Les Compagnons du prophète Muhammad (que Dieu le bénisse, et qu'Il les agrée)

Abdullâh ibn Omar (radhiyallâhu 'anhumâ) a dit : "Celui qui veut prendre un modèle, qu'il suive ceux qui sont (déjà) décédés. Eux sont les Compagnons de Muhammad (que Dieu l'élève et le salue). Ils étaient la meilleure partie de cette Umma : ceux qui avaient les cœurs les plus vertueux, ceux qui étaient les plus profonds en connaissance et ceux qui faisaient le moins de maniérisme. Des gens que Dieu a choisis pour être dans la compagnie de Son Prophète - que Dieu l'élève et le salue - et pour relater Sa religion. Imitez donc leurs manières et leurs façons de faire, car ils sont les Compagnons de Muhammad - que Dieu l'élève et le salue -: ils étaient sur la voie droite" : "عن عبد الله بن عمر، قال: "من كان مستنا فليستن بمن قد مات. أولئك أصحاب محمد صلى الله عليه وسلم كانوا خير هذه الأمة، أبرها قلوبا، وأعمقها علما، وأقلها تكلفا، قوم اختارهم الله لصحبة نبيه صلى الله عليه وسلم ونقل دينه. فتشبهوا بأخلاقهم وطرائقهم، فهم أصحاب محمد صلى الله عليه وسلم، كانوا على الهدى المستقيم" (Hilyat ul-awliyâ').

Quelle place les Compagnons occupent-ils dans l'Islam ?
Qui est un Compagnon du Prophète ? Seulement celui qui est resté longtemps en sa compagnie, ou également celui qui ne l'a côtoyé que quelques instants ?

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Un extrême : croire que chaque avis émis par et chaque acte fait par un Compagnon sont justes :

Il ne faut pas tomber dans l'extrême qui voudrait que dès qu'un Compagnon a eu un avis (sur lequel il n'y a pas eu consensus de tous les Compagnons) ou dès qu'il a fait un acte, cet avis ou cet acte est forcément et obligatoirement à suivre. Car dans la Communauté du Prophète, en dehors du Prophète nul homme n'est infaillible dans ses actes (ma'ssûm 'an idh-dhanb) ou dans ses interprétations (ma'ssûm 'an il-khata' fil-ijtihâd) (tant qu'il n'y a pas eu consensus sur cet avis – ijmâ' –, car sinon cela relève d'un autre cas) (cf. MF 4/434).

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I) Le célèbre Hadîth : "La meilleure partie de ma Umma est mon époque, puis ceux qui viennent après, puis ceux qui viennent après" :

Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "La meilleure partie de ma Umma est mon époque, puis ceux qui viennent après, puis ceux qui viennent après. Puis viendront des gens qui apporteront un témoignage alors qu'il ne leur aura pas été demandé, qui trahiront ce qu'il leur aura été confié et ne seront pas honnêtes, qui feront des vœux qu'ils ne respecteront pas, et qui seront gras" (al-Bukhârî, 3450, Muslim, 2535). Dans une autre version, on lit ceci : "… qui chercheront à grossir et aimeront être gros…" (at-Tirmidhî, 2221).

Les termes "mon époque" ne désignent pas ici "la période pendant laquelle le Prophète vivait", mais "les individus qui ont vu le Prophète et ont eu foi en lui jusqu'à leur mort", c'est-à-dire l'ensemble des Compagnons. C'est bien pourquoi le Prophète, parlant de ce qu'il y a après "son époque", emploie les termes "ceux qui viendront après eux" ("alladhîna yalûnahum").

Dans une autre version, le Prophète l'a dit explicitement ainsi : "La meilleure partie de cette Umma est l'époque parmi lesquels j'ai été envoyé" (FB 7/8) : les termes "parmi lesquels" ("al-qarn alladhî bu'ithtu fîhim") montrent bien qu'il s'agit d'individus et non pas d'une période.

Il y a également ce hadîth : "عن أبي هريرة رضي الله عنه أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "بعثت من خير قرون بني آدم قرنا فقرنا حتى كنت من القرن الذي كنت فيه : "J'ai été suscité dans la meilleure génération des fils de Adam, [ce choix ayant été fait par Dieu en considérant] génération après génération, jusqu'à ce que je sois [suscité] dans la génération dans laquelle je suis" (al-Bukhârî 3364). Ce hadîth est ici cité d'après l'interprétation selon laquelle le Prophète a ici parlé de génération dans le sens horizontal du terme, à savoir le groupe d'hommes parmi lesquels il a été suscité : les termes ici présents ("بعثت من خير قرون بني آدم") sont très voisins de ceux présents dans cet autre hadîth : "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خير أمتي القرن الذي بعثت فيهم، ثم الذين يلونهم، ثم الذين يلونهم - والله أعلم أقال الثالثة أم لا -، ثم يجيء قوم يحبون السمانة، يشهدون قبل أن يستشهدوا" (Ahmad, 7123) ; "عن عمران بن حصين قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خير أمتي القرن الذي بعثت فيهم، ثم الذين يلونهم ـ قال: ولا أعلم ذكر الثالث أم لا ـ ثم ينشأ أقوام يشهدون ولا يستشهدون، ويخونون ولا يؤتمنون، ويفشو فيهم السمن" (at-Tirmidhî, 2222, Ahmad, 19823, 19953) (et non pas d'après l'interprétation selon laquelle il s'agit ici de la dimension verticale).
Ce hadîth montre que les hommes qui ont, après avoir écouté son appel, dûment apporté foi en son message à l'époque du Prophète ("ses Compagnons"), ces hommes ont formé le meilleur groupe humain ayant existé sur Terre (en tant que groupe, et non pas dans l'absolu, vu qu'aucun Compagnon n'est meilleur qu'un prophète).

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Chaque Compagnon est meilleur auprès de Dieu que tout autre musulman de la Umma :

Deux questions se posent par rapport au Hadîth cité ci-dessus…

Primo : Qui est "Compagnon du Prophète" ?

Est-ce toute personne qui, en étant musulmane, a vu même une fois le Prophète lorsque ce dernier était vivant et est plus tard morte musulmane ? Ou bien y a-t-il, en plus de cela, une durée minimale pendant laquelle il faut qu'elle soit restée en la compagnie du Prophète ?

C'est la première réponse qui est la bonne (MF 35/59, FB 7/6-8). Les Compagnons sont donc toutes les personnes qui, en étant musulmanes, ont vu le Prophète durant le vivant de celui-ci et qui sont mortes avec la foi.

Après la mort du Prophète, survenue en l'an 11 de l'hégire, aucun homme ne peut donc plus devenir Compagnon. La période où des musulmans peuvent atteindre le statut de Compagnon prend donc fin à la mort du Prophète, en l'an 11 de l'hégire.
Celle où des musulmans peuvent atteindre le statut de Tâ'bi'î prend fin avec la mort du Compagnon Abu-t-Tufayl 'Âmir ibn Wâthila al-laythî, survenue en l'année 100, 107 ou 110 (FB 7/8). Tout musulman né après cet année ne peut donc pas être un Tâbi'î, puisqu'il ne peut pas avoir vu de Compagnon.
Quant à la période où des musulmans peuvent atteindre le statut de Tâbi' ut-tâbi'în, elle prend fin en l'an 170 ou 180 (FB 7/8). Tout musulman né après cette période ne peut pas êre un Tâbi' ut-tâbi'în, car il ne peut avoir vu un Tâbi'î.

Secundo : ce Hadîth signifie-t-il que, parmi tous les Compagnons qu'il y a eu, chaque Compagnon est meilleur que chaque musulman qui n'est pas Compagnon ? Ou bien signifie-t-il que c'est pris dans leur ensemble que les Compagnons sont meilleurs que les musulmans de la seconde génération (Tâbi'ûn) et qu'il se peut donc qu'un Tâbi'î précis soit meilleur qu'un Compagnon pris isolément ?

La majorité des ulémas est de l'avis suivant : pour ce qui est de la profondeur du savoir, c'est pris dans leur ensemble que les Compagnons sont plus érudits que les autres musulmans ("a'maquhum 'ilman", avait dit Ibn Mas'ûd) et il se peut donc que, pris isolément, certains musulmans de la seconde génération soient plus érudits que certains Compagnons, considérés eux aussi isolément. Par contre, pour ce qui est de la valeur de la personne auprès de Dieu, alors au sein de la Communauté du Prophète Muhammad (sur lui la paix), chaque Compagnon a, auprès de Dieu, un grade plus grand que n'importe quel autre musulman qui n'est pas Compagnon (FB 7/9-10, MS 3/289). Ceci est dû au fait, comme l'a écrit Ibn Taymiyya, que la valeur des actions ne dépend pas seulement de sa forme extérieure mais aussi des réalités qui sont présentes dans le cœur et qui en constituent le fondement, ainsi que des sacrifices consentis pour la défense et la propagation de l'islam (MS 3/288, 3/347-348). Ibn Hazm évoque plusieurs causes qui font la supériorité des Compagnons auprès de Dieu : il y a notamment le fait qu'ils ont bénéficié de la Compagnie du Messager de Dieu, le fait aussi que leurs actions étaient plus sincères que celles de ceux qui viendront après, le fait aussi que leur période était décisive et nous leur sommes redevables de ce qu'ils ont bâti par leurs sacrifices, etc. (FMAN 3/34-37).

