Les termes "Walî" / "Wilâya" / "Walâ'" / "Tawallî" / "Muwâlât" et leurs différentes utilisations dans le Coran

Dans une dimension absolue (ci-après : B.A), le terme "Wilâya" désigne une réalité qui n'appartient qu'à Dieu et qui ne doit donc être entretenue que vis-à-vis de Dieu. Entretenir cette réalité vis-à-vis d'un autre que Dieu constitue de l'associationnisme (shirk akbar).

Dans une dimension relative (ci-après : B.B), le terme "Wilâya" indique une réalité moindre, qui, elle, peut exister vis-à-vis d'une créature.

La preuve qu'il existe ainsi deux dimensions totalement différentes à la réalité que ce terme désigne se trouve dans l'existence des deux versets suivants, dont le 1er montre qu'on ne peut pas prendre un Walî en dehors de Dieu, alors que le 2nd montre qu'on peut le faire :

"قُلْ أَغَيْرَ اللّهِ أَتَّخِذُ وَلِيًّا فَاطِرِ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ وَهُوَ يُطْعِمُ وَلاَ يُطْعَمُ قُلْ إِنِّيَ أُمِرْتُ أَنْ أَكُونَ أَوَّلَ مَنْ أَسْلَمَ وَلاَ تَكُونَنَّ مِنَ الْمُشْرِكَينَ" : "Dis : "Autre que Dieu prendrais-je comme Walî, (Lui) le Créateur des cieux et de la terre, alors qu'Il nourrit et n'est pas nourri ?" (Coran 6/14).

"وَأُوْلُو الْأَرْحَامِ بَعْضُهُمْ أَوْلَى بِبَعْضٍ فِي كِتَابِ اللَّهِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُهَاجِرِينَ إِلَّا أَن تَفْعَلُوا إِلَى أَوْلِيَائِكُم مَّعْرُوفًا كَانَ ذَلِكَ فِي الْكِتَابِ مَسْطُورًا" : "Et les détenteurs de lien de consanguinité ont, d'après le Décret de Dieu, priorité entre eux [dans le droit de succession] sur les (autres) croyants et émigrants. Sauf si vous faites un bien [= un testament] en faveur de vos Awliyâ'..." (Coran 33/6).

En fait le 1er de ces deux versets renvoie au sens absolu de Wilâya (B.A), qui ne doit exister que vis-à-vis de Dieu.

Tandis que le 2nd verset renvoie à son sens relatif (B.B), que entretenir vis-à-vis d'un autre que Dieu ne constitue pas du shirk akbar.
Cependant, même avec ce sens relatif (B.B), le terme revêt encore plusieurs sens. Nous en distinguerons deux (et si cette réalité ne constitue pas du shirk akbar, parfois l'entretenir vis-à-vis de certaines créatures est malgré tout interdit ; cela peut même parfois constituer du kufr akbar, comme nous le verrons).

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A) Le sens littéral du terme Wilâya (ma'nâ-hu al-lughawî) :

"وَإِذْ قَالُواْ اللَّهُمَّ إِن كَانَ هَذَا هُوَ الْحَقَّ مِنْ عِندِكَ فَأَمْطِرْ عَلَيْنَا حِجَارَةً مِّنَ السَّمَاء أَوِ ائْتِنَا بِعَذَابٍ أَلِيمٍ وَمَا كَانَ اللّهُ لِيُعَذِّبَهُمْ وَأَنتَ فِيهِمْ وَمَا كَانَ اللّهُ مُعَذِّبَهُمْ وَهُمْ يَسْتَغْفِرُونَ وَمَا لَهُمْ أَلاَّ يُعَذِّبَهُمُ اللّهُ وَهُمْ يَصُدُّونَ عَنِ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ وَمَا كَانُواْ أَوْلِيَاءهُ إِنْ أَوْلِيَآؤُهُ إِلاَّ الْمُتَّقُونَ وَلَكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لاَ يَعْلَمُونَ" : "Et lorsqu'ils [= les Polythéistes mecquois] dirent : "O Dieu, si cela est la vérité venant de Toi, fais pleuvoir sur nous des pierres du ciel ou fais venir un châtiment douloureux !" (Or) Dieu n'est pas à les châtier [d'un châtiment terrestre de destruction complète] alors que tu te trouves parmi eux. Et Dieu n'est pas à les châtier [d'un châtiment terrestre de destruction complète] alors qu'ils (Lui) demandent pardon. (Pourtant) qu'auraient-ils à ce que Dieu ne les châtie pas, alors qu'ils empêchent [les croyants de se rendre] à la Mosquée Sacrée, alors qu'ils ne sont pas ceux qui (méritent d')être les Awliyâ' de [cette Mosquée]. Ceux qui (méritent d')être ses Awliyâ' sont les pieux. Mais la plupart d'entre eux ne savent pas" (Coran 8/32-34).

