Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) est-il mort ? Si oui, pourquoi dit-on que "les prophètes sont vivants dans leur tombe, et prient" ? - L'âme du Prophète assiste-t-elle à des assemblées d'invocation ?

Question (posée oralement) :

Ma croyance est que l'âme du Prophète (sur lui la paix) se déplace dans le monde des vivants, qu'elle se rend auprès de la Kaaba et qu'elle vient assister à des séances de dhikr etc. Si on a un cœur vivant, on ressent la présence du Prophète près de nous quand on le salue en lui disant : "As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabî".

Plusieurs choses prouvent que l'âme du Prophète est présente auprès de nous…
Premièrement le Prophète est vivant dans sa tombe.
Deuxième chose : lorsqu'on récite la formule du tashahhud pendant la prière rituelle, on y dit tous : "As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabiyyu" avec le "kâf ul-khitâb" : pourquoi est-il institué de dire "La paix soit sur toi, ô Prophète", sinon parce que le Prophète est présent ?
La troisième chose est que le Prophète a lui-même rencontré les autres prophètes lors son voyage nocturne (al-isrâ' wa-l-mi'râj) : n'est-ce pas une preuve qu'on peut rencontrer les âmes des défunts ?
La quatrième est le Hadîth où le Prophète (sur lui la paix) dit : "C'est comme si je voyais Moïse descendant du col [de cette vallée] en émettant une voix vers Dieu par la talbiya". Plus tard et dans une autre vallée, le Prophète dit une chose voisine à propos du prophète Jonas [rapporté par Muslim, n° 166].
Cinquièmement, je connais des personnes qui m'ont dit avoir médité face à la tombe du Prophète, une autre fois près de la tombe de pieux personnages, et, à chaque fois, elles racontent avoir vu, pendant leur méditation, quelqu'un sortir de la tombe. Vous ne voyez pas qu'il s'agit bien de l'âme du défunt, qui vient à la rencontre de la personne qui médite ?
Enfin, sixièmement, il y a le Hadîth : "من رآني في المنام فسيراني في اليقظة، ولا يتمثل الشيطان بي" : "Qui me voit en rêve, me verra bientôt en état de veille ; et le diable ne peut pas prendre ma forme" (al-Bukhârî)...

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Réponse :

Vous avez évoqué différents points, nous allons les traiter l'un après l'autre…

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A) Le Prophète (sur lui soit la paix) est-il vivant, ou bien est-il mort ?

Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a bien connu la mort. Abû Bakr (que Dieu l'agrée) n'avait-il pas dit, s'adressant au Prophète alors que celui-ci venait de décéder : "Dieu ne réunira pas deux morts sur toi. Pour ce qui est de la mort qui t'avait été prédestinée, tu l'as connue" : "عن عائشة رضي الله عنها زوج النبي صلى الله عليه وسلم، قالت: أقبل أبو بكر رضي الله عنه على فرسه من مسكنه بالسنح حتى نزل، فدخل المسجد، فلم يكلم الناس حتى دخل على عائشة رضي الله عنها، فتيمم النبي صلى الله عليه وسلم وهو مسجى ببرد حبرة، فكشف عن وجهه، ثم أكب عليه، فقبله، ثم بكى، فقال: "بأبي أنت يا نبي الله، لا يجمع الله عليك موتتين، أما الموتة التي كتبت عليك فقد متها" (rapporté par al-Bukhârî, n° 1185) ? N'avait-il pas dit ensuite aux gens : "Celui d'entre vous qui adorait Muhammad, (qu'il sache que) Muhammad est mort. Et celui qui adorait Dieu, alors (qu'il se souvienne que) Dieu est vivant et ne meurt jamais", puis n'avait-il pas récité le verset du Coran qui parle de la mort du prophète ? Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée) n'avait-il pas dit que c'est lorsqu'il entendit Abû Bakr réciter ce verset qu'il prit conscience que le Prophète était mort : "عن عبد الله بن عباس، أن أبا بكر خرج وعمر بن الخطاب يكلم الناس فقال: اجلس يا عمر، فأبى عمر أن يجلس، فأقبل الناس إليه، وتركوا عمر، فقال أبو بكر: "أما بعد! فمن كان منكم يعبد محمدا صلى الله عليه وسلم، فإن محمدا قد مات، ومن كان منكم يعبد الله فإن الله حي لا يموت، قال الله: {وما محمد إلا رسول قد خلت من قبله الرسل} إلى قوله {الشاكرين}، وقال: والله لكأن الناس لم يعلموا أن الله أنزل هذه الآية حتى تلاها أبو بكر، فتلقاها منه الناس كلهم، فما أسمع بشرا من الناس إلا يتلوها". فأخبرني سعيد بن المسيب، أن عمر قال: "والله ما هو إلا أن سمعت أبا بكر تلاها فعقرت، حتى ما تقلني رجلاي، وحتى أهويت إلى الأرض حين سمعته تلاها، علمت أن النبي صلى الله عليه وسلم قد مات" (rapporté par al-Bukhârî, n° 3467) ? Dieu lui-même dit : "إِنَّكَ مَيِّتٌ وَإِنَّهُم مَّيِّتُونَ ثُمَّ إِنَّكُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ عِندَ رَبِّكُمْ تَخْتَصِمُونَ" : "Tu mourras et eux (aussi) mourront. Puis vous vous disputerez le jour du jugement auprès de votre Seigneur" (Coran 39/30-31). "وَمَا مُحَمَّدٌ إِلاَّ رَسُولٌ قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلِهِ الرُّسُلُ أَفَإِن مَّاتَ أَوْ قُتِلَ انقَلَبْتُمْ عَلَى أَعْقَابِكُمْ وَمَن يَنقَلِبْ عَلَىَ عَقِبَيْهِ فَلَن يَضُرَّ اللّهَ شَيْئًا وَسَيَجْزِي اللّهُ الشَّاكِرِينَ" : "Muhammad n'est qu'un messager. Les messagers ont déjà passé avant lui. Si donc il mourait ou était tué, retournerez-vous sur vos talons ?" (Coran 3/144).
Au sujet du prophète Moïse (sur lui soit la paix), le prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) a parlé ainsi du moment de sa mort : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: "أرسل ملك الموت إلى موسى عليهما السلام، فلما جاءه صكه، فرجع إلى ربه، فقال: أرسلتني إلى عبد لا يريد الموت، فرد الله عليه عينه وقال: ارجع، فقل له: يضع يده على متن ثور فله بكل ما غطت به يده بكل شعرة سنة، قال: أي رب، ثم ماذا؟ قال: ثم الموت، قال: فالآن، فسأل الله أن يدنيه من الأرض المقدسة رمية بحجر." قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "فلو كنت ثم لأريتكم قبره، إلى جانب الطريق، عند الكثيب الأحمر" (al-Bukhârî, 1274, Muslim, 2372).

D'un autre côté le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "الأنبياء أحياء في قبورهم يصلون" : "Les prophètes sont vivants dans leur tombe, priant" (authentifié par al-Albânî, Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, n° 621, voir aussi Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar, tome 6 pp. 594-595). Comment comprendre ce Hadîth par rapport aux textes précédents ?
Et quelle est la spécificité du Prophète quand on sait que tous les défunts connaissent une forme de vie après la mort, la vie du barzakh : le Prophète n'a-t-il pas dit que l'âme du défunt est ramenée à son corps : "فتعاد روحه في جسده. فيأتيه ملكان، فيجلسانه، فيقولان له: من ربك؟" (Abû Dâoûd n° 4753, Ahmad n° 17803), Ibn ul-Qayyim ayant relaté que cela se passe juste après l'enterrement de ce corps (Ar-Rûh, p. 97) ? Cela ne signifie certes pas que, lors de ce moment ici décrit, le défunt revienne à la vie telle qu'il la connaissait sur Terre ; mais cela signifie que, lors de ce moment, dans le lien subsistant après la mort entre l'âme et le corps, un changement se produit par rapport au moment qui avait suivi la mort et qui précède le moment ici décrit (Ar-Rûh, pp. 39-43). En tous cas, les défunts connaissant tous une forme de vie après la mort, quelle est la spécificité du Prophète à ce sujet ?
Et que dire de cet autre Hadîth, celui où le Prophète, parlant du moment où il sera mort, a dit : "عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "ما من أحد يسلم علي إلا رد الله علي روحي حتى أرد عليه السلام" : "Chaque fois qu'une personne me saluera, Dieu me rendra mon âme pour que je rende à cette personne sa salutation" (rapporté par Abû Dâoûd, n° 2041) ? Etant donné qu'il y est question d'un retour de l'âme, cela signifierait-il que le Prophète aura été, avant cela, sans vie aucune ?
Même si on fait une ta'wîl de ce dernier hadîth, la question demeure : Quelle est la particularité du Prophète, quand on sait qu'un autre Hadîth dit : "ما من أحد يمر بقبر أخيه المؤمن كان يعرفه في الدنيا فيسلم عليه إلا عرفه ورد عليه السلام" : "Toute personne qui passe près de la tombe de son frère croyant, qu'il connaissait dans la vie terrestre et lui adresse sa salutation, (le défunt) le reconnaît et lui rend sa salutation" (Ibn Taymiyya relate que Ibn 'Abd il-barr a authentifié ce hadîth : cf. Al-Iqtidhâ, p. 301) et que certains ulémas (dont al-Âlûssî le père) sont  d'avis que le défunt entend la salutation que celui qui rend visite à sa tombe lui adresse ?

