Le prophète-roi David et les deux disputeurs

Alors qu'auparavant les différentes tribus constituant les fils d'Israël luttaient contre les Philistins sans disposer d'une direction unique (c'était la période dite "des Juges"), à un moment donné ils demandèrent à leur prophète d'alors, Samuel, de leur susciter un roi, sous la direction duquel ils pourraient combattre (avec plus d'efficacité) leur ennemi.

C'est ainsi que Saül fut désigné roi. David fils de Jessé se révéla à l'occasion d'une bataille, où il tua Goliath. Des éléments parmi ces événements figurent en Coran 2/246-251.

Plus tard ce fut David qui devint roi, succédant ainsi à Saül.

Le Coran enseigne que David fils de Jessé ne fut pas seulement un roi, mais aussi un prophète de Dieu. Dieu dit de David : "Et Nous renforçâmes sa royauté" (Coran 38/20). Mais il dit aussi de lui : "Et Nous avons donné de plus grandes faveurs à certains prophètes par rapport à d'autres, et Nous avons donné à David les Psaumes" (Coran 17/55) : on voit ici que David est classé parmi les prophètes, et que ce fut Dieu qui lui révéla les Psaumes (soit son texte même, soit son sens uniquement, la composition des termes étant alors de David) ; "Et Nous avions écrit dans les Psaumes, après l'Evocation (dhikr), que la Terre, en hériteront Mes pieux serviteurs" (Coran 21/105).

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Un passage du Coran mettant en scène le prophète-roi David (sur lui soit la paix) :

"اصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَاذْكُرْ عَبْدَنَا دَاوُودَ ذَا الْأَيْدِ إِنَّهُ أَوَّابٌ {38/17} إِنَّا سَخَّرْنَا الْجِبَالَ مَعَهُ يُسَبِّحْنَ بِالْعَشِيِّ وَالْإِشْرَاقِ {38/18} وَالطَّيْرَ مَحْشُورَةً كُلٌّ لَّهُ أَوَّابٌ {38/19} وَشَدَدْنَا مُلْكَهُ وَآتَيْنَاهُ الْحِكْمَةَ وَفَصْلَ الْخِطَابِ {38/20
وَهَلْ أَتَاكَ نَبَأُ الْخَصْمِ إِذْ تَسَوَّرُوا الْمِحْرَابَ {38/21} إِذْ دَخَلُوا عَلَى دَاوُودَ فَفَزِعَ مِنْهُمْ قَالُوا لَا تَخَفْ خَصْمَانِ بَغَى بَعْضُنَا عَلَى بَعْضٍ فَاحْكُم بَيْنَنَا بِالْحَقِّ وَلَا تُشْطِطْ وَاهْدِنَا إِلَى سَوَاء الصِّرَاطِ {38/22} إِنَّ هَذَا أَخِي لَهُ تِسْعٌ وَتِسْعُونَ نَعْجَةً وَلِيَ نَعْجَةٌ وَاحِدَةٌ فَقَالَ أَكْفِلْنِيهَا وَعَزَّنِي فِي الْخِطَابِ {38/23} قَالَ لَقَدْ ظَلَمَكَ بِسُؤَالِ نَعْجَتِكَ إِلَى نِعَاجِهِ وَإِنَّ كَثِيرًا مِّنْ الْخُلَطَاء لَيَبْغِي بَعْضُهُمْ عَلَى بَعْضٍ إِلَّا الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَقَلِيلٌ مَّا هُمْ وَظَنَّ دَاوُودُ أَنَّمَا فَتَنَّاهُ فَاسْتَغْفَرَ رَبَّهُ وَخَرَّ رَاكِعًا وَأَنَابَ {38/24} فَغَفَرْنَا لَهُ ذَلِكَ وَإِنَّ لَهُ عِندَنَا لَزُلْفَى وَحُسْنَ مَآبٍ {38/25
يَا دَاوُودُ إِنَّا جَعَلْنَاكَ خَلِيفَةً فِي الْأَرْضِ فَاحْكُم بَيْنَ النَّاسِ بِالْحَقِّ وَلَا تَتَّبِعِ الْهَوَى فَيُضِلَّكَ عَن سَبِيلِ اللَّهِ إِنَّ الَّذِينَ يَضِلُّونَ عَن سَبِيلِ اللَّهِ لَهُمْ عَذَابٌ شَدِيدٌ بِمَا نَسُوا يَوْمَ الْحِسَابِ {38/26"


"[O Muhammad] fais preuve de patience face à ce qu'ils [= tes détracteurs] disent. Et rappelle-toi Notre serviteur David, celui qui était doué de force [dans l'adoration de Dieu] ; il se repentait beaucoup. Nous avions soumis les montagnes avec lui, à glorifier Dieu soir et matin, ainsi que les oiseaux assemblées en masse. Chacun étant à Lui obéissant. Et Nous renforçâmes sa royauté, et lui donnâmes la sagesse et le propos décisif.

