Demander à un homme vivant de nous donner une certaine somme d'argent, cela n'est pas du Shirk Akbar. Et en demander à un pieux défunt, alors ? Et qu'en est-il de se rendre sur la tombe du pieux martyr (dont la vie est évoquée dans le hadîth de Suhayb) et de lui demander de nous guérir ?

A lire avant cet article :

--- Qu'est-ce que le fait de "créer" (الخلق), "faire exister" (التكوين), qui est spécifique à Dieu ? - Et l'homme qui façonne l'image d'un être vivant, le crée-t-il vraiment ?.

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--- Parmi l'ensemble des Polycultistes, certains croient que Dieu est Seul Créateur des choses concrètes (خَلق الأعيان), mais n'est pas le Seul à gérer l'univers et ce qui s'y passe (تدبير الأمور). Eux croient que Dieu a confié à certains êtres la Capacité de gérer certaines choses (comme guérir de telle maladie, ou accorder la victoire sur l'ennemi, etc.). L'homme peut donc leur demander ce dont il a besoin :

C'est le statut de ce genre de croyance et de demande que nous allons aborder ci-après...

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I) Primo il y a des choses dont Dieu S'est réservé la gestion et le fait de les octroyer à quelqu'un, ou pas : par exemple décider d'accorder le Pardon à quelqu'un pour ses péchés ; ou décider de l'admettre au Paradis. Croire qu'un Autre que Lui a la faculté d'octroyer cela à quelqu'un, c'est déjà du Shirk Akbar : 

De ces choses, nous ne parlerons pas dans cet article, les ayant déjà abordées dans la partie A d'un article précédent :
--- Pourquoi peut-on demander son aide à un ami mais pas à un pieux défunt ? - La différence entre le Simple Mas'ala et le Du'â ul-Mas'ala - الفرق بين مجرَّد المسألة ودعاء المسألة.

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II) Secundo : pour ce qui est de demander à une Créature une chose moindre, comme par exemple la guérison pour une maladie donnée :

Considérons de façon plus approfondie cette faculté de conférer la guérison :

Après avoir été malade, tel humain a guéri (ishtafâ / bara'a ou bari'a) :
"عن أبي سعيد أن رجلا أتى النبي صلى الله عليه وسلم فقال: أخي يشتكي بطنه، فقال: "اسقه عسلا". ثم أتى الثانية، فقال: "اسقه عسلا". ثم أتاه الثالثة فقال: "اسقه عسلا". ثم أتاه فقال: قد فعلت؟ فقال: "صدق الله، وكذب بطن أخيك، اسقه عسلا". فسقاه فبرأ" (al-Bukhârî, 5360, Muslim, 2217).

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La Cause de cette guérison, au Niveau Absolu :
--- C'est Dieu Seul qui guérit dans l'Absolu : "وَإِذَا مَرِضْتُ فَهُوَ يَشْفِينِ" (Coran 26/80), "اللهم رب الناس، مذهب الباس، اشف، أنت الشافي، لا شافي إلا أنت، شفاء لا يغادر سقما" (al-Bukhârî, 5410). Sans Sa Décision, aucun moyen qui va être évoqué ci-dessous ne peut entraîner la guérison, car n'étant qu'une cause (sabab), alors que Lui est Celui qui gère tout (Mudabbir).
Et quand Dieu guérit, c'est :
----- Niveau Absolu) sans faire intervenir aucune cause, par Sa Seule Volonté, exprimée par un "Sois !" ;
----- Niveau Absolu')
en faisant intervenir l'un des moyens des niveaux suivants, mais toujours par Sa Décision.

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La Cause de cette guérison, au Niveau "Effet Miraculeux" (découvrir les niveaux de miracles dans un autre article) :
C'est le toucher ou le souffle de tel prophète (éventuellement effectué en même temps qu'une invocation adressée à Dieu) qui a guéri l'homme malade.
--- Dieu relate que Jésus disait aux gens de son époque : "وَأُبْرِىءُ الأكْمَهَ والأَبْرَصَ وَأُحْيِي الْمَوْتَى بِإِذْنِ اللّهِ" : "Et je guéris l'aveugle de naissance et le lépreux, et je fais revivre des morts, par la Permission de Dieu" (Coran 3/49) : d'après certains commentateurs, en ce qui concerne ces morts et ces malades, Jésus les touchait d'une façon particulière en prononçant une invocation à Dieu, et Dieu a fait que ce toucher a produit leur retour à la vie, ou leur guérison : "قيل: وقد كان عيسى يبرىء بدعائه والمسح بيده كل علة. (...) وروي أنه في إحيائه الموتى كان يضرب بعصاه الميت أو القبر أو الجمجمة، فيحيي الإنسان ويكلمه ويعيش" (Al-Bah'r ul-muhît) ; "قال ابن عباس: إنما سمي عيسى عليه السلام مسيحا، لأنه ما كان يمسح بيده ذا عاهة إلا برىء من مرضه" (Tafsîr ul-Baghawî, Zâd ul-massîr, Al-Bah'r ul-muhît, etc.) (le texte des Evangiles dits canoniques parle lui aussi d'effet de son toucher).
--- 'Alî ibn Abî Tâlib souffrait d'une forte conjonctivite ; le Prophète Muhammad (sur lui soit la paix) l'envoya appeler, puis mit quelque peu de sa salive dans ses yeux et invoqua Dieu ; et les yeux de 'Alî guérirent instantanément : "عن سهل بن سعد رضي الله عنه ، قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم يوم خيبر: "لأعطين الراية غدا رجلا يفتح على يديه، يحب الله ورسوله، ويحبه الله ورسوله". فبات الناس ليلتهم أيهم يعطى، فغدوا كلهم يرجوه، فقال: "أين علي؟". فقيل: "يشتكي عينيه". فبصق في عينيه ودعا له، فبرأ كأن لم يكن به وجع" (al-Bukhârî, 2847, Muslim, 2406).
--- Salama ibn ul-Akwâ' a vu sa jambe, qui venait d'être sérieusement blessée, être complètement guérie suite à trois souffles que le Prophète (sur lui soit la paix) a exercés sur elle : "عن يزيد بن أبي عبيد، قال: رأيت أثر ضربة في ساق سلمة، فقلت: "يا أبا مسلم، ما هذه الضربة؟" فقال: "هذه ضربة أصابتني يوم خيبر. فقال الناس: "أصيب سلمة"، فأتيت النبي صلى الله عليه وسلم، فنفث فيه ثلاث نفثات؛ فما اشتكيتها حتى الساعة" (al-Bukhârî, 3969).
--- Abdullâh ibn 'Atîk, qui venait d'avoir une fracture à la jambe pour cause de chute, a vu sa jambe être complètement guérie suite à un passage de la main du Prophète (sur lui soit la paix) sur elle : "حتى انتهيت إلى درجة له، فوضعت رجلي، وأنا أرى أني قد انتهيت إلى الأرض، فوقعت في ليلة مقمرة، فانكسرت ساقي فعصبتها بعمامة. ثم انطلقت حتى جلست على الباب، (...). فانتهيت إلى النبي صلى الله عليه وسلم فحدثته، فقال: "ابسط رجلك"، فبسطت رجلي، فمسحها، فكأنها لم أشتكها قط" (al-Bukhârî, 3813).

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La Cause de cette guérison, au Niveau de l'Intercession auprès de Dieu :
C'est l'invocation que tel pieux personnage a adressée à Dieu en la faveur de tel malade, qui a été la cause de la guérison de tel malade, car Dieu l'a exaucée et alors guéri (niveau absolu) cet homme.
--- C'est ce que le jeune homme faisait, dont l'histoire figure dans le hadîth de Suhayb. Or le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a bien dit : "Et ce jeune homme guérissait l'aveugle de naissance, le lépreux, et (les personnes atteintes) d'autres maladies" : "وكان الغلام يبرئ الأكمه والأبرص، ويداوي الناس من سائر الأدواء" (Muslim, 3005) ; "فكان الغلام يبرئ الأكمه وسائر الأدواء ويشفيهم" (Ahmad, 23931). Un courtisan du roi, devenu aveugle, vint le trouver avec des présents et lui dit : "Tout ce qui est là est à toi si tu me guéris" ; le jeune homme lui précisa alors : "Je ne guéris personne [de par ma décision ni même de par un effet provenant de moi]. Ce n'est que Dieu qui guérit. Si tu apportes foi en Dieu, je L'invoquerai, et alors Il te guérira" : "فسمع جليس للملك كان قد عمي، فأتاه بهدايا كثيرة، فقال: "ما هاهنا لك أجمع إن أنت شفيتني." فقال: "إني لا أشفي أحدا. إنما يشفي الله. فإن أنت آمنت بالله، دعوت الله فشفاك." فآمن بالله فشفاه الله" (Muslim, 3005 ; Ahmad, 23931).
--- D'autres commentateurs ont dit pareillement que c'est l'invocation adressée à Dieu par le prophète Jésus fils de Marie qui était la cause (sabab) de la résurrection accordée par Dieu à (en tout) quatre personnes déjà mortes, l'une d'elles étant Lazare (Tafsîr ul-Qurtubî) et de la guérison accordée par Dieu à l'aveugle de naissance, et au lépreux ("فأبرأ في يوم خمسين ألفا بالدعاء بشرط الإيمان" : Tafsîr ul-Jalâlayn).

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La Cause de cette guérison, au Niveau Temporel Habituel :
--- C'est l'absorption de telle substance physique naturelle qui a guéri l'homme de ce dont il souffrait : "يَخْرُجُ مِن بُطُونِهَا شَرَابٌ مُّخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ فِيهِ شِفَاء لِلنَّاسِ" (Coran 16/69). "عليكم بهذا العود الهندي، فإن فيه سبعة أشفية: يستعط به من العذرة، ويلد به من ذات الجنب" (al-Bukhârî, 5368, Muslim, 2214). "ما أنزل الله داء إلا أنزل له شفاء" (al-Bukhârî, 5354). "الكمأة من المن، وماؤها شفاء للعين" (al-Bukhârî, 4208, Muslim, 2049). "عن خالد بن سعد، قال: خرجنا ومعنا غالب بن أبجر فمرض في الطريق، فقدمنا المدينة وهو مريض، فعاده ابن أبي عتيق، فقال لنا: "عليكم بهذه الحبيبة السوداء، فخذوا منها خمسا أو سبعا فاسحقوها، ثم اقطروها في أنفه بقطرات زيت، في هذا الجانب، وفي هذا الجانب. فإن عائشة حدثتني أنها سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "إن هذه الحبة السوداء شفاء من كل داء، إلا من السام". قلت: وما السام؟ قال: الموت" (al-Bukhârî, 5363 ; voir aussi al-Bukhârî, 5364, Muslim, 2215). "عن أسماء بنت عميس، قالت: قال لي رسول الله صلى الله عليه وسلم: "بماذا كنت تستمشين؟" قلت: "بالشبرم"، قال: "حار جار". ثم استمشيت بالسنا فقال: "لو كان شيء يشفي من الموت، كان السنا. والسنا شفاء من الموت" (Ibn Mâja, 3461, Ahmad, 27080, dha'îf d'après al-Albânî).
--- C'est l'intervention médicale de tel autre homme qui a guéri l'homme de ce dont il souffrait : "إن كان في شيء من أدويتكم شفاء، ففي شرطة محجم، أو لذعة بنار. وما أحب أن أكتوي" (al-Bukhârî, 5377, Muslim, 2205).