Pour ce qui est des Tâbi'ûn, par contre, la supériorité des Tâbi'ûn sur ceux qui viendront après ne concerne pas chaque Tâbi'î par rapport à chaque musulman qui viendra après, mais concerne les Tâbi'ûn pris dans leur ensemble par rapport à l'ensemble des musulmans de la génération suivante. Il en est de même pour les Tab' ut-tâbi'în (cf. FB 7/10).

A l'intérieur de l'ensemble des Compagnons eux-mêmes, cependant, il y a des catégories en termes de valeur auprès de Dieu.

Dieu Lui-même a dit : "Ne sont pas semblables parmi vous ceux qui ont dépensé et combattu avant la fat'h. Ceux-là ont un grade plus élevé que ceux qui ont dépensé et combattu après. Et à chacun Dieu a promis la plus belle récompense" (Coran 57/10). Que désigne le terme "fat'h" ici employé :
- la campagne de al-Hudaybiya, en l'an 6 de l'hégire, qui a débouché sur la trêve entre les Musulmans et les Mecquois et qui a été décrite par Dieu comme une "fat'h mubîn" ?
- ou bien la conquête de La Mecque en l'an 8 de l'hégire, appelée elle aussi "al-fat'h" ?
D'après l'avis de Ibn Taymiyya, il s'agit ici de la campagne de al-Hudaybiya (MS 1/222, 2/296, MF 35-60).

Ces personnages "ayant dépensé et combattu avant Hudaybiya" sont ceux-là mêmes dont Dieu a dit dans un autre verset : "Les devanciers parmi les Emigrants et les Auxiliaires" (MS 1/222, 2/296, MF 35-60). Les Compagnons qui ont fait serment d'allégeance au Prophète à al-Hudaybiya sous l'arbre sont appelés "les Compagnons de l'arbre" ; ils sont entre 1400 et 1500 personnes (FB 7/548-549). Tous ces Compagnons font partie de ces "Devanciers parmi les Emigrants et les Auxiliaires" (MS 1/222) (d'autres sont morts avant cet événement). Le Prophète a dit : "Ne séjournera inshâ Allâh en enfer aucun des Compagnons qui ont fait allégeance sous l'arbre" (Muslim, 2496). Au sein de l'ensemble de ces Devanciers, ceux qui ont participé à Badr ont une valeur plus grande encore auprès de Dieu : "N'entrera jamais en enfer un homme qui a participé à Badr et al-Hudaybiya" (Ahmad, 14725, voir aussi Muslim, 2495). L'ange Gabriel demanda un jour au Prophète : "Comment considérez-vous parmi vous les gens ayant participé à Badr ? – Parmi les meilleurs musulmans (ou un terme approchant), répondit le Prophète. Ainsi en est-il également de ceux qui ont participé à Badr parmi les anges", affirma Gabriel (al-Bukhârî, 3771).

Le tournant de la trêve de al-Hudaybiya, conclue en dhu-l-qa'da de l'an 6, va atténuer les difficultés que les musulmans avaient jusqu'ici à subir à cause de leur foi ; il est donc attendu que ceux d'avant ont une plus grande valeur auprès de Dieu. En effet, ce sont les sacrifices des premiers qui ont pavé la voie pour ceux qui viennent ensuite : les premiers ont donc une valeur plus grande auprès de Dieu. Cette trêve va aussi amener de nombreuses personnes à se convertir à l'islam ; de nombreuses parmi elles émigreront aussi à Médine pour renforcer ainsi la position de la ville du Prophète. Elles seront donc quand même des "muhâjirûn".

Un nouveau tournant survient presque deux ans après la trêve de al-Hudaybiya, c'est la conquête de la Mecque, en ramadan de l'an 8. Le Prophète annonce alors : "Plus d'émigration après la conquête ("al-fat'h")…" (al-Bukhârî, 2631, Muslim, 1353) (voir aussi Sahîh ul-Bukhârî 2913). Après cela, parmi les Compagnons, personne ne peut donc devenir "muhâjirî" de cette catégorie précise dont Dieu a fait les éloges dans Son Livre. Ceux qui sont devenus musulmans entre al-Hudaybiya et la conquête de la Mecque et qui ont émigré à Médine sont donc pour leur part des "muhâjirûn" aussi, et s'ils sont de moindre stature que les "Devanciers", ils ont une plus grande valeur auprès de Dieu que les Compagnons devenus musulmans après la conquête de la Mecque.

Parmi tous les Compagnons (ceux qui ont vu le Prophète vivant en étant musulmans et qui sont morts musulmans) il y a donc :
ceux qui ont embrassé l'islam avant al-Hudaybiya (dhu-l-qa'da 6) ; s'ils sont restés en vie jusqu'à l'émigration du Prophète à Médine, ils ont aussi émigré à Médine, où se trouvaient les habitants déjà devenus musulmans ; ce sont "as-sâbiqûn al-awwalûna min al-muhâjirîna wa-l-ansâr" (MS 1/222, 2/296, MF 35-60) ;
ceux qui ont embrassé l'islam et ont émigré à Médine pendant la période comprise entre al-Hudaybiya (dhu-l-qa'da 6) et la conquête de la Mecque (ramadan 8 ) ; ce sont "muslimat ul-hudaybiya", aussi nommés "muhâjirat ul-fat'h" ; Khâlid ibn al-Walîd et Amr ibn al-'As appartiennent à cette catégorie ;
ceux qui ont embrassé l'islam à l'occasion de la conquête de La Mecque ; ce sont "muslimat ul-fat'h", aussi appelés "at-tulaqâ'" (pluriel de "talîq") parce que le Prophète avait dit, après la conquête de la Mecque : "Idh'habû fa antum ut-tulaqâ'" ; Abû Sufyân ibn Harb, Mu'âwiya ibn Abî Sufyân, Yazîd ibn Abî Sufyân, al-Hârith ibn Hishâm, Suhayl ibn 'Amr, Safwân ibn Umayya, 'Ikrima ibn Abî Jahl, etc. sont par exemple des "tulaqâ'" (MF 4/457-459, 4/466) ;
il y a enfin ceux qui ont embrassé l'islam après la conquête de la Mecque (an 8 ) et avant la mort du Prophète en l'an 11 ; les gens de at-Taïf qui se sont convertis à l'islam relèvent de cette catégorie ; on peut citer comme faisant partie de cette catégorie-ci 'Uthmân ibn Abi-l-'As (cf. MF 4/461).

Lors du califat de Omar, des années après la mort du Prophète, Omar est informé que la peste s'est déclarée dans la région où il doit se rendre ; n'ayant pas connaissance du Hadîth du Prophète sur le fait de savoir s'il doit poursuivre son chemin ou s'il doit ne pas se rendre dans la région où l'épidémie sévit, il consulte les personnages présents ; il prend alors d'abord l'avis des "muhârijûn", puis celui des "ansâr" [ces deux groupes constituent "as-sâbiqûn al-awwalûna min al-muhâjirîna wa-l-ansâr"] ; puis il prend l'avis des "muhâjirat ul-fat'h'" (al-Bukhârî, 5397).

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Certaines personnes disent parfois que Ibn 'Abd il-Barr est d'un avis différent de celui que nous avons vu plus haut et qui est partagé par la majorité des ulémas : selon Ibn 'Abd il-Barr, le Hadîth parlant de la supériorité des Compagnons sur les Tâ'bi'ûn concerne les Compagnons pris dans leur ensemble par rapport aux Tâbi'ûn pris dans leur ensemble : il se peut donc, d'après son avis, qu'un Tâbi'î précis soit meilleur qu'un Compagnon précis. Ces personnes citent cet avis de Ibn 'Abd il-Barr et se mettent donc à dire que Omar ibn 'Abd il-'Azîz serait meilleur que Mu'âwiya et Amr ibn al-'Âs, voire même que Aïcha, Tal'ha ou az-Zubayr.

