Quand des hommes invoquent un être autre que Dieu, c'est un esprit (en arabe : "djinn") qui "reçoit" ces invocations et qui, parfois, les exauce

Question :

"Cher frère, pourquoi dans le Coran est-il dit que ceux que certains hommes invoquent en dehors de Dieu n'entendent même pas l'invocation (Coran 35/14), alors qu'on sait que des fétichistes concluent des pactes avec des djinns, qui les exaucent ?
Et puis pourquoi est-il dit dans le Coran que des hommes adorent les djinns ("Ils adoraient les djinns" : Coran 34/40-41), alors que le Coran dit aussi que les djinns même diront : "Ce ne sont pas nous qu'ils adoraient" (Coran 28/63) ?"

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Réponse :

Votre question est très pertinente...

Voici en fait plusieurs passages du Coran en rapport avec le sujet...

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A) Certains passages dont la littéralité semble montrer que ceux que des hommes invoquent en dehors de Dieu ce ne sont que des noms, ils n'ont aucune réalité :

--- "أَفَرَأَيْتُمُ اللَّاتَ وَالْعُزَّى وَمَنَاةَ الثَّالِثَةَ الْأُخْرَى أَلَكُمُ الذَّكَرُ وَلَهُ الْأُنثَى تِلْكَ إِذًا قِسْمَةٌ ضِيزَى إِنْ هِيَ إِلَّا أَسْمَاء سَمَّيْتُمُوهَا أَنتُمْ وَآبَاؤُكُم مَّا أَنزَلَ اللَّهُ بِهَا مِن سُلْطَانٍ إِن يَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَمَا تَهْوَى الْأَنفُسُ" : "Avez-vous vu al-Lât, al-'Uzzâ et Manât, la troisième, l'autre ? A vous les garçons, à Lui les filles ? Que voilà donc un partage injuste ! Ce ne sont que des noms que vous avez inventés, vous et vos ancêtres ! Dieu n'a pas fait descendre de preuve à leur sujet. Ils ne suivent que la conjecture et ce que les âmes désirent" (Coran 53/19-23).

--- Le prophète Joseph fils de Jacob (sur eux soit la paix) dit aux deux hommes qui avaient été emprisonnés en même temps que lui : "مَا تَعْبُدُونَ مِن دُونِهِ إِلاَّ أَسْمَاء سَمَّيْتُمُوهَا أَنتُمْ وَآبَآؤُكُم مَّا أَنزَلَ اللّهُ بِهَا مِن سُلْطَانٍ. إِنِ الْحُكْمُ إِلاَّ لِلّهِ. أَمَرَ أَلاَّ تَعْبُدُواْ إِلاَّ إِيَّاهُ" : "Vous n'adorez, en dehors de Lui, que des noms que vous avez nommés, vous et vos ancêtres, à propos desquels Dieu n'a fait descendre aucune preuve" (Coran 12/39-40).

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B) D'autres passages semblent montrer que ceux que des hommes invoquent en dehors de Dieu ne sont en fait que de la pierre ou du bois :

--- "إِنَّ الَّذِينَ تَدْعُونَ مِن دُونِ اللّهِ عِبَادٌ أَمْثَالُكُمْ فَادْعُوهُمْ فَلْيَسْتَجِيبُواْ لَكُمْ إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ أَلَهُمْ أَرْجُلٌ يَمْشُونَ بِهَا أَمْ لَهُمْ أَيْدٍ يَبْطِشُونَ بِهَا أَمْ لَهُمْ أَعْيُنٌ يُبْصِرُونَ بِهَا أَمْ لَهُمْ آذَانٌ يَسْمَعُونَ بِهَا" : "Ceux que vous adorez en dehors de Dieu sont des serviteurs comme vous. Invoquez-les donc, qu'ils vous répondent si vous êtes véridiques. Ont-il des jambes par lesquelles ils marchent ? ou ont-il des mains par lesquelles ils attrapent ? ou bien ont-il des yeux par lesquels ils regardent ? ou bien ont-il des oreilles par lesquelles ils entendent ?" (Coran 7/194-195).

--- Abraham à son peuple : "قَالَ أَتَعْبُدُونَ مَا تَنْحِتُونَ وَاللَّهُ خَلَقَكُمْ وَمَا تَعْمَلُونَ" : "Il dit : "Adorez-vous ce que vous sculptez ? Alors que Dieu vous a créés ainsi que ce que vous faites"" (Coran 37/95-96).
Que désigne l'idée développée ici par Abraham : ""Ce que vous faites" est lui aussi créé par Dieu" ? La réponse est qu'il parlait du produit fini, du résultat concret de l'action de ces hommes sur la matière première, c'est-à-dire des statues elles-mêmes
(c'est l'avis de Ibn Taymiyya et Ibn ul-Qayyim). Ce prophète voulait donc dire à son peuple, qui était idolâtre : "Ces statues que vous vénérez et auxquelles vous rendez le culte en dehors de Dieu, ce ne sont que des créatures de Dieu. Pourquoi les adorez-vous, alors que vous comme elles sont des créatures du même Être. Vous devriez adorer le Créateur Seul."
Cela revient à ce qu'il leur disait dans la première phrase : "Adorez-vous ce que vous sculptez ?"

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C) Pourtant, d'autres passages existent qui montrent que ceux que des hommes invoquent en dehors de Dieu sont des êtres vivants (et pas seulement des noms, ni seulement de la pierre ou du bois) :

--- : "وَالَّذِينَ تَدْعُونَ مِن دُونِهِ مَا يَمْلِكُونَ مِن قِطْمِيرٍ إِن تَدْعُوهُمْ لَا يَسْمَعُوا دُعَاءكُمْ وَلَوْ سَمِعُوا مَا اسْتَجَابُوا لَكُمْ وَيَوْمَ الْقِيَامَةِ يَكْفُرُونَ بِشِرْكِكُمْ" : "Ceux que vous invoquez en dehors de Lui ne possèdent (même) pas une pellicule de noyau de datte. Si vous les invoquez, ils n'entendent pas votre invocation. Et s'ils l'entendaient, ils ne vous exauceraient pas. Et le jour de la résurrection ils renieront le fait que vous (les ayez) associés (à Dieu)" (Coran 35/13-14 : Fâtir).

