Vers une déstabilisation du monde arabo-musulman ?

- "كانت أم الحرير، إذا مات أحد من العرب اشتد عليها، فقيل لها: إنا نراك إذا مات رجل من العرب اشتد عليك. قالت: سمعت مولاي، يقول: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من اقتراب الساعة هلاك العرب" : Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, aurait dit : "Parmi (les Signes de) la proximité de l'Heure il y a : la destruction des Arabes" (at-Tirmidhî, dha'îf d'après al-Albânî).

- "عن أم شريك، أنها سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "ليفرن الناس من الدجال في الجبال." قالت أم شريك: "يا رسول الله فأين العرب يومئذ؟" قال: "هم قليل" (Muslim, 2945) ;
- "فقالت أم شريك بنت أبي العكر: يا رسول الله فأين العرب يومئذ؟ قال: "هم يومئذ قليل، وجلهم ببيت المقدس، وإمامهم رجل صالح" (Ibn Mâja, 4077) :
Alors qu'il parlait de l'apparition du faux Messie, le Prophète (sur lui soit la paix) fut interrogé ainsi par Ummu Sharîk : "Messager de Dieu, où seront donc les Arabes ce jour là ?" Il répondit : "Ils seront ce jour là peu nombreux" .

- Dans le même contexte (le Prophète parlait de l'apparition du faux Messie), Aïcha a posé la même question, et a reçu la même réponse : "عن عائشة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم ذكر جهدا يكون بين يدي الدجال فقالوا: أي المال خير يومئذ؟ قال: "غلام شديد يسقي أهله الماء، وأما الطعام فليس!" قالوا: فما طعام المؤمنين يومئذ؟ قال: "التسبيح والتكبير والتحميد والتهليل." قالت عائشة: فأين العرب يومئذ؟ قال: "العرب يومئذ قليل" (Ahmad, 24470 ; voir également 24944 ; dha'îf).

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Introduction :

Agir par la force pour faire disparaître ce qui est mal (إزالة المنكر باليد), cela est conditionné à la capacité (قدرة) de remplacer ce mal par ce qui est bien (ce qui constitue l'idéal), et de ne pas engendrer une mafsada (tort) plus grande que celle que l'on voulait faire disparaître.

Sinon, s'il y a un fort risque que l"'enlèvement" de ce mal va conduire à son remplacement par un mal (munkar) plus grand encore, ou va s'accompagner d'une mafsada trop grande, il n'est pas mashrû' (pas légal en islam) d'enlever ce munkar par la force. Il faut travailler par la réforme pacifique et le travail de longue haleine.

Voilà un principe connu et reconnu, exposé (entre autres) par Ibn Taymiyya...

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Cheikh Hussein Ahmad Madanî (que Dieu l'agrée) est un illustre 'âlim de l'Inde. Il a participé très activement aux efforts pour que le colonisateur britannique quitte l'Inde.
Sa vision initiale était que, une fois les Britanniques obligés de partir de l'Inde, les choses devaient redevenir comme elles étaient avant l'irruption des colonisateurs en Inde : il y avait un empereur Moghol, il était musulman ; musulmans, hindous et chrétiens vivaient sous son règne, chaque communauté avec ses droits et ses libertés, le pays étant administré par les lois de l'islam.

Mais sur ce point là, Cheikh Thânwî (que Dieu l'agrée) lui avait dit (en substance) :
"Vous êtes dans un rêve (
آپ خواب میں هیں). Aujourd'hui c'est le système majoritaire qui va être retenu.
Or, pour enlever de façon forte un munkar, il faut être dans une situation où on est capable de le remplacer par le ma'rûf (l'idéal), ou au moins par une situation meilleure. Et, vu notre situation aujourd'hui, ce que je crains fort c'est que, si les Britanniques sont chassés, ce n'est pas, pour les musulmans indiens, quelque chose de meilleur, mais quelque chose de pire qui va les remplacer.
Je pressens des rivières de sang qui couleront."

D'après ce qui m'est parvenu, Cheikh Thânwî avait illustré cela par une petite métaphore : "Le serpent noir est encore plus dangereux que le serpent blanc" (les ulémas de l'Inde affectionnent ce genre de petites phrases, c'est dans leur culture).

