livrer bataille et accepter la souveraineté de la Dâr ul-islâm sur sa terre. C'est s'il refuse cela aussi qu'il y aura bataille, mais, même vaincu, l'ennemi pourra conserver sa religion.

La parole du Prophète citée dans la relation de Muslim n° 2405 est donc à comprendre ainsi :
"بما أن أهل خيبر قد صاروا محاربين لنا، جئنا لقتالهم؛ ولكن مع ذلك ادعهم إلى الإسلام؛ فإن قبلوا صاروا إخواننا في الدين؛ وإن أبوا فادعهم إلى الإذعان لنا؛ فإن قبلوا فلا قتال؛ وإن أبوا فقاتلهم حتى إما أن يشهدوا أن لا إله إلا الله وأن محمدا رسول الله، وإما أن يذعنوا لنا" : "Etant donné que les gens de Khaybar s'étaient mis en état de belligérance avec nous, nous sommes venus pour le combat. Mais malgré cela, invite-les à l'islam. S'ils acceptent, ils deviendront nos frères en religion. Et s'ils refusent, propose-leur d'accepter de passer sous notre protection (dhimma). S'ils acceptent, il n'y a pas de combat. Et s'ils refusent, combats-les, jusqu'à ce que, de nouveau, soit ils acceptent l'islam, soit ils acceptent de se mettre sous notre protection. Lorsqu'ils auront fait cela, ils auront protégé de toi leur vie et leurs biens, sauf cas de droit."

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II) Pour ce qui est du hadîth au propos général : "أُمِرْتُ أن أقاتل الناس حتى يشهدوا أن لا إله إلا الله ويؤمنوا بى وبما جئت به. فإذا فعلوا ذلك عصموا منى دماءهم وأموالهم إلا بحقها وحسابهم على الله" :"Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'est de divinité que Dieu et qu'ils croient en moi [en tant que prophète de Dieu] et en ce que j'ai apporté" :

Bien que dans sa lettre (ظاهر), ce hadîth rapporte l'impératif "combattre" à un objet général (عامّ) : "les hommes", et avec la seule fin (غاية) : "jusqu'à ce qu'ils se convertissent à l'islam", ce hadîth doit être être compris comme ne se rapportant, avec cette fin, qu'à un objet plus restreint (أخصّ) : "certains hommes", cette fin (غاية) étant par ailleurs couplée à autre chose (nous le verrons plus bas)...

– A) D'une part, "النَّاس" ("les hommes") y désigne seulement : "المُشرِكِيْن" ("les Polycultistes"), comme spécifié dans le hadîth rapporté par an-Nassâ'ï : "عن أنس بن مالك، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "أمرت أن أقاتل المشركين حتى يشهدوا أن لا إله إلا الله وأن محمدا عبده ورسوله. فإذا شهدوا أن لا إله إلا الله وأن محمدا عبده ورسوله، وصلوا صلاتنا، واستقبلوا قبلتنا، وأكلوا ذبائحنا، فقد حرمت علينا دماؤهم وأموالهم، إلا بحقها" (n° 3966). Al-Khattâbî a explicitement écrit cela : "قال الخطابي رحمه الله: معلوم أن المراد بهذا أهل الأوثان، دون أهل الكتاب لأنهم يقولون لا إله إلا الله. ثم يقاتَلون ولا يُرفَع عنهم السيف" (Shar'h Muslim, an-Nawawî, 1/206).

– B) Ensuite, il s'agit seulement des Polycultistes d'Arabie (ou du Hedjaz) : à l'expiration des 4 mois commençant le 10 dhu-l-hijja de l'an 9, c'est-à-dire à partir du 10 rabi' ul-âkhir de l'an 10, les Polycultistes ne furent plus acceptés sur la terre d'Arabie (ou sur la terre du Hedjaz). Par contre, ailleurs qu'en Arabie (ou qu'au Hedjaz), les Polycultistes – comme d'ailleurs les Gens du Livre : les juifs et les chrétiens – avaient toujours le droit de résider dans la Dâr ul-islâm en ayant choisi de garder leur religion (étant alors dhimmis, s'acquittant de l'impôt jizya).

