Si les prodiges que les vrais prophètes de Dieu réalisent (avec la Permission Takwînî de Dieu) constituent des Signes de leur véracité et de la justesse de leur Voie, comment expliquer que des non-prophètes (et parfois des opposants aux vrais prophètes) produisent eux aussi des prodiges (guérisons inexplicables scientifiquement, prédictions d'événements longtemps à l'avance, etc.) ? - ما الفرق بين آيات الأنبياء وكرامات الأولياء وخوارق السحرة والكهنة؟

Une des choses les plus graves qui soient est qu'un homme se prétende faussement prophète et messager de Dieu, attribuant à Dieu de lui parler :
"وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَى عَلَى اللّهِ كَذِبًا أَوْ قَالَ أُوْحِيَ إِلَيَّ وَلَمْ يُوحَ إِلَيْهِ شَيْءٌ وَمَن قَالَ سَأُنزِلُ مِثْلَ مَا أَنَزلَ اللّهُ" : "Et qui serait plus injuste que celui qui attribue une fausseté à Dieu ou dit : "J'ai reçu la révélation" alors que rien ne lui a été révélé, et que celui qui dit : "Je vais faire descendre chose semblable à ce que Dieu a fait descendre"" (Coran 6/93).
"وَلَوْ تَقَوَّلَ عَلَيْنَا بَعْضَ الْأَقَاوِيلِ لَأَخَذْنَا مِنْهُ بِالْيَمِينِ ثُمَّ لَقَطَعْنَا مِنْهُ الْوَتِينَ فَمَا مِنكُم مِّنْ أَحَدٍ عَنْهُ حَاجِزِينَ" : "Et s'il avait forgé quelques paroles qu'il Nous (avait attribuées), Nous l'aurions saisi de la main droite, ensuite, Nous lui aurions tranché l'aorte, et alors nul d'entre vous n'aurait pu lui servir de rempart" (Coran 69/44-47).

Il faut donc pouvoir reconnaître le vrai du faux prophète.

Cela se fait par plusieurs signes : "عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم، قال: "ما من الأنبياء نبي إلا أعطي من الآيات ما مثله أومن أو آمن عليه البشر، وإنما كان الذي أوتيت وحيا أوحاه الله إلي، فأرجو أني أكثرهم تابعا يوم القيامة" : "Il n'est de prophète, qu'il n'ait reçu parmi les Signes ce sur chose semblable à quoi les humains apportent foi..." (al-Bukhârî, 6846, Muslim, 152).
Parmi ces signes, il y a :
– Quelle était la conduite de cet homme avant qu'il se déclare prophète ? Quelqu'un qui a déjà menti ne serait-ce qu'une fois au sujet des créatures, comment le croire quand il attribue des paroles au Créateur ? A contrario, quelqu'un qui a toujours été connu comme "l'homme honnête" et n'a jamais menti au sujet des hommes, comment mentirait-il au sujet de Dieu ? (An-Nubuwwât, p. 285.) 
– Oui, mais un homme, aussi honnête soit-il, peut être possédé par des Djinns, qui lui font vivre des illusions... C'est vrai. Mais un cas de possession (junûn) répond à un certain nombre de symptômes, et les spécialistes sont capables de reconnaître ceux-ci. Tel homme présente-t-il ces symptômes, ou pas ?
– Par ailleurs, les enseignements de quelqu'un qui se prétend prophète de Dieu doivent être évalués à la lumière des enseignements de tous les prophètes reconnus l'ayant précédé (Ibid., p. 428).
– Voici encore d'autres signes :
"وقد يستدل أرباب البصائر على نبوته بوجهين. أحدهما: ما تواتر من أحواله قبل النبوة وحال الدعوة وبعد تمامها وأخلاقه العظيمة وأحكامه الحكيمة وإقدامه حيث تحجم الأبطال ووثوقه بعصمة الله تعالى في جميع الأحوال وثباته على حاله لدى الأهوال بحيث لم يجد أعداؤه مع شدة عداوتهم وحرصهم على الطعن فيه مطعناً ولا إلى القدح فيه سبباً؛ فإن العقل يجزم بامتناع اجتماع هذه الأمور في غير الأنبياء، وأن يجمع الله هذه الكمالات في حق من يعلم أنه يفري عليه ثم يمهله ثلاثاً وعشرين سنةً، ثم يظهر دينه على سائر الأديان وينصره على أعدائه ويحيى آثاره بعد موته إلى يوم القيامة.
وثانيهما: أنه ادعى ذلك الأمر العظيم بين أظهر قوم لا كتاب لهم ولا حكمة معهم، وبين لهم الكتاب والحكمة وعلمهم الأحكام والشرائع وأتم مكارم الأخلاق وأكمل كثيراً من الناس في الفضائل العلمية والعملية ونور العالم بالإيمان والعلم الصالح، وأظهر الله دينه على الدين كله كما وعده؛ ولا معنى للنبوة والرسالة سوى ذلك" (Shar'h ul-aqîda an-nassafiyya, pp. 135-137).

Réaliser des prodiges n'est donc pas une condition pour que celui qui se prétend prophète prouve ainsi sa véracité, puisque d'autres types de signes existent qui prouvent celle-ci (An-Nubuwwât, p. 285). Cependant, réaliser un prodige est un signe supplémentaire à l'intention des hommes, par Faveur de Dieu, un signe que Dieu a accordé à beaucoup de prophètes.

En fait les Signes ont des signifiés différents : les signes de l'Existence et de l'Unicité de Dieu ne constituent pas des signes de la Véracité de tel homme se prétendant prophète de Dieu. Ces derniers sont autres.
Par ailleurs, les signes d'un signifié donné sont de niveaux différents
Mais ici ce sont des signes du Prophétat d'un homme se prétendant prophète de Dieu que nous parlons ; et il s'agit de signes du type B.A.B dans notre autre article consacré au concept de "signe", "آية".

