Les messages des différents prophètes : destinés à toute l'humanité ?

Question :

Nous savons que les messages des prophètes antérieurs à Muhammad avaient une destination régionale précise et n'étaient pas destinés à toute l'humanité. Est-ce que les hommes qui, bien que n'étant pas des fils d'Israël se sont convertis au judaïsme ou au christianisme, sont bien des Gens du Livre ? Sur un autre plan : est-elle valable auprès de Dieu, la foi de celui qui se convertit à un message qui ne lui était pas destiné ?

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Réponse :

En fait il faut savoir qu'il y a, par rapport à un prophète donné :
- d'une part son "peuple" ("qawmuhû"),
- d'autre part les "destinataires originels" de son message ("ummat ud-da'wa bi asl il-ba'tha").

Il y a ici 3 choses différentes :
– le peuple, "qawm", du prophète ;
– sa "ummat ud-da'wa" (les humains auxquels le message du prophète s'adresse de façon originelle) ;
– et sa "ummat ul-ijâba" (les humains qui ont apporté foi en le caractère véridique de ce prophète).

Dans le cas des prophètes ayant précédé le prophète Muhammad (sur eux la paix), le peuple ("qawm") du prophète était aussi le destinataire originel de son message, et ce, que ce "peuple" soit :
--- son peuple ethnique ("ummat un-nassab") (comme dans le cas des prophètes israélites),
--- ou son peuple d'adoption (comme ce fut le cas de Loth, dont ce qui est désigné comme son peuple, "qawmuhû", était en fait constitué des gens dont il n'était pas parent mais au milieu desquels il s'était installé et vivait).

Par contre, dans le cas du prophète Muhammad (sur lui la paix), il y a une différence entre "son peuple" d'une part et "les destinataires originels de son message" d'autre part :
--- "le peuple de Muhammad" ("qawmu-hû") furent les Arabes (cf. Al-Jawâb us-sahîh 1/177, Fat'h ul-bârî 6/745) ; de même que sa "ummat un-nassab" furent les Arabes descendants de Ismaël (sur lui soit la paix). Il fut donc "mab'ûth fîhim" ;
--- par contre, "les destinataires originels de son message" ("ummat ud-da'wa lahû bi asl il-ba'tha") furent les humains dans leur ensemble ; il fut donc "mab'ûth ilayhim".

Ainsi, c'est parlant de la "ummat ud-da'wa" des prophètes que Muhammad (sur lui la paix) a dit : "Le prophète était envoyé à son peuple (qawm) de façon spécifique (khâssatan), et j'ai été envoyé aux humains de façon générale ('âmmatan)" : "عن جابر بن عبد الله، أن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "أعطيت خمسا لم يعطهن أحد قبلي: نصرت بالرعب مسيرة شهر؛ وجعلت لي الأرض مسجدا وطهورا، فأيما رجل من أمتي أدركته الصلاة فليصل؛ وأحلت لي المغانم ولم تحل لأحد قبلي؛ وأعطيت الشفاعة؛ وكان النبي يبعث إلى قومه خاصة وبعثت إلى الناس عامة" (al-Bukhârî, n° 328, Muslim, n° 521).

