L'invocation qu'on a adressée à Dieu, demander à Dieu : "O Dieu, exauce cette invocation au nom de la place que le Prophète a auprès de Toi" ? (الدعاء بالوسيلة)

Question :

Un coreligionnaire et ami me dit que lorsqu'il fait une invocation à Dieu (du'â), il prend parfois le nom du Prophète, non pas pour l'invoquer mais de la manière suivante "O Dieu, accepte mon invocation par l'intermédiaire du Prophète Muhammad". Je lui ai demandé si cela ne relevait pas de l'associationnisme (shirk) à Dieu. Il réfute ceci totalement, disant ne s'adresser qu'à Dieu et uniquement à Lui, mais passer, pour donner un peu plus de force à sa requête, par l'intermédiaire d'un saint homme comme le Prophète, qui est proche de Dieu. Il justifie ceci en citant le verset 35 de la sourate 5 du Coran, où Dieu dit : "O les croyants, craignez Dieu et prenez le moyen qui vous rapprochera de Lui…"

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Réponse :

Il faut en fait distinguer ici plusieurs cas :

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1) Le premier cas : invoquer une autre entité que Dieu :

Demander à une autre entité que Dieu (un ange, un djinn, un saint, un prophète, le Prophète, etc.) d'exaucer sa requête, en pensant que cette entité est proche de Dieu… cela n'est évidemment pas autorisé. Cliquez ici pour en savoir plus.
Adresser pareille requête, cela constitue un associationnisme grand et évident (shirk akbar jalî). "L'adoration, c'est l'invocation" a dit le Prophète (rapporté par at-Tirmidhî, n° 2969, Abû Dâoûd, n° 1479), montrant par là que l'invocation ne doit être adressée qu'à Dieu, puisque les musulmans n'adorent que Lui.

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2) Le second cas : invoquer Dieu seulement, mais Lui adresser alors une requête "par quelque chose" :

Ceci est connu dans les écrits des ulémas sous le nom de "du'â bi-l-wassîla". Et plusieurs ramifications existent à partir de ce cas n° 2. Dans un premier temps, déjà, deux grandes ramifications émergent, selon le sens que l'on donne au mot "par".

2.1) Le mot "par" employé dans le sens d'un serment (bâ' ul-qassam), comme par exemple : "Par le Prophète Muhammad, accepte, ô Dieu, la demande que je t'ai faite" :

Ceci n'est pas autorisé, notamment parce que le Prophète a interdit de faire serment par autre que Dieu : "عن سعد بن عبيدة، أن ابن عمر سمع رجلا يقول: لا والكعبة، فقال ابن عمر: لا يحلف بغير الله، فإني سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "من حلف بغير الله فقد كفر أو أشرك". هذا حديث حسن. وفسر هذا الحديث عند بعض أهل العلم أن قوله "فقد كفر" أو "أشرك" على التغليظ" : "Celui qui fait serment par autre chose que Dieu commet un acte d'associationnisme" (at-Tirmidhî, n° 1535 ; voir aussi Abû Dâoûd, n° 3251). Il s'agit ici d'un petit associationnisme (shirk asghar), comme cela ressort de ce qu'a écrit at-Tirmidhî en commentaire de ce Hadîth.
Ibn Taymiyya écrit : "Quand il est interdit de faire le serment par une créature lorsqu'on parle à une autre créature, il est à plus forte raison interdit de faire le serment par une créature lorsqu'on parle au Créateur" (Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, Ibn Taymiyya, p. 72).