--- "وَيَوْمَ نَحْشُرُهُمْ جَمِيعًا ثُمَّ نَقُولُ لِلَّذِينَ أَشْرَكُواْ مَكَانَكُمْ أَنتُمْ وَشُرَكَآؤُكُمْ فَزَيَّلْنَا بَيْنَهُمْ وَقَالَ شُرَكَآؤُهُم مَّا كُنتُمْ إِيَّانَا تَعْبُدُونَ  فَكَفَى بِاللّهِ شَهِيدًا بَيْنَنَا وَبَيْنَكُمْ إِن كُنَّا عَنْ عِبَادَتِكُمْ لَغَافِلِينَ" : "Et le Jour où Nous les rassemblerons tous, puis Nous dirons à ceux qui auront associé : "Restez à votre place, vous et ceux que vous (M')associez !" Nous les séparerons les uns des autres, et ceux qu'ils auront associés diront : "Ce ne sont pas nous que vous adoriez ! Dieu suffit comme témoin entre nous et vous : nous étions inconscients de votre adoration" (Coran 10/28-29 : Yûnus).

Certes, la pierre et le bois sont eux aussi dotés d'un certain type de vie et de conscience, mais cela est autre que le type de vie dont nous parlons ici.
De même, l'objet fait en pierre et en bois ayant été travaillé sont dotés d'un certain type de vie, mais cela est autre que celui qui nous intéresse ici.

Par ailleurs, on sait par expérience et observation que la plupart des Polythéistes qui rendent un culte à celui qu'ils représentent par une statue en pierre ou en bois ont l'intention, en se prosternant devant cette statue, de rendre le culte non pas à la pierre ou au bois qu'ils ont devant eux, mais bien à l'esprit que cette matière inerte représente. Ainsi en est-il des statues représentant Shiva.
Shâh Waliyyullâh écrit : "والمشركون وافقوا المسلمين في تدبير الأمور العظام، وفيما أبرم وجزم، ولم يترك لغيره خيرة، ولم يوافقوهم في سائر الأمور، ذهبوا إلى أن الصالحين من قبلهم عبدوا الله وتقربوا إليه فأعطاهم الله الألوهية، فاستحقوا العبادة من سائر خلق الله، كما أن ملك الملوك يخدمه عبده، فيحسن خدمته، فيعطيه خلعة الملك، ويفوض إليه تدبير بلد من بلاده، فيستحق السمع والطاعة من أهل ذلك البلد، وقالوا: لا تقبل عبادة الله إلا مضمومة بعبادتهم بل الحق في غاية التعالي، فلا تفيد عبادته تقربا منه، بل لا بد من عبادة هؤلاء ليقربوا إلى الله زلفى. وقالوا: "هؤلاء يسمعون، ويبصرون، ويشفعون لعبادهم، ويدبرون أمورهم، وينصرونهمفنحتوا على أسمائهم أحجارا، وجعلوها قبلة عند توجههم إلى هؤلاء" (Hujjat ullâh, 1/177-178).
Shâh Waliyyullâh a également écrit cela dans Al-Fawz ul-kabîr (pp. 24-25).

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Comment comprendre alors les passages cités en A ?

Ces passages ne signifient pas que ceux qui adorent d'autres que Dieu ne font qu'invoquer des noms vides de toute réalité d'existence et ne rendent donc de culte à aucune créature.

Ils signifient qu'ils invoquent des êtres dotés seulement en nom, et pas en réalité, du caractère divin. Et cela uniquement dans la mesure où eux et leurs pères les ont divinisés. Sinon, ils n'ont rien de divin (laha-s'm ul-ilâhiyya, lâ haqîqatuhâ ; bi khilâf illâh Ta'âlâ, fa lahu-s'm ul-ilâhiyya wa haqîqatuhâ) (d'après MF 6/194).

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Et comment comprendre les passages cités en B ?

En fait ces passages évoquent certains Polythéistes seulement.
En effet, car parmi les Polythéistes :
--- La plupart disent qu'ils ne rendent le culte qu'à des esprits, et que les statues les représentant ne sont qu'une direction (qibla) pour se tourner vers ces esprits. Cependant, ils croient aussi qu'il est grave de manquer de respect à ces statues, façonnées à l'image de ceux qu'elles représentent : casser une statue par mépris, c'est exprimer du mépris pour l'esprit qu'elle représente.
--- Cependant, certains parmi eux sont allés jusqu'à croire, écrit Shâh Waliyyullâh, que le culte est rendu à la statue elle-même.

Shâh Waliyyullâh écrit :
"والمشركون وافقوا المسلمين في تدبير الأمور العظام، وفيما أبرم وجزم، ولم يترك لغيره خيرة، ولم يوافقوهم في سائر الأمور، ذهبوا إلى أن الصالحين من قبلهم عبدوا الله وتقربوا إليه فأعطاهم الله الألوهية، فاستحقوا العبادة من سائر خلق الله، كما أن ملك الملوك يخدمه عبده، فيحسن خدمته، فيعطيه خلعة الملك، ويفوض إليه تدبير بلد من بلاده، فيستحق السمع والطاعة من أهل ذلك البلد، وقالوا: لا تقبل عبادة الله إلا مضمومة بعبادتهم بل الحق في غاية التعالي، فلا تفيد عبادته تقربا منه، بل لا بد من عبادة هؤلاء ليقربوا إلى الله زلفى. وقالوا: "هؤلاء يسمعون، ويبصرون، ويشفعون لعبادهم، ويدبرون أمورهم، وينصرونهمفنحتوا على أسمائهم أحجارا، وجعلوها قبلة عند توجههم إلى هؤلاء.
فخلف من بعدهم: خلف، فلم يفطنوا للفرق بين الأصنام وبين من هي على صورته، فظنوها معبودات بأعيانها.
ولذلك رد الله تعالى عليهم تارة بالتنبيه على أن الحكم والملك له خاصة، وتارة ببيان أنها جمادات: {ألهم أرجل يمشون بها أم لهم أيد يبطشون بها أم لهم أعين يبصرون بها أم لهم آذان يسمعون بها}" (Hujjat ullâh, 1/177-178).

Shâh Waliyyullâh a également écrit cela dans Al-Fawz ul-kabîr (pp. 24-25).

Dans cet autre ouvrage aussi il dit que certaines argumentations du Coran contre l'idolâtrie s'adressent à cette seconde catégorie (Ibid., p. 27). Les passages coraniques de type B argumentent, ainsi, face à la seconde catégorie de Polythéistes seulement.

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Preuve a été faite que ceux que des hommes invoquent en dehors de Dieu sont bel et bien des êtres vivants !

Maintenant une autre question se pose : Ces êtres entendent-ils les invocations que des hommes leur adressent, ou ne les entendent-ils même pas ?