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I) La problématique :

La problématique par rapport au contenu du hadîth suscité c'est que alors que les prodiges sont censés faire partie de l'ensemble des signes d'un prophète, des prodiges sont également relatés d'hommes qui ne sont pas prophètes de Dieu et qui n'ont jamais prétendu l'être : parfois il s'agit de pieux. Parfois il s'agit même de personnes croyantes mais s'adonnant à des actions interdites (fâssiq). Il y a encore le cas des magiciens (je ne parle pas des simples prestidigitateurs mais de personnes ayant recours à la vraie magie), qui réalisent des prodiges incroyables.
Plus encore : il y a même eu des faux prophètes qui ont réalisé certains prodiges, comme al-Aswad al-'Ansî (apparu à la fin de la vie terrestre du prophète Muhammad, sur lui soit la paix) et d'autres.
Enfin, il y aura le faux Messie ("Dajjâl", pour : "Trompeur"), qui réalisera de nombreux prodiges tout en se disant "humain mais empreint de l'étincelle et de la puissance divines", et "en qui repose l'esprit de Dieu".

Dès lors, en quoi le prodige réalisé par un prophète demeure-t-il un signe, de la part de Dieu, de son caractère de "vrai prophète de Dieu" ?
Y aurait-il un critère faisant la spécificité des "Miracles" que seul un prophète peut réaliser ?

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A) La réponse de Ibn Hazm à cette problématique ne fait pas dans la demi-mesure : "Seuls les prophètes de Dieu peuvent réaliser (avec la Idhn Takwînî de Dieu) des prodiges. Quant aux prodiges relatés de tout homme n'étant pas prophète, soit ils ne sont pas établis de façon authentique, soit ils sont établis de façon authentique mais n'ont été qu'illusion, soit ils ne sont pas illusion mais sont néanmoins à effet très limité" :

Ibn Hazm a considéré seulement le hadîth suscité, l'a appréhendé selon sa seule littéralité, et en a déduit que les prodiges véritables ne peuvent pas apparaître chez des humains qui ne sont pas prophètes, puisque le prodige fait partie des signes du véritable prophète.
Quant à ce qui est relaté et observé de prodiges chez des humains incroyants ou encore magiciens, ce ne sont en fait que des illusions (takhyîl), ou des actes aux effets limités (Al-Fissal, tome 3, pp. 168 et suivantes).
Pour ce qui est relaté de vrais prodiges réalisés par des croyants pieux (awliyâ'), Ibn Hazm en dit que cela n'est pas authentique (Ibid., 3/169-170). 

Ce que les magiciens de Pharaon ont fait devant Moïse, Ibn Hazm souligne que Dieu l'a décrit par le terme de takhyîl ("faire croire") : "فَإِذَا حِبَالُهُمْ وَعِصِيُّهُمْ يُخَيَّلُ إِلَيْهِ مِن سِحْرِهِمْ أَنَّهَا تَسْعَى" : "Et voilà que leurs cordes et leurs bâtons, il lui était fait croire qu'ils bougeaient, à cause de leur magie" (Coran 20/66) : en fait, expose Ibn Hazm, cela n'était que prestidigitation et recours à de la technologie dissimulée (Al-Fissal, 3/170) (cela est aussi l'avis de al-Jassâs parmi les hanafites : FB 10/274, 277). Ces "magiciens" de l'époque de Pharaon auraient eu recours à du mercure et de la chaleur pour faire bouger les cordes et les bâtons qu'ils ont lancés par terre (Al-Fissal, 3/170).

De même, ce que le faux Messie (ad-Dajjâl) produira est annoncé dans des hadîths authentiques, mais tous ses prodiges ne seront qu'illusion, par le recours à des moyens techniques (Al-Fissal, 1/129-131).

En fait, Ibn Hazm mentionne 4 types de "magies" :
--- il cite 2 types de magies qui ne sont respectivement que prestidigitation et techniques dissimulées ; 
--- un 3ème type constitue la mise en branle de forces naturelles, par la combinaison de certaines paroles ;
--- enfin un 4ème type a recours à l'énergie astrale, par le biais de talismans (Al-Fissal, 3/170-171 : j'ai inversé l'ordre de citation).

--- Les 2 premiers types, de la "fausse" magie, sont les tours que l'on voit de nos jours dans les attractions : "وأما التخييل بنوع من الخديعة كسكين مثقوبة النصاب تدخل فيها السكين ويظن من رآها أنها دخلت في جسد المضروب بها في حيل غير هذه من حيل أرباب العجائب والحلاج وأشباهه، فأمر يقدر عليه من تعلمه؛ وتعلمه ممكن لكل من أراده" (Al-Fissal, 1/94).
--- Les 3ème et 4ème types de magie ont recours à des forces que l'on qualifie aujourd'hui de : "ésotériques", ou : "occultes". Ibn Hazm leur reconnaît un effet réel, mais limité : certaines combinaisons de paroles peuvent affecter les attributs non-essentiels d'une chose, par exemple rendre l'envoûté malade, ou provoquer une séparation entre deux époux ("فَيَتَعَلَّمُونَ مِنْهُمَا مَا يُفَرِّقُونَ بِهِ بَيْنَ الْمَرْءِ وَزَوْجِهِ وَمَا هُم بِضَآرِّينَ بِهِ مِنْ أَحَدٍ إِلاَّ بِإِذْنِ اللّهِ" : Coran 2/102), ou encore agir sur certains animaux pour les empêcher de se rendre dans tel lieu ("وأما إحالة الأعراض من الغيرات التي تزول بغير فساد حملها، فقد تكون بالسحر، ومنه طلمسات، كتنفير بعض الحيوان عن مكان ما فلا يقربه أصلا، وكإبعاد البرد ببعض الصناعات، وما أشبه هذا؛ وقد يزيد الأمر ويفشوا العلم ببعض هذا النوع حتى يحسبه أكثر الناس كالطب والاصباغ وما أشبه هذا" : Al-Fissal, 1/94) (voir aussi Al-Fissal 3/170, où Ibn Hazm parle de Saragosse, où, dit-il, des talismans réalisés il y a fort longtemps entraînent qu'aucun serpent n'entre dans la ville, sauf à y être amené de force ; ce point est également relaté de Ibn Hazm par Ibn Hajar in Fat'h ul-bârî 10/273).

