Qu'est-ce que "l'Invisible et le Visible", "الغيب والشهادة", que le Coran évoque ? - Et qu'en est-il de consulter un devin ?

Le Coran distingue, en maints passages, la Shahâda du Ghayb.

Le Ghayb désigne, en langue arabe, tout ce qui est absent / dissimulé de toi : "الغيب في كلام العرب: كل ما غاب عنك" (Tafsîr ul-Qurtubî).

Le Ghayb Haqîqî (Ghayb Réel) est l'ensemble des choses concrètes ('ayn) qui sont par essence inaccessibles aux 5 Sens humains pendant la vie terrestre de l'homme. C'est ce qui relève du même genre que l'âme humaineما هو من جنس روح الإنسان –, tel que les anges, etc.
Cela englobe également la connaissance ('ilm) de certains événements, mais obtenue par la voie métaphysique : ainsi en est-il de la prédiction d'événements du futur ; de l'énoncé d'événements du passé auxquels on n'a pas assisté et qu'on ne peut pas non plus connaître par une voie physique (telle qu'une relation faite par un témoin direct, ou un témoin indirect tenant l'information d'un témoin direct).
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Le Ghayb Nissbî (Ghayb Relatif) est l'ensemble des choses concrètes ('ayn) qui relèvent de la Shahâda mais qui sont par incidence inaccessibles aux 5 Sens de tel individu : soit que l'individu n'est pas présent lorsque cela se passe (alors qu'un autre individu est pour sa part présent et en prend ainsi connaissance) ; soit que l'objet est dissimulé des moyens de la connaissance sensible de l'individu (alors qu'un autre individu se trouve dans une autre disposition spatiale, d'où il peut pour sa part voir ou palper cet objet). C'est ce qui explique les versets suivants, qui évoquent des événements du passé et dit que "cela relève des nouvelles du Ghayb" : "ذَلِكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهِ إِلَيكَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يُلْقُون أَقْلاَمَهُمْ أَيُّهُمْ يَكْفُلُ مَرْيَمَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يَخْتَصِمُونَ" (Coran 3/44) ; "تِلْكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهَا إِلَيْكَ مَا كُنتَ تَعْلَمُهَا أَنتَ وَلاَ قَوْمُكَ مِن قَبْلِ هَذَا" (Coran 11/49). Cela constitue en fait du Ghayb pour tel homme, mais pas pour tel autre, qui, lui, en fait ou en a fait Mushâhada par des outils habituels. Cela est donc appelé : "Ghayb Relatif : Nissbî".
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La Shahâda est l'ensemble des choses concrètes ('ayn) qui sont par essence observables par l'homme (même si ce n'est pas de ses yeux nus) pendant sa vie terrestre ; qui sont accessibles à l'un des 5 Sens Matériels humains. C'est ce qui relève du même genre que le corps humain – ما هو من جنس جسد الإنسان –, tel que les minéraux, les végétaux, les animaux. Cela recouvre donc ce qui est infiniment petit (comme les atomes et leurs constituants) mais qui est observable par le moyens d'outils grossissants.
Cela englobe aussi la connaissance (
'ilm) que la raison humaine pure peut obtenir par déduction intellectuelle, sur la base des matériaux fournis par l'un des 5 sens. Par exemple l'existence du boson de Higgs. Par exemple encore la reconstitution (par recoupement) du déroulé d'un événement du passé (comme le fait la police scientifique).

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Par rapport à la Shahâda, l'investigation de la connaissance humaine s'intéresse à tout :

--- depuis le ciel jusqu'au-dessous de la Terre ;
--- depuis l'extérieur du corps humain jusqu'à son intérieur matériel ou intellectuel ;
--- en passant par tout ce qui se trouve dans l'univers et est accessible aux 5 sens.