La réponse à ces questions est que, déjà, pour ce qui est du hadîth où le Prophète a dit "Chaque fois qu'une personne me saluera, Dieu me rendra mon âme pour que je rende à cette personne sa salutation" : en fait ici "rûhî" ne signifie pas "mon âme" mais : "mon attention" : celle-ci se tourne alors vers la salutation retransmise par les anges (Fat'h ul-bârî, tome 6 p. 596). Il faudrait donc plutôt traduire par : "Chaque fois qu'une personne me saluera, Dieu fera que mon attention se tourne (vers cette salutation) pour que je rende à cette personne sa salutation".

Pour les autres hadîths, la synthèse est comme suit, et c'est Cheikh Manzûr an-Nu'mânî qui l'a faite :
La vie dont les prophètes bénéficient dans leur tombe est quelque chose de particulier. Ces différents hadîths expriment chacun un aspect de cette vie particulière (hayâh barzakhiyya) que les prophètes ont après leur décès. Leur vie d'alors est à la fois :
--- différente de la vie de ce monde, al-hayât ud-dunyawiyya, que les prophètes n'ont plus, puisqu'ils ont connu la mort (et c'est ce qui explique les paroles de Abû Bakr et de Omar ibn ul-Khattâb suscitées),
--- et plus élevée que le niveau de hayâh barzakhiyya que tous les défunts non-prophètes connaissent eux aussi entre le moment de leur mort jusqu'à avant la résurrection (et c'est ce qui explique le hadîth disant que les prophètes sont vivants dans leur tombe, priant) (cf. Mas'ala-é hayât un-nabî kî haqîqat, p. 12).

Des martyrs, le Coran dit qu'il ne faut pas dire qu'ils sont morts, et même qu'il ne faut pas penser qu'ils sont morts : "وَلاَ تَقُولُواْ لِمَنْ يُقْتَلُ فِي سَبيلِ اللّهِ أَمْوَاتٌ بَلْ أَحْيَاء وَلَكِن لاَّ تَشْعُرُونَ" (Coran 2/154) ; "وَلاَ تَحْسَبَنَّ الَّذِينَ قُتِلُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ أَمْوَاتًا بَلْ أَحْيَاء عِندَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ" (Coran 3/169). Or les martyrs sont bien morts par rapport à la hayâh dunyawiyya ; la preuve en est qu'ils ont été inhumés, que leur legs a été partagé entre leurs héritiers, et que leurs veuves se sont remariées. Ces versets parlent seulement d'un niveau de hayâh barzakhiyya supérieur à celui de tous les autres défunts [hormis les prophètes] : "عن مسروق، قال: سألنا عبد الله عن هذه الآية: {ولا تحسبن الذين قتلوا في سبيل الله أمواتا بل أحياء عند ربهم يرزقون}. قال: "أما إنا قد سألنا عن ذلك، فقال: "أرواحهم في جوف طير خضر، لها قناديل معلقة بالعرش، تسرح من الجنة حيث شاءت، ثم تأوي إلى تلك القناديل. فاطلع إليهم ربهم اطلاعة، فقال: "هل تشتهون شيئا؟" قالوا: "أي شيء نشتهي ونحن نسرح من الجنة حيث شئنا؟" ففعل ذلك بهم ثلاث مرات، فلما رأوا أنهم لن يتركوا من أن يسألوا، قالوا: "يا رب، نريد أن ترد أرواحنا في أجسادنا حتى نقتل في سبيلك مرة أخرى." فلما رأى أن ليس لهم حاجة تركوا" (Muslim, 1887).

Dans une autre parole, le Prophète a dit : "Dieu a interdit à la terre de ronger le corps des prophètes" : "عن أوس بن أوس، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن من أفضل أيامكم يوم الجمعة، فيه خلق آدم، وفيه قبض، وفيه النفخة، وفيه الصعقة، فأكثروا علي من الصلاة فيه، فإن صلاتكم معروضة علي." قال: قالوا: يا رسول الله، وكيف تعرض صلاتنا عليك وقد أرمت - يقولون: بليت -؟ فقال: "إن الله عز وجل حرم على الأرض أجساد الأنبياء" (rapporté par Abû Dâoûd, n° 1047). Ceci constitue-t-il un effet, ou bien une cause, de cette vie particulière que les prophètes connaissent dans leur tombe ?
Je ne sais pas (لا أدري).

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B) La formule du tashahhud :

Il est certain que la formule du tashahhud emploie les termes "La paix soit sur toi ô Prophète, ainsi que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions". Mais cette formulation signifie-t-elle que l'âme du Prophète est présente quand on prie ?

Déjà il faut ici relever que Ibn Mas'ûd disait qu'ils disaient "As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabî" tant que le Prophète était parmi nous nous disions. Mais lorsqu'il fut repris, nous dîmes : "As-salâmu 'ala-n-nabî"" : "عن سخبرة أبي معمر قال: سمعت ابن مسعود يقول: علمني رسول الله صلى الله عليه وسلم، وكفي بين كفيه، التشهد، كما يعلمني السورة من القرآن: "التحيات لله، والصلوات والطيبات، السلام عليك أيها النبي ورحمة الله وبركاته، السلام علينا وعلى عباد الله الصالحين، أشهد أن لا إله إلا الله، وأشهد أن محمدا عبده ورسوله" وهو بين ظهرانينا. فلما قبض قلنا: السلام - يعني - على النبي صلى الله عليه وسلم" (rapporté par al-Bukhârî, n° 5910, Ahmad : voir Fat'h ul-bârî, commentaire de ce Hadîth : y sont mentionnés d'autres recueils de Hadîth ayant eux aussi rapporté cela). Al-Albânî est ainsi d'avis que c'est cela qu'il s'agit de dire dans la formule de la tashahhud : "As-salâmu 'ala-n-nabî wa rahmatullâhi wa barakâtuh" : "Que la paix soit sur le Prophète ainsi que la miséricorde de Dieu et ses bénédictions" (Sifatu salât in-nabî, pp. 126-127, note de bas de page). Il relate que Aïcha aussi enseignait le tashahhud avec la même formule que Ibn Mas'ûd.

Il est vrai que, même en ce qui concerne la période ayant suivi le décès du Prophète, la très grande majorité des ulémas n'ont malgré tout pas rendu obligatoire de dire "Que la paix soit sur le Prophète" au lieu de "Que la paix soit sur toi, ô Prophète". Ibn Hajar écrit : "As-Subkî a écrit dans Shar'h ul-minhâj : "Si cela est établi de façon authentique de la part des Compagnons, cela indique que l'emploi du pronom à la seconde personne dans la formule du salâm après (le vivant du Prophète) n'est pas obligatoire ; il sera dit : "As-salâmu 'ala-n-nabî"." Je dirai : "Cela est prouvé de façon authentique sans aucun doute..."" (Fat'h ul-bârî, commentaire du Hadîth n° 797). Voyez : il a écrit que l'emploi du nom ("As-salâmu 'ala-n-nabî") au lieu du pronom à la deuxième personne ("As-salâmu 'alayka ayyuha-n-nabî") est légale et permise. Mais il s'agit seulement d'une autorisation (mashrû'iyya) et non d'une obligation, et on retombe donc sur la question du début : comment expliquer que, de toute façon, il soit aussi possible (mashrû') de dire : "Que la paix soit sur toi ô Prophète" : cela ne veut-il pas dire que le Prophète est présent au moment où on prie, au point que l'on puisse s'adresser à lui par un pronom à la seconde personne ?