Par contre, Ibn Hazm ne reconnaît pas à la magie :  
--- le fait de changer les attributs essentiels de quelque chose (إحالة الذاتيات ومن ذلك صرف الحواس على طبائعها كمن أراك ما لا يراه غيرك أو مسح يده على مريض فأفاق أو سقاه ما يضر علته فبرىء أو أخبر عن الغيوب في الجزئيات عن غير تعديل ولا فكرة فهذه كلها إحالة الذاتيات), par exemple faire voir à quelqu'un ce que les autres ne voient pas, ou guérir par une imposition des mains, etc. (Al-Fissal, 1/94) ; de même, faire voir aux yeux ce qui n'existe pas (Al-Fissal, 3/174) ; faire voler un être humain [ce que Ibn Taymiyya reconnaît pour sa part comme effet de la magie] ;
--- le fait de transformer un être totalement (métamorphoser un humain en animal) (قلب الأعيان / إحالة نوع إلى نوع آخر دفعة على الحقيقة), ou encore multiplier quelque chose ou le faire apparaître du néant (اختراع الجواهر من ليس إلى أيس) (Al-Fissal, 1/93-94 ; 1/181 ; 3/168, 170).

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Or ce que Ibn Hazm affirme là est erroné :

En effet, les prodiges apparaissent non pas seulement chez les prophètes de Dieu, mais aussi chez des croyants pieux.
--- Le cas de Jurayj (un moine d'une communauté croyante antérieure au prophète Muhammad, sur lui soit la paix), accusé à tort d'être le père illégitime d'un bébé, et en faveur de qui le bébé de quelques jours parla est relaté dans un hadîth authentique (al-Bukhârî, Muslim). Or le fait qu'un bébé de quelques jours parle, cela est considéré par Ibn Hazm comme relevant de ce qui est impossible (محال بالإضافة) et ne pouvant donc être qu'un vrai miracle, voulu par le Créateur (Al-Fissal, 2/20-21).
--- De même, le fait que de l'eau ou de la nourriture connaisse une multiplication réelle d'elle-même, sans cause physique, cela relève d'après Ibn Hazm de l'impossible (محال بالوجود) et ne peut donc être qu'un vrai miracle (Al-Fissal, 2/20-21). Or cela est arrivé sur la table de Abû Bakr (que Dieu l'agrée) et de son épouse un soir qu'ils recevaient des invités (al-Bukhârî, Muslim).

Plus encore : la magie n'est pas seulement capable (bi idhnillâh it-takwînî) de faire ce que Ibn Hazm a énuméré.
--- Car, certes, il y a la prestidigitation et le recours à des techniques dissimulées.
--- Certes, il y a l'affectation du physique (causer l'impuissance, rendre la vue moins nette : "قلت وهذا قد ورد صريحا في رواية بن عيينة في الباب الذي يلي هذا ولفظه: "حتى كان يرى أنه يأتي النساء ولا يأتيهن"؛ وفي رواية الحميدي: "أنه يأتي أهله ولا يأتيهم"؛ قال الداودي: "يرى" بضم أوله أي يظن؛ وقال ابن التين: ضبطت "يرى" بفتح أوله؛ قلت وهو من الرأي لا من الرؤية فيرجع إلى معنى الظن. وفي مرسل يحيى بن يعمر عند عبد الرزاق: "سحر النبي صلى الله عليه وسلم عن عائشة حتى أنكر بصره"؛ وعنده في مرسل سعيد بن المسيب: "حتى كاد ينكر بصره". قال عياض: فظهر بهذا أن السحر إنما تسلط على جسده وظواهر جوارحه لا على تمييزه ومعتقده. (...) وقال عياض: يحتمل أن يكون المراد بالتخيل المذكور أنه يظهر له من نشاطه ما ألفه من سابق عادته من الاقتدار على الوطء، فإذا دنا من المرأة فتر عن ذلك، كما هو شأن المعقود؛ ويكون قوله في الرواية الأخرى: "حتى كاد ينكر بصره": أي صار كالذي أنكر بصره بحيث إنه إذا رأى الشيء يخيل أنه على غير صفته فإذا تأمله عرف حقيقته" : Fat'h ul-bârî, 10/279) (voir aussi Ash-Shifa, 2/161-162).
--- Et, certes, concernant l'autre extrême, l'avis correct est que la magie ne peut pas métamorphoser un être en quelque chose d'autre (métamorphoser un humain en animal, ou un bâton en serpent réel), ni multiplier quelque chose ou le faire apparaître du néant (Fat'h ul-bârî, 10/274).
--- Cependant, entre ces deux extrémités, il y a aussi, comme effets de certaines magies :
----- faire voir aux yeux ce qui n'est pas réel ("فَلَمَّا أَلْقَوْاْ سَحَرُواْ أَعْيُنَ النَّاسِ" : Coran 7/116) ; 
----- provoquer des maladies psychiques (pouvant aller jusqu'à des cas de folie) ;
----- provoquer des affectations physiques (pouvant aller jusqu'à la mort : An-Nubuwwât, p. 309) ;
----- faire voler le magicien chevauchant un balai (An-Nubuwwât, p. 9).
(Voir An-Nubuwwât, p. 168, p. 309, p. 413, p. 431.)