En effet, ce sont seulement les Polycultistes d'Arabie qui n'ont pas le droit d'être résidents permanents de la Dâr ul-islâm. Abû Hanîfa dit ainsi que si les polycultistes peuvent être résidents permanents de la Dâr ul-islâm, le cas des polycultistes Arabes fait exception : eux ne peuvent pas l'être. Son avis est donc que les non-musulmans qui sont non-arabes peuvent vivre en terre musulmane, qu'ils soient juifs, chrétiens, sabéens ou polycultistes ; cependant, parmi les non-musulmans qui sont arabes, seuls peuvent vivre en terre d'Islam sont ceux qui sont juifs, chrétiens ou sabéens (Al-Hidâya 1/547, 575). Cet avis hanafite ne concerne que les Arabes qui vivent dans la Péninsule arabique, et pas les Arabes qui vivent dans une partie de la Dâr ul-islam hors la péninsule arabique (la preuve figure dans la question de la levée de l'impôt kharâj : cela est impossible dans la péninsule d'Arabie, exactement comme est impossible le fait de maintenir les habitants de cette péninsule sur leur Kufr : Al-Hidâya 1/570).

Le pivot (manât) de la règle (hukm) énoncée dans le hadîth est donc : "être un polycultiste de la péninsule arabique".

Et, avec ce pivot (manât) de cette règle (hukm), la nuance supplémentaire qui va suivre se marie parfaitement...

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– C) Il est un autre hadîth qui dit : "أَخْرِجُوا المشركين من جزيرة العرب" : "Faites quitter les Polycultistes la Péninsule arabique". Ceci a été prononcé par le Prophète quelques jours avant son décès, donc en rabî' al-awwal de l'an 11, et est à ajouter avec ce que le hadîth que vous avez cité mentionne. Cette nuance montre que, même en ce qui concerne les Polycultistes de l'Arabie, il n'y a pas eu contrainte pour les convertir à l'islam.

En réalité, à partir du 10 rabi' ul-âkhir de l'an 10, les Polycultistes n'eurent plus, comme choix, que :
--- celui de rester dans la Péninsule arabique mais, alors, se convertir à l'islam,
--- ou celui de demeurer polycultistes mais, alors, devoir partir de la Péninsule (ou du Hedjaz) pour s'installer ailleurs (fût-ce ailleurs en Dâr ul-islâm).
Il y eut alors ordre de les combattre pour qu'ils se plient à l'un de ces deux choix.
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En un mot : ils ne purent plus, alors, habiter la Péninsule (ou le Hedjaz) tout en y demeurant polycultistes (mushrik).

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Ci-après les preuves de ce que je viens de vous dire
…

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La preuve des points A et B, à savoir que, à partir du 10 rabi' ul-âkhir de l'an 10 de l'hégire, les Polycultistes n'ont plus eu le droit de résider en Arabie (ou au Hedjaz) s'ils gardaient leur religion :

– En fait, avant la révélation des premiers versets de sourate at-Tawba (versets qui furent révélés en shawwâl de l'an 9 ; qui furent annoncés le 10 dhu-l-hijja de l'an 9 ; et qui entrèrent en vigueur 4 mois plus tard, le 10 rabi' ul-âkhir de l'an 10), avant la révélation de ces versets, donc, le Prophète (sur lui soit la paix) avait accepté que les Polycultistes soient résidents de la Péninsule arabique (et avait conclu avec eux un 'aqd udh-dhimma).

