Les copies de Uthmân ont-elles délaissé 6 des 7 harf, et conservé seulement le dialecte quraysh ?

Question :

Les différentes variantes de récitation du texte coranique n'ont-elles pas été abrogées par Uthmân ? N'a-t-il pas, pour mettre fin à la discorde (fitna), abrogé toutes les variantes et gardé uniquement la variante correspondant au dialecte des Quraysh ?

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Réponse :

Le Prophète (sur lui la paix) a en effet enseigné des variantes de récitation dans le texte coranique (cliquez ici pour lire l'article consacré à ce point).

Ces variantes ont-elles, par la suite, été abrogées ou pas ?

Ce que vous écrivez n'est en fait qu'un des avis existant parmi les ulémas  répondant à cette question. Y correspondent fait les deux avis numérotés ci-après : 1.1 et 1.2. Cependant, cette interprétation soulève de nombreuses objections, comme nous allons le voir ci-après.

L'avis auquel j'adhère est l'avis numéroté ci-après 2.2.2 : il s'agit de l'avis de Abu-l-Abbâs ibn Ammâr, de al-Baghawî, de Ibn Abî Hishâm, etc. : Uthmân a voulu inclure, dans les copies qu'il a fait préparer, le plus grand nombre possible de variantes enseignées par le Prophète au cours de sa mission et n'ayant pas été abrogées lors de l'ultime révision ; mais il a dû se résoudre à ne pas y inclure certaines, car cela n'était pas possible.

Voici maintenant l'explication détaillée de ce que je viens de vous dire...

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I) Un premier groupe d'avis sur le sujet : les copies uthmaniennes n'incluent qu'une seule "harf" parmi les 7 "harf" (1) :

1.1) Il y a tout d'abord l'avis de at-Tahâwî :
Au début, le texte coranique avait été révélé au Prophète dans le seul dialecte quayshite. C'est suite aux demandes répétées du Prophète à Dieu par l'entremise de Gabriel que des variantes correspondant à 6 autres dialectes arabes ont été acceptées. Les 7 "harf" sont donc 7 dialectes arabes. Lors de l'ultime révision entre le Prophète et Gabriel, 6 de ces 7 "harf" ont été abrogés. Uthmân a diffusé des copies qui entérinaient cette abrogation, car certains Compagnons ne la connaissaient pas et continuaient à lire des variantes qui avaient en fait déjà été abrogées lors de l'ultime révision.

1.2) Et puis il y a l'avis de Ibn Jarîr at-Tabarî :
Les 7 "harf" représentent 7 dialectes arabes. Cependant, ce n'est pas le Prophète, mais Uthmân qui, après avoir consulté de nombreux Compagnons, a décidé que, pour mettre fin aux incompréhensions qui étaient apparues entre les élèves de différents Compagnons, la Communauté musulmane ne devait désormais plus réciter le texte coranique que selon un seul de ces dialectes ; il n'a donc gardé que la "harfu quraysh" : c'est ce qu'on lit depuis. (Ibn ul-Qayyim a repris cet avis : At-Turuq ul-hukmiyya, p. 31.)

Ces deux avis ont en commun de considérer que les termes "7 harf" désignent "sept dialectes arabes" de l'époque, l'un étant le dialecte des Quraysh, et c'est celui qui, seul, sera gardé par Uthmân.