Or, s'il est vrai que Ibn 'Abd il-Barr a l'avis sus-cité, il ne faudrait pas oublier qu'il n'a pas émis cet avis de façon absolue : pour lui, il n'y a aucun doute que chaque Compagnon relevant du groupe de "as-sâbiqûn" ou des "muhâjirat ul-fat'h" est meilleur que n'importe quel musulman n'étant pas Compagnon ; de même, il est explicitement d'avis que tout Compagnon ayant dépensé de ses biens et combattu pour l'islam en compagnie du Prophète est supérieur que n'importe quel autre musulman (FB 7/10). Or Aïcha, Tal'ha et az-Zubayr font partie de "as-sâbiqûn". Amr ibn al-As, lui, fait partie des "muhâjirat ul-fat'h". Quant à Mu'âwiya, il fait certes partie de "at-tulaqâ'", mais si le verset dit "parmi vous" (c'est-à-dire "parmi les Compagnons"), ceux qui ont dépensé de leurs biens et combattu après le tournant de al-Hudaybiya ne sont pas du même niveau que ceux qui l'ont fait après ce tournant, il dit aussi : "Et à chacun Dieu a promis la plus belle récompense" (57/10). Or Mu'âwiya et Amr ibn al-As ont dépensé de leurs biens et combattu pour l'islam en compagnie du Prophète lors des campagnes de Hunayn et de at-Tâïf en l'an 8 de l'hégire (MF 4/458-459) ; et un autre verset dit de ceux qui bénéficient de la promesse du meilleur seront éloignés du feu et n'en entendront même pas le bruit (Coran 21/101-103) (voir FMAN 3/72-73). De plus, l'autre verset affirme que Dieu a agréé "as-sâbiqûn al-awwalûn min al-muhâjirîn wa-l-ansar" mais aussi "al-ladhîna-t-taba'ûhum bi ihsân" (Coran 9/100).

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Certaines personnes objectent à cela qu'il y a eu des Compagnons qui, sans avoir été Munâfiq, ont commis des péchés graves, alors même qu'il est des musulmans qui n'ont pas vu le Prophète qui ne commettent jamais ces péchés de toute leur vie : de retour de voyage, deux Compagnons sont rentrés chez eux sans en avoir averti leur épouse respective, et ils ont alors découvert que leur conjointe les trompait (FB 9/422) ; l'épouse de Hilal ibn Umayya a été accusée par celui-ci de l'avoir trompé, ils ont eu ensuite recours au li'ân (al-Bukhârî, 4470) ; Abu-l-Ghâdiya était dans le camp de Mu'âwiya et est celui qui a tué 'Ammâr ibn Yâssir (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 2008) ; Mid'am a été tué par une flèche de l'ennemi alors qu'il défaisait la selle d'un chameau, mais il avait dérobé un manteau du butin de Khaybar (al-Bukhârî, 3993, Muslim, 115).

Certes. Cependant, cela ne confère aux musulmans qui ne sont pas Compagnons qu'une vertu liée à ce point particulier (فضيلة جزئيّة), par rapport à ces quelques Compagnons. Et pas une supériorité sur eux auprès de Dieu. Car c'est la totalité de l'oeuvre qui entre en considération.

Le fait est que...

Parfois ce qui est attribué à un Compagnon en avis et en actes est faux ; le Compagnon n'a pas eu cet avis et n'a pas fait cet acte, ce sont certaines personnes qui le lui ont attribué, par calomnie (MF 4/431).

S'il est établi que le Compagnon a réellement eu tel avis discutable ou fait tel acte erroné, alors il s'agit probablement du résultat d'un effort d'interprétation (ijtihâd) de sa part ; or, l'effort d'interprétation rapporte une récompense quand l'érudit a fait une erreur, contre deux quand il est parvenu à ce qui est juste (MF 4/432).

Et si ce n'est pas le résultat d'un effort d'interprétation mais bel et bien une faute morale avérée (dhanb, ithm), à propos de laquelle il n'y a pas d'avis divergent possible (c'est le cas des actes sus-relatés), alors, certes, le Prophète a annoncé que tel péché est normalement passible de telle punition dans l'au-delà de la part de Dieu. Cependant on ne peut oublier le fait que Dieu pardonne le péché qu'un croyant précis a fait :
- parce que Dieu l'a bien voulu par un effet de Sa seule Miséricorde,
- ou parce que ce croyant Lui a demandé pardon et qu'Il le lui a alors accordé,
- ou parce que ce croyant a, d'un autre côté, fait d'excellentes bonnes actions,
- ou parce que ce croyant a subi de dures épreuves dans sa vie,
- ou parce qu'Il acceptera l'intercession du Prophète à l'égard de ce croyant,
- ou parce que les autres croyants ont prié Dieu de pardonner à leur frère sa faute, - etc.
Il serait donc impensable que l'on se permette de dire que tel Compagnon sera assurément puni par Dieu à cause de tel péché qu'il a fait (cf. MF 4/432).

Ainsi, Hâtib ibn Abî Balta'a, un Compagnon, avait communiqué aux Mecquois la nouvelle que le Prophète allait venir conquérir la Mecque suite à leur violation des clauses du traité : l'ayant appris, d'autres Compagnons, très en colère, demandèrent qu'il soit traité comme un Hypocrite. Mais le Prophète dit : "Il a participé à Badr. Et peut-être que Dieu a scruté le cœur des gens de Badr et leur a dit : "Faites ce que vous voulez, Je vous ai accordé Mon Pardon"" (al-Bukhârî, 3762, 2845, Muslim, 2494).
De même, alors que Hâtib ne respectait pas les droits de ses esclaves, l'un de ces derniers dit au Prophète : "Par Dieu, ô Messager de Dieu, Hâtib entrera assurément dans le feu ! – Tu mens, lui répliqua le Prophète, il a participé à Badr et à al-Hudaybiya" (Muslim n° 2195). Voyez : c'est une faute morale que de ne pas respecter les droits des esclaves ; l'esclave a le droit de se plaindre du mauvais comportement de son maître ; l'autorité doit rappeler au maître – ici Hâtib – ses devoirs. Mais dans l'au-delà, pour Hâtib précisément cette faute n'entraînera pas de punition car – comme l'a dit le Prophète – Dieu en a décidé ainsi à son sujet parce qu'il a participé à Badr (MF 4/459-460, 35/67-68).

Le Prophète a fait les éloges de tous ses Compagnons, qui sont les meilleurs de toute sa Umma (comme nous le verrons plus bas) ; une faute morale n'entraînera donc inshâ Allâh, nous l'espérons, pas de punition pour un Compagnon dans la Géhenne ; inshâ Allâh ils obtiendront le pardon.

Alors, certes, il y a quelques hadîths où le Prophète (sur lui soit la paix) a parlé d'une sanction dans la tombe pour tel ou tel Compagnon (c'est le cas pour Mid'am, dont le péché a été évoqué plus haut). Cependant, comme Muftî Ridhâ' ul-Haqq l'a rappelé, il s'agit de quelque chose de la tombe, qui, justement, est un peu le prolongement de cette vie terrestre. Mais, inshâ Allâh, tous les Compagnons entreront dans le Paradis sans passer par la Géhenne.

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II) L'époque où, après la mort du Prophète, il y a encore des Compagnons vivants, est globalement meilleure que les époques suivantes :

Le Prophète a dit : "Viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui sont restés en compagnie du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux. Puis viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui sont restés en compagnie des Compagnons du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux. Puis viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui sont restés en compagnie de ceux qui sont restés en compagnie des Compagnons du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux" (al-Bukhârî 3449, Muslim 2532).

Ibn Hajar relate un Hadîth rapporté par Ibn Abî Shayba qui dit : "Vous resterez dans du bien [considérable] tant qu'il y aura parmi vous des gens qui m'ont vu et sont restés en ma compagnie. Par Dieu, vous resterez [aussi] dans du bien [considérable] tant qu'il y aura parmi vous des gens qui sont restés en compagnie de ceux qui m'ont vu et sont restés en ma compagnie" (FB 7/8).

Avec la mort du Prophète (sur lui soit la paix) débute la période où il y a toujours des Compagnons (Sahâba) qui sont vivants (et que côtoient leurs élèves, les Tâbi'ûn). Pendant cette époque, la situation globale des musulmans – au niveau de la foi et des bonnes actions – est meilleure que celle de l'époque qui viendra plus tard, où il n'y aura plus aucun Compagnon vivant. Cela est dû à l'effet positif, sur la société, de la profondeur de la foi des Compagnons – disciples directs du Prophète –, de leur sincérité, de leurs bonnes actions et de leur abnégation pour la cause de l'islam. Cette époque prend fin avec la mort du Compagnon Abu-t-Tufayl 'Âmir ibn Wâthila al-laythî, survenue en l'an 100, 107 ou 110 (FB 7/8).