Mais c'est au "qawm" du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) que le texte suivant fait pour sa part référence :
"وَمَا أَرْسَلْنَا مِن رَّسُولٍ إِلاَّ بِلِسَانِ قَوْمِهِ لِيُبَيِّنَ لَهُمْ" : "Et Nous n'avons envoyé de messager, qu'avec la langue de son peuple, pour qu'il leur explicite (les choses)" (Coran 14/4).
Ce peuple a été désigné par le terme "une umma" au verset suivant :
"كَذَلِكَ أَرْسَلْنَاكَ فِي أُمَّةٍ قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلِهَا أُمَمٌ لِّتَتْلُوَ عَلَيْهِمُ الَّذِيَ أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ وَهُمْ يَكْفُرُونَ بِالرَّحْمَنِ قُلْ هُوَ رَبِّي لا إِلَهَ إِلاَّ هُوَ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ وَإِلَيْهِ مَتَابِ" (Coran 13/30).
Il y a aussi le hadîth suivant : "إنا أمة أمية لا نكتب ولا نحسُب؛ الشهر هكذا وهكذا وهكذا - وعقد الإبهام فى الثالثة - والشهر هكذا وهكذا وهكذا؛ يعنى تمام ثلاثين" : "Nous sommes un peuple qui ne connaît pas l'écriture ni le calcul [ = astronomique : cf. Fat'h ul-bârî 4/163] ; le mois est ainsi, ainsi et ainsi" et il a replié son pouce la troisième fois [voulant dire : "est de 29 jours"] ; "et le mois est ainsi, ainsi et ainsi" : il voulait dire : "est de 30 jours" (c'est-à-dire que le mois lunaire est tantôt de 29 jours et tantôt de 30 jours) (rapporté par Muslim, 1080, al-Bukhârî, 1814). Quand le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a ici dit : "Nous sommes un peuple qui ne connaît pas l'écriture ni le calcul (astronomique)", il voulait parler, écrit Ibn Hajar, des musulmans qu'il avait devant lui : "والمراد: أهل الإسلام الذين بحضرته عند تلك المقالة؛ وهو محمول على أكثرهم أو المراد نفسه صلى الله عليه وسلم" (Fat'h ul-bârî 4/163) ; c'est-à-dire des Arabes de son époque.

Et c'est à la "ummat un-nassab" du Prophète (sur lui soit la paix) que les deux textes suivants renvoient :
"إن أمتي يسوقها قوم عراض الوجوه صغار الأعين كأن وجوههم الحجف ثلاث مرار، حتى يلحقوهم بجزيرة العرب" : "Un peuple aux visages larges comme s'ils étaient des boucliers, et aux petits yeux, "poussera" ma Umma par trois fois, jusqu'à la faire rejoindre la Péninsule des Arabes" (Ahmad 21873) ;
"إِنَّ بَنِي قَنْطُورَاء أَوَّل مَنْ سَلَبَ أُمَّتِي مُلْكهمْ" : "Les fils de Qantûrâ [= les Turk] seront les premiers à prendre à ma Umma sa souveraineté" (Fat'h ul-bârî 6/745) : Ibn Hajar pense que "ummatî" désigne probablement ici : "ummat un-nassab". Lire notre article expliquant ces hadîths et traitant des Turk.] (Lire aussi mon article parlant des musulmans non-arabes).

Il faut ici rappeler qu'entre les différents messages des différents messagers (russul) il y a d'une part des similitudes et d'autre part des différences (shir'a wa min'haj) : cliquez ici.

Il faut enfin souligner que les humains nés à l'époque du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) ou après elle mais à qui son message n'est pas parvenu de façon suffisante ne seront pas responsables devant Dieu de leur non adhésion à ce message (cliquez ici).

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Cela dit, quels furent les devoirs de l'un de ces prophètes dont le message n'était pas destiné à toute l'humanité quant à la diffusion de son message ?

Il y a ici deux dimensions...

Premièrement) Les humains qui ne faisaient pas partie du peuple (qawm) de ce prophète et qui eurent connaissance de son message, pouvaient-ils, devaient-ils adhérer à la voie que celui-ci apportait ?

La réponse à cette question est comme suit…

----- Cas 1) S'ils disposaient déjà du message authentique d'un autre prophète, et qu'ils prenaient connaissance du message de ce prophète-ci, il devenait nécessaire pour eux d'avoir comme croyance que ce prophète-ci en est bien un ("لاَ نُفَرِّقُ بَيْنَ أَحَدٍ مِّنْهُمْ" – Coran 2/285 et 3/84 –, voir aussi Coran 4/150), mais il n'était pas nécessaire pour eux de se conformer (i'tissâm) aux aspects du message de ce prophète qui étaient différents du message du prophète de leur peuple à eux (shir'a wa minhâj).

