Quels non-musulmans appartiennent à la catégorie "Gens du Livre" ?

Deux questions :

Le Coran parle de la possibilité de se marier avec les "femmes vertueuses parmi les gens qui ont reçu l'Ecriture avant vous". Qui sont les Gens du Livre ? Uniquement les juifs et les chrétiens ? Ou bien aussi les adeptes de certaines autres religions comme le Zoroastriens, les Sabéens ?

Et puis fait-il partie des Gens du Livre celui qui croit en Dieu l'Unique mais qui n'a pas encore choisi sa religion ?

Depuis quelque temps je me pose la question de savoir si les Gens du Livre sont des croyants ou non ?

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Réponse :

1) Les Gens du Livre sont-ils des mu'min ou des kâfir ?

Sur le plan social, en terre musulmane, Gens du livre et Polythéistes ont l'entière liberté de ne pas se convertir à l'islam et donc de continuer à être ce qu'ils sont et à pratiquer leur religion : ils sont résidents à part entière de ce pays musulman.

Sur le plan purement théologique, maintenant, les Gens du Livre croient en Dieu, en un ou certains messagers de Dieu et en le Jour dernier ; mais la foi telle que la conçoit le Coran ("îmân", foi agréée par Dieu) demande cependant qu'il y ait aussi croyance en le message de Muhammad pour tous ceux qui vivent à l'époque de sa mission. C'est bien pourquoi le Coran, qui désigne l'absence de cette foi voulue sous le terme de "kufr" (mot qui signifie étymologiquement "voiler" et désigne le fait de ne pas avoir la foi que Dieu agrée), emploie ce terme à propos de ne pas croire à la fois en Dieu et en le message communiqué à Son dernier messager (Coran 48/13), et à propos du fait de ne pas croire en chaque messager de Dieu (4/150-151). Le Coran emploie donc ce terme "kufr" non pas seulement à propos des Polythéistes mais également à propos des Gens du Livre qui ont connu l'époque de Muhammad et n'ont pas cru en son message : Coran 2/105 ; ces Gens du Livre là sont donc kâfir eux aussi, ils ne sont pas croyants au sens de foi agréée par Dieu.

Attention, le Coran demande aux musulmans d'agir en bien avec les non-musulmans ("kâfir") : Coran 60/8 ; ceci inclue aussi bien les Gens du Livre que les Polythéistes.

Le Coran enseigne ainsi la liberté religieuse et le respect sur le plan social, et, parallèlement, sur le plan théologique, le rappel de sa responsabilité et des conséquences – dans l'autre vie – du choix qu'on aura fait dans cette vie-ci.

Il faut pourtant que, aux Gens du Livre qui vivent à l'époque de sa mission, le message de Muhammad soit réellement parvenu pour que, dans l'autre vie, ils soient aussi considérés comme kâfir ("kufr 'indallâh"). Que se passera-t-il au cas dans l'autre vie où ce message n'était pas parvenu à un groupe d'entre eux et que ceux-ci étaient donc restés dans la religion fondée sur un message antérieur d'un messager de Dieu et demeuré suffisamment orthodoxe ? Cliquez ici pour le savoir.

Les Gens du Livre ayant connu le message de Muhammad et n'ayant pas cru en celui-ci ne forment donc qu'une partie de l'ensemble de ceux qui ne sont pas musulmans ("kâfirûn"). Cependant, à cause du fait qu'ils sont globalement monothéistes, qu'ils se réfèrent à un ou plusieurs authentiques messagers de Dieu ayant précédé Muhammad, enfin qu'ils possèdent des Ecritures (c'est le sens de "kitâb", "livre", dans la formule "gens du livre") qui sont issues de ces messagers et qui renferment toujours certains enseignements authentiques (notamment les règles relatives au mariage et à l'abattage), le Coran enseigne qu'ils ont un certain nombre de conceptions communes avec les musulmans et qu'il est donc permis au musulman de consommer l'animal qu'ils ont abattu, de même qu'il est en soi permis au musulman de se marier avec une femme faisant partie de leur communauté (avec des conditions et des nuances mentionnées dans ces articles : Consommer l'animal abattu par une personne des Gens du Livre ? ; Est-il vrai que le Coran dit qu'un musulman peut épouser une non-musulmane ?).

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2) Qui sont les Gens du Livre ?

A l'unanimité des ulémas, les Juifs ainsi que les Chrétiens unitariens relèvent de ces "Gens du Livre" ("ahl ul-kitâb") dont le Coran parle et qui sont concernés par les deux règles que nous avons vues.