Puis, avec la mort de ce dernier Compagnons commence la période où il n'y a plus aucun Compagnon vivant mais où demeurent des Tâbi'ûn (que côtoient leurs élèves, les Taba' ut-tâbi'în). Cette seconde époque va de l'an 100, 107 ou 110, jusqu'à l'an 170 ou 180 (cf. FB 7/8). Conformément au Hadith que nous avons vu ci-dessus, pendant cette seconde période, la situation globale des musulmans est meilleure – au niveau de la foi et des bonnes actions – que celle de l'époque suivante, quand il n'y aura plus que des Taba' ut-tâbi'în mais plus de Tâbi'î vivant.

Ensuite c'est la période où tous les Tâbi'ûn aussi ont quitté ce monde, mais où vivent toujours certains de leurs élèves, les Taba' ut-tâbi'în (cette troisième époque va de l'an 170 ou 180, jusqu'à l'an 220 ; cf. FB 7/8-9), la situation globale des musulmans sera meilleure que celle de l'époque où il n'y aura plus aucun Tâbiyy ult-Tâbi'în (à partir, donc, de l'an 220), conformément au Hadith que nous avons vu ci-dessus.

Ce qui vient d'être dit concerne les individus.
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Par contre, pour ce qui est de la majorité de chacune de ces 3 générations, alors :

--- la majorité des Compagnons ont déjà quitté ce monde vers l'an 40 de l'hégire ;
--- la majorité des Tâbi'ûn vers les années 70 ;
--- et la majorité des Taba' ut-Tâbi'în vers les années 130.
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"فإن الاعتبار في القرون الثلاثة: بجمهور أهل القرن، وهم وسطه. وجمهور الصحابة انقرضوا بانقراض خلافة الخلفاء الأربعة حتى أنه لم يكن بقي من أهل بدر إلا نفر قليل. وجمهور التابعين بإحسان انقرضوا في أواخر عصر أصاغر الصحابة، في إمارة ابن الزبير وعبد الملك. وجمهور تابعي التابعين انقرضوا في أواخر الدولة الأموية وأوائل الدولة العباسية. وصار في ولاة الأمور كثير من الأعاجم وخرج كثير من الأمر عن ولاية العرب وعربت بعض الكتب العجمية من كتب الفرس والهند والروم وظهر ما قاله النبي صلى الله عليه وسلم {ثم يفشو الكذب حتى يشهد الرجل ولا يستشهد ويحلف ولا يستحلف}؛ حدث ثلاثة أشياء: "الرأي" و"الكلام" و"التصوف". وحدث "التجهم" وهو نفي الصفات، وبإزائه " التمثيل" (MF 10/357-358). 

A chaque fois j'ai bien dit "la situation globale des musulmans sera meilleure", car, comme le souligne Shâh Waliyyullâh, pendant l'époque où vivent des Compagnons et des Tâ'bi'ûn, à côté de l'impressionnante quantité des gens pieux, il y a aussi eu des musulmans tels que al-Hajjâj et al-Mukhtâr, qui ont vu les Compagnons mais n'ont pas été des modèles dans leurs actions (HB 2/585). Shâh Waliyyullâh écrit à propos des Hadîths que nous avons vus ci-dessus à propos des valeurs des époques qu'ils ne signifient pas que chaque Tâbi'î vivant pendant cette période et ayant donc côtoyé un ou plusieurs Compagnons serait meilleur qu'un musulman venant après ; ces Hadîths signifient que la majorité des musulmans vivant pendant la période où des Compagnons sont encore vivants seront meilleurs que la majorité des musulmans de la période suivante et de n'importe quelle autre période (HB 2/585). Ibn Hajar a écrit la même chose : "Cela concerne la majorité. Car après les Compagnons, chez certains de ceux qui ont été les élèves des Compagnons et ceux qui ont été les élèves de leurs élèves, il y a eu des défauts mentionnés dans le Hadîth ["Puis viendront des gens qui apporteront un témoignage alors qu'il ne leur aura pas été demandé, qui trahiront ce qu'il leur aura été confié et ne seront pas honnêtes, qui feront des vœux qu'ils ne respecteront pas, et qui seront gras"] ; mais cela était en peu développé. Par contre, après la fin des trois premières périodes, la présence de ces défauts a augmenté et s'est développée" (FB 7/10).

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III) Une mauvaise compréhension d'un Hadîth :

Le Prophète a dit que le jour du jugement, alors qu'il sera en train d'abreuver les gens de sa Communauté de l'eau de son bassin, certains de ceux qui l'auront vu et seront restés en sa compagnie seront conduits en enfer, et, qu'à son questionnement, il lui sera dit qu'ils étaient retournés sur leurs pas après qu'il les eut quittés (al-Bukhârî 6161, Muslim 247, 2860, etc.). A partir d'une compréhension erronée de ce Hadîth, certaines personnes se sont mises à dire qu'à l'exception de Alî et des siens, plus 3 ou 10 personnages, tous les Compagnons du Prophète avaient apostasié après sa mort.

Cela est faux.

Dans ce Hadîth il s'agit d'un très petit nombre parmi tous ceux qui avaient vu le Prophète et avaient cru en lui ; et il ne s'agit pas de ses proches Compagnons, de ceux qui étaient près de lui.

Deux raisons très simples le prouvent…

Primo : Il y a un autre Hadîth où le Prophète, disant la même chose, a employé la forme diminutive du terme : "ussayhâbî" : "ألا وإنه يجاء برجال من أمتي فيؤخذ بهم ذات الشمال، فأقول: "يا رب أصيحابي". فيقال: "إنك لا تدري ما أحدثوا بعدك". فأقول كما قال العبد الصالح: "وكنت عليهم شهيدا ما دمت فيهم، فلما توفيتني كنت أنت الرقيب عليهم وأنت على كل شيء شهيد". فيقال: "إن هؤلاء لم يزالوا مرتدين على أعقابهم منذ فارقتهم" (al-Bukhârî, 4349, Muslim, 2860) ; cela signifie que, parmi tous ceux qui auront bénéficié à un degré quelconque de la compagnie du Prophète, seulement un très petit nombre d'entre eux seront dans ce cas le jour du jugement. La vérité est ce que as-Sindî, commentant le Hadîth en question, a écrit : ce Hadîth parle de ceux des musulmans qui avaient cru en le Prophète durant son vivant mais qui, après le décès de celui-ci, avaient apostasié en rejoignant les rangs de Mussaylima [et étaient morts ainsi] (Shar'h us-Sindî 'alâ Sunan in-Nassâ'ï, commentaire du hadîth n° 2087). C'est aussi ce que al-Bukhârî a relaté de Qabîssa : "قال محمد بن يوسف الفربري: ذُكِر عن أبي عبد الله، عن قبيصة، قال: "هم المرتدون الذين ارتدوا على عهد أبي بكر فقاتلهم أبو بكر رضي الله عنه" (après le hadîth numéro 3263).
Et c'est bien pourquoi les ulémas ont ajouté, dans la définition du "Compagnon" : "et qui est mort musulman".
D'après l'un des commentaires, la fin du verset 48/29 (lequel parle pour sa plus grande partie des Compagnons), signifie chose qui va dans le même sens : "وَعَدَ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ مِنْهُم مَّغْفِرَةً وَأَجْرًا عَظِيمًا" : "Dieu a promis à ceux d'entre eux qui croiront et feront les bonnes actions : un pardon et une récompense énorme" (Coran 48/29) : cela veut dire : "ceux d'entre eux qui n'apostasieront pas mais demeureront sur la croyance et, ainsi, n'annuleront pas leurs bonnes actions" ("قوله تعالى: {وعد الله الذين آمنوا وعملوا الصالحات منهم مغفرة وأجرا عظيما} قال الزجاج: في "من" قولان: أحدهما: أن يكون تخليصا للجنس من غيره، كقوله: {فاجتنبوا الرجس من الأوثان}، ومثله أن تقول: "أنفق من الدراهم"، أي: اجعل نفقتك من هذا الجنس، قال ابن الأنباري: معنى الآية: وعد الله الذين آمنوا من هذا الجنس، أي: من جنس الصحابة. والثاني: أن يكون هذا الوعد لمن أقام منهم على الإيمان والعمل الصالح" : Zâd ul-massîr).

