Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) est-il mort ? Si oui, pourquoi dit-on que "les prophètes sont vivants dans leur tombe, et prient" ? - L'âme du Prophète assiste-t-elle à des assemblées d'invocation ?

Question (posée oralement) :

Ma croyance est que l'âme du Prophète (sur lui la paix) se déplace dans le monde des vivants, qu'elle se rend auprès de la Kaaba et qu'elle vient assister à des séances de dhikr etc. Si on a un cœur vivant, on ressent la présence du Prophète près de nous quand on le salue en lui disant : "As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabî".

Plusieurs choses prouvent que l'âme du Prophète est présente auprès de nous…
- Premièrement le Prophète est vivant dans sa tombe.
- Deuxième chose : lorsqu'on récite la formule du tashahhud pendant la prière rituelle, on y dit tous : "As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabiyyu" avec le "kâf ul-khitâb" : pourquoi est-il institué de dire "La paix soit sur toi, ô Prophète", sinon parce que le Prophète est présent ?
- La troisième chose est que le Prophète a lui-même rencontré les autres prophètes lors son voyage nocturne (al-isrâ' wa-l-mi'râj) : n'est-ce pas une preuve qu'on peut rencontrer les âmes des défunts ?
- La quatrième est le Hadîth où le Prophète (sur lui la paix) dit : "C'est comme si je voyais Moïse descendant du col [de cette vallée] en émettant une voix vers Dieu par la talbiya". Plus tard et dans une autre vallée, le Prophète dit une chose voisine à propos du prophète Jonas [rapporté par Muslim, n° 166].
- Cinquièmement, je connais des personnes qui m'ont dit avoir médité face à la tombe du Prophète, une autre fois près de la tombe de pieux personnages, et, à chaque fois, elles racontent avoir vu, pendant leur méditation, quelqu'un sortir de la tombe. Vous ne voyez pas qu'il s'agit bien de l'âme du défunt, qui vient à la rencontre de la personne qui médite ?
- Enfin, sixièmement, il y a le Hadîth : "من رآني في المنام فسيراني في اليقظة، ولا يتمثل الشيطان بي" : "Qui me voit en rêve, me verra bientôt en état de veille ; et le diable ne peut pas prendre ma forme" (al-Bukhârî)...

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Réponse :

Vous avez évoqué différents points, nous allons les traiter l'un après l'autre…

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I) Le Prophète (sur lui soit la paix) est-il vivant, ou bien est-il mort ?

Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a bien connu la mort. Abû Bakr (que Dieu l'agrée) n'avait-il pas dit, s'adressant au Prophète alors que celui-ci venait de décéder : "Dieu ne réunira pas deux morts sur toi. Pour ce qui est de la mort qui t'avait été prédestinée, tu l'as connue" : "عن عائشة رضي الله عنها زوج النبي صلى الله عليه وسلم، قالت: أقبل أبو بكر رضي الله عنه على فرسه من مسكنه بالسنح حتى نزل، فدخل المسجد، فلم يكلم الناس حتى دخل على عائشة رضي الله عنها، فتيمم النبي صلى الله عليه وسلم وهو مسجى ببرد حبرة، فكشف عن وجهه، ثم أكب عليه، فقبله، ثم بكى، فقال: "بأبي أنت يا نبي الله، لا يجمع الله عليك موتتين، أما الموتة التي كتبت عليك فقد متها" (rapporté par al-Bukhârî, n° 1185) ? N'avait-il pas dit ensuite aux gens : "Celui d'entre vous qui adorait Muhammad, (qu'il sache que) Muhammad est mort. Et celui qui adorait Dieu, alors (qu'il se souvienne que) Dieu est vivant et ne meurt jamais", puis n'avait-il pas récité le verset du Coran qui parle de la mort du prophète ? Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée) n'avait-il pas dit que c'est lorsqu'il entendit Abû Bakr réciter ce verset qu'il prit conscience que le Prophète était mort : "عن عبد الله بن عباس، أن أبا بكر خرج وعمر بن الخطاب يكلم الناس فقال: اجلس يا عمر، فأبى عمر أن يجلس، فأقبل الناس إليه، وتركوا عمر، فقال أبو بكر: "أما بعد! فمن كان منكم يعبد محمدا صلى الله عليه وسلم، فإن محمدا قد مات، ومن كان منكم يعبد الله فإن الله حي لا يموت، قال الله: {وما محمد إلا رسول قد خلت من قبله الرسل} إلى قوله {الشاكرين}، وقال: والله لكأن الناس لم يعلموا أن الله أنزل هذه الآية حتى تلاها أبو بكر، فتلقاها منه الناس كلهم، فما أسمع بشرا من الناس إلا يتلوها". فأخبرني سعيد بن المسيب، أن عمر قال: "والله ما هو إلا أن سمعت أبا بكر تلاها فعقرت، حتى ما تقلني رجلاي، وحتى أهويت إلى الأرض حين سمعته تلاها، علمت أن النبي صلى الله عليه وسلم قد مات" (rapporté par al-Bukhârî, n° 3467) ?

Dieu lui-même dit : "إِنَّكَ مَيِّتٌ وَإِنَّهُم مَّيِّتُونَ ثُمَّ إِنَّكُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ عِندَ رَبِّكُمْ تَخْتَصِمُونَ" : "Tu mourras et eux (aussi) mourront. Puis vous vous disputerez le jour du jugement auprès de votre Seigneur" (Coran 39/30-31). "وَمَا مُحَمَّدٌ إِلاَّ رَسُولٌ قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلِهِ الرُّسُلُ أَفَإِن مَّاتَ أَوْ قُتِلَ انقَلَبْتُمْ عَلَى أَعْقَابِكُمْ وَمَن يَنقَلِبْ عَلَىَ عَقِبَيْهِ فَلَن يَضُرَّ اللّهَ شَيْئًا وَسَيَجْزِي اللّهُ الشَّاكِرِينَ" : "Muhammad n'est qu'un messager. Les messagers ont déjà passé avant lui. Si donc il mourait ou était tué, retournerez-vous sur vos talons ?" (Coran 3/144).

Au sujet du prophète Moïse (sur lui soit la paix), le prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) a parlé ainsi du moment de sa mort : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: "أرسل ملك الموت إلى موسى عليهما السلام، فلما جاءه صكه، فرجع إلى ربه، فقال: أرسلتني إلى عبد لا يريد الموت، فرد الله عليه عينه وقال: ارجع، فقل له: يضع يده على متن ثور فله بكل ما غطت به يده بكل شعرة سنة، قال: أي رب، ثم ماذا؟ قال: ثم الموت، قال: فالآن، فسأل الله أن يدنيه من الأرض المقدسة رمية بحجر." قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "فلو كنت ثم لأريتكم قبره، إلى جانب الطريق، عند الكثيب الأحمر" (al-Bukhârî, 1274, Muslim, 2372).

Alors, certes, d'un autre côté le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "الأنبياء أحياء في قبورهم يصلون" : "Les prophètes sont vivants dans leur tombe, priant" (authentifié par al-Albânî, Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, n° 621 ; voir aussi Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar, tome 6 pp. 594-595).
Comment comprendre donc ce Hadîth par rapport aux textes précédents ?
Et quelle est la spécificité du Prophète quand on sait que tous les défunts connaissent une forme de vie après la mort, la vie du barzakh : le Prophète n'a-t-il pas dit que l'âme du défunt est ramenée à son corps : "فتعاد روحه في جسده. فيأتيه ملكان، فيجلسانه، فيقولان له: من ربك؟" (Abû Dâoûd n° 4753, Ahmad n° 17803), Ibn ul-Qayyim ayant relaté que cela se passe juste après l'enterrement de ce corps (Ar-Rûh, p. 97) ? Cela ne signifie certes pas que, lors de ce moment ici décrit, le défunt revienne à la vie telle qu'il la connaissait sur Terre ; mais cela signifie que, lors de ce moment, dans le lien subsistant après la mort entre l'âme et le corps, un changement se produit par rapport au moment qui avait suivi la mort et qui précède le moment ici décrit (Ar-Rûh, pp. 39-43). En tous cas, les défunts connaissant tous une forme de vie après la mort, quelle est la spécificité du Prophète à ce sujet ?
Et que dire de cet autre Hadîth, celui où le Prophète, parlant du moment où il sera mort, a dit : "عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "ما من أحد يسلم علي إلا رد الله علي روحي حتى أرد عليه السلام" : "Chaque fois qu'une personne me saluera, Dieu me rendra mon âme pour que je rende à cette personne sa salutation" (rapporté par Abû Dâoûd, n° 2041) ? Etant donné qu'il y est question d'un retour de l'âme, cela signifierait-il que le Prophète aura été, avant cela, sans vie aucune ?
Même si on fait une ta'wîl de ce dernier hadîth, la question demeure : Quelle est la particularité du Prophète, quand on sait qu'un autre Hadîth dit : "ما من أحد يمر بقبر أخيه المؤمن كان يعرفه في الدنيا فيسلم عليه إلا عرفه ورد عليه السلام" : "Toute personne qui passe près de la tombe de son frère croyant, qu'il connaissait dans la vie terrestre et lui adresse sa salutation, (le défunt) le reconnaît et lui rend sa salutation" (Ibn Taymiyya relate que Ibn 'Abd il-barr a authentifié ce hadîth : cf. Al-Iqtidhâ, p. 301) et que certains ulémas (dont al-Âlûssî le père) sont d'avis que le défunt entend la salutation que celui qui rend visite à sa tombe lui adresse ?

La réponse à ces questions est que, déjà, pour ce qui est du hadîth où le Prophète a dit "Chaque fois qu'une personne me saluera, Dieu me rendra mon âme pour que je rende à cette personne sa salutation" : en fait ici "rûhî" ne signifie pas "mon âme" mais : "mon attention" : celle-ci se tourne alors vers la salutation retransmise par les anges (Fat'h ul-bârî, tome 6 p. 596). Il faudrait donc plutôt traduire par : "Chaque fois qu'une personne me saluera, Dieu fera que mon attention se tourne (vers cette salutation) pour que je rende à cette personne sa salutation".

Pour les autres hadîths, la synthèse est comme suit, et c'est Cheikh Manzûr an-Nu'mânî qui l'a faite :
La vie dont les prophètes bénéficient dans leur tombe est quelque chose de particulier. Ces différents hadîths expriment chacun un aspect de cette vie particulière (hayâh barzakhiyya) que les prophètes ont après leur décès. Leur vie d'alors est à la fois :
--- différente de la vie de ce monde, al-hayât ud-dunyawiyya, que les prophètes n'ont plus, puisqu'ils ont connu la mort (et c'est ce qui explique les paroles de Abû Bakr et de Omar ibn ul-Khattâb suscitées),
--- et plus élevée que le niveau de hayâh barzakhiyya que tous les défunts non-prophètes connaissent eux aussi entre le moment de leur mort jusqu'à avant la résurrection (et c'est ce qui explique le hadîth disant que les prophètes sont vivants dans leur tombe, priant) (cf. Mas'ala-é hayât un-nabî kî haqîqat, p. 12).
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Al-Albânî : "ثم اعلم أن الحياة التي أثبتها هذا الحديث للأنبياء عليهم الصلاة والسلام، إنما هي حياة برزخية، ليست من حياة الدنيا في شيء. ولذلك وجب الإيمان بها دون ضرب الأمثال لها ومحاولة تكييفها وتشبيهها بما هو المعروف عندنا في حياة الدنيا. هذا هو الموقف الذي يجب أن يتخذه المؤمن في هذا الصدد: الإيمان بما جاء في الحديث دون الزيادة عليه بالأقيسة والآراء - كما يفعل أهل البدع الذين وصل الأمر ببعضهم إلى ادعاء أن حياته صلى الله عليه وسلم في قبره حياة حقيقية؛ قال: "يأكل ويشرب ويجامع نساءه" - ! وإنما هي حياة برزخية لا يعلم حقيقتها إلا الله سبحانه وتعالى" (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, sous le n° 621).