Ces deux avis semblent se fonder sur une parole de Uthmân, parole que chacun des deux interprète de façon légèrement différente. Parmi les quatre Compagnons constituant la commission que Uthmân avait nommée pour la préparation des copies coraniques à universaliser, trois étaient qurayshites et un, Zayd ibn Thâbit, était ansârite. Uthmân dit aux trois qurayshites : "إذا اختلفتم أنتم وزيد بن ثابت في عربية من عربية القرآن فاكتبوها بلسان قريش، فإن القرآن أنزل بلسانهم" : "Si vous et Zayd ibn Thâbit divergez à propos de la forme arabe de quelque chose du texte coranique ("'arabiyyatin min 'arabiyyat il-qur'ân"), alors écrivez-le d'après le dialecte des Quraysh. Car le Coran a été révélé dans leur dialecte" (al-Bukhârî 4699, etc.).
Voyez, disent les tenants des deux avis que nous avons cités, dans cette parole, Uthmân a voulu dire que le texte coranique avait été révélé à l'origine (aslan) dans un seul dialecte, celui des Quraysh, et c'est suite aux demandes du Prophète que la possibilité de réciter certains mots dans un dialecte différent avait été accordée (comme le dit Abû Shâma : Fat'h ul-bârî 9/13) :
soit (c'est ce qui ressort de l'avis de at-Tahâwî, 1.1) le Prophète avait abrogé cette possibilité lors de la dernière révision (mansûkh), et Uthmân entérinait ce que le Prophète avait fait mais que tous les Compagnons ne connaissaient pas encore ;
soit (c'est ce qui ressort de l'avis de at-Tabarî, 1.2) Uthmân pensa que la possibilité de réciter le texte coranique avec des dialectes différents n'avait pas été abrogée par le Prophète, mais, n'étant que mesure secondaire – tab'an, puisque le texte ne pouvait, dans les premiers temps de la révélation, être récité que dans le dialecte qurayshite, comme l'a dit Abû Shâma –, elles pouvaient être délaissées (mat'rûk) à cause des divisions que, à son époque, elles s'étaient mises à engendrer, et on pouvait revenir à l'origine : le dialecte qurayshite.

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II) Les questions que ce premier groupe d'avis (1) soulève :

--- Une première objection : dans le dialecte qurayshite, on ne prononçait pas la lettre "hamza" : on disait : "yûmin" et non pas : "yu'min" (cf. Al-Itqân, p. 425). S'il ne subsiste plus que la seule "harfu quraysh", d'où vient alors la prononciation "yu'min" que pratiquent depuis tant de siècles tous ces musulmans du monde ?

--- Réponse de la part des tenants de l'un de ces deux avis : ces petites différences ne relèvent pas de différentes "harf" mais de différentes "qirâ'ât" au sein d'une seule et même "harf", celle des Quraysh.

--- Une nouvelle objection à cette réponse : aucun hadîth ni aucune parole d'un Compagnon ne font de distinction entre "harf" et "qirâ'ah". Tout au contraire, un Hadîth existe où l'on voit le Prophète expliquer les différentes qirâ'ât enseignées à différents Compagnons par l'existence de plusieurs harf : ce hadîth est rapporté par Muslim (n° 820).

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III) Un second groupe d'avis sur le sujet : les copies uthmaniennes incluent une pluralité de "harf" (2) :

Tout d'abord les "7 harf" sont non pas "7 dialectes arabes de l'époque" mais "sept catégories de variantes" existant dans la totalité du texte coranique (l'une de ces catégories seulement étant les variantes dues aux différents accents liés aux dialectes) ; Omar et Hishâm étaient tous deux qurayshites, et pourtant le Prophète leur avait enseigné la sourate al-Furqân avec des qirâ'ât différentes (le récit est bien connu : voir Fat'h ul-bârî 9/41-46 pour les éventuelles différences qui ont pu exister entre ce que Omar et ce que Hishâm avaient appris) (cliquez ici pour en savoir plus sur ce point).

Ensuite...

2.1) Il y a ici l'avis "de groupes de fuqahâ, de qurrâ' et de mutakallimûn" (Al-Itqân, p. 157) ; c'est peut-être aussi l'avis de Ibn Hazm (Al-Fissal, 1/331) :

Uthmân n'a abrogé aucune des variantes ayant été enseignées par le Prophète. Les copies "uthmaniennes" englobent la totalité des variantes enseignées par le Prophète au cours de sa mission.

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2.2.1) Et puis il y a l'avis que Ibn ul-Jazarî a exprimé (cf. Al-Itqân, p. 157), qui a été retenu par Muftî Taqî Uthmânî ('Ulûm ul-qur'ân, p. 124) :

Les copies "uthmaniennes" englobent la totalité des variantes enseignées par le Prophète au cours de sa mission et n'ayant pas été abrogées lors de l'ultime révision.

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--- Objection à ces deux avis :

Des variantes existent qui sont relatées du Prophète par Ibn Mas'ûd, Abu-d-Dardâ', Aïcha, Ibn Abbâs, Ibn Omar, mais qui ne sont visiblement pas incluses dans la graphie uthmanienne et dont ceux qui les rapportent maintiennent qu'elles sont toujours valables.