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Une Cause de guérison qui recèle quelque chose de l'Invocation adressée à Dieu et quelque chose de l'Effet Habituel :
--- C'est la récitation, par un autre homme, de la sourate al-Fâtiha qui a guéri l'homme malade : "عن أبي سعيد الخدري، قال: كنا في مسير لنا، فنزلنا. فجاءت جارية، فقالت: "إن سيد الحي سليم، وإن نفرنا غيب، فهل منكم راق؟" فقام معها رجل ما كنا نأبنه برقية، فرقاه فبرأ. فأمر له بثلاثين شاة، وسقانا لبنا. فلما رجع قلنا له: "أكنت تحسن رقية؟" أو: "كنت ترقي؟" قال: "لا، ما رقيت إلا بأم الكتاب"، قلنا: "لا تحدثوا شيئا حتى نأتي - أو نسأل - النبي صلى الله عليه وسلم، فلما قدمنا المدينة ذكرناه للنبي صلى الله عليه وسلم فقال: "وما كان يدريه أنها رقية؟ اقسموا واضربوا لي بسهم" (al-Bukhârî, 4721, Muslim, 2201).

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Le fait d'attribuer la guérison, en tant que "Cause de Niveau Habituel", à un Remède dont il est établi qu'il produit naturellement un effet bénéfique par rapport à telle maladie, cela est normal, et même nécessaire. Le respect pour Dieu veut qu'on ajoute : "bi idhnillâh", "avec la Permission Takwînî de Dieu".

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Quant au fait d'attribuer la guérison, en tant que "Cause de niveau "Intercession auprès de Dieu"", ou "Cause de Niveau Miraculeux", à une Créature donnée, cela :
--- peut
être autorisé ;
--- peut être interdit sans toutefois constituer du Shirk Akbar ;
--- et peut constituer du Shirk Akbar (comme nous allons le voir ci-après, en III). 

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Enfin, le fait d'attribuer la guérison, en tant que "Cause de Niveau Absolu", cela est réservé à Dieu : attribuer cela à un Autre que Dieu constitue du Shirk Akbar, fût-il le Niveau Absolu' (penser que Untel a le pouvoir de décider de guérir quelqu'un : et quand il l'a décidé, cela se produit, fût-ce par l'intervention d'une cause).
Conférer à Autre que Dieu ce caractère de "Cause de guérison, de Niveau Absolu", cela revient à conférer à cet Autre que Dieu :
--- soit la faculté de créer cette guérison en autrui (
Khalq) ;
--- soit la faculté de décider de la guérison d'autrui de façon autonome par rapport à toute Décision de Dieu (
Tadbîr) ;
--- soit la faculté de guérir autrui de par sa simple décision, à distance, sans moyen palpable / physique (إيجاد شفاء المريض بدون أي ذريعة حسّيّة).

Shâh Waliyyullâh écrit : "والشرك هو إثبات [صفة من] الصفات الخاصة بالله تعالى لغيره؛ مثل إثبات التصرف المطلق في الكون بالإرادة المطلقة التي يعبر عنها "بكن فيكون"؛ أو إثبات العلم الذاتي الذي لا يحصل بالاكتساب عن طريق الحواس والدليل العقلي والمنام والإلهام وأمثال هذه الوسائل المادية أو الروحية؛ أو إثبات إيجاد شفاء المريض؛ أو إثبات اللعنة على شخص أو السخط عليه بحيث ينقلب نتيجة هذا اللعن والسخط معدما أو مريضاً أو شقياً؛ أو الرحمة لشخص والرضا عنه بحيث ينقلب هو بسبب هذه الرحمة والرضا غنياً صحيحاً، معافى، سعيداً" (Al-Fawz ul-kabîr, pp. 23-24).

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III) Pour ce qui est de demander à un personnage la guérison par rapport à telle maladie précise :

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III.I) Si ce personnage est vivant :

--- Alors le lui demander au Niveau "Effet Miraculeux" est autorisé s'il dispose réellement de cette faculté. Jésus a dit : "وَأُبْرِىءُ الأكْمَهَ والأَبْرَصَ وَأُحْيِي الْمَوْتَى بِإِذْنِ اللّهِ" : "Et je guéris l'aveugle de naissance et le lépreux, et je fais revivre des morts, par la Permission de Dieu" (Coran 3/49).

On pouvait alors se rendre auprès de Jésus et lui dire : "Guéris-moi", au sens de : "Sois la cause - par le toucher que tu feras -, du fait que Dieu - s'Il le veut bien - me guérisse de cette maladie, Lui qui a conféré à ton toucher cet effet".

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--- Le lui demander au Niveau d'Intercession est également autorisé : "وكان الغلام يبرئ الأكمه والأبرص، ويداوي الناس من سائر الأدواء" (Muslim, 3005) ; "فكان الغلام يبرئ الأكمه وسائر الأدواء ويشفيهم" (Ahmad, 23931). Narrant cet événement, le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a bien dit : "Et le jeune homme guérissait l'aveugle de naissance et les (gens atteints) de toute autre maladie".

On pouvait alors se rendre auprès de ce personnage et lui dire : "Guéris-moi", au sens de : "Sois la cause - par l'invocation que tu adresseras à Dieu me concernant -, du fait que Dieu décide - s'Il le veut bien - de me guérir, Lui qui souvent exauce tes invocations, toi qui est proche de Lui".

La suite : "فسمع جليس للملك كان قد عمي، فأتاه بهدايا كثيرة، فقال: "ما هاهنا لك أجمع، إن أنت شفيتني." فقال: "إني لا أشفي أحدا. إنما يشفي الله. فإن أنت آمنت بالله، دعوت الله فشفاك." فآمن بالله فشفاه الله : "Je ne guéris personne [par ma décision ni par un effet provenant de moi]. Ce n'est que Dieu qui guérit. Si tu apportes foi en Dieu, je L'invoquerai, et alors Il te guérira" (Muslim, 3005) montre que ce jeune homme tenait à rappeler qu'il n'était pas la source mais seulement une cause de guérison : il ne faisait qu'invoquer Dieu, et c'est Dieu qui exauçait son invocation et décidait de guérir la personne de par Sa Volonté [Niveau Absolu sus-cité].

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III.II) Si ce personnage est décédé :

--- Lui demander la guérison au Niveau Effet Miraculeux n'est plus autorisé, car le personnage ne dispose plus de cette faculté une fois décédé.

--- Même le lui demander au Niveau d'Intercession auprès de Dieu n'est plus autorisé, car ses actions sont interrompues avec sa mort (si ce n'est pas un prophète) / les Compagnons ne l'ont pas fait vis-à-vis du Prophète après sa mort.

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Le fait est que les Textes nous enseignent de bien distinguer
le temps de la présence du prophète ou du pieux sur Terre (temps pendant lequel il pouvait réaliser telle et telle choses), et le temps suivant le départ de ce prophète ou de ce pieux de ce monde
:

Le verset suivant, où est relatée la parole de Jésus fils de Marie : "Et j'étais témoin sur eux tant que j'étais parmi eux. Puis, lorsque Tu me repris, Tu fus, Toi, le Surveillant sur eux" : "وَكُنتُ عَلَيْهِمْ شَهِيدًا مَّا دُمْتُ فِيهِمْ. فَلَمَّا تَوَفَّيْتَنِي كُنتَ أَنتَ الرَّقِيبَ عَلَيْهِمْ" (Coran 5/117), montre bien cette différence entre le moment où Jésus était sur Terre et le moment où Dieu l'a élevé à Lui.

Le hadîth suivant montre quant à lui que le Jour du Jugement, le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) découvrira que certaines personnes qu'il avait vues de son vivant sur Terre avaient apostasié après son décès : jusqu'à ce moment-là, il ne l'aura alors pas su ; l'apprenant de la bouche d'un ange (Muslim, 247) en cet endroit et à cet instant-là, il citera le verset 5/117 que nous venons de voir exposant la parole de Jésus : "ألا وإنه يجاء برجال من أمتي فيؤخذ بهم ذات الشمال، فأقول: "يا رب أصيحابي". فيقال: "إنك لا تدري ما أحدثوا بعدك". فأقول كما قال العبد الصالح: "وكنت عليهم شهيدا ما دمت فيهم، فلما توفيتني كنت أنت الرقيب عليهم وأنت على كل شيء شهيد". فيقال: "إن هؤلاء لم يزالوا مرتدين على أعقابهم منذ فارقتهم" (al-Bukhârî, 4349, Muslim, 2860).

Le hadîth qui suit montre pour sa part que si Dajjâl apparaît après son décès, le Prophète (sur lui soit la paix) ne viendra pas argumenter et défendre les gens de sa Umma :
"C'est autre chose que le Dajjal qui est ce que je crains le plus pour vous !
--- S'il apparaît alors que je suis parmi vous, alors je serai son adversaire par rapport à vous.
--- Et s'il apparaît alors que je ne suis pas parmi vous, alors chaque homme sera l'adversaire (du Dajjâl) par rapport à sa propre personne, et Dieu est Celui qui me remplace (pour prendre soin) de chaque musulman"
:
"غير الدجال أخوفني عليكم! إن يخرج وأنا فيكم، فأنا حجيجه دونكم. وإن يخرج ولست فيكم، فامرؤ حجيج نفسه، والله خليفتي على كل مسلم" (Muslim, 2937).
Si même après son décès le Prophète intervenait toujours dans ce monde, qu'est-ce qui l'empêcherait de venir défendre les musulmans et d'argumenter avec ad-Dajjâl ?

-

Demander quelque chose au défunt est donc systématiquement interdit.
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Cependant, est-ce systématiquement un interdit de niveau "
Shirk Akbar" ?
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La réponse est :
"Dans certains cas cela constitue du Shirk Akbar, et dans d'autres cela est Harâm n'allant pas jusqu'au Shirk Akbar, comme exposé tout au long du développement ci-dessous".

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III.II.I) Si la personne demande cela à ce personnage défunt en étant loin de sa tombe, pensant qu'il entend de partout :

--- Si la personne pense qu'il dispose de cette faculté d'entendre de partout, alors c'est du Shirk Akbar, même si elle rajoute : "C'est Allah qui lui a donné cette capacité".
Shâh Ismâ'ïl
écrit : "فمن كان يلهج باسم أحد من الخلق ويناديه قائما وقاعدا، وعن قرب وبعد، ويستصرخه ويستغيث به عند نزول البلاء، ودفع الأعداء أو يختم ختمة باسمه، أو يراقبه، ويركز فكره عليه، ويصرف همته إليه، متمثلا صورته كأنه يشاهده، ويعتقد أنه إذا ذكر اسمه باللسان أو القلب، أو تمثل صورته أو قبره، واستحضرهما، علم بذلك وعرفه، وأنه لا يخفى عليه من أمره شيء، وأنه مطلع على ما ينتابه من مرض وصحة، وعسر ويسر، وموت وحياة، وحزن وسرور؛ ولا يتفوه بشيء من كلام، وتنطق به شفتاه، ولا يساوره هم من الهموم، ولا يجول بخاطره معنى، إلا وعلم ذلك واطلع عليه: كان بذلك مشركا، وكل ذلك يدخل في الشرك. ويسمى هذا النوع: "الإشراك في العلم"، وهو إثبات صفة العلم المحيط لغير اللَّه، وإن كان هذا الإثبات لنبي أو ولي أو شيخ أو شهيد أو إمام أو سليل إمام أو عفريت أو جنية؛ سواء اعتقد أنه يعلم من ذاته، أو أن علمه منحة من اللَّه وعطاء منه وقد استقلّ بهذا العلم وأصبح له صفة لا تنفك عنه: كل ذلك شرك" (Rissâlat ut-tawhîd).