Secundo : Vers la fin de sa vie, le Prophète avait, du haut de la chaire, dit à l'ensemble de ses Compagnons réunis dans sa mosquée de Médine : "… Je serai un témoin pour vous et je vous donne rendez-vous au bassin…" ; c'était, dit 'Uqba ibn 'Amir, la dernière fois que je voyais le Prophète (vivant) (al-Bukhârî 3816). Si dans le Hadîth annonçant l'apostasie de certains de ceux qui avaient été du nombre de ses Compagnons sur terre, le Prophète avait voulu parler de ses proches Compagnons, pourquoi aurait-il, dans la mosquée de Médine, quelques jours avant de mourir, dit à ces mêmes Compagnons qu'il leur donnait rendez-vous au bassin ? Pourquoi prendre un seul Hadîth et rejeter l'autre ?
Quant au fait que Omar ibn ul-Khattâb demanda à Hudhayfa (et à Ummu Salama aussi, cf. infra) s'il faisait partie des Munâfiqûn : "عن أبي وائل، عن حذيفة رضي الله عنه قال: "دعي عمر لجنازة، فخرج فيها أو يريدها، فتعلقتُ به فقلتُ: "اجلس يا أمير المؤمنين، فإنه من أولئك". فقال: "نشدتك الله أنا منهم؟" قال: "لا، ولا أبرئ أحدا بعدك" (al-Bazzâr, 2885), cela est dû à sa khas'ya. Dans tant d'autres hadîths, la bonne nouvelle de son Dîn, de son palais au Paradis, ne lui avait-elle pas été donnée par le Prophète (sur lui soit la paix).

Mais ce qu'il craignait, c'était d'être maintenant dans le nifâq 'amalî (FB 1/122) ; or, celui-ci, répété, peut conduire au nifâq ul-kufr (FB 1/149).
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"وأصل هذا يرجع إلى ما سبق ذكره أن النفاق أصغر وأكبر؛ فالنفاق الأصغر هو نفاق العمل، وهو الذي خافه هؤلاء على أنفسهم؛ وهو باب النفاق الأكبر، فيخشى على من غلب عليه خصال النفاق الأصغر في حياته أن يخرجه ذلك إلى النفاق الأكبر حتى ينسلخ من الإيمان بالكلية"
(
Fat'h ul-bârî de Ibn Rajab). "وقال الأوزاعي: "قد خاف عمر النفاق على نفسه." قيل له: "إنهم يقولون: إن عمر لم يخف أن يكون يومئذ منافقا حتى سأل حذيفة، ولكن خاف أن يبتلى بذلك قبل أن يموت." قال: "هذا قول أهل البدع!" يشير إلى أن عمر كان يخاف النفاق على نفسه في الحال. والظاهر أنه أراد أن عمر كان يخاف على نفسه في الحال من النفاق الأصغر؛ والنفاق الأصغر وسيلة إلى النفاق الأكبر، كما أن المعاصي بريد الكفر، وكما يخشى على من أصر على المعصية أن يسلب الإيمان عند الموت؛ كذلك يخشى على من أصر على خصال النفاق أن يسلب الإيمان فيصير منافقا خالصا" (Jâmi' ul-'ulûm wa-l-hikam, hadîth n° 48).

Ibn Abî Mulayka dit avoir rencontré 30 Compagnons : tous craignaient de tomber dans le nifâq (al-Bukhârî ta'lîqan : Kitâb ul-îmân, bâb 36).

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Par ailleurs, il y avait des Hypocrites parmi ceux qui se disaient musulmans à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix). Certains d'entre eux, le Prophète (sur lui soit la paix) avait connaissance de leur hypocrisie (nifâq akbar), mais d'autres pas : "Et parmi les bédouins qui vous entourent et parmi les gens de Médine il y a des Hypocrites ; ils se sont obstinés dans l'Hypocrisie. Tu ne les connais pas, Nous les connaissons" (Coran 9/101).

Face aux propos de dénigrement du Prophète (sur lui soit la paix), tenus ouvertement par Abdullâh ibn Ubayy probablement en l'an 9 et surtout par Dhu-l-Khuwayssira en l'an 9 (Fat'h ul-bârî 12/363) ou en l'an 10 (As-Sârim, p. 230), le Prophète (sur lui soit la paix) avait la possibilité de leur infliger une sanction.
Et c'est ce que, à chacune de ces deux fois, un Compagnon lui proposa.
Mais à chaque fois, il a dit de ne pas appliquer la sanction car l'application de celle-ci entraînerait ensuite certaines conséquences (se préserver de la Mafsada que la première action risquait d'entraîner).
En effet, à celui lui demandant de le laisser appliquer la sanction à l'homme, le Prophète répondit, à propos de Abdullâh ibn Ubayy : "لا يتحدث الناس أنه كان يقتل أصحابه" : "(Je ne veux) pas que les gens disent que (Muhammad) faisait exécuter ses Compagnons !" (al-Bukhârî 3330 etc., Muslim 2584) ; et à propos de Dhu-l-Khuwayssira : "معاذ الله أن يتحدث الناس أني أقتل أصحابي" : "Dieu me protège du fait que les gens disent que je fais exécuter mes Compagnons !" (Muslim 1063).

Le terme "Compagnons" a été employé ici alors même que le Prophète (sur lui soit la paix) savait pertinemment que Abdullâh ibn Ubayy était un Munâfiq ; mais ce fut :
--- en son sens littéral (
lughawî), par rapport au regard extérieur (comme le terme "muslim", qui était employé pour exprimer l'islamité dans le regard extérieur) ;
--- selon le regard d'ensemble (
al-jins) : le Prophète a employé le terme au pluriel, n'ayant pas dit : "Lui aussi est mon Sâhibî".
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Cette phrase signifie :
"Je ne veux pas que les gens disent (maintenant ou dans le futur) que, parmi l'ensemble de ceux qui sont avec moi, étant muslims, j'en ai fait exécuter certains dès lors que je n'ai plus (eu) besoin d'eux" / "par antipathie personnelle, comme le font certains rois" (As-Sârim : "فإن الناس ينظرون إلى ظاهر الأمر، فيرون واحدا من أصحابه قد قتل؛ فيظن الظان أنه يقتل بعض أصحابه على غرض أو حقد أو نحو ذلك؛ فينفر الناس عن الدخول في الإسلام" : p. 237. "أنه صلى الله عليه وسلم كان يخاف أن يتولد من قتلهم من الفساد أكثر مما في استبقائهم وقد بين ذلك حيث قال: "لا يتحدث الناس أن محمدا يقتل أصحابه" وقال: "إذًا ترعد له آنف كثيرة بيثرب". فإنه لو قتلهم بما يعلمه من كفرهم لأوشك أن يظن الظان أنه إنما قتلهم لأغراض وأحقاد وإنما قصده الاستعانة بهم على الملك كما قال: "أكره أن تقول العرب لما ظفر بأصحابه أقبل يقتلهم" وأن يخاف من يريد الدخول في الإسلام أن يقتل مع إظهاره الإسلام كما قتل غيره" : pp. 357-358).