En fait, comme Ibn Taymiyya l'a écrit, c'est par l'assistance de djinns incroyants ou non-pieux que le magicien (je ne parle pas du prestidigitateur et de celui qui a recours à des techniques dissimulées) réalise ce qu'il réalise.

Quant au terme "takhyîl" présent dans le verset suscité ("فَإِذَا حِبَالُهُمْ وَعِصِيُّهُمْ يُخَيَّلُ إِلَيْهِ مِن سِحْرِهِمْ أَنَّهَا تَسْعَى" : Coran 20/66), il ne signifie pas seulement : "faire croire quelque chose qui n'est pas réel, par prestidigitation", mais aussi : "faire croire quelque chose qui n'est pas réel, par le fait d'avoir recours à des forces occultes qui font se mouvoir des choses en soi inertes" ; au sujet du prodige des magiciens de Pharaon, l'autre verset du Coran décrit le résultat de leur magie ainsi : "فَلَمَّا أَلْقَوْاْ سَحَرُواْ أَعْيُنَ النَّاسِ وَاسْتَرْهَبُوهُمْ وَجَاءوا بِسِحْرٍ عَظِيمٍ" : "Alors, lorsqu'ils jetèrent (leurs cordes et bâtons), ils ensorcelèrent les yeux des gens" (Coran 7/116).

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II) La question qui se pose est donc : Si des non-prophètes aussi peuvent réaliser des prodiges,"خرق العادة", qu'est-ce qui fait donc la spécificité des Signes des prophètes consistant en des prodiges, ces signes étant censés faire partie de l'ensemble des signes permettant de distinguer le vrai prophète du charlatan ?

Comme réponse à cette question fondamentale, voici 3 explications différentes :
l'interprétation des Ulémas Acharites et Maturidites (B) ;
l'interprétation de certains autres Mutakallimun (C) ;
l'interprétation de Ibn Taymiyya (D).

Personnellement, je suis plus convaincu sur ce point par les arguments sur lesquels repose l'interprétation de Ibn Taymiyya (D).

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B) L'explication des Ulémas Acharites et Maturidites : "Des humains non-prophètes peuvent arriver à produire de vrais prodiges, "خرق العادة". Cependant, un homme qui se prétend prophète de Dieu, Dieu ne le laisse (takwînan) réaliser de prodige que s'il est vraiment prophète de Dieu ; sinon, Dieu soit ne laisse pas se produire ce prodige, soit fait réaliser, juste après, ce qui s'oppose au prodige de cet homme. C'est donc " الاقتران بدعوى النبوة مع السلامة من المعارضة" qui permet de distinguer le "خرق العادة" d'un prophète et le "خرق العادة" de l'homme qui n'est pas prophète" :

C'est l'interprétation la plus répandue chez l'ensemble de ceux des musulmans qui se réclament de l'orthodoxie Sunnite (voir par exemple chez Ibn Hajar : Fath' ul-bârî 6/711 ; chez as-Suyûtî : Al-Itqân, p. 1001).

On peut synthétiser cette interprétation en les termes suivants : "المعجزة هي خارق للعادة يظهر على يد مدعي النبوة وفقًا للتحدي (تحداه الغيرُ بالإتيان به، أو ادعى هو أنه يظهره كآية لصدقه في دعواه) وغير مكذبة للمدّعِي، فيعجز الغير عن المعارضة بالمنع أو بالإتيان بمثله" : "La Mu'jiza (مُعْجِزَة) est quelque chose de contraire aux lois habituelles, qui se réalise par le biais de l'homme qui affirme être prophète de Dieu, et qui se réalise conformément au défi lancé (soit les sceptiques l'avaient mis au défi de produire pareille chose, soit c'est lui qui annonçait pouvoir avec la permission de Dieu réaliser pareille chose) et ne contredisant pas cet homme, et à quoi les autres hommes sont incapables de s'opposer (ni en l'empêchant de se réaliser, ni en produisant chose semblable)".
Si cela s'est produit avant que cet homme reçoive le prophétat, ce prodige est appelé "Ir'hâs" (إرهاص) (note de bas de page n° 4 sur Shar'h ul-Aqîda an-Nassafiyya, p. 145).

Quant à la Karâma (كَرَامَة) il s'agit d'un prodige qui se réalise par le biais d'un homme qui n'affirme pas être prophète et qui est croyant pieux. Cela constitue un miracle du prophète dont il se réclame (Shar'h ul-Aqîda an-Nassafiyya, p. 147 ; Shar'h ul-Fiqh il-akbar, p. 130).
Chez des gens du commun des croyants (pas impies ni spécialement pieux), le prodige les délivrant de dures épreuves est appelé "Ma'ûna" (مَعُوْنَة) (note de bas de page n° 4 sur Shar'h ul-Aqîda an-Nassafiyya, p. 145).

