Qu'est-ce que "l'Invisible et le Visible", "الغيب والشهادة", que le Coran évoque ? - Et qu'en est-il de consulter un devin pour connaître son avenir : est-ce systématiquement du Kufr ?

Qu'est-ce que le Ghayb et la Shâhada, dont Dieu, Se qualifiant, dit qu'Il est "Connaisseur du Ghayb et de la Shahâda" : "عَالِم الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ" (formule présente en 10 passages du Coran) ?

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Le terme arabe "Shahâda" signifie : "assister et voir" : "الشهود والشهادة: الحضور مع المشاهدة، إما بالبصر أو بالبصيرة. وقد يقال للحضور مفردا (...). لكن "الشهود" بالحضور المجرد أولى؛ و"الشهادة" [بالحضور] مع المشاهدة أولى" (Muf'radât ur-Râghib).
C'est bien pourquoi le fait d'apporter témoignage est dit lui aussi : "Shahâda" : "والشهادة: قول صادر عن علم حصل بمشاهدة بصيرة أو بصر" (Ibid.) : on ne peut témoigner de ce à quoi on a assisté et qu'on a alors vu (ou entendu) : "قال: "ولا يجوز للشاهد أن يشهد بشيء لم يعاينه إلا النسب والموت والنكاح والدخول وولاية القاضي فإنه يسعه أن يشهد بهذه الأشياء إذا أخبره بها من يثق به" وهذا استحسان. والقياس أن لا تجوز، لأن الشهادة مشتقة من المشاهدة، وذلك بالعلم، ولم يحصل، فصار كالبيع. وجه الاستحسان أن هذه أمور تختص بمعاينة أسبابها خواص من الناس، ويتعلق بها أحكام تبقى على انقضاء القرون، فلو لم تقبل فيها الشهادة بالتسامع أدى إلى الحرج وتعطيل الأحكام، بخلاف البيع لأنه يسمعه كل أحد" (Al-Hidâya, 2/143) ; "الثانية: تضمنت هذه الآية جواز الشهادة بأي وجه حصل العلم بها؛ فإن الشهادة مرتبطة بالعلم عقلا وشرعا، فلا تسمع إلا ممن علم، ولا تقبل إلا منهم. وهذا هو الأصل في الشهادات" (Tafsîr ul-Qurtubî 9/245).

Quant au terme "Shahâda" employé en opposition à "Ghayb", il a le sens de "Mushâhad" : "ce à quoi on assiste et que l'on voit" .

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Le terme "Ghayb" signifie pour sa part : "être absent". On trouve ce terme avec l'évidence de ce sens dans le verset suivant : "فَالصَّالِحَاتُ قَانِتَاتٌ حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْبِ بِمَا حَفِظَ اللّهُ"  : "(...) pendant l'absence [de leur mari] (...)" (Coran 4/34) : "في غيبة أزواجهن" (Tafsîr ul-Jalâlayn), "في حال غيبة الزوج" (Tafsîr ul-Qurtubî).

Et le "Ghayb" employé en opposition à "Shahâda" a pour sa part le sens de "Ghâ'ïb 'anka" : "ce qui est absent de soi" : "الغيب في كلام العرب: كل ما غاب عنك" (Tafsîr ul-Qurtubî).

On le voit de façon évidente dans le verset suivant, où Dieu relate que Ruben dit à ses 9 frères : "ارْجِعُواْ إِلَى أَبِيكُمْ فَقُولُواْ يَا أَبَانَا إِنَّ ابْنَكَ سَرَقَ وَمَا شَهِدْنَا إِلاَّ بِمَا عَلِمْنَا وَمَا كُنَّا لِلْغَيْبِ حَافِظِينَ" : "Retournez auprès de votre père, et dites-lui : "Ô notre père, ton fils a volé. Et nous n'avons témoigné que de ce que nous avons (pu) savoir ; nous n'étions pas garants de ce qui est absent de nous"" (Coran 12/81) ; cette formule "ce qui est absent de nous" désigne :
----- selon un commentaire : ce qui allait se passer, et que nous ne pouvions pas prévoir quand nous avions pris l'engagement de ramener Benjamin : le futur relève du Ghayb car il est absent de soi ;
----- selon un autre commentaire : ce qui s'est réellement passé quand Benjamin n'était pas devant nos yeux, à quoi nous n'avons pas pu assister, et que nous n'avons donc pas pu voir : est-ce que Benjamin a vraiment volé, ou pas ("قوله تعالى {وما شهدنا إلا بما علمنا} يريدون ما شهدنا قط إلا بما علمنا، وأما الآن فقد شهدنا بالظاهر، وما نعلم الغيب؛ كأنهم وقعت لهم تهمة من قول بنيامين: "دسَّ هذا في رحلي مَن دسَّ بضاعتكم في رحالكم"؛ قال معناه ابن إسحاق" : Tafsîr ul-Qurtubî).

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De prime abord (avec du détail et de la nuance qui vont venir plus bas), le Ghayb désigne ce que la créature (ou, plus particulièrement, l'humain), ne peut pas voir.
Et ce au contraire de la Shahâda, qui désigne ce que la créature peut voir.

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En fait, de façon un peu plus générale que le moyen du seul sens de la "vision", les domaines "Shahâda" et "Ghayb" délimitent ce dont tel type de créature (par exemple l'homme), respectivement : a, et n'a pas, l'aptitude de Connaître par le moyen de ses sens physiques.

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Rien n'est Ghayb pour Dieu (Elevé).
Ni les choses et événements du passé.
Ni ceux du présent.
Ni même ceux du futur : bien que ces choses et événements ne sont pas encore existants dans le Réel, Dieu les connaît déjà : "يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ" :
"Il sait ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux" (Coran 2/255 ; 21/27 ; 22/76) : toutes les actions des créatures, que ces dernières vont accomplir dans le futur (et qui sont donc "devant elles"), ou qu'elles ont déjà accomplies dans le passé (et qui sont "derrière elles"), Dieu les connaît : "وقيل: المستقبل هو ما بين الأيدي والماضي هو الخلف" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

Quand, en maints passages de Sa Parole, Dieu distingue la Shahâda du Ghayb (Se qualifiant par exemple de "Connaisseur du Ghayb et de la Shahâda" : "عَالِم الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ", formule présente en 10 passages du Coran), ce Ghayb n'est "Ghayb" que par rapport aux interlocuteurs : les humains et les djinns.

Le fait est que, comme toutes les créatures (y compris les anges), les humains et les djinns n'ont, au niveau de leur Connaissance, pas accès à certaines choses relevant du Réel (ou de ce qui est prévu de faire partie du Réel dans le futur).
"Dis : "Ceux qui sont dans les cieux et sur la Terre ne connaissent pas le Ghayb. Il n'y a que Dieu (qui le connaît)." Et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités" : "قُل لَّا يَعْلَمُ مَن فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ" (Coran 27/65).

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"الَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِالْغَيْبِ" : "ceux qui croient en le Ghayb", déclare le Coran énumérant quelques qualités des pieux (Coran 2/2-3). Justement, même en son sens littéral, "îmân" ne s'emploie que pour désigner le fait de croire ce qu'on n'a pas pu voir, ou qu'on ne peut pas voir. "إن كل مخبر عن مشاهدة أو غيب يقال له في اللغة: "صدقت"، كما يقال: "كذبت". فمن قال: "السماء فوقنا" قيل له: "صدق"، كما يقال: "كذب". وأما لفظ الإيمان فلا يستعمل إلا في الخبر عن غائب، لم يوجد في الكلام أن من أخبر عن مشاهدة - كقوله: "طلعت الشمس" و"غربت" - أنه يقال: "آمناه" كما يقال: "صدقناه"" (MF 7/291). C'est pourquoi c'est bien ce terme "îmân li..." que le Coran emploie lorsqu'il relate que les 10 frères de Joseph dirent à leur père Jacob (que la paix soit sur eux deux) : "... (...) le loup l'a mangé. Et tu n'es pas à nous croire, même si nous étions véridiques" : "قَالُواْ يَا أَبَانَا إِنَّا ذَهَبْنَا نَسْتَبِقُ وَتَرَكْنَا يُوسُفَ عِندَ مَتَاعِنَا فَأَكَلَهُ الذِّئْبُ وَمَا أَنتَ بِمُؤْمِنٍ لِّنَا وَلَوْ كُنَّا صَادِقِينَ" (Coran 12/17).