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Des martyrs
, le Coran dit qu'il ne faut pas dire qu'ils sont morts, et même qu'il ne faut pas penser qu'ils sont morts : "وَلاَ تَقُولُواْ لِمَنْ يُقْتَلُ فِي سَبيلِ اللّهِ أَمْوَاتٌ بَلْ أَحْيَاء وَلَكِن لاَّ تَشْعُرُونَ" (Coran 2/154) ; le verset suivant précise qu'ils reçoivent leur subsistance de la part de leur Pourvoyeur : "وَلاَ تَحْسَبَنَّ الَّذِينَ قُتِلُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ أَمْوَاتًا بَلْ أَحْيَاء عِندَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ" (Coran 3/169) ; le terme "يُرْزَقُونَ" de ce verset 3/169, al-Wâhidî l'a traduit par : "يأكلون" (Al-Wajîz). Or les martyrs sont bien morts par rapport à la hayâh dunyawiyya ; la preuve en est qu'ils ont été inhumés, que leur legs a été partagé entre leurs héritiers, et que leurs veuves ont eu le droit de se remarier. Ces versets parlent seulement d'un niveau de hayâh barzakhiyya supérieur à celui de tous les autres défunts [hormis les prophètes].
Par ailleurs, il y a encore ces hadîths : "عن مسروق، قال: سألنا عبد الله عن هذه الآية: {ولا تحسبن الذين قتلوا في سبيل الله أمواتا بل أحياء عند ربهم يرزقون}. قال: "أما إنا قد سألنا عن ذلك، فقال: "أرواحهم في جوف طير خضر، لها قناديل معلقة بالعرش، تسرح من الجنة حيث شاءت، ثم تأوي إلى تلك القناديل. فاطلع إليهم ربهم اطلاعة، فقال: "هل تشتهون شيئا؟" قالوا: "أي شيء نشتهي ونحن نسرح من الجنة حيث شئنا؟" ففعل ذلك بهم ثلاث مرات، فلما رأوا أنهم لن يتركوا من أن يسألوا، قالوا: "يا رب، نريد أن ترد أرواحنا في أجسادنا حتى نقتل في سبيلك مرة أخرى." فلما رأى أن ليس لهم حاجة تركوا" (Muslim, 1887). "عن كعب بن مالك أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "إن أرواح الشهداء في طير خضر تعلق من ثمر الجنة - أو: شجر الجنة". هذا حديث حسن صحيح" (at-Tirmidhî, 1641).

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Du coup, quand Ibn Hajar al-Haytamî al-Makkî dit au sujet de la vie des prophètes après leur mort : "قال ابن حجر: وما أفاده من ثبوت حياة الأنبياء حياة بها يتعبدون ويصلون في قبورهم، مع استغنائهم عن الطعام والشراب، كالملائكة: أمر لا مرية فيه، وقد صنف البيهقي جزءا في ذلك" (cité dans Mirqât ul-mafâtîh et 'Awn ul-Ma'bûd), quand il dit : "مع استغنائهم عن الطعام والشراب، كالملائكة", il veut dire qu'ils n'en ont pas besoin pour vivre ; mais ne mangent-ils vraiment rien, sachant que les martyrs, eux, mangent, alors même qu'ils bénéficient d'un niveau de vie barzakhiyya moindre que celui dont les prophètes bénéficient ?
Peut-être que les prophètes mangent-ils eux aussi un petit quelque chose, sans en être dépendants pour vivre (exactement comme les martyrs le font) ?

Même remarque au sujet de cet écrit de Ibn Taymiyya relatif à Jésus (sur lui soit la paix) ayant été élevé corps et âme : "ولفظ التوفي في لغة العرب معناه: الاستيفاء والقبض، وذلك ثلاثة أنواع: أحدها: توفي النوم؛ والثاني: توفي الموت؛ والثالث: توفي الروح والبدن جميعا. فإنه بذلك خرج عن حال أهل الأرض الذين يحتاجون إلى الأكل والشرب واللباس والنوم ويخرج منهم الغائط والبول؛ والمسيح عليه السلام توفاه الله وهو في السماء الثانية إلى أن ينزل إلى الأرض، ليست حاله كحالة أهل الأرض في الأكل والشرب واللباس والنوم والغائط والبول ونحو ذلك" : "sa situation n'est pas comme la situation des gens de la terre dans le manger, le boire, l'habit, le sommeil, le fait de faire les besoins naturels et chose semblable" (Al-Jawâb us-sahîh, 2/238-239). En quoi sa situation, par rapport au manger, boire, et vêtement, n'est pas comme celle des humains vivant sur Terre :
--- Là où Jésus (sur lui soit la paix) se trouve actuellement, est-il établi qu'il ne mange rien ni ne boit rien ? alors même que, lors de al-isrâ' wa-l-mi'râj, le Prophète Muhammad (sur lui soit la paix) était, corps et âme, lui aussi dans une dimension différente de celle régnant sur Terre, et, pourtant, il but alors du lait : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ليلة أسري بي (...). ثم أتيت بإناءين، في أحدهما لبن وفي الآخر خمر، فقال: "اشرب أيهما شئت"، فأخذت اللبن فشربته، فقيل: "أخذت الفطرة؛ أما إنك لو أخذت الخمر غوت أمتك" (al-Bukhârî, 3214, Muslim, 168) ; "عن أنس بن مالك، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "(...). فأتيت بثلاثة أقداح: قدح فيه لبن وقدح فيه عسل وقدح فيه خمر، فأخذت الذي فيه اللبن فشربت، فقيل لي: "أصبت الفطرة أنت وأمتك"" (al-Bukhârî, 5287) ; de plus, il avait eu soif (Fat'h ul-bârî 7/269-270 ; 10/93).
--- Cet écrit de Ibn Taymiyya voudrait-il alors signifier que Jésus n'a actuellement, pas besoin de manger et de boire pour vivre (contrairement aux humains vivant sur Terre) ? cela bien qu'il mange et boit quand même. Le fait est que l'auteur y a aussi parlé de vêtement ; or il est certain que le corps de Jésus est vêtu de quelque chose actuellement.
--- Ou est-ce que cela voudrait seulement signifier que Jésus n'a actuellement pas besoin d'aller chercher la nourriture, la boisson et les vêtements qu'il utilise ? cela car tout cela lui est fourni ; de plus, le vêtement qu'il porte ne s'use pas (exactement comme c'était le cas du vêtement paradisiaque que Adam et Eve portaient avant de manger le fruit défendu) ?

Une question se pose ici : Si dans le Barzakh les âmes des prophètes peuvent se rencontrer, et que Jésus se trouve actuellement dans cette même dimension, pourquoi dans certains hadîths est-il dit que le Prophète a demandé à ceux de sa Umma qui rencontreraient Jésus après son retour sur Terre de lui transmettre sa salutation ? "عن أنس رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من أدرك منكم عيسى ابن مريم، فليقرئه مني السلام - صلى الله عليهما وسلم" (al-Hâkim, 8635) (Silsila Sahîha, n° 2308 ; "حدثنا أبو أحمد، قال: حدثنا كثير بن زيد، عن الوليد بن رباح، عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يوشك المسيح عيسى ابن مريم أن ينزل حكما قسطا وإماما عدلا، فيقتل الخنزير، ويكسر الصليب، وتكون الدعوة واحدة. فأقرئوه أو أقرئه السلام من رسول الله صلى الله عليه وسلم." وأحدثه فيصدقني. فلما حضرته الوفاة، قال: "أقرئوه مني السلام" (Ahmad, 9121).
D'après la recherche présente sur Alukah.net :
--- pour ce qui est de ce hadîth marfû' relaté par Anas, il est dha'îf ;
--- quant au hadîth de Abû Hurayra, c'est son waqf 'alâ Abî Hurayra qui est râjih.
Conclusion : Ce serait Abû Hurayra qui a dit de transmettre à Jésus son salâm. Et non pas le prophète Muhammad (sallallâhu 'alayhi wa sallama) (Alukah.net).
"حدثنا يزيد بن هارون، أخبرنا شعبة، عن محمد بن زياد، عن أبي هريرة، قال: "إني لأرجو إن طالت بي حياة أن أدرك عيسى ابن مريم. فإن عجل بي موت، فمن أدركه فليقرئه مني السلام" (Ahmad, 7971, 7978) (contrairement à la version 7970, qui présente cela marfû'an).

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Les anges, par contre, ne mangent ni ne boivent jamais : témoin le récit des visiteurs de Abraham présent dans le Coran, lesquels, bien qu'apparus sous une forme totalement humaine, ne mangèrent rien du veau rôti que le prophète-patriarche leur servit.

Quant aux humains défunts :
--- l'âme seule ne mange ni ne boit ;
--- cependant, dans la dimension située entre cette vie terrestre et la résurrection, l'âme du défunt est jointe avec un Jassad Barzakhî : c'est le Jassad Barzakhî des bienheureux qui mange (par pur plaisir) dans le Barzakh (maison-islam.commaison-islam.com).

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Dans une autre parole, le Prophète a dit : "Dieu a interdit à la terre de ronger le corps des prophètes" : "عن أوس بن أوس، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن من أفضل أيامكم يوم الجمعة، فيه خلق آدم، وفيه قبض، وفيه النفخة، وفيه الصعقة، فأكثروا علي من الصلاة فيه، فإن صلاتكم معروضة علي." قال: قالوا: يا رسول الله، وكيف تعرض صلاتنا عليك وقد أرمت - يقولون: بليت -؟ فقال: "إن الله عز وجل حرم على الأرض أجساد الأنبياء" (rapporté par Abû Dâoûd, n° 1047). Ceci constitue-t-il un effet, ou bien une cause, de cette vie particulière que les prophètes connaissent dans leur tombe ? Ce point-là, je ne sais pas (لا أدري).

