Des cas où, après un Ijtihad précédent, le Prophète (sur lui soit la paix) changea d'avis : soit suite à une Révélation ; soit suite à l'expérience du Réel ; soit suite à une nouvelle Réflexion ; soit suite à une Proposition d'un Compagnon. (Troisième partie)

Dans la Première Partie, puis dans la Seconde Partie de ce thème, nous avons vu que :

– dans l'ensemble de ce que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit de faire : il y a ce qu'il a dit de faire par ta'abbud, mais il y a aussi ce qu'il a dit de faire par maslaha ;

– il y a ce que le Prophète (sur lui soit la paix) a affirmé (degrés "3", "4" ou "5"), mais il y a aussi ce qu'il a seulement avancé en tant que simple probabilité (degrés "1" ou "2") ; par ailleurs, il y a des points au sujet desquels il a dit ne pas avoir connaissance (degré "0") ;

– enfin, il y a ce dont il a reçu l'information par Révélation, mais il y a aussi ce qu'il a établi par Ijtihad à partir de données de la Révélation appliquées au Réel concret.

Voyons maintenant la suite...

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V) Voici un cas de prise de connaissance du hukm, par le Prophète (et ce par le biais de la révélation), après que celui-ci ait exprimé sa non-connaissance (degré "0") :

Ainsi en est-il de la question : Les humains qui sont morts en bas âge et dont les parents étaient alors incroyants : qu'adviendra-t-il d'eux dans l'au-delà ?

- D'après l'avis qui est pertinent, ils seront au Paradis. C'est ce que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit avoir vu lors de son rêve : des enfants autour du prophète Abraham (sur lui soit la paix), nous allons y revenir.

- Cependant, fut un temps où le Prophète n'avait pas encore reçu cette information par la révélation.

--- Un jour, Aïcha s'étant exclamée, au sujet d'un enfant en bas âge et dont les parents étaient musulmans, qu'il était un moineau parmi les moineaux du Paradis, le Prophète la reprit en ces termes : "Autre chose que cela (est également possible), ô Aïcha. Dieu a créé pour le Paradis des habitants, Il les a (prédestinés) pour le Paradis alors qu'ils étaient encore dans les reins de leurs ancêtres. Et Il a créé pour le Feu des habitants, Il les a (prédestinés) pour le Feu alors qu'ils étaient encore dans les reins de leurs ancêtres" : "عن عائشة أم المؤمنين، قالت: دعي رسول الله صلى الله عليه وسلم إلى جنازة صبي من الأنصار، فقلت: "يا رسول الله طوبى لهذا، عصفور من عصافير الجنة، لم يعمل السوء ولم يدركه!" قال: "أو غير ذلك، يا عائشة إن الله خلق للجنة أهلا، خلقهم لها وهم في أصلاب آبائهم، وخلق للنار أهلا، خلقهم لها وهم في أصلاب آبائهم" (Muslim, 2662). D'après l'une des interprétations, cela a été dit à un moment où le Prophète ne savait pas encore.

--- Mais plus tard il a su que les enfants morts en bas âge de parents musulmans seront dans le Paradis ; ce point-là fait d'ailleurs l'objet d'un consensus ou d'un quasi-consensus (Shar'h Muslim, 16/207, Fat'h ul-bârî 3/310). A partir de ce moment-là, c'était lorsque questionné au sujet d'enfants morts en bas âge de parents incroyants qu'il disait : "الله أعلم بما كانوا عاملين" : "Dieu est plus savant de ce qu'ils auraient fait" : "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: «ما من مولود إلا يولد على الفطرة، فأبواه يهودانه، وينصرانه، كما تنتجون البهيمة، هل تجدون فيها من جدعاء، حتى تكونوا أنتم تجدعونها؟» قالوا: يا رسول الله: أفرأيت من يموت وهو صغير؟ قال: «الله أعلم بما كانوا عاملين" (al-Bukhârî, 6226, Muslim, 2658). "عن ابن عباس رضي الله عنهم، قال: سئل رسول الله صلى الله عليه وسلم عن أولاد المشركين، فقال: «الله إذ خلقهم أعلم بما كانوا عاملين" (al-Bukhârî, 1317, Muslim, 2660). D'après l'une des interprétations, cela signifie : "On ne peut pas se prononcer à leur sujet" (FB 3/313).

