Pourquoi peut-on demander son aide à un ami mais pas à un saint défunt ? - La différence entre Simple Mas'ala et Du'â ul-Mas'ala - الفرق بين المسألة ودعاء المسألة

Question :

Quand on sait qu'il n'est pas interdit de demander à son ami de nous offrir telle chose, pourquoi serait-il interdit de se rendre sur la tombe d'un saint - lequel est aussi une sorte d'ami, un confident - pour lui demander de nous accorder la même chose ?

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Réponse :

Ce qu'il ne faut pas oublier c'est que notre croyance est que ce qu'il nous est demandé avant toute chose c'est le monothéisme (tawhîd ullâh fi-l-ulûhiyya / tawhîd ullâh bi-l-'ibâda). Or il y a une grande différence entre la simple demande et la demande qui constitue une divinisation.

La simple demande d'aide (istinsâr /istighâtha) à un ami relève des relations humaines et est donc en soi permise vis-à-vis d'un autre que Dieu. C'est pourquoi le Coran emploie ces deux termes "istinsâr" et "istighâtha" à propos d'une demande d'aide qui est autorisée : "وَالَّذِينَ آمَنُواْ وَلَمْ يُهَاجِرُواْ مَا لَكُم مِّن وَلاَيَتِهِم مِّن شَيْءٍ حَتَّى يُهَاجِرُواْ وَإِنِ اسْتَنصَرُوكُمْ فِي الدِّينِ فَعَلَيْكُمُ النَّصْرُ إِلاَّ عَلَى قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ" (Coran 8/72) ; "فَاسْتَغَاثَهُ الَّذِي مِن شِيعَتِهِ عَلَى الَّذِي مِنْ عَدُوِّهِ فَوَكَزَهُ مُوسَى" (Coran 28/15). Un terme synonyme est : "isti'âna".

Par contre, il y a des demandes d'aide (istinsâr /istighâtha) qui constituent une divinisation, et donc du culte. Or le culte ne peut être rendu qu'à Dieu. Et ce n'est pas qu'il est seulement permis, c'est qu'il est recommandé, et même globalement obligatoire, de demander à Dieu ce dont on a besoin (du'â ul-mas'ala). Une telle demande adressée à autre que Dieu est interdite, constituant du polythéisme, shirk akbar.

La demande constituant une divinisation est également appelée : "invocation". Celle-ci relève du culte, comme l'a dit le Prophète (sur lui soit la paix) : "Le culte, c'est l'invocation" (at-Tirmidhî, 2969, Abû Dâoûd, 1479).

Par rapport à toute demande qu'on adresse à autre que Dieu, il est donc impératif de distinguer "la simple demande" de "la demande constituant l'invocation", afin d'établir quelle demande on peut adresser à autre que Dieu, et quelle demande on ne peut adresser qu'à Dieu et à personne d'autre que Lui.

Comment distinguer donc la simple demande et la demande constituant invocation ?

Nous allons le voir ensemble, à travers les différents types de demandes pouvant exister...

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Il y a ici 2 cas :
A) Demander quelque chose dont la réalisation requiert un pouvoir dont Dieu seul dispose (comme la guérison instantanée, l'aide métaphysique pour remporter la victoire, la rémission des péchés, etc.) ;
B) Demander quelque chose dont la réalisation relève d'un pouvoir qui est tel que, en soi, Dieu l'a conféré à une ou plusieurs créatures.

Ces 2 cas de figure sont évoqués dans cet écrit de Ibn Taymiyya :
"وتفصيل القول: أن مطلوب العبد إن كان من الأمور التي لا يقدر عليها إلا الله تعالى، مثل أن يطلب شفاء مريضه من الآدميين والبهائم أو وفاء دينه من غير جهة معينة أو عافية أهله وما به من بلاء الدنيا والآخرة وانتصاره على عدوه وهداية قلبه وغفران ذنبه أو دخوله الجنة أو نجاته من النار أو أن يتعلم العلم والقرآن أو أن يصلح قلبه ويحسن خلقه ويزكي نفسه وأمثال ذلك" (MF 27/67-68) ;
"وأما ما يقدر عليه العبد" (MF 27/68).

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Comment distinguer ce qui relève des pouvoirs dont dispose réellement autre que Dieu (B) et ce dont ne dispose que Dieu (A) ?