Avant de voir la définition détaillée de la Shâhada et du Ghayb, intéressons-nous à la question suivante...

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I) L'Essence de Dieu relève du Ghayb auquel nous n'avons pas du tout accès au niveau de la connaissance (il s'agit de ce que nous verrons plus bas sous le nom de : "Ghayb Haqîqî Mutlaq"). Par contre, l'Existence et l'Unicité de Dieu peuvent et doivent être connues de nous. Ces deux attributs divins relèverait-ils alors de la Shahâda ? Bien évidemment Non. Relèvent-ils alors du Ghayb, ou pas ?

Si l'Existence de Dieu ne relève pas de la Shahâda pour nous humains, c'est parce que Dieu n'est pas visible par nous en ce monde : cette existence ne relève donc pas de ce qui peut être observé en ce monde.

Pour autant, Ibn ul-'Arabî pense que la phrase coranique "الَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِالْغَيْبِ" : "ceux qui croient en l'invisible" (Coran 2/3) évoque seulement le Ghayb qui ne peut être connu que par le Sam' ul-Wah'y (Révélation) ; or ce n'est pas le cas de l'Existence de Dieu, laquelle est connue de l'homme par une réflexion intellectuelle (Nazar) correcte. Pour Ibn ul-'Arabî, al-Ghayb recouvre, dans ce verset, chose telle que le Qadar (Prédétermination), que même l'investigation intellectuelle de l'homme ne peut pas atteindre, et dont la connaissance est soit complètement impossible à l'homme, soit dépendante du Wah'y (Révélation) :
"ومنها تؤخذ المسألة الثانية: حقيقة الغيب واختلاف العلماء فيه: قوله: {بالغيب}. وحقيقته: ما غاب عن الحواس مما لا يوصل إليه إلا بالخبر دون النظر؛ فافهموه. وقد اختلف العلماء فيه على أربعة أقوال:
الأول: ما ذكرناه كوجوب البعث ووجود الجنة ونعيمها وعذابها والحساب.

الثاني: بالقدر.
الثالث: بالله تعالى.
الرابع: يؤمنون بقلوبهم الغائبة عن الخلق لا بألسنتهم التي يشاهدها الناس، معناه: ليسوا بمنافقين.
وكلها قوية، إلا الثاني، والثالث فإنه يدرك بصحيح النظر، فلا يكون غيبا حقيقة، وهذا الأوسط، وإن كان عاما، فإن مخرجه على الخصوص.
والأقوى هو الأول؛ أنه الغيب الذي أخبر به الرسول عليه السلام مما لا تهتدي إليه العقول" (Ahkâm ul-qur'ân).
En fait on a connaissance de l'Existence de Dieu par le 'Aql bi-l-Qalb ; et même par la Déduction Intellectuelle, par le biais de la déduction de la raison sur la base des signes de cette existence.

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L'avis de al-Qurtubî est que : "Allâh - sub'hâna-hû - est : Ghâ'ïb de nos regards en ce monde, mais non-Ghâ'ïb (de notre connaissance) en ce monde, et ce par le biais de la déduction à partir de Ses Signes" :
"الغيب في كلام العرب: كل ما غاب عنك (...).
واختلف المفسرون في تأويل الغيب هنا.
فقالت فرقة: الغيب في هذه الآية: الله سبحانه؛ وضعفه ابن العربي.
وقال آخرون: القضاء والقدر.
وقال آخرون: القرآن وما فيه من الغيوب.
وقال آخرون: الغيب كل ما أخبر به الرسول عليه السلام مما لا تهتدي إليه العقول من أشراط الساعة وعذاب القبر والحشر والنشر والصراط والميزان والجنة والنار.
قال ابن عطية: وهذه الأقوال لا تتعارض، بل يقع الغيب على جميعها. قلت: وهذا هو الإيمان الشرعي المشار إليه في حديث جبريل عليه السلام حين قال للنبي صلى الله عليه وسلم: فأخبرني عن الإيمان. قال: "أن تؤمن بالله وملائكته وكتبه ورسله واليوم الآخر وتؤمن بالقدر خيره وشره"؛ قال: صدقت؛ وذكر الحديث.
وقال عبد الله بن مسعود: "ما آمن مؤمن أفضل من إيمان بغيب"، ثم قرأ: "الذين يؤمنون بالغيب". قلت: وفي التنزيل: "وما كنا غائبين"، وقال: "الذين يخشون ربهم بالغيبفهو سبحانه غائب عن الأبصار غير مرئي في هذه الدار، غير غائب بالنظر والاستدلال، فهم يؤمنون أن لهم ربا قادرا يجازي على الأعمال، فهم يخشونه في سرائرهم وخلواتهم التي يغيبون فيها عن الناس، لعلمهم باطلاعه عليهم. وعلى هذا تتفق الآي ولا تتعارض، والحمد لله"
(Tafsîr ul-Qurtubî).

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En réalité on peut concilier ces deux avis en disant que l'Existence de Dieu relève bien du Ghayb (puisque ne relevant pas de la Shahâda) (et en cela al-Qurtubî a raison), mais n'est pas Ghayb comme l'est la Prédétermination, dont on n'a pour sa part aucune connaissance) (ce qui rejoint l'idée que Ibn ul-'Arabî a soulignée). En fait il s'agit d'un type de Ghayb de niveau intermédiaire ; en l'occurrence : du Ghayb Haqîqî Muqayyad (notion que nous allons aborder ci-après) : on ne peut pas voir Dieu ; mais on peut - et on doit - en connaître l'Existence et de nombreux Attributs.

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II) Quelques écrits de ulémas au sujet du fait de distinguer ainsi 2 types de Ghayb :

Ibn Taymiyya distingue le "Ghayb Mutlaq" et le "Ghayb Muqayyad" :
"وهو سبحانه قال: {قل لا يعلم من} ولم يقل: "ما"؛ فإنه لما اجتمع ما يعقل وما لا يعقل غلب ما يعقل؛ وعبر عنه بـ"من" لتكون أبلغ فإنهم مع كونهم من أهل العلم والمعرفة لا يعلم أحد منهم الغيب إلا الله. وهذا هو الغيب المطلق عن جميع المخلوقين الذي قال فيه: {فلا يظهر على غيبه أحدا}. والغيب المقيد ما علمه بعض المخلوقات من الملائكة أو الجن أو الإنس، وشهدوه، فإنما هو غيب عمن غاب عنه، ليس هو غيبا عمن شهده. والناس كلهم قد يغيب عن هذا ما يشهده هذا، فيكون غيبا مقيدا أي غيبا عمن غاب عنه من المخلوقين لا عمن شهده ليس غيبا مطلقا غاب عن المخلوقين قاطبة. وقوله: {عالم الغيب والشهادة} أي عالم ما غاب عن العباد مطلقا ومعينا وما شهدوه فهو سبحانه يعلم ذلك كله" (MF 16/110).

Ce que Ibn Taymiyya appelle ici : "Ghayb Muqayyad", Ibn ul-Uthaymîn l'a pour sa part appelé : "Ghayb Nisbî". Lui fait en effet la distinction entre "Ghayb Mutlaq" et "Ghayb Nisbî" :
"والكاهن: هو الذي يخبر عن المغيبات في المستقبل. وقد التبس على بعض طلبة العلم، فظنوا أنه كل من يخبر عن الغيب ولو فيما مضى، فهو كاهن. لكن ما مضى مما يقع في الأرض ليس غيبا مطلقا، بل هو غيب نسبي؛ مثل ما يقع في المسجد يعد غيبا بالنسبة لمن في الشارع، وليس غيبا بالنسبة لمن في المسجد. وقد يتصل الإنسان بجني، فيخبره عما حدث في الأرض ولو كان بعيدا؛ فيستخدم الجن، لكن ليس على وجه محرم؛ فلا يسمى كاهنا، لأن الكاهن: من يخبر عن المغيبات في المستقبل" (Al-Qawl ul-mufîd, pp. 305-306).

Ibn ul-'Uthaymîn a aussi employé le terme "Ghayb Haqîqî", qu'il a opposé à : "Ghayb Nisbî" :
"الغيب ما غاب عن الإنسان وهو نوعان: واقع، ومستقبل. فغيب الواقع نسبي: يكون لشخص معلوماً ولآخر مجهولاً. وغيب المستقبل حقيقي: لا يكون معلوماً لأحد إلا الله وحده أو من أطلعه عليه من الرسل فمن أدى علمه فهو كافر" (Shar'hu thalâthat il-ussûl).