Et la nouvelle des disputeurs t'est-elle parvenue ? Lorsqu'ils escaladèrent le mur du sanctuaire. Lorsqu'ils entrèrent auprès de David, celui-ci fut alors effrayé par eux. Ils lui dirent : "N'aie pas peur. (Nous sommes) deux disputeurs, l'un de nous a agi injustement vis-à-vis de l'autre ; rends donc le jugement entre nous selon l'équité, ne sois pas injuste, et guide-nous vers la droiture du chemin. Celui-ci est mon frère, il a quatre-vingt-dix neuf brebis, et je n'en ai qu'une. Il m'a dit : "Confie-la-moi", et il a insisté avec moi en (me) parlant." (David) dit : "Il a été certes injuste envers toi en demandant de joindre ta brebis aux siennes. Et beaucoup de personnes sont injustes envers leurs associés, sauf qui ont la foi et font les bonnes actions – et peu nombreux sont ceux-là." Et David pensa alors que Nous l'avions mis à l'épreuve, il demanda pardon à Son Seigneur, tomba prosterné et se repentit.

Nous lui pardonnâmes cela. Et il aura une place proche de Nous et un beau refuge. "David, Nous avons fait de toi un lieutenant sur terre ; juge donc selon l'équité parmi les gens, et ne suis pas l'envie, car elle t'égarerait du chemin de Dieu." Ceux qui s'égarent du chemin de Dieu auront un dur châtiment, parce qu'ils auront oublié le Jour des Comptes" (Coran 38/17-26).

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Notes :

Le fait qu'il y ait eux deux disputeurs ("khasmâni") alors qu'au début le verbe "escalader" a été employé non pas au duel (muthannâ) mais au pluriel (jam') ("tassawwarû") s'explique soit par le fait que chacun des deux disputeurs était accompagné par des partisans ; ou bien il y avait seulement les deux disputeurs, mais le pluriel a été exceptionnellement employé au lieu du duel (Bayân ul-qur'ân, note de bas de page).

Certains commentateurs sont d'avis que ces deux disputeurs furent deux anges envoyés à David sous forme humaine (Tafsîr ul-Qurtubî).

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Que signifie ce passage ? En quoi Dieu a-t-Il éprouvé Son serviteur David (sur lui soit la paix) ?

Les Commentateurs classiques du Coran ont avancé plusieurs interprétations quant à la signification de ce passage coranique (voir Ahkâm ul-qur'ân de Ibn ul-'Arabî, et Tafsîr ul-Qurtubî). Nous en citerons ci-après deux…

A) Une première interprétation :

D'après une première interprétation, l'erreur que le prophète David (sur lui soit la paix) a faite ici est qu'il a rendu le jugement après avoir entendu un seul des deux disputeurs, le plaignant (al-mudda'î), et n'a pas attendu, comme il aurait dû le faire, d'entendre au préalable le défendeur (al-mudda'â 'alayh) (interprétation relatée in Ahkâm ul-qur'ân 4/56).

Car quand les deux disputeurs sont devant le juge, il est bien entendu obligatoire d'entendre les deux avant de rendre le jugement : le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) avait dit à 'Alî lorsqu'il l'avait envoyé comme juge (qâdhî) : "Lorsque les deux disputeurs s'assoient devant toi, ne rends pas le jugement avant d'avoir écouté (aussi) de l'autre, comme tu auras écouté de l'un ; ceci sera plus à même que le jugement (juste) t'apparaisse" (Abû Dâoûd, 3582, at-Tirmidhî, 1331).

--- Si seulement le plaignant est présent tandis que l'autre personne est absente du tribunal mais se trouve dans la ville, alors d'après la majorité des ulémas le juge doit attendre de l'entendre lui aussi avant de rendre le jugement (Al-Mughnî 13/631-634).
--- Et si seulement un disputeur est présent tandis que l'autre est absent de la ville même, alors, d'après certains ulémas, le juge doit quand même attendre de l'entendre avant de rendre le jugement (Al-Mughnî 13/631-634).