--- C'est par la suite que le Prophète a su que les enfants morts en bas âge de parents incroyants seront eux aussi dans le Paradis. En effet, il les a vus dans le Paradis du Barzakh en compagnie du prophète Abraham. Les rêves des prophètes constituent de la révélation : "وأما الرجل الطويل الذي في الروضة فإنه إبراهيم صلى الله عليه وسلم، وأما الولدان الذين حوله فكل مولود مات على الفطرة." قال: فقال بعض المسلمين: "يا رسول الله، وأولاد المشركين؟" فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "وأولاد المشركين" : "Les enfants des polythéistes (aussi) ?" fut-il questionné. Il répondit : "Les enfants des polythéistes (aussi) !" (al-Bukhârî, 6640).

Pour plus de détails, lire notre article : Tous les humains morts avant l'âge adulte iront au Paradis, car encore innocents.

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VI) Voici un cas de changement d'avis de la part du Prophète (sur lui soit la paix) après qu'il ait exprimé l'autre option comme une "possibilité" (degré "1" ou "2") :

Changement par rapport à l'expression d'une possibilité (degré "1" ou "2") d'un hukm ta'abbudî, et cela, suite à une révélation :

--- Le Coran parle d'humains ayant été changés en animaux par punition divine. Or, à un moment donné, le Prophète avait évoqué la possibilité que certaines souris ou le dhabb (iguane du désert à la chair comestible) soient les descendants de ces hommes métamorphosés :
- "عن ابن جريج، أخبرني أبو الزبير، أنه سمع جابر بن عبد الله، يقول: أتي رسول الله صلى الله عليه وسلم بضب، فأبى أن يأكل منه، وقال: "لا أدري لعله من القرون التي مسخت" (Muslim, 1949) ;
- "عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن النبي صلى الله عليه وسلم، قال: "فقدت أمة من بني إسرائيل لا يدرى ما فعلت، وإني لا أراها إلا الفار، إذا وضع لها ألبان الإبل لم تشرب، وإذا وضع لها ألبان الشاء شربت." فحدثت كعبا فقال: أنت سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقوله؟ قلت: نعم، قال لي مرارا، فقلت: أفأقرأ التوراة؟" (al-Bukhârî 3129, Muslim 2997).
On voit bien, de par les termes employés dans ce 2 hadîths, que le Prophète, alors, n'exprimait pas quelque chose avec détermination (jazm) mais exprimait seulement une possibilité (ibdâ' ul-ihtimâl) : "Je ne sais pas : peut-être que le (dhabb) fait partie des générations ayant été métamorphosées" (Muslim, 1949). Et à propos d'une nation perdue : "Je ne pense pas qu'elle soit autre que ces souris" (al-Bukhârî 3129, Muslim 2997). Ibn Jarîr at-Tabarî a exprimé ceci ainsi : "وقال الطبري: ليس في الحديث الجزم بأن الضب مما مسخ. وإنما خشي أن يكون منهم، فتوقف عنه؛ وإنما قال ذلك قبل أن يعلم الله تعالى نبيه أن الممسوخ لا ينسل. وبهذا أجاب الطحاوي" : "Dans ce hadîth il n'est pas affirmé (jazm) que le dhabb fait partie des (humains) métamorphosés ; le Prophète a seulement exprimé qu'il craignait qu'il en fasse partie, et ne s'est alors pas prononcé sur le sujet (tawaqquf). Et il n'a dit cela qu'avant que Dieu lui fasse savoir, à lui Son prophète, que les humains métamorphosés n'ont pas de descendance" (Fat'h ul-bârî, commentaire de 5216/5536).

Plus tard, le Prophète a su par révélation que ces animaux ne sont les descendants d'aucun groupe d'humains métamorphosés. En effet, un autre jour, se fondant sur les versets du Coran qui évoquent la métamorphose de certains humains en porcs et singes, quelqu'un demanda au Prophète si les singes et les porcs étaient les descendants de ces gens dont parle le Coran ; le Prophète lui répondit alors ceci : "Dieu ne donne aucune descendance aux humains transformés de la sorte. Et les singes et les porcs existaient déjà avant cela" : "عن عبد الله بن مسعود، قال: فقال رجل: "يا رسول الله القردة والخنازير، هي مما مسخ؟" فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "إن الله عز وجل لم يهلك قوما، أو يعذب قوما، فيجعل لهم نسلا؛ وإن القردة والخنازير كانوا قبل ذلك" (Muslim, 2663) ; une autre version se lit ainsi : "فقال: "إن الله لم يجعل لمسخ نسلا ولا عقبا؛ وقد كانت القردة والخنازير قبل ذلك" (Muslim, 2663).
C'est cette évolution que Ibn Hajar décrit ainsi : "وكأنه كان يظن ذلك، ثم أعلم بأنها ليست هي" (Fat'h ul-bârî, commentaire de 3129/3305). "وأجاب الجمهورعن ذلك بأنه صلى الله عليه وسلم قال ذلك قبل أن يوحى إليه بحقيقة الأمر في ذلك؛ ولذلك لم يأت الجزم عنه بشيء من ذلك، بخلاف النفي فإنه جزم به، كما في حديث ابن مسعود" (Fat'h ul-bârî, commentaire de 3636/3849).