Burayda relate ainsi que le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, a dit :
"وإذا لقيت عدوك من المشركين فادعهم إلى ثلاث خصال - أو خلال - فأيتهن ما أجابوك فاقبل منهم وكف عنهم. ثم ادعهم إلى الإسلام فإن أجابوك فاقبل منهم وكف عنهم؛ ثم ادعهم إلى التحول من دارهم إلى دار المهاجرين وأخبرهم أنهم إن فعلوا ذلك فلهم ما للمهاجرين وعليهم ما على المهاجرين؛ فإن أبوا أن يتحولوا منها فأخبرهم أنهم يكونون كأعراب المسلمين يجرى عليهم حكم الله الذى يجرى على المؤمنين ولا يكون لهم فى الغنيمة والفىء شىء إلا أن يجاهدوا مع المسلمين. فإن هم أبوا فسلهم الجزية فإن هم أجابوك فاقبل منهم وكف عنهم. فإن هم أبوا فاستعن بالله وقاتلهم"
:
"(…) Et lorsque tu rencontreras ton ennemi parmi les Polycultistes, invite-les à 3 choses : quelle que soit celle [des 2 premières] à laquelle ils te répondent favorablement, accepte-la d'eux et retiens-toi d'eux :
– [1] Invite-les à accepter l'islam. S'ils te répondent favorablement, accepte (cela) d'eux et retiens-toi d'eux ; ensuite :
----- invite-les à quitter leur cité pour la cité des Emigrants (Dâr ul-muhâjirîn), et informe-les que s'ils font cela, ils auront les mêmes droits que les Emigrants et les mêmes devoirs que les Emigrants ;
----- s'ils refusent de quitter leur cité, informe-les qu'ils seront alors comme les bédouins musulmans : la règle de Dieu qui s'applique aux musulmans s'appliquera à eux, (mais) ils n'auront aucune part dans les biens du butin et du fa'y ; (car n'en bénéficient) que ceux qui (participent aux) batailles ;

–
[2] S'ils refusent (l'islam), demande-leur la jizya. S'ils te répondent favorablement, accepte (cela) d'eux et retiens-toi d'eux ;
–
[3] Et s'ils refusent (de payer la jizya), demande l'aide de Dieu et combats-les. (…)"
(rapporté par Muslim, n° 1731, at-Tirmidhî, n° 1617).

(Pourquoi y eut-il ce combat ? Nous avons exposé cela dans un autre et un autre articles.
Y a-t-il des règles encadrant le déroulement du combat ? Et, à la faveur du combat, en cas de victoire des musulmans, qu'advient-il de l'ennemi vaincu ?
Nous avons exposé la réponse à ces deux questions dans un autre article.)

Ce qu'expose ce hadîth relaté par Burayda se passait à l'intérieur de l'Arabie, pas hors de la péninsule arabique.

Par ailleurs, ceci se passait avant ramadan de l'an 8
. Le fait est qu'on lit dans ce hadîth de Burayda la demande d'émigrer à Médine. Or le jour de la Conquête de la Mecque, en ramadan de l'an 8, le Prophète a mis fin au caractère obligatoire (ou recommandé) d'émigrer à Médine : "لا هجرة بعد الفتح" (al-Bukhârî, Muslim).

Par ailleurs, on trouve, dans ce hadîth de Burayda, la demande qu'ils s'acquittent de la jizya. Ceci montre que avant ramadan de l'an 8, la jizya avait déjà été instituée.

(Des ulémas disent qu'avant l'institution du principe de la jizya, les contrats de type dhimma pouvaient être conclus, mais il n'y avait de pas de jizya : c'est ce qui s'était passé avec les habitants de Khaybar, en l'an 7 (Zâd ul-ma'âd, 3/151-152 ; 348). Ceci montre que la jizya a été instituée entre le début de l'an 7, et ramadan de l'an 8.