A cela Ibn Hazm répond que ces Compagnons ont fait là des erreurs ("wahm wa khata'") (Al-Fissal, 1/330) ; quant aux qirâ'ât de Ibn Mas'ûd, elles sont toutes contenues dans les copies uthmaniennes, puisque 'Assim, le répondant d'une des écoles agréées de qirâ'ât (cliquez ici) relate les variantes qu'il relate de Ibn Mas'ûd (Ibid., pp. 330-331) [en effet, 'Assim fait remonter ses qirâ'ât jusqu'à Ibn Mas'ûd et 'Alî].

--- Le problème c'est que nombre de ces variantes sont rapportées par une chaîne authentique jusqu'au Prophète (il ne s'agit donc pas d'erreurs) ; par ailleurs, Ibn Mas'ûd disait : "'Alâ qirâ'ati man ta'murûnî an aqra'a ? (…)" (Muslim, 2462) ; "Comment m'ordonnez-vous de lire selon la qirâ'ah de Zayd, après que j'aie appris de la bouche même du Prophète plus de soixante-dix sourates, quand Zayd était avec les enfants, avec deux tresses ?" (an-Nassâ’ï, 5064). Il y avait donc bien certaines qirâ'ât que Ibn Mas'ûd disait avoir apprises du Prophète, et dont il se plaignait qu'il ne pourrait plus réciter à partir des copies uthmaniennes : "Gens d'Irak, dissimulez les copies qui sont auprès de vous" (at-Tirmidhî 3104). Les qirâ'ât que 'Assim relate de Ibn Mas'ûd sont donc forcément autres que celles-ci...

A la dernière objection suscitée, des ulémas autres que Ibn Hazm répondent que Ibn Mas'ûd avait bien appris ces qirâ'ât, mais n'avait pas su qu'elles avaient ensuite été abrogées lors de l’ultime révision, tandis que Zayd ibn Thâbit, lui, l'avait su.

--- Le problème c'est qu'il est relaté de Ibn Mas'ûd qu'il justifiait son refus de délaisser ces qirâ'ât par le fait qu'il avait présenté le Coran par deux fois au Prophète la dernière année de la vie de celui-ci : "وإن رسول الله صلى الله عليه وسلم كان يعارض بالقرآن فى كل رمضان؛ وإنى عرضت فى العام الذى قبض فيه مرتين، فأنبأنى أنى محسن. وقد قرأت من فى رسول الله صلى الله عليه وسلم سبعين سورة" : "Et le Messager de Dieu faisait la révision du Coran pendant chaque ramadan. L'année où il devait mourir, je le lui ai présenté par deux fois ; il m'a informé que je lisais bien. Et j'ai lu de la bouche du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) 70 sourates" (Ahmad, 3845, dha'îf). Et Ibn Abbâs confirmait que la récitation de Ibn Mas'ûd était conforme à l'ultime révision : "عن أبى ظبيان عن ابن عباس قال: أي القراءتين تعدون أول؟ قالوا: قراءة عبد الله. قال: لا، بل هى الآخرة! كان يعرض القرآن على رسول الله - صلى الله عليه وسلم - فى كل عام مرة؛ فلما كان العام الذى قبض فيه عرض عليه مرتين؛ فشهده عبد الله فعلم ما نسخ منه وما بدل" : Abû Zibyân relate que Ibn Abbâs demanda : "Laquelle des deux qirâ'ât considérez-vous comme étant la première ?" Ils dirent : "La qirâ'ah de 'Abdullâh". Il dit : "Elle est plutôt la dernière ! Le Coran était révisé (entre Gabriel et le) Messager de Dieu chaque année une fois ; lorsque vint l'année où il devait mourir, il fut révisé deux fois. Alors Abdullâh assista à cela (shahidahû) ; il sut donc qu'est-ce qui en fut abrogé et qu'est-ce qui en fut changé" (Ahmad, 3422). "عن مجاهد، عن ابن عباس، قال: قال: "أي القراءتين كانت أخيرا: قراءة عبد الله، أو قراءة زيد؟" قال: قلنا: قراءة زيد، قال: "لا. إلا أن رسول الله - صلى الله عليه وسلم - كان يعرض القرآن على جبريل كل عام مرة، فلما كان في العام الذي قبض فيه عرضه عليه مرتين، وكانت آخر القراءة قراءة عبد الله "" : Mujâhid relate : Ibn Abbâs demanda : "Laquelle des deux qirâ'ât est la dernière : celle de 'Abdullâh ou bien celle de Zayd ?" Nous dîmes : "Celle de Zayd !" Il répondit : "Non. Le Messager de Dieu présentait le Coran à Gabriel une fois chaque année. Lorsque vint l'année où il devait mourir, il la lui présenta deux fois. Et la dernière qirâ'ah fut celle de Abdullâh" (Ahmad, 2494, dha'îf). (Cliquez ici pour lire notre article exposant tout cela.)
Il semble donc erroné de dire que les copies uthmaniennes englobent la totalité des variantes enseignées par le Prophète, ou encore la totalité des variantes n'ayant pas été abrogées lors de l'ultime révision entre le Prophète et Gabriel.