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C.A) Certains passages semblent montrer que ces êtres n'entendent même pas les invocations qui leur sont adressées :

--- : "وَالَّذِينَ تَدْعُونَ مِن دُونِهِ مَا يَمْلِكُونَ مِن قِطْمِيرٍ إِن تَدْعُوهُمْ لَا يَسْمَعُوا دُعَاءكُمْ وَلَوْ سَمِعُوا مَا اسْتَجَابُوا لَكُمْ وَيَوْمَ الْقِيَامَةِ يَكْفُرُونَ بِشِرْكِكُمْ" : "Ceux que vous invoquez en dehors de Lui ne possèdent (même) pas une pellicule de noyau de datte. Si vous les invoquez, ils n'entendent pas votre invocation. Et s'ils l'entendaient, ils ne vous répondraient pas. Et le jour de la résurrection ils renieront le fait que vous (les ayez) associés (à Dieu)" (Coran 35/13-14 : Fâtir).

--- "وَيَوْمَ نَحْشُرُهُمْ جَمِيعًا ثُمَّ نَقُولُ لِلَّذِينَ أَشْرَكُواْ مَكَانَكُمْ أَنتُمْ وَشُرَكَآؤُكُمْ فَزَيَّلْنَا بَيْنَهُمْ وَقَالَ شُرَكَآؤُهُم مَّا كُنتُمْ إِيَّانَا تَعْبُدُونَ فَكَفَى بِاللّهِ شَهِيدًا بَيْنَنَا وَبَيْنَكُمْ إِن كُنَّا عَنْ عِبَادَتِكُمْ لَغَافِلِينَ" : "Et le Jour où Nous les rassemblerons tous, puis Nous dirons à ceux qui auront associé : "Restez à votre place, vous et ceux que vous (M')associez !" Nous les séparerons les uns des autres, et ceux qu'ils auront associés diront : "Ce ne sont pas nous que vous adoriez ! Dieu suffit comme témoin entre nous et vous : nous étions inconscients de votre adoration" (Coran 10/28-29 : Yûnus).

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C.B) Par contre, d'autres passages montrent que ceux que des hommes invoquent en dehors de Dieu entendent leurs invocations et les exaucent :

Dieu relate que des djinns, ayant entendu le prophète Muhammad réciter le Coran pendant la prière, retournèrent auprès des leurs leur informer de leur découverte, et leur dirent (entre autres) : "وَأَنَّهُ كَانَ رِجَالٌ مِّنَ الْإِنسِ يَعُوذُونَ بِرِجَالٍ مِّنَ الْجِنِّ فَزَادُوهُمْ رَهَقًا" : "Il y avait des individus parmi les humains qui cherchaient la protection d'individus parmi les djinns, cela les augmenta alors en rahaq" (Coran 72/6).
D'après l'un des commentaires, "rahaq" veut dire ici "kufr", ou "rébellion" ; le pronom "les" – dans "les augmenta" – peut désigner "ces humains" ou "ces djinns" : cf. Tafsîr ul-Qurtubî).
Il s'agit du fait que, bivouaquant dans le désert, des Arabes disaient, avant la venue de l'islam : "Je demande la protection du chef de cette vallée contre le mal de ses voyous" (Ad-Durr ul-manthûr, tome 3 p. 85 ; tome 6 pp. 431-433). Le chef des djinns de l'endroit leur accordait alors sa protection.
Cependant, ce genre de demande constitue du kufr, et ne fit qu'attiser l'arrogance de ces djinns.

Si le fait que des humains cherchent leur protection augmente leur orgueil, cela prouve que ces djinns entendent bel et bien les invocations qui leur sont faites.

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Comment comprendre alors les passages cités en C.A ?

La réponse est que les passages cités en C.A parlent seulement des étoiles, des éléments de la nature (tels qu'un volcan, etc.), des anges (vivants), des djinns pieux (vivants ou défunts), des prophètes (défunts), des pieux défunts et des non-pieux défunts à qui certains hommes rendent un culte. Ces passages disent que ces créatures-là n'entendent même pas les invocations que des humains leur adressent, bien qu'ils les appellent par leur nom.

La preuve de cela réside dans cet autre passage :

"قُلِ ادْعُواْ الَّذِينَ زَعَمْتُم مِّن دُونِهِ فَلاَ يَمْلِكُونَ كَشْفَ الضُّرِّ عَنكُمْ وَلاَ تَحْوِيلاً أُولَئِكَ الَّذِينَ يَدْعُونَ يَبْتَغُونَ إِلَى رَبِّهِمُ الْوَسِيلَةَ أَيُّهُمْ أَقْرَبُ وَيَرْجُونَ رَحْمَتَهُ وَيَخَافُونَ عَذَابَهُ إِنَّ عَذَابَ رَبِّكَ كَانَ مَحْذُورًا" :
"Dis : "Invoquez ceux dont vous prétendez (qu'ils sont divins) autres que Lui ! Ils ne possèderont pas (le pouvoir) d'enlever le tort de vous, ni le détourner (de vous)." Ceux qu'ils invoquent recherchent le moyen pour (se rapprocher) de leur Pourvoyeur, lequel sera plus proche, espèrent Sa Miséricorde et redoutent Son châtiment. Le châtiment de ton Pourvoyeur est redouté"
(Coran 17/56-57).

Ce passage n'évoque assurément pas des djinns incroyants : ceux-ci ne cherchent pas à se rapprocher de Dieu ! Ce passage n'évoque donc pas les djinns qui étaient évoqués au point : C.B.

Abdullâh ibn Mas'ûd l'a dit explicitement : le passage Coran 17/56-57 ne parle pas de djinns incroyants, mais de djinns pieux : "نزلت في نفر من العرب كانوا يعبدون نفرا من الجن، فأسلم الجنيون، والإنس الذين كانوا يعبدونهم لا يشعرون، فنزلت: {أولئك الذين يدعون يبتغون إلى ربهم الوسيلة}" (Muslim 3030, al-Bukhârî).
On voit dans cette parole de Ibn Mas'ûd que :
--- les djinns croyants (fussent-ils vivants) n'entendent même pas celui qui les invoque (sauf s'il se trouve à proximité de lui), et dans tous les cas ne l'exauce pas. Cela est dit au point C.A ;
--- et les djinns incroyants, présents dans le lieu, entendent et exaucent (dans la mesure de leur possible) les invocations qui sont faites explicitement à eux. Cela est dit au point C.B. Plus encore : ce sont des djinns incroyants qui "prennent sur eux" des invocations qui sont faites à autre que Dieu et autres qu'eux. C'est ce que nous allons voir au point suivant, C.C.