--- Et si la personne pense que le personnage n'a pas cette faculté, et dépend, pour prendre connaissance de cette demande, d'anges qui la lui transmettent, alors cela constitue de la Bid'a - et constitue donc une Croyance interdite, car complètement fausse (car ce n'est pas parce que cela s'est produit une fois avec Omar ibn ul-Khattâb : "Ô Sâriya, la montagne !" que cela est général).
Cependant, tout dépend encore de la croyance que la personne a en effectuant cette demande, comme nous allons le voir ci-après (certains cas pouvant de nouveau constituer du Shirk Akbar)...

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III.II.II) Si la personne demande cela à ce personnage en étant proche de sa tombe (par exemple elle demande la guérison au jeune homme pieux cité dans le hadîth de Muslim, 3005, après s'être rendu sur sa tombe), pensant qu'il entend seulement ce qui est proche :

C'est ici que se ramifient les cas qui vont suivre, liés au Niveau de la demande qu'on fait à ce personnage.

En fait, il existe ici 2 types de demandes qu'une personne adresserait au défunt :
--- lui demander de faire lui-même l'action dont l'effet est la guérison (ce qui correspond au Niveau Miraculeux sus-cité quand le personnage était vivant) ;
--- lui demander d'être la cause - par son Intercession auprès de Dieu - pour que Dieu décide d'accorder de Sa part la guérison (ce qui correspond au Niveau d'Intercession sus-cité quand le personnage était vivant).

- Ibn Taymiyya : "والمراتب في هذا الباب ثلاث: إحداها أن يدعو غير الله وهو ميت أو غائب، سواء كان من الأنبياء والصالحين أو غيرهم، فيقول: يا سيدي فلان أغثني أو أنا أستجير بك أو أستغيث بك أو انصرني على عدوي ونحو ذلك" (MF 1/350) ; "الثانية أن يقال للميت أو الغائب من الأنبياء والصالحين: ادع الله لي أو ادع لنا ربك أو اسأل الله" (MF 1/351) ; "الثالثة أن يقال: أسألك بفلان أو بجاه فلان عندك ونحو ذلك الذي تقدم عن أبي حنيفة وأبي يوسف وغيرهما أنه منهي عنه. وتقدم أيضا أن هذا ليس بمشهور عن الصحابة بل عدلوا عنه إلى التوسل بدعاء العباس وغيره" (MF 1/356).
"وأما من يأتي إلى قبر نبي أو صالح - أو من يعتقد فيه أنه قبر نبي أو رجل صالح وليس كذلك - ويسأله ويستنجده فهذا على ثلاث درجات: إحداها: أن يسأله حاجته مثل أن يسأله أن يزيل مرضه أو مرض دوابه أو يقضي دينه أو ينتقم له من عدوه أو يعافي نفسه وأهله ودوابه ونحو ذلك مما لا يقدر عليه إلا الله عز وجل" (MF 27/72) (les deux types de demandes sont visibles in MF 27/75-76 et MF 27/83).

- Cheikh Ashraf 'Alî Thânwî : "والتفصيل فى المسألة أن التوسل بالمخلوق له تفاسير ثلاثة. الأول: دعاءه واستغاثته كديوان المشركين؛ وهو حرام إجماعا (…). والثاني: طلب الدعاء منه (...). والثالث: دعاء الله بهذا المخلوق المقبول" (Bawâdir un-nawâdir, pp. 706-708).

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La 3ème chose ici mentionnée constitue le "du'â bi-l-wassîla" : c'est une demande que la personne adresse à Dieu, et non pas au défunt (lire : L'invocation qu'on a adressée à Dieu, demander à Dieu : "O Dieu, exauce cette invocation au nom de la place que le Prophète a auprès de Toi" ? (الدعاء بالوسيلة)).

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La question ne se pose que pour les 2 premiers types de demande, adressés pour leur part au défunt lui-même :

Et ces 2 types de demandes se retrouvent dans les 5 niveaux de croyance suivants :
--- le 1er type de demande dans les niveaux 5, 4 et 3 qui vont suivre ;
--- et le 2nd type dans le niveau 1, plus bas, ainsi que
possiblement dans le niveau 2...

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En ce III.II.II, 5 niveaux existent en effet quant au fait de demander à une personne décédée de réaliser quelque chose qui ne relève pas du I (voir plus haut) ; l'échelonnement se fait ci-après du plus accentué au moins accentué :

--- Niveau 5) "أن يعتقد المرء قدرة عبد (له اختيار) على أن يكوّن له شيءً، وهذا باستقلاله - في تكوينه ذلك الشيء - عن إرادة الله الجزئية، لأن تدبير ذلك الأمر بيده؛ فيتصرف ذلك العبد تصرفًا غير مقيَّد بإرادة الله التكوينيّة الجزئيّة؛ ولا يقدر الله على عزله من تدبير ذلك الأمر" : Soit la personne croit que ce personnage peut décider de lui-même de lui accorder ce qu'elle lui demande, et peut réaliser cela lui-même, et que Dieu n'a même pas capacité à empêcher ce personnage de décider et de réaliser ce qu'il fait là, car il est totalement indépendant de Lui. La personne dit donc à ce personnage : "Ô Untel, je te demande que tu décides de me guérir de telle maladie, toi qui es indépendant par rapport à Dieu pour ce qui est de conférer la guérison quant à cette maladie".

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--- Niveau 4) "أن يعتقد المرء قدرة عبد (له اختيار) على أن يكوّن له شيءً، وهذا باستقلاله - في تكوينه ذلك الشيء - عن إرادة الله الجزئية، لأن الله فوّض إليه تدبير ذلك الأمر؛ فيتصرف ذلك العبد تصرفًا غير مقيَّد بإرادة الله التكوينيّة الجزئيّة؛ ولكن يقدر الله على عزله من تدبير ذلك الأمر" : Soit la personne croit que ce personnage peut décider de lui-même, et ensuite réaliser, ce qu'elle lui demande, car Dieu lui a confié l'autonomie de gérer cela : Dieu lui a donné de façon permanente la Capacité (qud'ra) de le réaliser. C'est donc avec la permission takwînî permanente de Dieu que ce personnage réalise ce que cette personne lui demande de faire, mais sans besoin que Dieu le décide. Par contre, Dieu peut décider, ultérieurement, de résilier cette permission générale de façon complète. La personne dit donc à ce personnage : "Ô Untel, je te demande que tu décides de me guérir de telle maladie, toi qui disposes de la faculté permanente - que Dieu t'a octroyée - de décider de guérir de cette maladie".
Ensuite :
------ 4.b) soit elle croit que Dieu a capacité à empêcher ce personnage de réaliser ce qu'il réalise, mais Il ne l'en empêche jamais, parfois à contrecœur, afin de ménager ce personnage qu'Il aime énormément, voire qu'Il redoute quelque peu ;
------ 4.a) soit elle croit que Dieu peut, occasionnellement, mettre Son veto à ce que ce personnage applique cette faculté à telle personne précise : Il peut alors lui imposer ce que Lui il veut (comme chez les humains l'empereur le fait avec un des rois qui gèrent un des royaumes constituant l'empire).

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-- Niveau 3) "أن يعتقد المرء قدرة عبد (له اختيار) على أن يكوّن له شيءً يحتاج إليه (ولم يُقْدِره الله به)، ولكن هذا بغير استقلال - في تكوينه ذلك الشيء - عن إرادة الله الجزئية، ولكن بطلب من الله فإقدار الله إياه بتكوين ذلك الشيء على تحقيق ذلك الأمر بذريعة حسّيّة؛ فيتصرف ذلك العبد تصرفًا مقيَّدًا بإرادة الله التكوينيّة الجزئيّة" : Soit la personne croit que ce personnage peut réaliser lui-même ce qu'elle lui demande, mais cela systématiquement après avoir présenté à Dieu la demande de réaliser ce qu'elle lui a adressé, et c'est Dieu qui décide, lui donnant alors ponctuellement la Capacité de réaliser personnellement ce que la personne lui a demandé, et ce, par autre chose que la seule volonté affectant directement et à distance ; c'est donc avec la Décision juz'î takwînî de Dieu que ce personnage réalise ce que la personne lui demande de faire. Cette personne dit donc à ce personnage : "Ô Untel, je te demande que tu me guérisses, par ton action, de telle maladie, chose que tu pourras réaliser toi-même si Dieu accepte d'exaucer ma demande et te donne la capacité de réaliser cela, choses qui pourront se faire si tu intercèdes pour moi auprès de Lui" ;
------ 3.b) et soit elle croit que Dieu a la capacité de refuser à ce personnage de lui accorder la capacité de réaliser ce que la personne lui a demandé, mais Il ne la lui refuse jamais, parfois à contrecœur, afin de ménager ce personnage qu'Il aime énormément, voire qu'Il redoute quelque peu ;
------ 3.a) soit elle croit que Dieu parfois refuser à ce personnage sa demande de lui accorder la capacité de réaliser ce qu'il Lui demande.

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--- Niveau 2) "أن يعتقد المرء قدرة عبد (له اختيار) على أن يطلب من الله أن يكوّن له شيءً يحتاج إليه؛ ولكن لا يسأل ذلك العبدَ أن يشفع له عند الله في ذلك الشيء، بل يعرض حاجته أمامه مطلقًا، قائلًا: "أسألك تحقيق حاجتي هذه"، ومراده أن يشفع له عند الله في حاجته تلك" : Soit la personne croit que ce personnage n'a pas la capacité de réaliser lui-même le besoin qu'elle lui présente, mais seulement de transmettre ce besoin à Dieu. Cependant, à la différence du niveau 1 (qui va suivre), ici la personne se contente de présenter à ce personnage son besoin, et lui formule les choses ainsi : "Ô Untel, je te demande la guérison pour moi" (sous-entendu : "Fais-la moi obtenir de Dieu, par le biais de ton intercession en ma faveur auprès de Lui") ;
----- 2.b) et soit elle croit aussi que Dieu accepte forcément cette intercession, parfois à contrecœur, afin de ménager ce personnage qu'Il aime énormément, voire qu'Il redoute quelque peu ;
----- 2.a) soit elle croit que si Dieu le veut, Il accepte l'intercession de ce personnage en sa faveur, et s'Il ne le veut pas, Il ne l'accepte pas ; tout reste donc dans la Décision takwînî de Dieu.