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Le Ghayb Haqîqî est quant à lui de 2 types par rapport à la connaissance que l'homme peut, ou ne peut pas, en avoir :

–--- Ce que, du Ghayb Haqîqî, Dieu Seul le sait, et dont Il n'a pas rendu possible à l'une de Ses créatures de prendre connaissance, cela est appelé : "Ghayb Mutlaq" (Ghayb Absolu). Par exemple : quelle est l'essence de Dieu ; quand aura lieu la Fin du monde.

–--- Et un élément individuel qui relève du Ghayb Haqîqî mais que Dieu a rendu possible (takwînan) à des créatures de connaître (même si, tashrî'an, en prendre connaissance est parfois non autorisé), cela est appelé : "Ghayb Haqîqî Muqayyad" (Ghayb non-Absolu). C'est ce Ghayb qui est concerné par l'exception figurant dans le passage suivant : "قُلْ إِنْ أَدْرِي أَقَرِيبٌ مَّا تُوعَدُونَ أَمْ يَجْعَلُ لَهُ رَبِّي أَمَدًا عَالِمُ الْغَيْبِ فَلَا يُظْهِرُ عَلَى غَيْبِهِ أَحَدًا إِلَّا مَنِ ارْتَضَى مِن رَّسُولٍ فَإِنَّهُ يَسْلُكُ مِن بَيْنِ يَدَيْهِ وَمِنْ خَلْفِهِ رَصَدًا لِيَعْلَمَ أَن قَدْ أَبْلَغُوا رِسَالَاتِ رَبِّهِمْ وَأَحَاطَ بِمَا لَدَيْهِمْ وَأَحْصَى كُلَّ شَيْءٍ عَدَدًا" : "(Dieu) ne fait connaître Son Ghayb à personne, sauf qui Il agrée comme messager" (Coran 72/25-28).

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En résumé :

Il y a 3 choses qui sont appelées Ghayb :
--- le Ghayb Haqîqî Mutlaq ;
--- le Ghayb Haqîqî Muqayyad ;
--- le Ghayb Nissbî.

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Du Ghayb Haqîqî Muqayyad :

----- il y a des choses du Ghayb dont l'homme a l'aptitude (takwînî) à prendre connaissance, mais qu'il lui est interdit (tashrî'an) de chercher à savoir (ainsi en est-il des informations de ce qui va se passer dans le futur, que l'humain a l'aptitude à chercher à connaître, par exemple en se liant à un djinn capable de capter des informations auprès d'anges parlant de certains éléments allant se passer dans le futur ; cependant, cela lui a été interdit par Dieu) ;

----- et il y a des choses du Ghayb dont l'homme prend connaissance de façon agréée par Dieu : soit par le biais de son Qalb, soit par le biais d'un Wah'y, soit par le biais d'un Ilhâm (forcément zannî), soit par le biais d'un rêve véridique (zannî).

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De ce Ghayb Haqîqî Muqayyad dont la créature prend connaissance de façon agréée par Dieu, il y a :

------- ce dont la connaissance a été communiquée à certains Anges seulement ("Untel va mourir cette année" ; "Tel événement va se produire cette année") ;
------- ce dont la connaissance a été communiquée à certains humains seulement : il s'agit de certains prophètes ;
------- ce dont la connaissance a été communiquée à certains humains seulement : certains rêves véridiques donnent des informations individuelles sur certains événements allant se passer dans le futur (ainsi, le roi d'Egypte reçut en rêve l'information qu'il y aurait, dans son pays et la région, 7 années d'abondance, suivies de 7 années de sécheresse) ;
------- ce dont la connaissance a été communiquée à l'attention de tous les humains (certains y apportant foi, et d'autres pas, mais en tous cas Dieu l'a porté à leur connaissance).

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Et de ce Ghayb Haqîqî Muqayyad dont la connaissance a été communiquée à l'attention de tous les humains, il y a :

------- ce dont les humains peuvent et doivent prendre connaissance par le biais du 'Aql ul-Qalb,
------- ce dont ils peuvent et doivent prendre connaissance par le biais du Sam' ul-Wah'y.