Comme nous l'avons dit (dans l'article précédent) en rapport avec la fécondation des dattiers, tant qu'elles n'avaient fait l'objet que d'une simple expression de possibilité (et pas d'une affirmation), Dieu ne rectifiait pas systématiquement par révélation (même si parfois Il le faisait, comme ici) les khata' ijtihadî du Prophète (sur lui soit la paix). Mais apparemment Il faisait toujours comprendre à Son Messager le caractère erroné de cette possibilité exprimée, parfois par une expérience ultérieure, ou par une discussion avec quelqu'un.

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Changement par rapport à l'expression d'une possibilité (degré "1" ou "2") d'un hukm ta'abbudî, et cela, suite à l'expérience du Réel :

--- Ce que le Prophète (sur lui soit la paix) dit au sujet de la fécondation des dattiers est valable ici. Il proposa d'abord qu'il serait peut-être bien de ne pas y avoir recours. C'est ensuite, ayant constaté, suite à la médiocrité de la récolte, que la fécondation à la main était nécessaire (hâja), qu'il comprit avoir fait une erreur quant au réel (wâqi'), et fit alors une déclaration publique en ce sens.

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Changement par rapport à un maylân (degré "2") intérieur pour un hukm ta'abbudî, et cela, suite à une nouvelle réflexion :

--- "عن عائشة، عن جدامة بنت وهب الأسدية، أنها سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "لقد هممت أن أنهى عن الغيلة. حتى ذكرت أن الروم وفارس يصنعون ذلك، فلا يضر أولادهم" : "J'avais pensé interdire le ghîla. Jusqu'à ce que je pense au fait que les Byzantins et les Perses pratiquent cela, et cela ne cause pas de tort à leurs enfants" (Muslim, 1442, Abû Dâoûd, 3882).

Dans le premier temps, il penchait (maylân) donc vers le fait de déclarer cela "interdit".
Mais après la continuation de la réflexion, ce qui émergea (zann ghâlib) dans son esprit fut le tarjîh de ne pas déclarer cela interdit.

On remarque que, tant qu'il n'avait pas mené complètement sa réflexion et qu'il demeurait dans un simple maylân, il ne formula rien à l'attention de gens de sa Umma.

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Changement par rapport à l'expression d'une possibilité (degré "1" ou "2") pour un hukm maslahî, et cela, suite à une la proposition d'un Compagnon :

--- Lors de son voyage pour accomplir le petit pèlerinage, en l'an 6 : "عن المسور بن مخرمة، ومروان بن الحكم، يزيد أحدهما على صاحبه قالا: خرج النبي صلى الله عليه وسلم عام الحديبية في بضع عشرة مائة من أصحابه، فلما أتى ذا الحليفة، قلد الهدي وأشعره وأحرم منها بعمرة، وبعث عينا له من خزاعة، وسار النبي صلى الله عليه وسلم حتى كان بغدير الأشطاط أتاه عينه، قال: "إن قريشا جمعوا لك جموعا، وقد جمعوا لك الأحابيش، وهم مقاتلوك وصادوك عن البيت ومانعوك." فقال: "أشيروا أيها الناس علي، أترون أن أميل إلى عيالهم وذراري هؤلاء الذين يريدون أن يصدونا عن البيت؟ فإن يأتونا كان الله عز وجل قد قطع عينا من المشركين، وإلا تركناهم محروبين!" قال أبو بكر: "يا رسول الله، خرجت عامدا لهذا البيت، لا تريد قتل أحد ولا حرب أحد، فتوجه له، فمن صدنا عنه قاتلناه." قال: "امضوا على اسم الله" (al-Bukhârî, 3944).

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Changement par rapport à un maylân (degré "2") intérieur pour un hukm maslahî, et cela, suite à une nouvelle réflexion :