Il écrit encore : "والمراد بالغيب: ماكان غائباً. والغيب أمر نسب، لكن الغيب المطلق علمه خاص بالله" (Shar'h ul-'aqîda al-wâssitiyya).

Nous avons donc 4 termes :
--- "Ghayb Haqîqî" ;
--- "Ghayb Nisbî" ;
--- "Ghayb Mutlaq" ;
--- "Ghayb Muqayyad".

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III) Quelle classification du Ghayb, et, par incidence, quelle définition de la Shahâda ?

Un peu plus bas, je vais proposer une classification du Ghayb, sachant que ce n'est qu'un effort de synthèse de ma part (et qu'une autre Classification du Ghayb est visible sur islamqa.info).

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Avant-propos :

La Shahâda, c'est ce qu'une créature d'un type donné a la capacité de connaître directement par l'un de ses 5 sens, en particulier la vision (c'est le sens premier de "shahâda" : "être présent et voir", comme nous l'avons dit plus haut : "الحضور مع المشاهدة").

Or, connaître par la vision (ce qui est le cas pour la Shahâda), cela est plus accentué que connaître par déduction ou par réception d'information (ce qui est le cas pour le Ghayb Nisbî et le Ghayb Haqîqî Muqayyad). Le Prophète (sur lui soit la paix) a formulé cela ainsi : "L'information (reçue) n'est pas comme le fait de voir" : "عن ابن عباس، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ليس الخبر كالمعاينة. إن الله عز وجل أخبر موسى بما صنع قومه في العجل، فلم يلق الألواح؛ فلما عاين ما صنعوا، ألقى الألواح فانكسرت" (Ahmad, 2447).

C'est bien pourquoi la Certitude comporte 3 degrés :
--- le degré premier : la certitude par le fait de connaître par une voie indirecte (la réception d'information, ou la déduction) : 'Ilm ul-Yaqîn al-mujarrad ; par exemple le fait d'être informé par quelqu'un qu'il y a, là-bas, du miel, et, alors, le croire car il est connu comme véridique ; ou le fait de voir des abeilles s'élever d'une ruche et en déduire qu'il s'y trouve du miel ;
--- le degré second : la certitude par le fait de voir : 'Ayn ul-Yaqîn ; le fait de voir, de ses propres yeux, le miel : voilà qui confère davantage de connaissances quant à la chose en question, puisqu'on voit alors certains de ses attributs qu'on ne connaissait pas ;
--- le degré troisième : la certitude par le fait d'"expérimenter" : Haqq ul-Yaqîn ; le fait de toucher le miel sur ses doigts, ou de le goûter par sa langue.
"سئل شيخ الإسلام أبو العباس أحمد بن تيمية - رحمه الله - عن قوله تعالى: {حق اليقين} و{عين اليقين} و{علم اليقين}: فما معنى كل مقام منها؟ وأي مقام أعلى؟ فأجاب: الحمد لله رب العالمين. للناس في هذه الأسماء مقالات معروفة. منها أن يقال: {علم اليقين} ما علمه بالسماع والخبر والقياس والنظر؛ و{عين اليقين} ما شاهده وعاينه بالبصر؛ و{حق اليقين} ما باشره ووجده وذاقه وعرفه بالاعتبار. فالأولى مثل من أخبر أن هناك عسلا وصدق المخبر، أو رأى آثار العسل فاستدل على وجوده. والثاني مثل من رأى العسل وشاهده وعاينه؛ وهذا أعلى، كما قال النبي صلى الله عليه وسلم: "ليس المخبر كالمعاين" .والثالث مثل من ذاق العسل ووجد طعمه وحلاوته؛ ومعلوم أن هذا أعلى مما قبله" (MF 10/645-646).
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Notre foi en les choses de l'Invisible (Ghayb Haqîqî Muqayyad) relève, ici bas (Dunyâ), du premier degré seulement.
Cependant, ce premier degré comporte un minimum (en deçà duquel il est inexistant, constituant alors du
shakk, doute), et,au-delà, connaît lui-même plusieurs degrés de force.

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Ma proposition de Classification : Il existe 3 types de Ghayb. En premier lieu, le déterminant entre Shahâda et Ghayb est le fait de relever de la Dimension à laquelle les sens physiques de la créature ont accès - même si elle ne peut en prendre connaissance que de façon indirecte - (voilà ce qui relève de la Shahâda), ou d'une Dimension à laquelle ses sens physiques n'ont pas accès (voilà ce qui relève du Ghayb). Contrairement au Ghayb Haqîqî, le Ghayb Nisbî est un rameau un peu particulier de la Shahâda. Quant au Ghayb Haqîqî, il se subdivise encore en 2 : ce dont on peut avoir connaissance (sans bien sûr le voir, puisque ne relevant pas de la Shahâda), et ce dont on ne peut pas avoir connaissance :

A) La Shahâda, pour un type précis de créature, consiste en : les choses de la Dimension qui est à portée de ses Sens Physiques, حواسّ ظاهرة.

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A.b) Le Ghayb Nisbî
est : ce qui en soi relève de la Shahâda, mais que ce type de créature ne peut pas connaître directement par le biais de ses 5 sens, parce qu'elle se trouve dans une situation à partir de laquelle elle ne peut pas l'appréhender par le biais direct de l'un de ces 5 sens ; par contre, elle peut en prendre connaissance par un moyen indirect : soit par la vision assistée d'un outil, soit par déduction intellectuelle, soit par analyse, soit par réception d'information (de la part d'une autre créature, qui, elle, était dans une situation où elle a pu voir cela ; ou bien de la part de Dieu).

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B) Le Ghayb Haqîqî
est, pour ce même type précis de créature : ce qui ne relève pas du tout de la Shahâda pour elle, et qui relève donc de la Dimension qui est hors de portée de ses Sens Physiques, حواسّ ظاهرة. Ensuite cela se subdivise en :
----- B.a) le Ghayb Haqîqî Muqayyad : ce qui ne relève pas de la Shahâda mais dont cette créature a pris connaissance par réception d'information (soit de la part de Dieu, soit de la part d'une autre créature l'ayant appris d'une créature l'ayant reçue de Dieu) ;
----- B.b) le Ghayb Haqîqî Mutlaq : ce qui ne relève pas de la Shahâda et dont cette créature n'a pas du tout connaissance. Ensuite cela est de deux sous-types :
--------- B.b.a) ce qui est Ghayb Haqîqî Mutlaq pour tel type de créature mais ne l'est pas pour tel autre type (les Anges, par exemple) ;
--------- B.b.b) ce qui est Ghayb Haqîqî Mutlaq pour tout type de créature, car nulle créature n'en a connaissance : ainsi en est-il du moment où la Fin du Monde se produira.

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6 principes complémentaires, à retenir sur le sujet :

–- 1) La détermination de ce qui relève de la Shahâda et du Ghayb, cela varie selon les créatures : certaines des choses qui relèvent de la Shahâda pour l'ange relèvent du Ghayb Haqîqî pour l'homme pendant cette vie terrestre : soit Haqîqî Muqayyad (l'homme a par exemple connaissance de l'existence de l'âme), soit Haqîqî Mutlaq (il y aurait des choses que les anges connaissent, et dont l'homme n'a aucune connaissance).

–- 2) Cette détermination varie également, pour l'homme, selon les Demeures (Dimensions) dans lesquelles il se trouve : dans l'autre monde, les âmes (de même que les anges) seront visibles pour l'homme, passant alors du domaine du Ghayb Haqîqî Muqayyad (lors de sa vie terrestre) à celui de la Shahâda (lors de l'autre vie).

–- 3) La chose qui relève du Ghayb Haqîqî pour un type de créature dans une demeure précise, mais dont cette créature a reçu information, il arrive que l'information qu'elle en a reçue ne concerne qu'un seul, ou quelques-uns, des attributs de cette chose :
--- cette chose relève alors du Ghayb Haqîqî Muqayyad pour cette créature par rapport à cet ou ces attribut(s) (ذلك الشيء: من الغيب الحقيقي، ومن الغيب الحقيقي المقيَّد باعتبار أعراضه التي أخبرَنا الله بها؛ وهكذا، فإنّ أعراضه التي أخبرَنا الله بها: من الغيب الحقيقي المقيَّد لنا) ;
--- cependant, les autres attributs de cette même chose continuent de relever du Ghayb Haqîqî Mutlaq pour cette créature (ذلك الشيء من الغيب الحقيقي؛ وأعراضه التي لا نعرفها: من الغيب الحقيقي المطلق لنا).