Par contre, il y a ceci quant à la possibilité, en cas de nécessité (dharûra), d'adresser une requête à une créature : "فقال: رجل مسكين، تقطعت بي الحبال في سفري، فلا بلاغ اليوم إلا بالله ثم بك؛ أسألك بالذي أعطاك اللون الحسن والجلد الحسن والمال، بعيرا أتبلغ عليه في سفري" (al-Bukhârî, 3277, Muslim, 2964). Le bâ' ayant été ici employé peut être un bâ' ul-qassam (Mirqât ul-mafatîh).
Il existe sur ce point les autres hadîths suivants : "حدثنا عثمان بن أبي شيبة، حدثنا جرير، عن الأعمش، عن مجاهد، عن عبد الله بن عمر، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من استعاذ بالله فأعيذوه، ومن سأل بالله فأعطوه، ومن دعاكم فأجيبوه، ومن صنع إليكم معروفا فكافئوه، فإن لم تجدوا ما تكافئونه، فادعوا له حتى تروا أنكم قد كافأتموه" (Abû Dâoûd, 1672). "حدثنا مسدد، وسهل بن بكار، قالا: حدثنا أبو عوانة؛ ح وحدثنا عثمان بن أبي شيبة، حدثنا جرير المعنى عن الأعمش، عن مجاهد، عن ابن عمر، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من استعاذكم بالله فأعيذوه، ومن سألكم بالله فأعطوه"، وقال سهل وعثمان: "ومن دعاكم فأجيبوه"، ثم اتفقوا: "ومن آتى إليكم معروفا فكافئوه"، قال مسدد وعثمان: "فإن لم تجدوا فادعوا الله له حتى تعلموا أن قد كافأتموه" (Abû Dâoûd, 5109). "عن ابن عباس أن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "ألا أخبركم بخير الناس؟ رجل ممسك بعنان فرسه في سبيل الله. ألا أخبركم بالذي يتلوه؟ رجل معتزل في غنيمة له يؤدي حق الله فيها. ألا أخبركم بشر الناس؟ رجل يُسأَل بالله ولا يُعطِي به" (at-Tirmidhî, 1652, Ahmad).

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2.2) Le mot "par" employé dans le sens de "cause" (bâ' us-sababiyya), comme par exemple : "O Dieu, je Te demande ceci par le fait que Tu es généreux" :

Plusieurs ramifications de ce cas 2.2 existent :

2.2.1) Dire : "O Dieu, je Te demande telle chose par le fait que Tu es généreux".
2.2.2) Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause de telle bonne action que j'ai faite pour Toi".
2.2.3) Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause de l'amour que j'ai pour le Prophète".
2.2.4) Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause de la personne du Prophète" ou "à cause de l'honneur du Prophète" ou "à cause du droit qu'a le Prophète auprès de Toi".

Nous allons voir maintenant que penser de chacune de ces ramifications :

2.2.1) Dire : "O Dieu, je Te demande telle chose par le fait que Tu es généreux" :

Ceci est autorisé, car il s'agit d'une invocation qu'on adresse à Dieu en faisant Ses éloges, en citant Ses Attributs (Sifât).

En fait Dieu Lui-même a dit : "وَلِلّهِ الأَسْمَاء الْحُسْنَى فَادْعُوهُ بِهَا" : "Et à Dieu appartiennent les plus Beaux Noms, invoquez-Le par eux" (Coran 7/180). (Cf. Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 75.) "Invoquez-Le par ces [Noms]", c'est-à-dire : "Invoquez-Le par le moyen de ces Noms" : le bâ' est ici un bâ 'ul-isti'âna : il s'agit d'adresser sa requête (du'â) à Dieu en L'appelant par le Nom auquel sa requête correspond ; ainsi : "O Toi le Pourvoyeur, pourvois à nos besoins" ; "O Toi le Pardonneur, pardonne-moi" ; "O Toi le Miséricordieux, aie pitié de nous" ; etc.

Il est aussi possible d'extraire du Nom de Dieu l'Attribut qui y correspond, et adresser à Dieu sa requête en Lui demandant de l'exaucer parce qu'Il a tel Attribut. C'est ce qui figure dans les hadîths suivants :
"عن أنس، أنه كان مع رسول الله صلى الله عليه وسلم جالسا ورجل يصلي، ثم دعا: اللهم إني أسألك بأن لك الحمد، لا إله إلا أنت المنان، بديع السموات والأرض، يا ذا الجلال والإكرام، يا حي يا قيوم، فقال النبي صلى الله عليه وسلم:"لقد دعا الله باسمه العظيم، الذي إذا دعي به أجاب، وإذا سئل به أعطى" : Le Prophète a entendu un homme invoquer Dieu en lui disant : "O Dieu, je T'adresse cette requête par le fait qu'à Toi revient la louange…", et il approuva cette façon de faire des invocations (rapporté par Abû Daoûd, n° 1495, an-Nassâ'ï, n° 1300, Ibn Mâja, n° 3858). Ceci revient à dire : "Je t'adresse cette requête à cause du fait qu'à Toi revient la louange. Car celui qui est détenteur des louanges agrée les requêtes qui lui sont adressées" ; ici le bâ' est un bâ' us-sababiyya, et cela constitue du du'â bi-l-wassîla.
Il y a aussi ceci : "عن محجن بن الأدرع أن رسول الله صلى الله عليه وسلم دخل المسجد، إذا رجل قد قضى صلاته وهو يتشهد، فقال: اللهم إني أسألك يا ألله بأنك الواحد الأحد الصمد الذي لم يلد ولم يولد ولم يكن له كفوا أحد، أن تغفر لي ذنوبي، إنك أنت الغفور الرحيم، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "قد غفر له"، ثلاثا" (an-Nassâ'ï, n° 1031).
nous avons vu dans la parole du Compagnon suscitée "O Dieu, je T'adresse cette requête par le fait qu'à Toi revient la louange…"