Cheikh Thânwî exprimait qu'ils n'avaient pas fait quelque chose qui avaient engendré cette situation de colonisation ; ils avaient "hérité" de cette situation, née avant qu'ils voient le jour.
Et Cheikh Thânwî ne disait pas qu'il fallait se satisfaire de cette colonisation, et ne rien entreprendre, mais qu'il fallait agir en prenant en considération les capacités réelles pour réformer celle-ci. Le Cheikh pensait qu'il fallait travailler d'une autre façon plutôt que de provoquer le départ brutal des Britanniques : il fallait opter pour l'amélioration, la réforme, et ensuite on verrait...

S'il exprimait ce désaccord avec Cheikh Hussein Ahmad Madanî, Cheikh Thânwî faisait par ailleurs les éloges de ses qualités et son courage.

Pour ce qui est du dirigeant (d'un pays musulman) qui commet des injustices sur le peuple, il n'est jamais institué (mashrû') de se révolter contre lui pour le remplacer par l'idéal ; il faut opter pour la réforme pacifique. Mais même pour ce qui est du dirigeant (d'un pays musulman) qui est tombé dans l'apostasie claire (kufr bawâh), le déposer par la force est conditionné au fait que cela est susceptible de réussir et n'entraîne pas, au contraire, un mal plus grand...

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Une déstabilisation des Arabes, causée par des... Arabes ?

Saddam Hussein était loin de représenter l'idéal en tant que dirigeant de l'Irak : ni par rapport au bien-être temporel (Dunyâ) de ses administrés, ni par rapport à l'idéal du Dîn. Mais, aujourd'hui, après que le régime dictatorial de Saddam Hussein ait été enlevé par la force, la situation en Irak est-elle meilleure pour ses habitants ? ou bien pire ?

La dictature était un mal, mais le fait qu'elle soit remplacée par un chaos qui n'en finit plus et qui engendre conflit sur conflit, guerres civiles, massacres interethniques et interconfessionnels, risques d'embrasement de toute la région, n'est-ce pas un mal plus grand encore ?

Muammar Kadhafi était loin de représenter l'idéal en tant que dirigeant de la Libye, par rapport à l'idéal du Dîn ; sur le plan temporel (Dunyâ) il avait fait des réalisations, mais il y avait aussi certains abus. Mais, aujourd'hui, après que le régime dictatorial de Kadhafi ait été enlevé par la force, la situation en Libye est-elle meilleure pour ses habitants ? ou bien pire ?
La dictature était un mal, mais le fait qu'elle soit remplacée par le chaos, les conflits entre milices rivales, n'est-ce pas un mal plus grand encore ?

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On a fait miroiter à des musulmans que la situation dans leur pays s'améliorerait.
On s'est appuyé sur eux (ils étaient alors dans l'opposition aux régimes en place), au nom des réelles injustices qu'ils subissaient, pour justifier le bombardement de leur pays, etc.

Mais la situation s'est-elle améliorée pour leur pays ?
Ou bien a-t-elle empiré, la dictature ayant laissé la place au chaos ?

Et dire qu'on les rassure toujours en leur disant que ce ne sont là que quelques problèmes temporaires, leur pays ira mieux dans quelques années... Ils sont bien naïfs !

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Après l'Irak, après la Libye, après le coup d'Etat en Egypte et l'installation d'une dictature, à quelle puissance régionale le tour : serait-ce l'Arabie Saoudite ? avec la carte "chiites contre sunnites" ?

Il y a de cela 10 ans, je proposais (et récemment un frère me rappelait mon propos d'alors) que les grandes puissances faciliteraient l'émergence d'un grand Croissant Chiite indépendant, lequel débute de la côte orientale de la Péninsule arabique (le Golfe persique devenant une "mer chiite", avec l'Iran de l'autre côté), passe par l'Irak, la Syrie, et se termine au Liban.
Avec cela, le conflit perpétuel entre Sunnites et Chiites est garanti...
"Amenez-les se battre entre eux ! Vous les amènerez ainsi à s'affaiblir sans engager un seul de vos hommes à vous ! En même temps vous prouverez au monde entier que l'islam, c'est une religion de barbares, qui ne font que se faire la guerre..."