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Quant au verset : "وَالَّذِينَ يَدْعُونَ مِن دُونِ اللّهِ لاَ يَخْلُقُونَ شَيْئًا وَهُمْ يُخْلَقُونَ {16/20} أَمْواتٌ غَيْرُ أَحْيَاء وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ {16/21" : "Et ceux qu'ils invoquent en dehors de Dieu ne créent rien et sont, eux, créés ; morts, non-vivants ; et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités" (Coran 16/20-21), il parle :
--- soit des statues en pierre et en bois : le verset veut dire que les idoles sont "mortes", dans le sens de : "inertes". Et cela est dû au fait qu'elles ne sont que pierre et bois. Ce passage dit alors la même chose que les autres passages cités plus haut en B ;
--- soit la phrase parlant des idoles se termine à "ne créent rien et sont créés". Quant à la suite, "Morts, non-vivants", elle qualifie non plus les idoles mais les adorateurs des idoles : ces adorateurs sont morts spirituellement : "وقد قيل: إن الله يبعث الأصنام يوم القيامة ولها أرواح فتتبرأ من عبادتهم، وهي في الدنيا جماد لا تعلم متى تبعث. قال ابن عباس: "تبعث الأصنام وتركب فيها الأرواح ومعها شياطينها فيتبرءون من عبدتها، ثم يؤمر بالشياطين والمشركين إلى النار." وقيل: إن الأصنام تطرح في النار مع عبدتها يوم القيامة؛ دليله {إنكم وما تعبدون من دون الله حصب جهنم}. وقيل: تم الكلام عند قوله : {لا يخلقون شيئا وهم يخلقون}، ثم ابتدأ فوصف المشركين بأنهم أموات، وهذا الموت موت كفر؛ {وما يشعرون أيان يبعثون} أي وما يدري الكفار متى يبعثون، أي وقت البعث، لأنهم لا يؤمنون بالبعث حثى يستعدوا للقاء الله" (Tafsîr ul-Qurtubî) (voir aussi Tafsîr ut-Tabarî) ;
--- soit des anges, et "morts, non-vivants" signifie que les anges sont "destinés à mourir un jour, n'étant pas éternels" Al-Kashshâf) ;
--- est-ce que ce verset voudrait parler des djinns ou des hommes défunts ? ce seraient eux qui ont été qualifiés ici de "actuellement morts" ; et ce serait pourquoi la dernière phrase du verset parle de leur résurrection : "Et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités" (Coran 16/20).

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C.C) En fait voici le verset central qui permet de comprendre tout cela :

A propos d'hommes qui rendaient un culte à des anges, Dieu dit :
"وَيَوْمَ يَحْشُرُهُمْ جَمِيعًا ثُمَّ يَقُولُ لِلْمَلَائِكَةِ أَهَؤُلَاء إِيَّاكُمْ كَانُوا يَعْبُدُونَ؟ قَالُوا سُبْحَانَكَ أَنتَ وَلِيُّنَا مِن دُونِهِم بَلْ كَانُوا يَعْبُدُونَ الْجِنَّ أَكْثَرُهُم بِهِم مُّؤْمِنُونَ"
:
"Et le jour où Il les rassemblera tous, puis Il dira aux Anges : "Ces gens-ci, est-ce vous qu'ils adoraient ?" Ils diront : "Pureté à Toi ! Tu es notre Allié et non eux. Ils adoraient les djinns. La plupart parmi eux avaient foi en eux""
(Coran 34/40-41).

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En fait :

Cas 1) Quand une personne invoque nommément un djinn incroyant :
--- ce djinn lui répond. Les légions d'Iblîs ("جنود إبليس") sont très nombreuses, et même si le même djinn, portant le même nom, est invoqué en différents endroits de la Terre, pour chaque orant c'est un djinn différent de l'autre mais portant le même nom que l'autre qui lui répond.
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Cas 2) Quand une personne invoque une étoile, un élément de la nature (volcan, etc.), un ange, un djinn pieux, un prophète ou un autre homme défunt :

--- l'invocation que cette personne fait alors "est reçue" par un esprit (djinn) incroyant : c'est ce djinn incroyant qui reçoit ses invocations et qui en exauce certaines (celles qu'il peut exaucer selon son pouvoir, lequel est par certains égards plus important que celui des humains, mais toujours insignifiant devant le pouvoir de Dieu, et jamais autonome) (et c'est ce qui explique le verset cité en C.B). Le fait est que les djinns incroyants sont très nombreux sur Terre : le Coran parle de "جنود إبليس" ;
--- quant à l'être nommément invoqué, il n'entend même pas l'invocation de la personne : c'est ce qui explique les versets cités en C.A (sauf si cet être est physiquement proche de cette personne : cela inclut, d'après un avis, l'homme défunt devant sa tombe : cet homme entend alors ce qu'on lui demande ; mais de toutes façons cet homme n'exauce jamais ce qui lui est demandé : c'est le djinn incroyant se faisant passer pour cet homme qui parfois exauce cela).
C'est encore ce djinn incroyant qui, parfois, répond à cet orant – en état de veille – en se faisant passer pour cette étoile, cet élément de la nature, cet ange, ce djinn pieux, ce prophète ou cet humain défunt que cette personne croit invoquer.
Parfois c'est quand la personne dort que ce djinn se manifeste à elle dans un rêve en prenant l'apparence de celui qu'il invoque
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Ibn Taymiyya écrit ainsi :
"ولم يكن أحد من عباد الأصنام يعتقد أنها خلقت السماوات والأرض بل إنما كانوا يتخذونها شفعاء ووسائط لأسباب: منهم من صورها على صور الأنبياء والصالحين؛ ومنهم من جعلها تماثيل وطلاسم للكواكب والشمس والقمر؛ ومنهم من جعلها لأجل الجن؛ ومنهم من جعلها لأجل الملائكة.
فالمعبود لهم في قصدهم إنما هو الملائكة والأنبياء والصالحون أو الشمس أو القمر.
وهم في نفس الأمر يعبدون الشياطين: فهي التي تقصد من الإنس أن يعبدوها وتظهر لهم ما يدعوهم إلى ذلك كما قال تعالى: {ويوم يحشرهم جميعا ثم يقول للملائكة أهؤلاء إياكم كانوا يعبدون قالوا سبحانك أنت ولينا من دونهم بل كانوا يعبدون الجن أكثرهم بهم مؤمنون}. وإذا كان العابد ممن لا يستحل عبادة الشياطين أوهموه أنه إنما يدعوالأنبياء والصالحين والملائكة وغيرهم ممن يحسن العابد ظنه به. وأما إن كان ممن لا يحرم عبادة الجن عرفوه أنهم الجن"
"Il n'y a eu personne parmi les adorateurs d'idoles qui croyait que celles-ci ont créé les cieux et la Terre. Ces (adorateurs) les prenaient [seulement] comme intercesseurs et intermédiaires [jusqu'à Dieu], par différents moyens :
– il en est parmi eux qui avaient donné (à leurs idoles) l'apparence de prophètes et de pieux ;
– il en est parmi eux qui en avaient fait des représentations de planètes, du soleil et de la lune ;
– il en est parmi eux qui les avaient faites (représentant) des djinns ;

– et il en est parmi eux qui les avaient faites (représentant) des anges.