Il est vrai que le Prophète, questionné par Hind au sujet des dépenses liées au ménage, a dit à celle-ci ce qu'elle pouvait faire, et ce alors même que son mari Abû Sufyân n'était pas présent. Cependant, il y a divergence quant à la question de savoir si le Prophète a alors rendu un qadhâ, ou a seulement énoncé une fatwâ (cf. Al-Ihkâm fî tamyîz il-fatwâ 'an il-ahkâm, al-Qarâfî, pp. 112-114). Al-Qarâfî pense que l'avis pertinent est que le Prophète n'a alors pas rendu un jugement (qadhâ) mais a énoncé une règle (fatwa) et que celle-ci est donc applicable (mas'alat uz-zafar) sans qu'il y ait besoin du jugement d'un juge (cf. Al-Furûq, farq 36 et farq 224).

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B) Une autre interprétation, celle de Ibn ul-'Arabî :

Ibn ul-'Arabî a donné préférence à une autre interprétation, celle qui va suivre ; il pense de la première qu'elle est erronée et qu'un prophète ne peut pas commettre aussi grande erreur que celle de n'écouter qu'une seule des deux parties ; le texte coranique, dit-il, est elliptique, et il faut comprendre que l'autre partie a acquiescé (Ahkâm ul-qur'ân 4/55). Selon l'interprétation à laquelle Ibn ul-'Arabî a donné préférence, ce passage coranique renvoie, pour ses détails, à un passage biblique dont le fond est vrai mais dont certains détails sont erronés.

Voici ce passage biblique (Deuxième livre de Samuel, qui fait partie des Neviim) (la traduction qui suit est celle de sefarim.fr) :

"Au renouvellement de l'année, époque où les rois entrent en campagne, David envoya Joab avec ses officiers et tout Israël, avec ordre de porter le ravage chez les Ammonites et d'assiéger Rabba, tandis que lui-même restait à Jérusalem.

Vers le soir, David se leva de sa couche et se promena sur la terrasse de la demeure royale, d'où il aperçut une femme qui se baignait : cette femme était fort belle. David prit des informations sur cette femme. On lui répondit : "Mais c'est Bethsabée, la fille d'Eliam, l'épouse d'Urie le Héthéen !"

David envoya des émissaires pour la chercher ; elle se rendit auprès de lui, et il cohabita avec elle (elle venait de se purifier de son impureté), puis elle retourna dans sa maison. Cette femme devint enceinte et elle envoya dire à David : "Je suis enceinte."

David fit parvenir ce message à Joab : "Envoie-moi Urie le Héthéen" ; et Joab envoya Urie à David. Urie étant arrivé chez lui, David s'informa du bien-être de Joab, du bien-être du peuple et du succès de la campagne. Puis David dit à Urie : "Rentre chez toi et lave-toi les pieds." Urie sortit de la maison du roi, et on le fit suivre d'un présent du roi. Mais Urie se coucha à l'entrée de la maison royale, avec les autres serviteurs de son maître, et ne rentra point dans sa demeure. On apprit à David qu'Urie n'était pas rentré chez lui; et David dit à Urie : "Eh quoi ! tu reviens de voyage, pourquoi donc n'es-tu pas descendu dans ta demeure ?" Urie répondit à David : "L'Arche, Israël et Juda logent sous la tente, mon maître Joab et les officiers de mon prince campent en plein champ, et moi j'entrerais dans ma maison pour manger et boire, et pour reposer avec ma femme ! Par ta vie, par la vie de ton âme, je ne ferai point pareille chose." David répliqua à Urie : "Reste ici aujourd'hui encore et demain je te laisserai partir." Urie resta à Jérusalem ce jour-là et le lendemain. David le manda, le fit manger et boire devant lui, et l'enivra. Urie le quitta le soir, coucha dans le même gîte avec les serviteurs de son maître, mais ne descendit pas dans sa demeure.

Le lendemain matin, David écrivit une lettre à Joab et chargea Urie de la remettre. Il avait écrit dans cette lettre "Placez Urie à l'endroit où la lutte est la plus violente, puis éloignez-vous de lui, pour qu'il soit battu et qu'il succombe." Or, comme Joab observait la ville, il plaça Urie à l'endroit où il savait que se trouvaient les plus braves. Les gens de la ville firent une sortie et attaquèrent Joab ; un certain nombre tombèrent parmi le peuple, parmi les serviteurs de David ; Urie le Héthéen périt avec eux. Joab envoya un rapport à David sur tous les détails du combat. Et il donna l'ordre suivant au messager : (…)" (2 Samuel, 11/1-19).

"Le messager partit et arriva auprès de David, à qui il rapporta tout ce dont Joab l'avait chargé. Et il dit à David : "Ces hommes avaient eu d'abord le dessus en marchant sur nous en rase campagne, puis nous les avons refoulés jusqu'au seuil de la porte. Mais, du haut de la muraille, les archers ont tiré sur tes serviteurs, et plusieurs des serviteurs du roi ont péri, et ton serviteur Urie le Héthéen a péri également."