La réponse se trouve dans ces 2 propos de Shâh Waliyyullâh :
"المعترف بانصرام سلسلة الإمكان إلى واجب لا يحتاج إلى غيره، يضطر إلى جعل هذه الصفات التي يتمادحون بها على درجتين: ـ درجة لما هنالك؛ ـ ودرجة لما يشبهه بنفسه"
(Hujjat ullâh il-bâligha, 1/181).
"حقيقة الشرك أن يعتقد إنسان في بعض المعظمين من الناس أن الآثار العجيبة الصادرة منه إنما صدرت لكونه متصفا بصفة من صفات الكمال مما لم يعهد في جنس الإنسان [بل من جنس المخلوق من الجنّ والملك]، بل يختص بالواجب جل مجده، لا يوجد في غيره إلا أن يخلع هو خلعة الألوهية على غيره، أو يفني غيره في ذاته ويبقى بذاته، أو نحو ذلك مما يظنه هذا المعتقد من أنواع الخرافات" (Ibid., 1/183-184).

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A) Demander quelque chose dont la réalisation requiert un pouvoir dont Dieu seul dispose (comme la guérison instantanée, l'aide métaphysique pour remporter la victoire, la rémission des péchés, etc.) :

Demander ce genre de choses relève systématiquement de l'invocation et ne peut être fait qu'à Dieu.

Adresser ce genre de demande à un être autre que Dieu relève systématiquement de l'associationnisme (shirk fi-r-rubûbiyya et donc aussi shirk fi-l-ulûhiyya)...
Et cela, que cet être soit visible ou invisible (qu'il soit ange, djinn ou humain)...
qu'il soit présent ou absent...
qu'il soit vivant ou défunt.

Ibn Taymiyya écrit : "وتفصيل القول: أن مطلوب العبد إن كان من الأمور التي لا يقدر عليها إلا الله تعالى، مثل أن يطلب شفاء مريضه من الآدميين والبهائم أو وفاء دينه من غير جهة معينة أو عافية أهله وما به من بلاء الدنيا والآخرة وانتصاره على عدوه وهداية قلبه وغفران ذنبه أو دخوله الجنة أو نجاته من النار أو أن يتعلم العلم والقرآن أو أن يصلح قلبه ويحسن خلقه ويزكي نفسه وأمثال ذلك: فهذه الأمور كلها لا يجوز أن تطلب إلا من الله تعالى، ولا يجوز أن يقول لملك ولا نبي ولا شيخ - سواء كان حيا أو ميتا - اغفر ذنبي ولا انصرني على عدوي ولا اشف مريضي ولا عافني أو عاف أهلي أو دابتي وما أشبه ذلك. ومن سأل ذلك مخلوقا كائنا من كان فهو مشرك بربه من جنس المشركين الذين يعبدون الملائكة والأنبياء والتماثيل التي يصورونها على صورهم ومن جنس دعاء النصارى للمسيح وأمه" (MF 27/67-68).

En fait, demander ce genre de choses à un être autre que Dieu revient de facto à croire que cet être dispose de la gestion autonome (اسْتِقْلال) de quelque chose de l'univers.

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B) Demander à un être autre que Dieu quelque chose dont la réalisation relève d'un pouvoir qui est tel que, en soi, Dieu l'a conféré à cet être :

A propos de cela, Ibn Taymiyya a écrit que faire ce genre de demande est dans certains cas autorisé, dans d'autres cas interdit : "وأما ما يقدر عليه العبد فيجوز أن يطلب منه في بعض الأحوال دون بعض؛ فإن مسألة المخلوق قد تكون جائزة وقد تكون منهيا عنها" (MF 27/68).

En fait ici 2 cas se présentent :

B.1) Demander pareille chose à un être autre que Dieu mais qui est présent physiquement et qui est vivant :

Il y a ici 3 cas possibles :
soit cet être est un humain,
soit c'est un djinn,
soit c'est un ange.

–--- B.1.1) S'il s'agit d'un être humain :

Que la demande qu'on lui fait consiste en l'ordre d'un maître à son serviteur (khâdim) ou en la requête d'un égal à un égal ou d'un serviteur à son maître (istikhdâm aw iltimâs), cela est bien sûr autorisé, et n'est pas de l'associationnisme (shirk).