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2.2.2) Et puis il y a l'avis de Abu-l-Abbâs ibn Ammâr, de al-Baghawî, de Ibn Abî Hishâm, etc. (voir Al-Itqân, p. 157, Fath ul-bârî, 9/38-39) :

Uthmân a voulu inclure, dans les copies qu'il a fait préparer, le plus grand nombre possible de variantes enseignées par le Prophète au cours de sa mission et n'ayant pas été abrogées lors de l'ultime révision ; mais il a dû se résoudre à ne pas y inclure certaines, car cela n'était pas possible.

C'est à cet avis que personnellement j'adhère.

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IV) Une 1ère question que ce dernier avis (2.2.2) soulève : Dans ce cas, comment expliquer que Omar et Uthmân aient explicitement dit : "Le Coran a été révélé selon le dialecte qurayshite" ?

Le propos de Uthmân a déjà été cité plus haut : "إذا اختلفتم أنتم وزيد بن ثابت في عربية من عربية القرآن فاكتبوها بلسان قريش، فإن القرآن أنزل بلسانهم" : "Si vous et Zayd ibn Thâbit divergez à propos de la forme arabe de quelque chose du texte coranique, alors écrivez-le d'après le dialecte des Quraysh. Car le Coran a été révélé dans leur dialecte" (al-Bukhârî 4699, etc.). Et en effet, ils eurent un désaccord au sujet du terme coranique "التابوت" ("at-tâbût") (Coran 2/248) : les trois qurayshites de la commission disaient : "التابوت" ("at-tâbût"), alors que Zayd ibn Thâbit disait : "التابوه" ("at-tâbûh"). Ils en référèrent donc à Uthmân, qui leur dit : "Ecrivez-le : "التابوت" ("at-tâbût"), car le (Coran) a été révélé selon le dialecte des Quraysh" (at-Tirmidhî, 3104).

Il y a également un propos de Omar ibn ul-Khattâb qui va dans le même sens. Ayant un jour appris que Ibn Mas'ûd enseignait "عتّى حِين" ("'attâ hîn") au lieu de "حتّى حِين" ("hattâ hîn"), Omar, alors calife, lui écrivit pour lui dire : "إن القرآن نزل بلسان قريش، فأقرئ الناس بلغة قريش لا بلغة هذيل" : "Le Coran a été révélé selon le dialecte qurayshite. Enseigne (le) donc aux gens selon le dialecte qurayshite, et non selon le dialecte hudhaylite" Fat'h ul-bârî, 9/35, 13). Car le terme "عتّى" ("'attâ") est un terme du dialecte des Hudhayl, tandis que les Quraysh emploient le mot "حتّى" ("hattâ") pour dire la même chose. --- Ayant un jour appris que Ibn Mas'ûd (que Dieu l'agrée) enseignait "عتّى حِين" ("'attâ hîn") au lieu de "حتّى حِين" ("hattâ hîn") (il s'agit d'une formule présente en tout dans 6 versets du Coran), Omar ibn ul-Khattâb, alors calife (que Dieu l'agrée), lui écrivit pour lui dire : "Le Coran a été révélé selon le dialecte qurayshite. Enseigne-(le) donc aux gens selon le dialecte qurayshite et non selon le dialecte hudhaylite" : "إنّ القرآن نزل بلسان قريش، فأقرئ الناس بلغة قريش لا بلغة هذيل" (Fat'h ul-bârî, 9/35, 13). En effet, c'est dans le dialecte des Banû Hudhayl que l'on dit : "عتّى" ("'attâ"), tandis que les  au lieu du "حتّى" ("hattâ") que les Quraysh prononcent pour leur part (Fat'h ul-bârî, 9/36).