--- Au tout début de sa maladie, le Prophète avait pensé faire mettre par écrit que Abû Bakr lui succéderait comme chef de la Communauté. Mais ensuite ce fut le tarjîh de ne pas le faire mettre par écrit qui l'emporta.
- "عن القاسم بن محمد، قال: قالت عائشة: وا رأساه، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: «ذاك لو كان وأنا حي فأستغفر لك وأدعو لك» فقالت عائشة: وا ثكلياه، والله إني لأظنك تحب موتي، ولو كان ذاك، لظللت آخر يومك معرسا ببعض أزواجك، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "بل أنا وا رأساه! لقد هممت - أو أردت - أن أرسل إلى أبي بكر وابنه وأعهد: أن يقول القائلون أو يتمنى المتمنون. ثم قلت: يأبى الله ويدفع المؤمنون، أو: يدفع الله ويأبى المؤمنون" (al-Bukhârî, 5342, 6791).
- "عن عائشة، قالت: قال لي رسول الله صلى الله عليه وسلم في مرضه: "ادعي لي أبا بكر، أباك، وأخاك، حتى أكتب كتابا، فإني أخاف أن يتمنى متمن ويقول قائل: أنا أولى. ويأبى الله والمؤمنون إلا أبا بكر" (Muslim, 2387).
Ce dialogue avec Aïcha s'est passé bien avant le dernier Jeudi (lors duquel a eu lieu l'épisode dit "du papier"), comme le prouve la relation de Dalâ'ïl un-nubuwwa de al-Bayhaqî.

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VII) Voici des cas de changements d'avis de la part du Prophète (sur lui soit la paix), après une précédente affirmation ou action (degré "3", "4" ou "5") :

Changement par rapport au tarjîh (degré "3") ou au jazm (degré "4" ou "5") d'un hukm ta'abbudî, et cela suite à une révélation :

--- Depuis qu'il était à La Mecque, le Prophète avait su par révélation que les personnes mortes incroyantes sont châtiées dans leur tombe : Dieu avait alors déjà révélé : "وَحَاقَ بِآلِ فِرْعَوْنَ سُوءُ الْعَذَابِ النَّارُ يُعْرَضُونَ عَلَيْهَا غُدُوًّا وَعَشِيًّا وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ أَدْخِلُوا آلَ فِرْعَوْنَ أَشَدَّ الْعَذَابِ" (Coran 40/45-46). Cependant, à cette période-là, le Prophète n'avait alors pas encore reçu de Dieu l'information que des personnes mortes avec la foi voulue (Asl ul-îmân) aussi sont menacées d'un long châtiment de la tombe, et ce pour cause de manquements dans les actions obligatoires (Kamâl ul-îmân) : il ne sut cela qu'en l'an 10 de l'hégire. Avant cela il savait seulement que de telles personnes pouvaient subir un petit quelque chose de momentané (comme cela était arrivé à Sa'd ibn Mu'âdh, décédé en l'an 5 de l'hégire).

En fait, à Médine, une juive qui se rendait auprès de Aïcha, épouse du Prophète, lui dit : "Que Dieu te préserve du châtiment de la tombe !" Cette juive était venue demander quelque chose à Aïcha (al-Bukhârî 1002, Muslim 903). Intriguée, Aïcha s'en enquit auprès du Prophète (Ahmad). Celui-ci lui répondit alors ce qui montre qu'il pensait alors que ce sont seulement les gens qui meurent en étant "kâfir" qui subissent le châtiment de la tombe (et donc que seule l'absence de Asl ul-îmân est la cause d'un long châtiment dans le monde de la tombe).
Mais, peu de temps après, il reçut l'information venant de Dieu que cela pouvait toucher aussi des gens morts avec la foi voulue (à cause de manquements dans Kamâl ul-îmân). Cela se passa lors de l'éclipse solaire. (Cf. Fat'h ul-bârî 3/299-300).)

"عن عمرة، أن يهودية أتت عائشة تسألها، فقالت: "أعاذك الله من عذاب القبر!" قالت عائشة: فقلت: "يا رسول الله يعذب الناس في القبور؟" قالت عمرة: فقالت عائشة: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "عائذا بالله!" ثم ركب رسول الله صلى الله عليه وسلم ذات غداة مركبا، فخسفت الشمس، قالت عائشة: فخرجت في نسوة بين ظهري الحجر في المسجد، فأتى رسول الله صلى الله عليه وسلم من مركبه، حتى انتهى إلى مصلاه الذي كان يصلي فيه، فقام وقام الناس وراءه، قالت عائشة: فقام قياما طويلا، ثم ركع، فركع ركوعا طويلا، ثم رفع، فقام قياما طويلا وهو دون القيام الأول، ثم ركع، فركع ركوعا طويلا، وهو دون ذلك الركوع، ثم رفع وقد تجلت الشمس، فقال: "إني قد رأيتكم تفتنون في القبور كفتنة الدجال." قالت عمرة: فسمعت عائشة، تقول: فكنت أسمع رسول الله صلى الله عليه وسلم بعد ذلك يتعوذ من عذاب النار وعذاب القبر" (Muslim 903 ; al-Bukhârî 1002, 1007). (Quant au 1306, il est relaté de façon abrégée, mukhtasar.)
"عن ابن شهاب، قال: حدثني عروة بن الزبير، أن عائشة قالت: دخل علي رسول الله صلى الله عليه وسلم وعندي امرأة من اليهود، وهي تقول: "هل شعرت أنكم تفتنون في القبور؟" قالت: فارتاع رسول الله صلى الله عليه وسلم وقال: "إنما تفتن يهود." قالت عائشة: فلبثنا ليالي، ثم قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "هل شعرت أنه أوحي إلي أنكم تفتنون في القبور؟" قالت عائشة: فسمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم بعد يستعيذ من عذاب القبر" (Muslim 584).