–- 4) Ce qui relève du Ghayb Haqîqî Mutlaq par rapport à une créature donnée (سواء كان ذاتًا لا نعرف عنها حتى وجودها، أو عرضًا لا نعرفه يكون لذات من الغيب الحقيقي نعرف بعض أعراضها الأخرى), cette créature ne doit pas chercher à le connaître. C'est ce que at-Tahâwî a formulé en les termes suivants, lorsqu'il évoque la Prédétermination et la Sagesse pour laquelle Dieu a voulu que les choses se passent de telle façon et pas de telle autre : "Les connaissances sont de deux types : il est des connaissances qui sont présentes chez les créatures ; et il est des connaissances qui sont absentes chez les créatures" : "فهذا جملة ما يحتاج إليه من هو منور قلبه من أولياء الله تعالى، وهي درجة الراسخين في العلم. لأن العلم علمان: علم في الخلق موجود، وعلم في الخلق مفقود. فإنكار العلم الموجود كفر. وادعاء العلم المفقود كفر. ولا يثبت الإيمان إلا بقبول العلم الموجود وترك طلب العلم المفقود" ('Aqîdat ut-Tahâwî, point 46). "وأصل القدر سر الله تعالى في خلقه، لم يطلع على ذلك ملك مقرب ولا نبي مرسل. والتعمق والنظر في ذلك ذريعة الخذلان وسلم الحرمان ودرجة الطغيان فالحذر كل الحذر من ذلك نظرا وفكرا ووسوسة. فإن الله تعالى طوى علم القدر عن أنامه ونهاهم عن مرامه" (Ibid., partie du point 45). Au sujet de comment se fera la vision que les Gens du Paradis auront de Dieu, at-Tahawî écrit pareillement : "والرؤية حق لأهل الجنة بغير إحاطة ولا كيفية، كما نطق به كتاب ربنا {وجوه يومئذ ناضرة إلى ربها ناظرة}؛ وتفسيره على ما أراده الله تعالى وعلمه. وكل ما جاء في ذلك من الحديث الصحيح عن الرسول صلى الله عليه وسلم، فهو كما قال، ومعناه على ما أراد؛ لا ندخل في ذلك متأولين بآرائنا. ولا تثبت قدم الإسلام إلا على ظهر التسليم والاستسلام؛ فمن رام علم ما حظر عنه علمه ولم يقنع بالتسليم فهمه، حجبه مرامه عن خالص التوحيد وصافي المعرفة وصحيح الإيمان" (Ibid., point 35 et partie du point 36).

–- Voilà pourquoi, au sujet de Dieu précisément, Ibn Abbâs a dit : "Réfléchissez au sujet de toute chose, (mais) ne réfléchissez pas au sujet de l'Etre de Dieu" : "تفكروا في كل شيء، ولا تفكروا في ذات الله": موقوف، وسنده جيد" (FB 13/468). Ibn Abbâs a voulu parler ici de comment est l'Être de Dieu, comment S'est-Il Etabli sur Son Trône, et ce genre de choses : la connaissance et la compréhension de cela ne sont pas accessibles à l'intellect humain : elles relèvent du Ghayb Haqîqî Mutlaq. Par contre, comprendre que Dieu Existe, qu'Il est Unique, qu'Il est Omnipotent, Omniscient, etc., cela relève pour sa part du Ghayb Haqîqî Muqayyad : bien que l'Etre de Dieu relève du Ghayb Haqîqî, ces Siens Attributs sont accessibles à la connaissance humaine, et ce par le moyen de la réflexion humaine ('aql), par le moyen de la connaissance naturelle au cœur humain (qalb), ainsi que par le moyen de l'information fournie par Dieu Lui-même par Sa révélation (wah'y).

–- 5) Quelque chose qui relève du Ghayb Haqîqî Muqayyad par rapport à tout un type (naw') de créature (quant à la connaissance de celui-ci), si, suite à un Tajallî, un individu (fard) appartenant à ce type (naw') a vu cela, ou a vu quelque chose de cela ("voir" constitue, rappelons-le, une connaissance plus avancée que "être informé de"), cela ne fait pas de cette chose un élément de la Shahâda pour tout ce type de créature (naw') ; cela continue, pour ce type de créature (naw'), de relever du Ghayb Haqîqî Muqayyad. Ainsi, même si, pour le Prophète (sur lui soit la paix), les anges relevaient (en certaines occasions) de la Shahâda, pour le genre humain ils continuent de faire partie du Ghayb Haqîqî Muqayyad (on sait qu'ils ont des bras et des ailes, qu'ils sont beaux, etc., mais pas plus). Abû Jahl a, un jour qu'il s'avançait pour blesser le Prophète, des ailes, et le Prophète (sur lui soit la paix) a dit qu'il s'agissait d'anges prêts à le combattre s'il avait continué à s'avancer : les anges continuent de relever du Ghayb Haqîqî Muqayyad quant à leur existence. De même, le Prophète a vu le Paradis et le Feu, et pour lui cela a constitué, à ce moment-là, de la Shahâda ; mais pour nous cela continue à faire partie du Ghayb Haqîqî Muqayyad.

La raison en est que le Tajallî, lorsqu'il se produit, fait figure d'exception à la règle normale. Il ne concerne que l'individu pour qui il s'est produit ; et, même pour lui, ne se produit qu'occasionnellement.

Ibn Taymiyya écrit ainsi à propos des Djinns : "الذي في القرآن أنهم* يرون الإنس من حيث لا يراهم الإنس. وهذا حق يقتضي أنهم يرون** الإنس في حال لا يراهم الإنس فيها. وليس فيه أنهم لا يراهم أحد من الإنس بحال؛ بل قد يراهم الصالحون، وغير الصالحين أيضا؛ لكن لا يرونهم في كل حال" (MF 15/7).
* أي الجن.
** أي يقدرون دائما على هذا، إلا إذا ذكر الإنسي اسم الله (وهذا لا أدري هل يشمل أيضًا الشيطان الموكل بالإنس، أم لا)، فحينئذ تصبح عورة الإنسان من الغيب النسبي لهم.

–- 6) Plus encore : Il peut même y avoir quelque chose qui relève du Ghayb Haqîqî Mutlaq par rapport à tout un type (naw') de créature (quant à la connaissance de celui-ci), mais qui, pour un prophète particulier, relève du Ghayb Haqîqî Muqayyad : même alors, pour tout le type de créature (naw'), cela continuera bien de relever du Ghayb Haqîqî Mutlaq. Ainsi, la plupart des informations que le Prophète a reçues, il a été chargé de les retransmettre, et il l'a fait. Par contre, il est certaines informations concernant le Ghayb Haqîqî qu'il a reçues mais qu'il n'a pas eu le devoir de retransmettre (c'est bien ce que les deux premiers termes de ce hadîth indiquent : "Autorisation m'a été donnée de vous parler d'un ange parmi les anges de Dieu d'entre les porteurs du Trône..." : "عن جابر بن عبد الله، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "أذن لي أن أحدث عن ملك من ملائكة الله من حملة العرش: إن ما بين شحمة أذنه إلى عاتقه مسيرة سبع مائة عام" : Abû Dâoûd, 4727) ; et il est d'autres informations concernant le Ghayb Haqîqî dont il a retransmis la globalité, et pas forcément tous les détails ("Ô Umma de Muhammad : si vous saviez ce que je sais, vous ririez peu et pleureriez beaucoup" : "يا أمة محمد، والله، لو تعلمون ما أعلم، لضحكتم قليلا ولبكيتم كثيرا" : al-Bukhârî, 997, Muslim, 901).