----- Cas 2) Par contre, s'ils ne disposaient pas du message authentique d'un autre prophète, alors, pour peu qu'ils prenaient connaissance du message de ce prophète-ci et bien que celui-ci était issu d'un autre peuple qu'eux, il était nécessaire pour eux d'adhérer à ceux de ses enseignements qui leur parvenaient, aussi bien en ses principes communs aux autres voies révélées par Dieu qu'en ses spécificités par rapport à elles.
Ceci explique pourquoi Dieu a non seulement fait les éloges de l'épouse de Pharaon (Coran 66/11) et du parent de Pharaon qui se convertirent au message de Moïse (Coran 40/28) mais, surtout, a reproché à Pharaon et à ceux qui se trouvaient dans son entourage de ne pas avoir accepté le message de Moïse : "فَلَمَّا جَاءتْهُمْ آيَاتُنَا مُبْصِرَةً قَالُوا هَذَا سِحْرٌ مُّبِينٌ وَجَحَدُوا بِهَا وَاسْتَيْقَنَتْهَا أَنفُسُهُمْ ظُلْمًا وَعُلُوًّا فَانظُرْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُفْسِدِينَ" (Coran 27/13-14), "وَلَقَدْ جَاءهُم مُّوسَى بِالْبَيِّنَاتِ فَاسْتَكْبَرُوا فِي الْأَرْضِ وَمَا كَانُوا سَابِقِينَ" (Coran 29/39), "ثُمَّ بَعَثْنَا مِن بَعْدِهِم مُّوسَى وَهَارُونَ إِلَى فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ بِآيَاتِنَا فَاسْتَكْبَرُواْ وَكَانُواْ قَوْمًا مُّجْرِمِينَ فَلَمَّا جَاءهُمُ الْحَقُّ مِنْ عِندِنَا قَالُواْ إِنَّ هَذَا لَسِحْرٌ مُّبِينٌ" (Coran 10/75-76), "ثُمَّ أَرْسَلْنَا مُوسَى وَأَخَاهُ هَارُونَ بِآيَاتِنَا وَسُلْطَانٍ مُّبِينٍ إِلَى فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ فَاسْتَكْبَرُوا وَكَانُوا قَوْمًا عَالِينَ فَقَالُوا أَنُؤْمِنُ لِبَشَرَيْنِ مِثْلِنَا وَقَوْمُهُمَا لَنَا عَابِدُونَ فَكَذَّبُوهُمَا فَكَانُوا مِنَ الْمُهْلَكِينَ" (Coran 23/45-47), "وَقَارُونَ وَفِرْعَوْنَ وَهَامَانَ وَلَقَدْ جَاءهُم مُّوسَى بِالْبَيِّنَاتِ فَاسْتَكْبَرُوا فِي الْأَرْضِ وَمَا كَانُوا سَابِقِينَ" (Coran 29/39) : le fait est que toutes ces personnes se trouvaient dans ce cas 2.

Ces deux cas ont été explicités par Cheikh Thânwî :
"جن انبیاء علیہم السلام کی دعوت عام نہیں ہے، ان کے زمانے میں - علاوه اس قوم کے جن کی طرف بعثت ہوئی ہے - باقی اور لوگوں پر - بہ شرطيکہ ان تک خبر پہنچے - اصول دینیہ میں تو اتحادِ اصولِ جمیع شرائع کی وجہ سے اتباع اس نبی کا واجب ہوتا ہے؛ اور فروع میں یہ تفصیل ہے کہ جن کی طرف اور کوئی نبی مبعوث ہوں، ان پر تو صرف اس خاص نبی کا اتباع واجب ہوتا ہے، اور جن کی طرف کوئی نبی مبعوث نہ ہو، ان پر اسی نبی جدید کا اتباع ضروری ہوتا ہے" (Bayân ul-qur'ân tome 2 p. 22).
(Soulignons ici que dans la distinction faite ici entre "ussûl" et "furû'", ces deux termes renvoient à "al-qism ul-mushtarak bayn jamî' ir-rissâlât" et "ash-shir'a wa-l-minhâj" respectivement. Car ces deux termes sont parfois utilisés avec un autre sens : ainsi, à la question bien connue "Hal yakûnu ghayr-ul-muslimîn mukhâtabîna bi-l-furû'ï aydhan, am bi-l-ussûli faqat ?", le mot "furû'" y revêt le sens de "al-a'mâl", par opposition à "al-'aqâ'ïd ul-assâsiyya", désignés ici par le mot "ussûl".)