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--- Niveau 1) "أن يعتقد المرء قدرة عبد (له اختيار) على أن يطلب من الله أن يكوّن له شيءً يحتاج إليه؛ فيسأل ذلك العبدَ أن يشفع له عند الله في أن يكوّن الله له ذلك الشيء " : Soit la personne croit que ce personnage n'a pas la capacité de réaliser de lui-même le besoin qu'elle lui présente, mais seulement de le transmettre à Dieu, et elle lui demande donc explicitement d'invoquer Dieu qu'Il le lui accorde. Elle lui dit donc : "Ô Untel, je te demande de demander à Dieu qu'Il décide de m'accorder la guérison" ;
----- 1.b) et soit elle croit aussi que Dieu accepte toujours cette intercession, parfois à contrecœur, afin de ménager ce personnage qu'Il aime énormément, voire qu'Il redoute quelque peu ;
----- 1.a) soit elle croit aussi que si Dieu le veut, Il acceptera l'intercession de ce personnage en sa faveur, et s'Il ne le veut pas, Il ne l'acceptera pas ; tout reste donc dans la Décision takwînî de Dieu

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A chaque fois que nous avons lu la formule : "le réalise lui-même", cela désigne : "décider lui-même que cela se réalise" : selon la croyance de la personne, les choses se passeraient selon la volonté du personnage, et ce que cette volonté se concrétise par une action directe de la part de ce personnage (il ferait un souffle, ou un toucher, et le résultat serait là), ou par un moyen indirect (sa décision de guérir une personne entraîne la guérison de celle-ci).

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IV) Statut de chacun de ces Niveaux évoqués en III.II.II :

--- Tous les Cas b (4.b / 3.b / 2.b / 1.b) comportent le fait de penser que Dieu accepte forcément l'intercession de quelqu'un, fût-ce à contrecœur : cela constitue du Shirk Akbar.

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--- Le 5 constitue la croyance en l'Indépendance d'une créature dans le Takwîn : cela constitue du Shirk Akbar fi-r-Rubûbiyya (et, dès lors, du Shirk Akbar billâh fi-l-Ulûhiyya aussi) :

Cela revient à croire que Autre que Dieu fait Khalq (lire mon article sur le sujet) (lire aussi un second article exposant pourquoi cela constitue du Khalq et non plus seulement du Tadbîr).

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--- Le 4.a constitue la croyance en l'Autonomie d'une créature dans le Takwîn : cela constitue du Shirk Akbar billâh fi-r-Rubûbiyya (et, dès lors, du Shirk Akbar billâh fi-l-Ulûhiyya aussi) :

Cheikh Ashraf 'Alî Thânwî dit du niveau 4.a que cela constitue bel et bien du Shirk Akbar, même si la personne croit que c'est Dieu qui a accordé cette faculté à ce personnage, même si elle croit que Dieu peut résilier complètement cette faculté qu'Il lui avait accordée, et même si elle croit que Dieu peut, occasionnellement, mettre Son veto à ce que ce personnage applique à telle personne le bénéfice de cette faculté à lui confiée : "دعاءه واستغاثته كديوان المشركين؛ وهو حرام إجماعا. أما أنه شرك جلي أم لا، فمعياره: أنه إن اعتقد استقلاله بالتأثير، فهو شرك كفري اعتقادا (…)؛ وإلا، فلا. ومعنى [اعتقاد] استقلاله: [اعتقاد] أن الله قد فوّض إليه الأمور بحيث لا يحتاج في إمضائها إلى مشيئته الجزئية، وإن قَدَر على عزله عن هذا التفويض" (Bawâdir un-nawâdir, pp. 706-708). "حاصل، اس اعتقادِ تاثیر وعدمِ اعتقادِ تاثیر کے معیارِ فرق کا، یہ ہے کہ بعض کا تو یہ عقیدہ ہوتا ہے کہ اللہ تعالی نے کسی خاص مخلوق کو جو اس کا مقرب ہے کچھ قدرتِ مستقلہ، نفع وضرر کی، اس طرح سے عطا فرما دی ہے کہ اس کا اپنے معتقِد ومخالِف کو نفع وضرر پہنچانا مشیتِ جزئیہ حق پر موقوف نہیں - گو اگر روکنا چاہے، تو پہر قدرتِ حق ہی غالب ہے -. جیسے سلاطین اپنے نائبین وحکام کو خاص اختیارات اس طرح دے دیتے ہیں کہ ان کا اجراء اس وقت سلطانِ اعظم کی منظوری پر موقوف نہیں آتا، گو روکنا چاہے، سلطان ہی کا حکم غالب رہے گا. سو یہ عقیدہ تو اعتقادِ تاثیر ہے. اور مشرکین عرب کا اپنے اٰلِہَہ باطلہ کے ساتھ یہی اعتقاد تھا" (Bawâdir un-nawâdir, note de bas de page sur p. 707).

Le verset suivant parle aux Polycultistes qui étaient à ce niveau 4.a : "قُلْ أَفَرَأَيْتُم مَّا تَدْعُونَ مِن دُونِ اللَّهِ إِنْ أَرَادَنِيَ اللَّهُ بِضُرٍّ هَلْ هُنَّ كَاشِفَاتُ ضُرِّهِ أَوْ أَرَادَنِي بِرَحْمَةٍ هَلْ هُنَّ مُمْسِكَاتُ رَحْمَتِهِ قُلْ حَسْبِيَ اللَّهُ عَلَيْهِ يَتَوَكَّلُ الْمُتَوَكِّلُونَ" : "Dis : "Avez-donc considéré ce que vous invoquez en dehors de Dieu ? Si Dieu veut à mon sujet un tort, peuvent-ils enlever (ce) tort, ou (s'Il) veut pour moi une faveur, peuvent-ils retenir Sa faveur ?" Dis : "Dieu me suffit ! A Lui s'en remettent ceux qui sont à se remettre" (Coran 39/38). Ici il s'agit d'une argumentation à partir d'un postulat partagé par les Polycultistes du niveau 4.a : ils reconnaissent que ceux qu'ils ont divinisés (et dont ils croient à l'autonomie dans le Takwîn) ne peuvent cependant pas empêcher Dieu de faire se réaliser ce qu'Il a décidé de faire se réaliser ; voilà qui prouve que, face à la Volonté de Dieu, ces êtres ne peuvent rien. Pourquoi, alors, leur demander ce dont on a besoin, et délaisser Dieu ? Voilà l'argumentation présente en ce verset.

C'est dans ce 4ème niveau de Polycultisme que se trouvaient les gens auxquels les prophètes Joseph et Hûd (sur eux soit la paix) adressèrent leur prêche, ainsi que certains Arabes de l'époque du prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue). Et c'est ce type de polycultisme de la Jâhiliyya qui, a prédit le Prophète, subsistera malheureusement dans sa Umma sous la forme de la demande de pluie aux étoiles...

Le fait que cela soit du Shirk Akbar est dû au fait que cela consiste en la croyance en la faculté d'affecter de façon ghaybî, par la seule décision : "جو لوگ اہل قبور یا تعزیہ کی نسبت تاثیر غیبی کے معتقد ہیں، وہ مشرک ہیں. اور جو محض ظاہری تعظیم کے طور پر ان کو سجدہ وغیرہ کرتے ہیں اور ان کی تاثیر کے معتقد نہیں، وہ شرک عملی کی وجہ سے فاسق ہیں کافر نہیں" (Imdâd ul-fatâwâ, 6/84).

Dans un autre article, il est exposé que tout ce qui constitue une invocation et est adressé à un autre que Dieu "tombe" sur un djinn.

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--- Le 3ème niveau (3.a) est interditdans la mesure où cette personne a attribué à ce personnage (une créature dotée de choix, ikhtiyâr) un pouvoir que Dieu n'a pas conféré à celui-ci, et lui adresse une demande en ce sens :

--- Il semble que, selon Ibn Taymiyya, cela constitue systématiquement du Shirk Akbar : la personne demande à ce personnage de réaliser lui-même la demande qu'elle lui adresse, alors même qu'il ne pourrait réaliser cela que par un pouvoir d'ordre ghaybî :
"والمراتب في هذا الباب ثلاث: إحداها أن يدعو غير الله وهو ميت أو غائب، سواء كان من الأنبياء والصالحين أو غيرهم، فيقول: يا سيدي فلان أغثني أو أنا أستجير بك أو أستغيث بك أو انصرني على عدوي ونحو ذلك. فهذا هو الشرك بالله" (MF 1/350).
"أو يدعوه من دون الله تعالى؛ مثل أن يقول: يا سيدي فلان اغفر لي أو ارحمني أو انصرني أو ارزقني أو أغثني أو أجرني أو توكلت عليك أو أنت حسبي أو أنا في حسبك أو نحو هذه الأقوال والأفعال التي هي من خصائص الربوبية التي لا تصلح إلا لله تعالى. فكل هذا شرك وضلال يستتاب صاحبه" (MF 3/395).
Cela englobe :
- la croyance erronée selon laquelle cette capacité à réaliser les demandes leur ayant été adressées est acquise de façon permanente, sans besoin qu'ils la demandent systématiquement à Dieu (niveau 4.a),
- ainsi que la croyance erronée selon laquelle cette capacité est obtenue ponctuellement, par le fait qu'ils doivent demander systématiquement Dieu de leur conférer l'aptitude à les réaliser en faveur de qui leur a adressé son besoin (niveau 3).
Il semble que selon Ibn Taymiyya, les deux soient du Shirk Akbar.

--- Par contre, du côté de Cheikh Thânwî, si on lit du niveau 4.a qu'il constitue bien du Shirk Akbar (voir plus haut), en revanche, du niveau 3.a le cheikh dit que cela est Harâm - Ghayr Mashrû' Kabîra - sans atteindre en soi le degré de Shirk Akbar.

Il écrit :
"والتفصيل فى المسألة أن التوسل بالمخلوق له تفاسير ثلاثة. الأول: دعاءه واستغاثته كديوان المشركين [ألفوهو حرام إجماعا. أما أنه شرك جلي أم لا [ب]، فمعياره: أنه إن اعتقد استقلاله بالتأثير، فهو شرك كفري اعتقادا [ج] (…)؛ وإلا، فلا [د]. ومعنى [اعتقاد] استقلاله: [اعتقاد] أن الله قد فوّض إليه الأمور بحيث لا يحتاج في إمضائها إلى مشيئته الجزئية، وإن قَدَر على عزله عن هذا التفويض. والثاني: طلب الدعاء منه (...). والثالث: دعاء الله بهذا المخلوق المقبول" (Bawâdir un-nawâdir, pp. 706-708).