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Je suis très peu "théories du complot" et autres choses du même genre. Quand j'écoute certaines jeunes coreligionnaires qui voient des complots partout et qui trouvent des symboles des Illuminatis dans tout ce qui les entoure, cela me laisse complètement indifférent...

Cependant, il y a des propos, ainsi que des faits établis, qui ne peuvent pas ne pas vous interpeler tellement ils sont troublants :

Bernard-Henri Lévy après avoir exhorté à faire tomber le dictateur de Libye :
"C'est en tant que juif que j'ai participé à cette aventure politique, que j'ai contribué à définir des fronts militants, que j'ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques" : Le Figaro).
M. BHL, si vous pouviez nous dire quels sont ces 2 pays ("mon pays et un autre pays") dont vous reconnaissez que c'est pour eux que vous avez participé à cette aventure?

"J'ai porté en étendard ma fidélité à mon nom et ma fidélité au sionisme et à Israël", a-t-il également déclaré (même source).
Tiens donc ! M. BHL, si vous pouviez nous dire quel est le rapport entre "la fidélité au sionisme et à [l'Etat d']Israël", et l'intervention armée en Libye ?

Serait-ce donc bien que l'objectif est de mettre à terre tout pays arabe doté d'une certaine puissance, et ce au bénéfice du sionisme et de l'Etat d'Israël ? Et pour pouvoir dire ensuite très sereinement : "Ismaël est tombé, et il est tombé tout seul, de lui-même"...

M. BHL s'était même fait, pour l'occasion, l'avocat de la... Charia (Le Point). BHL en avocat de la Charia, on aura tout vu !
Est-ce que demain le même BHL viendra-t-il dire à des puissances occidentales qu'elles ont de nouveau le devoir d'intervenir en Libye, cette fois parce que... la Charia y est appliquée ? Viendrait-il alors dire : "Il y a Charia et Charia ! J'ai été trompé par ces gens, je croyais défendre la liberté, j'ai fait une erreur. Leur conception de la Charia est finalement la mauvaise. Mea culpa ! Maintenant nous avons le devoir moral d'intervenir de nouveau" ?

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Il y a eu Collin Powell et ses mensonges pour justifier l'invasion de l'Irak (Google Images).

Il y a eu aussi Richard Perle, Paul Wolfowitz, et Charles Krauthammer, tous trois alors personnages ayant de l'influence sur la politique des Etats-Unis, qui ont tant œuvré pour que les Etats-Unis attaquent l'Irak de Saddam Hussein.

Mais pourquoi ?
La question mérite que chacun s'y attarde...

Dieu merci, flairant l'intrigue, la France ne s'était pas jointe aux Etats-Unis sur ce coup-là...

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On peut même aller un peu plus loin dans l'analyse...

On dirait que, dans une sorte de volonté de déstabiliser le monde arabo-musulman, certaines puissances "jouent", dans les pays musulmans, une carte contre une autre :
les chiites contre les sunnites ;
les laïques contre les "islamistes" ;
les islamistes littéralistes contre les islamistes prenant en compte le contexte ;
les radicaux contre tout le monde.

En d'autres termes : on dirait que ces puissances "jouent", sur le grand Echiquier, une pièce contre l'autre...

Parfois, connaissant très bien les faiblesses d'un certain nombre de groupes musulmans (chacun de ces groupe étant très prompt à prendre les armes dès lors qu'il estime être le seul "Vrai" et tous les autres étant dans le "Faux Islam", ces autres étant très souvent présentés comme étant des Murtadd, apostats, voire même des gens n'étant jamais entrés dans l'islam et étant demeurés dans le Kufr Akbar), connaissant donc parfaitement ces faiblesses d'un certain nombre de groupes musulmans, ces puissances font seulement en sorte que ces groupes musulmans se retrouvent à se disputer le pouvoir : le chaos est alors acquis pour au moins 10 ans...

Eventuellement elles s'arrangent pour que chacun de ces groupes reçoive des fonds et des armes, et le tour est joué...