Or des ulémas disent que la jizya a été instituée soit en l'an 8, soit en l'an 9 de l'hégire (Fat'h ul-bârî 6/311).
Dès lors, je ne sais pas (لا أدري) :
--- soit c'est le verset 9/29 qui est venu instituer le principe de la jizya ; auquel cas ce verset 9/29 a forcément été révélé bien avant ramadan de l'an 8 ;
--- soit c'est la Sunna qui avait institué ce principe de la jizya entre le début de l'an 7, et ramadan de l'an 8, et ce verset 9/29 est quant à lui seulement venu, en l'an 9, entériner ce principe, l'intégrant dans le propos qu'il est venu alors dire.
Si on retient le propos de Mujâhid au sujet du verset 9/29 : "وأخرج ابن أبي شيبة وابن جرير وابن المنذر وابن أبي حاتم وأبو الشيخ والبيهقي في سننه عن مجاهد رضي الله عنه في قوله {قاتلوا الذين لا يؤمنون بالله} الآية قال: نزلت هذه حين أمر محمد صلى الله عليه وسلم وأصحابه بغزوة تبوك" (Ad-Durr ul-manthûr), alors c'est la seconde hypothèse qui est la bonne : c'est la Sunna qui avait institué le principe de la jizya bien avant ramadan de l'an 8 ; quant au verset 9/29, il est seulement venu l'entériner en l'an 9, en l'intégrant dans le propos qu'il est venu alors dire. Dans ce cas, ces ulémas ont seulement voulu dire que le verset 9/29 a été révélé en l'an 9 ; et non pas que la jizya même aurait été instituée cette année-là, vu qu'elle était déjà instituée avant ramadan de l'an 8.

– Par contre, après la révélation des versets figurant au tout début de la sourate at-Tawba, tous les accords auparavant conclus accordant le droit aux Polycultistes d'être résidents d'une cité musulmane de l'Arabie ('aqd udh-dhimma), de même que tous les traités de paix auparavant conclus avec des cités polycultistes de l'Arabie (mu'âhada / 'ahd) furent résiliés (exception faite des traités conclus à une cité pour une durée déterminée : eux devaient être respectés jusqu'à leur terme – sourate at-Tawba, verset 4 – puis ne plus être renouvelés).
A compter de la date de l'information (le 10 dhu-l-hijja de l'an 9), ces Polycultistes eurent 4 mois pour choisir entre :
--- se convertir à l'islam,
--- quitter la Péninsule arabique,
--- ou s'exposer au combat (avec possibilité de sauf-conduits accordés à des individus précis : sourate at-Tawba, verset 6).
Nous avons expliqué cela dans notre article commentant le début de la Sourate 9 (at-Tawba).

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La preuve du point B, à savoir que, après le 10 rabi' u-âkhir de l'an 10 de l'hégire, les Polycultistes aussi pouvaient devenir résidents (dhimmis) de la Dâr ul-islâm (et cela bien entendu sans se convertir à l'islam), mais ailleurs qu'en Arabie :

– Al-Mughîra ibn Chu'ba, arrivé près de Nahavend (Fat'h ul-bârî 6/318), avant la bataille que les Musulmans allaient livrer aux Perses, dit aux Zoroastriens de Perse : "فأمرنا نبينا رسول ربنا صلى الله عليه وسلم أن نقاتلكم حتى تعبدوا الله وحده أو تؤدوا الجزية" : "Notre Prophète, Messager de notre Pourvoyeur, nous a ordonné de vous combattre jusqu'à ce que vous adoriez Dieu Seul, ou bien que vous acquittiez de la jizya" (al-Bukhârî, n° 2989).

– "ولم يكن عمر أخذ الجزية من المجوس حتى شهد عبد الرحمن بن عوف أن رسول الله صلى الله عليه وسلم أخذها من مجوس هجر" : Sous son califat, Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée) a accepté que les Zoroastriens (al-majûs) [de la Perse] soient dhimmis (al-Bukhârî, n° 2987).

Ces deux événements se passèrent après le décès du Prophète (décès qui s'est produit en rabî' ul-awwal de l'an 11 de l'hégire).

Pourquoi les musulmans furent-ils engagés dans ce combat et cette conquête ? Nous avons exposé cela dans un autre et un autre articles.

Mais par rapport à ce qui nous intéresse ici, voyez : ces Zoroastriens avaient bien la possibilité de devenir dhimmis et donc de garder leur religion (qui comportait l'adoration du feu) et ne pas se convertir à l'islam…

Or les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre, ce sont des Polycultistes.