D'autres exemples de telles invocations existent où on demande à Dieu de nous accorder telle ou telle chose parce qu'Il est détenteur de tel ou tel Attributs (cliquez ici pour en découvrir quelques-unes).

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2.2.2) Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause de telle bonne action que j'ai faite pour Toi" :

Ceci est autorisé.

C'est ce que trois personnes prises dans une grotte avaient fait. Le Prophète a raconté d'elles ces propos : "عن عبد الله بن عمر رضي الله عنهما، قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "انطلق ثلاثة رهط ممن كان قبلكم حتى أووا المبيت إلى غار، فدخلوه فانحدرت صخرة من الجبل، فسدت عليهم الغار، فقالوا: "إنه لا ينجيكم من هذه الصخرة إلا أن تدعوا الله بصالح أعمالكم." فقال رجل منهم: "اللهم كان لي أبوان شيخان كبيران، وكنت لا أغبق قبلهما أهلا، ولا مالا فنأى بي في طلب شيء يوما، فلم أرح عليهما حتى ناما، فحلبت لهما غبوقهما، فوجدتهما نائمين وكرهت أن أغبق قبلهما أهلا أو مالا، فلبثت والقدح على يدي، أنتظر استيقاظهما حتى برق الفجر، فاستيقظا، فشربا غبوقهما، اللهم إن كنت فعلت ذلك ابتغاء وجهك، ففرج عنا ما نحن فيه من هذه الصخرة." فانفرجت شيئا لا يستطيعون الخروج" (al-Bukhârî, 2152, Muslim, 2743).
"O Dieu, si Tu sais que j'ai fait cette bonne action pour la recherche de Ton agrément, fais en sorte que nous puissions sortir" (rapporté par al-Bukhârî, n° 5629, Muslim, n° 2743). (Cf. Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 181). Ceci revient à dire : "Agrée notre demande à cause de telle bonne action que j'avais faite pour Toi" : le bâ' est un bâ' us-sababiyya, et cela constitue du du'â bi-l-wassîla.

En fait Dieu Lui-même a dit : "وَيَسْتَجِيبُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَيَزِيدُهُم مِّن فَضْلِهِ" : "Et Il exauce ceux qui ont apporté foi et fait les bonnes actions, et Il leur accorde davantage, de par Sa Grâce" (Coran 42/26).

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2.2.3) Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause de l'amour que j'ai pour le Prophète" :

L'amour pour le Prophète étant une bonne action, ce cas est semblable au précédent et est donc autorisé (Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 123).

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2.2.4) Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause de la personne du Prophète" ou "à cause de l'honneur du Prophète" ou "à cause du droit qu'a le Prophète auprès de Toi" (Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 71, p. 181) :

Il y a divergence sur le sujet (c'est une divergence de niveau "ijtihâdî").

Ibn Taymiyya écrit que cela n'est pas autorisé et n'a pas été fait par les Compagnons, ni du vivant du Prophète ni après sa mort, ni auprès de sa tombe ni auprès de la tombe de qui que ce soit d'autre (Idem, p. 71). Ibn Taymiyya écrit : "Les hadîths qui sont relatés au sujet de demander quelque chose à Dieu par la cause de personnes, sont tous faibles, voire inventés" (Idem, p. 114).