La réponse est donnée par Ibn Taymiyya : "Celui qui fait la prière dit "Que la paix soit sur toi ô Prophète, ainsi que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions" : l'être humain fait souvent ainsi : il s'adresse à celui qu'il se représente mentalement, bien que celui-ci ne soit pas présent dans la réalité" (Al-Iqtidhâ, p. 381). Quand on est en proie à une difficulté qu'a entraînée un acte personnel qu'un proche nous avait pourtant déconseillé d'entreprendre, on se dit ainsi, bien que l'on soit seul chez soi : "Ah, Salim, tu avais raison ! J'aurais dû t'écouter et suivre ton conseil !" : Salim est absent, mais on se le représente mentalement. Ibn Taymiyya explique que c'est pour la même raison que, au Compagnon venu lui demander d'invoquer Dieu pour qu'Il le guérisse de sa mauvaise vue, le Prophète dit d'aller faire ses ablutions, d'invoquer lui aussi Dieu et de dire : "O Dieu, je Te demande et me tourne vers toi par (l'invocation et l'intercession de) Ton Prophète Muhammad, le prophète de la miséricorde" et : "O Muhammad, ô Messager de Dieu, je me tourne par ton (intercession) vers mon Seigneur pour qu'Il satisfasse le besoin que j'ai. O Dieu, accepte son intercession en ma faveur" (Ibid.). (Voir aussi Minhâj us-sunna an-nabawiyya, tome 2 p. 117).

Dans le tashahhud, on emploie donc le pronom à la seconde personne à propos du Prophète non pas parce que son âme serait présente près de nous, mais parce qu'on se le représente mentalement bien qu'il soit absent.

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C) Les âmes des prophètes viennent-elles dans ce monde, et y interviennent-elles ? Le Hadîth concernant Moïse et Jonas (sur eux soit la paix) :

Pour ce qui est du Hadîth : "C'est comme si je voyais Moïse, les doigts placés dans les oreilles élevant la voix vers Dieu par la talbiya, passant par cette vallée" et ensuite "C'est comme si je voyais Jonas sur une chamelle rousse, portant un manteau de laine, la laisse de sa chamelle étant en fibre de dattier, passant par cette vallée en faisant la talbiya" : "عن ابن عباس قال: سرنا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم بين مكة والمدينة، فمررنا بواد، فقال: "أي واد هذا؟" فقالوا: وادي الأزرق، فقال: "كأني أنظر إلى موسى صلى الله عليه وسلم - فذكر من لونه وشعره شيئا لم يحفظه داود - واضعا إصبعيه في أذنيه، له جؤار إلى الله بالتلبية، مارا بهذا الوادي." قال: ثم سرنا حتى أتينا على ثنية، فقال: "أي ثنية هذه؟" قالوا: هرشى - أو لفت. فقال: "كأني أنظر إلى يونس على ناقة حمراء، عليه جبة صوف، خطام ناقته ليف خلبة، مارا بهذا الوادي ملبيا" (rapporté par Muslim, n° 166), "عن مجاهد، قال: كنا عند ابن عباس رضي الله عنهما، فذكروا الدجال أنه قال: "مكتوب بين عينيه كافر"؛ فقال ابن عباس: لم أسمعه ولكنه قال: "أما موسى كأني أنظر إليه إذ انحدر في الوادي يلبي" (rapporté par al-Bukhârî, n° 1480), des ulémas l'ont interprété différemment. Voici ce que al-qâdhî 'Iyâdh relate et présente : "قال القاضي عياض رحمه الله: أكثر الروايات في وصفهم تدل على أنه صلى الله عليه وسلم رأى ذلك ليلة أسري به وقد وقع ذلك مبينا فى رواية أبى العالية عن بن عباس وفى رواية بن المسيب عن أبي هريرة وليس فيها ذكر التلبية. قال: فإن قيل: كيف يحجون ويلبون وهم أموات وهم في الدار الآخرة وليست دار عمل؟ فاعلم أن للمشايخ وفيما ظهر لنا عن هذا أجوبة أحدها أنهم كالشهداء بل هم أفضل منهم والشهداء أحياء عند ربهم فلا يبعد أن يحجوا ويصلوا كما ورد في الحديث الآخر وأن يتقربوا إلى الله تعالى بما استطاعوا لأنهم وإن كانوا قد توفوا فهم في هذه الدنيا التي هي دار العمل حتى إذا فنيت مدتها وتعقبتها الآخرة التي هي دار الجزاء انقطع العمل. الوجه الثاني أن عمل الآخرة ذكر ودعاء قال الله تعالى دعواهم فيها سبحانك اللهم وتحيتهم فيها سلام. الوجه الثالث أن تكون هذه رؤية منام في غير ليلة الإسراء أو في بعض ليلة الاسراء كما قال فى رواية ابن عمر رضي الله عنهما "بينا أنا نائم رأيتنى أطوف بالكعبة" وذكر الحديث في قصة عيسى صلى الله عليه وسلم. الوجه الرابع أنه صلى الله عليه وسلم أري أحوالهم التي كانت في حياتهم ومثلوا له في حال حياتهم كيف كانوا وكيف حجهم وتلبيتهم كما قال صلى الله عليه وسلم كأني أنظر إلى موسى وكأني أنظر إلى عيسى وكأني أنظر إلى يونس عليهم السلام. الوجه الخامس أن يكون أخبر عما أوحي إليه صلى الله عليه وسلم من أمرهم وما كان منهم، وإن لم يرهم رؤية عين هذا آخر كلام القاضي عياض رحمه الله والله أعلم" (Shar'h Muslim). (Voir aussi Fat'h ul-bârî, tome 6 p. 594.)

Voici 3 de ces interprétations :

a) durant leur vie terrestre, Moïse et Jonas vinrent effectuer le pèlerinage à la Kaaba ; et c'est pendant que Muhammad (sur eux tous soit la paix) était en état de veille que Dieu lui a fait voir / lui a fait savoir par révélation : la scène qui s'était réellement passée lorsque, durant leur vie terrestre, ces prophètes étaient venus accomplir le pèlerinage ici ("muththilû lahû" : 4 / ou "ûhiya ilayh" : 5) ;

b) Moïse et Jonas n'ont pas accompli, durant leur vie, le pèlerinage à la Mecque ; c'est alors que la mort de ces deux prophètes avait déjà eu lieu que, dans une dimension parallèle, ils ont effectué ce pèlerinage ; le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a relaté aux Compagnons ce qu'il voyait alors de ce monde parallèle (1) ;

c) Moïse et Jonas n'ont pas accompli le pèlerinage à la Mecque, ni durant leur vie terrestre, ni après leur décès ; ce que le prophète Muhammad a ici relaté ("C'est comme si je vois...") est seulement le contenu d'un rêve qu'il a vu pendant son sommeil (3) ; or le rêve est quelque chose qui a une symbolique ; il ne relate pas toujours quelque chose qui s'est réellement déroulé, ni qui peut se dérouler réellement. La preuve en est qu'en rêve le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a vu Jésus fils de Marie, mais aussi le faux Messie, ad-Dajjâl, tourner autour de la Kaaba : "عن نافع، قال عبد الله: ذكر النبي صلى الله عليه وسلم، يوما بين ظهري الناس المسيح الدجال، فقال: "إن الله ليس بأعور، ألا إن المسيح الدجال أعور العين اليمنى، كأن عينه عنبة طافية. وأراني الليلة عند الكعبة في المنام، فإذا رجل آدم، كأحسن ما يرى من أدم الرجال تضرب لمته بين منكبيه، رجل الشعر، يقطر رأسه ماء، واضعا يديه على منكبي رجلين وهو يطوف بالبيت، فقلت: من هذا؟ فقالوا: هذا المسيح ابن مريم. ثم رأيت رجلا وراءه جعدا قططا أعور العين اليمنى، كأشبه من رأيت بابن قطن، واضعا يديه على منكبي رجل يطوف بالبيت، فقلت: من هذا؟ قالوا: المسيح الدجال" (rapporté par al-Bukhârî, n° 3256, Muslim, n° 169). Or dans la réalité ad-Dajjâl n'a pas la possibilité d'entrer à La Mecque (les hadîths sont bien connus). On voit qu'en rêve on peut voir quelque chose qui ne peut pas se dérouler dans le réel de ce monde.
Il y a également ce récit de Ibn Abbâs : "عن ابن عباس، قال: "رأيت النبي صلى الله عليه وسلم، في المنام بنصف النهار أشعث أغبر معه قارورة فيها دم يلتقطه أو يتتبع فيها شيئا. قال: قلت: "يا رسول الله ما هذا؟" قال: "دم الحسين وأصحابه؛ لم أزل أتتبعه منذ اليوم." قال عمار: "فحفظنا ذلك اليوم، فوجدناه قتل ذلك اليوم" (Ahmad, 2165). Il est, ici encore, évident que le Prophète n'est pas allé ramasser le sang de al-Hussein et de ses compagnons de voyage ayant été tués avec lui à Karbalâ', pour le mettre dans une bouteille : ce dire dans ce rêve n'a qu'une portée symbolique.