Relève de ce cas de figure le fait que d'ordonner à son serviteur de nous apporter un renseignement ; de demander à un ami de nous prêter sa machine ; de demander à un homme qui nous est de statut supérieur une aide financière. (Il est vrai que la mendicité est interdite s'il n'y a pas nécessité ; cependant, même alors cela constitue un péché mais pas un acte de shirk.)

Cependant, pour être complet il faut ici préciser que si demander son assistance à un ami est en soi autorisé ("jâ'ïz"), le mieux ("al-afdhal") est de demander même ce genre de choses à Dieu en premier lieu. Le Prophète n'avait-il pas dit à Ibn Abbâs : "Lorsque tu demandes, demande à Dieu ; et lorsque tu demandes de l'aide, demande à Dieu Son aide" (at-Tirmidhî, 2516) (cf. Al-Iqtidhâ', pp. 409-410). Le Prophète avait un jour demandé à des Compagnons de lui prêter serment d'allégeance sur le fait qu'ils n'adoreraient que Dieu sans rien Lui associer, qu'ils feraient les cinq prières quotidiennes, qu'ils feraient preuve d'obéissance et qu'ils ne demanderaient rien aux hommes (Muslim, 1043). La laisse tombait des mains de Abû Bakr alors qu'il se trouvait sur son chameau. Il faisait alors s'assoir l'animal et ramassait lui-même l'objet tombé. On lui dit : "Tu nous aurais dit de te la donner !". Il répondit : "Mon bien aimé le Prophète m'a ordonné de ne rien demander aux hommes" (Ahmad, 62) (cf. Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 52).
Préférer s'abstenir – bien que le contraire soit permis – de demander des choses de ce genre à un autre que Dieu relève d'une perfection dans le monothéisme. Et le jour du jugement, les personnes ayant réalisé pareil degré de perfection dans leur adhésion au monothéisme au point que sur terre ils "ne demandaient pas qu'on leur récite la ruqyâ, ne se faisaient pas faire des cautérisations, ne tiraient pas de mauvais augure et portaient toute leur confiance sur Dieu" entreront au paradis sans rendre de compte et le visage resplendissant comme la lune (le Hadîth est bien connu).
Cependant, s'abstenir de demander même ce genre de choses aux hommes est déconseillé pour ceux dont la foi n'est pas suffisamment forte pour leur permettre de supporter les rigueurs que cela peut entraîner matériellement ou physiquement.

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–--- B.1.2) Si cet être est un djinn :

Lui adresser une demande de ce genre (ce qui relève du pouvoir que Dieu lui a conféré) est autorisé à 3 conditions :
premièrement que la demande qu'on lui fait consiste en une istikhdâm, c'est-à-dire une demande faite à un serviteur, et non pas en une iltimâs, requête d'un serviteur à son maître ;
deuxièmement que le djinn soit présent auprès de soi (ce qui fait qu'il se manifeste, même si ce n'est pas selon la visibilité humaine),
et troisièmement que l'objet de la demande soit autorisé.
Ibn Taymiyya a ainsi mentionné le récit selon lequel, une fois, cherchant partout le calife Omar ibn ul-Khattâb, Abû Mûssâ al-ash'arî finit par demander à une dame de Médine qui avait un serviteur (khâdim) djinn d'envoyer celui-ci vérifier où le calife se trouvait. La dame l'envoya alors le faire, et obtint de lui l'information que Omar se trouvait à tel endroit, occupé à marquer les chameaux donnés en aumône (Majmû' ul-fatâwâ 19/63, voir aussi Al-Qawl ul-mufîd, Ibn ul-'Uthaymîn, pp. 534, 546). Ibn Taymiyya a aussi parlé de l'autorisation d'employer des djinns pour des travaux autorisés (MF 11/307, 13/87) du moment bien sûr qu'il n'y a pas de pacte revenant à diviniser ce djinn et que celui-ci agit ainsi parce qu'il est assujetti à cet homme, ou bien parce qu'il a de l'affection pour lui et veut donc lui rendre ce service, ou parce que le travail qu'il fournit en collaborant avec cet homme lui permet de combattre le mal que des djinns fâssiq ou kâfir font à des humains. Cliquez ici pour lire notre article sur le sujet.