Par contre, il y a des avis divergents quant à savoir si appartiennent aussi à la catégorie "Gens du Livre" : les Chrétiens trinitaires, les Sabéens, les Zoroastriens, etc…

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2.1) Les Chrétiens ayant divinisé Jésus sont-ils des Gens du Livre malgré la croyance qu'ils ont développée à propos de Jésus ?

Tous les chrétiens font-ils partie, au regard des musulmans, des "Gens du Livre" en sorte que ces musulmans puissent vivre à leur égard les règles concernant la licité de consommer la chair de l'animal qu'ils ont abattu et de se marier avec une femme d'entre eux ? Ou bien seuls les Chrétiens étant demeurés sur l'authenticité des enseignements de Jésus le sont-ils ? La question se pose aussi bien à propos des Chrétiens croyant en la nature divine de Jésus que des Chrétiens trinitaires...

Selon un avis très isolé (tafarrud), seuls sont considérés comme faisant partie des "Gens du Livre" les chrétiens considérant Jésus comme un Messager de Dieu et non comme possédant en lui à la fois une nature divine et une nature humaine ; quant aux autres, ceux qui croient en l'Incarnation et / ou en en la Trinité, ils ne sont pas des Gens du Livre ; ou bien peut-être le sont-ils, mais en tout cas les règles de la licité, pour un musulman, de consommer l'animal qu'ils ont abattu et de se marier avec une femme de leur religion ne leur sont pas applicables. Ainsi, quand on questionnait Abdullâh ibn Omar au sujet du mariage avec une juive ou une chrétienne, il disait [à propos du mariag eavec une chrétienne]: "Dieu a interdit que les musulmans se marient avec des associatrices. Or je ne connais pas d'associationnisme plus grand qu'une personne dise que son Seigneur est Jésus, alors que ce n'est qu'un serviteur parmi les serviteurs de Dieu" (rapporté par al-Bukhârî, n° 4981 ; voir Fat'h ul-bârî, tome 9 p. 515).

De nombreux savants shafi'ites ont quant à eux émis comme avis que les règles relatives à l'abattage d'un animal et au mariage ne sont applicables que :
– aux personnes qui descendent des Fils d'Israël et dont au moins on n'a pas connaissance du fait que leurs ancêtres se sont convertis au christianisme après que celui-ci eut connu les apports extérieurs qu'il a connus ;
– aux personnes qui certes ne descendent pas des Fils d'Israël mais dont les ancêtres se sont convertis au judaïsme ou au christianisme, et dont on sait pertinemment que ces ancêtres s'y sont convertis avant que Dieu ait déclaré cette religion abrogée et avant que le christianisme ait connu les apports extérieurs qu'il a connus (voir Al-Fiqh ul-islâmî wa adillatuh, az-Zuhaylî, tome 4 pp. 2761-2762 et tome 9 pp. 6655-6656).

Cependant, d'après les autres savants, même si le chrétien croit que Jésus possède une nature divine, même s'il est trinitaire, il fait partie des "Gens du Livre". Et c'est cet avis qui semble juste, car il est un verset du Coran qui adresse cette invitation : "O Gens du Livre, (…) ne dites plus qu'il y a trinité" (Coran 4/171). Voyez : Dieu nomme explicitement "Gens du Livre" des chrétiens qui sont trinitaires. Muftî Shafî' écrit : "Les (...) chrétiens à propos de qui le verset stipule la licité de consommer l'animal qu'ils ont abattu et de se marier avec les femmes parmi eux sont ceux-là mêmes dont le Coran dit (...) qu'ils ont rendu un culte à Jésus..." (Jawâhir ul-fiqh, tome 2 p. 393). Ibn Hajar écrit quant à lui que l'un de ses maîtres a déduit du Hadîth u-Hiraql "que les règles concernant le mariage et la consommation de l'animal abattu s'appliquent à toute personne qui professe la religion des Gens du Livre (...), puisque le Prophète a appelé Héraclius et son peuple des "Gens du Livre" alors qu'ils se sont convertis au christianisme après le changement. Ceci contrairement à ceux qui pensent que ces règles ne s'appliqueraient qu'à ceux des Gens du livre qui sont des Fils d'Israël ou dont on sait que leurs ancêtres se sont convertis au christianisme avant le changement" (Fat'h ul-bârî, 1/54).
Quant à l'avis de Ibn Omar, il s'agit d'un avis complètement isolé parmi l'avis des autres savants (lire à ce sujet Fat'h ul-bârî 9/515, Qâ'ida jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla p. 134 puis p. 138, et Majmû' ul-fatâwâ 14/91 et 32/178). Lire aussi notre article traitant de la question de savoir si le terme "Nassârâ" désigne une autre réalité ou non que le mot "Chrétien".