David répondit au messager : "Parle ainsi à Joab : Ne te chagrine pas de cet événement, le glaive frappe ainsi de ci de là. Attaque avec vigueur la ville et détruis-la ! Et relève ainsi son courage."

Le temps du deuil écoulé, David la fit amener dans sa demeure, la prit pour femme, et elle lui donna un fils…

L'action commise par David déplut à l'Eternel" (2 Samuel, 11/22-27).

Dans le chapitre suivant, il est dit que ce fut un personnage nommé Nathan qui vint trouver David, et une conversation eut lieu entre eux…

"Envoyé par le Seigneur vers David, Nathan alla le trouver et lui dit : "Deux hommes habitaient une même ville, l'un riche, l'autre pauvre. Le riche possédait menu et gros bétail en très grande quantité. Mais le pauvre ne possédait rien qu'une petite brebis, qu'il avait achetée. Il la nourrissait, et elle grandissait auprès de lui et de ses enfants, mangeant de son pain, buvant dans sa coupe, reposant sur son sein, traitée comme sa fille. Or, l'homme riche reçut la visite d'un voyageur, et, trop ménager de ses propres bêtes pour en offrir une à son hôte, il s'empara de la brebis du pauvre et la servit à l'hôte qui était venu chez lui…"

David entra dans une grande colère contre cet homme et dit à Nathan: "Par le Dieu vivant ! Il mérite la mort, l'auteur d'une telle action ; et la brebis, il doit en payer quatre fois la valeur, parce qu'il a commis cet acte et n'a pas eu de pitié !"

Nathan dit à David : "Cet homme, c'est toi-même ! Ainsi a parlé l'Eternel, Dieu d'Israël : Je t'ai sacré roi d'Israël, je t'ai préservé de la main de Saül ; je t'ai donné la maison de ton maître, j'ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, je t'ai établi chef de la maison d'Israël et de Juda ; et si c'était trop peu, je t'en aurais encore ajouté tant et plus. Pourquoi donc as-tu méprisé la parole du Seigneur et fait ce qu'il lui déplaît ? Tu as fait périr par le glaive Urie le Héthéen et pris sa femme pour épouse; oui, tu l'as tué par l'épée des Ammonites. Eh bien ! L'épée ne cessera jamais de menacer ta maison, parce que tu m'as méprisé, parce que tu as pris la femme d'Urie le Héthéen pour en faire ton épouse. Ainsi a parlé le Seigneur : Je susciterai le malheur contre toi, de ta propre maison ; je prendrai tes femmes, toi vivant, et je les donnerai à l'un des tiens, et il aura commerce avec elles à la face de ce soleil ! Si tu as agi, toi, clandestinement, moi j'exécuterai cette menace en présence de tout Israël et à la face du soleil."

David dit à Nathan : "J'ai péché envers le Seigneur…"

Et Nathan répondit à David : "Eh bien ! Le Seigneur a effacé ta faute : tu ne mourras point. Toutefois, comme tu as, par ce péché, induit en blasphème les ennemis du Seigneur, l'enfant qui t'est né doit mourir."

Nathan regagna sa demeure et Dieu frappa l'enfant que la femme d'Urie avait donné à David ; il tomba gravement malade" (12/1-15).

La suite du texte dit que David implore Dieu en faveur de l'enfant, jeûne, dort par terre, mais l'enfant finit par mourir (12/18). Ayant appris cela, d'après le texte biblique, David entre dans la Maison de Dieu et se prosterne (12/20) ; puis il rompt son jeûne (12/21-23).

Plus loin on lit : "David réconforta sa femme Bethsabée. Il cohabita de nouveau avec elle, et elle enfanta un fils qu'elle nomma Salomon et qui fut aimé du Seigneur. Sur une mission donnée au prophète Nathan, on le surnomma Yedidya en considération du Seigneur" (12/24-25).

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Le Coran et le texte biblique :

Le Coran se présente comme confirmateur de l'Ecriture l'ayant précédé (mussaddiqan li mâ bayna yadayhi min al-kitâb) en même temps que prédominant par rapport à elle (muhayminan 'alayh) (Coran 5/48). Il rétablit donc la vérité au sujet d'un certain nombre de choses se trouvant dans les Ecritures dont les juifs et les chrétiens disposent depuis avant sa venue.