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Croquis exposant cette Classification :

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IV) Si on retient cette Proposition de Classification :

A) La Shahâda pour l'homme pendant cette vie terrestre est l'ensemble des choses concrètes ('ayn) qui sont par essence accessibles à la connaissance de l'homme pendant sa vie terrestre, et ce, par le biais de l'un des 5 Sens Matériels humains.
Il s'agit de ce qui relève du même genre que le corps humain – ما هو من جنس جسد الإنسان –, tel que les minéraux, les végétaux, les animaux.
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A.b) Le Ghayb Nisbî (Ghayb Relatif) pour l'homme est l'ensemble des choses concrètes ('ayn) qui relèvent en soi de la Shahâda (A) mais qui sont par incidence inaccessibles aux 5 Sens de tel individu :
--- soit que l'individu n'est pas présent lorsque cela se passe (alors qu'un autre individu est pour sa part présent et en prend ainsi connaissance) ;
--- soit que l'objet est dissimulé des moyens de la connaissance sensible de l'individu (alors qu'un autre individu se trouve dans une autre disposition spatiale, d'où il peut pour sa part voir ou palper cet objet ; ou qu'un autre individu dispose d'un outil lui permettant de voir cela ; ou qu'un autre individu peut en déduire la présence, comme la présence de feu dont on n'a n'a vu que la fumée) ;
--- soit que l'objet est trop petit pour être accessible aux sens de l'individu moyen (et que c'est seulement par le moyen d'outils grossissants que certains individus peut en avoir connaissance) (cela concerne l'infiniment petit, tel que l'atome et ses constituants) ;
--- soit que la déduction de cela demande des connaissances scientifiques très poussées, que seuls certains humains possèdent (par exemple l'existence du boson de Higgs ; par exemple encore la reconstitution (par recoupement) du déroulé d'un événement du passé (comme le fait la police scientifique).
Cela constitue en fait du Ghayb pour tel homme, mais pas pour tel autre, qui, lui, en fait, en a fait, ou pourrait en faire Mushâhada par les outils habituels. Selon un égard cela relève de la Shahâda, et cela un autre égard cela relève du Ghayb. Cela est donc appelé : "Ghayb Relatif : Nisbî".
C'est ce qui explique les versets suivants, qui évoquent des événements du passé et dit que "cela relève des nouvelles du Ghayb" : "ذَلِكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهِ إِلَيكَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يُلْقُون أَقْلاَمَهُمْ أَيُّهُمْ يَكْفُلُ مَرْيَمَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يَخْتَصِمُونَ" (Coran 3/44) ; "تِلْكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهَا إِلَيْكَ مَا كُنتَ تَعْلَمُهَا أَنتَ وَلاَ قَوْمُكَ مِن قَبْلِ هَذَا" (Coran 11/49). Et, dans le cas du Prophète (sur lui soit la paix), c'était un Signe parce que n'ayant aucun moyen d'apprendre (il était illettré, et n'a pas fréquenté les Arabes versés dans les récits des peuples arabes du passé, ni les érudits juifs ou chrétiens).
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B) Le
Ghayb Haqîqî (Ghayb Réel) pour l'homme pendant cette vie terrestre est l'ensemble des choses concrètes ('ayn) dont la connaissance est par essence inaccessible à l'homme par le biais des outils dont il dispose naturellement (ses 5 sens). C'est ce qui relève du même genre que l'âme humaineما هو من جنس روح الإنسان –, tel que les anges, etc. Cela englobe également les événements qui vont se dérouler dans le futur.

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Le moyen par lequel on prend connaissance de ce qui relève du Ghayb lié au futur :

Le seul moyen autorisé pour cela est le rêve, ou l'inspiration reçue en état de veille.

– Ainsi, par le rêve (ru'yâ manâmiyya), certains hommes prennent connaissance de certains événements précis allant se passer.
Ce fut le cas du roi d'Egypte de l'époque du prophète Joseph, ainsi que les deux compagnons de prison de ce dernier (Coran, sourate 12). De même, Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée) a vu en rêve qu'un coq le becquetait par trois fois : il en déduisit que cela signifiait que sa mort était devenue proche : "عن معدان بن أبي طلحة، أن عمر بن الخطاب، خطب يوم الجمعة، فذكر نبي الله صلى الله عليه وسلم، وذكر أبا بكر قال: "إني رأيت كأن ديكا نقرني ثلاث نقرات، وإني لا أراه إلا حضور أجلي. وإن أقواما" (Muslim, n° 567). Abû Bakr (que Dieu l'agrée), à l'orée de la mort, dit à sa fille Aïcha au sujet de l'enfant que son épouse portait : "Je pense que c'est une fille" : "مالك عن ابن شهاب، عن عروة بن الزبير، عن عائشة زوج النبي صلى الله عليه وسلم أنها قالت: إن أبا بكر الصديق كان نحلها جاد عشرين وسقا من ماله بالغابة. فلما حضرته الوفاة، قال: "والله يا بنية ما من الناس أحد أحب إليّ غنى بعدي منك؛ ولا أعز عليّ فقرا بعدي منك. وإني كنت نحلتك جادّ عشرين وسقا؛ فلو كنت جددتيه واحتزتيه، كان لك. وإنما هو اليوم مال وارث. وإنما هما أخواك وأختاك. فاقتسموه على كتاب الله". قالت عائشة: فقلت: "يا أبت، والله لو كان كذا وكذا لتركته. إنما هي أسماء فمن الأخرى؟" فقال: "ذو بطن بنت خارجة: أراها جارية" (Muwattâ Mâlik, 2783) ; certains pensent qu'il avait vu un rêve : "قال بعض فقهائنا: وذلك لرؤيا رآها أبو بكر" (Shar'h uz-Zurqânî) ; d'autres pensent que ce n'était qu'un zann de sa part, comme certains autres pères en ont eux aussi.

– Quant à l'inspiration reçue en état de veille (ilhâm) concernant des événements détaillés devant se passer dans le futur ; de même que le dévoilement par vision (tamthîl) concernant des événements détaillés devant se passer dans le futur : cela serait-il réservé aux prophètes ? Ibn Taymiyya écrit : "والجواب أن يقال: أما الإخبار ببعض الأمور الغائبة، فمن هو دون عليٍ يخبر بمثل ذلك، فعليٌ أجل قدرا من ذلك. وفي أتباع أبي بكر وعمر وعثمان من يخبر بأضعاف ذلك، وليسوا ممن يصلح للإمامة، ولا هم أفضل أهل زمانهم. ومثل هذا موجود في زماننا وغير زماننا. وحذيفة بن اليمان وأبو هريرة وغيرهما من الصحابة كانوا يحدثون الناس بأضعاف ذلك؛ وأبو هريرة يسنده إلى النبي صلى الله عليه وسلم؛ وحذيفة تارة يسنده وتارة لا يسنده، وإن كان في حكم المسند. وما أخبر به هو وغيره قد يكون مما سمعه من النبي صلى الله عليه وسلم؛ وقد يكون مما كوشف هو به. وعمر رضي الله عنه قد أخبر بأنواع من ذلك. والكتب المصنفة في كرامات الأولياء وأخبارهم، مثل ما في كتاب "الزهد" للإمام أحمد، و"حلية الأولياء" و"صفوة الصفوة" و"كرامات الأولياء" لأبي محمد الخلال وابن أبي الدنيا واللالكائي: فيها من الكرامات عن بعض أتباع أبي بكر وعمر، كالعلاء بن الحضرمي نائب أبي بكر، وأبي مسلم الخولاني بعض أتباعهما، وأبي الصهباء، وعامر بن عبد قيس، وغير هؤلاء، ممن عليٌ أعظم منه؛ وليس في ذلك ما يدل على أنه يكون هو الأفضل من أحد من الصحابة، فضلا عن الخلفاء. وهذه الحكايات التي ذكرها عن عليٍ لم يذكر لشيء منها إسنادا؛ وفيها ما يعرف صحته؛ وفيها ما يعرف كذبه؛ وفيها ما لا يعرف هل هو صدق أم كذب؟ (...) ومعرفة بعض الصحابة والصالحين ببعض المستقبلات لا توجب أن يكون عالما بها كلها. والغلاة الذين يدعون علم عليٍ بالمستقبلات مطلقا كذب ظاهر؛ فالعلم ببعضها ليس من خصائصه، والعلم بها كلها لم يحصل له ولا لغيره" (MS 4/276-278).

– Par contre, ce qui suit ne relève pas de l'inspiration, mais de l'analyse de certains faits matériels subtils...

Ainsi, alors que 'Alî ibn Abî Tâlib (que Dieu l'agrée) trouvait pour sa part que le Prophète (sur lui soit la paix) allait mieux et était en voie de guérison, al-Abbâs (que Dieu l'agrée) lui prit la main et lui dit que le Prophète allait mourir avant que 3 jours s'écoulent. Al-'Abbâs ne prédisait pas là l'avenir comme le fait un devin, il avait tout simplement reconnu sur le visage du Prophète (son neveu) les signes de la mort imminente que présentent les visages des fils de 'Abd ul-Muttalib, signes dont 'Alî n'avait pour sa part pas connaissance : "عن عبد الله بن عباس أن علي بن أبي طالب رضي الله عنه خرج من عند رسول الله صلى الله عليه وسلم في وجعه الذي توفي فيه، فقال الناس: "يا أبا حسن، كيف أصبح رسول الله صلى الله عليه وسلم؟" فقال: "أصبح بحمد الله بارئا". فأخذ بيده عباس بن عبد المطلب فقال له: "أنت والله بعد ثلاث عبد العصا، وإني والله لأرى رسول الله صلى الله عليه وسلم سوف يتوفى من وجعه هذا، إني لأعرف وجوه بني عبد المطلب عند الموت" (al-Bukhârî, 4182).