Ainsi :

----- que Dieu existe, cela relève du Ghayb Haqîqî, mais les humains l'ont su par leur Cœur ('Aqla-qalbî) (et cela a été rappelé par la Révélation (Sam'î)) ;

----- certaines des choses du passé, cela relève du Ghayb Nissbî (cela relève du Ghayb pour certains humains, et pas pour d'autres) : il s'agit d'événements de la Shahâda dont, soi, on n'a pas été témoin : cela relève donc du Ghayb par rapport à soi. Si, en plus, on ne disposait pas d'un témoin, ni direct, ni indirect, pour pouvoir en prendre connaissance par la voie habituelle, alors en prendre connaissance relève d'un miracle. C'est le cas des événements que Dieu a fait savoir à Son Messager, par la Révélation, alors que ce dernier ne les connaissait pas, ni lui ni les Quraysh : "ذَلِكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهِ إِلَيكَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يُلْقُون أَقْلاَمَهُمْ أَيُّهُمْ يَكْفُلُ مَرْيَمَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يَخْتَصِمُونَ" (Coran 3/44) ; "تِلْكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهَا إِلَيْكَ مَا كُنتَ تَعْلَمُهَا أَنتَ وَلاَ قَوْمُكَ مِن قَبْلِ هَذَا" (Coran 11/49) ;

----- les choses qui vont se passer dans le futur, cela relève systématiquement du Ghayb Haqîqî. La plupart de ces choses, Dieu ne les a fait savoir à personne. Et certaines de ces choses, Dieu les a fait savoir à certaines créatures. C'est cela auquel le verset suivant fait allusion, où Dieu dit à Muhammad (sur lui soit la paix) de dire aux hommes qu'il ne connaît pas si ce qui est annoncé se réalisera bientôt ou plus tard, car Dieu ne fait pas connaître Son Ghayb à qui que ce soit, sauf certaines choses à certains prophètes : "قُلْ إِنْ أَدْرِي أَقَرِيبٌ مَّا تُوعَدُونَ أَمْ يَجْعَلُ لَهُ رَبِّي أَمَدًا {72/25} عَالِمُ الْغَيْبِ فَلَا يُظْهِرُ عَلَى غَيْبِهِ أَحَدًا {72/26} إِلَّا مَنِ ارْتَضَى مِن رَّسُولٍ فَإِنَّهُ يَسْلُكُ مِن بَيْنِ يَدَيْهِ وَمِنْ خَلْفِهِ رَصَدًا {72/27} لِيَعْلَمَ أَن قَدْ أَبْلَغُوا رِسَالَاتِ رَبِّهِمْ وَأَحَاطَ بِمَا لَدَيْهِمْ وَأَحْصَى كُلَّ شَيْءٍ عَدَدًا {72/28" (Coran 72/25-28) ;

----- que le jour du jugement, ce sera le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) qui pourra intercéder auprès de Dieu pour qu'Il commence le Jugement, cela relève du Ghayb, mais les humains l'ont su uniquement par la Révélation (cela est Sam'î).

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Pour ce qui relève des devins (kâhin, pl. kuhhân) :

----- Celui d'entre les devins qui prétend connaître le Ghayb Haqîqî Mutlaq commet du shirk akbar.

----- Quant à celui d'entre eux qui ne prétend pas cela mais reconnait recevoir des informations partielles, Ghayb Haqîqî Muqayyad, de l'esprit qui est avec lui, celui-là commet du shirk akbar dans la mesure où ces esprits qui vont tenter de se saisir d'une information auprès d'anges, ces esprits n'en informent que leurs awliyâ', c'est-à-dire ceux qui sont liés à eux par un pacte d'adoration, 'ibâda kub'râ.

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Pour ce qui est de consulter un devin :

----- L'homme qui le consulte mais ne le croit pas, celui-là commet un acte interdit qui ne va pas jusqu'au kufr akbar.