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Par ailleurs, il est également permis de se demander s'il n'y aurait pas, de la part de certains "ultras", une volonté de provoquer un grand affrontement entre l'Orient et l'Occident...

Certains religieux disent qu'un grand affrontement entre Orient et Occident se produira, et qu'ensuite, Orient et Occident en ressortant exsangues, le Messie pourra établir son règne. L'explication du Rav Ron Chaya sur le sujet, avec l'allégorie des grands coqs qui se battent alors que le petit coq attend dans son coin, est désormais très connue...

Cependant, ces religieux ne font rien : ils attendent, ils ne provoquent ni ne facilitent cet affrontement.

C'est leur croyance religieuse, c'est leur affaire... On peut ne pas être d'accord avec, mais on ne peut pas reprocher aux uns ou aux autres d'avoir comme croyance que à la fin ce seront leurs idées et leurs croyances qui triompheront. Du moment qu'ils attendent patiemment et ne font rien contre personne, à chacun sa croyance... Qui vivra verra ce qui se passera alors réellement...

Par contre, ce qu'il est permis de se demander, c'est si certains "ultras" n'agiraient pas, eux, pour faciliter cet affrontement entre Orient et Occident... En faisant "libérer" (en fait : "attaquer") tel pays (Afghanistan), puis tel autre (Irak), puis tel autre encore (Libye), ces ultras savent très bien :
--- que cela va entraîner le chaos de "l'autre côté", en Orient, car les différents groupes de musulmans entreront en conflit perpétuel les uns contre les autres ; et alors les puissances se diront être en devoir d'intervenir pour rétablir l'ordre dans la région ;
--- que de l'autre côté ces interventions à répétition vont attiser les ressentiments  ("Ils nous attaquent sans cesse !"), ce qui pourrait hélas amener des gens de l'autre côté (voire même des gens habitant en Occident) à commettre des attentats en Occident ; et alors, de représailles en contre-représailles, l'affrontement généralisé est assuré.

Nous avons pour cela fourni matière à réflexion plus haut...

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Souvenez-vous par ailleurs des 3, 4 ou 5 personnes dansant à New York lors des attentats du 11 Septembre 2001 (écouter les propos du grand reporter Eric Laurent). Ils étaient en train d'exprimer leur joie, mais ils ne pouvaient pas savoir qu'une dame qui regardait la scène les apercevrait, et, choquée par leur comportement, téléphonerait au FBI. Ce dernier intervint alors, et ils furent arrêtés. En fait c'étaient des israéliens, et ils sont soupçonnés d'être des agents secrets de leur pays.

Ce qu'il est permis de se demander, c'est en quoi y avait-il à se réjouir de cette tragédie, de ce massacre ? Deux tours en flamme parce que percutées par des avions, on ne voit vraiment pas de quoi il y a à se réjouir...

A moins qu'ils se réjouissaient parce qu'ils savaient que l'émotion suscitée aux Etats-Unis par cette tragédie amènerait le gouvernement américain à se sentir le droit et le devoir d'attaquer des pays orientaux ? et qu'ainsi ce serait un pas de plus vers le grand affrontement ?

Car ce sont bien les attentats du 11 septembre 2001 qui ont fourni le prétexte des attaques contre l'Afghanistan puis contre l'Irak... Les personnages mentionnés plus haut (Richard Perle, Paul Wolfowitz et Charles Krauthammer) sont, en effet, alors entrés en action...

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Nous, musulmans vivant en Occident, avons tout à gagner à apaiser les tensions :
--- entre les différents groupes de musulmans (le propos de kufr prononcé par un musulman reste du kufr, et le dhalâl reste du dhalâl, mais cela n'implique pas de se battre par les armes. Cela n'implique même pas de pratiquer systématiquement le hajr, car les circonstances sont aussi à considérer, comme l'avaient mis en exergue Ahmad ibn Hanbal et Ibn Taymiyya) ;
--- entre nous musulmans et tous nos concitoyens non-musulmans ;
--- et entre Orient et Occident.

Comprenons bien les enjeux actuels...

Wallâh ul-Musta'ân (A Dieu nous demandons Son Aide).

Wallâhu A'lam
(Dieu est plus Savant).

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