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Un propos voisin fut tenu par le Prophète (sur lui soit la paix) au sujet de 12 Hypocrites ; il s'agit des 12 Hypocrites qui avaient voulu profiter d'une occasion propice lors du voyage de Tabûk pour l'assassiner (événement auquel la phrase suivante, à l'intérieur du verset Coran 9/74, fait allusion d'après l'un des commentaires : "وَهَمُّواْ بِمَا لَمْ يَنَالُواْ"). Le Prophète fit échouer leur projet de le faire tomber dans un précipice, en envoyant Hudhayfa ou 'Ammâr disperser leurs montures. Puis il les nomma un à un devant Hudhayfa. Ce dernier lui ayant demandé pourquoi il ne les faisait pas exécuter, il répondit : "Je crains que les Arabes disent : "Lorsqu'il eut obtenu la victoire par le moyen de ses Compagnons, il se mit à les faire exécuter"".
"قوله تعالى: {وهموا بما لم ينالوا} يعني: المنافقين من قتل النبي صلى الله عليه وسلم ليلة العقبة في غزوة تبوك. وكانوا اثني عشر رجلا. قال حذيفة: سماهم رسول الله صلى الله عليه وسلم حتى عدهم كلهم. فقلت: "ألا تبعث إليهم فتقتلهم؟" فقال: "أكره أن تقول العرب: "لما ظفر بأصحابه، أقبل يقتلهم". بل يكفيهم لله بالدبيلة." قيل: "يا رسول الله وما الدبيلة؟" قال: "شهاب من جهنم يجعله على نياط فؤاد أحدهم حتى تزهق نفسه." فكان كذلك" (Tafsîr ul-Qurtubî, au sujet de Coran 9/74) (la même relation figure dans Tafsîr ul-Baghawî, mais cette fois en commentaire de Coran 9/65).
"عن عروة، قال: ورجع رسول الله صلى الله عليه وسلم قافلا من تبوك إلى المدينة، حتى إذا كان ببعض الطريق مكر برسول الله صلى الله عليه وسلم ناس من أصحابه فتآمروا عليه أن يطرحوه في عقبة في الطريق، فلما بلغوا العقبة أرادوا أن يسلكوها معه، فلما غشيهم رسول الله صلى الله عليه وسلم أخبر خبرهم، فقال: "من شاء منكم أن يأخذ بطن الوادي فإنه أوسع لكم"، وأخذ النبي صلى الله عليه وسلم العقبة، وأخذ الناس بطن الوادي إلا النفر الذين مكروا برسول الله صلى الله عليه وسلم لما سمعوا بذلك استعدوا وتلثموا، وقد هموا بأمر عظيم، وأمر رسول الله صلى الله عليه وسلم حذيفة بن اليمان وعمار بن ياسر، فمشيا معه مشيا، وأمر عمارا أن يأخذ بزمام الناقة، وأمر حذيفة أن يسوقها. فبينا هم يسيرون إذ سمعوا بالقوم من ورائهم قد غشوهم فغضب رسول الله صلى الله عليه وسلم، وأمر حذيفة أن يردهم، وأبصر حذيفة غضب رسول الله صلى الله عليه وسلم، فرجع ومعه محجن، فاستقبل وجوه رواحلهم، فضربها ضربا بالمحجن، وأبصر القوم وهم متلثمون، لا يشعر إنما ذلك فعل المسافر، فرعبهم الله عز وجل حين أبصروا حذيفة، وظنوا أن مكرهم قد ظهر عليه، فأسرعوا حتى خالطوا الناس، وأقبل حذيفة حتى أدرك رسول الله صلى الله عليه وسلم، فلما أدركه، قال: "اضرب الراحلة يا حذيفة، وامش أنت يا عمار"، فأسرعوا حتى استوى بأعلاها فخرجوا من العقبة ينتظرون الناس، فقال النبي صلى الله عليه وسلم لحذيفة: "هل عرفت يا حذيفة من هؤلاء الرهط أو الركب، أو أحدا منهم؟" قال حذيفة: "عرفت راحلة فلان وفلان"، وقال: كانت ظلمة الليل، وغشيتهم وهم متلثمون، فقال صلى الله عليه وسلم: "هل علمتم ما كان شأن الركب وما أرادوا؟" قالوا: لا والله يا رسول الله، قال: "فإنهم مكروا ليسيروا معي حتى إذا أظلمت في العقبة طرحوني منها"، قالوا: أفلا تأمر بهم يا رسول الله إذا جاءك الناس فتضرب أعناقهم؟ قال: "أكره أن يتحدث الناس ويقولوا إن محمدا قد وضع يده في أصحابه". فسماهم لهما، وقال: "اكتماهم" (Dalâ'ïl un-nubuwwa, al-Bayhaqî, mursal).

Hudhyafa relate que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit aussi à leur sujet : "Parmi mes Compagnons / Dans ma Umma : il y a 12 Hypocrites. 8 d'entre eux, le pustule te sera suffisant pour (s'occuper d')eux : une mèche de feu qui apparaîtra dans leur épaule jusqu'à ressortir de leur poitrine" :
"عن عمار عن حذيفة قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "في أصحابي اثنا عشر منافقا؛ فيهم ثمانية لا يدخلون الجنة حتى يلج الجمل في سم الخياط، ثمانية منهم تكفيكهم الدبيلة؛ وأربعة" لم أحفظ ما قال شعبة فيهم" (Muslim, 2779/9).
"عن عمار قال: "إن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "إن في أمتي" قال شعبة: وأحسبه قال: "حدثني حذيفة"، وقال غندر: أراه قال: "في أمتي اثنا عشر منافقا لا يدخلون الجنة ولا يجدون ريحها حتى يلج الجمل في سم الخياط؛ ثمانية منهم تكفيكهم الدبيلة، سراج من النار يظهر في أكتافهم، حتى ينجم من صدورهم" (Muslim, 2779/10).
"عن أبي الطفيل، قال: كان بين رجل من أهل العقبة وبين حذيفة بعض ما يكون بين الناس، فقال: "أنشدك بالله كم كان أصحاب العقبة؟" قال فقال له القوم: "أخبره إذ سألك." قال: "كنا نخبر أنهم أربعة عشر، فإن كنت منهم فقد كان القوم خمسة عشر. وأشهد بالله أن اثني عشر منهم حرب لله ولرسوله في الحياة الدنيا ويوم يقوم الأشهاد. وعذر ثلاثة، قالوا: "ما سمعنا منادي رسول الله صلى الله عليه وسلم ولا علمنا بما أراد القوم." وقد كان في حرة فمشى فقال: "إن الماء قليل، فلا يسبقني إليه أحد"، فوجد قوما قد سبقوه، فلعنهم يومئذ" (Muslim, 2779/11).
"عن أبي الطفيل، قال: لما أقبل رسول الله صلى الله عليه وسلم من غزوة تبوك، أمر مناديا فنادى: "إن رسول الله أخذ العقبة، فلا يأخذها أحد". فبينما رسول الله صلى الله عليه وسلم يقوده حذيفة ويسوق به عمار إذ أقبل رهط متلثمون على الرواحل، غشوا عمارا وهو يسوق برسول الله صلى الله عليه وسلم، وأقبل عمار يضرب وجوه الرواحل، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم لحذيفة: "قد، قد"، حتى هبط رسول الله صلى الله عليه وسلم. فلما هبط رسول الله صلى الله عليه وسلم نزل ورجع عمار، فقال: "يا عمار، هل عرفت القوم؟" فقال: "قد عرفت عامة الرواحل والقوم متلثمون". قال: "هل تدري ما أرادوا؟" قال: "الله ورسوله أعلم". قال: "أرادوا أن ينفروا برسول الله صلى الله عليه وسلم فيطرحوه". قال: فسأل عمار رجلا من أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم فقال: "نشدتك بالله، كم تعلم كان أصحاب العقبة؟" فقال: "أربعة عشر" فقال: "إن كنت فيهم فقد كانوا خمسة عشر". فعذر رسول الله صلى الله عليه وسلم منهم ثلاثة قالوا: "والله ما سمعنا منادي رسول الله، وما علمنا ما أراد القوم". فقال عمار: "أشهد أن الاثني عشر الباقين حرب لله ولرسوله في الحياة الدنيا ويوم يقوم الأشهاد". قال الوليد: وذكر أبو الطفيل في تلك الغزوة أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال للناس - وذكر له أن في الماء قلة -، فأمر رسول الله صلى الله عليه وسلم مناديا فنادى أن "لا يرد الماء أحد قبل رسول الله"، فورده رسول الله صلى الله عليه وسلم، فوجد رهطا قد وردوه قبله، فلعنهم رسول الله صلى الله عليه وسلم يومئذ" : Ahmad, 23796).

Pareillement, Ummu Salama relate que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit [parlant de ces Munâfiqûn] : "Parmi mes Compagnons, il en est qui ne me verra plus après que je l'aurai quitté" : "عن شقيق، قال: دخل عبد الرحمن بن عوف على أم سلمة، فقال: "يا أم المؤمنين، إني أخشى أن أكون قد هلكت، إني من أكثر قريش مالا، بعت أرضا لي بأربعين ألف دينار". فقالت: "أنفق يا بني؛ فإني سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "إن من أصحابي من لا يراني بعد أن أفارقه". فأتيت عمر فأخبرته، فأتاها، فقال: "بالله أنا منهم؟" قالت: "اللهم لا، ولن أبرئ أحدا بعدك" (Ahmad, 26694) ; "عن أم سلمة، قالت: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "من أصحابي من لا أراه ولا يراني بعد أن أموت أبدا". قال: فبلغ ذلك عمر، قال: فأتاها يشتد أو يسرع. قال لها: "أنشدك بالله، أنا منهم؟" قالت: "لا، ولن أبرئ بعدك أحدا أبدا" (Ahmad, 26549).

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IV) Ne jamais dire du mal d'un Compagnon :

Certaines personnes, exprimant un désaccord par rapport à tel avis que tel Compagnon a eu ou tel acte que tel Compagnon a fait, le font d'une façon qui témoigne d'un manque de respect à leur mémoire. C'est une grave erreur, car nous devons amour et respect à tous ceux qui ont vu le Prophète avant sa mort en étant musulmans et qui sont morts musulmans. C'est bien dans ce sens que Ibn Taymiyya relate ce propos : "Ceux qui ont dénigré ("ta'anû") les Compagnons du Messager de Dieu ne l'ont fait qu'avec l'objectif que certains puissent dire : "L'homme était mauvais, c'est pourquoi il a eu des Compagnons mauvais. Si l'homme avait été bon, ses Compagnons l'auraient été aussi"" (MF 4/429).