Quant à ce que ce hadîth dit : "عن أبي موسى الأشعري قال: نزل رسول الله صلى الله عليه وسلم بأعرابي فأكرمه فقال له رسول الله صلى الله عليه وسلم: "تعهدنا ائتنا" فأتاه الأعرابي فقال له رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ما حاجتك؟" فقال: "ناقة برحلها ويحلب لبنها أهلي". فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "عجز هذا أن يكون كعجوز بني إسرائيل؟" فقال له أصحابه: "ما عجوز بني إسرائيل، يا رسول الله؟" فقال: "إن موسى حين أراد أن يسير ببني إسرائيل، ضل عنه الطريق. فقال لبني إسرائيل: "ما هذا؟" قال: فقال له علماء بني إسرائيل: "إن يوسف عليه السلام حين حضره الموت أخذ علينا موثقا من الله أن لا نخرج من مصر حتى تنقل عظامه معنا". فقال موسى: "أيكم يدري أين قبر يوسف؟" فقال علماء بني إسرائيل: "ما يعلم أحد مكان قبره إلا عجوز لبني إسرائيل" فأرسل إليها موسى فقال: "دلينا على قبر يوسف". قالت: "لا والله حتى تعطيني حكمي". فقال لها: "ما حكمك؟" قالت: "حكمي أن أكون معك في الجنة". فكأنه كره ذلك. قال: فقيل له "أعطها حكمها"، فأعطاها حكمها. فانطلقت بهم إلى بحيرة مستنقعة ماء، فقالت لهم: "أنضبوا هذا الماء". فلما أنضبوا قالت لهم: "احفروا". فحفروا، فاستخرجوا عظام يوسف. فلما أن أقلوه من الأرض إذ الطريق مثل ضوء النهار" (Al-Hâkim, 3523 ; Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, n° 313), al-Albânî écrit que le terme "عظام" signifie ici "بدن", comme c'est le cas dans cet autre hadîth : "عن ابن عمر، أن النبي صلى الله عليه وسلم لما بدن قال له تميم الداري: "ألا أتخذ لك منبرا، يا رسول الله، يجمع - أو يحمل - عظامك؟" قال: "بلى". فاتخذ له منبرا مرقاتين" (Abû Dâoûd, 1081) (cf. Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha).
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Le Prophète (sur lui soit la paix) est donc défunt, comme l'est par exemple le prophète Abraham, ou le prophète Moïse (sur eux soit la paix). Ils sont donc dans le 'âlam ul-barzakh.

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II) La rencontre, lors de la nuit de al-isrâ' wa-l-mi'râj, entre le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) – alors encore vivant – et les autres prophètes (sur eux soit la paix) – alors déjà tous décédés, à l'exception de l'un d'eux – :

Dans les Hadîths il est fait mention du voyage nocturne (al-isrâ' wa-l-mi'râj). Et cette nuit-là, le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a également [passant près de sa tombe, dans son voyage de La Mecque à Jérusalem] vu le prophète Moïse dans sa tombe, debout priant dans celle-ci : "عن أنس بن مالك، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "أتيت - وفي رواية هداب: مررت - على موسى ليلة أسري بي عند الكثيب الأحمر، وهو قائم يصلي في قبره" (Muslim, 2375).
Ensuite, dans les cieux, il rencontra quelques prophètes, avec qui il échangea la salutation d'usage (taslîm), et qui lui souhaitèrent la bienvenue ; avec Moïse il y eut un dialogue plus long.

Mis à part Jésus fils de Marie, ce sont les âmes des prophètes seulement qui se sont rendues cette nuit-là à la rencontre du prophète Muhammad voyageant en compagnie de l'ange Gabriel. Quant à leur corps, ils sont restés dans leur tombe (Zâd ul-ma'âd, tome 3 p. 41) (c'est ce que Ibn 'Aqîl a lui aussi exposé : Fat'h ul-bârî, 7/266). Ce fut également l'âme de Moïse que le Prophète vit prier debout.
"ومما يشبه هذا إخباره صلى الله عليه وسلم بما رآه ليلة المعراج من الأنبياء في السموات وأنه رأى آدم وعيسى ويحيى ويوسف وإدريس وهارون وموسى وإبراهيم صلوات الله وسلامه عليهم، وأخبر أيضا أنه رأى موسى قائما يصلي في قبره، وقد رآه أيضا في السموات. ومعلوم أن أبدان الأنبياء في القبور إلا عيسى وإدريس. وإذا كان موسى قائما يصلي في قبره، ثم رآه في السماء السادسة مع قرب الزمان، فهذا أمر لا يحصل للجسد" (MF 5/526-527).
"سئل - رحمه الله - عن هذه الأحاديث: أن النبي صلى الله عليه وسلم رأى موسى عليه السلام وهو يصلي في قبره؛ ورآه وهو يطوف بالبيت؛ ورآه في السماء. وكذلك بعض الأنبياء. (...) وهل رأى الأنبياء بأجسادهم في هذه الأماكن أم بأرواحهم؟ فأجاب: الحمد لله رب العالمين. أما رؤيا موسى عليه السلام في الطواف فهذا كان رؤيا منام، لم يكن ليلة المعراج كذلك جاء مفسرا كما رأى المسيح أيضا ورأى الدجال. وأما رؤيته ورؤية غيره من الأنبياء ليلة المعراج في السماء لما رأى آدم في السماء الدنيا ورأى يحيى وعيسى في السماء الثانية ويوسف في الثالثة وإدريس في الرابعة وهارون في الخامسة وموسى في السادسة وإبراهيم في السابعة أو بالعكس، فهذا رأى أرواحهم مصورة في صور أبدانهم. وقد قال بعض الناس: لعله رأى نفس الأجساد المدفونة في القبور. وهذا ليس بشيء. لكن عيسى صعد إلى السماء بروحه وجسده؛ وكذلك قد قيل في إدريس. وأما إبراهيم وموسى وغيرهما فهم مدفونون في الأرض. (...). وأما كونه رأى موسى قائما يصلي في قبره، ورآه في السماء أيضا، فهذا لا منافاة بينهما فإن أمر الأرواح من جنس أمر الملائكة: في اللحظة الواحدة تصعد وتهبط، كالملك؛ ليست في ذلك كالبدن. وقد بسطت الكلام على أحكام الأرواح بعد مفارقة الأبدان في غير هذا الموضع وذكرت بعض ما في ذلك من الأحاديث والآثار والدلائل" (MF 4/328-329).

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Il est également relaté que, durant ce voyage, le Prophète dirigea la prière devant tous les prophètes à Bayt ul-Maqdis : "ثم أتيت بدابة أبيض"، وفي رواية أخرى: "بدابة بيضاء يقال له البراق، فوق الحمار ودون البغل يقع خطوه منتهى طرفه؛ فحملت عليه، ثم انطلقنا حتى أتينا إلى بيت المقدس فصليت فيه بالنبيين والمرسلين إماما، ثم عرج بي إلى السماء الدنيا" (Tafsîr ut-Tabarî, 21808, min hadîthi Anas) ; "قال: فلما دخل النبي صلى الله عليه وسلم المسجد الأقصى، قام يصلي؛ ثم التفت فإذا النبيون أجمعون يصلون معه. فلما انصرف جيء بقدحين، أحدهما عن اليمين، والآخر عن الشمال، في أحدهما لبن، وفي الآخر عسل، فأخذ اللبن فشرب منه، فقال: الذي كان معه القدح أصبت الفطرة" (Ahmad, 2324, min hadîth Ibn Abbâs ; dha'îf) ; d'autres relations encore sont visibles in Fat'h ul-bârî (7/261). Cela se passa :
----- soit avant l'élévation aux cieux (option ayant la préférence de Ibn Hajar),
----- soit après elle, sur le chemin du retour (option ayant été préférée par Ibn Kathîr) ; à l'aller, il n'accomplit que 2 rak'as : "فركبته حتى أتيت بيت المقدس"، قال: "فربطته بالحلقة التي يربط به الأنبياء"، قال: "ثم دخلت المسجد، فصليت فيه ركعتين. ثم خرجت فجاءني جبريل عليه السلام بإناء من خمر، وإناء من لبن، فاخترت اللبن، فقال جبريل صلى الله عليه وسلم: اخترت الفطرة، ثم عرج بنا إلى السماء" (Muslim, 162, min hadîthi Anas).

La question suivante se pose ici :
--- Selon ces relations, les âmes de tous les prophètes se sont rendues cette nuit-là à Bayt ul-Maqdis... Ce genre de déplacement :
----- a) fut-il exceptionnel, ne se reproduisant jamais à un autre moment ?
----- b) ou bien se produit-il occasionnellement, les âmes des prophètes pouvant donc se rendre dans certains lieux précis (par exemple à la Kaaba) ?
--- On note que dans le hadîthu Abî Hurayra, ce qui est dit semble indiquer que cette imâma eut lieu dans les cieux, vu que, juste après, il est dit qu'il se retourna et rencontra l'ange Mâlik : "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لقد رأيتني في الحجر وقريش تسألني عن مسراي، فسألتني عن أشياء من بيت المقدس لم أثبتها، فكربت كربة ما كربت مثله قط"، قال: "فرفعه الله لي أنظر إليه، ما يسألوني عن شيء إلا أنبأتهم به. وقد رأيتني في جماعة من الأنبياء، فإذا موسى قائم يصلي، فإذا رجل ضرب، جعد كأنه من رجال شنوءة، وإذا عيسى ابن مريم عليه السلام قائم يصلي، أقرب الناس به شبها عروة بن مسعود الثقفي، وإذا إبراهيم عليه السلام قائم يصلي، أشبه الناس به صاحبكم - يعني نفسه -. فحانت الصلاة فأممتهم. فلما فرغت من الصلاة قال قائل: "يا محمد، هذا مالك صاحب النار، فسلم عليه"، فالتفت إليه، فبدأني بالسلام" (Muslim, 172). Or, Mâlik, le Prophète (sur lui soit la paix) l'a rencontré aux cieux.

Y aurait-il donc des ulémas ayant dûment affirmé que cette imâma eut lieu aux cieux, et qu'il n'est pas établi par une narration authentique que les âmes des prophètes se soient rendues cette nuit-là à Bayt ul-Maqdis ?

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III) Le Hadîth relatant que Moïse et Jonas (sur eux soit la paix) prononçaient la talbiya en tel lieu proche de la cité de La Mecque :

Alors que le Prophète (sur lui soit la paix) était avec ses Compagnons en déplacement entre Médine et La Mecque, ils passèrent près d'un oued ; après s'être enquit du nom de cet oued, le Prophète dit : "C'est comme si je vois Moïse, les doigts placés dans les oreilles élevant la voix vers Dieu par la talbiya, passant par cette vallée" ; plus loin, arrivant à un col, il s'enquit du nom du col, puis dit : "C'est comme si je vois Jonas sur une chamelle rousse, portant un manteau de laine, la laisse de sa chamelle étant en fibre de dattier, passant par cette vallée en faisant la talbiya" : "عن ابن عباس قال: سرنا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم بين مكة والمدينة، فمررنا بواد، فقال: "أي واد هذا؟" فقالوا: وادي الأزرق، فقال: "كأني أنظر إلى موسى صلى الله عليه وسلم - فذكر من لونه وشعره شيئا لم يحفظه داود - واضعا إصبعيه في أذنيه، له جؤار إلى الله بالتلبية، مارا بهذا الوادي." قال: ثم سرنا حتى أتينا على ثنية، فقال: "أي ثنية هذه؟" قالوا: هرشى - أو لفت. فقال: "كأني أنظر إلى يونس على ناقة حمراء، عليه جبة صوف، خطام ناقته ليف خلبة، مارا بهذا الوادي ملبيا" (Muslim, 166).
Il y a aussi cette relation, plus concise : "Quant à Moïse, c'est comme si je le vois descendant dans le oued, prononçant la talbiya" : "عن مجاهد، قال: كنا عند ابن عباس رضي الله عنهما، فذكروا الدجال أنه قال: "مكتوب بين عينيه كافر"؛ فقال ابن عباس: لم أسمعه ولكنه قال: "أما موسى كأني أنظر إليه إذ انحدر في الوادي يلبي" (al-Bukhârî, 1480).