Le fait est que les musulmans croient que des erreurs se sont glissées au fil du temps dans les Ecritures ayant précédé le Coran. La question se pose de savoir quelle part d'erreur a pu prendre place dans les Ecritures dont les juifs et les chrétiens disposent aujourd'hui : la majorité des données de ces Ecritures est-elle fiable, ou seulement une infime partie d'elles, les Ecritures actuelles ne reproduisant alors plus rien des Ecritures originelles ? A l'instar de Ibn Taymiyya, des ulémas disent que les Ecritures dont les juifs et les chrétiens d'aujourd'hui disposent et qu'ils présentent sous les noms de "Torah, Psaumes et Evangiles" renferment une partie conséquente des Ecritures laissées à l'origine par les prophètes en question, ainsi qu'une partie conséquente de relations correctes, par des simples chroniqueurs, des événements s'étant produits ; à côté de cela il est une partie qui est constituée d'éléments non authentiques (waqa'a-t-taghyîru fî juz'in minhâ faqat : fî qalîlin minhâ / fî kathîrin minhâ ghayr-il-akthar / fî aktharihâ ghayr-il-mu'zam) (cf. Fat'h ul-bârî 13/642 ; voir aussi et surtout Al-Jawâb us-sahîh, 1/319-320). Dès lors, quand le Coran "déclare véridique" – c'est-à-dire relevant du message de Dieu destiné à l'orientation des hommes – la Torah, les Psaumes et l'Evangile, il parle en fait de la partie originelle des Ecritures révélées, toujours présente dans ces Livres religieux, ainsi que de la partie authentique des événements étant narrés dans ces Livres. On peut voir que des traducteurs chrétiens eux-mêmes parlent d'erreurs présentes dans différents passages du texte biblique ; nous avons recopié certains de leurs écrits, avec les références, dans un autre article.

Par contre je ne suis pas de l'avis selon lequel il y aurait eu falsification, par les fils d'Israël, de leurs Ecritures ; je suis de l'avis de Ibn Khaldûn, qui écrit : "وأما ما يقال من ان علماءهم بدلوا مواضع من التوراة بحسب أغراضهم في ديانته، فقد قال ابن عباس على ما نقل عنه البخاري في صحيحه إن ذلك بعيد. وقال: معاذ الله ان تعمد أمة من الامم إلى كتابها المنزل على نبيها فتبدله أو ما في معناه. قال: وانما بدلوه وحرفوه بالتأويل. ويشهد لذلك قوله تعالى: "وعندهم التوراة فيها حكم الله"؛ ولو بدلوا من التوراة ألفاظها لم يكن عندهم التوراة التى فيها حكم الله. وما وقع في القرآن الكريم من نسبة التحريف والتبديل فيها إليهم فانما المعنى به التأويل. اللهم الا أن يطرقها التبديل في الكلمات على طريق الغفلة وعدم الضبط وتحريف من لا يحسن الكتابة بنسخها فذلك يمكن في العادة؛ لا سيما وملكهم قد ذهب وجماعتهم انتشرت في الآفاق واستوى الضابط منهم وغير الضابط والعالم والجاهل ولم يكن وازع يحفظ لهم ذلك لذهاب القدرة بذهاب الملك؛ فتطرق من أجل ذلك إلى صحف التوراة في الغالب تبديل وتحريف غير معتمد من علمائهم وأحبارهم. ويمكن مع ذلك الوقوف على الصحيح منها إذا تحرى القاصد لذلك بالبحث عنه" : "Quant à ce qui est dit que leurs savants ont modifié des passages de la Torah conformément à leurs intérêts religieux, Ibn Abbâs a dit, d'après ce que al-Bukhârî a rapporté de lui dans son Sahîh : "Cela est peu probable". Il a dit en substance : "A Dieu ne plaise qu'une nation parmi les nations falsifie volontairement le livre qu'elle a reçu, révélé à son prophète !" Il a dit : "C'est par une interprétation erronée ("ta'wîl") (de certains passages) de leur part qu'il y a modification [du sens de certaines parties du message donné par Dieu] [et non par une falsification délibérée du texte même]." Va dans le sens de ces propos la parole de Dieu qui dit : "alors qu'auprès d'eux se trouve la Torah dans laquelle se trouve le jugement de Dieu" : s'ils avaient modifié les mots de la Torah, il n'y aurait pas "auprès d'eux la Torah dans laquelle se trouve le jugement de Dieu". Et ce qui dans le Coran est dit de changement volontaire de leur part, cela concerne l'interprétation (qu'ils font de certains de leurs textes). Sauf qu'une modification dans les mots a pu se glisser par la voie de l'inattention, de l'absence de précision, et d'une modification de la part de qui ne sait pas bien écrire en recopiant ; cela est possible habituellement. D'autant que leur royaume a été détruit et que leur communauté a été dispersée en différents horizons ; que sont devenus (alors) égaux celui qui a la maîtrise et celui qui ne l'a pas, le savant et l'ignorant ; et qu'ils ne disposaient pas d'une cause qui aurait préservé cela pour eux, à cause de la disparition de la capacité, due à la disparition du royaume. A cause de cela, s'est glissé dans les feuilles de la Torah un changement involontaire dans les mots, de la part de leurs savants et érudits. Malgré cela, il est possible de prendre connaissance de ce qui en est authentique, lorsque le chercheur recherche cela en l'explorant" (Târîkh Ibn Khaldûn, 2/7-8). Ibn Khaldûn fait apparemment allusion, ici, à la destruction du royaume de Juda par Nabuchodonosor en – 587 : il s'agit en effet d'un tournant dans l'histoire des fils d'Israël et dans la conservation de leurs Ecritures : plus tard, on tenta de reconstituer le texte. Par contre, ce que Ibn Khaldûn attribue ici à Ibn Abbâs sur la foi de al-Bukhârî, cela est certes présent dans le Jâmi' Sahîh de al-Bukhârî (kitâb ut-tahwîd, bâb 55), mais est-ce réellement Ibn Abbâs qui l'a dit, cela a été discuté par Ibn Hajar (cf. Fat'h ul-bârî 13/641-642). A cela il faut ajouter, comme nous y avons fait allusion plus haut, que parfois il s'agit de simples erreurs de narration, lorsqu'il s'agit de chroniques compilées parfois des décennies, voire quelques siècles plus tard ; ces chroniques sont comparables aux ouvrages musulmans de Sîra et de Târîkh : si les chroniqueurs s'efforcent de relater ce qui s'est passé, parfois ils sont induits en erreur par ceux dont ils recueillent les informations, d'autres fois ils relatent telles quelles différentes versions, divergentes, du même événement.