La plupart des mujtahids sont d'avis que ceux qui n'étaient pas fils d'Israël mais se sont convertis au message de Jésus sont considérés "Gens du Livre", et les deux règles de licité de la consommation de l'animal qu'ils ont abattu et du mariage avec une femme d'entre eux sont applicables par rapport à eux (sous réserve des autres conditions aussi, bien sûr) (cliquez ici).

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Deuxièmement) Ce prophète et ses disciples devaient-ils faire connaître aux peuples autres que le leur le message divin qui était destiné de façon originelle à leur peuple précis ?

La réponse à cette question pourrait être donnée sous la forme des deux points suivants (wallâhu a'lam)…

----- Cas A) Aux humains qui ne faisaient pas partie de leur peuple ("qawm"), mais que géographiquement ils côtoyaient et qui ne disposaient pas du message authentique d'un autre prophète (cas 2 suscité), il est arrivé que ce prophète et ce peuple fassent connaître ce message.
C'est bien pourquoi Moïse fut chargé explicitement par Dieu d'inviter Pharaon à reconnaître Celui qui était son véritable Pourvoyeur : "إِذْ نَادَاهُ رَبُّهُ بِالْوَادِ الْمُقَدَّسِ طُوًى اذْهَبْ إِلَى فِرْعَوْنَ إِنَّهُ طَغَى فَقُلْ هَل لَّكَ إِلَى أَن تَزَكَّى وَأَهْدِيَكَ إِلَى رَبِّكَ فَتَخْشَى" (Coran 79/17-19).
C'est aussi pourquoi Joseph présenta le monothéisme à ses deux compagnons de prison : "وَدَخَلَ مَعَهُ السِّجْنَ فَتَيَانَ قَالَ أَحَدُهُمَآ إِنِّي أَرَانِي أَعْصِرُ خَمْرًا وَقَالَ الآخَرُ إِنِّي أَرَانِي أَحْمِلُ فَوْقَ رَأْسِي خُبْزًا تَأْكُلُ الطَّيْرُ مِنْهُ نَبِّئْنَا بِتَأْوِيلِهِ إِنَّا نَرَاكَ مِنَ الْمُحْسِنِينَ قَالَ لاَ يَأْتِيكُمَا طَعَامٌ تُرْزَقَانِهِ إِلاَّ نَبَّأْتُكُمَا بِتَأْوِيلِهِ قَبْلَ أَن يَأْتِيكُمَا ذَلِكُمَا مِمَّا عَلَّمَنِي رَبِّي إِنِّي تَرَكْتُ مِلَّةَ قَوْمٍ لاَّ يُؤْمِنُونَ بِاللّهِ وَهُم بِالآخِرَةِ هُمْ كَافِرُونَ وَاتَّبَعْتُ مِلَّةَ آبَآئِي إِبْرَاهِيمَ وَإِسْحَقَ وَيَعْقُوبَ مَا كَانَ لَنَا أَن نُّشْرِكَ بِاللّهِ مِن شَيْءٍ ذَلِكَ مِن فَضْلِ اللّهِ عَلَيْنَا وَعَلَى النَّاسِ وَلَكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لاَ يَشْكُرُونَ يَا صَاحِبَيِ السِّجْنِ أَأَرْبَابٌ مُّتَفَرِّقُونَ خَيْرٌ أَمِ اللّهُ الْوَاحِدُ الْقَهَّارُ مَا تَعْبُدُونَ مِن دُونِهِ إِلاَّ أَسْمَاء سَمَّيْتُمُوهَا أَنتُمْ وَآبَآؤُكُم مَّا أَنزَلَ اللّهُ بِهَا مِن سُلْطَانٍ إِنِ الْحُكْمُ إِلاَّ لِلّهِ أَمَرَ أَلاَّ تَعْبُدُواْ إِلاَّ إِيَّاهُ ذَلِكَ الدِّينُ الْقَيِّمُ وَلَكِنَّ أَكْثَرَ النَّاسِ لاَ يَعْلَمُونَ" (Coran 12/36-41). A l'époque de Moïse, un croyant de la famille de Pharaon dit à la cour de Pharaon, parlant de leur peuple en général : "Et Joseph vous avait auparavant apporté les preuves évidentes. Vous n'aviez alors cessé d'être dans un doute au sujet de ce qu'il vous avait apporté. Jusqu'à ce quand il mourut, vous dîtes : "Dieu n'enverra jamais plus après lui de Messager"" : "وَلَقَدْ جَاءكُمْ يُوسُفُ مِن قَبْلُ بِالْبَيِّنَاتِ فَمَا زِلْتُمْ فِي شَكٍّ مِّمَّا جَاءكُم بِهِ حَتَّى إِذَا هَلَكَ قُلْتُمْ لَن يَبْعَثَ اللَّهُ مِن بَعْدِهِ رَسُولًا كَذَلِكَ يُضِلُّ اللَّهُ مَنْ هُوَ مُسْرِفٌ مُّرْتَابٌ" (Coran 40/34). Par cette dernière phrase, ils voulurent dire que primo Joseph n'était pas un messager de Dieu, et que secundo, à supposer que Joseph l'ait vraiment été, Dieu, voyant qu'ils n'avaient pas cru en lui, n'enverrait plus un autre messager après lui (Bayân ul-qur'ân).