Seule l'interprétation b peut sembler aller dans le sens de ce que vous prétendez.
Mais, à considérer les choses attentivement, même cette interprétation-là ne va pas dans ce sens. En effet, lisez attentivement ce que le Prophète a dit : "C'est comme si je voyais..." ; il n'a pas dit : "Je vois…".
D'autre part, lui était prophète de Dieu, et nous pas. Supposons un instant que les âmes de prophètes se déplacent dans le monde parallèle, comment être certain, en tant que simple personne, avoir vu l'âme d'un prophète et pas un djinn qu'on a cru être un prophète (exactement comme dans le cas qui est relaté en E) ?

Au contraire, les textes suivants nous montrent que les prophètes, ayant été repris par Dieu, ne sont plus présents et n'ont même plus connaissance de ce qui se passe sur Terre, sauf connaissances isolées que Dieu leur fait éventuellement parvenir ; mais ils n'ont plus connaissance de ce qui se passe sur Terre comme, durant leur présence sur Terre, ils avaient connaissance de ce qui se passait devant eux.
Le verset suivant, où est relatée la parole de Jésus : "وَكُنتُ عَلَيْهِمْ شَهِيدًا مَّا دُمْتُ فِيهِمْ فَلَمَّا تَوَفَّيْتَنِي كُنتَ أَنتَ الرَّقِيبَ عَلَيْهِمْ" (Coran 5/117), montre bien la différence entre le moment où Jésus était sur Terre et le moment où Dieu l'avait élevé à Lui.
Le hadîth suivant montre quant à lui que le Prophète (sur lui soit la paix) ne savait pas que certaines personnes qu'il avait vues de son vivant sur Terre avaient apostasié après son décès : "ألا وإنه يجاء برجال من أمتي فيؤخذ بهم ذات الشمال، فأقول: "يا رب أصيحابي". فيقال: "إنك لا تدري ما أحدثوا بعدك". فأقول كما قال العبد الصالح: "وكنت عليهم شهيدا ما دمت فيهم، فلما توفيتني كنت أنت الرقيب عليهم وأنت على كل شيء شهيد". فيقال: "إن هؤلاء لم يزالوا مرتدين على أعقابهم منذ فارقتهم" (al-Bukhârî, 4349, Muslim, 2860).

Par ailleurs, il y a cet autre hadîth, qui montre que le Prophète ne peut plus, après son décès, venir argumenter et défendre les musulmans : "غير الدجال أخوفني عليكم! إن يخرج وأنا فيكم، فأنا حجيجه دونكم. وإن يخرج ولست فيكم، فامرؤ حجيج نفسه، والله خليفتي على كل مسلم" : "Si (ad-Dajjâl) apparaît alors que je suis parmi vous, je serai son adversaire par rapport à vous. Et s'il apparaît alors que je ne suis pas parmi vous, alors chaque homme sera l'adversaire de (ad-Dajjâl) pour lui-même, et Dieu est Celui qui me remplace pour (s'occuper de) chaque musulman" (Muslim, 2937). Car si même après son départ de ce monde le Prophète se déplaçait dans ce monde, qu'est-ce qui l'empêcherait de venir défendre les musulmans et argumenter avec ad-Dajjâl ?

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D) La rencontre entre le Prophète – alors encore vivant – et les autres prophètes – alors déjà tous décédés à l'exception de l'un d'eux – lors de l'ascension nocturne :

Dans les Hadîths il est certes fait mention de la nuit du voyage nocturne (al-isrâ' wa-l-mi'râj). Et cette nuit-là, le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a également [passant près de sa tombe, dans son voyage de La Mecque à Jérusalem] vu le prophète Moïse dans sa tombe, debout priant dans celle-ci : "عن أنس بن مالك، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "أتيت - وفي رواية هداب: مررت - على موسى ليلة أسري بي عند الكثيب الأحمر، وهو قائم يصلي في قبره" (Muslim, 2375).
Ensuite, dans les cieux, il rencontra quelques prophètes qu'il salua ; avec Moïse il y eut un dialogue.
Après être redescendu, il dirigea la prière devant tous les prophètes à Bayt ul-Maqdis.

Mais d'une part, mis à part Jésus fils de Marie, ce sont les âmes des prophètes seulement qui se sont rendues cette nuit-là à la rencontre du prophète Muhammad voyageant en compagnie de l'ange Gabriel. Quant à leur corps, ils sont restés dans leur tombe (Zâd ul-ma'âd, tome 3 p. 41). Il s'agissait également de l'âme de Moïse qu'il vit prier debout.
"ومما يشبه هذا إخباره صلى الله عليه وسلم بما رآه ليلة المعراج من الأنبياء في السموات وأنه رأى آدم وعيسى ويحيى ويوسف وإدريس وهارون وموسى وإبراهيم صلوات الله وسلامه عليهم، وأخبر أيضا أنه رأى موسى قائما يصلي في قبره، وقد رآه أيضا في السموات. ومعلوم أن أبدان الأنبياء في القبور إلا عيسى وإدريس. وإذا كان موسى قائما يصلي في قبره، ثم رآه في السماء السادسة مع قرب الزمان، فهذا أمر لا يحصل للجسد" (MF 5/526-527). "سئل - رحمه الله - عن هذه الأحاديث: أن النبي صلى الله عليه وسلم رأى موسى عليه السلام وهو يصلي في قبره؛ ورآه وهو يطوف بالبيت؛ ورآه في السماء. وكذلك بعض الأنبياء. وهل إذا مات أحد يبقى له عمل؟ والحديث أنه ينقطع عمله. وهل ينتفع بهذه الصلاة والطواف؟ وهل رأى الأنبياء بأجسادهم في هذه الأماكن أم بأرواحهم؟ فأجاب: الحمد لله رب العالمين. أما رؤيا موسى عليه السلام في الطواف فهذا كان رؤيا منام، لم يكن ليلة المعراج كذلك جاء مفسرا كما رأى المسيح أيضا ورأى الدجال. وأما رؤيته ورؤية غيره من الأنبياء ليلة المعراج في السماء لما رأى آدم في السماء الدنيا ورأى يحيى وعيسى في السماء الثانية ويوسف في الثالثة وإدريس في الرابعة وهارون في الخامسة وموسى في السادسة وإبراهيم في السابعة أو بالعكس، فهذا رأى أرواحهم مصورة في صور أبدانهم. وقد قال بعض الناس: لعله رأى نفس الأجساد المدفونة في القبور؛ وهذا ليس بشيء. لكن عيسى صعد إلى السماء بروحه وجسده؛ وكذلك قد قيل في إدريس. وأما إبراهيم وموسى وغيرهما فهم مدفونون في الأرض. (...). وأما كونه رأى موسى قائما يصلي في قبره، ورآه في السماء أيضا، فهذا لا منافاة بينهما فإن أمر الأرواح من جنس أمر الملائكة: في اللحظة الواحدة تصعد وتهبط، كالملك؛ ليست في ذلك كالبدن. وقد بسطت الكلام على أحكام الأرواح بعد مفارقة الأبدان في غير هذا الموضع وذكرت بعض ما في ذلك من الأحاديث والآثار والدلائل" (MF 4/328-329).

Et d'autre part le Prophète lui-même n'était cette nuit-là pas dans la dimension purement physique dans laquelle nous évoluons : ce fut "dans une dimension qui fut à mi-chemin entre le monde invisible et le monde matériel, réunissant les caractéristiques des deux". Ceci entraîna que, bien que le Prophète fit ce voyage avec son être tout entier, corps et âme, "les règles de l'âme s'appliquèrent à son corps", et "les choses invisibles revêtirent une forme matérielle" à ses yeux : "وأسرى به إلى المسجد الأقصى، ثم إلى سدرة المنتهى، وإلى ما شاء الله، وكل ذلك لجسده صلى الله عليه وسلم في اليقظة، ولكن ذلك في موطن هو برزخ بين المثال والشهادة جامع لأحكامهما، فظهر على الجسد أحكام الروح، وتمثل الروح والمعاني الروحية أجسادا" (Hujjat ullâh il-bâligha, 2/560).

Lire notre article consacré à al-Isrâ' wa-l-Mi'râj.

En voici un extrait :

Il y a donc ici 4 choses :
i) ce que l'âme voit et ressent pendant cette vie terrestre, lors de l'état de veille ; or, ici, comme Ibn ul-Qayyim l'a dit : "فالأبدان هنا ظاهرة، والأرواح خفية" (Ar-Rûh) ;
ii) ce que l'âme voit et ressent pendant cette vie terrestre, lors d'un rêve véridique ;
iii) ce que, après la mort du corps qu'elle habitait, l'âme voit et ressent après avoir quitté ce corps et en s'élevant jusqu'au ciel ;
iv) et ce que l'âme et le corps verront et ressentiront lors du jour de la résurrection.
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--- L'avis relaté de Aïcha, Mu'âwiya et al-Hassan al-Basrî au sujet de al-isrâ' wa-l-mi'râj ne relève pas du ii (cela aurait été un rêve) mais est comparable au iii (son âme s'éleva, mais pas son corps, comme cela arrive à tous ceux qui viennent de mourir), à cette seule différence que cela (l'élévation de l'âme) s'est produit ici alors que le Prophète (sur lui soit la paix) n'était pas encore mort.