D'après ce qu'ils pensent
, celui (ou ceux) qu'ils adorent est (ou sont) : ces anges, ces prophètes, ces pieux, le soleil ou la lune.
Alors que dans la réalité,
ils adorent des djinns incroyants ; ce sont ces (derniers) qui veulent que les hommes leur rendent un culte et qui font apparaître pour eux ce dont ils leur font la demande.
Comme Dieu le Très Haut l'a dit : "Et le jour où Il les rassemblera tous, puis Il dira aux Anges : "Ces gens-ci, est-ce vous qu'ils adoraient ?" Ils diront : "Pureté à Toi ! Tu es notre Maître et non eux. Ils adoraient les djinns"" [Coran 34/40-41].

--- Si l'adorateur ne considère pas autorisée l'adoration des djinns incroyants, alors ils lui font croire qu'il invoque bien des prophètes, des pieux, des anges, et autres êtres pour qui cet adorateur a de la considération.
--- Et au cas où il ne considère pas interdite l'adoration des djinns, alors ils lui font connaître qu'ils sont des djinns" (MF 1/361-362).

Ibn Taymiyya écrit encore :
"فإن كان مشركا يعبد الكواكب والأوثان أوهموه أنه ينتفع بتلك العبادة ويكون قصده الاستشفاع والتوسل ممن صور ذلك الصنم على صورته من ملك أو نبي أو شيخ صالح فيظن أنه صالح، وتكون عبادته في الحقيقة للشيطان قال الله تعالى: {ويوم يحشرهم جميعا ثم يقول للملائكة أهؤلاء إياكم كانوا يعبدون قالوا سبحانك أنت ولينا من دونهم بل كانوا يعبدون الجن أكثرهم بهم مؤمنون}. ولهذا كان الذين يسجدون للشمس والقمر والكواكب يقصدون السجود لها فيقارنها الشيطان عند سجودهم ليكون سجودهم له. ولهذا يتمثل الشيطان بصورة من يستغيث به المشركون: فإن كان نصرانيا واستغاث بجرجس أو غيره جاء الشيطان في صورة جرجس أو من يستغيث به؛ وإن كان منتسبا إلى الإسلام واستغاث بشيخ يحسن الظن به من شيوخ المسلمين جاء في صورة ذلك الشيخ؛  وإن كان من مشركي الهند جاء في صورة من يعظمه ذلك المشرك"
"--- Si (l'homme) est polythéiste adorant les étoiles et les idoles, ils [ = des djinns incroyants] lui font croire qu'il tirera profit de cette adoration, et son objectif est de bénéficier de l'intercession de celui sur l'apparence de qui l'idole a été réalisée : ange, prophète, ou homme pieux. Il croit alors qu'il est pieux. Alors que l'adoration qu'il fait se fait en réalité pour le djinn incroyant. Dieu dit : "Et le jour où Il les rassemblera tous, puis Il dira aux Anges : "Ces gens-ci, est-ce vous qu'ils adoraient ?" Ils diront : "Pureté à Toi ! Tu es notre Maître et non eux. Ils adoraient les djinns"" [Coran 34/40-41]. (…)
C'est pourquoi le djinn se manifeste sous la forme de celui dont les polythéistes invoquent l'aide.

--- S'il est
nasrânî et invoque l'aide de Georges [de Lydda] ou autre que lui, alors le (djinn) prend la forme de Georges ou de qui (cet homme) a invoqué l'aide.
--- S'il s'affilie à l'islam et invoque l'aide d'un cheikh pour qui il a de la considération, parmi les cheikhs musulmans, alors le (djinn) vient sous la forme de ce cheikh.
--- Et s'il fait partie des polythéistes de l'Inde [et invoque celui qu'il considère comme divinité], alors le (djinn) vient sous la forme de celui pour qui il a de la considération"
(MF 11/308-309).

Ibn Taymiyya relate que cela s'est produit même avec sa personne : certaines gens ayant de la considération pour lui l'ayant, face à une grande difficulté, invoqué à distance (ce qui constitue du shirk akbar), elles l'ont vu venir dans les airs et leur porter secours. Ibn Taymiyya écrit que, mis au courant de ce fait, il exposa que ce n'était pas lui, qu'il n'y était pour rien, et que c'était apparemment un djinn qui avait répondu à leur invocation en prenant sa forme, afin de les amener à persister dans leur action de shirk akbar (MF 35/115 ; MF 19/47 ; MF 1/360).

Il en est de même pour ceux qui invoquent Marie et qui, parfois, voient Marie se manifester à eux, en rêve ou même en état de veille, leur parler et les encourager à continuer à lui rendre du culte. Il ne s'agit pas de l'âme de Marie, et les invocations que ces gens adressent à Marie, Marie ne l'entend pas (conformément au verset cité plus haut). Ce sont en fait des djinns incroyants qui y répondent.

Il en est de même pour ceux qui voient en rêve un de leurs proches, défunt, qui leur demande de lui faire des offrandes à la date de son anniversaire. Ces personnes font alors des sacrifices de volaille "par le nom du défunt", lui font des offrandes de nourriture sous une tente qu'ils ferment, brûlent devant son portrait des bâtonnets d'encens, avec cérémonies, entrée en transe, etc.) (ce phénomène est bien connu à Madagascar et à La Réunion). Ce n'est pas l'âme de leur proche qui leur a fait cette demande en rêve, mais un djinn incroyant qui a pris son apparence pour les inviter à faire du shirk. Et toutes ces offrandes constituent une adoration de ce djinn.

Ceux qui sont animistes et qui adorent ce qu'ils nomment "les âmes des choses de la nature" (telles que océans, fleuves, volcans, forêts, etc.) adorent eux aussi des djinns incroyants qui se font passer pour les esprits de ces choses.