Malgré une affirmation de la part du Prophète, la révélation est venue lui montrer que la vérité était différente seulement quelques nuits après. Certes.
Cependant, cela ne gêne pas : c'est également quelques nuits après que la révélation était venue dire au Prophète qu'il avait fait une erreur en promettant aux Mecquois de leur donner la réponse sans ajouter : "Si Dieu le veut".

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Changement par rapport au tarjîh (degré "3") ou au jazm (degré "4" ou "5") d'un hukm maslahî, et cela suite à une révélation :

--- Alors que le Prophète (sur lui soit la paix) parlait en privé à un groupe de notables mecquois, avec l'espoir qu'ils acceptent le message monothéiste, un aveugle du nom de Abdullâh ibn Ummi Maktûm vint à lui et l'appela au beau milieu de son prêche, pour lui demander de lui enseigner de ce que Dieu lui a enseigné. Le Prophète se détourna de lui, continuant son propos déjà commencé avec les notables.
Dieu reprocha alors cela à Son Messager : "Il s'est renfrogné et s'est détourné parce que l'aveugle est venu à lui. Et qui te feras savoir, peut-être qu'il se purifiera ou se se rappelera et le rappel lui profitera. Quant à celui qui se complait dans sa suffisance, tu vas avec empressement à sa rencontre. Or il n'y aura pas de tort sur toi s'il ne se purifie pas. Et quant à celui qui vient à toi avec empressement, tu ne t'en soucies pas. N'agis pas ainsi" (Coran 80/1-11).
"عن ابن عباس، قوله: {عبس وتولى أن جاءه الأعمى} قال: بينا رسول الله صلى الله عليه وسلم يناجي عتبة بن ربيعة وأبا جهل بن هشام والعباس بن عبد المطلب، وكان يتصدى لهم كثيرا، ويحرص عليهم أن يؤمنوا، فأقبل إليه رجل أعمى يقال له عبد الله بن أم مكتوم يمشي، وهو يناجيهم؛ فجعل عبد الله يستقرئ النبي صلى الله عليه وسلم آية من القرآن وقال: "يا رسول الله، علمني مما علمك الله." فأعرض عنه رسول الله صلى الله عليه وسلم وعبس في وجهه وتولى وكره كلامه، وأقبل على الآخرين. فلما قضى رسول الله صلى الله عليه وسلم وأخذ ينقلب إلى أهله، أمسك الله بعض بصره ثم خفق برأسه ثم أنزل الله: {عبس وتولى أن جاءه الأعمى وما يدريك لعله يزكى أو يذكر فتنفعه الذكرى}. فلما نزل فيه أكرمه رسول الله صلى الله عليه وسلم وكلمه، وقال له: «ما حاجتك، هل تريد من شيء؟» وإذا ذهب من عنده قال له: «هل لك حاجة في شيء؟» وذلك لما أنزل الله: {أما من استغنى فأنت له تصدى وما عليك ألا يزكى}" (at-Tabarî).

Ibn Kathîr écrit que Ibn Ummi Maktûm était alors déjà musulman.

En fait, la situation dans laquelle le Prophète setrouvait faisait qu'il y avait alors 2 options devant lui...

Le Prophète opta pour la première option : la Maslaha de la discussion avec ces notables était plus grande (car ils étaient plusieurs, leur conversion pouvait changer les choses, et il n'était pas certain qu'ils écouteraient encore plus tard) que la Maslaha du bénéfice de l'aveugle, car il était seul, et était déjà acquis au message (il reviendrait donc plus tard).

Et Dieu lui révéla que, Lui, Il aurait agréé de sa part la seconde option : c'était elle que le Prophète aurait dû choisir. Car, dans la première option, la Mafsada de préférer le bienfait d'un seul homme à celle de plusieurs notables était plus petite que la Mafsada de préférer de ce qui était de faible probabilité (zann dha'îf) à ce qui était certain (yaqîn).