Le Istid'râj (اِسْتِدْرَاج) est le prodige qui se réalise par le biais d'un homme qui n'affirme pas être prophète et qui est incroyant ou est croyant non-pieux, et qui se réalise conformément à ce qu'il annonçait (Shar'h ul-Aqîda an-Nassafiyya, p. 147 ; Shar'h ul-Fiqh il-akbar, p. 134). 
Si le prodige se réalise, mais de façon contraire à ce que cet homme annonçait, cela porte le nom de "Ihâna" (إهانة) (note de bas de page n° 2 sur Shar'h ul-Aqîda an-Nassafiyya, p. 145) (voir aussi Shar'h ul-Fiqh il-akbar, p. 130).
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Un prodige ne peut pas se produire de la part de quelqu'un qui se prétend faussement prophète :
--- soit Dieu l'empêche alors (takwînan) tout simplement de réaliser le prodige qu'il annonçait comme signe de son (prétendu) prophétat : c'est l'empêchement, "المعارضة بالمنع" ;
--- soit Dieu suscite peu après un autre homme qui réalise le même prodige, ce qui "annihile" le prodige précédent en tant que "signe" : c'est l'annihilation du caractère de "signe" du prodige, par la réalisation, par un opposant, d'une chose semblable, "المعارضة بالإتيان بمثله" ;
--- soit Dieu fait se réaliser ce prodige d'une façon qui contredit ce qu'il en annonçait, ce qui fait que son prodige se transforme en humiliation pour lui, "الإهانة" (comme Mussaylima"وذكر علماء التاريخ أنه كان يتشبه بالنبي صلى الله عليه وسلم: بلغه أن رسول الله صلى الله عليه وسلم بصق في بئر فغزر ماؤه، فبصق في بئر، فغاض ماؤه بالكلية؛ وفي أخرى: فصار ماؤه أجاجا؛ وتوضأ وسقى بوضوئه نخلا، فيبست وهلكت؛ وأتى بولدان يبرك عليهم فجعل يمسح رؤوسهم، فمنهم من قرع رأسه، ومنهم من لثغ لسانه؛ ويقال: إنه دعا لرجل أصابه وجع في عينيه، فمسحهما، فعمي" :
Al-Bidâya wa-n-Nihâya, 6/370). Si le prodige se réalise comme annoncé mais qu'ensuite le prodige lui-même dénonce la personne comme étant un charlatan, cela constitue aussi une humiliation, "الإهانة" ; c'est ce à quoi la définition donnée plus haut voulait se prémunir en disant : "وغير مكذبة للمدّعِي".

Pour ces Mutakallimûn, si quelqu'un prétend être non pas prophète de Dieu mais Dieu Lui-même, ou une Incarnation de Dieu, Dieu ne l'empêche pas, takwînan, de réaliser des prodiges (Shar'h ul-fiqh il-akbar, pp. 135-136). Cette interprétation tente d'expliquer comment le Faux Messie, qui se prétendra dépositaire de l'âme divine (yehida ou : yé'hida), pourra réaliser tant de prodiges : lui se prétendra divin, et pas (ou : plus) prophète.
La question est alors : Pourquoi Dieu empêche-t-il takwînan à un homme de réaliser des prodiges s'il se prétend faussement prophète, mais pas s'il se prétend Dieu ou habité de l'Esprit de Dieu ?
Parce que, répondent ces Ulémas, la seconde affirmation est si grosse que nul être humain sensé ne devrait se laisser prendre au piège (Shar'h ul-fiqh il-akbar, pp. 135-136).

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C) L'explication de certains autres Mutakallimûn : "C'est le fait d'être irréalisable par d'autres humains (السلامة من المعارضة) qui constitue le critère décisif définissant le miracle d'un prophète" :

Dès lors, il n'est même pas nécessaire qu'il s'agisse d'un prodige, "خرق العادة: il peut s'agir de quelque chose de courant que le prophète réalise mais que ses opposants, parmi ceux à qui il s'adresse, ne peuvent plus réaliser afin que ce que ce prophète a réalisé demeure "un signe".

Cela se produit lorsque ces gens s'opposent à un prophète : Dieu enlève alors leur capacité (سلب القدرة) à faire chose que ce prophète réalise, fût-elle chose courante, et ne les laisse alors plus (takwînan) réaliser cette chose courante, afin que sa réalisation soit : "signe du prophète" (relaté de ces Mutakallimûn in An-Nubuwwât, p. 289).

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D) L'explication de Ibn Taymiyya : Il s'agit d'utiliser plutôt le terme présent dans le Coran et la Sunna : "آية", "Signe". Et ce signe est, par essence et par nature, quelque chose dont le prodige réalisé par un non-prophète est différent :

Ibn Taymiyya conteste les définitions A (celle de Ibn Hazm), mais aussi B et C du miracle de prophète. Il en fait la takhti'a, "تخطئة".

Parmi les termes usuels suscités : la Mu'jiza (مُعْجِزَة) ; le Ir'hâs (إرهاص) ; la Karâma (كَرَامَة) ; le Istid'râj (اِسْتِدْرَاج) ; la Ihâna (إهانة) ; le terme présent dans le Coran et la Sunna : "آية", "Signe", s'applique uniquement aux : Mu'jiza (مُعْجِزَة), Ir'hâs (إرهاص) et Karâma (كَرَامَة).

Et il ne s'agit pas d'un problème de simple appellation : ce ne sont pas vraiment les noms "Mu'jiza"(مُعْجِزَة), "Karâma" (كَرَامَة) et "Istid'râj" (اِسْتِدْرَاج) avec lesquels Ibn Taymiyya n'est pas d'accord ; c'est le concept de "différence entre eux par seule "concomitance / coexistence avec l'affirmation d'être prophète", "الاقتران بدعوى النبوة"" que Ibn Taymiyya ne partage pas.