--- L'avis de la quasi-totalité des ulémas est que ce qui s'est passé lors de al-isrâ' wa-l-mi'râj est comparable au iv, à savoir ce que chaque homme expérimentera le jour de la résurrection : il verra lui aussi les anges, etc., alors même qu'il sera corps et âme.

Il n'y a donc ici non plus pas une preuve de l'idée que les âmes des prophètes voyageraient dans le monde physique et viendraient à la rencontre des vivants.

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En passant, nous pouvons parler des deux occasions où (bien que là il ne rencontra pas de personnes), en état de veille (donc le i), dans sa mosquée à Médine, le Prophète vit le Paradis et le Feu :
--- un jour, après la prière de zohr : "ما رأيت في الخير والشر كاليوم قط، إنه صورت لي الجنة والنار، حتى رأيتهما دون الحائط" (al-Bukhârî, 6678, Muslim, 2359) ;
--- et une autre fois lors de la prière de l'éclipse solaire : le Paradis et le Feu lui parurent alors très proches de lui  : "إن الشمس والقمر آيتان من آيات الله، لا يخسفان لموت أحد ولا لحياته، فإذا رأيتم ذلك، فاذكروا الله. قالوا: يا رسول الله، رأيناك تناولت شيئا في مقامك ثم رأيناك كعكعت؟ قال صلى الله عليه وسلم: إني رأيت الجنة، فتناولت عنقودا، ولو أصبته لأكلتم منه ما بقيت الدنيا؛ وأريت النار، فلم أر منظرا كاليوم قط أفظع" (al-Bukhârî, 1004, Muslim, 907). "ثم انصرف، فقال: قد دنت مني الجنة، حتى لو اجترأت عليها، لجئتكم بقطاف من قطافها، ودنت مني النار حتى قلت: أي رب، وأنا معهم؟ فإذا امرأة - حسبت أنه قال - تخدشها هرة، قلت: ما شأن هذه؟ قالوا: حبستها حتى ماتت جوعا، لا أطعمتها، ولا أرسلتها تأكل - قال نافع: حسبت أنه قال: من خشيش - أو خشاش الأرض" (al-Bukhârî, 712).

--- Est-ce que les voiles furent alors levés entre lui et le monde invisible, de sorte qu'il fut à mi-chemin entre les deux (il était dans la mosquée, mais aurait pu prendre quelque chose de là-bas) (كشفت له الحجب دونها فرآها على حقيقتها وطويت المسافة بينهما، حتى أمكنه أن يتناول منها) (cela étant comparable à ce qu'il vécut lors de al-isrâ' wa-l-mi'râj) ?
--- Ou bien vit-il alors seulement, sur le mur se trouvant devant lui, une projection, en 3 dimensions, du Paradis et de la Géhenne (إنها مثلت له في الحائط كما تنطبع الصورة في المرآة، فرأى جميع ما فيها), la scène étant cependant tellement réaliste qu'il fit un geste vers ce qu'il vit être représenté devant lui (cela étant comparable au reflet de l'image dans le miroir, dit Ibn Hajar ; aujourd'hui on dirait : "cela étant comparable à une scène ayant été filmée et qui est projetée") ?

--- Ces deux interprétations existent chez les ulémas : "قوله "إني رأيت الجنة فتناولت منها عنقودا" ظاهره أنها رؤية عين. فمنهم من حمله على أن الحجب كشفت له دونها فرآها على حقيقتها وطويت المسافة بينهما حتى أمكنه أن يتناول منها؛ وهذا أشبه بظاهر هذا الخبر؛ ويؤيده حديث أسماء الماضي في أوائل صفة الصلاة بلفظ "دنت مني الجنة حتى لو اجترأت عليها لجئتكم بقطف من قطافها". ومنهم من حمله على أنها مثلت له في الحائط كما تنطبع الصورة في المرآة فرأى جميع ما فيها؛ ويؤيده حديث أنس الآتي في التوحيد "لقد عرضت علي الجنة والنار آنفا في عرض هذا الحائط وأنا أصلي"، وفي رواية "لقد مثلت"، ولمسلم "لقد صورت"؛ ولا يرد على هذا أن الانطباع إنما هو في الأجسام الثقيلة لأنا نقول هو شرط عادي فيجوز أن تنخرق العادة خصوصا للنبي صلى الله عليه وسلم؛ لكن هذه قصة أخرى وقعت في صلاة الظهر؛ ولا مانع أن يرى الجنة والنار مرتين بل مرارا على صور مختلفة. وأبعد من قال إن المراد بالرؤية رؤية العلم. قال القرطبي: لا إحالة في إبقاء هذه الأمور على ظواهرها لا سيما على مذهب أهل السنة في أن الجنة والنار قد خلقتا ووجدتا فيرجع إلى أن الله تعالى خلق لنبيه صلى الله عليه وسلم إدراكا خاصا به أدرك به الجنة والنار على حقيقتهما.
قوله "ولو أصبته" في رواية مسلم "ولو أخذته". واستشكل مع قوله "تناولت". وأجيب بحمل التناول على تكلف الأخذ لا حقيقة الأخذ؛ وقيل: المراد: تناولت لنفسي ولو أخذته لكم، حكاه الكرماني وليس بجيد؛ وقيل: المراد بقوله "تناولت" أي وضعت يدي عليه بحيث كنت قادرا على تحويله لكن لم يقدر لي قطفه "ولو أصبته" أي لو تمكنت من قطفه ويدل عليه قوله في حديث عقبة بن عامر عند بن خزيمة "أهوى بيده ليتناول شيئا"، وللمصنف في حديث أسماء في أوائل الصلاة "حتى لو اجترأت عليها"؛ وكأنه لم يؤذن له في ذلك فلم يجترئ عليه؛ وقيل: الإرادة مقدرة أي أردت أن أتناول ثم لم أفعل ويؤيده حديث جابر عند مسلم "ولقد مددت يدي وأنا أريد أن أتناول من ثمرها لتنظروا إليه ثم بدا لي أن لا أفعل" ومثله للمصنف من حديث عائشة كما سيأتي في آخر الصلاة بلفظ "حتى لقد رأيتني أريد أن آخذ قطفا من الجنة حين رأيتموني جعلت أتقدم" ولعبد الرزاق من طريق مرسلة "أردت أن آخذ منها قطفا لأريكموه فلم يقدر" ولأحمد من حديث جابر "فحيل بيني وبينه"؛ قال ابن بطال: لم يأخذ العنقود لأنه من طعام الجنة وهو لا يفنى والدنيا فانية لا يجوز أن يؤكل فيها ما لا يفنى وقيل"
(FB, 2).

Le lendemain de l'ascension nocturne, le Prophète fut questionné par les polythéistes au sujet de la description de Bayt ul-maqdis à Jérusalem, Dieu lui montra celle-ci, et il put répondre aux questions en relatant ce qu'il voyait. "عن جابر بن عبد الله رضي الله عنهما، قال: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "ما كذبتني قريش، قمت في الحجر، فجلى الله لي بيت المقدس، فطفقت أخبرهم عن آياته وأنا أنظر إليه." زاد يعقوب بن إبراهيم، حدثنا ابن أخي ابن شهاب، عن عمه: "لما كذبتني قريش حين أسري بي إلى بيت المقدس" نحوه" : al-Bukhârî, 4433, Muslim, 170) ; "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لقد رأيتني في الحجر وقريش تسألني عن مسراي، فسألتني عن أشياء من بيت المقدس لم أثبتها، فكربت كربة ما كربت مثله قط." قال: "فرفعه الله لي أنظر إليه، ما يسألوني عن شيء إلا أنبأتهم به"" (Muslim, 172).
A ce sujet aussi, les deux interprétations que nous venons de citer existent : "قوله: "فجلى الله لي بيت المقدس". قيل: معناه: كشف الحجب بيني وبينه حتى رأيته. ووقع في رواية عبد الله بن الفضل عن أم سلمة عند مسلم المشار إليها قال فسألوني عن أشياء لم أثبتها فكربت كربا لم أكرب مثله قط فرفع الله لي بيت المقدس أنظر إليه ما يسألوني عن شيء إلا نبأتهم به. ويحتمل أن يريد أنه حمل إلى أن وضع بحيث يراه ثم اعيد وفي حديث بن عباس المذكور فجيء بالمسجد وأنا أنظر إليه حتى وضع عند دار عقيل فنعته وأنا أنظر إليه وهذا أبلغ في المعجزة ولا استحالة فيه فقد أحضر عرش بلقيس في طرفة عين لسليمان وهو يقتضي أنه أزيل من مكانه حتى أحضر إليه وما ذاك في قدرة الله بعزيز. ووقع في حديث أم هانئ عند بن سعد فخيل لي بيت المقدس فطفقت أخبرهم عن آياته فإن لم يكن مغيرا من قوله فجلى وكان ثابتا احتمل أن يكون المراد أنه مثل قريبا منه كما تقدم نظيره في حديث اريت الجنة والنار وتأول قوله جيء بالمسجد أي جيء بمثاله" (FB, 7).