Voici ce que al-Qâdhî 'Iyâdh relate et présente d'interprétations quant à ce hadîth : "قال القاضي عياض رحمه الله: أكثر الروايات في وصفهم تدل على أنه صلى الله عليه وسلم رأى ذلك ليلة أسري به وقد وقع ذلك مبينا فى رواية أبى العالية عن بن عباس وفى رواية بن المسيب عن أبي هريرة وليس فيها ذكر التلبية. قال: فإن قيل: كيف يحجون ويلبون وهم أموات وهم في الدار الآخرة وليست دار عمل؟ فاعلم أن للمشايخ وفيما ظهر لنا عن هذا أجوبة أحدها أنهم كالشهداء بل هم أفضل منهم والشهداء أحياء عند ربهم فلا يبعد أن يحجوا ويصلوا كما ورد في الحديث الآخر وأن يتقربوا إلى الله تعالى بما استطاعوا لأنهم وإن كانوا قد توفوا فهم في هذه الدنيا التي هي دار العمل حتى إذا فنيت مدتها وتعقبتها الآخرة التي هي دار الجزاء انقطع العمل. الوجه الثاني أن عمل الآخرة ذكر ودعاء قال الله تعالى دعواهم فيها سبحانك اللهم وتحيتهم فيها سلام. الوجه الثالث أن تكون هذه رؤية منام في غير ليلة الإسراء أو في بعض ليلة الاسراء كما قال فى رواية ابن عمر رضي الله عنهما "بينا أنا نائم رأيتنى أطوف بالكعبة" وذكر الحديث في قصة عيسى صلى الله عليه وسلم. الوجه الرابع أنه صلى الله عليه وسلم أري أحوالهم التي كانت في حياتهم ومثلوا له في حال حياتهم كيف كانوا وكيف حجهم وتلبيتهم كما قال صلى الله عليه وسلم كأني أنظر إلى موسى وكأني أنظر إلى عيسى وكأني أنظر إلى يونس عليهم السلام. الوجه الخامس أن يكون أخبر عما أوحي إليه صلى الله عليه وسلم من أمرهم وما كان منهم، وإن لم يرهم رؤية عين هذا آخر كلام القاضي عياض رحمه الله والله أعلم" (Shar'h Muslim). (Voir aussi Fat'h ul-bârî, tome 6 p. 594.)

Voici 3 des interprétations relatés par 'Iyâdh :

a) Moïse et Jonas n'ont pas accompli le pèlerinage à la Mecque, ni alors qu'ils étaient vivant de leur vie terrestre, ni en âme après leur décès ; ce que le prophète Muhammad a ici relaté ("C'est comme si je vois...") est seulement le contenu d'un rêve qu'il a vu pendant son sommeil (3) ; or le rêve est quelque chose qui a une symbolique ; il ne relate pas toujours quelque chose qui s'est réellement déroulé, ni qui peut se dérouler réellement. La preuve en est qu'en rêve le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a vu Jésus fils de Marie, mais aussi le faux Messie, ad-Dajjâl, tourner autour de la Kaaba : "عن نافع، قال عبد الله: ذكر النبي صلى الله عليه وسلم، يوما بين ظهري الناس المسيح الدجال، فقال: "إن الله ليس بأعور، ألا إن المسيح الدجال أعور العين اليمنى، كأن عينه عنبة طافية. وأراني الليلة عند الكعبة في المنام، فإذا رجل آدم، كأحسن ما يرى من أدم الرجال تضرب لمته بين منكبيه، رجل الشعر، يقطر رأسه ماء، واضعا يديه على منكبي رجلين وهو يطوف بالبيت، فقلت: من هذا؟ فقالوا: هذا المسيح ابن مريم. ثم رأيت رجلا وراءه جعدا قططا أعور العين اليمنى، كأشبه من رأيت بابن قطن، واضعا يديه على منكبي رجل يطوف بالبيت، فقلت: من هذا؟ قالوا: المسيح الدجال" (rapporté par al-Bukhârî, n° 3256, Muslim, n° 169). Or dans la réalité ad-Dajjâl n'a pas la possibilité d'entrer à La Mecque (les hadîths sont bien connus). On voit qu'en rêve on peut voir quelque chose qui ne peut pas se dérouler dans le réel de ce monde.
Il y a également ce récit de Ibn Abbâs : "عن ابن عباس، قال: "رأيت النبي صلى الله عليه وسلم، في المنام بنصف النهار أشعث أغبر معه قارورة فيها دم يلتقطه أو يتتبع فيها شيئا. قال: قلت: "يا رسول الله ما هذا؟" قال: "دم الحسين وأصحابه؛ لم أزل أتتبعه منذ اليوم." قال عمار: "فحفظنا ذلك اليوم، فوجدناه قتل ذلك اليوم" (Ahmad, 2165). Il est, ici encore, évident que le Prophète n'est pas allé véritablement recueillir le sang de al-Hussein et de ses compagnons de voyage ayant été tués avec lui à Karbalâ', pour le mettre dans une bouteille : ce dire dans ce rêve n'a qu'une portée symbolique ;

b) Moïse et Jonas n'ont pas accompli, durant leur vie, le pèlerinage à la Mecque ; c'est alors que la mort de ces deux prophètes avait déjà eu lieu que, dans une dimension parallèle, ils ont effectué ce pèlerinage ; le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a relaté aux Compagnons ce qu'il voyait alors de ce monde parallèle (1) ;

c) durant leur vie terrestre, Moïse et Jonas vinrent effectuer le pèlerinage à la Kaaba ; et c'est pendant que Muhammad (sur eux tous soit la paix) était en état de veille que, par révélation, Dieu lui a fait voir / savoir : la scène qui s'était réellement passée lorsque, durant leur vie terrestre, ces prophètes étaient venus accomplir le pèlerinage ici ("muththilû lahû" : 4 / ou "ûhiya ilayh" : 5) ;

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Dans les textes cités en II et en III :

Seule, à chaque fois, l'interprétation b peut sembler aller dans le sens de ce que vous prétendez.

Mais, à considérer les choses attentivement, même cette interprétation-là ne va pas dans ce sens.
En effet, d'une part, en ce qui concerne le II comme le III, c'est le prophète Muhammad qui a vu cela : or lui était prophète de Dieu ; nous pas. A supposer que les âmes de prophètes se déplacent occasionnellement dans des lieux de ce monde (et que cela n'est pas spécifique à la nuit de al-isrâ' wa-l-mi'râj, comme le dit l'avis a évoqué en II), quelle garantie a-t-on, en tant que non-prophète, si on voit quelque chose, d'avoir réellement vu l'âme d'un prophète, et pas un djinn qu'on a cru être ce personnage ? C'est la même différence que celle qui existe entre le Ilhâm et le Wah'y : le Ilhâm a une valeur, mais il demeure toujours un risque que ce soit le diable qui l'ait insufflé. Contrairement au Wah'y, où il n'y a aucun risque de ce genre, vu que Dieu n'a pas donné la qud'ra au diable de faire un effet sur un prophète dans ce que celui-ci perçoit en son for intérieur (le diable n'ayant la qud'ra que de faire du tort au corps physique d'un prophète, sauf si Dieu accorde à un prophète précis Sa protection face à cela aussi).
Que dans ce que le Walî perçoit en son cœur il demeure malgré tout un risque que cela provienne du Diable, Ibn us-Subkî l'a rappelé en les termes qui vont suivre : "فإن تزلزل أو اضطراب كان لمة من الشيطان؛ وليس ذلك خادشا فى علو مناصبهم، لعدم عصمة غير الأنبياء؛ فقد قال العلامة التاج ابن السبكى فى جمع الجوامع - تبعا لغيره -: وإن الإلهام ليس بحجة لعدم ثقة من ليس معصوما بخواطره" (Al-Mahâhib ul-ladunniyya).
A la question qui va suivre, Zakariyyâ al-Ansârî a répondu (entre autres choses) ceci : "Et il est interdit à la personne (ayant vu le Prophète en rêve lui dire d'ordonner quelque chose aux musulmans) de dire : "Le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) vous ordonne telle chose" dans ce qu'il mentionne. Il apportera plutôt ce qui indiquera sa source, à savoir le rêve. Car il n'est pas impossible, 'aqlan, que le Diable se présente du nom du Prophète (que Dieu l'élève et le salue) et dise au dormeur qu'il est le Prophète, et lui ordonne d'obéir" (cela se rapportant uniquement, précise-t-il, au cas où on a vu le Prophète, sur lui soit la paix, dans une apparence physique différente de celle qui est la sienne) :
"فائدة: سئل شيخ الاسلام زكريا عن رجل زعم أنه رأى النبي صلى الله عليه وسلم يقول له: "مُرْ أمتي بصيام ثلاثة أيام وأن يعيدوا بعدها ويخطبوا"؛ فهل يجب الصوم أو يندب أو يجوز أو يحرم؟ وهل يكره أن يقول أحد للناس: "أمركم النبي عليه الصلاة والسلام بصيام أيام" لأنه كذب عليه ومستنده الرؤيا التي سمعها من غير رائيها أو منه؟ وهل يمتنع أن يتسمى إبليس باسم النبي صلى الله عليه وعلى آله وسلم ويقول للنائم: "إنه النبي عليه الصلاة والسلام" ويأمره بطاعة ليتوصل بذلك إلى معصية (كما يمتنع عليه التشكل في صورته الشريفة)، أم لا؟ وبه تتميز الرؤية له صلى الله عليه وآله وسلم الصادقة من الكاذبة؟ وهل يثبت شيء من أحكام الشرع بالرؤية في النوم؟ وهل المرئي ذاته صلى الله عليه وسلم أو روحه أو مثل ذلك؟
أجاب: لا يجب على أحد الصوم ولا غيره من الأحكام بما ذكر ولا مندوب بل قد يكره أو يحرم؛ لكن إن غلب على الظن صدق الرؤية، فله العمل بما دلت عليه ما لم يكن فيه تغيير حكم شرعي ولا يثبت بها شيء من الأحكام، لعدم ضبط الرؤية، لا للشك في الرؤية؛ ويحرم على الشخص أن يقول: "أمركم النبي صلى الله عليه وسلم بكذا" فيما ذكر، بل يأتي بما يدل على مستنده من الرؤية، إذ لا يمتنع عقلا أن يتسمى إبليس باسم النبي صلى الله عليه وسلم ليقول للنائم: "إنه النبي"، ويأمره بالطاعة. والرؤية الصادقة هي الخالصة من الأضغاث؛ والأضغاث أنواع: الأول: تلاعب الشيطان ليحزن الرائي كأنه يرى أنه قطع رأسه؛ الثاني: أن يرى أن بعض الأنبياء يأمره بمحرم أو محال؛ الثالث: ما تتحدث به النفس في اليقظة تمنيا فيراه كما هو في المنام. ورؤية المصطفى صلى الله عليه وسلم بصفته المعلومة إدراك لـذاته؛ ورؤيته بغير صفته إدراك لـمثاله؛ فالأولى لا تحتاج إلى تعبير، والثانية تحتاج إليه" (Faydh ul-qadîr).