D'une part Ibn Taymiyya relate que al-Aswad al-'Ansî, al-Hârith ad-Dimashqî, et Bâbâ ar-Rumî se sont présentés comme prophètes et, bien que ne l'étant évidemment pas, ont pourtant réalisé des prodiges qui n'ont subi aucune mu'âradha (contrairement à ce que les interprétations B et C affirment) (cf. An-Nubuwwât, pp. 282-283).
"والأسود العنسي الذي ادعى النبوة كان له من الشياطين من يخبره ببعض الأمور المغيبة؛ فلما قاتله المسلمون كانوا يخافون من الشياطين أن يخبروه بما يقولون فيه، حتى أعانتهم عليه امرأته لما تبين لها كفره فقتلوه. (...). وأمثال هؤلاء كثيرون، مثل الحارث الدمشقي الذي خرج بالشام زمن عبد الملك بن مروان وادعى النبوة؛ وكانت الشياطين يخرجون رجليه من القيد وتمنع السلاح أن ينفذ فيه؛ وتسبح الرخامة إذا مسحها بيده؛ وكان يرى الناس رجالا وركبانا على خيل في الهواء ويقول: "هي الملائكة"، وإنما كانوا جنا؛ ولما أمسكه المسلمون ليقتلوه طعنه الطاعن بالرمح فلم ينفذ فيه، فقال له عبد الملك: "إنك لم تسم الله!" فسمى الله فطعنه فقتله. وهكذا أهل الأحوال الشيطانية تنصرف عنهم شياطينهم إذا ذكر عندهم ما يطردها مثل آية الكرسي" (MF 11/284-285).
"كما تواترت الأخبار عن الأنبياء صلوات الله عليهم بأنهم يذكرون أن الملائكة تخبرهم بما تخبرهم به؛ وكما تواتر إخبار الجن لبنى آدم تارة بما يسترقونه من خبر السماء وتارة بغير ذلك؛ والعلم بالمغيبات من هذا الوجه هو مما اتفق عليه الأنبياء وأتباعهم المسلمون واليهود والنصارى واتفق عليه جماهير بنى آدم من غير أهل الملل كالمشركين من العرب ومن الهند ومن الكلدانيين وغيرهم: كلهم يذكرون ما تخبر به الأرواح إما مطلقا وإما أن تعين. وقد ذكرنا أن الصابئة نوعان حنفاء ومشركون؛ فالحنفاء هم من المسلمين المؤمنين؛ وأما المشركون كالصابئة الذين بعث الله إليهم الخليل عليه السلام وغيرهم فهؤلاء يقرون بهذا. والصابئة الحرانيون لهم نبي على أصلهم يقال له البابا وله مصحف يذكر فيه كثيرا من الأخبار المستقبلة ويذكرون أن سيدته يعنى روحانية الزهرة أخبرته بذلك. وكثير منها صحيح، كإخبار بدخول المسلمين بلاد حران وغيرها وفتحهم البلاد وإهانتهم لطائفته. وكان بحران بئر يقال لها بئر عزون يعظمونها تعظيما كثيرا وكان يذكر أن الأرواح تجتمع إليها. ويذكر أنواعا من هذه الأمور في مصحف له؛ وهو موجود قد قرأته أنا وغيري. وهذه الأرواح منهم من يطلق عليها اسم الأرواح والروحانيات ولا يفصل؛ ومنهم من يسميها جميعا الملائكة ولا يفرقون بين الجن والملائكة، لا سيما وطائفة من أهل الكلام وغيرهم يجعلون الجن والملائكة جنسا واحدا، وإنما يفرقون بالأعمال الصالحة والفاسدة، كالآدميين (ومن هذا تنازع العلماء في إبليس هل كان من الملائكة أم لا وقد بسط الكلام عليه في غير هذا الموضع)؛ وأما من يعرف حقيقة الأمر من علماء المسلمين فيعلمون أن الأرواح التي تعين المشركين هي الشياطين، ويفرقون بين الملائكة وبين الجن كما هو ثابت بالكتاب والسنة والإجماع" (Ar-Radd 'ala-l-mantiqiyyîn, pp. 403-404).
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D'autre part, Ibn Taymiyya affirme que la spécificité du "signe du prophète" par rapport au prodige réalisé par un non-prophète ne peut pas résider dans le seul fait d'"être coexistant avec l'affirmation d'être prophète", "الاقتران بدعوى النبوة". Car, alors, ce qu'un prophète peut réaliser, un pieux non-prophète, et même un magicien ou un impie aussi pourrait en soi le réaliser, la différence n'étant pas "par essence, par nature" (بالذات), mais "par incidence" (بالعرض), "pour raison extrinsèque à la chose" (بسبب خارج)
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Ibn Taymiyya affirme avec force que, tout au contraire, les prodiges qui constituent les signes des prophètes sont, de par leur nature même, irréalisables par des non-prophètes.

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III) Avant d'étudier cette explication de Ibn Taymiyya plus en détail, il nous faut aborder la question de la nature du prodige : en quoi consiste ce dernier exactement ?

Pour répondre à cette question, nous devrons voir 3 découpages...

Un premier découpage : Les Catégories b, a et z, qui correspondent à des Niveaux d'impossibilité ou de possibilité des effets.

Un second découpage : Comme nous le verrons plus bas, al-Qushayrî et Ibn Taymiyya distinguent deux types de prodiges : les prodiges très grands, et les prodiges moins grands.

Un troisième découpage : Comme nous l'avons vu un peu plus haut, Ibn Taymiyya distingue les prodiges faits avec l'Assistance de Dieu, ou de Ses Anges, ou des Causes Naturelles ; et les prodiges réalisés avec l'assistance de djinns incroyants. Il nous faudra donc distinguer les différents Niveaux de Capacité dont les créatures disposent, ou ne disposent pas.