Voici quelques arguments étayant cela :
--- Un hadîth dit : "Agissez avec eux comme on agit avec les Gens du Livre" ("Sunnû bi-him sunnat ahl il-kitâb") : Si ce hadîth est authentique (voir Nasb ur-râya), il semble indiquer que les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre, puisqu'il est demandé d'agir avec eux… comme on agit avec les Gens du Livre. S'ils étaient des gens du Livre, le Prophète aurait dit : "Ce sont des gens du Livre", et non pas "Agissez avec eux comme on agit avec les Gens du Livre" ; les Gens du Livre sont donc autres qu'eux (MF 32/189) ;
--- Ibn Abbâs relate que, lors de la victoire des Perses (zoroastriens) de Khosrô II Parwîz sur les Byzantins (chrétiens) de Héraclius et suite à la révélation des versets coraniques évoquant cela (voir l'article parlant de ce point), Abû Bakr tint pari avec les Polycultistes mecquois que les Byzantins l'emporteraient bientôt sur les Perses, conformément à la prophétie du Coran. Voici la relation de Ibn Abbas sur le sujet : "عن ابن عباس فى قول الله تعالى {الم غلبت الروم فى أدنى الأرض}: قال: غلبت وغلبت. كان المشركون يحبون أن يظهر أهل فارس على الروم لأنهم وإياهم أهل أوثان؛ وكان المسلمون يحبون أن يظهر الروم على فارس لأنهم أهل كتاب. فذكروه لأبى بكر فذكره أبو بكر لرسول الله -صلى الله عليه وسلم- قال: أما إنهم سيغلبون. فذكره أبو بكر لهم فقالوا: اجعل بيننا وبينك أجلا فإن ظهرنا كان لنا كذا وكذا وإن ظهرتم كان لكم كذا وكذا. فجعل أجل خمس سنين. فلم يظهروا فذكروا ذلك للنبى صلى الله عليه وسلم فقال: ألا جعلته إلى دون - قال أراه العشر" : "(...) Les Polycultistes (de la Mecque) souhaitaient que les gens de la Perse l'emportent sur les Romains [d'Orient], car eux comme eux étaient Polycultistes. Les Musulmans souhaitaient que les Romains l'emportent sur les Perses, car ils [= les Romains] étaient gens du Livre. (...)" (at-Tirmidhî, n° 3193, voir aussi n° 3194). C'est donc là l'avis de Ibn Abbâs également ;
--- Un hadîth dit de garder la barbe, contrairement à ce que faisaient les Zoroastriens : "جزوا الشوارب، وأرخوا اللحى؛ خالفوا المجوس" (Muslim, 260). Or, ce sont les Zoroastriens qui ont été désignés par le terme : "les Polycultistes" dans cet autre hadîth : "خالفوا المشركين: وفروا اللحى، وأحفوا الشوارب" (al-Bukhârî, 5553, Muslim, 259). Car les Polycultistes Arabes, eux, gardaient la barbe : on le voit bien avec Abû Jahl à Badr. Les Zoroastriens étaient connus pour se raser la barbe et se laisser la moustache. Les deux émissaires envoyés du Yémen à Médine, sur ordre de l'empereur Perse, étaient ainsi. Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) les a alors interpelés sur le sujet : "عن عبد الله بن شداد قال: كتب كسرى إلى باذام: أني نبئت أن رجلا يقول شيئا لا أدري ما هو، فأرسِلْ إليه فليقعد في بيته ولا يكن من الناس في شيء وإلا فليواعدني موعدا ألقاه به. قال: فأرسل باذام إلى رسول الله صلى الله عليه وسلم رجلين حالقي لحاهما مرسلي شواربهما. فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ما يحملكما على هذا؟" قال: فقالا له: "يأمرنا به الذي يزعمون أنه ربهم." قال: فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لكنا نخالف سنتكم: نجز هذا ونرسل هذا." قال: فمر به رجل من قريش طويل الشارب، فأمره رسول الله صلى الله عليه وسلم أن يجزهما. قال: فتركهما بضعا وعشرين يوما. ثم قال: "اذهبا إلى الذي يزعمون أنه ربكما، فأخبراه أن ربي قتل الذي يزعم أنه ربه." قالا: متى؟ قال: اليوم! قال: فذهبا إلى باذام فأخبراه الخبر. قال: فكتب إلى كسرى، فوجدوا اليوم هو الذي قتل فيه كسرى" (Ibn Abî Shayba : sahîh ul-isnâd mursalan 'an Abdillâh ibn Shaddâd, wa huwa min kibâr it-tâbi'în).
--- L'avis de Ibn ul-Qayyim est semblable : "Quelle différence y a-t-il entre ceux qui rendent un culte à des idoles et ceux qui rendent un culte au feu ?" (Zâd ul-ma'âd, 5/91 ; voir aussi 3/153) ;
--- Ibn ul-'Uthaymîn a lui aussi retenu cet avis (Al-Qawl ul-mufîd, p. 1078). Il écrit ensuite que "le combat n'est pas pour contraindre les hommes à entrer en islam. Si les choses avaient été ainsi, la jizya n'aurait pas été instituée" : "الإشارة إلى أن القتال ليس لإكراه الناس على أن يدخلوا في الإسلام، ولو كان كذلك ما شرعت الجزية" (Ibid., p. 1079).