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2.2) Les Zoroastriens sont-ils des Gens du Livre ?

Les anciens Iraniens croyaient en un créateur de l'univers, Ahura-Mazdâ, mais croyaient également en d'autres divinités dont l'ensemble forment les forces du Bien, au monde de qui s'oppose l'empire des Ténèbres et du Mal, dont Ahriman est considéré le chef. Les Iraniens honoraient Ahura-Mazdâ par le feu qu'ils faisaient rayonner au sommet des tours cultuelles ; ils offraient à la plupart de leurs divinités des sacrifices sanglants ; ils buvaient le haoma et tombaient dans une ivresse extatique.

Au VIème siècle avant l'ère chrétienne, un réformateur religieux apparut : Zoroastre (Zarathushtra) enseigna aux Iraniens que Ahura-Mazdâ est le seul Dieu, qu'Il a tout créé, bien et mal, qu'Il a ainsi créé deux êtres invisibles, l'un du bien, l'autre du mal, et que ce sont eux qui tentent, avec la permission de Dieu, d'influencer l'homme. Ce dernier doit donc choisir, et est responsable de ses choix. Adorer Dieu, enseigna Zoroastre, c'est garder le cœur pur, délaisser les idoles et les sacrifices sanglants, abandonner l'ivresse du haoma, honorer Dieu par le moyen de la prière (le feu n'en étant plus qu'un accompagnement). A celui qui respecte ces enseignements, Ahura-Mazdâ donnera le bonheur éternel le jour où il se manifestera dans un embrasement de l'univers.

Pendant quelques décennies, de nombreux Iraniens demeurèrent fidèles à l'enseignement de Zoroastre. Mais peu à peu, au fil du temps, ils se mirent à ne plus suivre que partiellement son message et à y ajouter d'autres pratiques : polythéisme, culte du feu, sacrifices sanglants, recours à la magie réapparurent. Et c'est ainsi que ce qu'on appelle la "religion zoroastrienne" fut en fait une religion ayant mélangé des éléments extérieurs et des éléments du message originel de Zoroastre. (Ces éléments sont extraits du Mémo Larousse, p. 297. Voir également Qassas ul Qur'ân, as-Syohârwî, tome 3 pp. 167-171. Pour plus de détails, lire mon article : Zoroastre et son message.)

Il est possible que Zoroastre ait été un prophète, envoyé par Dieu au monde iranien de l'Antiquité, mais on ne peut cependant le déclarer formellement, n'en étant pas certains. Nous préférons donc nous contenter de dire ici que l'enseignement de Zoroastre était apparemment conforme à celui des messagers de Dieu. C'est globalement la position du savant musulman indien as-Syohârwî (Qassas ul-Qur'ân, tome 3 pp. 167-171).

Alors, les Zoroastriens sont-ils des Gens du Livre ?

Ibn Hazm et l'école zahirite, de même que Abû Thawr, sont d'avis que les Zoroastriens sont effectivement des Gens du Livre. Ces savants ont recours au raisonnement suivant : d'un côté seuls les Gens du Livre peuvent être des ahl udh-dhimma, car le Coran ne fait mention que d'eux à ce sujet, et d'ailleurs le Prophète n'a jamais conclu de contrat de dhimma avec des idolâtres. D'un autre côté le Prophète (sur lui la paix) a accepté les Zoroastriens comme ahl adh-dhimma (rapporté par al-Bukhârî). Donc les Zoroastriens sont des Gens du Livre (Fiqh us-sunna, tome 4 p. 167, tome 2 p. 382, voir Al-Muhallâ, tome 5). De plus, un Hadîth existe qui dit à propos des Zoroastriens : "Qu'il en soit avec eux comme avec les Gens du Livre" (rapporté par Mâlik, n° 617), ce qui montre qu'ils sont des Gens du Livre.