Pourquoi ces propos de ces deux illustres Compagnons et califes, si les 7 harf ne représentaient pas 7 dialectes et si 6 d'entre ces harf n'avaient pas ensuite été abrogés ou bien délaissés par consensus ?

Pour ce qui est de la divergence entre Zayd ibn Thâbit et les trois autres membres de la commission par rapport au terme du verset coranique 2/248, elle était seulement de l'ordre de la prononciation liée aux différences dialectales : "التابوت" ("at-tâbût") / "التابوه" ("at-tâbûh"). Le propos de Uthmân était donc de donner préférence à la prononciation qurayshite en la matière, car cela était mieux.

Reste l'autre cas : celui de Omar ibn ul-Khattâb à Ibn Mas'ûd...

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V) Comment Omar a-t-il pu déconseiller à Ibn Mas'ûd de réciter une variante de récitation, lui qui avait appris du Prophète que c'était bien celui-ci qui avait enseigné à Hishâm ibn Hakîm la récitation que celui-ci faisait de la sourate al-Furqân et qui présentait des variantes par rapport à la récitation qu'il avait enseigné par ailleurs à Omar ?

- Réponse de Ibn Hajar :
Ce que Omar ibn ul-Khattâb écrivit ainsi à Ibn Mas'ûd est une preuve du fait qu'"il est établi de plus d'un Compagnon qu'il récitait l'équivalent, même si celui-ci n'avait pas été entendu du Prophète". Voici les termes exacts de Ibn Hajar : " قلت: وتتمة ذلك أن يقال: إن الإباحة المذكورة لم تقع بالتشهي (أي أنّ كل أحد يُغَيِّرُ الكلمة بمرادفها في لغته)، بل المراعى في ذلك السماع من النبي صلى الله عليه وسلم؛ ويشير إلى ذلك قول كل من عمر وهشام في حديث الباب: "أقرأني النبي صلى الله عليه وسلم". لكن ثبت عن غير واحد من الصحابة أنه كان يقرأ بالمرادف ولو لم يكن مسموعا له؛ ومِنْ ثمَّ أنكر عمر على ابن مسعود قراءته "عتى حين" أي "حتى حين" وكتب إليه: "إن القرآن لم ينزل بلغة هذيل، فأقرئ الناس بلغة قريش ولا تقرئهم بلغة هذيل"" (Fat'h ul-bârî, 9/35).

--- Cependant, quelqu'un pourrait objecter à cela, qu'alors cela aura été abrogé lors de l'ultime révision, puisque l'utilisation de termes équivalents était autorisée au début et devint abrogée lors de l'ultime révision. Or le même Ibn Hajar dit que Omar ibn ul-Khattâb entendit  seulement déconseiller à Ibn Mas'ûd d'enseigner cette variante aux gens, et non pas la lui interdire : "قال ابن عبد البر: يحتمل أن يكون هذا من عمر على سبيل الاختيار، لا أن الذي قرأ به ابن مسعود لا يجوز. قال: وإذا أبيحت قراءته على سبعة أوجه أنزلت، جاز الاختيار فيما أنزل" ; puis : "فأمّا مَن أراد قراءته من غير العرب، فالاختيار له أن يقرأه بلسان قريش، لأنه الأولى؛ وعلى هذا يحمل ما كتب به عمر إلى ابن مسعود" (Fat'h ul-bârî, tome 9 p. 35). D'après cet écrit, Omar n'a pas voulu interdire à Ibn Mas'ûd d'enseigner cette variante "عتّى حِين" ("'attâ hîn"), mais seulement l'orienter vers ce qu'il pensait être le mieux. En effet, Omar faisait valoir que la possibilité de ce genre de variantes demeurait autorisée mais que, étant une permission accordée secondairement (tab'an), le mieux ("al-ikhtiyâr"), pour ceux qui, comme lui, n'avaient pas besoin d'avoir recours aux termes d'autres tribus de l'Arabie, était de réciter ce qui se faisait à l'origine (aslan) : la récitation selon le terme qurayshite.
Omar ibn ul-Khattâb déconseilla donc d'enseigner ce genre de variantes qui relevait seulement de la permission générale accordée par le Prophète, dans la mesure où les élèves que Ibn Mas'ûd avait devant lui n'en avaient pas besoin.