----- L'homme qui le consulte et croit ce qu'il dit, alors :
--------- si cet homme croit que ce devin possède le Ghayb Haqîqî Mutlaq, cet homme a là une croyance de kufr akbar ;
--------- et si cet homme croit que ce devin ne possède pas le Ghayb Haqîqî Mutlaq mais tient cette information d'un esprit (djinn), alors certains ulémas disent que, en allant consulter ce devin et en croyant ce qu'il a dit, cet homme a malgré tout commis du kufr akbar, tandis que d'autres ulémas disent que cet homme a commis là une action interdite qui ne va pas jusqu'au kufr akbar.

----- L'homme qui le consulte pour le confondre ne commet pas d'interdit.

En fait le hadîth dit ceci : "Celui qui se rend auprès d'un kâhin puis le croit dans ce qu'il dit, ou vient à sa femme pendant sa période menstruelle, ou vient à sa femme par son anus, celui-là a désavoué ce qui a été révélé à Muhammad – que Dieu l'élève et le salue" : "حدثنا موسى بن إسماعيل، حدثنا حماد ح وحدثنا مسدد، حدثنا يحيى، عن حماد بن سلمة، عن حكيم الأثرم، عن أبي تميمة، عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "من أتى كاهنا" / قال موسى في حديثه "فصدقه بما يقول"، ثم اتفقا "أو أتى امرأة" / قال مسدد "امرأته حائضا أو أتى امرأة" / قال مسدد "امرأته في دبرها، فقد برئ مما أنزل على محمد" (Abû Dâoûd, 3904, également cité dans Al-Qawl ul-mufîd, p. 536). La connaissance de ce qui va se passer dans le futur relève du Ghayb Haqîqî : et on n'a pas le droit tashrî'an de chercher à le connaître ; ce n'est que Dieu qui choisit parfois d'en faire connaître un élément (soit par révélation, soit par rêve).

Il y a un autre hadîth qui dit ceci : "Celui qui se rend auprès d'un 'arrâf, le questionne au sujet de quelque chose puis le croit dans ce qu'il dit, celui-là Dieu n'acceptera aucune de ses prières pendant quarante jours" : "عن بعض أزواج النبي صلى الله عليه وسلم عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "من أتى عرافا فسأله عن شيء، لم تقبل له صلاة أربعين ليلة" (Muslim, 2230) / "عن بعض أزواج النبي صلى الله عليه وسلم، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "من أتى عرافا فصدقه بما يقول، لم تقبل له صلاة أربعين يوما" (Ahmad, 16638). D'après certains ulémas, c'est seulement chercher à prédire l'avenir qui est ici visé et interdit, tandis qu'employer les services d'un djinn avec qui on n'a pas une relation de servitude ('abdiyya) pour rechercher un objet égaré ou une personne portée disparue, cela n'est pas interdit. La raison semble en être que ce genre d'informations relève du Ghayb Nissbî ; or le djinn (disposant de certaines aptitudes plus grandes que celles que l'humain possède) a la capacité de rechercher (plus facilement qu'un humain), dans le présent, un objet égaré ou une personne disparue : cela est relaté par rapport à Omar ibn-ul-Khattâb (radhiyallâhu 'anh), que un jour les autres Compagnons ne savaient plus où il se trouvait. Pour le djinn il s'agit donc de Mushâhada.

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Et comment comprendre le verset coranique suivant, qui parle du prophète-roi Salomon, et de la non-connaissance du Ghayb de la part des Djinns ?

"فَلَمَّا قَضَيْنَا عَلَيْهِ الْمَوْتَ مَا دَلَّهُمْ عَلَى مَوْتِهِ إِلَّا دَابَّةُ الْأَرْضِ تَأْكُلُ مِنسَأَتَهُ فَلَمَّا خَرَّ تَبَيَّنَتِ الْجِنُّ أَن لَّوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ الْغَيْبَ مَا لَبِثُوا فِي الْعَذَابِ الْمُهِينِ" : "Puis, lorsqu'il tomba, il devient clair aux djinns que s'ils connaissaient le Ghayb, ils ne seraient pas demeurés dans ce dur travail avilissant" (Coran 34/14).