Notes explicatives de ma part :
[ألف] أي كما يفعله المشركون، يعني: كما يسأل المشركون مخلوقًا غيبيًا أن يغيثهم مباشرةً
[ب] يعني: هل هو في نفسه شرك أكبر، أم هو حرام دون أن يَكون في نفسه شركًا أكبر
[ج] يعني: فهي بدعة اعتقادية محرّمة بدرجة الشرك الأكبر - وبالتالي الكفر الأكبر. فهذا إذا اعتقد المستغيثُ أنّ الله فوّض إلى ذلك العبد المقرَّب تدبير هذا الأمر بحيث لا يحتاج فيه إلى مشيئة الله التكوينيّة الجزئية، بل يتصرف فيه تصرفًا غير مقيَّد بإرادة الله التكوينيّة الجزئيّة، فهي بدعة اعتقادية محرّمة بدرجة الشرك الأكبر. هذا وإن اعتقد مع ذلك أنّ الله يَقْدِر على عزل ذلك العبد المقرَّب من تدبير هذا الأمر، بل يَقْدِر على منعه حينًا من تنفيذ قدرته تلك لِشخصٍ مّا، إذا لم يرض تعالى بتنفيذها له
[د] يعني - فيما فهمتُه -: إن اعتقد المستغيثُ أنّ ذلك المخلوق يتصرف تصرفًا مقيَّدًا بإرادة الله التكوينيّة الجزئيّة، فهي بدعة اعتقادية محرّمة دون الشرك الأكبر. وتفصيله كما يلي: يعتقد المستغيثُ أنّ ذلك العبد المقرَّب لم يفوّض الله إليه تدبير الأمر الذي طلَبَه منه - وهو من الأمور التي لم يُقْدِر الله ذلك المخلوق عليه، ومع ذلك ليست خاصّة بالله أيضًا -، فيعتقد المستغيثُ أنّ ذلك العبد المقرَّب لا يزال يحتاج - في تحقيق الأمر الذي طلَبَه منه - إلى مشيئة الله الجزئية، ولكن يعتقد مع ذلك أنّ ذلك العبد قريب من الله إلى درجة أنه يستطيع أن يطلب منه تعالى أن يُقْدِره على تحقيق ذلك الأمر بذريعة حسّيّة، ثم قد يأذن الله له بذلك وقد لا يأذن له به.

Cette croyance est strictement interdite car ayant consisté à attribuer faussement à une créature ce dont seulement certaines autres créatures ont eu la faculté miraculeuse : par leur toucher, entraîner - bi idhnillâh - la création, par Allah, de la guérison de la partie ayant été touchée : cette croyance est contraire à la réalité et à ce que les textes disent : les défunts n'interviennent pas dans ce monde ; Dieu ne leur confère pas la faculté de guérir (même "bi idhni-hî") par un toucher ou un souffle, comme Il avait conféré cette faculté bi idhni-hî à certains de ces personnages lorsqu'ils étaient vivants.
Si, selon Cheikh Thânwî, cette croyance ne constitue pas en soi du Shirk Akbar, c'est parce que ce dernier consiste en : "تسوية غير الله بالله فيما هو من خصائص الله", également formulé : "إثبات صفة من الصفات الخاصة بالله تعالى لغيره" (lire mon article) ; or, ici la personne n'a pas attribué à cette créature une chose qui est propre au Créateur ;
--- ni la faculté d'agir ainsi de façon autonome par rapport à tout autre être : "التصرف غير المقيَّد بإرادة أحد" : la personne ne croit pas que ce personnage dispose de la faculté de guérir sans avoir besoin de la Décision Takwînî Juz'î de Dieu (car c'est bien cette croyance en l'autonomie d'autres que Dieu qui a fait des Arabes d'avant l'islam des Polycultistes : "اور جاہلان عرب کا مشرک ہونا نص سے ثابت ہے، پس لا محالہ وہ تصرف غیر مقیَّد بالاذن کے قائل تھے" : Imdâd ul-fatâwâ, 6/86 ; Bawâdir un-nawâdir, note du bas de la page 707) ; croire autrui capable d'agir mais en ayant besoin de la Décision Takwînî ponctuelle de Dieu, cela n'est pas du Shirk Akbar ("تصرف مقید بالاذن کا قائل ہونا شرک اکبر نہیں" : Imdâd ul-fatâwâ, 6/85 ; Bawâdir un-nawâdir, note du bas de la page 707) ;
--- ni la faculté de provoquer la guérison de par sa seule décision, à distance : "إيجاد شفاء المريض بمحض الإرادة" : la personne ne croit pas que, fût-ce suite à l'autorisation occasionnelle de Dieu, ce personnage devient capable de provoquer de par sa seule décision la guérison de la personne (car cela, oui, est une faculté propre à Dieu : Shâh Waliyyullâh ayant compté cela comme était propre à Dieu : "والشرك هو إثبات [صفة من] الصفات الخاصة بالله تعالى لغيره؛ مثل (...) إثبات إيجاد شفاء المريض" : Al-Fawz ul-kabîr, pp. 23-24). Ici la personne croit "seulement" - ce qui est bien sûr faux et donc interdit - que Dieu autorise ponctuellement à ce personnage de se déplacer par son âme, et de venir toucher ou souffler sur la personne malade, entraînant alors sa guérison par la permission du Créateur (ce qui, étant faux, est une croyance interdite, mais n'est pas du shirk akbar).

Cheikh Thânwî semble également, dans l'écrit qui suit, dire que cette croyance interdite est une porte susceptible de mener au Shirk Akbar : "یہ عقیدہ اعتقادِ تاثیر نہیں ہے؛ لیکن بلا دلیل شرعی بلکہ خلاف دلیل شرعی ایسا عقیدہ رکھنا معصیت اعتقادیہ. اور مشابہ عبادت معاملہ کرنا معصیت عملیہ ہے. اور اسی مشابہت کے سبب اطلاقات شرعیہ میں اس کو مشرک کہدیا جاتا ہے" (Imdâd ul-fatâwâ, 6/84 ; Bawâdir un-nawâdir, note du bas de la page 707).
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Je me demande si, concernant ce cas de figure 3.a, ce hukm ("Cette croyance est une Bid'a interdite, et est une porte vers le Shirk Akbar, mais n'est pas en soi du Shirk Akbar") ne serait pas également l'avis de Ibn 'Abd il-Hâdî...
En effet, car ce dernier a écrit ceci : "يوضحه أن الميت قد انقطع عمله الذي ينتفع به نفسه، ولم يبق عليه منه إلا ما تسبب في حياته في شيء يبقى نفعه كالصدقة وتعليم العلم النافع ودعاء الولد الصالح. فكيف يبقى نفعه للحي وهو عمل يعمله له؟ وهل هذا إلا باطل شرعاً وقدراً؟ ومن جعل زيارة الميت من جنس زيارة الفقير للغني لينال من بره وإحسانه، فقد أتى بما هو أعظم الباطل، المتضمن لقب الحقيقة والشريعة. ولو كان ذلك مقصود الزيارة، لشرع من دعاء الميت والتضرع إليه وسؤال ما يناسب هذا المطلوب. ولكن هذا يناقض ما دعا إليه الرسول صلى الله عليه وسلم من التوحيد وتجريده مناقضة ظاهرة. ولا ينبغي الاقتصار على ذلك بأنه بدعة؛ بل فتْح لباب الشرك وتوسل إليه بأقرب وسيلة" (
As-Sârim ul-munkî fi-r-raddi 'ala-s-Subkî).

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Le récit où on lit qu'une personne venue à Médine s'est rendue devant la tombe du Prophète (sur lui soit la paix), et a exprimé devant lui son souhait de manger tel mets, cela relève-t-il :
--- de ce cas 3.a ?
--- ou bien du cas 2.a (plus bas) ?
Le récit dit que, un peu plus tard, un homme vivant, de la famille du Prophète, est venu lui apporter cette nourriture, mais lui a également transmis ce reproche de la part du Prophète : "Pars d'auprès de nous ! Car auprès de nous on n'exprime pas le souhait de ce genre de chose !" ("وكذلك حكي لنا أن بعض المجاورين بالمدينة جاء إلى عند قبر النبي صلى الله عليه وسلم فاشتهى عليه نوعا من الأطعمة. فجاء بعض الهاشميين إليه فقال: "إن النبي صلى الله عليه وسلم بعث لك ذلك، وقال لك: اخرج مِن عندنا! فإنّ مَن يكون عندنا لا يشتهي مثلَ هذا" : Al-Iqtidhâ', p. 321). Si ce récit est authentique, il s'explique ainsi : Le Prophète (sur lui soit la paix) a dû entendre la demande faite par cette personne devant sa tombe, et a alors chargé - en rêve - un membre de sa famille - un Hachémite - d'apporter la nourriture souhaitée par cette personne, mais également de lui dire qu'elle avait agi de façon interdite et qu'elle devait donc quitter les lieux.
--- Si cela relève du cas 3.a, n'étant alors pas une demande constituant du shirk akbar, ce serait parce que la personne ayant fait cette demande au Prophète ne lui a pas demandé de la rassasier de par sa seule volonté, mais de lui faire parvenir un plat de nourriture par un biais physique.
--- Et si cela relève du cas 2.a, ce serait parce que la personne n'a même pas demandé au Prophète de lui fournir ce plat, mais a "seulement" exprimé devant sa tombe le souhait d'obtenir un plat de nourriture.

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--- Le 2nd niveau (2.a) est à éviter absolument, car constituant une formule trop ambigüe :

La demande de cette personne peut relever du niveau 1.a (plus bas) : or ceci est bid'a (de niveau
interdit) lorsque le personnage est décédé.
Mais, plus encore, la demande de cette personne peut relever du niveau 3.a (interdit), voire 4.a (shirk akbar).

C'est - selon moi - à ce cas de figure 2 que l'écrit suivant de Cheikh Thânwî correspond : "اور بعض کا یہ عقیدہ ہوتا ہے کہ ایسی قدرتِ مستقلہ تو کسی مخلوق میں نہیں، مگر بعض مخلوق کو قرب وقبول کا ایسا درجہ عطا ہوتا ہے کہ یہ اپنے متوسلین کے لئے سفارش کرتے ہیں، پھر اس سفارش کے بعد بھی ان کو نفع وضرر کا اختیار نہیں دیا جاتا، بلکہ حق تعالی ہی نفع وضرر پہنچاتے ہیں" (Bawâdir un-nawâdir, note sur la page 707).

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--- Le 1er niveau (1.a) est :

--- bid'a (de niveau interdit) une fois que le personnage est décédé (en effet, cela n'était chose bien que lorsque ce personnage était vivant : la personne lui demandait alors d'invoquer Dieu - de la façon mashrû', instituée - pour que Celui-ci lui accorde telle chose).

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V) Croire que ce personnage confère la guérison de par sa seule décision, c'est croire la même chose que croient des personnes dont le Coran parle :

Lorsque le pieux personnage était vivant et guérissait des malades miraculeusement, ce n'était pas par sa seule volonté qu'il guérissait ainsi, mais par un toucher, ou un souffle, qui atteignait la partie malade de la personne qui lui en avait fait la demande.

Or, une fois mort, il ne peut plus ni toucher ni souffler, puisque n'étant plus de ce monde.

Si ces personnes lui accordent le pouvoir d'affecter le malade depuis le ghayb par sa seule volonté, c'est là du Shirk Akbar.