Ici le terme "Walî" (plur. awliyâ') est à appréhender dans son sens de base, littéral : Mutawalli-l-amr : celui qui s'occupe de, celui qui gère quelque chose, en étant proche de cette chose… Il s'agit en l'occurrence de s'occuper de la Kaaba.

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B) Le sens que le terme Wilâya a généralement dans son utilisation islamique (ma'nâ-hu ash-shar'î) :

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B.A) Dans son sens absolu (wilâya mutlaqa), prendre un être comme Walî revient à diviniser celui-ci :

Dieu Seul doit donc être pris comme Walî et Mawlâ !

"قُلْ أَغَيْرَ اللّهِ أَتَّخِذُ وَلِيًّا فَاطِرِ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ وَهُوَ يُطْعِمُ وَلاَ يُطْعَمُ" : "Dis : "Autre que Dieu prendrais-je comme Walî, (Lui) le Créateur des cieux et de la terre, alors qu'Il nourrit et n'est pas nourri ?" (Coran 6/14).

"أَلَا لِلَّهِ الدِّينُ الْخَالِصُ وَالَّذِينَ اتَّخَذُوا مِن دُونِهِ أَوْلِيَاء مَا نَعْبُدُهُمْ إِلَّا لِيُقَرِّبُونَا إِلَى اللَّهِ زُلْفَى إِنَّ اللَّهَ يَحْكُمُ بَيْنَهُمْ فِي مَا هُمْ فِيهِ يَخْتَلِفُونَ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي مَنْ هُوَ كَاذِبٌ كَفَّارٌ" : "Ecoutez : A Dieu (revient) le culte sincère. Et ceux qui ont pris des Awliyâ' en dehors de Lui (disent) : "Nous ne leur rendons de culte que pour qu'ils nous rapprochent de Dieu"" (Coran 39/3).

"ثُمَّ رُدُّواْ إِلَى اللّهِ مَوْلاَهُمُ الْحَقِّ" : "Ensuite ils seront ramenés à leur vrai Mawlâ" (6/62). Dieu est le Walî de tout être, que celui-ci reconnaisse cette Wilâya de Dieu ou qu'il la renie.

Le fait d'adresser des invocations (du'â) à Jésus, à Marie et à d'autres personnages semblables est inclus dans le fait de "prendre ces personnages comme Walî en dehors de Dieu", au sens absolu que Walî possède. Et prendre comme Walî – au sens absolu du terme – tout personnage autre que Dieu, c'est faire du shirk avec Dieu, ce personnage fût-il aimé de Dieu.

La réalité que ce terme désigne dans son sens absolu ne peut donc être entretenue que vis-à-vis de Dieu, et non pas vis-à-vis d'une créature, quelle qu'elle soit.

Ensuite, cette Wilâya qui doit être réservée à Dieu et accordée à nul autre que Lui, cette Wilâya est de 2 intensités. En effet, quand on dit que Dieu est le Walî (ou Mawlâ, qui signifie ici la même chose) de telle créature, cela a 2 intensités :

--- B.A.A) une intensité générale ('âmma), qui s'applique à toutes les créatures :

"ثُمَّ رُدُّواْ إِلَى اللّهِ مَوْلاَهُمُ الْحَقِّ" : "Ensuite ils seront ramenés à leur vrai Mawlâ" (Coran 6/62). Ce terme signifie que Dieu gère ; et en effet, c'est Dieu qui gère toute chose, chez toute créature, que celle-ci le reconnaisse ou pas. Avec cette intensité générale, le terme s'applique aux Croyants comme aux Incroyants ;

--- B.A.B) une intensité particulière (khâssa), qui ne concerne que les croyants :

"ذَلِكَ بِأَنَّ اللَّهَ مَوْلَى الَّذِينَ آمَنُوا وَأَنَّ الْكَافِرِينَ لَا مَوْلَى لَهُمْ" : "Cela parce que Dieu est le Mawlâ de ceux qui ont foi, et que les incroyants, il n'y a pas de Mawlâ pour eux" (Coran 47/11). Ceux qui ont pris comme Walî (dans ce sens absolu) autre que Dieu, de ceux-là Dieu n'est pas le Walî / Mawlâ. Ici le terme signifie que Dieu s'occupe de quelque chose ou de quelqu'un avec Sa Grâce, Son Attention et Sa Faveur : et cela est propre aux Croyants, car Il ne s'occupe pas de la sorte de ceux qui sont Incroyants (cf. Al-Qawl ul-mufîd 'alâ kitâb it-tawhîd, pp. 928-930, pp. 639-640).