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Changement par rapport au tarjîh (degré "3") ou au jazm (degré "4" ou "5") d'un hukm maslahî, et cela par conviction de la plus grande pertinence de la proposition d'un Compagnon :

--- Ainsi, à Badr, en tant que chef de l'armée musulmane, le Prophète (sur lui soit la paix) choisit ce qu'il pensait être le meilleur endroit où se tiendrait son armée face aux Mecquois. Mais quel était précisément cet endroit, il le choisit non pas en fonction d'une indication de la révélation divine mais selon sa réflexion personnelle en tant qu'être humain : il s'agissait donc d'un ijtihad du Prophète consistant à appliquer un principe général – faire le maximum pour assurer à son armée la victoire – à un cas précis, qu'il a considéré selon son expérience humaine personnelle ("al-ijtihâd fi-l-umûr id-dunyawiyya al-muta'alliqa bi massâlih id-dîn").
Al-Hubâb ibn Mundhir vint alors le trouver et lui dit : "Messager de Dieu, ce lieu que tu as choisi, l'as-tu fait selon une indication de la part de Dieu – de sorte que nous devions nous y tenir – ou bien n'est-ce qu'un avis personnel lié à la compréhension de l'art du combat ("am huwa-r-ra'yu wal-harbu wal-makîda") ?C'est plutôt un avis personnel lié à la compréhension de l'art du combat ("Bal huwa-r-ra'yu wa-l-harbu wa-l-makîda"), répondit-il. Eh bien ce n'est pas le meilleur lieu pour livrer bataille", lui dit al-Hubâb. Le Prophète accepta alors l'avis de al-Hubab et changea de lieu (As-Sârim, p. 191).

--- On peut également citer ici le cas où le Prophète (sur lui soit la paix) envoya Abû Hurayra donner la bonne nouvelle à tous ceux qui avaient Asl ul-îmân qu'ils entreraient au Paradis. Mais ayant rencontré Abû Hurayra, Omar ibn ul-Khattâb le fit retourner, puis, s'étant rendu auprès du Prophète, lui proposa de ne pas faire cela, car il craignait que les gens se reposent sur le libellé apparent de cette parole. Le Prophète se rangea alors à l'avis de Omar (Muslim).

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Maintien de son avis par rapport à un hukm maslahî, mais non application de celui-ci suite à la proposition d'un(de) Compagnon(s), et ce par égard pour ce(s) Compagnon(s) :

--- Lors du siège de la forteresse de at-Tâ'ïf, en l'an 8, au bout d'un moment, le Prophète dit à ses hommes : "Nous allons lever le camp demain inshâ Allâh".
Mais ses Compagnons insistèrent pour poursuivre le siège.
Le Prophète accepta donc.
Le lendemain, il y eut de nombreux blessés parmi eux. Cette fois, quand le Prophète dit : "Nous allons lever le camp", personne ne proposa plus autre chose, ce qui fit sourire le Prophète
"عن عبد الله بن عمر، قال: لما حاصر رسول الله صلى الله عليه وسلم الطائف، فلم ينل منهم شيئا، قال: "إنا قافلون إن شاء الله." فثقل عليهم، وقالوا: نذهب ولا نفتحه! وقال مرة: نقفل. فقال: "اغدوا على القتال." فغدوا فأصابهم جراح، فقال: "إنا قافلون غدا إن شاء الله"، فأعجبهم. فضحك النبي صلى الله عليه وسلم؛ وقال سفيان مرة: فتبسم" (al-Bukhârî, 4070, 5736, Muslim, 1778).
On voit ici le Prophète appliquer le contraire de l'avis pour lequel il avait du tarjîh. Cela car l'autre avis d'une part "tenait lui aussi la route" (bien que marjûh dans son esprit) et d'autre part était celui d'un grand nombre de ses hommes. Le Prophète appliqua alors cet autre avis, parce que c'est ainsi que doit être le bon chef lors d'une consultation : il doit tenir compte des souhaits de ses hommes tant que cela ne contredit aucune règle ta'abbudî. Ici, ce fut donc li 'âridh (tenir compte du souhait de ses hommes) qu'il abandonna l'application de l'avis qui lui paraissait râjih, et qu'il adopta le tarjîh de ce que ces Compagnons lui proposèrent.