D'autre part, en ce qui concerne le III, lisez attentivement ce que le Prophète a dit : "C'est comme si je vois..." ; il n'a pas dit : "Je vois…".

D'autre part encore, en ce qui concerne le II, le Prophète lui-même n'était cette nuit de al-isrâ' wa-l-mi'râj, pas dans la dimension purement physique dans laquelle nous évoluons en ce monde : ce fut "dans une dimension qui fut à mi-chemin entre le monde invisible et le monde matériel, réunissant les caractéristiques des deux". Ceci entraîna que, bien que le Prophète fit ce voyage avec son être tout entier, corps et âme, "les règles de l'âme s'appliquèrent à son corps", et "les choses invisibles revêtirent une forme matérielle" à ses yeux : "وأسرى به إلى المسجد الأقصى، ثم إلى سدرة المنتهى، وإلى ما شاء الله، وكل ذلك لجسده صلى الله عليه وسلم في اليقظة، ولكن ذلك في موطن هو برزخ بين المثال والشهادة جامع لأحكامهما، فظهر على الجسد أحكام الروح، وتمثل الروح والمعاني الروحية أجسادا" (Hujjat ullâh il-bâligha, 2/560). Lire notre article consacré à al-Isrâ' wa-l-Mi'râj.

En voici un extrait :

Il y a ici 4 choses :
i) ce que l'âme voit et ressent pendant cette vie terrestre, lors de l'état de veille ; or, ici, comme Ibn ul-Qayyim l'a dit : "فالأبدان هنا ظاهرة، والأرواح خفية" (Ar-Rûh) ;
ii) ce que l'âme voit et ressent pendant cette vie terrestre, lors d'un rêve véridique ;
iii) ce que, après la mort du corps qu'elle habitait, l'âme voit et ressent après avoir quitté ce corps et en s'élevant jusqu'au ciel ;
iv) et ce que l'âme et le corps verront et ressentiront lors du jour de la résurrection.
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--- L'avis relaté de Aïcha, Mu'âwiya et al-Hassan al-Basrî quant à ce que le Prophète a vécu lors de al-isrâ' wa-l-mi'râj ne revient pas au ii (cela aurait été un rêve) mais est comparable au iii (son âme s'éleva, mais pas son corps, comme cela arrive à tous ceux qui viennent de mourir), à cette seule différence que l'élévation de l'âme s'est produite ici alors que le Prophète (sur lui soit la paix) n'était pas encore mort.
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--- L'avis de la quasi-totalité des ulémas est que ce que le Prophète a vécu lors de
al-isrâ' wa-l-mi'râj est comparable au iv, à savoir ce que chaque homme expérimentera le jour de la résurrection : il verra lui aussi les anges, etc., alors même qu'il sera corps et âme.

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Le hadîth suivant montre quant à lui que, après son décès, le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) ne vient pas sur Terre argumenter et défendre les musulmans contre leurs ennemis :

"غير الدجال أخوفني عليكم! إن يخرج وأنا فيكم، فأنا حجيجه دونكم. وإن يخرج ولست فيكم، فامرؤ حجيج نفسه، والله خليفتي على كل مسلم" : "Si (ad-Dajjâl) apparaît alors que je suis parmi vous, je serai son adversaire par rapport à vous. Et s'il apparaît alors que je ne suis pas parmi vous, alors chaque homme sera l'adversaire de (ad-Dajjâl) pour lui-même, et Dieu est Celui qui me remplace pour (s'occuper de) chaque musulman" (Muslim, 2937).
Car si même après son départ de ce monde le Prophète pouvait intervenir humainement dans ce monde, qu'est-ce qui l'empêcherait de venir défendre les musulmans et d'argumenter avec ad-Dajjâl, ce dernier constituant la plus grande épreuve qui soit ?

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Le verset qui suit montre pour sa part que le prophète ayant été repris par Dieu ne peut pas intervenir pour corriger ce que certains de ceux qui se réclament de lui font :

La parole de Jésus (soit qu'il l'a déjà prononcée, soit qu'il la dira à Dieu le Jour du Jugement) : "وَكُنتُ عَلَيْهِمْ شَهِيدًا مَّا دُمْتُ فِيهِمْ فَلَمَّا تَوَفَّيْتَنِي كُنتَ أَنتَ الرَّقِيبَ عَلَيْهِمْ" : "Et j'étais témoin sur eux tant que j'étais parmi eux ; puis, lorsque Tu me repris, Tu fus, Toi, le Surveillant sur eux" (Coran 5/117), montre bien la différence entre le moment où Jésus était sur Terre et le moment où Dieu l'a élevé au ciel.

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Certes, il existe ce verset coranique : "وَقُلِ اعْمَلُواْ فَسَيَرَى اللّهُ عَمَلَكُمْ وَرَسُولُهُ وَالْمُؤْمِنُونَ وَسَتُرَدُّونَ إِلَى عَالِمِ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ فَيُنَبِّئُكُم بِمَا كُنتُمْ تَعْمَلُونَ" : "Et dis : "Agissez, Dieu verra vos actions, ainsi que Son Messager et les croyants. Et vous serez ramenés au Connaisseur du Visible et de l'Invisible, alors Il vous informera de ce que vous faisiez" (Coran 9/105) :

Cependant, cela parle d'un événement s'étant déroulé durant le vivant du Prophète (sur lui soit la paix) : ce verset s'adresse à ceux qui ne s'étaient pas joints à la campagne puis s'en étaient repentis : "وَآخَرُونَ اعْتَرَفُواْ بِذُنُوبِهِمْ خَلَطُواْ عَمَلاً صَالِحًا وَآخَرَ سَيِّئًا عَسَى اللّهُ أَن يَتُوبَ عَلَيْهِمْ إِنَّ اللّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ خُذْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ صَدَقَةً تُطَهِّرُهُمْ وَتُزَكِّيهِم بِهَا وَصَلِّ عَلَيْهِمْ إِنَّ صَلاَتَكَ سَكَنٌ لَّهُمْ وَاللّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ أَلَمْ يَعْلَمُواْ أَنَّ اللّهَ هُوَ يَقْبَلُ التَّوْبَةَ عَنْ عِبَادِهِ وَيَأْخُذُ الصَّدَقَاتِ وَأَنَّ اللّهَ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ وَقُلِ اعْمَلُواْ فَسَيَرَى اللّهُ عَمَلَكُمْ وَرَسُولُهُ وَالْمُؤْمِنُونَ وَسَتُرَدُّونَ إِلَى عَالِمِ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ فَيُنَبِّئُكُم بِمَا كُنتُمْ تَعْمَلُونَ" (Coran 9/102-105). At-Tabarî : "القول في تأويل قوله: {وقل اعملوا فسيرى الله عملكم ورسوله والمؤمنون وستردون إلى عالم الغيب والشهادة فينبئكم بما كنتم تعملون} قال أبو جعفر: يقول تعالى ذكره لنبيه محمد صلى الله عليه وسلم: {وقل} يا محمد، لهؤلاء الذين اعترفوا لك بذنوبهم من المتخلفين عن الجهاد معك {اعملوا} لله بما يرضيه من طاعته وأداء فرائضه {فسيرى الله عملكم ورسوله}، يقول: فسيرى الله إن عملتم عملكم، ويراه رسوله والمؤمنون في الدنيا {وستردون} يوم القيامة إلى من يعلم سرائركم وعلانيتكم، فلا يخفى عليه شيء من باطن أموركم وظواهرها {فينبئكم بما كنتم تعملون}، يقول: فيخبركم بما كنتم تعملون، وما منه خالصا وما منه رياء، وما منه طاعة وما منه لله معصية، فيجازيكم على ذلك كله جزاءكم، المحسن بإحسانه، والمسيء بإساءته" (Tafsîr ut-Tabarî) ; Ibn ul-Jawzî : "قوله تعالى: {وقل اعملوا} قال ابن زيد: هذا خطاب للذين تابوا" (Zâd ul-massîr). L'avantage d'avoir précisé que le Messager et les Croyants verront eux aussi ces actions de bien, c'est qu'ils pourront en témoigner le Jour de la Résurrection (Tafsîr ur-Râzî), de même qu'en ce monde.

Cependant, ce verset ne signifie nullement que, même après leur décès, le Prophète et ses Compagnons voient les actions que les vivants font partout sur Terre.

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Et, certes, il existe, dans le hadîth relaté par Ibn Mas'ûd, cette ziyâda rapportée par al-Bazzâr : "حياتي خير لكم، تحدثون ويحدث لكم. ووفاتي خير لكم، تعرض علي أعمالكم، فما رأيت من خير حمدت الله عليه، وما رأيت من شر استغفرت الله لكم".

Cependant, cela est dha'îf (Silsilat ul-ahâdîth idh-dha'îfa, n° 975, 2/404-406).

Le hadîth sahîh dit pour sa part que le Prophète (sur lui soit la paix), le Jour de la Résurrection, exprimera ne pas savoir que certaines personnes qu'il avait vues de son vivant sur Terre dans l'islam avaient apostasié après son décès ; mis au courant, il dira alors lui aussi la parole sus-citée que Jésus dira (ou a déjà dite) : "ألا وإنه يجاء برجال من أمتي فيؤخذ بهم ذات الشمال، فأقول: "يا رب أصيحابي". فيقال: "إنك لا تدري ما أحدثوا بعدك". فأقول كما قال العبد الصالح: {وكنت عليهم شهيدا ما دمت فيهم، فلما توفيتني كنت أنت الرقيب عليهم وأنت على كل شيء شهيد}". فيقال: "إن هؤلاء لم يزالوا مرتدين على أعقابهم منذ فارقتهم" (al-Bukhârî, 4349, Muslim, 2860).

Par ailleurs, on notera que le hadîth dha'îf dit seulement que cela lui est présenté, et non pas qu'il le voit, comme il le voyait quand ils était de ce monde.

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Certes, il existe ces hadîths : "وقال: "إن من أحبكم إلي أحسنكم أخلاقا" : "Parmi ceux que j'aime le plus parmi vous, il y a ceux d'entre vous qui sont les meilleurs en caractère" (al-Bukhârî).  "عن جابر، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "إن من أحبكم إلي وأقربكم مني مجلسا يوم القيامة أحاسنكم أخلاقا. وإن أبغضكم إلي وأبعدكم مني مجلسا يوم القيامة الثرثارون والمتشدقون والمتفيهقون"، قالوا: "يا رسول الله، قد علمنا الثرثارون والمتشدقون، فما المتفيهقون؟" قال: "المتكبرون" : "Parmi ceux que j'aime le plus parmi vous et qui seront les plus proches de moi en assise le Jour de la Résurrection, il y a ceux d'entre vous qui sont les meilleurs en caractère. (...)" (at-Tirmidhî, 2018).