De même, par projection, certains hommes proposent une analyse (qu'ils disent bien : supposée) de l'avenir de telle société ou de tel pays : à condition qu'ils précisent bien qu'ils n'émettent qu'une prévision, cela relève de la simple analyse sociologique. Ibn Hajar a mentionné quelque chose de voisin en énumérant les différents cas de "prédiction de l'avenir" : "وكانت الكهانة في الجاهلية فاشية خصوصا في العرب لانقطاع النبوة فيهم. وهي على أصناف. منها ما يتلقونه من الجن فإن الجن كانوا يصعدون إلى جهة السماء فيركب بعضهم بعضا إلى أن يدنو الأعلى بحيث يسمع الكلام فيلقيه إلى الذي يليه إلى أن يتلقاه من يلقيه في أذن الكاهن فيزيد فيه فلما جاء الإسلام ونزل القرآن حرست السماء من الشياطين وأرسلت عليهم الشهب فبقي من استراقهم ما يتخطفه الأعلى فيلقيه إلى الأسفل قبل أن يصيبه الشهاب (...) ثانيها ما يخبر الجني به من يواليه بما غاب عن غيره مما لا يطلع عليه الإنسان غالبا أو يطلع عليه من قرب منه لا من بعد. ثالثها ما يستند إلى ظن وتخمين وحدس وهذا قد يجعل الله فيه لبعض الناس قوة، مع كثرة الكذب فيه. رابعها ما يستند إلى التجربة والعادة فيستدل على الحادث بما وقع. ومن هذا القسم الأخير ما يضاهي السحر؛ وقد يعتضد بعضهم في ذلك بالزجر والطرق والنجوم وكل ذلك مذموم شرعا" (Fath' ul-bârî 10/267).

De même encore, des animaux ressentent l'imminence de certaines catastrophes naturelles telles que tremblement de terre ou tempête, quelque temps avant qu'elles se produisent : ils ne font en fait que déceler par leurs sens physiques certains signes matériels avant-coureurs se produisant avant la grande catastrophe, mais qui sont trop subtils pour pouvoir être décelés par les sens de l'homme : certains humains, ayant d'une part observé le comportement inhabituel de ces animaux et d'autre part assisté à l'arrivée de la catastrophe, ont établi le lien entre les deux, et déduisent du premier l'imminence du second. De même, le fait que toutes les hirondelles volent bas annonce l'imminence de la pluie ; c'est tout simplement que, avant qu'il pleuve, l'air se charge d'humidité, ce qui oblige les petits insectes à voler plus bas, leurs ailes étant alourdies par les molécules d'eau ; ce qui, à son tour, amène les hirondelles à voler plus bas, elles qui cherchent à becqueter ces bestioles.

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Le moyen par lequel on prend connaissance de ce qui relève du Ghayb lié au passé ou au présent :

Ibn ul-'Uthaymîn écrit que certaines personnes peuvent déduire globalement, à partir de certaines expressions du visage de celui-ci, ce que leur interlocuteur pense ; et que cela ne relève nullement de la prétention à la connaissance du Ghayb : "لأن الكاهن: من يخبر عن المغيبات في المستقبل؛ وقيل: الذي يخبر عما في الضمير. وهو نوع من الكهانة في الواقع إذا لم يستند إلى فراسة ثاقبة؛ أما إذا كان يخبر عما في الضمير استنادا إلى فراسة، فإنه ليس من الكهانة في شيء، لأن بعض الناس قد يفهم ما في الإنسان اعتمادا على أسارير وجهه ولمحاته، وإن كان لا يعلمه على وجه التفصيل، لكن يعلمه على سبيل الإجمال" (Al-Qawl ul-mufîd, pp. 305-306).

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Par rapport à la Shahâda (A), l'investigation de la connaissance humaine s'intéresse à tout :

--- depuis le ciel jusqu'au-dessous de la Terre ;
--- depuis l'extérieur du corps humain jusqu'à son intérieur matériel ou intellectuel ;
--- en passant par tout ce qui se trouve dans l'univers et est accessible aux 5 sens.

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Le Ghayb Haqîqî (B) est quant à lui de 2 types par rapport à la connaissance que l'homme peut, ou ne peut pas, en avoir :

–--- B.A) Ce que, du Ghayb Haqîqî, Dieu Seul le sait, et dont Il n'a pas rendu possible (takwînan) à un humain de prendre connaissance, cela est appelé : "Ghayb Mutlaq" (Ghayb Absolu). Par exemple : quelle est l'Essence de Dieu ; la date de la Fin du monde.

–--- B.B) Et un élément individuel qui relève du Ghayb Haqîqî mais que Dieu a rendu possible (takwînan) à certains humains de connaître (soit que, tashrî'an, en prendre connaissance est autorisé, soit que, tashrî'an, en prendre connaissance n'est pas autorisé), cela est appelé : "Ghayb Haqîqî Muqayyad" (Ghayb non-Absolu). C'est ce Ghayb qui est concerné par l'exception figurant dans le passage suivant : "قُلْ إِنْ أَدْرِي أَقَرِيبٌ مَّا تُوعَدُونَ أَمْ يَجْعَلُ لَهُ رَبِّي أَمَدًا عَالِمُ الْغَيْبِ فَلَا يُظْهِرُ عَلَى غَيْبِهِ أَحَدًا إِلَّا مَنِ ارْتَضَى مِن رَّسُولٍ فَإِنَّهُ يَسْلُكُ مِن بَيْنِ يَدَيْهِ وَمِنْ خَلْفِهِ رَصَدًا لِيَعْلَمَ أَن قَدْ أَبْلَغُوا رِسَالَاتِ رَبِّهِمْ وَأَحَاطَ بِمَا لَدَيْهِمْ وَأَحْصَى كُلَّ شَيْءٍ عَدَدًا" : "(Dieu) ne fait connaître Son Ghayb à personne, sauf à qui Il agrée comme messager" (Coran 72/25-28). "مَّا كَانَ اللّهُ لِيَذَرَ الْمُؤْمِنِينَ عَلَى مَآ أَنتُمْ عَلَيْهِ حَتَّىَ يَمِيزَ الْخَبِيثَ مِنَ الطَّيِّبِ وَمَا كَانَ اللّهُ لِيُطْلِعَكُمْ عَلَى الْغَيْبِ وَلَكِنَّ اللّهَ يَجْتَبِي مِن رُّسُلِهِ مَن يَشَاء فَآمِنُواْ بِاللّهِ وَرُسُلِهِ وَإِن تُؤْمِنُواْ وَتَتَّقُواْ فَلَكُمْ أَجْرٌ عَظِيمٌ" : "Et Dieu n'en était pas à vous faire prendre connaissance du Ghayb, mais Il choisit parmi Ses Messagers qui Il veut. Aussi, apportez foi en Dieu et en Ses Messagers" (Coran 3/179).

Ce qui constitue le futur relève du Ghayb ; mis à part ce qui relève de la finesse de l'analyse (voir plus haut), personne n'a les outils pour savoir de façon détaillée ce qui va se passer dans le futur. Dieu Seul le sait, et pas un autre humain ; sauf celui à qui Dieu a communiqué certains éléments (dont la connaissance est donc alors acquise à cette créature de façon partielle et suite à cette communication : جزئيّ وعطائيّ). C'est pourquoi, les événements que les prophètes ont prédits à l'avance de façon assez détaillée n'établissent pas qu'ils connaîtraient le Ghayb. Dieu dit : "Dis : Je ne possède pour moi-même pas (le pouvoir de) apporter un bénéfice ou faire du tort, sauf si Dieu le veut ; et si je connaissais le Ghayb, j'aurais accumulé du bien (matériel), et aucun malheur ne m'aurait touché. Je ne suis qu'un avertisseur annonciateur pour des gens qui (veulent) croire" : "قُل لاَّ أَمْلِكُ لِنَفْسِي نَفْعًا وَلاَ ضَرًّا إِلاَّ مَا شَاء اللّهُ وَلَوْ كُنتُ أَعْلَمُ الْغَيْبَ لاَسْتَكْثَرْتُ مِنَ الْخَيْرِ وَمَا مَسَّنِيَ السُّوءُ إِنْ أَنَاْ إِلاَّ نَذِيرٌ وَبَشِيرٌ لِّقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ" (Coran 7/188).