--- En l'an 3 de l'hégire, lorsque les Mecquois étaient sur le point d'arriver aux portes de Médine, le Prophète (sur lui soit la paix) consulta (mashûra) ses Compagnons quant à ce qu'il fallait faire. Il présenta la préférence qu'il avait : ne pas aller rencontrer l'ennemi mais la protéger ville en se barricadant. C'était ainsi qu'il voulait empêcher l'invasion. Il avait vu en rêve que c'est comme s'il se trouvait dans une armure solide et avait vu des bovins être égorgés. Il interprétait alors l'armure comme représentant Médine (Fat'h ul-bârî 13/417). L'avis qu'il émettait lors de cette consultation (mashûra) était donc la tarjîh de se barricader à Médine et d'attendre que l'ennemi s'en aille.
- Mais un grand nombre de Compagnons (surtout ceux qui n'avaient pas participé à Badr l'an précédent) insistèrent pour aller à la rencontre de l'ennemi et lui livrer bataille.
- Suite à l'insistance de ces hommes, et vu que c'était une consultation (mashûra), le Prophète délaissa l'application de sa tarjîh pour appliquer l'avis de ce grand nombre de personnes. Il rentra donc chez lui pour se préparer et revêtir sa tenue (voir Zâd ul-ma'âd 3/193).
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Entre-temps, ces Compagnons regrettèrent d'avoir contredit ce que le Prophète jugeait plus sage, et, quand celui-ci ressortit de chez lui, ils lui dirent : "Messager de Dieu, reste [= restons] (ici) ! Car l'avis à retenir est ton avis !" (FB 13/417).
- Mais le Prophète leur dit alors que, une fois que le dirigeant avait pris la décision d'avoir recours (pour repousser l'attaquant) à l'option de la rencontre avec celui-ci et qu'il avait revêtu la tenue appropriée, il n'était plus possible, shar'an, de revenir à l'autre option : se barricader et attendre que l'attaquant s'en aille. En fait cela était comparable au fait qu'une personne sur qui le pèlerinage n'était pas obligatoire, une fois qu'elle avait fait l'intention d'aller en pèlerinage et avait revêtu la tenue appropriée, il ne lui était plus possible de revenir en arrière (Zâd ul-ma'âd 3/211, Majmû' ul-fatâwâ 14/251).
On voit ici le Prophète appliquer le contraire de l'avis pour lequel il avait du tarjîh (avis qui reposait sur son interprétation - ta'bîr - de son rêve, laquelle interprétation était zannî). Cela car l'autre avis d'une part "tenait lui aussi la route" (bien que marjûh dans son esprit) et d'autre part était celui d'un grand nombre de ses hommes. Le Prophète appliqua alors cet autre avis, parce que c'est ainsi que doit être le bon chef lors d'une consultation : il doit tenir compte des souhaits de ses hommes tant que cela ne contredit aucune règle ta'abbudî. Ici il abandonna donc l'application de l'avis qui lui paraissait râjih, et adopta le tarjîh de ce que ces Compagnons lui proposèrent : li 'âridh.
Par la suite il ne put plus adopter son premier avis, auquel ses Compagnons étaient revenus, parce que cela aurait, cette fois, contredit une règle ta'abbudî.Par la suite il ne put plus adopter son premier avis, auquel ses Compagnons étaient revenus, parce que cela aurait, cette fois, contredit une règle ta'abbudî.

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–- Maintien de sa tarjîh (degré "3") du hukm maslahî, et abandon de l'application de ce hukm suite à l'insistance de certains Compagnons, mais avec un léger mécontentement :

--- C'est ce qui semble s'être passé avec le fameux épisode du papier, le Jeudi ayant précédé son décès.
----- Si le Prophète avait en lui la décision ferme et catégorique (jazm) (degré "4" ou "5") de faire écrire cela, il n'aurait pas abandonné, malgré le désaccord qui éclata à ce sujet entre certains Compagnons, de faire amener un support et de dicter ce qu'il avait pensé dicter (FB 1/276 ; 8/169).
----- Mais il ne le fit pas. Il n'y avait donc pas, même avant l'expression de leur désaccord, eu jazm, mais seulement tarjîh de sa part quant au fait de faire écrire ce papier. Et après l'expression de leur désaccord, s'il ne demanda plus de mettre à exécution ce tarjîh, peut-être pensait-il toujours que faire écrire cela était Râjih (il maintenait donc ce qu'il avait pensé d'abord) ("ويحتمل أن يكون المعنى فإن امتناعي من أن أكتب لكم خير مما تدعونني إليه من الكتابة. قلت: ويحتمل عكسه أي الذي أشرت عليكم به من الكتابة خير مما تدعونني إليه من عدمها؛ بل هذا هو الظاهر" : FB 8/168) ; mais, ayant constaté leur désaccord, il ne le fit pas faire li 'âridh.
Ici, ce fut cependant avec un léger mécontentement (qui transparaît dans ce qu'il dit alors) :
------- soit parce que le caractère Râjih était plus accentué que dans le cas précédent ;
------- soit par rapport à leur désaccord, avec élévation de voix, en sa présence par rapport à son hukm.