(Cliquez ici pour lire notre article au sujet de l'authenticité des textes des Révélations antérieures.)

Tout ceci fait qu'il s'agit de faire, à la lumière des données du texte coranique, une distinction dans l'ensemble des données du texte biblique :
– les données bibliques que le Coran confirme explicitement, nous y croyons ;
– celles qu'il contredit explicitement ou par principe, nous croyons qu'elles relèvent de ces erreurs qui se sont glissées dans le texte biblique ;
– enfin, celles qu'il ne confirme ni ne contredit, nous les citons, mais sans affirmer qu'il s'agit de la vérité ni dire que cela est erroné.

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Muni de ces outils, que peut-on prendre et que doit-on ne pas prendre dans le récit biblique susmentionné ?

Dans ce récit, deux épisodes sont évidemment erronés :
– le fait que David ait commis l'adultère avec Bethsabée et qu'il ait conçu ainsi un enfant : "وقد روي عن علي أنه قال: لا يبلغني عن أحد أنه يقول: "إن داود عليه السلام ارتكب من تلك المرأة محرما إلا جلدته مائة وستين سوطا، فإنه يضاعف له الحد حرمة للنبي". وهذا مما لا يصح عنه. فإن قيل: فما حكمه عندكم؟ قلنا: أما من قال إن نبيا زنى فإنه" (Ahkâm ul-qur'ân 4/57) ;
– et le fait que David ait manigancé pour faire tuer Urie au combat : "وأما قولهم: أنها لما أعجبته أمر بتقديم زوجها للقتل في سبيل الله، فهذا باطل قطعا؛ لأن داود عليه السلام لم يكن ليريق دمه في غرض نفسه" (Ahkâm ul-qur'ân 4/54) (voir aussi 4/56).
En effet, la croyance musulmane est que les prophètes de Dieu ne font pas de grand péché (kabîra) (cliquez ici pour en savoir plus).

Le rédacteur de ce passage du texte biblique s'est également trompé quand il a écrit que ce fut Nathan qui fut chargé de faire comprendre à David que son action était mauvaise. Le Coran affirme que ce furent deux personnes (peut-être des anges, venus sous forme humaine, comme nous l'avons vu plus haut) qui furent envoyés par Dieu afin de faire prononcer à David la sentence disant qu'il avait fait agi de façon déplacée, car "David comprit que" Dieu "l'avait mis à l'épreuve".

D'autres détails du texte biblique sont également à délaisser, comme le fait que Dieu fit mourir l'enfant à cause de ce que son père avait fait.

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Et quelle fut cette action que le prophète David a faite et dont Dieu lui a fait comprendre qu'il aurait dû l'éviter ?