Par contre, selon l'avis de la majorité des ulémas, même s'ils se réfèrent au message et au livre apportés par un réformateur ayant peut-être été un prophète de Dieu, les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre, car ils ont, au fil du temps, opéré tellement de changements par rapport à ce message qu'il est impossible de dire d'eux qu'ils sont demeurés monothéistes : ils croient ainsi en deux divinités, l'une du bien, Yazdân, l'autre du mal, Ahriman ; et ils rendent un culte au feu. Or les gens d'une religion donnée ne peuvent être comptés parmi les Gens du Livre qu'à moins d'être déjà monothéistes (plus d'autres conditions, que nous allons voir plus bas). A propos du fait que le Prophète n'a jamais établi de contrat de dhimma avec des idolâtres, Ibn ul-Qayyim dit que cela ne signifie pas qu'il soit impossible de le faire : si le Prophète n'a pas établi un contrat de dhimma avec des idolâtres, c'est parce que l'institution de ce contrat de dhimma a été révélée l'année de Tabûk, en l'an 9 de l'hégire, à un moment où les Arabes idolâtres s'étaient déjà convertis à l'islam [pour certains] (Zâd ul-ma'âd, tome 5 p. 91, tome 3 p. 154), pour d'autres avaient déjà conclu d'autres types de traités avec le Prophète. Ibn ul-Qayyim écrit : "On sait que ces Arabes se référaient à la religion de Abraham, lequel avait laissé des écritures ("suhuf") et une voie ("sharî'a"). Les changements que ces adorateurs d'idoles [les Arabes] avaient effectués dans la religion et la voie de Abraham ne sont pas plus importants que ceux que les Zoroastriens ont effectués dans la religion de leur prophète et dans leurs écritures si [l'existence d'un prophète et d'écritures parmi eux] est établie" (Ibid., tome 5 p. 92).
En effet, écrit Ibn ul-Qayyim, "les idolâtres [Arabes] reconnaissaient l'unicité divine en ce qui concerne la gestion des événements ("tawhîd ar-rubûbiyya") et le concept que Dieu est le seul créateur ; ils disaient que s'ils adoraient des entités distinctes de Lui, c'était pour qu'elles les rapprochent de Lui." "Ils ne sont pas allés jusqu'à dire qu'il y aurait deux créateurs du monde, l'un du bien et l'autre du mal, comme le disaient les Zoroastriens" (Ibid., tome 5 p. 91). Or, les Arabes de la période pré-islamique n'ont pas été considérés comme des Gens du Livre mais comme des polythéistes (mushrikûn). Comment donc les Zoroastriens, qui ont opéré dans la religion originelle des changements plus importants que ceux que les Arabes y ont opérés, seraient-ils des Gens du Livre et non des polythéistes ? Ibn ul-Qayyim écrit également : "Quelle différence y a-t-il entre ceux qui rendent un culte à des idoles et ceux qui rendent un culte au feu ?" (Ibid., tome 5 p. 91 ; voir aussi tome 3 p. 153).
Quant au Hadîth "Qu'il en soit avec eux comme avec les Gens du Livre", s'il est authentique (voir Nasb ur-râya), il semble indiquer que les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre, puisqu'il est demandé d'agir avec eux… comme on agit avec les Gens du Livre ; lesquels Gens du Livre sont donc autres qu'eux (cf. Majmû' ul-fatâwâ, tome 32 p. 189).
Enfin, Ibn Abbâs, parlant de l'offensive des Byzantins contre les Perses au VIIème siècle, événements dont le Coran fait mention (sourate 30 versets 2 à 6), rapporte que les polythéistes Mecquois souhaitaient la victoire des Perses, "qui étaient polythéistes comme eux", alors que les musulmans souhaitaient celle des Byzantins, "qui étaient des Gens du Livre" (rapporté par at-Tirmidhî, n° 3193, voir Majmû' ul-fatâwâ, tome 32 p. 188). Les Zoroastriens ne sont donc pas des Gens du Livre.

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2.3) Les Sabéens sont-ils des Gens du Livre ?

Le Coran parle des Sabéens ("as-Sâbi'ûn") dans quelques versets : 2/62 ; 5/69 ; 22/17.
Qui sont ces gens, les avis sont partagés sur le sujet. Il semble qu'à l'époque de la révélation du Coran, ils habitaient la région de l'Irak. Ibn Kathîr parle d'eux comme des gens qui croyaient en Dieu l'unique, et d'après certains savants c'est ce qui ferait que les idolâtres Mecquois traitaient Muhammad et ses Compagnons de "Sâb'iûn" (Tafsîr Ibn Kathîr, commentaire du verset 2/62).

Les Sabéens sont-ils des gens du Livre ou pas ?

Selon Abû Hanîfa, les Sabéens sont effectivement des Gens du Livre (Al-Hidâya, tome 1 p. 290).

Selon Abû Yûssuf et Muhammad ibn ul-Hassan, les Sabéens ne sont pas des Gens du Livre (Al-Hidâya, tome 1 p. 290, note de bas de page).