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E) Voir des personnes sortir de leur tombe :

Dire que ce genre de témoignages est faux, cela serait erroné : de nombreuses personnes ont effectivement fait ce genre d'expérience.

Mais dire que cela prouve que c'est bien l'âme du défunt qui nous a rendu visite est aussi erroné. Il s'agit en fait de djinns.

"Il se passe auprès des tombes ce dont on pense que cela vient du défunt : certaines gens y entendent des appels, ou bien voient que la tombe s'ouvre, qu'une personne en sort, qu'elle leur parle et leur donne l'accolade ; cela se produit auprès de tombes de prophètes et d'autres personnes. Ce qu'on entend ou ce qu'on voit alors est le fait de djinns ; ils peuvent prendre l'apparence d'humains, et certains prétendent alors être le prophète Untel ou le cheikh Untel. (…) L'ignorant croit qu'il s'agit effectivement de cet Untel. Par contre, le croyant dont la foi est profonde sait qu'il s'agit d'un mauvais djinn ; on peut le prouver par plusieurs choses : - en récitant alors le verset du Trône avec sincérité : la personne qu'on voyait disparaît alors ; or s'il s'agissait réellement de l'âme d'un homme pieux, d'un ange ou d'un djinn pieux, la récitation du verset du Trône ne lui ferait aucun mal, car elle ne fait du tort qu'aux mauvais djinns comme le prouve le Hadîth (…) ; - en récitant la formule de demande de protection à Dieu contre les démons"
. Ibn Taymiyya donne d'autres solutions du même ordre, et écrit qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que des djinns se manifestent ainsi auprès de croyants en tentant de les perturber durant leurs actes de dévotion à Dieu : un djinn a voulu perturber l'acte de dévotion que le Prophète lui-même offrait : le Prophète l'a raconté (voir ce qu'a rapporté al-Bukhârî n°449 , Muslim n° 541) (cf. Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 40).
D'une façon générale et non pas seulement auprès des tombes, "il arrive que des gens voient une apparition et que celle-ci leur dise : "Je suis le Prophète Abraham" ou : "Je suis le Messie" ou : "Je suis le prophète Muhammad" ou : "Je suis Al-Khidr" ou : "Je suis Abû Bakr" ou : "Je suis Omar" ou : "Je suis Uthmân" ou : "Je suis 'Alî" ou : "Je suis le Cheikh Untel". Il arrive aussi que plusieurs êtres apparaissent et que l'un dise de l'autre : "Lui c'est le prophète Untel" ou : "Lui c'est al-Khidr". Il s'agit en fait de djinns" (Ibid., p. 29). "Le Prophète a certes dit dans une parole authentique : "Celui qui me voit en rêve, c'est moi qu'il a vu réellement. Le diable ne peut pas prendre ma forme" [rapporté par al-Bukhârî n° 6593, Muslim n°2266]. Cependant il y est question de l'état de sommeil, quand on voit alors un rêve : la règle générale est que le rêve pendant le sommeil est parfois véridique et est parfois l'œuvre du diable ; mais Dieu a empêché le diable de prendre la forme du Prophète lors des rêves (que les hommes voient). Par contre, pour ce qui est de l'état de veille, personne ne peut plus voir le Prophète en personne dans ce monde" (MF 1/172-173 ; Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 44).

Ibn Taymiyya relate qu'il est même arrivé que des gens le connaissant aient demandé leur aide, à lui ainsi qu'à d'autres personnages, alors qu'ils n'étaient pas présents [chose qui est bien sûr interdite mais qu'ils ont faite quand même] ; ces gens les ont vus apparaître et faire ce pour quoi ils leur avaient demandé leur aide. "Lorsque ces personnes m'ont raconté cela, poursuit Ibn Taymiyya, je leur ai expliqué qu'il ne s'agissait que de djinns qui avaient pris ma forme ainsi que celle des cheikhs invoqués afin de leur faire croire qu'il s'agit de miracles que nous aurions effectués, et de renforcer chez elles la conviction qu'il faut continuer à demander cette aide interdite. C'est là une des plus grandes causes du shirk" (Ibid., p. 200).

Il y a des gens, écrit en substance Ibn Taymiyya, qui disent de ce genre de visions près des tombes qu'elles sont seulement des produits de l'imagination. Puis, lorsque ce genre d'expériences leur arrive à eux, ils se mettent à croire que non seulement cela est réel mais qu'en plus cela témoigne de la nécessité d'avoir recours à ce genre d'invocations faites à des défunts ; et parfois il arrive aussi que ces gens-là se mettent alors à considérer le défunt comme un saint, un modèle à suivre, alors que ce défunt n'était même pas croyant. Il s'agit en fait de deux extrêmes. En réalité ce genre d'apparition est réel ; mais elles sont le fait de djinns et il ne s'agit pas du défunt ; et puis il est contraire au monothéisme que d'invoquer autre que Dieu (d'après Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 46, p. 48).

Parfois des djinns incroyants se font même passer pour des Anges, voir pour Dieu Lui-même
 ; ils essaient tout simplement d'égarer la personne à qui ils se montrent ainsi
. Cela touche davantage les croyants qui pratiquent des ibâdât ullâh qui sont muhdatha (innovées). Mais cela peut parfois survenir à des croyants pieux qui ne pratiquent même pas de telles pratiques innovées : ce qui est relaté à ce sujet à propos de Cheikh 'Abd ul-Qâdir al-Jîlânî est bien connu. ِ