Le fait qu'il ait vu Bethsabée se baigner était involontaire de sa part, et ne fut donc même pas une saghîra : "وأما قولهم: إنه وقع بصره على امرأة تغتسل عريانة فلما رأته أرسلت شعرها فسترت جسدها، فهذا لا حرج عليه فيه بإجماع الأمة؛ لأن النظرة الأولى لكشف المنظور إليه، ولا يأثم الناظر بها" (Ahkâm ul-qur'ân 4/53-54).
Par contre, il est impossible que après l'avoir aperçue David ait continué à la regarder, au point de s'est empli le regard de cette vision, vu que les prophètes de Dieu sont purs de faire pareille action : "وأما من قال: إنه نظر إليها حتى شبع فلا يجوز ذلك عندي بحال؛ لأن طموح البصرلا يليق بالأولياء المتجردين للعبادة، فكيف بالأنبياء الذين هم الوسائط المكاشفون بالغيب، وقد بيناه في موضعه" (Ahkâm ul-qur'ân 4/56).

En fait, après avoir aperçu Bethsabée, celle-ci lui ayant plu au premier regard, David prit des renseignements sur qui elle était ; or, ayant appris qu'elle était une femme mariée, il a convoqué son mari Urie, et lui a demandé de divorcer de sa femme pour que lui il puisse l'épouser. Ce que Dieu lui reprocha fut donc de ne pas s'être contenté des nombreuses femmes qu'il avait déjà, mais d'avoir désiré en épouser une autre au point d'avoir demandé au mari de celle-ci d'en divorcer en sa faveur, et d'avoir insisté : "وبعد هذا فإن الذنب الذي أخبر الله عنه هو سؤاله زوجة وعدم القناعة بما كان من عدد النساء عنده؛ والشهوة لا آخر لها، والأمل لا غاية له؛ فإن متاع الدنيا لا يكفي الإنسان وحده في ظنه، ويكفيه الأقل منه؛ والذي عتب الله فيه على داود تعلق باله إلى زوج غيره، ومد عينه إلى متاع سواه حسبما نص الله عنه" (Ahkâm ul-qur'ân 4/57). "وإنما كان من الأمر أن داود قال لبعض أصحابه: انزل لي عن أهلك، وعزم عليه في ذلك، كما يطلب الرجل من الرجل الحاجة برغبة صادقة كانت في الأهل أو المال، وقد قال سعيد بن الربيع لعبد الرحمن بن عوف حين آخى رسول الله - صلى الله عليه وسلم - بينهما: ولي زوجتان، أنزل لك عن إحداهما، فقال له: بارك الله لك في أهلك ومالك. وما يجوز فعله ابتداء يجوز طلبه" (Ibid., 4/54).

Certes, le fait que le roi demande ainsi à un de ses sujets de divorcer de son épouse pour que lui il puisse se marier avec elle pourrait paraître choquant aujourd'hui. Cependant, ceci relève non pas de ce qui est "faisable" ou "pas faisable" de façon universelle, mais de ce qui est "faisable" ou "pas faisable" en fonction des usages ('urf) du pays et de l'époque, ainsi que de la situation de la personne.
Or dans certaines sociétés cela était (et est peut-être toujours) "faisable". Ibn ul-'Arabî rappelle ainsi que, parmi les Compagnons du prophète Muhammad, Sa'd ibn ur-Rabî' (médinois marié à deux femmes), proposa de lui-même à Abd ur-Rahmân ibn 'Awf (mecquois immigré à Médine), de divorcer de celle de ses deux épouses que 'Abd ur-Rahmân préférerait, afin que celui-ci puisse se marier avec elle et fonder une famille bien que ne possédant rien (car ayant laissé tous ses biens à la Mecque) ; mais 'Abd ur-Rahmân déclina sa proposition, se rendit au marché pour travailler et gagner son pain quotidien à la force de ses bras et à la sueur de son front, puis put rapidement fonder une nouvelle famille (rapporté par al-Bukhârî, 3570 etc., at-Tirmidhî 1933). Etant donné qu'il était alors et là-bas "faisable" qu'un mari propose à un homme avec qui il était proche ami de divorcer de son épouse pour qu'il puisse se marier avec elle, il était également "faisable" qu'un homme demande à un mari avec qui il était proche de divorcer de son épouse pour que lui il puisse se marier avec elle : "وإنما كان من الأمر أن داود قال لبعض أصحابه: انزل لي عن أهلك، وعزم عليه في ذلك، كما يطلب الرجل من الرجل الحاجة برغبة صادقة كانت في الأهل أو المال. وقد قال سعيد بن الربيع لعبد الرحمن بن عوف حين آخى رسول الله - صلى الله عليه وسلم - بينهما: ولي زوجتان، أنزل لك عن إحداهما، فقال له: بارك الله لك في أهلك ومالك. وما يجوز فعله ابتداء يجوز طلبه" (Ahkâm ul-qur'ân 4/54).