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IV) Le premier découpage : Il y a : ce qui est en soi impossible ; ce qui est en soi possible et n'est impossible que d'après les lois régissant ce monde ; enfin, ce qui n'est pas impossible d'après les lois régissant ce monde mais ne se produit qu'exceptionnellement :

Ibn Hazm a distingué 4 catégories, au sein de l'ensemble de ce que l'usage des hommes nomme : "chose impossible" (محال) :

La Catégorie d) ce qui est impossible d'exister en soi (المحال المطلق باعتبار العقل) : par exemple que quelque chose soit, qui existe et dans le même temps n'existe pas.
La Catégorie c) ce qui est impossible d'exister car induisant une imperfection chez Dieu (المحال المطلق باعتبار ذات الباري تعالى) : par exemple que Dieu ait un associé dans Son caractère divin.
La Catégorie b) ce qui est impossible d'exister par rapport aux lois régissant ce monde (المحال المطلق في هذا العالم باعتبار ما بنى الله عليه العالم) : par exemple que la pierre ou l'arbre parle (certes, dans l'au-delà même des choses inertes parleront, mais en ce monde cela est impossible) ; ou qu'une petite quantité d'eau, présente dans un petit récipient, soit multipliée au point de connaître comme un jaillissement et suffise à abreuver des centaines de personnes ; ou qu'un bâton se transforme en vrai serpent puis redevienne bâton.
La Catégorie a) ce qui, de façon relative, est impossible d'exister en ce monde (المحال الإضافي في هذا العالم باعتبار ما بنى الله عليه العالم) : qu'un humain né il y a seulement quelques jours parle (cela est relatif car en grandissant l'être humain se met normalement à parler). (Cf. Al-Fissal, 2/20-21 ; j'ai, dans ma relation de ce passage de Ibn Hazm, interverti l'ordre des catégories d et c, telles que le savant andalou les a, lui, exposées dans cet original.)

Humblement je rajouterai :

La Catégorie z) ce qui, bien qu'étant du domaine du possible en ce monde, n'y voit qu'exceptionnellement, très rarement, le jour (الممكن الخارج عن المعتاد) : qu'un humain exprime le souhait qu'il pleuve, et il se met à pleuvoir immédiatement.

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Les deux catégories d et c
, qui sont réellement des choses qui ne peuvent pas exister, donc qui sont en soi "impossibles d'existence" (محال الوجود في نفسه), dira-t-on que Dieu est malgré tout capable de les faire exister, ou ne dira-t-on pas cela ?

A ce sujet, lire mon article : "Dieu est capable de toute chose" : "إِنَّ اللَّه عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ" (Coran). Que recouvre ici la formule "Capable de toute chose" : "Capable de ce qu'Il veut faire se réaliser" (إن الله على كل شيء} شاءه {قدير), ou : "Capable de bien plus que ce qu'Il veut faire se réaliser" ? - Par ailleurs : Dira-t-on que Dieu a aussi la Capacité de créer une divinité autre que Lui, ou ne peut-on pas dire cela ?.

ِQuant aux deux catégories citées ici comme b et a, elles sont impossibles dans le sens où elles contredisent les lois que Dieu a mises en place régissant la création (ممتنع الوجود باعتبار ما بنى الله عليه العالم), cependant, elles demeurent possibles en soi (ممكن الوجود في نفسه).
C'est dans ces catégories b et a, ainsi que dans la catégorie z que les miracles opérés par les prophètes et les pieux non-prophètes prennent place et constituent des Signes particuliers (du type B.A.B dans notre autre article).

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--- Des pierres ainsi que des arbres ont parlé en présence du prophète Muhammad (sur lui soit la paix), devant des Compagnons, alors que la pierre et l'arbre ne parlent pas (Catégorie b) ; de même, le bâton de Moïse (sur lui soit la paix) se transforma en un vrai serpent quand il le jeta par terre, alors qu'un morceau de bois ne se transforme pas en animal ;
--- Jésus nouveau-né parla, alors qu'un humain ne parle que lorsque ayant atteint l'âge de quelques mois (Catégorie a).
--- Un vendredi, pendant le sermon de la mi-journée, un bédouin lui en ayant fait la requête, le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) invoqua Dieu de faire pleuvoir ; alors que le ciel était jusqu'alors dégagé, des nuages apparurent immédiatement, et la pluie se fit. Le vendredi suivant, requête lui fut adressée d'invoquer Dieu de faire cesser de pleuvoir, ce que le Prophète fit, et immédiatement il cessa de pleuvoir au-dessus de la ville de Médine (Catégorie z).

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Irâdat ullâh at-takwîniyya, Amr ullâh at-takwînî et Idhn ullâh at-takwînî :

Aucune chose concrète ('ayn) ne vient à l'existence sans que ce soit parce que Dieu a voulu (Irâda Takwîniyya) qu'elle existe.
Aucune chose concrète ('ayn) ne fait une action (hadath) sans que ce soit parce que Dieu a voulu qu'elle fasse cette action.
Rien n'arrive ('aradh) à une chose concrète ('ayn) sans que ce soit parce que Dieu a voulu que cela lui arrive.

Dieu fait donc exister (Takwîn) toute chose et tout ce qui arrive à toute chose.

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Il existe aussi le Amr ullâh : cela semble englober autant la Hidâya (ici : le fait d'avoir conféré un code de fonctionnement naturel à toute chose) que le Tadbîr (ici : le fait de prendre des décisions quant aux implications du fonctionnement des différentes créatures).

Dans cette phrase présente (avec des différences minimes au niveau des mots) en de nombreux versets du Coran, on retrouve ce terme Amr ullâh au sujet d'une loi physique mise en place par Dieu : le fait que le bateau puisse voguer sur la mer"اللَّهُ الَّذِي سخَّرَ لَكُمُ الْبَحْرَ لِتَجْرِيَ الْفُلْكُ فِيهِ بِأَمْرِهِ" : "Dieu est Celui qui a vous a assujetti la mer afin que les bateaux y voguent par Son Amr" (Coran 45/12). "لتجري الفلك} وهي السفن{فيه، بأمره} تعالى، فإنه هو الذي أمر البحر أن يحملها" (Tafsîr Ibn Kathîr, commentaire de Coran 45/12). "وقوله {بأمره} هو أمر التكوين إذ جعل البحر صالحا لحملها" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr, commentaire de Coran 22/65).