Ceci concerne donc les Polycultistes qui habitent ailleurs qu'en Arabie (ou ailleurs qu'au Hedjaz)…

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La preuve du point C, à savoir que même après le 10 rabi' ul-âkhir de l'an 10, les Polycultistes de l'Arabie ne furent pas systématiquement combattus s'ils ne se convertissaient pas à l'islam : en fait ils purent également quitter l'Arabie tout en demeurant Polycultistes :

Ibn Abbâs (que Dieu l'agrée) relate que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "أَخْرِجُوا المشركين من جزيرة العرب" : "Faites quitter les Polycultistes la Péninsule arabique" ; Ibn Abbâs, qui rapporte ce hadîth, a précisé que le Prophète a prononcé cette phrase le dernier jeudi de sa vie terrestre, donc en rabi' ul-awwal de l'an 11 (al-Bukhârî, n° 2888, Muslim, n° 1637). Personne ne peut donc dire que ce hadîth date d'une période antérieure à celui qui a été cité dans l'objection, et a été abrogé par lui !

Si quelqu'un pense qu'il y a le devoir de combattre les Polycultistes jusqu'à ce qu'ils se convertissent à l'islam, comment explique-t-il ce hadîth, où le Prophète n'a pas seulement laissé des Polycultistes quitter la Péninsule arabique sans les combattre pour les convertir à l'islam : il y a clairement dit, quelques jours avant de quitter ce monde, de les faire quitter la Péninsule arabique en les laissant demeurer Polycultistes ?

L'objectif était donc qu'il n'y ait plus de Polycultiste habitant la terre d'Arabie (ou la terre du Hedjaz).
Et non pas que les Polycultistes se trouvant quelque part sur Terre, ou se trouvant en terre musulmane (Dâr ul-islâm), ou même se trouvant sur la terre d'Arabie ou du Hedjaz, soient tués !

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Par ailleurs, souligne Faysal al-Mawlawî, une lecture attentive du verset de sourate ut-Tawba montre que ce verset ne disait lui non plus pas qu'il faut absolument tuer les Polycultistes [de la Péninsule], puisqu'il évoque la possibilité qu'ils soient faits prisonniers : "Après que les mois d'interdiction seront expirés, tuez les Polycultistes où que vous les trouviez, capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade" (Coran 9/5). Voyez, dit al-Mawlawî : il est bien dit qu'ils peuvent être faits prisonniers. Or, des prisonniers peuvent être relâchés [comme le dit le verset 47/4] (Al-Ussus ush-shar'iyya li-l-'alâqât bayn al-muslimîn wa ghayr il-muslimîn, pp. 48-50). Cependant, ces prisonniers polycultistes seront alors conduits hors de la Péninsule pour y être relâchés.