(Parfois des djinns incroyants se font passer pour Dieu Lui-même, ou pour le Prophète, sans que l'homme devant qui ils se manifestent ait fait du shirk ; ils essaient tout simplement de l'égarer. Ce qui est relaté à ce sujet à propos de 'Abd ul-Qâdir al-Jîlânî est bien connu ; Ibn Taymiyya l'a mentionné in Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 43.
Il faut ici préciser que quand il est dit qu'aucun djinn ne peut prendre l'apparence du prophète Muhammad, sur lui soit la paix, et se faire passer pour lui devant un homme, cela concerne l'état de l'homme qui est en état de sommeil et qui rêve. Par contre, un djinn peut se manifester à un homme qui ne dort pas et se faire passer pour le Prophète, suite par exemple à certaines formes de dhikr bid'a devant sa tombe à Médine : cet homme peut alors croire voir la tombe s'ouvrir et un bel homme en sortir, ou voir quelqu'un qu'il pense être le Prophète lui parler. Alors que c'est un djinn qui l'a illusionné et lui a fait croire qu'il était le Prophète. Car depuis l'époque des Compagnons, personne ne peut plus voir réellement le Prophète alors qu'il est en état de veille : cf. Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, Ibn Taymiyya, p. 44.)

--- Dans Al-Farq [ou : Al-Furqân] bayna awliyâ' ir-Rahmân wa awliyâ' ish-shaytân (qui figure aussi dans MF 11/156-310, et dont c'est un passage que nous avons traduit plus haut), de même que dans Kitâb un-nubuwwât, Ibn Taymiyya a également montré que les prodiges que réalisent des adorateurs d'autre que Dieu, ou des adorateurs de Dieu selon un autre message que celui qu'Il a révélé en dernier, ces prodiges sont l'œuvre de djinns, ou sont l'effet de leur assistance ; les capacités des djinns sont du même type (jins) que celles des humains, mais en plus accentué. Si un croyant sincère qui assiste à pareil prodige récite Ayât ul-kursî sincèrement et à plusieurs reprises, le prodige peut cesser par ordre de Dieu, vu que la récitation de ce verset fait fuir les djinns qui ne sont pas mu'min.
--- A la différence des prodiges que des croyants pieux réalisent parfois (karâmât) : dans leur forme au premier abord ils ressemblent à des prodiges d'idolâtres, mais leur réalité est tout autre : ils sont l'œuvre d'anges, ou l'effet de l'assistance d'anges agissant par ordre de Dieu ; et les capacités des anges sont plus grandes que celles des djinns.
--- Quant aux prodiges que les prophètes de Dieu réalisent en tant que signes (âyât) de leur caractère d'authentiques prophètes, certains d'entre eux sont uniques, ne pouvant se produire que chez un prophète (et même pas chez un croyant pieux non-prophète) ; et certains parmi ces signes uniques ne peuvent pas être réalisés par l'assistance d'un ange, et sont réalisés directement par Dieu (cf. Kitâb un-nubuwwât).

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Par ailleurs, il est des hommes qui divinisent autre chose que Dieu sous une forme non-spirituelle. Cela constitue du shirk akbar khafî (lire notre article : Divinités autres que Dieu de type "religieux", et divinités autres que Dieu de type "non-religieux"). Ainsi en est-il de celui qui divinise l'or, l'argent, ou toute autre chose non-spirituelle.

Si cette forme de divinisation constitue elle aussi un culte rendu au Iblîs, c'est dans la mesure où d'une part le fait qu'un homme divinise quoi que ce soit en dehors de Dieu est chose que le Créateur déteste strictement – il a décrété cela comme étant l'interdit le plus prononcé –, et d'autre part c'est Iblîs qui l'incite à faire cela, voulant le détourner de Dieu, et c'est aux suggestions de Iblîs que l'homme a alors obéi ; or obéir à une créature en faisant un acte strictement détesté par Dieu, et en considérant cet acte comme étant devenu "bien", c'est rendre un culte à cette créature ("Kissî kî ayssi itâ'at karnâ, Haqq ta'âlâ ké muqâbalé mein us kî ta'lîm kô haqq samjhé, yéhî 'ibâdat hé" : Bayân ul-qur'ân 7/8).

Si cet acte strictement interdit par Dieu constitue en soi un acte de shirk akbar ou de kufr akbar, alors le seul fait de le faire sans y avoir été contraint, c'est l'indice que l'homme fait cet acte en le considérant comme étant "bien" ; le seul fait de le faire est donc en soi un culte rendu à Iblîs (même s'il se peut que cet homme était ignorant du caractère "mazinnat ush-shirk" de cet acte, auquel cas il a fait un acte de shirk mais il n'est pas devenu mushrik : cliquez ici).

Par contre si cet acte strictement interdit par Dieu ne constitue pas en soi un acte de shirk akbar ou de kufr akbar, alors le faire volontairement et sans excuse valable c'est aussi obéir à Iblîs, mais cette obéissance ne constitue pas un shirk akbar mais un shirk asghar seulement : il ne s'agit pas donc pas de culte rendu à Iblîs (car il s'agit ici d'"adoration" dans sa seconde dimension, avec le sens B.b de ce terme dans notre autre article) (sauf si au fond de son cœur on a considéré cet acte comme étant devenu "bien" alors même qu'on sait que Dieu l'a strictement interdit : là cela devient du shirk akbar).

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C.A') Des passages qui semblent montrer que ceux que des hommes invoquent en dehors de Dieu ne peuvent ni leur faire du tort, ni leur apporter un quelconque bienfait :

--- Abraham à son peuple : "قَالَ أَفَتَعْبُدُونَ مِن دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَنفَعُكُمْ شَيْئًا وَلَا يَضُرُّكُمْ" : "Il dit : "Adorez-vous donc, en dehors de Dieu, ce qui ne vous apporte aucun bienfait ni ne vous fait du tort ?" (Coran 21/66).

--- Abraham à son père Âzar : "إِذْ قَالَ لِأَبِيهِ يَا أَبَتِ لِمَ تَعْبُدُ مَا لَا يَسْمَعُ وَلَا يُبْصِرُ وَلَا يُغْنِي عَنكَ شَيْئًا" : "Lorsqu'il dit à son père : "Père, pourquoi adores-tu ce qui n'entend pas, ne voit pas, et ne te sert à rien ?" (Coran 19/42).

--- "قُلْ أَنَدْعُو مِن دُونِ اللّهِ مَا لاَ يَنفَعُنَا وَلاَ يَضُرُّنَا" : "Dis : "Invoquerions-nous, en dehors de Dieu, ce qui ne nous apporte pas de bienfait ni ne nous cause de tort ?..." (Coran 6/71).