Le Prophète lui-même a dit : "Ne dites pas du mal de mes Compagnons ! ! Car si l'un d'entre vous dépensait de l'or en quantité égale au mont Uhud, il n'atteindrait pas la mesure ni la demi-mesure de l'un d'entre eux" : "عن أبي سعيد الخدري رضي الله عنه، قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "لا تسبوا أصحابي. فلو أن أحدكم أنفق مثل أحد، ذهبا ما بلغ مد أحدهم، ولا نصيفه" (al-Bukhârî, 3470, Muslim, 2540).

Une question se pose ici : c'est alors que Khâlid ibn al-Walîd avait eu des mots avec Abd ur-Rahmân ibn Awf – qui fait partie de "as-sâbiqûn al-awwalûn" que le Prophète avait dit la parole que nous venons de voir : "عن أبي سعيد، قال: كان بين خالد بن الوليد، وبين عبد الرحمن بن عوف شيء، فسبه خالد، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تسبوا أحدا من أصحابي، فإن أحدكم لو أنفق مثل أحد ذهبا، ما أدرك مد أحدهم، ولا نصيفه" (Muslim, 2541). Le Prophète dit donc à Khâlid de ne pas insulter ses Compagnons ; est-ce que Khâlid ne ferait donc pas partie des Compagnons au bénéfice desquels ce hadîth a été prononcé, car n'ayant embrassé l'islam qu'après al-Hudaybiya ?

La réponse est qu'en fait, si le Prophète a ici employé le terme "mes Compagnons" en s'adressant à Khâlid, ce n'est pas parce que Khâlid ne serait pas un Compagnon. Etre Compagnon du Prophète est un terme qui s'applique à toute personne qui a vu le Prophète en ayant la foi musulmane et qui est morte avec cette foi, qu'elle soit restée dans la compagnie (as-suhba) du Prophète de nombreuses années ou peu de temps, ou qu'elle l'ait vu une fois. Cependant, ceux qui sont restés en sa compagnie de nombreuses années ont acquis une quantité plus grande de cette "compagnie", ce qui fait que le terme "Compagnon" s'applique avec davantage de force à eux (ce terme est un kullî mushakkik).

C'est bien pourquoi, s'adressant à un Compagnon faisant partie des "sâbiqûn" tel que Omar ibn ul-Khattâb, le Prophète a dit un jour, parlant de Abû Bakr : "Allez-vous laisser mon Compagnon (tranquille) ?" : "عن أبي الدرداء رضي الله عنه، قال: كنت جالسا عند النبي صلى الله عليه وسلم، إذ أقبل أبو بكر آخذا بطرف ثوبه حتى أبدى عن ركبته، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "أما صاحبكم فقد غامر". فسلم وقال: "إني كان بيني وبين ابن الخطاب شيء، فأسرعت إليه ثم ندمت، فسألته أن يغفر لي فأبى علي، فأقبلت إليك". فقال: "يغفر الله لك يا أبا بكر" ثلاثا. ثم إن عمر ندم، فأتى منزل أبي بكر، فسأل: "أثم أبو بكر؟" فقالوا: "لا". فأتى إلى النبي صلى الله عليه وسلم فسلم، فجعل وجه النبي صلى الله عليه وسلم يتمعر، حتى أشفق أبو بكر، فجثا على ركبتيه، فقال: "يا رسول الله، والله أنا كنت أظلم" مرتين. فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "إن الله بعثني إليكم فقلتم "كذبت"؛ وقال أبو بكر "صدق"، وواساني بنفسه وماله. فهل أنتم تاركوا لي صاحبي!" مرتين، فما أوذي بعدها" (al-Bukhârî, 3461). Ceci ne veut absolument pas dire qu'il n'a pas considéré Omar comme Compagnon, mais cela relève du fait que Abû Bakr a, de la compagnie du Prophète, acquis une part plus importante que Omar, ce qui fait que si le terme s'applique à tous les deux, il s'applique de façon plus grande au premier (voir MF 4/464-465, 35/60-63 FB 7/44).
Lorsque le Hadîth "Ne dites pas du mal de mes Compagnons" demande que les personnages qui sont Compagnons dans une mesure moins importante que d'autres, ceux-là ne disent pas du mal de ces autres, comment ne pas comprendre qu'il s'adresse à plus forte raison à ceux qui, comme nous, ne sont pas du tout Compagnons ?

Sa'ïd ibn Zayd était auprès d'un de ses amis dans la mosquée de Kufa quand un orateur - mis en place par al-Mughîra ibn Shub'a - se mit à dire du mal de quelqu'un. "De qui cet homme parle-t-il ainsi en mal ? questionna Sa'ïd. De Alî, répondit son ami. – Comment se fait-il que j'entende qu'on dit du mal de Compagnons du Prophète auprès de toi et que tu ne dises rien ? J'ai entendu le Prophète dire – et je n'en suis pas à lui attribuer ce qu'il n'a pas dit pour qu'il me demande des explications à ce sujet demain quand je le rencontrerai – : "Abû Bakr (sera) dans le paradis, Omar (sera) dans le paradis, Uthmân (sera) dans le paradis, Alî (sera) dans le paradis, Tal'ha (sera) dans le paradis, az-Zubayr ibn al-'Awwâm (sera) dans le paradis, Sa'd ibn Mâlik (sera) dans le paradis, Abd ur-Rahmân ibn Awf (sera) dans le paradis et Sa'ïd (sera) dans le paradis". La présence de l'un d'entre eux avec le Prophète (sur lui la paix) de sorte que son visage se soit couvert de poussière a plus de valeur [auprès de Dieu] que les bonnes actions que l'un d'entre vous ferait toute sa vie même s'il vivait aussi longtemps que Noé" : "عن هلال بن يساف، عن عبد الله بن ظالم المازني - ذكر سفيان رجلا فيما بينه وبين عبد الله بن ظالم المازني - قال: سمعت سعيد بن زيد بن عمرو بن نفيل قال: لما قدم فلان إلى الكوفة، أقام فلان خطيبا؛ فأخذ بيدي سعيد بن زيد فقال: "ألا ترى إلى هذا الظالم! فأشهد على التسعة أنهم في الجنة، ولو شهدت على العاشر لم إيثم، - قال ابن إدريس: والعرب تقول آثم -. قلت: ومن التسعة؟ قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو على حراء: "اثبت حراء إنه ليس عليك إلا نبي، أو صديق، أو شهيد". قلت: ومن التسعة؟ قال: "رسول الله صلى الله عليه وسلم، وأبو بكر، وعمر، وعثمان، وعلي، وطلحة، والزبير، وسعد بن أبي وقاص، وعبد الرحمن بن عوف". قلت: ومن العاشر؟ فتلكأ هنية ثم قال: "أنا". قال أبو داود: رواه الأشجعي عن سفيان، عن منصور، عن هلال بن يساف، عن ابن حيان، عن عبد الله بن ظالم بإسناده نحوه" (Abû Dâoûd, 4648). Quant à cette version : "عن هلال بن يساف، عن عبد الله بن ظالم قال: خطب المغيرة بن شعبة فسب عليا، فقال سعيد بن زيد: "أشهد على رسول الله صلى الله عليه وسلم لسمعته يقول: "اثبت حراء، فإنه ليس عليك إلا نبي، أو صديق، أو شهيد"، وعليه رسول الله صلى الله عليه وسلم وأبو بكر وعمر وعثمان وعلي وطلحة والزبير وسعد وعبد الرحمن بن عوف وسعيد بن زيد". هلال بن يساف لم يسمعه من عبد الله بن ظالم" (An-Nassâ'ï dans Al-Kub'râ, 8648), l'attribution de la khutba et du sabb directement à al-Mughîra relève peut-être du majâz 'aqlî, vu que dans la version précédente et dans la suivante, on lit qu'il a ordonné à un / des orateur(s) de faire sabb ; c'est dans la version suivante que le terme "la'n" figure : "عن هلال، عن عبد الله بن ظالم - وذكر سفيان رجلا فيما بينه وبين عبد الله بن ظالم - قال: سمعت سعيد بن زيد قال: لما قدم معاوية الكوفة، أقام مغيرة بن شعبة خطباء يتناولون عليا. فأخذ بيدي سعيد بن زيد فقال: "ألا ترى هذا الظالم الذي يأمر بلعن رجل من أهل الجنة! فأشهد على التسعة أنهم في الجنة. ولو شهدت، على العاشر". قلت: "من التسعة؟" قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو على حراء: "اثبت إنه ليس عليك إلا نبي، أو صديق، أو شهيد". قال: ومن التسعة؟ قال: رسول الله صلى الله عليه وسلم وأبو بكر وعمر وعثمان وعلي وطلحة والزبير وسعد وعبد الرحمن". قلت: من العاشر؟ قال: "أنا" (an-Nassâ'ï dans Al-Kub'râ, 8151).