Ce terme Walî, lorsqu'il revêt l'intensité particulière B.A.B, est ensuite employé de 2 façons :
c'est Dieu qui est dit : "le Walî de telle créature" : "Dieu est le Walî de ceux qui ont la foi" (Coran 2/257) ;
c'est telle créature qui est dite : "Walî de Dieu" : "Ecoutez, les Awliyâ' de Dieu, pas de crainte ne sera sur eux, ni ils ne seront attristés" (Coran yûnus/62) ;
Dans le premier cas, "Walî" signifie : "Muwâlî" : le premier de ces deux versets signifie donc que Dieu est le Muwâlî de ceux qui ont la foi, c'est-à-dire qu'Il s'occupe d'eux de façon particulière.
Dans le second, "Walî" signifie : "Muwâlâ" : le second verset évoque donc ceux qui sont Muwâlâ de Dieu : ils sont ceux qui bénéficient de l'Attention particulière de Dieu.

Al-Asfahânî écrit ainsi que "Walî" et "Mawlâ" sont employés pour désigner :
"celui qui prend en main l'affaire de quelqu'un,
– et celui dont quelqu'un prend en main l'affaire].
Chacun de ces deux (termes) est employé pour désigner :
– le participe actif (al-fâ'ïl), c'est-à-dire : "Muwâlî" [= celui qui prend en main l'affaire],
– et le participe passif (al-maf'ûl), c'est-à-dire : Muwâlâ [= celui dont l'affaire est prise en main]"
(Muf'radât ur-Râghib).

Par ailleurs encore, ceux qui ont pris comme Walî autre que Dieu, ceux-là, Dieu n'est leur Walî (= Muwâlî), au sens où Il ne leur accorde pas Son Attention particulière (B.A.B). C'est alors le Diable qui devient leur Walî / Mawlâ et qui tourne donc son attention vers eux (sans, bien entendu, que l'attention que le Diable leur accorde puisse être du même niveau que celle (B.A.B) dont bénéficient les Croyants de la part de Dieu) : "Et quiconque prend le Diable comme Walî au lieu de Dieu, celui-là sera perdu d'une perdition évidente" (Coran 4/119-120). "Nous avons rendu les diables : Awliya' de seulement ceux qui ne croient pas" (Coran 7/27). Le fait est que quand des hommes invoquent un être autre que Dieu, c'est un djinn satanique qui "reçoit" ces invocations.

Et, de leur côté, ces gens là ne sont pas Awliyâ' de Dieu, c'est-à-dire Proches (= Muwâlâ) de Dieu (B.A.B), mais Awliyâ' du Diable : "Ce n'est là que le Diable qui [vous] fait craindre (ceux qui sont) ses Awliyâ'" (Coran 3/175). Le Diable s'occupe de ces gens dans la mesure où ils sont proches de lui : c'est ce qui fait qu'un verset dit que Iblîs n'a pas de sultân (pouvoir d'influence) sur "ceux qui ont apporté foi et s'en remettent à Dieu", et "son sultân n'est que sur ceux qui le prennent comme Walî et sont associateurs (de) lui (à Dieu)" (Coran 16/99-100). Iblîs a-t-il ou non le pouvoir d'influencer les humains par ses suggestions ?

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B.B) Dans son sens relatif (wilâya muqayyada mudhâfa) :

--- B.B.A) Un lien que, lorsqu'il est d'un niveau élevé (2 ou 3), le musulman doit avoir seulement vis-à-vis du musulman :

"يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَتَّخِذُواْ الْيَهُودَ وَالنَّصَارَى أَوْلِيَاء بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاء بَعْضٍ وَمَن يَتَوَلَّهُم مِّنكُمْ فَإِنَّهُ مِنْهُمْ إِنَّ اللّهَ لاَ يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ فَتَرَى الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِم مَّرَضٌ يُسَارِعُونَ فِيهِمْ يَقُولُونَ نَخْشَى أَن تُصِيبَنَا دَآئِرَةٌ فَعَسَى اللّهُ أَن يَأْتِيَ بِالْفَتْحِ أَوْ أَمْرٍ مِّنْ عِندِهِ فَيُصْبِحُواْ عَلَى مَا أَسَرُّواْ فِي أَنْفُسِهِمْ نَادِمِينَ وَيَقُولُ الَّذِينَ آمَنُواْ أَهَؤُلاء الَّذِينَ أَقْسَمُواْ بِاللّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ إِنَّهُمْ لَمَعَكُمْ حَبِطَتْ أَعْمَالُهُمْ فَأَصْبَحُواْ خَاسِرِينَ يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ مَن يَرْتَدَّ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَسَوْفَ يَأْتِي اللّهُ بِقَوْمٍ يُحِبُّهُمْ وَيُحِبُّونَهُ أَذِلَّةٍ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ أَعِزَّةٍ عَلَى الْكَافِرِينَ يُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللّهِ وَلاَ يَخَافُونَ لَوْمَةَ لآئِمٍ ذَلِكَ فَضْلُ اللّهِ يُؤْتِيهِ مَن يَشَاء وَاللّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ إِنَّمَا وَلِيُّكُمُ اللّهُ وَرَسُولُهُ وَالَّذِينَ آمَنُواْ الَّذِينَ يُقِيمُونَ الصَّلاَةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَهُمْ رَاكِعُونَ وَمَن يَتَوَلَّ اللّهَ وَرَسُولَهُ وَالَّذِينَ آمَنُواْ فَإِنَّ حِزْبَ اللّهِ هُمُ الْغَالِبُونَ" :
"O les Croyants, ne prenez pas comme Awliyâ' les juifs et les chrétiens : ils sont Awliyâ' les uns des autres. Et celui d'entre vous qui les prend comme Awliyâ', celui-là est un des leurs. Dieu ne guide pas les gens injustes.
Tu verras d'ailleurs ceux dans les cœurs de qui se trouve une maladie [spirituelle] se précipiter vers eux, disant : "Nous craignons qu'un revers de fortune ne nous atteigne." Mais peut-être que Dieu fera venir la victoire ou un ordre émanant de Lui, alors ceux-là se mettront à regretter ce qu'ils avaient dissimulé en eux-mêmes. Et les croyants diront (alors) : "Est-ce là ceux qui juraient par Dieu de toute leur force qu'ils étaient avec vous ?" Leurs actions sont devenues vaines, et ils sont donc devenus perdants. O les Croyants, quiconque parmi vous apostasie de sa religion : Dieu fera venir un peuple qu'Il aime et qui L'aime, humble envers les croyants et puissant envers les mécréants, qui lutte dans le sentier de Dieu, ne craignant le blâme d'aucun blâmeur. Telle est la grâce de Dieu. Il la donne à qui Il veut. Dieu est Immense et Omniscient.
Votre Walî [= vos Awliyâ'] n'est que Dieu, Son messager, et les Croyants qui accomplissent la prière, s'acquittent de la zakat, et s'inclinent (devant Dieu). Et quiconque prend pour Awliyâ' Dieu, Son messager et les croyants, alors (celui-là fait partie du groupe de Dieu, et) c'est le groupe de Dieu qui sera victorieux"
(Coran 5/51-56).

On distingue clairement ici la mise en opposition de "prendre comme Awliyâ' des juifs ou des chrétiens" (verset 51), et "prendre comme Awliyâ' Dieu, Son Messager et les musulmans", à la fin du passage (versets 55-56).

On s'aperçoit aussi que cette prise de Awliyâ' qu'il est interdit de faire vis-à-vis de non-musulmans, cela constitue de l'apostasie : au verset 51, cela est ainsi formulé : "Et celui d'entre vous qui les prend comme Awliyâ', celui-là est un des leurs" ; de même, au milieu du passage, au verset 54, Dieu parle de "celui qui apostasie de sa religion".

Cependant, de quoi s'agit-il ?

Ibn Jarîr at-Tabarî a traduit ici "Awliyâ'" par : "nussarâ'" ("auxiliaires") / "hulafâ'" ("alliés").

Quels sont les différents niveaux de cette Wilâya avec des non-musulmans, et quels sont les niveaux 2 et 3 (qui sont interdits avec des non-musulmans) et qui peuvent aller jusqu'au kufr akbar ?
Nous avons traité de cela de façon détaillée dans les deux articles suivants :
--- La Tawallî entre humains - "O les croyants, ne prenez pas pour awliyâ' les juifs et les chrétiens" (Coran 5/51) : que signifie l'interdiction de prendre des non-musulmans comme Awliyâ' ? (Commentaire de Coran 3/28 ; 4/144 ; 5/51 ; 58/22 ; 60/1) ;
--- Qu'est-ce que la Taqiyya ? "Les croyants ne doivent pas prendre pour awliyâ' des incroyants, délaissant les croyants. Car celui qui fait ainsi n'est en rien de Dieu. Sauf si vous Tattaqû de leur part une Taqiyya" (Coran 3/28).