Si n'importe laquelle de ces 3 conditions vient à manquer, alors cela est interdit.
Ainsi :
si le djinn n'accomplit ce genre de choses qu'avec comme condition préalable qu'on lui fasse une offrande (immolation d'un animal en son nom, offrandes placées pour lui en tel lieu, etc.), cela constitue de l'associationnisme (shirk fi-l-ulûhiyya) et est interdit (c'est ce qui se passe avec Expédit) ;
si le djinn n'accomplit ce genre de choses que suite au fait qu'on lui offre un avantage tel que fornication etc., cela constitue également quelque chose de formellement interdit bien que n'étant pas du shirk ;
si la demande adressée au djinn concerne quelque chose d'interdit, comme le fait de voler quelque chose, ou de tuer quelqu'un, alors cela est interdit bien que n'étant pas du shirk, même si les deux autres conditions sont respectées ;
– enfin, si l'objet de la demande est autorisée mais que le djinn n'est pas là et qu'on lui adresse la demande par la "voie métaphysique", on tombe de nouveau dans le cas B.2.2 évoqué plus bas, qui constitue de l'associationnisme (shirk fi-l-ulûhiyya).

(Rappelons que nous parlons de la demande de réaliser ce que Dieu a mis en le pouvoir d'un djinn – même si un être humain ne pourrait, lui, pas le faire –, et non pas de ce que Dieu n'a pas mis en le pouvoir d'un djinn et qui donc relèverait du cas A : cela est systématiquement interdit.)

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–--- B.1.3) Si cet être est un ange :

Lui adresser une demande de ce genre (ce qui relève du pouvoir que Dieu lui a conféré) est autorisé à 2 conditions :
que l'ange soit présent auprès de soi ;
et que l'ange ait reçu de Dieu l'ordre de faire l'action que l'humain pourrait lui demander de faire. Car l'ange, n'ayant aucune volonté propre et ne faisant qu'exécuter ce que Dieu lui ordonne de faire, n'a pas le pouvoir de prendre l'initiative de faire quelque chose. Il faut donc que Dieu ait donné explicitement à cet ange l'ordre de faire telle action si tel humain, présent devant lui, le lui demande, pour pouvoir lui adresser une demande.

Si n'importe laquelle de ces 2 conditions vient à manquer, alors adresser une demande à un ange est interdit.
Ainsi :
– si l'ange n'est pas présent auprès de soi et qu'on lui adresse la demande par la "voie métaphysique", on tombe dans le cas B.2.2 évoqué plus bas, qui constitue de l'associationnisme (shirk fi-l-ulûhiyya). S'adresser à l'ange Michel et lui dire : "O toi, Michel, apporte-nous la pluie", c'est de l'invocation adressée à un autre qu'à Dieu, et donc du shirk ;
– de même, si l'ange n'a pas reçu de Dieu l'ordre de faire telle action lorsqu'un homme le lui demande, il n'est pas autorisé de le lui demander.

Par contre, si l'ange est présent auprès de soi, et a été dépêché par Dieu ou a été chargé par Dieu de répondre à telle demande précise lorsqu'un homme le lui demande, alors il est autorisé de lui adresser la demande pour laquelle Dieu l'a dépêché ou par rapport à laquelle Dieu l'a chargé de répondre.
Ainsi, l'ange Gabriel a un jour présenté au Prophète l'ange responsable des montagnes et lui a dit que Dieu l'a dépêché auprès de lui pour qu'il lui ordonne de faire ce qu'il voudrait : l'ange des montagnes dit alors au Prophète qu'il pouvait, s'il le désirait, lui demander de faire tomber les deux montagnes sur les habitants de la cité de at-Tâ'ïf pour se venger d'eux. Mais le Prophète déclina l'offre (al-Bukhârî 3059, Muslim 1795). Le fait de voir, en état de veille et durant son vivant, un ange venu proposer son aide, ou venu délivrer une information quant au futur, cela ne se produit cependant que par rapport à un prophète ou à une prophétesse (cliquez ici et ici) ; les autres personnes ne peuvent pas être certaines qu'il ne s'agit pas plutôt d'un djinn qui se fait passer pour un ange.