En fait ce qui est dit ici c'est que ces djinns kâfir étaient assujettis par Salomon à de durs travaux ; par ailleurs, connaissant réellement des choses que les humains ne peuvent pas connaître, ils avaient depuis auparavant fait croire à des humains qu'ils connaissent le Ghayb : le futur ainsi que d'autres choses invisibles. N'ayant même pas pu savoir que Salomon (que la paix soit sur lui) était déjà mort, ils continuèrent le dur travail auquel ce prophète-roi les avait astreints. Il devint alors évident à tous qu'ils ne connaissent pas le Ghayb Mutlaq : leur connaissance a des limites.
--- "کانت الجن تعلم ما لا يعلمه الإنسان، فظن أن ذلك القدر علم الغيب. وليس كذلك؛ بل الإنسان لم يؤت من العلم إلا قليلا، فهو أكثر الأشياء الحاضرة لا يعلمه؛ والجن لم تعلم إلا الأشياء الظاهرة وإن كانت خفية بالنسبة إلى الإنسان. وتبين لهم الأمر بأنهم لا يعلمون الغيب إذ لو كانوا يعلمونه لما بقوا في الأعمال الشاقة ظانين أن سليمان حي. وقوله: {ما لبثوا في العذاب المهين} دليل على أن المؤمنين من الجن لم يكونوا في التسخير، لأن المؤمن لا يكون في زمان النبي في العذاب المهين" (Tafsîr ur-Râzî).
--- ("واختلفوا في سبب سؤاله لذلك على قولين: أحدهما ما قاله قتادة وغيره، قال: كانت الجن تدعي علم الغيب، فلما مات سليمان عليه السلام وخفي موته عليهم، تبينت الجن" (Tafsîr ul-Qurtubî).
--- ("قال المفسرون: كانت الإنس تقول: "إن الجن تعلم الغيب الذي يكون في غد"، فوقف سليمان في محرابه يصلي متوكئا على عصاه، فمات، فمكث كذلك حولا والجن تعمل تلك الأعمال الشاقة ولا تعلم بموته حتى أكلت الأرض عصا سليمان، فخر، فعلموا بموته؛ وعلم الإنس أن الجن لا تعلم الغيب. وقيل: إن سليمان سأل الله تعالى أن يعمي على الجن موته، فأخفاه الله عنهم حولا. وفي سبب سؤاله قولان: أحدهما: لأن الجن كانوا يقولون للانس: إننا نعلم الغيب، فأراد تكذيبهم. والثاني: لأنه كان قد بقي من عمارة بيت المقدس بقية" (Zâd ul-massîr).
--- "فلم يزل الشياطين يعملون لسليمان، عليه الصلاة والسلام، كل بناء، وكانوا قد موهوا على الإنس، وأخبروهم أنهم يعلمون الغيب، ويطلعون على المكنونات، فأراد الله تعالى أن يُرِيَ العباد كذبهم في هذه الدعوى، فمكثوا يعملون على عملهم، وقضى الله الموت على سليمان عليه السلام، واتَّكأ على عصاه، وهي المنسأة، فصاروا إذا مروا به وهو متكئ عليها، ظنوه حيا، وهابوه. فغدوا على عملهم كذلك سنة كاملة على ما قيل، حتى سلطت دابة الأرض على عصاه، فلم تزل ترعاها، حتى باد وسقط فسقط سليمان عليه السلام وتفرقت الشياطين وتبينت الإنس أن الجن {لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ الْغَيْبَ مَا لَبِثُوا فِي الْعَذَابِ الْمُهِينِ} وهو العمل الشاق عليهم، فلو علموا الغيب، لعلموا موت سليمان، الذي هم أحرص شيء عليه، ليسلموا مما هم فيه" (Tafsîr us-Sa'dî).