--- Concernant la formule : "Accepte ma demande à cause du droit (haqq) de Ton Prophète", voici ce qu'on lit dans Ad-Durr ul-mukhtâr : "(و) كره قوله (بحق رسلك وأنبيائك وأوليائك) أو بحق البيت لأنه لا حق للخلق على الخالق تعالى" : "Et il est mak'rûh de dire [dans son invocation faite à Dieu] : "à cause du droit de Tes Messagers, de Tes Prophètes et de Tes Amis, ou à cause du droit de la Maison"" (Ad-Durr ul-mukhtâr 9/569). A propos de cette question (une autre formule a été citée trois pages plus tôt), il s'agit d'une karâhiyya tahrîmiyya, comme l'écrit ash-Shâmî (Radd ul-muhtâr, 9/567-568).

--- Et concernant la formule : "Accepte ma demande à cause de l'honneur (jâh) de Ton Prophète" :  l'invocation relevant de ce qui est purement cultuel ('ibâdât), on ne peut avoir recours qu'à quelque chose prouvé de façon authentique du Prophète et de ses Compagnons ; or, non seulement ils ne l'ont pas fait, mais il apparaît qu'ils ont sciemment évité ce genre d'invocations. En effet : "عن أنس بن مالك، أن عمر بن الخطاب رضي الله عنه كان إذا قحطوا استسقى بالعباس بن عبد المطلب، فقال: "اللهم إنا كنا نتوسل إليك بنبينا فتسقينا، وإنا نتوسل إليك بعم نبينا فاسقنا:، قال: فيسقون" : Omar a dit (lors d'une période de sécheresse, des années après la mort du Prophète) : "O Dieu, nous prenions le Prophète comme intermédiaire, et Tu faisais pleuvoir. Maintenant nous prenons comme intermédiaire l'oncle du Prophète [al-Abbâs]" (rapporté par al-Bukhârî, n° 964, 3507). Si le fait de demander à Dieu d'exaucer une invocation par la place (jâh) que le Prophète a auprès de Dieu, les Compagnons n'auraient pas eu recours à al-Abbâs, car la jâh du Prophète est de loin supérieure à celle de al-'Abbâs, et elle n'a nullement diminué après son décès. Ici Omar a voulu dire : "nous prenons comme intermédiaire l'oncle du Prophète pour qu'il T'adresse les invocations [au nom de notre groupe]" (cf. Shar'h ul-'aqîda at-tahâwiyya, 1/298-299).

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2.2.5) Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause du Prophète". Cela dépend de ce qu'on veut dire :

si on veut en réalité dire par là : "à cause de l'amour que j'ai pour le Prophète" ou "à cause de la foi que j'ai en lui (la foi qu'il est le messager de Dieu)", alors cela rejoint le cas 2.2.3 et est donc autorisé (Idem, p. 185) ;
et si on ne veut pas dire cela mais on veut dire : "à cause du droit (haqq) que le Prophète a auprès de Toi", ou "à cause de la place (jâh) que le Prophète a auprès de Toi", alors cela rejoint le cas 2.2.4 et n'est donc pas autorisé.

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3) Le troisième cas : demander quelque chose à Dieu par le biais de l'invocation que le Prophète lui adresse en notre faveur (shafâ'a) :

Dire : "O Dieu, accepte ma demande à cause de l'invocation de Ton Prophète". Ou bien, à Médine, près de la tombe du Prophète, s'adresser à celui-ci et dire : "O Messager de Dieu, intercède pour moi auprès de Dieu".

Ibn Taymiyya écrit que ceci était autorisé uniquement du vivant du Prophète (sur lui la paix) (de plus, le jour du Jugement le Prophète intercèdera pour les croyants). Cela revenait en fait à dire à Dieu : "O Dieu, accepte ma demande par le fait que Ton Messager également t'adresse cette demande pour moi".

Les Compagnons l'ont fait du vivant du Prophète : un aveugle est venu à la rencontre du Prophète et lui a dit : "Prie Dieu pour qu'Il me guérisse." Sur son insistance, le Prophète lui demanda de faire soigneusement ses ablutions, puis d'invoquer Dieu en ces termes : "O Dieu, je t'adresse cette demande et m'adresse à Toi par Ton Prophète Muhammad, le prophète de la miséricorde. O Muhammad, je m'adresse à Dieu par toi pour le besoin que j'ai. O Dieu, accepte l'intercession de Muhammad à mon sujet et accepte mon intercession au sujet de Muhammad" (rapporté par Ahmad et al-Hakim).