Selon certains ulémas shafi'ites et hanbalites, il faut vérifier quelles sont réellement les croyances des Sabéens : si, à l'instar des Juifs et des Chrétiens, ils croient en Dieu, croient en des Messagers de Dieu et se réfèrent à des Ecritures laissés par un Messager, alors ce sont des Gens du Livre ; au cas contraire non (Fiqh us-sunna, tome 2 p. 381).

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2.4) Une définition des Gens du Livre :

Selon l'école hanafite, les Gens du Livre sont ceux qui remplissent ces trois conditions :
a) se réclamer d'une religion qui a été révélée par Dieu ;
b) se référer à des écritures qui étaient à l'origine celles laissées de façon authentique par un messager de Dieu ;
c) ne pas avoir adopté une dose de polythéisme ayant conduit à un polythéisme de même niveau ou de niveau supérieur à celui des polythéistes arabes (d'après Fiqh us-sunna, tome 2 p. 382).

Je n'ai pas connaissance des définitions données par d'autres écoles, mais le troisième avis que nous avons vu ci-dessus à propos des Sabéens rejoint implicitement certains éléments de cette définition.

C'est parce qu'ils ne remplissent pas la condition c que les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre : bien que se référant à ce qui a peut-être été un message provenant de Dieu (la condition b est donc réalisée), leur dose de polythéisme les a fait dépasser le polythéisme des Arabes (la condition c n'est pas réalisée chez eux), clairement nommé "polythéisme" dans le Coran.
A cause de la réalisation de la condition b, ils ont été distingués des Polythéistes dans le verset suivant : "Les croyants, les juifs, les sabéens, les chrétiens, les zoroastriens et ceux qui ont fait polythéisme : Dieu tranchera entre eux tous le Jour du Jugement. Dieu est certes Témoin de chaque chose" (Coran 22/17).
Mais à cause de la non-réalisation de la condition c, la règle que les textes ont communiquée à propos des Polythéistes s'applique aux Zoroastriens aussi : le mariage d'un musulman avec une zoroastrienne est invalide, et l'animal (en soi licite) ayant été abattu par un zoroastrien est illicite à la consommation du musulman ; et la règle que les textes ont communiquée à propos des Zoroastriens s'applique aux Polythéistes : vu que les Zoroastriens peuvent être résidents permanents (dhimmî) de la terre musulmane, les Polythéistes peuvent l'être eux aussi. Ibn Abbâs, parlant de l'offensive des Byzantins contre les Perses au VIIème siècle (Coran 30/2-6), rapporte que les polythéistes Mecquois souhaitaient la victoire des Perses, "qui étaient polythéistes comme eux", alors que les musulmans souhaitaient celle des Byzantins, "qui étaient des Gens du Livre" (rapporté par at-Tirmidhî, n° 3193).

Par contre, le monothéisme des Chrétiens Trinitaires – et, plus généralement, post-nicéens, c'est-à-dire ayant adopté la croyance en la divinité du Messie – n'est pas pur, car une dose certaine de polythéisme s'y trouve mélangée. Mais cette dose n'est pas telle que le résultat soit "une religion polythéiste" et que les hommes qui y adhèrent soient nommés "des polythéistes". Il y a là une nuance à bien comprendre.

Quant aux Sabéens, si divergence il y a entre Abû Hanîfa et ses deux élèves à leur sujet, ce n'est pas à cause d'une divergence à propos de cette définition mais bien à propos de la connaissance de ce qu'étaient réellement (fahm ul-wâqi') les Sabéens : selon les recherches de Abû Hanîfa, les Sabéens étaient monothéistes, d'après celles de Abû Yûssuf et de Muhammad ibn ul-Hassan, ils étaient astrolâtres (voir Al-Hidâya, tome 1 p. 290, note de bas de page).

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Synthèse de la réponse :

Nous avons vu une définition des Gens du Livre : ce sont ceux qui remplissent ces trois conditions :
a) se réclamer d'une religion qui a été révélée par Dieu ;
b) se référer à des écritures qui étaient à l'origine celles laissées de façon authentique par un messager de Dieu ;
c) ne pas avoir adopté une dose de polythéisme ayant conduit à un polythéisme de même niveau ou de niveau supérieur à celui des polythéistes arabes.

Ce qui est donc certain c'est que l'agnostique – celui qui dit que Dieu existe peut-être mais qu'on ne peut rien savoir de Lui – et le déiste – celui qui croit en Dieu mais ne se réfère au message d'aucun Messager de Dieu – ne font pas partie des Gens du Livre.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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