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C.B') Or les humains qui adorent d'autres que Dieu retirent bel et bien quelque profit temporel du culte qu'ils leur rendent :

"وَيَوْمَ يَحْشُرُهُمْ جَمِيعًا يَا مَعْشَرَ الْجِنِّ قَدِ اسْتَكْثَرْتُمْ مِنَ الْإِنْسِ وَقَالَ أَوْلِيَاؤُهُمْ مِنَ الْإِنْسِ رَبَّنَا اسْتَمْتَعَ بَعْضُنَا بِبَعْضٍ وَبَلَغْنَا أَجَلَنَا الَّذِي أَجَّلْتَ لَنَا قَالَ النَّارُ مَثْوَاكُمْ خَالِدِينَ فِيهَا إِلَّا مَا شَاءَ اللَّهُ إِنَّ رَبَّكَ حَكِيمٌ عَلِيمٌ" : "Et le Jour où Il les rassemblera tous : "Assemblées des djinns (incroyants), vous avez beaucoup pris des hommes." Et leurs alliés parmi les hommes diront : "Seigneur, nous avons tiré profit l'un de l'autre, et sommes parvenus à notre délai que Tu avais fixé pour nous"" (Coran 7/128).
L'un des commentaires est qu'il s'agit de la protection que des djinns accordaient aux humains qui les invoquaient : "أحدها: أن استمتاع الإنس بالجن: أنهم كانوا إذا سافروا، فنزلوا واديا، وأرادوا مبيتا، قال أحدهم: أعوذ بعظيم هذا الوادي من شر أهله واستمتاع الجن بالإنس: أنهم كانوا يفخرون على قومهم، ويقولون: قد سدنا الإنس حتى صاروا يعوذون بنا، رواه أبو صالح عن ابن عباس، وبه قال مقاتل، والفراء" (Zâd ul-massîr).

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En fait :

En fait dans les passages cités en C.A', les prophètes n'ont pas enseigné à leur peuple polythéiste que les êtres qu'ils adoraient ne peuvent causer aucun bienfait ni aucun méfait, mais que ces êtres ne peuvent engendrer ni bienfait ni méfait de façon autonome (bi-listiqlâl) par rapport à la Volonté de Dieu. Certes, ils peuvent causer des torts ou des bienfaits à tel humain, mais cela ne peut se faire que dans le cadre de la Volonté Existentielle (Irâda Takwîniyya) de Dieu, comme c'est le cas d'un humain vivant qui cause du tort ou apporte un bienfait à un autre humain. Ces êtres ne sont donc pas des Rabb. Ils sont soumis à la Rubûbiyya de Dieu. C'est donc Dieu vers Qui il faut se tourner.

C'est exactement ce qui est dit dans les passages suivants :

--- "قُلْ أَفَرَأَيْتُم مَّا تَدْعُونَ مِن دُونِ اللَّهِ إِنْ أَرَادَنِيَ اللَّهُ بِضُرٍّ هَلْ هُنَّ كَاشِفَاتُ ضُرِّهِ أَوْ أَرَادَنِي بِرَحْمَةٍ هَلْ هُنَّ مُمْسِكَاتُ رَحْمَتِهِ قُلْ حَسْبِيَ اللَّهُ عَلَيْهِ يَتَوَكَّلُ الْمُتَوَكِّلُونَ" : "Dis : "Avez-donc vu ceux que vous invoquez en dehors de Dieu, si Dieu veut à mon sujet un tort, peuvent-ils enlever (ce) tort, ou (s'Il) veut pour moi une faveur, peuvent-ils retenir Sa faveur ?" Dis : "Dieu me suffit ! A Lui s'en remettent ceux qui sont à se remettre" (Coran 39/38).

--- A propos de ceux qui font des sortilèges : "فَيَتَعَلَّمُونَ مِنْهُمَا مَا يُفَرِّقُونَ بِهِ بَيْنَ الْمَرْءِ وَزَوْجِهِ وَمَا هُم بِضَآرِّينَ بِهِ مِنْ أَحَدٍ إِلاَّ بِإِذْنِ اللّهِ وَيَتَعَلَّمُونَ مَا يَضُرُّهُمْ وَلاَ يَنفَعُهُمْ وَلَقَدْ عَلِمُواْ لَمَنِ اشْتَرَاهُ مَا لَهُ فِي الآخِرَةِ مِنْ خَلاَقٍ وَلَبِئْسَ مَا شَرَوْاْ بِهِ أَنفُسَهُمْ لَوْ كَانُواْ يَعْلَمُونَ" : "Et ils ne peuvent faire de tort par cela à personne, sauf avec la permission de Dieu" (Coran 2/102). Dieu rappelle ici que même ceux qui font des sortilèges pour provoquer la rupture entre mari et femme, le tort que cela constitue (c'est-à-dire la rupture) ne se produit qu'avec la permission (idhn takwînî) de Dieu, bien que Dieu a interdit cela (il n'y a donc pas idhn shar'î de Dieu).

--- Abraham à son peuple : "قَالَ أَتُحَاجُّونِّي فِي اللّهِ وَقَدْ هَدَانِ وَلاَ أَخَافُ مَا تُشْرِكُونَ بِهِ إِلاَّ أَن يَشَاء رَبِّي شَيْئًا وَسِعَ رَبِّي كُلَّ شَيْءٍ عِلْمًا" : "Il dit : "Argumentez-vous avec moi au sujet de Dieu, alors qu'Il m'a guidé ? Et je ne crains pas ce que vous Lui associez, sauf si mon Rabb veut quelque chose. Mon Rabb englobe toute chose en science" (Coran 6/81).

--- Hûd à son peuple : "قَالُواْ يَا هُودُ مَا جِئْتَنَا بِبَيِّنَةٍ وَمَا نَحْنُ بِتَارِكِي آلِهَتِنَا عَن قَوْلِكَ وَمَا نَحْنُ لَكَ بِمُؤْمِنِينَ إِن نَّقُولُ إِلاَّ اعْتَرَاكَ بَعْضُ آلِهَتِنَا بِسُوَءٍ. قَالَ إِنِّي أُشْهِدُ اللّهِ وَاشْهَدُواْ أَنِّي بَرِيءٌ مِّمَّا تُشْرِكُونَ مِن دُونِهِ؛ فَكِيدُونِي جَمِيعًا ثُمَّ لاَ تُنظِرُونِ؛ إِنِّي تَوَكَّلْتُ عَلَى اللّهِ رَبِّي وَرَبِّكُم مَّا مِن دَآبَّةٍ إِلاَّ هُوَ آخِذٌ بِنَاصِيَتِهَا إِنَّ رَبِّي عَلَى صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ" : "Faites donc un plan contre moi, tous, puis ne m'accordez pas de délai. Je m'en suis remis à Dieu, mon Rabb et votre Rabb. Il n'y a pas un animal sans qu'Il tienne son toupet" (Coran 11/53-56).