Maintenant, devaient-ils le faire, ou n'était-ce pas une obligation sur eux, je ne sais pas (لا أدري).
Ce prophète et son peuple gardaient à l'esprit qu'il y avait des priorités, et donc que, en cas de déviance de leur peuple du droit chemin, la priorité restait de faire des efforts pour le guider de nouveau plutôt que de prêcher aux humains "étrangers".

----- Cas B) Par contre, par rapport aux humains qui ne faisaient pas partie de leur peuple (ethnique ou d'adoption) et qui étaient géographiquement éloignés d'eux, il est certain qu'ils n'avaient pas le devoir particulier de faire des efforts pour leur faire connaître le message qu'ils avaient reçu, ni de mettre en place des causes pouvant permettre à terme de faire connaître celui-ci.

Ce point concernant ce cas B constitue la différence par rapport à la mission du prophète Muhammad (sur lui soit la paix)...

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Un point supplémentaire à propos du message de Noé (sur lui soit la paix) :

Noé (sur lui soit la paix) fut suscité uniquement vers son peuple.

On le sait par le biais du hadîth déjà cité plus haut, où il est dit qu'avant le prophète Muhammad (sur lui soit la paix), tous les autres prophètes furent suscités à leur peuple uniquement : "عن جابر بن عبد الله، أن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "أعطيت خمسا لم يعطهن أحد قبلي: نصرت بالرعب مسيرة شهر؛ وجعلت لي الأرض مسجدا وطهورا، فأيما رجل من أمتي أدركته الصلاة فليصل؛ وأحلت لي المغانم ولم تحل لأحد قبلي؛ وأعطيت الشفاعة؛ وكان النبي يبعث إلى قومه خاصة وبعثت إلى الناس عامة" (al-Bukhârî, n° 328, Muslim, n° 521).

On trouve également allusion à cela dans maints versets du Coran : "وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَى قَوْمِهِ إِنِّي لَكُمْ نَذِيرٌ مُّبِينٌ أَن لاَّ تَعْبُدُواْ إِلاَّ اللّهَ إِنِّيَ أَخَافُ عَلَيْكُمْ عَذَابَ يَوْمٍ أَلِيمٍ" (Coran 11/25-26) ; "وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَى قَوْمِهِ فَقَالَ يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُم مِّنْ إِلَهٍ غَيْرُهُ أَفَلَا تَتَّقُونَ" (Coran 23/23) ; "وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَى قَوْمِهِ فَلَبِثَ فِيهِمْ أَلْفَ سَنَةٍ إِلَّا خَمْسِينَ عَامًا فَأَخَذَهُمُ الطُّوفَانُ وَهُمْ ظَالِمُونَ" (Coran 29/14) ; "وَأُوحِيَ إِلَى نُوحٍ أَنَّهُ لَن يُؤْمِنَ مِن قَوْمِكَ إِلاَّ مَن قَدْ آمَنَ فَلاَ تَبْتَئِسْ بِمَا كَانُواْ يَفْعَلُونَ" (Coran 11/36).