Ibn Taymiyya relève que cela était réservé à ce cas précis, où le Prophète était, sur la demande de cette personne, en train d'invoquer Dieu pour Lui adresser cette demande de la personne. C'est bien le sens des mots "accepte l'intercession de Muhammad à mon sujet" et surtout "accepte mon intercession au sujet de Muhammad".

Ibn Taymiyya écrit : "(Cet homme) n'a pu utiliser cette formule que parce que le Prophète était en train de prier Dieu pour sa requête et en train d'intercéder auprès de Dieu pour lui. Contrairement à une personne qui ne serait pas ainsi. (...) Il y a aussi le fait que l'homme a dit : "Accepte mon intercession au sujet de Muhammad" : il est clair qu'il n'a pas intercédé auprès de Dieu pour Muhammad pour le besoin de Muhammad" (Op. cit., p. 133).

Aussi, "Accepte l'intercession de Muhammad à mon sujet et accepte mon intercession au sujet de Muhammad" voulait dire : "Accepte la prière de Muhammad qui Te demande d'exaucer mon besoin, et accepte la prière que je Te fais en Te demandant d'exaucer la prière que Muhammad Te fait à mon sujet" (op. cit., p. 129).

"Si le Prophète n'avait pas été en train de prier Dieu à son sujet, cet homme aurait adressé une simple demande à Dieu (su'âl) et non pas une intercession (shafâ'a). L'intercession n'a lieu que lorsqu'il y a deux personnes qui demandent la même chose : l'une intercède alors en faveur de l'autre" (op. cit., p. 134).

Le Prophète étant mort (du type de mort que les prophètes connaissent), on ne peut plus lui demander de prier Dieu pour un besoin qu'on a, et on ne peut donc plus utiliser cette formule qu'il avait enseignée à ce Compagnon. "La différence est claire entre celui pour qui le Prophète prie et celui pour qui le Prophète ne prie pas" (Op. cit., p. 172). "Ceci montre que la parole "Je T'adresse cette demande et m'adresse à Toi par Ton Prophète Muhammad" signifie : "Je T'adresse cette demande et m'adresse à Toi par la demande et l'intercession de Ton Prophète Muhammad". C'est pourquoi Omar a dit (lors d'une période de sécheresse, des années après la mort du Prophète) : "O Dieu, nous prenions Ton Prophète comme intermédiaire, et Tu faisais pleuvoir. Maintenant nous prenons comme intermédiaire l'oncle de Ton Prophète [al-Abbâs, pour qu'il T'adresse les invocations]" [rapporté par al-Bukhârî, n° 964, 3507]. (…) Si le fait de s'adresser à Dieu par l'intermédiaire de l'invocation du Prophète était valable pendant le vivant de celui-ci comme après sa mort, les Compagnons n'auraient pas eu recours à l'invocation de al-Abbâs, alors que le Prophète est le meilleur des créatures et le plus honoré auprès de Dieu" (Op. cit., p. 173).

Voilà pour les différents cas possibles. Quant au verset que votre ami cite : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ اتَّقُواْ اللّهَ وَابْتَغُواْ إِلَيهِ الْوَسِيلَةَ" : "O les croyants, craignez Dieu et recherchez le moyen qui vous rapprochera de Lui…" (Coran 5/35), il faut savoir qu'il n'est pas ici question de personnes pouvant servir d'intermédiaires pour nous rapprocher de Dieu. Comment cela pourrait-il être le sens de ce verset, alors que dans un autre verset, Dieu Lui-même critique ceux qui prennent des entités comme intermédiaires susceptibles de les rapprocher de Dieu : "C'est à Dieu que revient le culte pur. Tandis que ceux qui prennent des divinités autres que Lui (disent) : "Nous ne les adorons que pour qu'elles nous rapprochent de Dieu". En vérité, Dieu jugera parmi eux à propos de ce en quoi ils divergent" (Coran 39/3). Il ne peut donc s'agir de faire ceci ni quelque chose d'approchant. En fait, quand Dieu nous demande de prendre le moyen (wassîla) qui nous rapprochera de Lui, il s'agit de la foi et des bonnes actions telles qu'Il les agrée et nous les a communiquées à travers le Coran, que détaille et complète la Sunna.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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Remarque de la part d'un internaute à propos de l'article ci-dessus :