"ولا ريب أن الأوثان يحصل عندها من الشياطين وخطابهم وتصرفهم ما هو من أسباب ضلال بني آدم وجعل القبور أوثانا هو أول الشرك. ولهذا يحصل عند القبور لبعض الناس من خطاب يسمعه وشخص يراه وتصرف عجيب ما يظن أنه من الميت وقد يكون من الجن والشياطين؛ مثل أن يرى القبر قد انشق وخرج منه الميت وكلمه وعانقه - وهذا يرى عند قبور الأنبياء وغيرهم - وإنما هو شيطان. فإن الشيطان يتصور بصور الإنس ويدعي أحدهم أنه النبي فلان أو الشيخ فلان، ويكون كاذبا في ذلك. وفي هذا الباب من الوقائع ما يضيق هذا الموضع عن ذكره وهي كثيرة جدا. والجاهل يظن أن ذلك الذي رآه قد خرج من القبر وعانقه أو كلمه هو المقبور أو النبي أو الصالح وغيرهما. والمؤمن العظيم يعلم أنه شيطان. ويتبين ذلك بأمور: أحدها أن يقرأ آية الكرسي بصدق فإذا قرأها تغيب ذلك الشخص أو ساخ في الأرض أو احتجب ولو كان رجلا صالحا أو ملكا أو جنيا مؤمنا لم تضره آية الكرسي وإنما تضر الشياطين كما ثبت في الصحيح من حديث أبي هريرة (...). ومنها أن يستعيذ بالله من الشياطين. ومنها أن يستعيذ بالعوذ الشرعية فإن الشياطين كانت تعرض للأنبياء في حياتهم وتريد أن تؤذيهم وتفسد عبادتهم كما جاءت الجن إلى النبي صلى الله عليه وسلم بشعلة من النار تريد أن تحرقه فأتاه جبريل بالعوذة المعروفة التي تضمنها الحديث المروي عن أبي التياح أنه قال {سأل رجل عبد الرحمن بن حبيش وكان شيخا كبيرا قد أدرك النبي صلى الله عليه وسلم كيف صنع رسول الله صلى الله عليه وسلم حين كادته الشياطين؟ قال: تحدرت عليه من الشعاب والأودية وفيهم شيطان معه شعلة من نار يريد أن يحرق بها رسول الله صلى الله عليه وسلم قال فرعب رسول الله صلى الله عليه وسلم فأتاه جبريل عليه السلام فقال: يا محمد قل قال ما أقول؟ قال قل أعوذ بكلمات الله التامات التي لا يجاوزهن بر ولا فاجر من شر ما خلق وذرأ وبرأ ومن شر ما ينزل من السماء ومن شر ما يعرج فيها ومن شر ما يخرج من الأرض ومن شر ما ينزل فيها ومن شر فتن الليل والنهار ومن شر كل طارق يطرق إلا طارقا يطرق بخير يا رحمن قال فطفئت نارهم وهزمهم الله عز وجل}؛ وثبت في الصحيحين عن أبي هريرة أنه قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم {إن عفريتا من الجن جاء يفتك بي البارحة ليقطع علي صلاتي فأمكنني الله عز وجل منه فذعته فأردت أن آخذه فأربطه إلى سارية من المسجد حتى تصبحوا فتنظروا إليه ثم ذكرت قول سليمان عليه السلام "رب اغفر لي وهب لي ملكا لا ينبغي لأحد من بعدي" فرده الله تعالى خاسئا}؛ وعن عائشة {أن النبي صلى الله عليه وسلم كان يصلي فأتاه الشيطان فأخذه صلى الله عليه وسلم فصرعه فخنقه قال رسول الله صلى الله عليه وسلم حتى وجدت برد لسانه على يدي ولولا دعوة سليمان لأصبح موثقا حتى يراه الناس} أخرجه النسائي وإسناده على شرط البخاري كما ذكر ذلك أبو عبد الله المقدسي في مختاره الذي هو خير من صحيح الحاكم؛ وعن أبي سعيد الخدري {أن رسول الله صلى الله عليه وسلم كان يصلي صلاة الصبح وهو خلفه فالتبست عليه القراءة فلما فرغ من صلاته قال لو رأيتموني وإبليس فأهويت بيدي فما زلت أخنقه حتى وجدت برد لعابه بين أصبعي هاتين - الإبهام والتي تليها - ولولا دعوة أخي سليمان لأصبح مربوطا بسارية من سواري المسجد يتلاعب به صبيان المدينة فمن استطاع أن لا يحول بينه وبين القبلة أحد فليفعل} رواه الإمام أحمد في مسنده وأبو داود في سننه؛ وفي صحيح مسلم عن أبي الدرداء أنه قال: {قام رسول الله صلى الله عليه وسلم يصلي فسمعناه يقول أعوذ بالله منك ثم قال ألعنك بلعنة الله ثلاثا وبسط يده كأنه يتناول شيئا فلما فرغ من صلاته قلنا: يا رسول الله سمعناك تقول شيئا في الصلاة لم نسمعك تقوله قبل ذلك ورأيناك بسطت يدك. قال إن عدو الله إبليس جاء بشهاب من نار ليجعله في وجهي فقلت: أعوذ بالله منك ثلاث مرات ثم قلت: ألعنك بلعنة الله التامة فاستأخر. ثم أردت أن آخذه ولولا دعوة أخينا سليمان لأصبح موثقا يلعب به ولدان المدينة}؛ فإذا كانت الشياطين تأتي الأنبياء عليهم الصلاة والسلام لتؤذيهم وتفسد عبادتهم فيدفعهم الله تعالى بما يؤيد به الأنبياء من الدعاء والذكر والعبادة ومن الجهاد باليد؛ فكيف من هو دون الأنبياء؟ فالنبي صلى الله عليه وسلم قمع شياطين الإنس والجن بما أيده الله تعالى من أنواع العلوم والأعمال - ومن أعظمها الصلاة والجهاد - (وأكثر أحاديث النبي صلى الله عليه وسلم في الصلاة والجهاد)؛ فمن كان متبعا للأنبياء نصره الله سبحانه بما نصر به الأنبياء؛ وأما من ابتدع دينا لم يشرعوه فترك ما أمروا به من عبادة الله وحده لا شريك له واتباع نبيه فيما شرعه لأمته وابتدع الغلو في الأنبياء والصالحين والشرك بهم فإن هذا تتلعب به الشياطين قال تعالى: {إنه ليس له سلطان على الذين آمنوا وعلى ربهم يتوكلون} {إنما سلطانه على الذين يتولونه والذين هم به مشركون} وقال تعالى: {إن عبادي ليس لك عليهم سلطان إلا من اتبعك من الغاوين}. ومنها أن يدعو الرائي بذلك ربه تبارك وتعالى ليبين له الحال. ومنها أن يقول لذلك الشخص: أأنت فلان؟ ويقسم عليه بالأقسام المعظمة ويقرأ عليه قوارع القرآن، إلى غير ذلك من الأسباب التي تضر الشياطين. وهذا كما أن كثيرا من العباد يرى الكعبة تطوف به ويرى عرشا عظيما وعليه صورة عظيمة ويرى أشخاصا تصعد وتنزل فيظنها الملائكة ويظن أن تلك الصورة هي الله - تعالى وتقدس -، ويكون ذلك شيطانا؛ وقد جرت هذه القصة لغير واحد من الناس؛ فمنهم من عصمه الله وعرف أنه الشيطان كالشيخ عبد القادر في حكايته المشهورة حيث قال: كنت مرة في العبادة فرأيت عرشا عظيما وعليه نور فقال لي: يا عبد القادر أنا ربك وقد حللت لك ما حرمت على غيرك. قال: فقلت له أنت الله الذي لا إله إلا هو اخسأ يا عدو الله. قال: فتمزق ذلك النور وصار ظلمة وقال يا عبد القادر نجوت مني بفقهك في دينك وعلمك وبمنازلاتك في أحوالك. لقد فتنت بهذه القصة سبعين رجلا. فقيل له: كيف علمت أنه الشيطان؟ قال بقوله لي " حللت لك ما حرمت على غيرك " وقد علمت أن شريعة محمد صلى الله عليه وسلم لا تنسخ ولا تبدل ولأنه قال أنا ربك ولم يقدر أن يقول أنا الله الذي لا إله إلا أنا. ومن هؤلاء من اعتقد أن المرئي هو الله وصار هو وأصحابه يعتقدون أنهم يرون الله تعالى في اليقظة ومستندهم ما شاهدوه؛ وهم صادقون فيما يخبرون به ولكن لم يعلموا أن ذلك هو الشيطان. وهذا قد وقع كثيرا لطوائف من جهال العباد يظن أحدهم أنه يرى الله تعالى بعينه في الدنيا لأن كثيرا منهم رأى ما ظن أنه الله وإنما هو شيطان؛ وكثير منهم رأى من ظن أنه نبي أو رجل صالح أو الخضر وكان شيطانا. وقد ثبت في الصحيح عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه قال {من رآني في المنام فقد رآني حقا فإن الشيطان لا يتمثل في صورتي} فهذا في رؤية المنام لأن الرؤية في المنام تكون حقا وتكون من الشيطان فمنعه الله أن يتمثل به في المنام؛ وأما في اليقظة فلا يراه أحد بعينه في الدنيا. فمن ظن أن المرئي هو الميت فإنما أتي من جهله. ولهذا لم يقع مثل هذا لأحد من الصحابة والتابعين لهم بإحسان. وبعض من رأى هذا - أو صدق من قال أنه رآه - اعتقد أن الشخص الواحد يكون بمكانين في حالة واحدة فخالف صريح المعقول. ومنهم من يقول هذه رقيقة ذلك المرئي أو هذه روحانيته أو هذا معناه تشكل ولا يعرفون أنه جني تصور بصورته. ومنهم من يظن أنه ملك والملك يتميز عن الجني بأمور كثيرة والجن فيهم الكفار والفساق والجهال وفيهم المؤمنون المتبعون لمحمد صلى الله عليه وسلم تسليما فكثير ممن لم يعرف أن هؤلاء جن وشياطين أرسلان ملائكة. وكذلك الذين يدعون الكواكب وغيرها من الأوثان تتنزل على أحدهم روح يقول هي روحانية الكواكب ويظن بعضهم أنه من الملائكة وإنما هو من الجن والشياطين يغوون المشركين. والشياطين يوالون من يفعل ما يحبونه من الشرك والفسوق والعصيان. فتارة يخبرونه ببعض الأمور الغائبة ليكاشف بها. وتارة يؤذون من يريد أذاه بقتل وتمريض ونحو ذلك" (MF 1/168-173 ; Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla).

Le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) a dit : "ومن رآني في المنام فقد رآني، فإن الشيطان لا يتمثل في صورتي" : "Et celui qui me voit en rêve, me voit ; car le djinn ne peut pas prendre ma forme" (al-Bukhârî, Muslim).

Selon le texte de ce hadîth, si on voit le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) en rêve, on peut être certain qu'on l'a vu, lui, et que ce n'était pas un djinn. Mais y a-t-il à cela, comme condition, qu'on l'ait vu avec les caractéristiques physiques qui sont réellement les siennes (qui ont été relatées par des Compagnons, et que l'on peut désormais découvrir dans les Kutub us-Sunna), ou n'y a-t-il pas cette condition ? Les deux avis existent chez les Ulémas. Nous allons y revenir.
 