Ce qui suit constitue peut-être un autre événement, s'étant déroulé dans la même ville toujours avec Sa'îd ibn Zayd, mais en une autre occasion : "عن عبد الرحمن بن الأخنس، أنه كان في المسجد، فذكر رجل عليا عليه السلام، فقام سعيد بن زيد فقال: "أشهد على رسول الله صلى الله عليه وسلم أني سمعته وهو يقول: "عشرة في الجنة النبي في الجنة، وأبو بكر في الجنة، وعمر في الجنة، وعثمان في الجنة، وعلي في الجنة، وطلحة في الجنة، والزبير بن العوام في الجنة، وسعد بن مالك في الجنة، وعبد الرحمن بن عوف في الجنة، ولو شئت لسميت العاشر". قال: فقالوا: من هو؟ فسكت. قال: فقالوا: من هو؟ فقال: هو سعيد بن زيد" (Abû Dâoûd, 4649). "عن رياح بن الحارث، قال: كنت قاعدا عند فلان في مسجد الكوفة وعنده أهل الكوفة، فجاء سعيد بن زيد بن عمرو بن نفيل، فرحب به وحياه وأقعده عند رجله على السرير. فجاء رجل من أهل الكوفة يقال له قيس بن علقمة فاستقبله فسب وسب، فقال سعيد: "من يسب هذا الرجل؟" قال: "يسب عليا". قال: "ألا أرى أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم يسبون عندك ثم لا تنكر ولا تغير! أنا سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول - وإني لغني أن أقول عليه ما لم يقل فيسألني عنه غدا إذا لقيته -: "أبو بكر في الجنة، وعمر في الجنة" وساق معناه. ثم قال: "لمشهد رجل منهم مع رسول الله صلى الله عليه وسلم يغبر فيه وجهه خير من عمل أحدكم عمره، ولو عمر عمر نوح" (Abû Dâoûd, 4650).

"عن عبد الله بن مغفل، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "الله الله في أصحابي، لا تتخذوهم غرضا بعدي. فمن أحبهم فبحبي أحبهم، ومن أبغضهم فببغضي أبغضهم. ومن آذاهم فقد آذاني، ومن آذاني فقد آذى الله، ومن آذى الله فيوشك أن يأخذه" (at-Tirmidhî, 3862, dha'îf d'après al-Albânî).

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Une autre question se pose ici : D'autres hadîths disent de ne pas faire le Sabb de l'époque ; du vent ; du coq qui chante le matin et réveille tout le monde ; de tout musulman ; des défunts. Pourquoi donc est-il dit, ici, de ne pas faire Sabb des Compagnons particulièrement ?

La réponse est que le Sabb est de plusieurs intensités  :
--- l'époque, il ne faut pas l'insulter en disant "يا خبية الدهر" / "Chienne de vie" ;
--- le vent, il ne faut pas l'insulter en disant qu'il a été la cause de tel problème ;
--- le coq il ne faut pas l'insulter parce que son chant nous réveille ;
--- au sujet de tout musulman, il ne faut pas dire du mal sans raison ;
--- quand ce musulman décède, il faut se préserver encore plus de dire du mal de lui, même si on sait un petit quelque chose qui aurait autorisé de dire du mal de lui quand il était vivant ;
--- quand il s'agit d'un Compagnon, alors on doit plus encore préserver sa langue : "أي لا تعيبوهم ولا تتنقصوهم ولا تذموهم بأن تقولوا عن واحد منهم - مثلا -: "كان بخيلًا"، وعن الآخر: "كان جبانًا".

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V) Dieu Lui-même a fait les éloges des Compagnons du Prophète :

"مُّحَمَّدٌ رَّسُولُ اللَّهِ وَالَّذِينَ مَعَهُ أَشِدَّاء عَلَى الْكُفَّارِ رُحَمَاء بَيْنَهُمْ تَرَاهُمْ رُكَّعًا سُجَّدًا يَبْتَغُونَ فَضْلًا مِّنَ اللَّهِ وَرِضْوَانًا سِيمَاهُمْ فِي وُجُوهِهِم مِّنْ أَثَرِ السُّجُودِ ذَلِكَ مَثَلُهُمْ فِي التَّوْرَاةِ وَمَثَلُهُمْ فِي الْإِنجِيلِ كَزَرْعٍ أَخْرَجَ شَطْأَهُ فَآزَرَهُ فَاسْتَغْلَظَ فَاسْتَوَى عَلَى سُوقِهِ يُعْجِبُ الزُّرَّاعَ لِيَغِيظَ بِهِمُ الْكُفَّارَ وَعَدَ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ مِنْهُم مَّغْفِرَةً وَأَجْرًا عَظِيمًا" : "Muhammad est le Messager de Dieu. Et ceux qui sont avec lui sont forts face aux incroyants [traduction approximative de "ashiddâ'u 'ala-l-kuffâr"], miséricordieux entre eux. Tu les verras inclinés, prosternés, cherchant une grâce et une satisfaction de la part de leur Seigneur. Leur signe est sur leur visage, venant de l'effet de la prosternation ; voilà leur description dans la Thora. Et leur description dans l'Evangile est celle d'un plant qui a fait sortir sa pousse puis l'a renforcée ; celle-ci s'épaissit alors puis se dresse sur sa tige, à l'émerveillement des semeurs ; [Dieu a fait ainsi] afin, par eux, de mécontenter les incroyants. Dieu a promis à ceux d'entre eux qui croiront et feront les bonnes actions : un pardon et une récompense énorme" (Coran 48/29).

"Dieu a été content des croyants quand ils t'ont prêté serment sous l'arbre" (Coran 48/18).

"Ne sont pas semblables parmi vous ceux qui ont dépensé et combattu avant al-fat'h [la trêve de al-Hudaybiyya]. Ceux-là ont un grade plus élevé que ceux qui ont dépensé et combattu après. Et à chacun Dieu a promis la plus belle récompense" (Coran 57/10).

"Les devanciers premiers parmi les Emigrés et les Auxiliaires, ainsi que ceux qui les ont en suivi avec une bienfaisance, Dieu est content d'eux et ils sont contents par rapport à Lui…" (Coran 9/100).

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VI) Aimer les Compagnons du Prophète :

Le Prophète (sur lui la paix), en réponse à la question d'une personne, lui avait dit : "Tu seras [le jour du jugement, ou dans le paradis] avec ceux que tu auras aimés (sur terre)". Anas ibn Mâlik, qui rapporte ce Hadîth, se souvient : "Rien ne nous a rendu aussi joyeux que cette parole du Prophète : "Tu seras avec qui tu auras aimé"." Anas disait : "J'aime le Prophète, Abû Bakr et Omar. J'espère donc que je serais en leur compagnie parce que je les aime, même si je n'ai pas fait des actions comparables aux leurs" (rapporté par al-Bukhârî, 3485, Muslim, 2639).

Nous n'avons pas fait des actions aussi vertueuses et aussi sincères que les Compagnons. Mais nous les aimons tous. Et nous les aimons parce qu'ils sont les disciples du Prophète et les fruits de l'arbre qu'il a planté. Nous espérons donc de Dieu qu'Il nous accordera leur compagnie dans le Jardin.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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le Prophète (sur lui soit la paix) a dit que le Jour du Jugement il découvrira que certaines personnes qu'il avait quelque peu vues de son vivant, et qui étaient alors musulmanes, auront, après son décès, apostasié (chose qu'il n'aura pas su avant ce moment-là) : "ألا وإنه يجاء برجال من أمتي فيؤخذ بهم ذات الشمال، فأقول: "يا رب أصيحابي". فيقال: "إنك لا تدري ما أحدثوا بعدك". فأقول كما قال العبد الصالح: "وكنت عليهم شهيدا ما دمت فيهم، فلما توفيتني كنت أنت الرقيب عليهم وأنت على كل شيء شهيد". فيقال: "إن هؤلاء لم يزالوا مرتدين على أعقابهم منذ فارقتهم" (al-Bukhârî, 4349, Muslim, 2860).

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Signification des sigles :

FB : Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar
FMAN : Al-Fissal fi-l-milal wa-l-ahwâ' wa-n-nihal, Ibn Hazm
HB : Hujjat ullâh il-bâligha, Shâh Waliyyullâh
MF : Majmû' ul-fatâwâ, Ibn Taymiyya
MS : Minhâj us-sunna an-nabawiyya, Ibn Taymiyya.

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