C'est bien à cause de cela que le Coran dit qu'un certain nombre de chrétiens ont divinisé Marie : "وَإِذْ قَالَ اللّهُ يَا عِيسَى ابْنَ مَرْيَمَ أَأَنتَ قُلتَ لِلنَّاسِ اتَّخِذُونِي وَأُمِّيَ إِلَهَيْنِ مِن دُونِ اللّهِ قَالَ سُبْحَانَكَ مَا يَكُونُ لِي أَنْ أَقُولَ مَا لَيْسَ لِي بِحَقٍّ إِن كُنتُ قُلْتُهُ فَقَدْ عَلِمْتَهُ تَعْلَمُ مَا فِي نَفْسِي وَلاَ أَعْلَمُ مَا فِي نَفْسِكَ إِنَّكَ أَنتَ عَلاَّمُ الْغُيُوبِ. مَا قُلْتُ لَهُمْ إِلاَّ مَا أَمَرْتَنِي بِهِ أَنِ اعْبُدُواْ اللّهَ رَبِّي وَرَبَّكُمْ وَكُنتُ عَلَيْهِمْ شَهِيدًا مَّا دُمْتُ فِيهِمْ فَلَمَّا تَوَفَّيْتَنِي كُنتَ أَنتَ الرَّقِيبَ عَلَيْهِمْ وَأَنتَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ شَهِيدٌ" : "Et lorsque Dieu dira : "O Jésus fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens : "Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors de Dieu ?" Il dira : "Pureté à Toi ! Il ne m'appartient pas de déclarer ce que je n'ai pas le droit de dire. Si je l'avais dit, Tu l'aurais su ; Tu sais ce qu'il y a en moi, et je ne sais pas ce qu'il y a en Toi. Tu es, en vérité, Connaisseur de tout ce qui est caché. Je ne leur ai dit que ce que Tu m'as ordonné de dire, (à savoir) : Adorez Dieu, qui est mon Pourvoyeur et votre Pourvoyeur". J'étais témoin sur eux tant que je suis resté parmi eux. Puis, lorsque Tu m'as repris, Tu étais le Surveillant sur eux. Et Tu es Témoin de toute chose" (Coran 5/116-117).
Et cela n'est nullement dû au qualificatif "Mère de Dieu", que le concile d'Ephèse avait attribué à Marie en 431, ce qualificatif étant "non que la nature du Verbe ou sa divinité ait reçu le début de son existence à partir de la sainte Vierge, mais parce qu'a été engendré d'elle son saint corps animé d'une âme raisonnable, corps auquel le Verbe s'est uni selon l'hypostase et pour cette raison est dit avoir été engendré selon la chair" (source : Clerus.org).
Cela est dû au culte marial, que les chrétiens orthodoxes et les catholiques pratiquent, et dont il est clairement expliqué chez eux qu'il consiste en l'imitation et la vénération mais aussi "l'invocation de Marie" (source : Spiritualité chrétienne).

Comme exposé dans l'article consacré à ce point, ils demandent bien à Marie de décider d'elle-même de réaliser par elle-même certains de leurs besoins, croyant que Dieu lui a accordé cette faculté.

Il y a encore ce verset, qui dit que : "اتَّخَذُواْ أَحْبَارَهُمْ وَرُهْبَانَهُمْ أَرْبَابًا مِّن دُونِ اللّهِ وَالْمَسِيحَ ابْنَ مَرْيَمَ وَمَا أُمِرُواْ إِلاَّ لِيَعْبُدُواْ إِلَهًا وَاحِدًا لاَّ إِلَهَ إِلاَّ هُوَ سُبْحَانَهُ عَمَّا يُشْرِكُونَ" : "ils ont pris leurs érudits et leurs moines, ainsi que le Messie fils de Marie, comme des Rabb en dehors de Dieu. Alors qu'il ne leur avait été ordonné que d'adorer un seul être objet d'adoration - pas de divinité sauf Lui. Pureté à Lui de ce qu'ils (Lui) associent" (Coran 9/31). Selon un des commentaires, si ces personnes font un shirk akbar fi-r-rubûbiyya, c'est par le fait d'avoir comme croyance que Dieu le Créateur a confié à ces saints, après leur mort, le pouvoir de gérer certaines choses de l'univers. Elles les appellent des "saints patrons", ayant donc patronage, c'est-à-dire protection, sur tel métier ou telle région, ou contre telle maladie ou telle affliction (lire notre article). Le terme "rabb" présent dans ce verset est alors à appréhender en son sens particulier par rapport au sens de "ilâh". Ibn Âshûr écrit ainsi que ce shirk fait par ces personnes quant à leurs ascètes est également lié au fait que, chez elles, il est très répandu de demander à ceux-ci leur aide lors des batailles : "ومعنى "اتخاذهم هؤلاء أربابا" أن اليهود ادعوا لبعضهم بنوة الله تعالى وذلك تأليه، وأن النصارى أشد منهم في ذلك، إذ كانوا يسجدون لصور عظماء ملتهم مثل صورة مريم وصور الحواريين وصورة يحيى بن زكرياء - والسجود من شعار الربوبية -؛ وكانوا يستنصرون بهم في حروبهم ولا يستنصرون بالله، وهذا حال كثير من طوائفهم وفرقهم؛ ولأنهم كانوا يأخذون بأقوال أحبارهم ورهبانهم المخالفة لما هو معلوم بالضرورة أنه من الدين، فكانوا يعتقدون أن أحبارهم ورهبانهم يحللون ما حرم الله، ويحرمون ما أحل الله، وهذا مطرد في جميع أهل الدينين، ولذلك أفحم به النبيء صلى الله عليه وسلم عديا بن حاتم لما وفد عليه قبيل إسلامه لما سمع قوله تعالى: {اتخذوا أحبارهم ورهبانهم أربابا من دون الله} وقال عدي: "لسنا نعبدهم!" فقال: "أليس يحرمون ما أحل الله فتحرمونه ويحلون ما حرم الله فتستحلونه؟" فقلت: "بلى" قال: "فتلك عبادتهم" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

Marie est une très pieuse (siddîqa), voire une prophétesse (d'après certains ulémas). Nous pensons des chrétiens des premiers temps du christianisme (qui n'adhéraient pas à la trinité, et dont la forme de religion n'était pas encore abrogée) et qui ont été tués pour leur adhésion au message originel de Jésus, qu'ils sont des martyrs et des awliyâ' (nahsibu-hum kadhâ) : Etienne fut lapidé ; d'autres chrétiens furent injustement accusés par Néron d'avoir provoqué l'incendie de Rome, et ils furent martyrisés dans d'horribles souffrances.

Si, pour un musulman, demander au Prophète Muhammad (sur lui soit la paix) ou à Abdul Qâdir al-Jilânî (que Dieu lui fasse miséricorde) de le guérir de telle maladie, ou de l'aider face à telle personne ennemie, cela est autorisé (mashrû'), pourquoi donc le Coran adresse-t-il ces reproches à des hommes demandant à Marie (sur elle soit la paix) et à des érudits et des moines défunts, de les assister face à des difficultés ?

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VI) Un certain nombre des personnes qui ne voient aucun mal à demander à un pieux personnage défunt, devant sa tombe, la réalisation de telle de leur demandes, prétendent qu'elles font alors comme elles auraient fait quand ce personnage était vivant : ce personnage réalise cela lui-même, en venant par son âme toucher la partie malade de la personne (de la part de ces personnes, c'est donc une croyance du Niveau 4.a si ces personnes croient que ce personnage a reçu de Dieu la faculté de guérir, sans besoin d'une Décision de Sa part) :

Ce personnage avait la capacité miraculeuse, lorsqu'il était vivant, de toucher de sa main la partie malade de la personne, ou de souffler dessus, et Dieu faisait que cela guérissait : c'est Lui qui a conféré à ce toucher ou ce souffle de ce personnage cet effet. On pouvait demander à ce personnage de nous guérir, en ce sens.
Eh bien, pareillement, disent ces personnes, lorsque nous demandons
au personnage décédé de nous guérir, c'est seulement que ce personnage possède cette capacité de façon permanente, lui ayant été octroyée par Dieu ; et c'est ce personnage qui décide (4.a). Ainsi en est-il des personnes qui, se rendant devant la tombe de tel pieux personnage qui, de son vivant, guérissait bi idhnillâh les personnes atteintes de lèpre par son toucher, lui disent : "Accorde-moi la guérison de la lèpre, ô toi qui guéris les lépreux par ton toucher", croyant qu'il dispose de cette Qud'ra de façon permanente, et pensant résoudre le problème en ajoutant : "Il réalise cela bi idhnillâh".

Le problème c'est que la mort change beaucoup de choses : les actions s'interrompent alors. Comment donc affirmer qu'"il réalise cela bi idhnillâh", alors que ce pieux personnage est défunt et n'intervient plus en ce monde ? Nous en avons déjà parlé plus haut.

Si ces personnes croient que ce personnage a reçu de Dieu la faculté de gérer cela de façon autonome par rapport à toute nécessité de Décision Divine Ponctuelle, c'est du Shirk Akbar, comme l'a écrit Cheikh Thânwî.

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Deux textes qui ont été mal compris par ces personnes :

Ces personnes ont déduit le caractère mashrû' de ce niveau 4.a (évoqué en III.II.II), voire du niveau évoqué en I, des deux textes suivants :
--- Ayant émigré de La Mecque à Médine, 'Amr ibn ul-Âs (que Dieu l'agrée) dit au Prophète (sur lui soit la paix), au moment de lui faire allégeance : "Messager de Dieu, je te fais allégeance sur le fait que tu me pardonnes ce qui précède de mon péché". Le Prophète lui répondit : "'Amr, fais allégeance. Car la conversion à l'islam efface ce qui a été commis avant elle, et la hijra efface ce qui a été commis avant elle" : "ثم دنوت، فقلت: "يا رسول الله، إني أبايعك على أن تغفر لي ما تقدم من ذنبي" - ولا أذكر "وما تأخر" -. قال: فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يا عمرو، بايع، فإن الإسلام يجب ما كان قبله، وإن الهجرة تجب ما كان قبلها". قال: فبايعته ثم انصرفت"" (Ahmad, 17777 ; voir aussi 17813 et 17827).
--- Rabî'a ibn Ka'b (que Dieu l'agrée) servait le Prophète (sur lui soit la paix), lui apportant de l'eau pour ses ablutions, ainsi que ce dont il avait besoin. Un jour, le Prophète lui dit [peut-être pour le récompenser pour ses services] : "أو في مقام المكافأة للخدمة: "سل" أي: اطلب مني حاجة" : Mirqât ul-mafâtîh] : "Demande(-moi quelque chose dont tu as besoin)". Rabî'a lui répondit : "Je te demande ta compagnie au Paradis". Après s'être assuré qu'il ne désirait pas autre chose, le Prophète lui dit : "Eh bien aide-moi par rapport à ta personne par de nombreuses prosternations" : "عن ربيعة بن كعب الأسلمي، قال: كنت أبيت مع رسول الله صلى الله عليه وسلم فأتيته بوضوئه وحاجته فقال لي: "سل" فقلت: "أسألك مرافقتك في الجنة". قال: "أو غير ذلك؟" قلت: "هو ذاك". قال: "فأعني على نفسك بكثرة السجود" (Muslim, 489).

