Les prophètes de Dieu font-ils des erreurs d'interprétation ? et des péchés ?

1) En ce qui concerne les erreurs d'interprétation (khata' ijtihâdî) :

Dans tout ce qu'ils transmettent de la part de Dieu, à l'unanimité tous les prophètes de Dieu sont infaillibles (MF 10/289).

Par contre, pour ce qui résulte de leur propre interprétation (ijtihâd), faite à partir des principes que Dieu leur a communiqués, qu'ils ont cherché à appliquer selon leur raisonnement à un cas précis, les prophètes peuvent faire des erreurs d'ijtihâd.
Mais Dieu leur montre alors leur erreur, et ils n'y sont donc pas maintenus (lâ yuqarrûna 'alayh).

Lire à ce sujet :
--- Pourquoi se référer non seulement au Coran mais aussi aux Hadîths ? : il s'agit du cas 4.2.2.2 ;
--- Tout ce que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit de faire, cela lui a-t-il été révélé ? ou bien une partie est-elle le résultat de son ijtihad ? ;
--- Des cas où, après un Ijtihad précédent, le Prophète (sur lui soit la paix) changea d'avis : soit suite à une Révélation ; soit suite à l'expérience du Réel ; soit suite à une nouvelle Réflexion ; soit suite à une Proposition d'un Compagnon ;
--- Quand les Compagnons du Prophète le questionnaient et discutaient.

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2) En ce qui concerne les péchés (dhunûb) :

De grand péché (kufr akbar, et kufr saghîr / kabîra istilâhiyya), les prophètes n'en font jamais. En effet, ils sont préservés de la part de Dieu de faire cela (ma'sûmûna min Allâh).

Et de petit péché (saghîra), sont-ils aussi préservés d'en faire, même occasionnellement ?
Il y a divergence d'avis sur ce point (Ahkâm ul-qur'ân, Ibn ul-'Arabî, 4/51 ; Majmû' ul-fatâwâ, Ibn Taymiyya, 35/100-101).
Ibn Taymiyya écrit que l'avis qui est juste sur ce point est qu'il peut leur arriver de faire un petit péché (saghîra), mais même alors ils sont préservés de continuer à vivre sans s'en rendre compte et donc sans demander pardon à Dieu pour cela (lâ yuqarrûna 'ala-s-saghîra) (MF 4/319-320 ; 10/293 ; 11/415 ; 15/51).

Par ailleurs, Ibn Taymiyya a cité et approuvé le célèbre propos de Junayd al-Baghdâdî : "حسنات الأبرار سيئات المقربين", et l'a appliqué aux prophètes (MF 11/415). Ce propos signifie bien sûr : "بعض الأعمال التي تكون حسناتٍ للأبرار تكون سيئاتٍ للمقربين". Ce propos signifie qu'il est certaines actions qui sont seulement légèrement déconseillées (ghayr awlâ), et il arrive qu'un prophète ait dû la faire par maslaha shar'iyya. Cependant, à cause de sa grande proximité avec Dieu, ce prophète redoute malgré tout un reproche ('itâb) de la part de son Créateur.

Ainsi, le recours à la tawriya (qui n'est pas le mensonge) est en soi déconseillé. Il y a sur le sujet le hadîth suivant : "عن أبي تميمة الهجيمي، أن رجلا قال لامرأته: "يا أخية!" فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أختك هي؟" فكره ذلك ونهى عنه" (rapporté par Abû Dâoûd, n° 2210, dh'aîf d'après al-Albânî) (cf. A'lam ul-muwaqqi'în, 3/102).
Cependant, quand il y a maslaha shar'iyya à y avoir recours, ce caractère "déconseillé" est résorbé. C'est pourquoi le prophète Abraham (sur lui soit la paix) y a eu recours au cours de sa vie (notamment quand le tyran l'a questionné au sujet de son lien avec Sarah, et quand il s'est excusé de ne pas se joindre aux gens de son peuple) (le hadîth est bien connu). Pourtant, le jour du jugement, Abraham dira redouter un reproche ('itâb) de la part de Dieu par rapport à ces propos qu'il avait tenus (le hadîth est tout aussi connu). Ces propos n'étaient, dans les situations où il les avait tenus, pas des petits péchés, ne constituant pas quelque chose de "déconseillé", vu qu'il y avait bien une maslaha shar'iyya qui était présente et qui autorisait de les tenir. Mais ce sera sa grande proximité avec Dieu qui fera éprouver à Abraham ce sentiment par rapport à ces propos qu'il a tenus.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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