--- Dieu dit au prophète Muhammad (sur lui soit la paix) de dire : "قُل لاَّ أَمْلِكُ لِنَفْسِي نَفْعًا وَلاَ ضَرًّا إِلاَّ مَا شَاء اللّهُ وَلَوْ كُنتُ أَعْلَمُ الْغَيْبَ لاَسْتَكْثَرْتُ مِنَ الْخَيْرِ وَمَا مَسَّنِيَ السُّوءُ إِنْ أَنَاْ إِلاَّ نَذِيرٌ وَبَشِيرٌ لِّقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ" : "Dis : "Je ne possède pour moi-même aucun bienfait ni aucun tort, sauf ce que Dieu veut"" (Coran 7/188).

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Par ailleurs : un verset dit que Iblîs reniera le culte que des hommes lui auront rendu :

Un autre verset du Coran se lit ainsi :
"وَقَالَ الشَّيْطَانُ لَمَّا قُضِيَ الأَمْرُ إِنَّ اللّهَ وَعَدَكُمْ وَعْدَ الْحَقِّ وَوَعَدتُّكُمْ فَأَخْلَفْتُكُمْ وَمَا كَانَ لِيَ عَلَيْكُم مِّن سُلْطَانٍ إِلاَّ أَن دَعَوْتُكُمْ فَاسْتَجَبْتُمْ لِي فَلاَ تَلُومُونِي وَلُومُواْ أَنفُسَكُم مَّا أَنَاْ بِمُصْرِخِكُمْ وَمَا أَنتُمْ بِمُصْرِخِيَّ إِنِّي كَفَرْتُ بِمَآ أَشْرَكْتُمُونِ مِن قَبْلُ"
:
"Satan dira, lorsque l'affaire aura été terminée : "Dieu vous avait fait la promesse de vérité, et je vous avais promis puis j'ai trahi (ma promesse à) votre (égard). (Mais) je n'avais aucun pouvoir sur vous si ce n'est que je vous ai invités ; alors vous m'avez répondu. Aussi ne me faites pas de reproches, mais faites-en à vous-mêmes. Je ne vous suis d'aucun secours et vous ne m'êtes d'aucun secours. Je renie que vous m'ayez associé (à Dieu) auparavant""
(Coran 14/22).

Une question peut ici se poser : Que signifie le fait que, une fois dans la Géhenne, Iblîs reniera le culte que des hommes lui auront rendu sur terre, quand on sait que durant cette vie terrestre, il incite les hommes à lui rendre un tel culte ?

En fait Iblîs sait pertinemment que le culte de tout autre que Dieu est fausseté. Mais si dans cette vie terrestre il incite quand même les hommes à le faire, c'est parce qu'il veut égarer ceux-ci, comme il avait promis à Dieu qu'il le ferait, et Dieu lui a accordé ce pouvoir (idhn kawnî) (nous l'avons vu dans un autre article). Mais une fois dans la Géhenne, il voudra, en reniant le culte que des hommes lui auront rendu, leur dire ce qui suit :
"Peut-être pensez-vous que parce que vous m'aviez adoré, je suis votre maître et vous mes adeptes, et que, en tant que tel, peut-être pensez-vous que je vais aller expliquer à Dieu qu'Il n'a pas compris notre conception, et la nôtre n'était pas mauvaise. Si c'est ce que vous pensez, alors sachez que c'est moi qui vous ai trompés et menti. Je vous le dis clairement : l'adoration que vous m'avez rendue, à laquelle je vous avais incité, n'était que fausseté.

Ou si vous espérez que je vais prendre une part de vos souffrances en tant que responsable de votre présence ici, parce que c'est moi qui vous avais incité à faire ce mal dont je reconnais aujourd'hui qu'il n'était que fausseté, alors sachez que je n'ai rien fait de plus que vous inciter, je ne vous y ai pas contraint. Blâmez donc vos propres personnes et non pas moi.
Je renie donc toute l'adoration que vous m'avez accordée sur terre.
Je n'ai aucune relation avec vous : débrouillez-vous seuls."

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Il en est de même du verset que vous avez ainsi traduit : "قَالَ الَّذِينَ حَقَّ عَلَيْهِمُ الْقَوْلُ رَبَّنَا هَؤُلَاء الَّذِينَ أَغْوَيْنَا أَغْوَيْنَاهُمْ كَمَا غَوَيْنَا تَبَرَّأْنَا إِلَيْكَ مَا كَانُوا إِيَّانَا يَعْبُدُونَ" : "Et le jour où Il les appellera puis dira : "Où sont ceux que vous prétendiez être Mes associés ?" Ceux contre qui la parole sera avérée diront : "Seigneur, voici ceux que nous avions égarés. Nous les avions égarés comme nous-même nous nous étions égarés. Nous désavouons devant Toi : ce ne sont pas nous qu'ils adoraient"" (Coran 28/62-63).
Cependant, la phrase peut être comprise différemment, vu qu'il y a divergence quant à la particule "" qui figure devant le verbe "ils adoraient".
La traduction que vous avez lue est fondée sur la considération du "" comme étant "de négation" (nâfiya).

Par contre, si on retient que ce "" n'est pas "de négation" (nâfiya) mais "de sens infinitif" (masdariyya) (voir Rûh ul-ma'ânî), et si on retient l'avis selon lequel "ceux contre qui la parole se sera avérée" sont bien les djinns mauvais, qui incitaient les gens à faire le mal (c'est l'avis de Qatâda), alors la traduction devient comme suit :
"Et le jour où Il les appellera puis dira : Où sont ceux que vous prétendiez être Mes associés ?" Ceux contre qui la parole se sera avérée diront : "Seigneur, voici ceux que nous avions égarés. Nous les avions égarés comme nous-même nous nous étions égarés. Nous désavouons devant Toi l'adoration qu'ils nous rendaient"" (Coran 28/62-63).
C'est cette seconde possibilité qui, humblement, me paraît plus pertinente. Le contenu de ce passage rejoint alors celui du verset 34/41.

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Il y a également ce verset : "كَمَثَلِ الشَّيْطَانِ إِذْ قَالَ لِلْإِنْسَانِ اكْفُرْ فَلَمَّا كَفَرَ قَالَ إِنِّي بَرِيءٌ مِنْكَ إِنِّي أَخَافُ اللَّهَ رَبَّ الْعَالَمِينَ" : "Comme l'exemple du Diable, lorsqu'il dit à l'homme : "Fais Kufr !" Puis, lorsque celui-ci a fait kufr, (le Diable) dit : "Je me désavoue de toi, je crains Dieu, Pourvoyeur des Mondes"" (hashr/16).

Le Diable dit ceci à la fin, lorsqu'il est avéré que l'homme est mort dans le kufr.

Et il veut lui dire qu'il sait que cela est fausseté, et que, craignant Dieu, il ne va rien demander à Celui-ci, en faveur de celui qui l'a suivi. Il désavoue celui qui l'a suivi.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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