Cette affection particulière était vérifiée durant sa vie terrestre.
Et cela sera vérifié lors du Jour du Jugement Dernier.

Cependant, maintenant que le Prophète (sur lui soit la paix) n'est plus de ce monde, alors même que des musulmans de sa Umma sont vivants de cette vie terrestre :
--- est-ce que le Prophète est-il systématiquement au courant de ce que chaque individu de sa Umma fait de bien ?
--- ou bien est-ce que, actuellement, le Prophète n'est-il mis au courant de ce qu'un musulman vivant sur Terre fait de bien, que de façon occasionnelle, voire exceptionnelle (il a été au courant du fait que al-Hussein a été martyrisé à Karbalâ' : voir en III) (par contre, c'est dans la Plaine du Jugement Dernier que la dominance des bonnes actions chez une personne se traduira par une proximité particulière avec le Messager de Dieu) ?

C'est la seconde réponse qui est la bonne : Abdullâh ibn Omar a dit un jour au sujet de Muhammad ibn Ussâma ibn Zayd, et un autre jour au sujet de al-Hajjâj ibn Ayman ibn Umm Ayman : "Si le Messager de Dieu - que Dieu le bénisse et le salue - l'avait vu, il l'aurait aimé" : "أخبرنا عبد الله بن دينار، قال: نظر ابن عمر يوما - وهو في المسجد - إلى رجل يسحب ثيابه في ناحية من المسجد. فقال: "انظر من هذا؟ ليت هذا عندي"، قال له إنسان: "أما تعرف هذا يا أبا عبد الرحمن؟ هذا محمد بن أسامة". قال: فطأطأ ابن عمر رأسه، ونقر بيديه في الأرض، ثم قال: "لو رآه رسول الله صلى الله عليه وسلم، لأحبه" (al-Bukhari, 3527). "عن الزهري، حدثني حرملة مولى أسامة بن زيد أنه بينما هو مع عبد الله بن عمر، إذ دخل الحجاج بن أيمن فلم يتم ركوعه ولا سجوده، فقال: "أعد". فلما ولى، قال لي ابن عمر: "من هذا؟" قلت: "الحجاج بن أيمن بن أم أيمن". فقال ابن عمر: "لو رأى هذا رسول الله صلى الله عليه وسلم، لأحبه"؛ فذكر حبه وما ولدته أم أيمن" (al-Bukhari, 3529).

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Et, certes, il existe des hadîths qui disent que les actions des vivants sont présentées à leurs proches défunts : "عن أنس بن مالك قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "إن أعمالكم تعرض على أقاربكم وعشائركم من الأموات، فإن كان خيرا استبشروا به، وإن كان غير ذلك، قالوا: اللهم لا تمتهم، حتى تهديهم كما هديتنا" (Ahmad, 12683) "عن أبي أيوب الأنصاري قال: "إذا قبضت نفس العبد (...)". قال: "فيعرض عليهم أعمالهم، فإذا رأوا حسنا فرحوا واستبشروا وقالوا: "هذه نعمتك على عبدك فأتمها"، وإن رأوا سوءا قالوا: "اللهم راجع بعبدك" (Ibn ul-Mubârak dans Az-Zuhd : As-Silsila as-Sahîha, al-Albânî, n° 2758) (voir aussi Tafsîr Ibn Kathîr, commentaire de Coran 9/105).

Mais à retenir l'avis selon lequel l'ensemble de ces hadîths est bel et bien acceptable, ceux-ci s'expliquent justement par le fait que les actions du parent vivant sont présentées au parent défunt (c'est l'avis de Ibn Taymiyya : "نعم قد جاءت الآثار بتلاقيهم وتساؤلهم وعرض أعمال الأحياء على الأموات" : MF 24/331), et non pas que les défunts voient ces actions être faites, comme ils les voyaient être faites - les actions faites en public - quand ils étaient de ce monde. Par ailleurs, se pourrait-il que ce soient seulement certaines actions du parent vivant / la globalité de ses actions ("bonnes" / "mauvaises dans leur ensemble"), qui sont présentées à ses proches défunts, et non pas chaque action que ce parent vivant fait, y compris celles qu'il fait en un lieu totalement privé ?

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IV) La formule du Tashahhud :

Il est certain que la formule du tashahhud emploie les termes "La paix soit sur toi ô Prophète, ainsi que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions". Mais cette formulation signifie-t-elle que l'âme du Prophète est présente quand on prie, et que, par ce pronom à la seconde personne, on s'adresse à elle ?

Déjà il faut ici relever que Ibn Mas'ûd relate que eux, Compagnons, disaient ceci ("As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabî") : "alors que le Prophète était parmi nous. Mais lorsqu'il fut repris, nous dîmes : "As-salâmu 'ala-n-nabî"" : "عن ابن مسعود قال: علمني رسول الله صلى الله عليه وسلم، وكفي بين كفيه، التشهد، كما يعلمني السورة من القرآن: "التحيات لله، والصلوات والطيبات، السلام عليك أيها النبي ورحمة الله وبركاته، السلام علينا وعلى عباد الله الصالحين، أشهد أن لا إله إلا الله، وأشهد أن محمدا عبده ورسوله" وهو بين ظهرانينا. فلما قبض قلنا: السلام - يعني - على النبي صلى الله عليه وسلم" (rapporté par al-Bukhârî, n° 5910, Ahmad : voir Fat'h ul-bârî, commentaire de ce Hadîth : y sont mentionnés d'autres recueils de Hadîth ayant eux aussi rapporté cela). Al-Albânî est ainsi d'avis que c'est cela qu'il s'agit de dire dans la formule de la tashahhud : "As-salâmu 'ala-n-nabî wa rahmatullâhi wa barakâtuh" : "Que la paix soit sur le Prophète ainsi que la miséricorde de Dieu et ses bénédictions" (Sifatu salât in-nabî, pp. 126-127, note de bas de page). Il relate que Aïcha aussi enseignait le tashahhud avec la même formule que Ibn Mas'ûd.

Il est vrai que, même en ce qui concerne la période ayant suivi le décès du Prophète, la très grande majorité des ulémas n'ont malgré tout pas rendu obligatoire de dire "Que la paix soit sur le Prophète" au lieu de "Que la paix soit sur toi, ô Prophète". Ibn Hajar écrit : "As-Subkî a écrit dans Shar'h ul-minhâj : "Si cela est établi de façon authentique de la part des Compagnons, cela indique que l'emploi du pronom à la seconde personne dans la formule du salâm après (le vivant du Prophète) n'est pas obligatoire ; il sera dit : "As-salâmu 'ala-n-nabî"." Je dis : "Cela est prouvé de façon authentique sans aucun doute..."" (Fat'h ul-bârî, commentaire du Hadîth n° 797). Voyez : il a écrit que l'emploi du nom ("As-salâmu 'ala-n-nabî") au lieu du pronom à la deuxième personne ("As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabî") est légale et permise. Mais il s'agit seulement d'une autorisation (mashrû'iyya) et non d'une obligation, et on retombe donc sur la question du début : comment expliquer que, de toute façon, il soit aussi possible (mashrû') de dire : "Que la paix soit sur toi ô Prophète" : cela ne veut-il pas dire que le Prophète est présent au moment où on prie, au point que l'on puisse s'adresser à lui par un pronom à la seconde personne ?

La réponse est donnée par Ibn Taymiyya : "... comme celui qui accomplit la prière dit : "Que la paix soit sur toi ô Prophète, ainsi que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions" : l'être humain fait souvent ainsi : il s'adresse à celui qu'il se représente mentalement, bien que celui qui entendrait cette parole (lui étant) adressée ne soit pas présent dans la réalité" (Al-Iqtidhâ', p. 381). Quand on est en proie à une difficulté qu'a entraînée un acte personnel qu'un proche nous avait pourtant déconseillé d'entreprendre, on se dit ainsi, bien que l'on soit seul chez soi : "Ah, Salim, tu avais raison ! J'aurais dû t'écouter et suivre ton conseil !" : Salim est absent, mais on se le représente mentalement. Ibn Taymiyya explique que c'est pour la même raison que, au Compagnon venu lui demander d'invoquer Dieu pour qu'Il le guérisse de sa mauvaise vue, le Prophète dit d'aller faire ses ablutions, d'invoquer lui aussi Dieu et de dire : "O Dieu, je Te demande et me tourne vers toi par (l'invocation et l'intercession de) Ton Prophète Muhammad, le prophète de la miséricorde" et : "O Muhammad, ô Messager de Dieu, je me tourne par ton (intercession) vers mon Seigneur pour qu'Il satisfasse le besoin que j'ai. O Dieu, accepte son intercession en ma faveur" (Ibid.). (Voir aussi Minhâj us-sunna an-nabawiyya, tome 2 p. 117).

Dans le tashahhud, on emploie donc le pronom à la seconde personne à propos du Prophète non pas parce que son âme serait présente près de nous, mais parce qu'on se le représente mentalement bien qu'il soit absent.

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V) Voir des pieux et défunts personnages sortir de leur tombe :

Dire que ce genre de témoignages est faux, cela serait erroné : de nombreuses personnes ont effectivement fait ce genre d'expérience.

Mais dire que cela prouve que c'est bien l'âme du défunt qui nous a rendu visite est aussi erroné.

Il s'agit en fait de djinns.

"Il se passe auprès des tombes ce dont on pense que cela vient du défunt : certaines gens y entendent des appels, ou bien voient que la tombe s'ouvre, qu'une personne en sort, qu'elle leur parle et leur donne l'accolade ; cela se produit auprès de tombes de prophètes et d'autres personnes. Ce qu'on entend ou ce qu'on voit alors est le fait de djinns ; ils peuvent prendre l'apparence d'humains, et certains prétendent alors être le prophète Untel ou le cheikh Untel. (…) L'ignorant croit qu'il s'agit effectivement de cet Untel. Par contre, le croyant dont la foi est profonde sait qu'il s'agit d'un mauvais djinn ; on peut le prouver par plusieurs choses : - en récitant alors le verset du Trône avec sincérité : la personne qu'on voyait disparaît alors ; or s'il s'agissait réellement de l'âme d'un homme pieux, d'un ange ou d'un djinn pieux, la récitation du verset du Trône ne lui ferait aucun mal, car elle ne fait du tort qu'aux mauvais djinns comme le prouve le Hadîth (…) ; - en récitant la formule de demande de protection à Dieu contre les démons"
. Ibn Taymiyya donne d'autres solutions du même ordre, et écrit qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que des djinns se manifestent ainsi auprès de croyants en tentant de les perturber durant leurs actes de dévotion à Dieu : un djinn a voulu perturber l'acte de dévotion que le Prophète lui-même offrait : le Prophète l'a raconté (voir ce qu'a rapporté al-Bukhârî n°449 , Muslim n° 541) (cf. Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 40).
D'une façon générale et non pas seulement auprès des tombes, "il arrive que des gens voient une apparition et que celle-ci leur dise : "Je suis le Prophète Abraham" ou : "Je suis le Messie" ou : "Je suis le prophète Muhammad" ou : "Je suis Al-Khidr" ou : "Je suis Abû Bakr" ou : "Je suis Omar" ou : "Je suis Uthmân" ou : "Je suis 'Alî" ou : "Je suis le Cheikh Untel". Il arrive aussi que plusieurs êtres apparaissent et que l'un dise de l'autre : "Lui c'est le prophète Untel" ou : "Lui c'est al-Khidr". Il s'agit en fait de djinns" (Ibid., p. 29). "Le Prophète a certes dit dans une parole authentique : "Celui qui me voit en rêve, c'est moi qu'il a vu réellement. Le diable ne peut pas prendre ma forme" [rapporté par al-Bukhârî n° 6593, Muslim n°2266]. Cependant il y est question de l'état de sommeil, quand on voit alors un rêve : la règle générale est que le rêve pendant le sommeil est parfois véridique et est parfois l'œuvre du diable ; mais Dieu a empêché le diable de prendre la forme du Prophète lors des rêves (que les hommes voient). Par contre, pour ce qui est de l'état de veille, personne ne peut plus voir le Prophète en personne dans ce monde" (MF 1/172-173 ; Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 44).