"Al-Bûtî s'est démarqué de cet avis de Ibn Taymiyya. Selon lui, le "du'â bil-wassîla" est permis même dans les cas rapportés être interdits, car il s'agit d'une demande faite à Dieu "par le Prophète" c'est-à-dire "au nom de l'importance qu'a le Prophète au regard de Dieu"."

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Réponse :

Trois humbles remarques par rapport à ces points de al-Bûtî :

1) Pourquoi Omar (que Dieu l'agrée) a-t-il alors dit, lors de l'invocation pour la sécheresse : "O Dieu, nous prenions Ton Prophète comme intermédiaire, et Tu faisais pleuvoir. Maintenant nous prenons comme intermédiaire l'oncle de Ton Prophète" (rapporté par al-Bukhârî, n° 964, 3507) ? Si c'est vraiment de la place et du rang qu'occupe le Prophète auprès de Dieu dont il est question dans ce qui est rapporté à propos des récits relatant la wassîla, cette place et ce rang n'étaient pas changés entre le moment où le Prophète était parmi les Compagnons et l'époque du califat de Omar. Pourquoi, alors, Omar a-t-il eu recours à la wassîla de al-Abbâs (que Dieu les agrée) ? La wassîla est donc bel et bien l'invocation qu'une personne fait de son vivant, et non son rang auprès de Dieu.

2) Si par "l'intercession de Muhammad à mon sujet", l'aveugle voulait vraiment désigner la place et le rang qu'occupe le Prophète auprès de Dieu, alors comment expliquer cette phrase qui est aussi mentionnée dans certaines versions : le Prophète a demandé à l'aveugle de dire : "… Et accepte mon intercession au sujet de Muhammad" ? On voit bien qu'ici il s'agit de l'invocation que l'aveugle faisait à Dieu à propos de l'invocation du Prophète, Lui demandant d'accepter l'invocation que le Prophète était en train de faire. Encore une fois, la wassîla est donc bien l'invocation qu'une personne fait de son vivant.

3) Comme nous l'avons vu plus haut, Abû Hanîfa lui-même a dit explicitement : "Lâ yus'alu-llâhu bi makhlûq" : "On ne doit rien demander à Dieu par une créature" (c'est-à-dire par "la personne d'une créature"). Ibn Taymiyya a cité cette parole de Abû Hanîfa dans son livre.

Ceci étant dit, la question du du'â bi-l-wassîla est une mas'alah ijtihâdiyya : même si à son sujet l'avis qui est juste à propos du cas 2.2.4 semble pouvoir être reconnu de façon qat'î (cliquez ici pour lire les deux catégories de qat'î et de zannî) (c'est l'avis qui dit que cela n'est pas autorisé) et que l'autre avis (disant que cela est autorisé) doit donc être délaissé, cela constitue malgré tout sune question ijtihâdî, et non pas de dhalâl. Autrement dit, ceux qui sont de cet autre avis font une action en fonction d'un avis qui est une khata' ijtihâdî, et non pas d'un avis d'égarement (dhalâl) (cliquez ici pour en savoir plus sur ces deux catégories).

Attention : Rappelons que ce que nous venons de dire concerne l'avis que certains musulmans ont concernant la du'â bi-l-wassîla (et qui consiste à dire : "O Dieu, éloigne de moi le malheur dans lequel je me trouve, à cause de la place que le Prophète a auprès de Toi") ; ceci est une khata' ijtihâdî.
Très différent de cela est l'avis (complètement faux) que certaines personnes ont émis à propos de la istighâtha bi-l-mayyit (et qui consisterait à dire : "O Prophète, éloigne de moi le malheur dans lequel je me trouve, et ce à cause du fait que Tu es proche de Dieu") : ce genre de demande constitue quant à elle du shirk akbar : nous en avons parlé dans un autre article.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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