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VI) En résumé (si on retient la Proposition de Classification du Ghayb) :

Il y a 3 choses qui sont appelées Ghayb par rapport à l'être humain pendant sa vie terrestre :
--- B.A) le Ghayb Haqîqî Mutlaq : cela relève de ce que l'humain ne peut pas connaître par ses 5 sens, Dieu n'en a donné la connaissance à aucun humain ;
--- B.B) le Ghayb Haqîqî Muqayyad : cela relève de ce que l'humain ne peut pas connaître par ses 5 sens (car relevant de la dimension métaphysique), mais qu'il a su par un autre moyen : par information provenant de Dieu, ou d'une créature (par une voie autorisée, ou par une voie interdite) l'ayant reçue d'une autre créature l'ayant reçue de Dieu ;
--- A.b) le Ghayb Nisbî : ce qui, en soi, relève de la Shahâda, mais qui, par incidence, par rapport à la situation de certains humains, ne peut pas être connu directement d'eux par un de leur sens ; par contre, ces humains peuvent en prendre connaissance par assistance d'un outil (s'ils en utilise), ou par déduction intellectuelle, ou par analyse, ou par réception d'information (soit de la part d'une autre créature, soit de la part de Dieu).
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Cela vaut ensuite aussi pour le djinn ; ainsi que pour l'ange. Cependant, selon chaque catégorie de créatures (homme, djinn, ou ange), la détermination varie quant à ce que cette créature ne peut pas connaître par ses sens, et ce qu'elle peut connaître par ses sens.
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L'ange ne peut ainsi pas connaître l'Heure de la Fin du Monde (
Ghayb Haqîqî Mutlaq) ; et il ne connaît de ce qui est Prédestiné que ce que Dieu lui donne comme informations partielles (Ghayb Haqîqî Muqayyad). "والملائكة لا يعلمون غيب الرب الذي اختص به. وأما ما أظهره لعباده فإنه يُعلّمه من شاء. وما تتحدث به الملائكة فقد تسترق الشياطين بعضه، لكن هذا ليس من غيبه وعلم نفسه الذي يختص به، بل هذا قد أظهر عليه من شاء من خلقه" (MF 14/197).

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Du Ghayb Haqîqî Muqayyad :

----- il y a des choses du Ghayb dont l'homme a l'aptitude (takwînî) à prendre connaissance, mais qu'il lui est interdit (tashrî'an) de chercher à savoir (ainsi en est-il des informations de ce qui va se passer dans le futur, que l'humain a l'aptitude à chercher à connaître, par exemple en se liant à un djinn capable de capter des informations auprès d'anges parlant de certains éléments allant se passer dans le futur ; cependant, cela lui a été interdit par Dieu) ;

----- et il y a des choses du Ghayb dont l'homme prend connaissance de façon agréée par Dieu : soit par le biais de son Qalb, soit par le biais d'un Wah'y, soit par le biais d'un Ilhâm (forcément zannî), soit par le biais d'un rêve véridique (zannî).

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De ce Ghayb Haqîqî Muqayyad dont la créature prend connaissance de façon agréée par Dieu, il y a :

------- ce dont la connaissance a été communiquée à certains Anges seulement ("Untel va mourir cette année" ; "Tel événement va se produire cette année") ;
------- ce dont la connaissance a été communiquée à certains humains seulement : il s'agit de certains prophètes ;
------- ce dont la connaissance a été communiquée à certains humains seulement : certains rêves véridiques donnent des informations individuelles sur certains événements allant se passer dans le futur (ainsi, le roi d'Egypte reçut en rêve l'information qu'il y aurait, dans son pays et la région, 7 années d'abondance, suivies de 7 années de sécheresse) ;
------- ce dont la connaissance a été communiquée à l'attention de tous les humains (certains y apportant foi, et d'autres pas, mais en tous cas Dieu l'a porté à leur connaissance).

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Et de ce Ghayb Haqîqî Muqayyad dont la connaissance a été communiquée à l'attention de tous les humains, il y a :

------- ce dont les humains peuvent et doivent prendre connaissance par le biais du 'Aql bi-l-Qalb,
------- ce dont ils peuvent et doivent prendre connaissance par le biais du Sam' ul-Wah'y.

Ainsi :

----- que Dieu existe, cela relève du Ghayb Haqîqî, mais les humains l'ont su par leur Cœur ('Aqla-qalbî) (et cela a été rappelé par la Révélation (Sam'î)) ;

----- certaines des choses du passé, cela relève du Ghayb Nisbî (cela relève du Ghayb pour certains humains, et pas pour d'autres) : il s'agit d'événements de la Shahâda dont, soi, on n'a pas été témoin : cela relève donc du Ghayb par rapport à soi. Si, en plus, on ne disposait pas d'un témoin, ni direct, ni indirect, pour pouvoir en prendre connaissance par la voie habituelle, alors en prendre connaissance relève d'un miracle. C'est le cas des événements que Dieu a fait savoir à Son Messager, par la Révélation, alors que ce dernier ne les connaissait pas, ni lui ni les Quraysh : "ذَلِكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهِ إِلَيكَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يُلْقُون أَقْلاَمَهُمْ أَيُّهُمْ يَكْفُلُ مَرْيَمَ وَمَا كُنتَ لَدَيْهِمْ إِذْ يَخْتَصِمُونَ" (Coran 3/44) ; "تِلْكَ مِنْ أَنبَاء الْغَيْبِ نُوحِيهَا إِلَيْكَ مَا كُنتَ تَعْلَمُهَا أَنتَ وَلاَ قَوْمُكَ مِن قَبْلِ هَذَا" (Coran 11/49) ;

----- les choses qui vont se passer dans le futur, cela relève systématiquement du Ghayb Haqîqî. La plupart de ces choses, Dieu ne les a fait savoir à personne. Mais certaines de ces choses, Dieu les a fait savoir à certaines créatures. C'est cela auquel le verset suivant fait allusion, où Dieu dit à Muhammad (sur lui soit la paix) de dire aux hommes qu'il ne connaît pas si ce qui est annoncé se réalisera bientôt ou plus tard, car Dieu ne fait pas connaître Son Ghayb à qui que ce soit, sauf certaines choses à certains prophètes : "قُلْ إِنْ أَدْرِي أَقَرِيبٌ مَّا تُوعَدُونَ أَمْ يَجْعَلُ لَهُ رَبِّي أَمَدًا عَالِمُ الْغَيْبِ فَلَا يُظْهِرُ عَلَى غَيْبِهِ أَحَدًا إِلَّا مَنِ ارْتَضَى مِن رَّسُولٍ فَإِنَّهُ يَسْلُكُ مِن بَيْنِ يَدَيْهِ وَمِنْ خَلْفِهِ رَصَدًا لِيَعْلَمَ أَن قَدْ أَبْلَغُوا رِسَالَاتِ رَبِّهِمْ وَأَحَاطَ بِمَا لَدَيْهِمْ وَأَحْصَى كُلَّ شَيْءٍ عَدَدًا" (Coran 72/25-28). Ainsi, que le jour du jugement, ce sera le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) qui pourra intercéder auprès de Dieu pour qu'Il commence le Jugement, cela relève du Ghayb, mais les humains l'ont su uniquement par la Révélation (cela est Sam'î).

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Consulter un devin est interdit, cela est certain. Mais est-ce systématiquement acte de kufr akbar ?

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VII) Pour ce qui relève des devins (kâhin, pl. kuhhân) :

----- Celui d'entre les devins qui prétend connaître le Ghayb Haqîqî Mutlaq commet du shirk akbar.

----- Quant à celui d'entre eux qui ne prétend pas cela mais reconnait recevoir des informations partielles, Ghayb Haqîqî Muqayyad, de l'esprit qui est avec lui, celui-là commet du shirk akbar dans la mesure où ces esprits qui vont tenter de se saisir d'une information auprès d'anges, ces esprits n'en informent que leurs awliyâ', c'est-à-dire : ceux qui sont liés à eux par un pacte d'adoration, 'ibâda kub'râ.