Ibn Taymiyya relate qu'il est même arrivé que des gens le connaissant aient demandé leur aide, à lui ainsi qu'à d'autres personnages, alors qu'ils n'étaient pas présents [chose qui est bien sûr interdite mais qu'ils ont faite quand même] ; ces gens les ont vus apparaître et faire ce pour quoi ils leur avaient demandé leur aide. "Lorsque ces personnes m'ont raconté cela, poursuit Ibn Taymiyya, je leur ai expliqué qu'il ne s'agissait que d'un djinn qui avait pris ma forme, comme celle des cheikhs autres que moi (invoqués), afin de leur faire croire qu'il s'agit de miracles réalisés par le cheikh, et que chez elles soit renforcée la conviction qu'il faut continuer à demander l'aide de cheikhs absents (ou) morts. Et c'est là une des plus grandes causes qui ont entraîné les polythéistes et idolâtres à faire le shirk" : "وأعرف من ذلك وقائع كثيرة في أقوام استغاثوا بي وبغيري في حال غيبتنا عنهم فرأوني أو ذاك الآخر الذي استغاثوا به قد جئنا في الهواء ودفعنا عنهم. ولما حدثوني بذلك بينت لهم أن ذلك إنما هو شيطان تصور بصورتي وصورة غيري من الشيوخ الذين استغاثوا بهم، ليظنوا أن ذلك كرامات للشيخ فتقوى عزائمهم في الاستغاثة بالشيوخ الغائبين والميتين. وهذا من أكبر الأسباب التي بها أشرك المشركون وعبدة الأوثان" (MF 1/360 ; Ibid., p. 200).

Il y a des gens, écrit en substance Ibn Taymiyya, qui disent de ce genre de visions près des tombes qu'elles sont seulement des produits de l'imagination. Puis, lorsque ce genre d'expériences leur arrive à eux, ils se mettent à croire que non seulement cela est réel mais qu'en plus cela témoigne de la nécessité d'avoir recours à ce genre d'invocations faites à des défunts ; et parfois il arrive aussi que ces gens-là se mettent alors à considérer le défunt comme un saint, un modèle à suivre, alors que ce défunt n'était même pas croyant. Il s'agit en fait de deux extrêmes. En réalité ce genre d'apparition est réel ; mais elles sont le fait de djinns et il ne s'agit pas du défunt ; et puis il est contraire au monothéisme que d'invoquer autre que Dieu (d'après Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 46, p. 48).

Parfois des djinns incroyants se font même passer pour des Anges, voir pour Dieu Lui-même
 ; ils essaient tout simplement d'égarer la personne à qui ils se montrent ainsi
. Cela touche davantage les croyants qui pratiquent des ibâdât ullâh qui sont muhdatha (innovées). Mais cela peut parfois survenir à des croyants pieux qui ne pratiquent même pas de telles pratiques innovées : ce qui est relaté à ce sujet à propos de Cheikh 'Abd ul-Qâdir al-Jîlânî est bien connu. ِ

"ولا ريب أن الأوثان يحصل عندها من الشياطين وخطابهم وتصرفهم ما هو من أسباب ضلال بني آدم وجعل القبور أوثانا هو أول الشرك. ولهذا يحصل عند القبور لبعض الناس من خطاب يسمعه وشخص يراه وتصرف عجيب ما يظن أنه من الميت وقد يكون من الجن والشياطين؛ مثل أن يرى القبر قد انشق وخرج منه الميت وكلمه وعانقه - وهذا يرى عند قبور الأنبياء وغيرهم - وإنما هو شيطان. فإن الشيطان يتصور بصور الإنس ويدعي أحدهم أنه النبي فلان أو الشيخ فلان، ويكون كاذبا في ذلك. وفي هذا الباب من الوقائع ما يضيق هذا الموضع عن ذكره وهي كثيرة جدا. والجاهل يظن أن ذلك الذي رآه قد خرج من القبر وعانقه أو كلمه هو المقبور أو النبي أو الصالح وغيرهما. والمؤمن العظيم يعلم أنه شيطان. ويتبين ذلك بأمور: أحدها أن يقرأ آية الكرسي بصدق فإذا قرأها تغيب ذلك الشخص أو ساخ في الأرض أو احتجب ولو كان رجلا صالحا أو ملكا أو جنيا مؤمنا لم تضره آية الكرسي وإنما تضر الشياطين كما ثبت في الصحيح من حديث أبي هريرة (...). ومنها أن يستعيذ بالله من الشياطين. ومنها أن يستعيذ بالعوذ الشرعية فإن الشياطين كانت تعرض للأنبياء في حياتهم وتريد أن تؤذيهم وتفسد عبادتهم؛ كما جاءت الجن إلى النبي صلى الله عليه وسلم بشعلة من النار تريد أن تحرقه فأتاه جبريل بالعوذة المعروفة التي تضمنها الحديث المروي عن أبي التياح أنه قال: سأل رجل عبد الرحمن بن حبيش وكان شيخا كبيرا قد أدرك النبي صلى الله عليه وسلم: "كيف صنع رسول الله صلى الله عليه وسلم حين كادته الشياطين؟" قال: "تحدرت عليه من الشعاب والأودية وفيهم شيطان معه شعلة من نار يريد أن يحرق بها رسول الله صلى الله عليه وسلم. قال: فرعب رسول الله صلى الله عليه وسلم، فأتاه جبريل عليه السلام فقال: "يا محمد قل"، قال: "ما أقول؟" قال: "قل: "أعوذ بكلمات الله التامات التي لا يجاوزهن بر ولا فاجر من شر ما خلق وذرأ وبرأ ومن شر ما ينزل من السماء ومن شر ما يعرج فيها ومن شر ما يخرج من الأرض ومن شر ما ينزل فيها ومن شر فتن الليل والنهار ومن شر كل طارق يطرق إلا طارقا يطرق بخير يا رحمن". قال: "فطفئت نارهم وهزمهم الله عز وجل"؛ وثبت في الصحيحين عن أبي هريرة أنه قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن عفريتا من الجن جاء يفتك بي البارحة ليقطع علي صلاتي فأمكنني الله عز وجل منه فذعته فأردت أن آخذه فأربطه إلى سارية من المسجد حتى تصبحوا فتنظروا إليه ثم ذكرت قول سليمان عليه السلام "رب اغفر لي وهب لي ملكا لا ينبغي لأحد من بعدي" فرده الله تعالى خاسئا"؛ وعن عائشة أن النبي صلى الله عليه وسلم كان يصلي فأتاه الشيطان فأخذه صلى الله عليه وسلم فصرعه فخنقه قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "حتى وجدت برد لسانه على يدي ولولا دعوة سليمان لأصبح موثقا حتى يراه الناس" أخرجه النسائي وإسناده على شرط البخاري كما ذكر ذلك أبو عبد الله المقدسي في مختاره الذي هو خير من صحيح الحاكم؛ وعن أبي سعيد الخدري أن رسول الله صلى الله عليه وسلم كان يصلي صلاة الصبح وهو خلفه فالتبست عليه القراءة فلما فرغ من صلاته قال: "لو رأيتموني وإبليس فأهويت بيدي فما زلت أخنقه حتى وجدت برد لعابه بين أصبعي هاتين - الإبهام والتي تليها - ولولا دعوة أخي سليمان لأصبح مربوطا بسارية من سواري المسجد يتلاعب به صبيان المدينة فمن استطاع أن لا يحول بينه وبين القبلة أحد فليفعل" رواه الإمام أحمد في مسنده وأبو داود في سننه؛ وفي صحيح مسلم عن أبي الدرداء أنه قال: قام رسول الله صلى الله عليه وسلم يصلي فسمعناه يقول "أعوذ بالله منك" ثم قال: "ألعنك بلعنة الله" ثلاثا وبسط يده كأنه يتناول شيئا فلما فرغ من صلاته قلنا: "يا رسول الله سمعناك تقول شيئا في الصلاة لم نسمعك تقوله قبل ذلك ورأيناك بسطت يدك". قال: "إن عدو الله إبليس جاء بشهاب من نار ليجعله في وجهي، فقلت: أعوذ بالله منك ثلاث مرات/ ثم قلت: ألعنك بلعنة الله التامة فاستأخر. ثم أردت أن آخذه ولولا دعوة أخينا سليمان لأصبح موثقا يلعب به ولدان المدينة". فإذا كانت الشياطين تأتي الأنبياء عليهم الصلاة والسلام لتؤذيهم وتفسد عبادتهم فيدفعهم الله تعالى بما يؤيد به الأنبياء من الدعاء والذكر والعبادة ومن الجهاد باليد، فكيف من هو دون الأنبياء؟ فالنبي صلى الله عليه وسلم قمع شياطين الإنس والجن بما أيده الله تعالى من أنواع العلوم والأعمال - ومن أعظمها الصلاة والجهاد - (وأكثر أحاديث النبي صلى الله عليه وسلم في الصلاة والجهاد)؛ فمن كان متبعا للأنبياء، نصره الله سبحانه بما نصر به الأنبياء؛ وأما من ابتدع دينا لم يشرعوه فترك ما أمروا به من عبادة الله وحده لا شريك له واتباع نبيه فيما شرعه لأمته وابتدع الغلو في الأنبياء والصالحين والشرك بهم، فإن هذا تتلعب به الشياطين: قال تعالى: {إنه ليس له سلطان على الذين آمنوا وعلى ربهم يتوكلون إنما سلطانه على الذين يتولونه والذين هم به مشركون}، وقال تعالى: {إن عبادي ليس لك عليهم سلطان إلا من اتبعك من الغاوين}. ومنها أن يدعو الرائي بذلك ربه تبارك وتعالى ليبين له الحال. ومنها أن يقول لذلك الشخص: أأنت فلان؟ ويقسم عليه بالأقسام المعظمة ويقرأ عليه قوارع القرآن، إلى غير ذلك من الأسباب التي تضر الشياطين. وهذا كما أن كثيرا من العباد يرى الكعبة تطوف به ويرى عرشا عظيما وعليه صورة عظيمة، ويرى أشخاصا تصعد وتنزل، فيظنها الملائكة ويظن أن تلك الصورة هي الله - تعالى وتقدس -؛ ويكون ذلك شيطانا؛ وقد جرت هذه القصة لغير واحد من الناس؛ فمنهم من عصمه الله وعرف أنه الشيطان، كالشيخ عبد القادر في حكايته المشهورة حيث قال: "كنت مرة في العبادة فرأيت عرشا عظيما وعليه نور فقال لي: "يا عبد القادر أنا ربك وقد حللت لك ما حرمت على غيرك". قال: فقلت له: "أنت الله الذي لا إله إلا هو؟ اخسأ يا عدو الله". قال: فتمزق ذلك النور وصار ظلمة وقال: "يا عبد القادر نجوت مني بفقهك في دينك وعلمك وبمنازلاتك في أحوالك. لقد فتنت بهذه القصة سبعين رجلا". فقيل له: "كيف علمت أنه الشيطان؟" قال: "بقوله لي "حللت لك ما حرمت على غيرك" وقد علمت أن شريعة محمد صلى الله عليه وسلم لا تنسخ ولا تبدل؛ ولأنه قال: "أنا ربك" ولم يقدر أن يقول: "أنا الله الذي لا إله إلا أنا"". ومن هؤلاء من اعتقد أن المرئي هو الله وصار هو وأصحابه يعتقدون أنهم يرون الله تعالى في اليقظة؛ مستندهم ما شاهدوه؛ وهم صادقون فيما يخبرون به، ولكن لم يعلموا أن ذلك هو الشيطان. وهذا قد وقع كثيرا لطوائف من جهال العباد يظن أحدهم أنه يرى الله تعالى بعينه في الدنيا لأن كثيرا منهم رأى ما ظن أنه الله، وإنما هو شيطان؛ وكثير منهم رأى من ظن أنه نبي أو رجل صالح أو الخضر، وكان شيطانا. وقد ثبت في الصحيح عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه قال: "من رآني في المنام فقد رآني حقا فإن الشيطان لا يتمثل في صورتي" فهذا في رؤية المنام لأن الرؤية في المنام تكون حقا وتكون من الشيطان، فمنعه الله أن يتمثل به في المنام. وأما في اليقظة فلا يراه أحد بعينه في الدنيا؛ فمن ظن أن المرئي هو الميت، فإنما أتي من جهله. ولهذا لم يقع مثل هذا لأحد من الصحابة والتابعين لهم بإحسان. وبعض من رأى هذا - أو صدّق من قال أنه رآه -، اعتقد أن الشخص الواحد يكون بمكانين في حالة واحدة فخالف صريح المعقول. ومنهم من يقول: "هذه رقيقة ذلك المرئي" أو "هذه روحانيته" أو "هذا معناه تشكل"، ولا يعرفون أنه جني تصور بصورته. ومنهم من يظن أنه ملك؛ والملك يتميز عن الجني بأمور كثيرة، والجن فيهم الكفار والفساق والجهال وفيهم المؤمنون المتبعون لمحمد صلى الله عليه وسلم تسليما؛ فكثير ممن لم يعرف أن هؤلاء جن وشياطين أرسل أن ملائكة. وكذلك الذين يدعون الكواكب وغيرها من الأوثان، تتنزل على أحدهم روح يقول "هي روحانية الكواكب"، ويظن بعضهم أنه من الملائكة؛ وإنما هو من الجن والشياطين يغوون المشركين. والشياطين يوالون من يفعل ما يحبونه من الشرك والفسوق والعصيان. فتارة يخبرونه ببعض الأمور الغائبة ليكاشف بها. وتارة يؤذون من يريد أذاه بقتل وتمريض ونحو ذلك" (MF 1/168-173 ; Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla).
Qu'un diable fasse apparaître une lumière, c'est ce que al-Qurtubî (le mufassir) a lui aussi relaté de l'un de ses professeurs : "وسمعت شيخنا الإمام أبا محمد عبد المعطي بثغر الإسكندرية يقول: إن شيطانا يقال له البيضاوي يتمثل للفقراء المواصلين في الصيام؛ فإذا استحكم منهم الجوع وأضر بأدمغتهم، يكشف لهم عن ضياء ونور حتى يملأ عليهم البيوت، فيظنون أنهم قد وصلوا وأن ذلك من الله وليس كما ظنوا" (Tafsîr ul-Qurtubî, 10/422).