Par contre, il est un hadîth qui dit : "Dieu a des anges sur la Terre qui sont autres que les (anges) protecteurs ; ils prennent note des feuilles qui tombent des arbres. Lorsque l'un d'entre vous ne peut plus continuer dans une terre déserte, qu'il proclame : "Serviteurs de Dieu, aidez-moi !"" (hadîth hassan d'après al-Albânî, soit marfû'an, soit mawqûfan sur Ibn Abbâs). Abdullâh ibn Ahmad relate que son père Ahmad ibn Hanbal a dit : "J'ai effectué cinq pèlerinages, deux sur une monture et trois à pied ; ou (il a dit :) deux à pied et trois sur une monture. Pendant le voyage d'un pèlerinage que j'effectuais à pied, je perdis mon chemin. Je me mis alors à dire : "Serviteurs de Dieu, indiquez-nous le chemin !" Je ne cessais de dire cela, jusqu'à ce que je tombe sur le chemin" (rapporté par Abdullâh dans les Massâ'ïl, ainsi que par al-Bayhaqî et par Ibn 'Assâkir, par une chaîne qualifiée par al-Albânî de sahîh : Silsilat ul-ahâdîth id-dha'îfa, 2/111-112). Ce hadîth (si cela remonte réellement jusqu'au Prophète) a indiqué que ces anges sont présents sur terre et qu'ils ont reçu de la part de Dieu la fonction d'indiquer le chemin. On peut donc adresser cette demande aux anges qui sont autour de soi quand on se trouve dans pareil cas.

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B.2) Adresser pareille chose à un être qui est physiquement absent ou à qui Dieu n'a pas autorisé qu'on lui fasse cette demande :

Qu'il s'agisse d'une istikhdâm (ordre) ou d'une iltimâs (requête), cela est interdit, car cela relève de l'invocation, qui ne peut être adressée qu'à Dieu.

Ensuite...

–--- B.2.1) Si cet être autre que Dieu a en soi mais pas actuellement la capacité de faire ce qui lui est demandé (et ce parce qu'il est décédé, ou bien physiquement absent) :

Lui demander cette chose constitue un acte d'associationnisme dans la providence (shirk fi-r-rubûbiyya) et donc a fortiori un acte d'associationnisme dans le caractère divin (shirk fi-l-ulûhiyya), lequel contredit le monothéisme en son principe même (et non plus seulement en sa perfection, comme c'était le cas en B.1.1, que nous avons vu plus haut).

Ainsi, à un être humain auquel on parle par téléphone (et auquel la demande n'est donc pas adressé par la "voie métaphysique"), on ne peut pas demander de nous apporter immédiatement son aide physique "à distance".
On ne peut non plus demander à un défunt (ce défunt fût-il un prophète de Dieu ou un pieux personnage) dont on est près de la tombe de nous apporter son aide en nous donnant par exemple à manger (chose que l'on pourrait demander à un vivant) : le fait est que le défunt n'a plus la capacité de faire ceci.

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–--- B.2.2) Si on adresse cette demande dans la "dimension métaphysique" :

Alors cela constitue un associationnisme dans le caractère divin (shirk fi-l-ulûhiyya).

Relève du cas de figure B.2.1 ainsi que de ce cas de figure B.2.2 le fait de demander à un défunt de nous apporter son aide, en pensant qu'il entend "de partout".

Si on adresse une demande à un ange, alors, si l'ange n'est pas présent, lui demander même ce qui ne relève pas du A (cité plus haut), cela constitue quelque chose de ce cas B.2.2 et constitue donc du shirk. On ne peut ainsi pas adresser de demande à un ange qui n'est pas présent près de soi, même si alors on lui demande de nous apporter une aide relevant de ce que Dieu a dit lui avoir donné le pouvoir de faire.

Il est un verset où Dieu invite ceux qui le faisaient à ne plus invoquer les anges pour leurs besoins (Coran 17/56-57). Après avoir cité ce verset, Ibn Taymiyya écrit : "Un groupe de pieux prédécesseurs a dit [commentant ces versets] : "Des hommes invoquaient les anges, ainsi que des prophètes tels que Jésus ou 'Udhayr. Dieu a donc expliqué que les anges et les prophètes sont Ses serviteurs (…). Ces formes de propos adressés aux anges, aux prophètes ou aux pieux après que ces deux dernières catégories aient quitté ce monde, auprès de leur tombe ou alors qu'ils sont absents, de même qu'adresser ces demandes à des statues les représentant, cela relève de la plus grande forme d'associationnisme…" (Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, pp. 30-31). "On ne peut pas adresser des demandes ou des demandes d'aide à des prophètes ou à des pieux qui ont quitté ce monde, ou qui sont absents physiquement" (Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 31).