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Une question supplémentaire :

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit aussi : "لأُخْرِجَنَّ اليهود والنصارى من جزيرة العرب حتى لا أدع إلا مُسلِمًا" : "Je ferai quitter les juifs et les chrétiens la Péninsule arabique, au point que je n'y laisserai que (des) musulman(s)" (Muslim, n° 1767, et d'autres) (dans une autre version : "Faites quitter les juifs du Hedjaz et les chrétiens de Nadjran la Péninsule arabique" : Ahmad, n° 1599, etc.).
Quelle différence y avait-il donc entre les Gens du Livre et les Polycultistes, par rapport à l'interdiction de résider en Arabie ?

La réponse est que l'interdiction a été formulée d'abord par le Coran pour les Polycultistes, et ensuite par la Sunna pour les Gens du Livre.
Faysal al-Mawlawî souligne quant à lui une autre différence :
--- pour les juifs et les chrétiens le Prophète a dit qu'ils devaient être déplacés de la Péninsule arabique, mais pas combattus ;
--- alors que pour les Polycultistes, ils devaient s'en aller d'eux-mêmes, sinon ils s'exposaient au combat (voir Al-Ussus ush-shar'iyya li-l-'alâqât bayn al-muslimîn wa ghayr il-muslimîn, p. 45, note de bas de page, 1ère différence).

Lire notre autre article relatif aux hadîths disant de faire quitter de la péninsule des Arabes les juifs et les chrétiens.

(Aujourd'hui, il faut que le contexte soit de nouveau le même que celui dans lequel se trouvait la terre musulmane à l'époque de Omar pour appliquer cette règle : lire un premier et un second articles pour en savoir plus. De plus, même alors, c'est, parallèlement à l'exemple de Omar, aux autorités publiques de prendre la décision, et non aux simples individus de les faire fuir.)

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Résumé :

Ces hadîths (celui que vous avez cité, et ceux que j'ai exposés) montrent que ce que le Prophète a voulu dire ne s'applique pas de façon générale et inconditionnelle, de telle sorte que tous les hommes doivent être combattus jusqu'à accepter l'islam.
Ce que le Prophète a voulu dire se rapporte à un cas précis, qu'il avait devant lui : les Polycultistes ne seraient pas gardés comme résidents de la Dâr ul-islâm dans la Péninsule arabique : ils devaient soit quitter l'Arabie et s'installer ailleurs, soit accepter l'islam, soit s'exposer au combat.

Pourquoi le Prophète (sur lui soit la paix) a-t-il alors dit de façon inconditionnelle le premier hadîth : "Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils disent : "Il n'y a pas de dieu en dehors de Dieu"" ?

En fait il a employé des termes inconditionnels et généraux pour évoquer une circonstance déterminée, précise, à propos de personnes précises : ce sont les circonstances qu'il avait alors face à lui.

Ibn Taymiyya écrit ainsi : "وكثير من أجوبة الإمام أحمد وغيره من الأئمة خرج على سؤال سائل قد علم المسئول حاله أو خرج خطابا لمعين قد علم حاله. فيكون بمنزلة قضايا الأعيان الصادرة عن الرسول صلى الله عليه وسلم: إنما يثبت حكمها في نظيرها" : "Et de nombreuses réponses de l'imam Ahmad – et d'autres imams que lui – sont telles que (la réponse) a été émise suite à la question posée par une personne dont [l'imam Ahmad] questionné connaissait la situation (précise), ou a été émise comme propos tenu à une personne déterminée dont la situation (précise) était connue. Cela est alors comme les jugements émis par le Prophète (que Dieu prie sur lui et le salue) à propos de personnes déterminées (a'yân) : la règle n'est établie que pour (les affaires) qui leur sont semblables [et n'ont pas de caractère général et inconditionnel]" (MF 28/213).

Nous avons exposé d'autres exemples relevant de ce cas de figure dans notre article : Lorsqu'une règle dont la lettre est générale et inconditionnelle est en fait d'applicabilité restreinte.

A lire en complément de cet article : Pourquoi Abû Bakr a-t-il combattu ceux qui refusèrent de payer la zakât ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).