Selon ces personnes, ces deux textes montrent que le Prophète (sur lui soit la paix) a reçu de Dieu la prérogative de décider d'accorder le Pardon à la personne qu'il veut (la seule condition est qu'elle soit croyante), et de décider de faire entrer directement dans le Paradis la personne qu'il veut (la seule condition est qu'elle soit croyante) ; on peut donc demander au Prophète (sur lui soit la paix) qu'il décide de nous accorder la Maghfira pour tous les péchés commis (au moins ceux commis antérieurement), ainsi que pour qu'il décide de nous faire entrer directement dans le Paradis.
Il s'agit soit du Niveau I, soit du niveau 4.a.

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Or cette déduction est erronée.

Le Pardon (Ghuf'rân) pour les péchés, seul Dieu peut l'accorder à quelqu'un : "وَالَّذِينَ إِذَا فَعَلُواْ فَاحِشَةً أَوْ ظَلَمُواْ أَنْفُسَهُمْ ذَكَرُواْ اللّهَ فَاسْتَغْفَرُواْ لِذُنُوبِهِمْ وَمَن يَغْفِرُ الذُّنُوبَ إِلاَّ اللّهُ" (Coran 3/135). "عن أبي بكر الصديق رضي الله عنه: أنه قال لرسول الله صلى الله عليه وسلم: علمني دعاء أدعو به في صلاتي، قال: "قل: اللهم إني ظلمت نفسي ظلما كثيرا، ولا يغفر الذنوب إلا أنت، فاغفر لي مغفرة من عندك، وارحمني إنك أنت الغفور الرحيم" (al-Bukhârî, 799, Muslim, 2705). "عن علي بن أبي طالب، عن رسول الله صلى الله عليه وسلم، أنه كان إذا قام إلى الصلاة، قال: "وجهت وجهي للذي فطر السماوات والأرض حنيفا، وما أنا من المشركين، إن صلاتي ونسكي ومحياي ومماتي لله رب العالمين، لا شريك له، وبذلك أمرت وأنا من المسلمين، اللهم أنت الملك لا إله إلا أنت أنت ربي، وأنا عبدك، ظلمت نفسي، واعترفت بذنبي، فاغفر لي ذنوبي جميعا، إنه لا يغفر الذنوب إلا أنت" (Muslim, 771).

Quant au hadîth ci-dessus : "Messager de Dieu, je te fais allégeance sur le fait que tu me pardonnes ce qui a passé de mon péché" : "فقلت: "يا رسول الله، إني أبايعك على أن تغفر لي ما تقدم من ذنبي" - ولا أذكر "وما تأخر" -. قال: فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يا عمرو، بايع، فإن الإسلام يجب ما كان قبله، وإن الهجرة تجب ما كان قبلها". قال: فبايعته ثم انصرفت."" (Ahmad, 17777), les termes "mon péché" n'y désignent que les fautes que 'Amr avait commises vis-à-vis du Prophète avant d'entrer en islam : il s'était opposé à lui en tant que Prophète, avait voyagé en Abyssinie pour essayer de monter le Négus contre ses Compagnons, avait participé à des batailles contre lui. 'Amr évoqua donc comme condition que le Prophète lui accorde son pardon pour tout le mal qu'il lui avait fait jusqu'à présent.

Le verset coranique suivant n'emploie-t-il pas ce terme "Ghuf'rân" pour le pardon accordé par des hommes à d'autres hommes, au sujet des fautes commises par les seconds à l'égard des premiers : "قُل لِّلَّذِينَ آمَنُوا يَغْفِرُوا لِلَّذِينَ لا يَرْجُون أَيَّامَ اللَّهِ لِيَجْزِيَ قَوْمًا بِما كَانُوا يَكْسِبُونَ" (Coran 45/4) ?
"قال ابن عباس ومقاتل: نزلت في عمر بن الخطاب رضي الله تعالى عنه؛ وذلك أن رجلا من بني غفار شتمه بمكة، فهم عمر - رضي الله تعالى عنه - أن يبطش به؛ فأنزل الله هذه الآية، وأمره أن يعفو عنه" (
Tafsîr ul-Baghawî).

Quant aux manquements vis-à-vis de Dieu en termes de Ishrâk bihî etc., 'Amr ibn ul-'Âs s'en était djéà repenti, lorsqu'ils s'était déjà converti à l'islam avant cela, en Abyssinie, sur les mains du Négus : cela est dit dans la même relation : "قال: قلت: "أيها الملك أكذاك هو؟" فقال: "ويحك يا عمرو، أطعني واتبعه، فإنه والله لعلى الحق؛ وليظهرن على من خالفه كما ظهر موسى على فرعون وجنوده". قال: قلت: "فبايعني له على الإسلام". قال: "نعم". فبسط يده وبايعته على الإسلام. ثم خرجت إلى أصحابي وقد حال رأيي عما كان عليه، وكتمت أصحابي إسلامي، ثم خرجت عامدا لرسول الله صلى الله عليه وسلم لأسلم، فلقيت خالد بن الوليد، وذلك قبيل الفتح، وهو مقبل من مكة" (Ahmad, 17777) ; mais cette fois il avait fait hijra vers le Prophète.
Et c'est pourquoi 'Amr n'évoqua que ses "fautes passées" (et pas "ses fautes futures" aussi).
C'est peut-être aussi pourquoi le Prophète lui répondit que la conversion à l'islam efface les péchés antérieurs, mais aussi que la hijra les efface.
Les fautes que 'Amr avait commises vis-à-vis des Droits du Prophète étaient elles aussi pardonnées par sa conversion à l'islam, car il avait commis celles-ci vis-à-vis de lui en étant Harbî, puis était venu de lui-même repentant (même s'il avait fait Sabb du Prophète, ce Sabb lui aurait été automatiquement pardonné par sa conversion et sa hijra, vu qu'il était ainsi venu de lui-même jusqu'au Prophète, et se trouvait donc dans le cas numéroté "2.3" dans notre article parlant du Sabb : - "سبّ حينما كان حربيًّا، ثم جاء تائبًا").

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De même, Dieu S'est réservé la prérogative de décider de faire entrer au Paradis celui qui y entrera. Le Prophète (sur lui soit la paix) a clairement dit qu'il ne pourrait lui-même pas entrer au Paradis, sinon que Dieu le couvre de Sa Faveur et de Sa Miséricorde : "عن أبي هريرة، قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "لن يدخل أحدا عمله الجنة". قالوا: "ولا أنت يا رسول الله؟" قال: "لا، ولا أنا، إلا أن يتغمدني الله بفضل ورحمة. فسددوا وقاربوا" (al-Bukhârî, 5349, Muslim, 2816). Le Prophète ne peut qu'intercéder auprès de Dieu en faveur d'une ou plusieurs personne(s), pour qu'Il la(les) fasse entrer au Paradis, et cela seulement dans la mesure où Il le lui autorise.

Quant au hadîth en question : "Demande(-moi quelque chose dont tu as besoin). - Je te demande d'être dans ta compagnie au Paradis. - Eh bien aide-moi par rapport à ta personne par de nombreuses prosternations", il s'agit seulement là d'une des relations de ce hadîth : dans d'autres relations (riwâyât) il est précisé que Rabî'a lui a dit ceci : "Je te demande d'intercéder pour moi auprès de Dieu pour qu'Il m'affranchisse [= m'épargne] du Feu".
--- "عن ربيعة بن كعب قال: كنت أخدم رسول الله صلى الله عليه وسلم وأقوم له في حوائجه نهاري أجمع، حتى يصلي رسول الله صلى الله عليه وسلم العشاء الآخرة، فأجلس ببابه إذا دخل بيته، أقول: لعلها أن تحدث لرسول الله صلى الله عليه وسلم حاجة. فما أزال أسمعه يقول رسول الله صلى الله عليه وسلم: "سبحان الله، سبحان الله، سبحان الله وبحمده"، حتى أملّ فأرجع، أو تغلبني عيني فأرقد. قال: فقال لي يوما لما يرى من خفتي له وخدمتي إياه: "سلني يا ربيعة أعطك". قال: فقلت: "أنظر في أمري يا رسول الله، ثم أعلمك ذلك". قال: ففكرت في نفسي فعرفت أن الدنيا منقطعة زائلة، وأن لي فيها رزقا سيكفيني ويأتيني، قال: فقلت: أسأل رسول الله صلى الله عليه وسلم لآخرتي فإنه من الله عز وجل بالمنزل الذي هو به. قال: فجئت فقال: "ما فعلت يا ربيعة؟"، قال: فقلت: "نعم يا رسول الله، أسألك أن تشفع لي إلى ربك فيعتقني من النار". قال: فقال: "من أمرك بهذا يا ربيعة؟"، قال: فقلت: "لا والله الذي بعثك بالحق، ما أمرني به أحد، ولكنك لما قلت "سلني أعطك"، وكنت من الله بالمنزل الذي أنت به، نظرت في أمري، وعرفت أن الدنيا منقطعة وزائلة وأن لي فيها رزقا سيأتيني، فقلت: أسأل رسول الله صلى الله عليه وسلم لآخرتي". قال: فصمت رسول الله صلى الله عليه وسلم طويلا، ثم قال لي: "إني فاعل، فأعني على نفسك بكثرة السجود" (Ahmad, 16579).
--- "عن ربيعة بن كعب قال: قال لي رسول الله صلى الله عليه وسلم: "سلني أعطك"، قلت: "يا رسول الله، أنظرني، أنظر في أمري". قال: "فانظر في أمرك". قال: فنظرت فقلت: إن أمر الدنيا ينقطع، فلا أرى شيئا خيرا من شيء آخذه لنفسي لآخرتي، فدخلت على النبي صلى الله عليه وسلم فقال: "ما حاجتك؟"، فقلت: "يا رسول الله، اشفع لي إلى ربك عز وجل، فليعتقني من النار". فقال: "من أمرك بهذا؟"، فقلت: "لا والله يا رسول الله، ما أمرني به أحد، ولكني نظرت في أمري، فرأيت أن الدنيا زائلة من أهلها، فأحببت أن آخذ لآخرتي". قال: "فأعني على نفسك بكثرة السجود" (Ahmad, 16578).
--- "عن زياد بن أبي زياد مولى بني مخزوم، عن خادم للنبي صلى الله عليه وسلم، رجل أو امرأة، قال: كان النبي صلى الله عليه وسلم مما يقول للخادم: "ألك حاجة؟" قال: حتى كان ذات يوم فقال: "يا رسول الله، حاجتي". قال: "وما حاجتك؟" قال: "حاجتي أن تشفع لي يوم القيامة". قال: "ومن دلك على هذا؟" قال: "ربي". قال: "إما لا، فأعني بكثرة السجود" (Ahmad, 16076).

Le propos devient dès lors plus clair : Rabî'a a seulement demandé au Prophète d'intercéder en sa faveur le Jour du Jugement, afin qu'il soit épargné de la Géhenne et soit admis directement au Paradis.
Et ce fut après un long silence que le Prophète lui répondit :
"Je le ferai" (Ahmad, 16579) : lors de ce silence, le Prophète apprit par révélation que Rabî'a mourrait avec Asl ul-îmân (et avec du Kamâl ul-îmân), et qu'il bénéficierait donc de son intercession le Jour du Jugement, conformément au hadith : "أسعد الناس بشفاعتي يوم القيامة: من قال "لا إله إلا الله" خالصا من قلبه - أو: نفسه" (al-Bukhârî, 99, 6201).