Par contre, il y a ici deux choses :
--- "voir le Prophète en rêve",
--- et "le voir en état de veille".
 
La phrase "le djinn ne peut pas prendre ma forme" vaut pour l'état de rêve de la personne comme pour son état de veille. Cependant, si le djinn ne peut pas prendre la vraie apparence physique du Prophète, il peut prendre une apparence différente et induire celui qui le voit en erreur, en lui faisant croire qu'il est le Prophète.
Dès lors...
I) Quand on rêve :
----- On peut un jour voir en rêve une personne ayant exactement la même apparence physique que le Prophète (sur lui soit la paix) : à ce moment-là il s'agit bien du Prophète.----- Et on peut voir en rêve une personne ayant une apparence différente de celle qui est relatée au sujet du Prophète, et cette personne nous dit qu'elle est le Prophète, ou on ressent qu'elle est le Prophète : est-ce alors bien le Prophète qu'on a vu en rêve ?
------- Oui d'après Ibn ul-Bâqillânî, an-Nawawî, al-Mâzirî ;
------------ Oui aussi d'après 'Iyâdh, Ibn Abî Jamra, al-Qurtubî et Ibn Hajar, cependant que le fait de ne pas l'avoir vu selon l'apparence physique qui est la sienne demande une interprétation particulière (FB 12/478-484);

------- Non d'après Ibn Abbâs, Ibn Sîrîn, etc ; cela semble aussi être l'avis de Ibn Taymiyya (MF 13/93-94).
 
II) Quand on est en état de veille :
----- Depuis le décès du Prophète, on ne peut jamais voir, alors qu'on est en état de veille, une personne ayant exactement la même apparence physique que le Prophète, car, comme cela a été dit dans la Sunna, "le Diable ne peut pas prendre l'apparence du Prophète" ; or nul ne peut, depuis le décès du Prophète, voir, en état de veille, celui-ci : ni corps et âme ; ni âme.----- Par contre, il peut arriver qu'on voit une personne ayant une apparence différente de celle qui est relatée au sujet du Prophète, et cette personne nous dit qu'elle est le Prophète, ou on ressent qu'elle est le Prophète : ce n'est alors pas le Prophète mais un djinn. Ibn Taymiyya a été clair sur ce point : "وقد ثبت في الصحيح عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه قال {من رآني في المنام فقد رآني حقا فإن الشيطان لا يتمثل في صورتي} فهذا في رؤية المنام؛ لأن الرؤية في المنام: تكون حقا، وتكون من الشيطان؛ فمنعه الله أن يتمثل به في المنام. وأما في اليقظة فلا يراه أحد بعينه في الدنيا" (MF 1/172-173) ; "ولهذا يحصل عند القبور لبعض الناس من خطاب يسمعه وشخص يراه وتصرف عجيب ما يظن أنه من الميت وقد يكون من الجن والشياطين؛ مثل أن يرى القبر قد انشق وخرج منه الميت وكلمه وعانقه - وهذا يرى عند قبور الأنبياء وغيرهم - وإنما هو شيطان. فإن الشيطان يتصور بصور الإنس ويدعي أحدهم أنه النبي فلان أو الشيخ فلان، ويكون كاذبا في ذلك. وفي هذا الباب من الوقائع ما يضيق هذا الموضع عن ذكره وهي كثيرة جدا. والجاهل يظن أن ذلك الذي رآه قد خرج من القبر وعانقه أو كلمه هو المقبور أو النبي أو الصالح وغيرهما. والمؤمن العظيم يعلم أنه شيطان" (MF 1/168). َCheikh Zacarya al-Ansârî a dit pour sa part ceci : "فائدة" سئل شيخ الاسلام زكريا عن رجل زعم أنه رأى النبي صلى الله عليه وسلم يقول له: "مر أمتي بصيام ثلاثة أيام وأن يعيدوا بعدها ويخطبوا"؛ فهل يجب الصوم أو يندب أو يجوز أو يحرم؟ وهل يكره أن يقول أحد للناس: "أمركم النبي عليه الصلاة والسلام بصيام أيام" لأنه كذب عليه ومستنده الرؤيا التي سمعها من غير رائيها أو منه؟ وهل يمتنع أن يتسمى إبليس باسم النبي صلى الله عليه وعلى آله وسلم ويقول للنائم: "إنه النبي عليه الصلاة والسلام" ويأمره بطاعة ليتوصل بذلك إلى معصية، كما يمتنع عليه التشكل في صورته الشريفة، أم لا؟ وبه تتميز الرؤية له صلى الله عليه وآله وسلم الصادقة من الكاذبة؟ وهل يثبت شيء من أحكام الشرع بالرؤية في النوم؟ وهل المرئي ذاته صلى الله عليه وسلم أو روحه أو مثل ذلك؟ أجاب: لا يجب على أحد الصوم ولا غيره من الأحكام بما ذكر ولا مندوب بل قد يكره أو يحرم؛ لكن إن غلب على الظن صدق الرؤية، فله العمل بما دلت عليه ما لم يكن فيه تغيير حكم شرعي ولا يثبت بها شيء من الأحكام، لعدم ضبط الرؤية، لا للشك في الرؤية؛ ويحرم على الشحص أن يقول: "أمركم النبي صلى الله عليه وسلم بكذا" فيما ذكر، بل يأتي بما يدل على مستنده من الرؤية، إذ لا يمتنع عقلا أن يتسمى إبليس باسم النبي صلى الله عليه وسلم ليقول للنائم: "إنه النبي"، ويأمره بالطاعة؛ والرؤية الصادقة هي الخالصة من الأضغاث والأضغاث أنواع: الأول تلاعب الشيطان ليحزن الرائي كأنه يرى أنه قطع رأسه؛ الثاني أن يرى أن بعض الأنبياء يأمره بمحرم أو محال؛ الثالث ما تتحدث به النفس في اليقظة تمنيا فيراه كما هو في المنام. ورؤية المصطفى صلى الله عليه وسلم بصفته المعلومة إدراك لذاته؛ ورؤيته بغير صفته إدراك لمثاله؛ فالأولى لا تحتاج إلى تعبير والثانية تحتاج إليه" (Faydh ul-qadîr).

 
D'ailleurs, certains ulémas disent que ce que ce hadîth a énoncé pour le prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) précisément, cela est valable pour tous les prophètes aussi (sur eux soit la paix) : le djinn ne peut pas prendre leur apparence non plus.
Al-Baghawî écrit ainsi : "ورؤية النبي صلى الله عليه وسلم في المنام حق، ولا يتمثل الشيطان به. وكذلك جميع الأنبياء والملائكة عليهم السلام" (Shar'h us-Sunna).
Al-Qâdhî 'Iyâdh écrit que l'histoire qui relate qu'un djinn prit l'apparence du prophète-roi Salomon (sur lui soit la paix) et prit sa place sur le trône, cette histoire est fausse (As-Shifâ, 2/148). En commentaire, 'Alî al-qârî écrit : "قلت: ومما يؤيد هذا قوله عليه الصلاة والسلام "إن الشيطان لا يتمثل بي ولا يتصور بصورتي": فهذا إذا كان ممنوعا عنه في حال المنام، فبالأولى أن لا يقدر على التمثل في حال اليقظة بشكله عليه الصلاة والسلام. والظاهر أن سائر الأنبياء عليهم السلام يكون أمرهم على هذا النظام؛ فإن الأنام مأمورون باتباع أوامرهم ونواهيهم والاقتداء بأقواله وأفعالهم؛ فلو صور الشيطان بصور الأنبياء، لوقع التشكيك في حقيقة أحوالهم" (Shar'h ush-Shifâ).

En vertu de ces dires, ceux qui, en état de veille, voient qui ils croient être Jésus fils de Marie, n'ont vu en fait qu'un djinn qui s'est fait passer pour celui-ci.

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F) Le Hadîth parlant du fait que celui qui voit le Prophète en rêve le verra bientôt en état de veille :

Lire à ce sujet notre article : Voir le Prophète (sur lui soit la paix) en rêve / en état de veille.

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Conclusion :

D'une part aucun texte formel n'établit que l'âme du Prophète voyage dans le monde dans lequel nous évoluons.
D'autre part Dieu ne nous a pas demandé de chercher à entrer en contact avec l'âme du Prophète. Le Prophète n'a pas enseigné cela et les Compagnons n'ont pas cherché non plus à le réaliser. Ce qui nous est demandé c'est de nous mettre en communion avec Dieu, et de chercher à le faire en suivant le sentier que le Prophète a tracé et que ses Compagnons ont suivi.

C'est là l'authentique spiritualité musulmane. Et c'est là le soufisme authentique.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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