- Sinon cela implique que certaines des variantes que Ibn Mas'ûd pratiquait avaient été abrogées mais il n'en avait pas eu connaissance. Le propos de Ibn Abbâs vu plus haut, dans lequel il affirme que la récitation que Ibn Mas'ûd faisait était conforme à l'ultime révision : "عن أبى ظبيان عن ابن عباس قال: أي القراءتين تعدون أول؟ قالوا: قراءة عبد الله. قال: لا، بل هى الآخرة! كان يعرض القرآن على رسول الله - صلى الله عليه وسلم - فى كل عام مرة؛ فلما كان العام الذى قبض فيه عرض عليه مرتين؛ فشهده عبد الله فعلم ما نسخ منه وما بدل" (Ahmad, 3422), cela est donc à relativiser : certaines qirâ'ât étaient bel et bien à délaisser, mais Ibn Mas'ûd n'en avait pas eu connaissance.

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VI) Une 2nde question que cet avis (2.2.2) soulève : Si Uthmân n'a pas ordonné de délaisser 6 des 7 harf, qu'a-t-il donc entrepris de particulier par rapport aux copies coraniques ?

Réponse : Dans le but de mettre fin aux incompréhensions qui opposaient les élèves de différents Compagnons, Uthmân a fait préparer des copies coraniques destinées à devenir universelles :

a) il y a, d'une part, institué un ordre précis des sourates ;

b) il a également, par ce moyen, fait connaître à tous les musulmans quels sont les versets dont la récitation avait été abrogée par le Prophète lui-même, et empêché la récitation, en tant que texte coranique, de versets abrogés de récitation (mansûkh ut-tilâwa) ;

c) il a également, par ce moyen, empêché que l'on pense d'un commentaire du Coran qu'il faisait partie du texte du Coran ;

d) enfin la graphie de ces copies était à même d'englober différentes variantes de récitation enseignées par le Prophète (comme Ibn ul-Jazarî l'a écrit : "وجردت هذه المصاحف جميعها من النقط والشكل ليحتملها ما صح نقله وثبت تلاوته عن النبي - صلى الله عليه وسلم -، إذ كان الاعتماد على الحفظ لا على مجرد الخط، وكان من جملة الأحرف التي أشار إليها النبي - صلى الله عليه وسلم - بقوله: أنزل القرآن على سبعة أحرف فكتبت المصاحف على اللفظ الذي استقر عليه في العرضة الأخيرة عن رسول الله - صلى الله عليه وسلم - كما صرح به غير واحد من أئمة السلف: كمحمد بن سيرين وعبيدة السلماني وعامر الشعبي" : An-Nashr) (et comme Ibn Abî Hishâm aussi l'a écrit : Fat'h ul-bârî, 9/39), et Uthmân a donc englobé différentes variantes dans le texte même des copies du Coran.
Cependant, Uthmân n'a pu alors donner place, dans ces copies, qu'aux variantes qu'une même graphie pouvait englober.
Quant aux autres variantes qu'il n'a pas incluses :
--- soit elles avaient été abrogées (mansûkh) lors de l'ultime révision entre le Prophète et Gabriel, mais certains Compagnons ne le savaient pas encore, et Uthmân fit connaître cela par le biais de ses copies ;
--- soit elles n'avaient pas été abrogées, mais Uthmân n'eut pas d'autre choix que celui de les délaisser (mat'rûk) (voir Al-Itqân, p. 240). Cliquez ici pour en savoir plus.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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