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Pour ce qui est de consulter un devin :

----- L'homme qui le consulte mais ne le croit pas, celui-là commet un acte interdit qui ne va pas jusqu'au kufr akbar.

----- L'homme qui le consulte et croit ce qu'il dit, alors :
--------- si cet homme croit que ce devin possède le Ghayb Haqîqî Mutlaq, cet homme a là une croyance de kufr akbar ;
--------- et si cet homme croit que ce devin ne possède pas le Ghayb Haqîqî Mutlaq mais tient cette information d'un esprit (djinn), alors certains ulémas disent que, en allant consulter ce devin et en croyant ce qu'il a dit, cet homme a commis là une action interdite qui ne va pas jusqu'au kufr akbar.

----- L'homme qui le consulte pour le confondre ne commet pas d'interdit.

En fait le hadîth dit ceci : "Celui qui se rend auprès d'un kâhin puis le croit dans ce qu'il dit, ou vient à sa femme pendant sa période menstruelle, ou vient à sa femme par son anus, celui-là a désavoué ce qui a été révélé à Muhammad – que Dieu l'élève et le salue" : "حدثنا موسى بن إسماعيل، حدثنا حماد ح وحدثنا مسدد، حدثنا يحيى، عن حماد بن سلمة، عن حكيم الأثرم، عن أبي تميمة، عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "من أتى كاهنا" / قال موسى في حديثه "فصدقه بما يقول"، ثم اتفقا "أو أتى امرأة" / قال مسدد "امرأته حائضا أو أتى امرأة" / قال مسدد "امرأته في دبرها، فقد برئ مما أنزل على محمد" (Abû Dâoûd, 3904, également cité dans Al-Qawl ul-mufîd, p. 536). La connaissance de ce qui va se passer dans le futur relève du Ghayb Haqîqî : et on n'a pas le droit, tashrî'an, de chercher à le connaître ; ce n'est que Dieu qui choisit parfois d'en faire connaître un élément (soit par révélation, soit par rêve).

Il y a un autre hadîth qui dit ceci : "Celui qui se rend auprès d'un 'arrâf, le questionne au sujet de quelque chose puis le croit dans ce qu'il dit, celui-là Dieu n'acceptera aucune de ses prières pendant quarante jours" : "عن بعض أزواج النبي صلى الله عليه وسلم عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "من أتى عرافا فسأله عن شيء، لم تقبل له صلاة أربعين ليلة" (Muslim, 2230) / "عن بعض أزواج النبي صلى الله عليه وسلم، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "من أتى عرافا فصدقه بما يقول، لم تقبل له صلاة أربعين يوما" (Ahmad, 16638). D'après certains ulémas, c'est seulement chercher à prédire l'avenir qui est ici visé et interdit, tandis qu'employer les services d'un djinn avec qui on n'a pas une relation de servitude ('abdiyya) pour rechercher un objet égaré ou une personne portée disparue, cela n'est pas interdit. La raison semble en être que ce genre d'informations relève du Ghayb Nisbî ; or le djinn (disposant de certaines aptitudes plus grandes que celles que l'humain possède) a la capacité de rechercher (plus facilement qu'un humain) un objet égaré ou une personne disparue : cela est relaté par rapport à Omar ibn-ul-Khattâb (radhiyallâhu 'anh), que un jour les autres Compagnons ne savaient plus où il se trouvait. Pour le djinn il s'agit donc de Mushâhada.

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VIII) Et que signifie le verset coranique suivant, qui parle du prophète-roi Salomon, et de la non-connaissance du Ghayb par les Djinns ?

"فَلَمَّا قَضَيْنَا عَلَيْهِ الْمَوْتَ مَا دَلَّهُمْ عَلَى مَوْتِهِ إِلَّا دَابَّةُ الْأَرْضِ تَأْكُلُ مِنسَأَتَهُ فَلَمَّا خَرَّ تَبَيَّنَتِ الْجِنُّ أَن لَّوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ الْغَيْبَ مَا لَبِثُوا فِي الْعَذَابِ الْمُهِينِ" : "Puis, lorsqu'il tomba, il devient clair aux djinns que s'ils connaissaient le Ghayb, ils ne seraient pas demeurés dans ce dur travail avilissant" (Coran 34/14).

En fait ce qui est dit ici c'est que ces Djinns kâfir étaient assujettis par Salomon à de durs travaux. Par ailleurs, connaissant réellement certaines choses que les humains ne peuvent pas connaître (le fameux Ghayb Nisbî plus haut évoqué, de même que certaines choses du Ghayb Haqîqî Muqayyad qu'ils dérobaient des Anges, ces derniers les ayant reçus de Dieu), les Djinns affirmaient "connaître le Ghayb".
Or, n'ayant même pas pu savoir que Salomon (que la paix soit sur lui) était déjà mort, ils continuèrent le dur travail auquel ce prophète-roi les avait astreints. Il devint alors évident à tous (et à eux-mêmes les premiers) que leur connaissance est très limitée : il y a des choses invisibles qui relèvent du Ghayb Haqîqî Mutlaq même par rapport aux Djinns : ces derniers ne peuvent pas les connaître : ils ne connaissent ainsi pas les choses du futur.

--- "کانت الجن تعلم ما لا يعلمه الإنسان، فظن أن ذلك القدر علم الغيب. وليس كذلك؛ بل الإنسان لم يؤت من العلم إلا قليلا، فهو أكثر الأشياء الحاضرة لا يعلمه؛ والجن لم تعلم إلا الأشياء الظاهرة وإن كانت خفية بالنسبة إلى الإنسان. وتبين لهم الأمر بأنهم لا يعلمون الغيب إذ لو كانوا يعلمونه لما بقوا في الأعمال الشاقة ظانين أن سليمان حي. وقوله: {ما لبثوا في العذاب المهين} دليل على أن المؤمنين من الجن لم يكونوا في التسخير، لأن المؤمن لا يكون في زمان النبي في العذاب المهين" (Tafsîr ur-Râzî).
--- "واختلفوا في سبب سؤاله لذلك على قولين: أحدهما ما قاله قتادة وغيره، قال: كانت الجن تدعي علم الغيب، فلما مات سليمان عليه السلام وخفي موته عليهم، تبينت الجن" (Tafsîr ul-Qurtubî).
--- "قال المفسرون: كانت الإنس تقول: "إن الجن تعلم الغيب الذي يكون في غد"، فوقف سليمان في محرابه يصلي متوكئا على عصاه، فمات، فمكث كذلك حولا والجن تعمل تلك الأعمال الشاقة ولا تعلم بموته حتى أكلت الأرض عصا سليمان، فخر، فعلموا بموته؛ وعلم الإنس أن الجن لا تعلم الغيب. وقيل: إن سليمان سأل الله تعالى أن يعمي على الجن موته، فأخفاه الله عنهم حولا. وفي سبب سؤاله قولان: أحدهما: لأن الجن كانوا يقولون للانس: إننا نعلم الغيب، فأراد تكذيبهم. والثاني: لأنه كان قد بقي من عمارة بيت المقدس بقية" (Zâd ul-massîr).
--- "فلم يزل الشياطين يعملون لسليمان - عليه الصلاة والسلام - كل بناء، وكانوا قد موهوا على الإنس، وأخبروهم أنهم يعلمون الغيب، ويطلعون على المكنونات، فأراد الله تعالى أن يُرِيَ العباد كذبهم في هذه الدعوى، فمكثوا يعملون على عملهم، وقضى الله الموت على سليمان عليه السلام، واتَّكأ على عصاه، وهي المنسأة، فصاروا إذا مروا به وهو متكئ عليها، ظنوه حيا، وهابوه. فغدوا على عملهم كذلك سنة كاملة - على ما قيل -، حتى سلطت دابة الأرض على عصاه، فلم تزل ترعاها، حتى باد وسقط فسقط سليمان عليه السلام وتفرقت الشياطين وتبينت الإنس أن الجن {لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ الْغَيْبَ مَا لَبِثُوا فِي الْعَذَابِ الْمُهِينِ} وهو العمل الشاق عليهم، فلو علموا الغيب، لعلموا موت سليمان، الذي هم أحرص شيء عليه، ليسلموا مما هم فيه" (Tafsîr us-Sa'dî).
"لا شك أن ذلك لم يطل وقته، لأن مثله في عظمة ملكه لا بد أن يفتقده أتباعه" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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