-
–- Un cas différent : il n'y a pas eu une proposition différente de ce que le Prophète avait dit ; il y a eu 2 interprétation de ce qu'il avait dit, et ce par rapport à une situation imprévue :

--- C'est ce qui s'est passé lors du fameux épisode survenu après sa parole : "Que personne n'accomplisse la prière de al-'asr [fin d'après-midi] si ce n'est chez les Banû Qurayza". Mis au courant des 2 interprétations qui avaient vu le jour de cette parole lorsqu'un nombre de ses Compagnons étaient encore en chemin alors que le soleil allait se coucher, il ne dit rien. En fait, même s'il savait ce qu'il avait voulu dire par cette phrase, il a exprimé par son silence ce qui suit : les faits (qu'il ne pouvait pas prévoir) ont entraîné l'entrée en contradiction du sens littéral (ma'nâ zâhirî) de sa parole avec le principe général extrait de ses autres paroles (devoir accomplir la prière de al-'asr avant le coucher du soleil, pas après). C'est ce qui a occasionné la divergence d'interprétations. Face à cette divergence d'interprétations (qu'il ne pouvait pas prévoir), il a immédiatement compris qu'il y avait sur la question une "possibilité de divergence d'interprétations" ("li-l-ikhtilâfi fi-l-mas'alati massâgh"). Et, bien qu'une seule des 2 interprétations fût juste, il ne dit rien parce que :
- soit il n'avait qu'un penchant vers (maylân ilâ) le fait de considérer tel avis juste (par zann mujarrad) ;
- soit il n'avait que tarjîh de tel avis sur tel autre (par zann ghâlib) : il pensait que, bien que c'est telle argumentation qui est correcte, l'autre argumentation "tenait quand même la route", et, bien que marjûh dans son esprit, n'était éloigné de celle de l'avis juste qu'à une mesure "zannî".

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Changement par rapport au tarjîh (degré "3") ou au jazm (degré "4" ou "5") d'un hukm maslahî, et cela suite à l'expérience du Réel :

--- Lors du pèlerinage d'Adieu, en l'an 10, un certain nombre de Compagnons avaient prononcé la formule de sacralisation avec l'intention d'accomplir seulement le grand pèlerinage.
Mais, après qu'ils eurent accompli les rites de ce qui devait constituer le début du grand pèlerinage, le Prophète ordonna, par maslaha :
- de changer leur intention et considérer les rites déjà accomplis comme constituant un petit pèlerinage,
- et de quitter l'état de sacralisation jusqu'au matin du 8 dhu-l-hijja, date du début des rites du grand pèlerinage.
Il ordonna cela à : "ceux qui n'avaient pas emmené avec eux d'animal destiné au sacrifice."

Certains Compagnons rechignèrent alors à le faire :
- à changer l'intention qu'ils avaient faite auparavant (Muslim, 1216/143),
- et à sortir de l'état de sacralisation (avec tout ce que cela entraîne de licite) à seulement quelques jours du grand pèlerinage (al-Bukhârî, Muslim 1216/141). Cela leur semblait nuire à la piété.

Le Prophète fut mécontent de cette hésitation à appliquer ce qu'il disait : "عن عائشة رضي الله عنها، أنها قالت: قدم رسول الله صلى الله عليه وسلم لأربع مضين من ذي الحجة، أو خمس، فدخل علي وهو غضبان فقلت: من أغضبك، يا رسول الله؟ أدخله الله النار، قال: «أوما شعرت أني أمرت الناس بأمر، فإذا هم يترددون؟» - قال الحكم: كأنهم يترددون أحسب - «ولو أني استقبلت من أمري ما استدبرت، ما سقت الهدي معي حتى أشتريه، ثم أحل كما حلوا" (Muslim, 1211).

Il leur tint alors un discours dans lequel il insista sur l'application de son ordre. Il leur rappela alors qu'il était le plus pieux d'entre eux, et ajouta : "N'était-ce les animaux de sacrifices avec moi (emmenés depuis Médine), j'aurais (moi aussi) fait ce que je vous ordonne de faire. Mais aucune action interdite (à cause de l'état de sacralisation) ne peut devenir licite pour moi tant que l'animal de sacrifice ne parvient à sa destination." Il ajouta : "Si j'avais prévu auparavant ce que j'ai su après, je n'aurais pas emporté les animaux du sacrifice" (al-Bukhârî, Muslim 1216).

Voyez : c'est suite à cette expérience qu'il s'est dit que s'il avait su ce qui allait se passer, il n'aurait pas emmené les animaux de sacrifice depuis Médine.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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