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Par contre, il y a ici un autre tout aussi célèbre hadîth, dans lequel on lit que les humains iront voir Noé le Jour de la Résurrection pour lui demander (après Adam) d'intercéder auprès du Créateur pour qu'Il commence les comptes et les libère de la difficulté et de l'angoisse dans lesquelles ils se trouveront alors ; ils lui diront alors : "Tu es le premier Rassûl aux gens de la terre" : "فيأتون نوحا، فيقولون: "يا نوح، أنت أول الرسل إلى أهل الأرض؛ وسماك الله عبدا شكورا. أما ترى إلى ما نحن فيه، ألا ترى إلى ما بلغنا؟ ألا تشفع لنا إلى ربك؟" (al-Bukhârî, 3162 etc., Muslim, 194).
Ce hadîth ne signifierait-il pas que Noé fut suscité aux gens de toute la terre ?

Non, il signifie seulement qu'il fut le premier Rassûl à avoir été envoyé à des habitants de la Terre ("وأما قول أهل الموقف لنوح كما صح في حديث الشفاعة "أنت أول رسول إلى أهل الأرض"، فليس المراد به عموم بعثته بل إثبات أولية إرساله؛ وعلى تقدير أن يكون مرادا، فهو مخصوص بتنصيصه سبحانه وتعالى في عدة آيات على أن إرسال نوح كان إلى قومه ولم يذكر أنه أرسل إلى غيرهم" : Fat'h ul-bârî, 1/566).

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Des ulémas se sont alors demandés ici comment, si Noé fut suscité seulement à son peuple et pas aux habitants de toute la Terre, il était concevable que tous les habitants de la Terre aient été détruits par le Déluge, sachant que Dieu ne suscite sur des gens kâfir un châtiment de destruction générale qu'après qu'un prophète leur soit venu et qu'ils aient refusé sa prédication ("وَمَا كُنَّا مُعَذِّبِينَ حَتَّى نَبْعَثَ رَسُولاً" : Coran 17/15) ?
--- Certains ulémas ont répondu à cela en disant que sur toute la surface de la Terre il n'existait alors que le peuple de Noé ("ويحتمل أنه لم يكن في الأرض عند إرسال نوح إلا قوم نوح؛ فبعثته خاصة لكونها إلى قومه فقط، وهي عامة في الصورة لعدم وجود غيرهم، لكن لو اتفق وجود غيرهم لم يكن مبعوثا إليهم" : Fat'h ul-bârî, 1/566).
--- D'autres ulémas ont avancé qu'il était possible que, bien que Noé fut suscité uniquement à son peuple, le contenu de son message (voir ce qui a été dit en Premièrement, plus haut) se diffusa durant sa longue prédication à tous les peuples de la Terre ; cependant, eux aussi refusèrent de croire, et c'est pourquoi tous furent détruits par le Déluge ("ويحتمل أن يكون دعاؤه قومه إلى التوحيد بلغ بقية الناس فتمادوا على الشرك فاستحقوا العقاب. وإلى هذا نحا ابن عطية في تفسير سورة هود؛ قال: "وغير ممكن أن تكون نبوته لم تبلغ القريب والبعيد لطول مدته". ووجهه ابن دقيق العيد بأن توحيد الله تعالى يجوز أن يكون عاما في حق بعض الأنبياء وإن كان التزام فروع شريعته ليس عاما" : Fat'h ul-bârî, 1/566).
--- Au-delà de ces deux réponses, les ulémas qui sont d'avis que le Déluge fut seulement régional, ayant frappé seulement ceux du peuple de Noé qui refusèrent de croire en ce qu'il disait, ainsi que ceux, alentour, à qui le message parvint, trouvent ici un indice supplémentaire à cet avis auquel ils adhèrent.