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--- B.B.B) Selon un sens tout à fait différent de ce terme, la Wilâya est un lien qui existe, même entre musulmans, vis-à-vis de certains seulement, et pas d'autres :

----- B.B.B.A) Voici deux versets où Wilâya a le sens de "lien d'héritage" :

"إِنَّ الَّذِينَ آمَنُواْ وَهَاجَرُواْ وَجَاهَدُواْ بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنفُسِهِمْ فِي سَبِيلِ اللّهِ وَالَّذِينَ آوَواْ وَّنَصَرُواْ أُوْلَئِكَ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاء بَعْضٍ وَالَّذِينَ آمَنُواْ وَلَمْ يُهَاجِرُواْ مَا لَكُم مِّن وَلاَيَتِهِم مِّن شَيْءٍ حَتَّى يُهَاجِرُواْ وَإِنِ اسْتَنصَرُوكُمْ فِي الدِّينِ فَعَلَيْكُمُ النَّصْرُ إِلاَّ عَلَى قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ وَاللّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ" : "Ceux qui ont apporté foi, ont émigré et fait des efforts par leurs biens et leurs personnes dans le Chemin de Dieu, ainsi qui ceux qui ont donné refuge et apporté aide, ceux-là sont Awliyâ' les uns des autres. Et (quant à) ceux qui ont apporté foi et n'ont pas émigré, vous n'avez rien de leur Wilâya jusqu'à ce qu'ils émigrent ; (mais) s'ils vous demandent de l'aide au nom de la religion, alors vous devez les aider, sauf contre un peuple auquel vous êtes liés par un pacte. Et Dieu est Voyant de ce que vous faites" (Coran 8/72). Ce verset exprime que, après l'émigration du Prophète à Médine et jusqu'à la conquête de la Mecque, la succession ne pouvait se faire qu'entre personnes ayant émigré à Médine.
Ce qui nous intéresse ici c'est que ce verset dit que les musulmans émigrés ne pouvaient pas avoir de Wilâya avec les musulmans n'ayant pas émigré à Médine : il ne s'agit pas ici du lien de Wilâya au sens B.B.A (voir plus haut), mais de lien particulier, ici l'héritage (comme l'a dit Ibn Abbâs : cf. Bayân ul-Qur'ân).

"وَلِكُلٍّ جَعَلْنَا مَوَالِيَ مِمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالأَقْرَبُونَ. وَالَّذِينَ عَقَدَتْ أَيْمَانُكُمْ فَآتُوهُمْ نَصِيبَهُمْ. إِنَّ اللّهَ كَانَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ شَهِيدًا" : "Et pour tout (bien matériel) de ce que les deux parents et les proches laissent, Nous avons assigné des Mawlâ. Et ceux avec qui vous avez noué vos serments, donnez-leur leur part. Dieu est Témoin de toute chose" (Coran 4/33 ; traduction d'après l'un des commentaires existant).
Dans ce verset, le terme "Mawlâ" signifie de nouveau : "héritiers" (commentaire de Ibn Abbas rapporté par al-Bukhârî, kitâb ut-tafsîr).

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----- B.B.B.B) Un verset où Wilâya désigne "le pacte d'entraide" :

"وَأُوْلُو الْأَرْحَامِ بَعْضُهُمْ أَوْلَى بِبَعْضٍ فِي كِتَابِ اللَّهِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُهَاجِرِينَ؛ إِلَّا أَن تَفْعَلُوا إِلَى أَوْلِيَائِكُم مَّعْرُوفًا كَانَ ذَلِكَ فِي الْكِتَابِ مَسْطُورًا" : "Et les détenteurs de lien de consanguinité ont, d'après le Décret de Dieu, priorité entre eux [dans le droit de succession] sur les (autres) croyants et émigrants. Sauf si vous faites un bien [= un testament] en faveur de vos Awliyâ'..." (Coran 33/6).
C'est avec la conquête de la Mecque que ce verset fut révélé. Ce verset signifie que celui qui avait été établi après l'Emigration comme "le frère", celui-là ne fait maintenant plus du tout partie des héritiers. Sauf qu'il est toujours possible de faire un testament [lequel ne doit pas dépasser 1/3 de ce qu'on laisse] à ces Awliyâ' (c'est ainsi que Ibn Abbâs a expliqué ce verset : rapporté par at-Tabarî : Fat'h ul-bârî 8/314).
Ce qui nous intéresse ici est qu'ils sont appelés "Awliyâ'", avec un autre sens de Wilâya : le pacte d'entraide.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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