Ibn ul-'Arabî écrit que ce fut seulement la demande qu'il adressa qui fut mak'rûh 'âdatan : "المسألة الأولى هذا كلام مرتبط بما قبله وصى الله فيه داود؛ فيدل ذلك على أن الذي عوتب عليه طلب المرأة من زوجها، وليس ذلك بعدل. ألا ترى أن محمدا صلى الله عليه وسلم لم يطلب امرأة زيد، وإنما تكلم في أمرها بعد فراق زوجها وإتمام عدتها. وقد بينا أن هذا جائز في الجملة، ويبعد من منصب النبوة؛ فلهذا ذكر وعليه عوتب وبه وعظ" (Ahkâm ul-qur'ân 4/59).
Et quand Dieu relate que David rendit comme jugement que : "Il a été certes injuste envers toi en demandant de joindre ta brebis aux siennes", ce jugement étant valable pour ce que lui-même avait fait, Ibn ul-'Arabî souligne que le terme arabe "zulm" (traduit ici par "injustice") ne désigne pas forcément une action interdite (muharram) : il a le sens, beaucoup plus vaste, d'"action déplacée" :
--- soit que cette action est strictement interdite ("muharram"),
--- soit qu'elle est déconseillée [et constitue alors un petit péché] ("mak'rûh shar'an"),
--- soit qu'elle est une action seulement : "pas élégante" dans l'usage ("mak'rûh 'âdatan") :
"الظلم: وضع الشيء في غير موضعه. وقد يكون محرما؛ وقد يكون مكروها شرعا؛ وقد يكون مكروها عادة" (Ahkâm ul-qur'ân 4/50).

Je penche pour ma part vers le fait qu'il y eut de la part du prophète David un mak'rûh shar'an, par le fait non pas seulement d'avoir demandé à Urie de divorcer de son épouse pour que lui puisse se marier avec elle, mais par la réunion des 2 faits suivants :
--- avoir fait cette demande à un homme qui n'avait, lui, qu'une seule épouse, alors que David, lui, avait déjà de nombreuses femmes : "وبعد هذا فإن الذنب الذي أخبر الله عنه هو سؤاله زوجة وعدم القناعة بما كان من عدد النساء عنده؛ والشهوة لا آخر لها، والأمل لا غاية له؛ فإن متاع الدنيا لا يكفي الإنسان وحده في ظنه، ويكفيه الأقل منه؛ والذي عتب الله فيه على داود تعلق باله إلى زوج غيره، ومد عينه إلى متاع سواه حسبما نص الله عنه" (Ahkâm ul-qur'ân 4/57) ;
--- ne s'être contenté de le lui demander une fois mais le lui avoir demandé avec insistance (comme le montre ce que les anges lui présentèrent dans leur supposé litige) : "وإنما كان من الأمر أن داود قال لبعض أصحابه: انزل لي عن أهلك، وعزم عليه في ذلك" (Ahkâm ul-qur'ân 4/54). Cependant, cette insistance n'est pas allée jusqu'à constituer une contrainte (ik'râh) ou une forte pression (dhaght).

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Tout ceci n'est qu'une interprétation possible de ce passage coranique (et non pas la seule interprétation possible).

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Relisons-maintenant ce passage

"Et la nouvelle des disputeurs t'est-elle parvenue ?

Lorsqu'ils escaladèrent le mur du sanctuaire. Lorsqu'ils entrèrent auprès de David, celui-ci fut alors effrayé par eux. Ils lui dirent : "N'aie pas peur. (Nous sommes) deux disputeurs, l'un de nous a agi injustement vis-à-vis de l'autre ; rends donc le jugement entre nous selon l'équité, ne sois pas injuste, et guide-nous vers la droiture du chemin. Celui-ci est mon frère, il a quatre-vingt-dix neuf brebis, et je n'en ai qu'une. Il m'a dit : "Confie-la-moi", et il a insisté avec moi en (me) parlant."

(David) dit : "Il a été certes injuste envers toi en demandant de joindre ta brebis aux siennes. Et beaucoup de personnes sont injustes envers leurs associés, sauf qui ont la foi et font les bonnes actions – et peu nombreux sont ceux-là."

Et David réalisa alors que Nous l'avions mis à l'épreuve, il demanda pardon à Son Seigneur, tomba prosterné et se repentit.

Nous lui pardonnâmes cela. Et il aura une place proche de Nous et un beau refuge. "David, Nous avons fait de toi un lieutenant sur terre ; juge donc selon l'équité parmi les gens, et ne suis pas l'envie, car elle t'égarerait du chemin de Dieu." Ceux qui s'égarent du chemin de Dieu auront un dur châtiment, parce qu'ils auront oublié le Jour des Comptes" (Coran 38/21-26).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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