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Un point encore à propos du message de Jésus (sur lui soit la paix) :

Jésus fils de Marie (sur eux soit la paix) était un Messager (rassûl) de Dieu à l'intention des Fils d'Israël (Coran 3/49), c'est-à-dire que son message s'adressait de façon originelle à ces derniers.

Cependant, les Fils d'Israël étant alors installés non plus seulement en Judée mais aussi tout autour du bassin méditerranéen – et même plus loin, comme en Perse –, il était normal, eu égard à tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, que son message, s'adressant de façon initiale à ceux-ci, soit aussi adressé, quoique de façon secondaire (voir le Deuxièmement ci-dessus), à ceux qui côtoyaient ces Fils d'Israël, qui ne disposaient du message authentique d'aucun autre prophète et qui prenaient connaissance de son message à lui.

Ceci fait que si notre croyance à nous musulmans est que ce fut avec le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) que le message venant de Dieu fut véritablement destiné à toute l'humanité, cela ne nous empêche pas de considérer que certaines prémisses de cette vocation à l'humanité étaient décelables dans le message de Jésus (nous disons "prémisses" puisqu'il s'agissait d'un caractère secondaire, et non pas originel).

Quand vint l'époque du prophète Muhammad (sur lui soit la paix), deux grands empires – celui des Romains et celui des Perses – avaient unifié sous leur bannière des nations fort différentes, favorisant ainsi dans l'esprit de plus d'hommes le développement concret du sentiment d'appartenir à la grande famille humaine. A côté de cette réalisation sur le plan civilisationnel, des avancées avaient aussi été réalisées sur le plan religieux : le judaïsme, ainsi que, depuis le Ier siècle de l'ère grégorienne, le christianisme avaient diffusé dans toute la région les concepts de Dieu l'unique, de prophètes de Dieu, d'anges et de jugement dernier.

Le moment était alors arrivé pour la venue du dernier message monothéiste envoyé par Dieu.

Ce fut chez les Arabes que le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) fut suscité, et chez eux qu'il commença à diffuser le message. Les Arabes, qui sont le "qawm" du Prophète Muhammad (tandis que, parmi eux, les fils d'Ismaël sont sa "ummat un-nassab"), furent ainsi les destinataires premiers de son message (Hujjat ullâh il-bâligha 1/355-356, 341-342, Al-Fawz ul-kabîr, p. 45). "وَمَا أَرْسَلْنَا مِن رَّسُولٍ إِلاَّ بِلِسَانِ قَوْمِهِ لِيُبَيِّنَ لَهُمْ" : "Et Nous n'avons envoyé de messager, qu'avec la langue de son peuple, pour qu'il leur explicite (les choses)" (Coran 14/4). 
Cependant, il ne s'agit pas d'une primauté de destination (ceux-là étant destinataires du message de façon originelle, les autres ne l'étant que de façon secondaire) mais d'une primauté dans le temps, pour des raisons pratiques.

En effet, il fallait bien que le Prophète apparaisse quelque part et que ce soit de là que son message parte. Mais, dès le début, alors que le Prophète était encore à la Mecque, son message était déjà présenté comme s'adressant, de façon originelle même, à l'humanité tout entière : "تَبَارَكَ الَّذِي نَزَّلَ الْفُرْقَانَ عَلَى عَبْدِهِ لِيَكُونَ لِلْعَالَمِينَ نَذِيرًا" (Coran 25/1) ; "إِنْ هُوَ إِلاَّ ذِكْرَى لِلْعَالَمِينَ" (Coran 6/90) ; "إِنْ هُوَ إِلاَّ ذِكْرٌ لِّلْعَالَمِينَ" (Coran 12/104 ; Coran 38/87 ; Coran 81/27) (ces versets sont pré-hégiriens) (cliquez ici).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).