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L'Essence de Dieu relève du Ghayb Haqîqî Mutlaq. Par contre, l'Existence et l'Unicité de Dieu relèvent du Ghayb Haqîqî Muqayyad :

Si l'Existence de Dieu relève du Ghayb, c'est parce que Dieu n'est pas visible par nous en ce monde : cette existence ne relève donc pas de ce qui peut être observé en ce monde.
Mais on en a connaissance par son Cœur : cela est inscrit dans la Fit'ra.
Il s'agit donc bien de quelque chose qui relève du Ghayb Haqîqî Muqayyad.

Ibn ul-'Arabî pense pour sa part que le verset "الَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِالْغَيْبِ" : "ceux qui croient en l'invisible" (Coran 2/3) parle seulement du Ghayb Muqayyad ne pouvant pas être connu par le 'Aql ul-Qalb mais uniquement par le Sam' ul-Wah'y, ce qui n'est pas le cas de l'Existence de Dieu. Pour lui, al-Ghayb recouvre uniquement ce que l'investigation intellectuelle de l'homme ne peut pas atteindre (tel que le Qadar) :
"ومنها تؤخذ المسألة الثانية: حقيقة الغيب واختلاف العلماء فيه: قوله: {بالغيب}.
وحقيقته ما غاب عن الحواس مما لا يوصل إليه إلا بالخبر دون النظر، فافهموه. وقد اختلف العلماء فيه على أربعة أقوال: الأول: ما ذكرناه كوجوب البعث ووجود الجنة ونعيمها وعذابها والحساب.
الثاني: بالقدر.
الثالث: بالله تعالى.
الرابع: يؤمنون بقلوبهم الغائبة عن الخلق لا بألسنتهم التي يشاهدها الناس، معناه: ليسوا بمنافقين.
وكلها قوية إلا الثاني والثالث فإنه يدرك بصحيح النظر، فلا يكون غيبا حقيقة، وهذا الأوسط، وإن كان عاما، فإن مخرجه على الخصوص.
والأقوى هو الأول؛ أنه الغيب الذي أخبر به الرسول عليه السلام مما لا تهتدي إليه العقول" (Ahkâm ul-qur'ân).

Cependant, c'est l'avis de al-Qurtubî qui est plus pertinent : "Allâh Sub'hânahû est : Gâ'ïb de nos regards en ce monde, non-Ghâ'ïb de notre connaissance grâce à Ses Signes" :
"الغيب في كلام العرب كل ما غاب عنك (...).
واختلف المفسرون في تأويل الغيب هنا.
فقالت فرقة: الغيب في هذه الآية: الله سبحانه؛ وضعفه ابن العربي.
وقال آخرون: القضاء والقدر.
وقال آخرون: القرآن وما فيه من الغيوب.
وقال آخرون: الغيب كل ما أخبر به الرسول عليه السلام مما لا تهتدي إليه العقول من أشراط الساعة وعذاب القبر والحشر والنشر والصراط والميزان والجنة والنار.
قال ابن عطية: وهذه الأقوال لا تتعارض بل يقع الغيب على جميعها. قلت: وهذا هو الإيمان الشرعي المشار إليه في حديث جبريل عليه السلام حين قال للنبي صلى الله عليه وسلم: فأخبرني عن الإيمان. قال: "أن تؤمن بالله وملائكته وكتبه ورسله واليوم الآخر وتؤمن بالقدر خيره وشره"؛ قال: صدقت؛ وذكر الحديث.
وقال عبد الله بن مسعود: "ما آمن مؤمن أفضل من إيمان بغيب"، ثم قرأ: "الذين يؤمنون بالغيب". قلت: وفي التنزيل: "وما كنا غائبين"، وقال: "الذين يخشون ربهم بالغيب"؛ فهو سبحانه غائب عن الأبصار غير مرئي في هذه الدار، غير غائب بالنظر والاستدلال، فهم يؤمنون أن لهم ربا قادرا يجازي على الأعمال، فهم يخشونه في سرائرهم وخلواتهم التي يغيبون فيها عن الناس، لعلمهم باطلاعه عليهم. وعلى هذا تتفق الآي ولا تتعارض، والحمد لله"
(Tafsîr ul-Qurtubî).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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