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Le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) a dit : "ومن رآني في المنام فقد رآني، فإن الشيطان لا يتمثل في صورتي" : "Et celui qui me voit en rêve, me voit ; car le djinn satanique ne peut pas prendre ma forme" (al-Bukhârî, Muslim).

Selon le texte de ce hadîth, si on voit le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) en rêve, on peut être certain qu'on l'a vu, lui, et que ce n'était pas un djinn. Mais y a-t-il à cela, comme condition, qu'on l'ait vu avec les caractéristiques physiques qui sont réellement les siennes (qui ont été relatées par des Compagnons, et que l'on peut désormais découvrir dans les Kutub us-Sunna), ou n'y a-t-il pas cette condition ? Les deux avis existent chez les Ulémas. Nous allons y revenir.

Par contre, il y a ici deux choses :
--- "voir le Prophète en rêve",
--- et "le voir en état de veille".

La phrase "le diable ne peut pas prendre ma forme" vaut pour l'état de rêve de la personne comme pour son état de veille. Cependant, si le djinn ne peut pas prendre la vraie apparence physique du Prophète, il peut prendre une apparence différente et induire celui qui le voit en erreur, en lui faisant croire qu'il est le Prophète.

Dès lors...

Primo) Quand on rêve :

----- On peut un jour voir en rêve une personne ayant exactement la même apparence physique que le Prophète (sur lui soit la paix) : à ce moment-là il s'agit bien du Prophète.

----- Et on peut voir en rêve une personne ayant une apparence différente de celle qui est relatée au sujet du Prophète, et cette personne nous dit qu'elle est le Prophète, ou on ressent qu'elle est le Prophète : est-ce alors bien le Prophète qu'on a vu en rêve ?
------- Oui d'après Ibn ul-Bâqillânî, an-Nawawî, al-Mâzirî ;
------------ Oui aussi d'après 'Iyâdh, Ibn Abî Jamra, al-Qurtubî et Ibn Hajar, cependant que le fait de ne pas l'avoir vu selon l'apparence physique qui est la sienne demande une interprétation particulière (FB 12/478-484);

------- Non d'après Ibn Abbâs, Ibn Sîrîn, etc ; cela semble aussi être l'avis de Ibn Taymiyya (MF 13/93-94).

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Secundo) Quand on est en état de veille :

----- Depuis le décès du Prophète, on ne peut jamais voir, alors qu'on est en état de veille, une personne ayant exactement la même apparence physique que le Prophète, car, comme cela a été dit dans la Sunna, "le Diable ne peut pas prendre l'apparence du Prophète" ; or nul ne peut, depuis le décès du Prophète, voir, en état de veille, celui-ci : ni corps et âme ; ni âme.
----- Par contre, il peut arriver qu'on voit une personne ayant une apparence légèrement différente de celle qui est relatée au sujet du Prophète (al-Hassan ibn 'Alî lui ressemblait), et cette personne nous dit qu'elle est le Prophète, ou on ressent qu'elle est le Prophète : ce n'est alors pas le Prophète mais un djinn. Ibn Taymiyya a été clair sur ce point : "وقد ثبت في الصحيح عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه قال {من رآني في المنام فقد رآني حقا فإن الشيطان لا يتمثل في صورتي} فهذا في رؤية المنام؛ لأن الرؤية في المنام: تكون حقا، وتكون من الشيطان؛ فمنعه الله أن يتمثل به في المنام. وأما في اليقظة فلا يراه أحد بعينه في الدنيا" (MF 1/172-173) ; "ولهذا يحصل عند القبور لبعض الناس من خطاب يسمعه وشخص يراه وتصرف عجيب ما يظن أنه من الميت وقد يكون من الجن والشياطين؛ مثل أن يرى القبر قد انشق وخرج منه الميت وكلمه وعانقه - وهذا يرى عند قبور الأنبياء وغيرهم - وإنما هو شيطان. فإن الشيطان يتصور بصور الإنس ويدعي أحدهم أنه النبي فلان أو الشيخ فلان، ويكون كاذبا في ذلك. وفي هذا الباب من الوقائع ما يضيق هذا الموضع عن ذكره وهي كثيرة جدا. والجاهل يظن أن ذلك الذي رآه قد خرج من القبر وعانقه أو كلمه هو المقبور أو النبي أو الصالح وغيرهما. والمؤمن العظيم يعلم أنه شيطان" (MF 1/168).

D'ailleurs, certains ulémas disent que ce que ce hadîth a énoncé pour le prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) précisément, cela est valable pour tous les prophètes aussi (sur eux soit la paix) : le djinn ne peut pas prendre leur apparence non plus.

Al-Baghawî écrit ainsi : "ورؤية النبي صلى الله عليه وسلم في المنام حق، ولا يتمثل الشيطان به. وكذلك جميع الأنبياء والملائكة عليهم السلام" (Shar'h us-Sunna).
Al-Qâdhî 'Iyâdh écrit que l'histoire qui relate qu'un djinn prit l'apparence du prophète-roi Salomon (sur lui soit la paix) et prit sa place sur le trône, cette histoire est fausse (As-Shifâ, 2/148). En commentaire, 'Alî al-qârî écrit : "قلت: ومما يؤيد هذا قوله عليه الصلاة والسلام "إن الشيطان لا يتمثل بي ولا يتصور بصورتي": فهذا إذا كان ممنوعا عنه في حال المنام، فبالأولى أن لا يقدر على التمثل في حال اليقظة بشكله عليه الصلاة والسلام. والظاهر أن سائر الأنبياء عليهم السلام يكون أمرهم على هذا النظام؛ فإن الأنام مأمورون باتباع أوامرهم ونواهيهم والاقتداء بأقواله وأفعالهم؛ فلو صور الشيطان بصور الأنبياء، لوقع التشكيك في حقيقة أحوالهم" (Shar'h ush-Shifâ).

En vertu de ces dires, ceux qui, en état de veille, voient qui ils croient être Jésus fils de Marie, n'ont vu en fait qu'un djinn qui s'est fait passer pour celui-ci.

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VI) Le Hadîth parlant du fait que celui qui voit le Prophète en rêve le verra bientôt en état de veille :

Lire à ce sujet notre article : Voir le Prophète (sur lui soit la paix) en rêve / en état de veille.

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Conclusion :

D'une part aucun texte formel n'établit que l'âme du Prophète voyage dans le monde dans lequel nous évoluons pour venir assister aux assemblées que nous tenons.

D'autre part Dieu ne nous a pas demandé de chercher à entrer en contact avec l'âme du Prophète. Le Prophète n'a pas enseigné cela, et les Compagnons n'ont pas cherché non plus à le réaliser. Ce qui nous est demandé c'est de nous mettre en communion avec Dieu, et de chercher à le faire en suivant le sentier que le Prophète a tracé et que ses Compagnons ont suivi.

C'est là l'authentique spiritualité musulmane. Et c'est là le soufisme authentique.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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