Après tout, si les polythéistes de la Mecque avant la venue du Prophète adoraient d'autres entités que Dieu, ils avaient, à l'arrière plan de leur esprit, conscience que c'est Dieu Seul qui a créé l'univers et qui en gère les grands événements. Et ils disaient que s'ils invoquaient, se rapprochaient et contentaient Hubal, al-Lât, al-'Uzzâ, Manât, Suwâ' et autres idoles, cela leur serait de toute façon utile auprès de Dieu le Créateur aussi, car, disaient-ils, "ce sont nos intercesseurs auprès de Dieu" : "وَيَعْبُدُونَ مِن دُونِ اللّهِ مَا لاَ يَضُرُّهُمْ وَلاَ يَنفَعُهُمْ وَيَقُولُونَ هَؤُلاء شُفَعَاؤُنَا عِندَ اللّهِ" : "Et ils adorent, en dehors de Dieu, ce qui ne leur fait ni tort ni bienfait, et ils disent : "Ceux-là sont nos intercesseurs auprès de Dieu"" (Coran 10/18). A l'instar d'un empereur de ce monde, qui doit accepter l'intercession des rois qui sont ses vassaux parce qu'il a besoin d'eux ou parce qu'il les craint ou parce qu'ils lui ont fait un jour une faveur, Dieu, croyaient-ils, n'a d'autre choix que celui d'accepter l'intercession que ces entités font auprès de Lui en faveur de ceux qui les invoquent elles. Malgré l'apparent "bon sentiment" dont cette démarche procédait, il s'agissait d'idolâtrie ("shirk") ; et Dieu, dans le Coran, répond aux polythéistes que pareille intercession n'existe pas auprès de Lui et que c'est Lui Seul qu'il faut invoquer (Al-Wâssita bayn al-haqq wa-l-khalq, p. 29, Qâ'ïda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, pp. 21-22).

C'est d'ailleurs à cause de cela qu'il est vérifié de dire que les chrétiens ont divinisé Marie (cliquez ici pour en savoir plus).

Dans un autre article encore (cliquez ici pour le lire), il est exposé que tout ce qui constitue une invocation et est adressé à un autre que Dieu "tombe" sur un djinn satanique.

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C) Demander à quelqu'un d'adresser des invocations à Dieu pour soi ("Yâ fulân, ud'u-llâha lî") :

Cela est institué (mashrû') : si la personne est vivante.
Par contre, cela est une bid'a : si la personne est défunte.

--- Demander au Prophète, devant sa tombe : "Messager de Dieu, invoque Dieu en notre faveur" : institué ou pas ?.

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D) Demander soi-même quelque chose à Dieu, mais Lui demander d'exaucer sa demande "à cause de telle action" qu'on a faite, ou "à cause de telle personne" ("Allâhumma as'aluka bi 'amalî hâdhâ, aw bi dhâti fulân, aw bi jâhi fulân 'indaka") :

Ceci relève de la du'â bi-l-wassîla.

--- L'invocation qu'on a adressée à Dieu, demander à Dieu : "O Dieu, exauce cette invocation au nom de la place que le Prophète a auprès de Toi" ? (الدعاء بالوسيلة).

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E) Demander soi-même quelque chose à Dieu, mais le Lui demander en s'étant rendu expressément près de la tombe d'un prophète ou d'un pieux, avec l'objectif de bénéficier de la baraka de celui-ci :

Cela constitue aussi une bid'a.

--- Rechercher la proximité de la tombe d'un pieux (le Prophète ou autre) pour invoquer Dieu, pensant bénéficier ainsi d'une bénédiction (baraka dîniyya) : institué ou pas ?

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Note à propos de Ibn Taymiyya :

Abu-l-Hassan an-Nadwî a cité ces passages de ces écrits de Ibn Taymiyya dans le tome que, au sein de "Rijâl ul-fikr wad-da'wa fil-islâm" (titre de la version arabe de son ouvrage "Târîkh-é da'wat-o 'azîmat"), il a entièrement consacré à l'œuvre de ce grand savant du 8ème siècle de l'hégire (il s'agit du tome n° 2, et ces écrits relatifs à l'invocation sont cités pp. 181-185). An-Nadwî parle de lui comme étant un "réformateur global" ("muslih shâmil") (p. 9) et détaille les "quatre domaines de son action réformatrice et rénovatrice" ("arkân ul-islâh wa-t-tajdîd al-arba'â fî hayât Ibn Taymiyya" : p. 171).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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