La réponse finale du Prophète veut dire : "L'intercession que je vais adresser à Dieu en ce sens au sujet de ta personne, aide-moi à la faire accepter par Lui en te rapprochant considérablement de Lui, et ce par la pratique de quantité de prières surérogatoires" ("فأعنّي على قبول دعائي هذا لله بالنسبة لنفسك: بالتقرب الكبير إليه تعالى، وذلك بكثرة الصلوات النافلة").

("وفيه إشارة إلى أن هذه المرتبة العليا لا تحصل بمجرد السجود، بل به مع دعائه - عليه الصلاة والسلام - له إياها من الله تعالى" : Shar'h ul-massâbîh, Ibn ul-Malik.)
("فههنا معناه: كن عونا لي في إصلاح نفسك، واجعلها طاهرة مستحقة لما تطلب؛ فإني أطلب إصلاح نفسك من الله، وأطلب منه أيضا إصلاحها بكثرة السجود" : Al-Mafâtîh fî shar'h il-masâbîh.)

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VII) D'autres personnes qui ne voient aucun mal à demander à un pieux personnage défunt, devant sa tombe, la réalisation de telle de leur demandes, prétendent elles aussi qu'elles font alors comme elles auraient fait quand ce personnage était vivant : pour elles, cependant, ce personnage ne réalise cela qu'à échelle humaine (certes miraculeuse), et seulement après avoir demandé et obtenu un mandat occasionnel de la part de Dieu (soit le Niveau 3.a plus haut évoqué) :

Selon ces personnes, ce personnage agréé par Dieu intercède auprès de Lui en leur faveur, elles qui lui ont demandé de les guérir, et Dieu décide ponctuellement de lui accorder ce pouvoir, suite à quoi son âme se déplace et vient guérir ces personnes par un toucher ou un souffle (3.a).

Le problème c'est que, avec la mort, les actions s'interrompent. Comment donc affirmer qu'"il réalise cela bi idhnillâh", alors que ce pieux personnage est défunt et n'intervient plus en ce monde ?

Voilà une croyance interdite, dit Cheikh Thânwî, car ne correspondant pas à ce qui est établi et ne reposant sur rien de concret.

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Ces personnes ont déduit cela du second de ces deux hadîths, qu'elles ont compris de façon particulière :

Elles ont cru que quand Rabî'a ibn Ka'b (que Dieu l'agrée) a dit au Prophète (sur lui soit la paix) : "Je te demande ta compagnie au Paradis", "أسألك مرافقتك في الجنة" (Muslim, 489), cela signifie que celui-ci viendrait le faire entrer au Paradis en prenant sa main, après en avoir obtenu l'Acceptation de la part Dieu.
Pareillement disent-elles, si on demande au Prophète la guérison, il demandera cela à Dieu, puis, après avoir obtenu de Dieu l'acceptation de son intercession, viendra par son âme nous toucher, ce qui causera notre guérison.

Or cette phrase de Rabî'a ne signifie pas qu'il demandait là au Prophète de venir le faire entrer dans le Paradis personnellement, en lui prenant la main.

Par la première demande qu'il adressa au Prophète : "Je te demande d'intercéder pour moi, le Jour de la Résurrection, auprès de Dieu pour qu'Il m'épargne du Feu", "حاجتي أن تشفع لي يوم القيامة" (Ahmad, 16076), "أسألك أن تشفع لي إلى ربك فيعتقني من النار" (Ahmad, 16579), il émit le désir qu'il intercède pour lui auprès de Dieu afin que Celui-ci décide de l'épargner de la Géhenne.

Quant à la seconde requête qu'il adressa au Prophète : "Je te demande ta compagnie au Paradis", "أسألك مرافقتك في الجنة" (Muslim, 489), il lui demanda là de décider de lui faire bénéficier de sa compagnie au Paradis. Le fait est que l'habitant du Paradis y logeant à un grade élevé aura la prérogative de décider de lui-même de venir rendre visite souvent à une personne précise, y habitant le même grade, ou un grade moins élevé (alors que l'inverse n'est pas vrai : la personne habitant un grade donné n'aura pas la prérogative de décider d'elle-même d'aller rendre visite à l'habitant d'un grade plus élevé, dans son grade à lui : "وقال الدورقي: حدثنا أبو سلمة التبوذكي حدثنا سليمان بن المغيرة عن حميد بن هلال قال: "بلغنا أن أهل الجنة يزور الأعلى الأسفل، ولا يزور الأسفل الأعلى" : Hâdi-l-arwâh, pp. 371-372). Voilà qui permet de mieux comprendre ces mots de Rabî'a : "Je te demande ta compagnie au Paradis" : il a demandé au Prophète ce qui relevait des prérogatives de celui-ci : choisir de lui faire bénéficier de sa compagnie au Paradis aussi (lire mon article traitant de ce que désignent, pour le Paradis, les termes "rifâq, ma'iyya").

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VIII) D'autres personnes ne voient aucun mal à exposer devant un pieux personnage défunt, se trouvant alors devant sa tombe, leur besoin, et disent savoir que c'est Dieu qui décide de réaliser cela, ce perosnnage défunt ne faisant qu'intercéder pour elle auprès du Créateur (il s'agit du Niveau 2.a plus haut évoqué) :

Pour ces personnes, il n'est pas autorisé de dire au Prophète : "Je te demande que tu décides de m'accorder le Pardon pour tous mes péchés / que tu décides de me faire entrer dans le Paradis", car le Prophète n'a jamais reçu d'Allah la prérogative de décider d'accorder le Pardon à quelqu'un pour tous ses péchés, ni de décider de faire entrer quelqu'un dans le Paradis.
En revanche, le Prophète a bien reçu d'Allah la prérogative d'intercéder auprès de Lui pour que Lui décide d'accorder Son Pardon / de faire entrer dans le Paradis. Dès lors, il est autorisé de dire au Prophète : "Je te demande le Pardon pour tous mes péchés / l'entrée au Paradis". La différence est que, cette fois, ce qui sous-entendu est : "Je te demande d'être la cause que Dieu me pardonne / me fasse entrer au Paradis ; et ce par le fait que tu intercèdes pour moi auprès de Dieu pour qu'Il décide de m'accorder Son Pardon pour tous mes péchés / pour qu'Il décide de me faire entrer dans le Paradis".
Pour ces personnes, quand elles demandent à tel pieux personnage défunt de les guérir, c'était comme si elles demandaient au jeune homme évoqué dans le hadîth de Suhayb : "Guéris-moi" : elles savent bien qu'il ne fait qu'invoquer Dieu de les guérir ; l'attribution du verbe "guérir" au jeune homme étant due au seul fait qu'il était la cause, par son intercession, de la guérison, décidée et créée par Dieu.
C'est le niveau 2.a.

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Cette croyance est déjà une bid'a, interdite.
En sus, cette formulation est trop ambigüe vis-à-vis d'un être qui est dans le ghayb par rapport à soi.

Par ailleurs, quand on entend certaines de ces personnes dire que, suite à leur demande adressée à ce défunt, elles ont vu ensuite - en rêve, voire en état de veille - l'âme du défunt venir souffler sur elles et les guérir par ce moyen, on voit bien que ces personnes ne sont pas au Niveau 2.a - comme elles le prétendent -, mais au moins au Niveau 3.a (يعتقدون أنّ الميت يتصرّف نفسُه تصرُّفًا مقيّدًا بإرادة الله).

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Ces personnes ont elles aussi compris de façon erronée les deux hadîths sus-cités :

--- "Je me rendis auprès du Prophète et lui dis : "Etends ta main, que je te fasse allégeance". Le Prophète étendit alors la main droite. Je ramenai la mienne. Il me dit : "Qu'as-tu, 'Amr ? - Je veux stipuler une condition. - Tu stipules comme condition quoi donc ? - Que le Pardon me soit accordé. - Ne sais-tu pas que la conversion à l'islam efface ce qui a été commis avant elle ? que la hijra efface ce qui a été commis avant elle ? que le hajj efface ce qui a été commis avant lui ?" : "فلما جعل الله الإسلام في قلبي أتيت النبي صلى الله عليه وسلم، فقلت: "ابسط يمينك فلأبايعك"، فبسط يمينه، قال: فقبضت يدي، قال: "ما لك يا عمرو؟" قال: قلت: "أردت أن أشترط". قال: "تشترط بماذا؟" قلت: "أن يغفر لي"، قال: "أما علمت أن الإسلام يهدم ما كان قبله؟ وأن الهجرة تهدم ما كان قبلها؟ وأن الحج يهدم ما كان قبله؟" (Muslim, 121).

--- Le Prophète dit à Rabî'a : "Demande. - Je te demande ta compagnie au Paradis" : "فقال لي: "سل" فقلت: "أسألك مرافقتك في الجنة (Muslim, 489).

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Dans ces deux cas, une chose a certes été explicitement demandée au Prophète (sur lui soit la paix), mais en tant que résultat de la Décision de Dieu, suite à l'intercession du Prophète...
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Voilà ce que ces personnes disent.

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Cette déduction est elle aussi erronée.

S'il est vrai que le Prophète (sur lui soit la paix) a reçu de Dieu la prérogative d'intercéder auprès de Lui en faveur d'une personne ayant Asl ul-îmân, espérant que Dieu accepte cette intercession et décide d'accorder Son Pardon à / de faire entrer dans le Paradis cette personne... en revanche, cette demande d'intercession ne peut se faire au Prophète que lorsqu'il est vivant (vivant de sa vie terrestre, ou après la résurrection) ; et pas lorsqu'il est dans sa tombe.
Par ailleurs, cette formulation : "Ô Prophète, je te demande le Pardon pour tous mes péchés / je te demande le Paradis" est trop ambigüe, pouvant laisser croire au fur et à mesure, à ceux et celles qui l'entendent, voire à celui qui la prononce, que le Prophète a la prérogative de décider de lui-même d'accorder cela (niveau 3.a, voire 4.a).

--- Pour ce qui est du premier hadîth, il signifie tout simplement que le fait de bénéficier du Pardon pour même les péchés liés aux Purs Droits de Dieu, cela est l'effet systématique de l'action de conversion à l'islam lorsqu'elle est sincère : les péchés antérieurs en relation avec les Droits de Dieu en deviennent systématiquement pardonnés. 'Amr ibn ul-'Âs ne le savait pas, et, ayant voulu spécifier cela comme condition personnelle, il s'est entendu répondre que c'est là l'effet systématique de ces 3 actions (conversion, hijra, hajj) lorsqu'elles sont faites sincèrement pour Dieu.

--- Quant au second hadîth, la demande y ayant été faite par Rabî'a directement au Prophète d'être dans sa compagnie au Paradis est due à ce que nous avons déjà dit au point précédent : l'habitant du Paradis y logeant à un grade élevé aura la prérogative de décider de lui-même de venir rendre visite souvent à une personne précise, y habitant le même grade, ou un grade moins élevé. Voilà qui permet de mieux comprendre ces mots de Rabî'a : "Je te demande ta compagnie au Paradis".
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Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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