Il y a cet autre verset : "وَأَوْحَى رَبُّكَ إِلَى النَّحْلِ أَنِ اتَّخِذِي مِنَ الْجِبَالِ بُيُوتًا وَمِنَ الشَّجَرِ وَمِمَّا يَعْرِشُونَ ثُمَّ كُلِي مِن كُلِّ الثَّمَرَاتِ فَاسْلُكِي سُبُلَ رَبِّكِ ذُلُلاً" : "Et ton Pourvoyeur a inspiré à l'abeille : (...)" (Coran 16/68-69). Ce Wah'y que Dieu a fait à l'abeille de prendre telle demeure de telle et telle chose, et de manger de tous fruits consiste à avoir créé en elle ce savoir-faire ; et pas à lui avoir parlé. Cela relève également du Amr ullâh at-Takwînî.

Et dans le verset suivant, Amr ullâh signifie : "Décision de Dieu" : "يَا إِبْرَاهِيمُ أَعْرِضْ عَنْ هَذَا إِنَّهُ قَدْ جَاء أَمْرُ رَبِّكَ وَإِنَّهُمْ آتِيهِمْ عَذَابٌ غَيْرُ مَرْدُودٍ" (Coran 11/76).

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La formule "Idhn Takwînî" semble désigner quelque chose d'un peu particulier à l'intérieur de la générale Irâda Takwîniyya : le "Idhn Takwînî" de Dieu s'applique aux cas où une cause créée par Dieu (sabab makhlûq) est à l'oeuvre : on dit alors que, pour que cette cause produise son effet, il est nécessaire que Dieu ait permis (Idhn) que cet effet voie le jour, car Il aurait pu empêcher cela par le fait de faire intervenir une contre-cause, ou tout simplement anéantir la première cause. Rien n'est donc Mustaqill 'an-illâh.

Un verset se lit ainsi : "وَهُوَ الَّذِي يُرْسِلُ الرِّيَاحَ بُشْرًا بَيْنَ يَدَيْ رَحْمَتِهِ حَتَّى إِذَا أَقَلَّتْ سَحَابًا ثِقَالاً سُقْنَاهُ لِبَلَدٍ مَّيِّتٍ فَأَنزَلْنَا بِهِ الْمَاء فَأَخْرَجْنَا بِهِ مِن كُلِّ الثَّمَرَاتِ كَذَلِكَ نُخْرِجُ الْموْتَى لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ وَالْبَلَدُ الطَّيِّبُ يَخْرُجُ نَبَاتُهُ بِإِذْنِ رَبِّهِ وَالَّذِي خَبُثَ لاَ يَخْرُجُ إِلاَّ نَكِدًا كَذَلِكَ نُصَرِّفُ الآيَاتِ لِقَوْمٍ يَشْكُرُونَ" : "Et la terre bonne, sa plante sort avec la Permission de son Seigneur. Et la (terre) qui est mauvaise, (sa plante) ne sort que difficilement" (Coran 7/57-58). "ثم ذكر تفاوت الأراضي التي ينزل عليها المطر، فقال: {وَالْبَلَدُ الطَّيِّبُ} أي: طيب التربة والمادة، إذا نزل عليه مطر {يَخْرُجُ نَبَاتُهُ} الذي هو مستعد له {بِإِذْنِ رَبِّهِ} أي: بإرادة اللّه ومشيئته، فليست الأسباب مستقلة بوجود الأشياء، حتى يأذن اللّه بذلك. {وَالَّذِي خَبُثَ} من الأراضي {لَا يَخْرُجُ إِلَّا نَكِدًا} أي: إلا نباتا خاسا لا نفع فيه ولا بركة. {كَذَلِكَ نُصَرِّفُ الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يَشْكُرُونَ} أي: ننوعها ونبينها ونضرب فيها الأمثال ونسوقها لقوم يشكرون اللّه بالاعتراف بنعمه، والإقرار بها، وصرفها في مرضاة اللّه، فهم الذين ينتفعون بما فصل اللّه في كتابه من الأحكام والمطالب الإلهية، لأنهم يرونها من أكبر النعم الواصلة إليهم من ربهم، فيتلقونها مفتقرين إليها فرحين بها، فيتدبرونها ويتأملونها، فيبين لهم من معانيها بحسب استعدادهم. وهذا مثال للقلوب حين ينزل عليها الوحي الذي هو مادة الحياة، كما أن الغيث مادة الحيا" (Tafsîr us-Sa'dî).
--- La terre fertile fait pousser abondamment en tant que cause (et cela est naturel), mais cela se produit "avec la Permission de Dieu" eu égard au fait d'une part que cela est wujûdî, et d'autre part que Dieu aurait pu faire entrer en jeu des empêchants (mawâni').
--- La terre infertile ne fait pas pousser abondamment : que sa production soit difficile est dans l'ordre des choses, cela est naturel. La formule "avec la permission de Son Seigneur" n'a ici pas été répétée, vu qu'il s'agit de quelque chose qui d'une part est 'adamî, et d'autre part est constatable de toute chose dont c'est la nature d'être ainsi.

L'effet que la sorcellerie entraîne se fait lui aussi "avec la permission (Takwînî) de Dieu" : "وَاتَّبَعُواْ مَا تَتْلُواْ الشَّيَاطِينُ عَلَى مُلْكِ سُلَيْمَانَ وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَكِنَّ الشَّيْاطِينَ كَفَرُواْ يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ وَمَا أُنزِلَ عَلَى الْمَلَكَيْنِ بِبَابِلَ هَارُوتَ وَمَارُوتَ وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّى يَقُولاَ إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلاَ تَكْفُرْ فَيَتَعَلَّمُونَ مِنْهُمَا مَا يُفَرِّقُونَ بِهِ بَيْنَ الْمَرْءِ وَزَوْجِهِ وَمَا هُم بِضَآرِّينَ بِهِ مِنْ أَحَدٍ إِلاَّ بِإِذْنِ اللّهِ وَيَتَعَلَّمُونَ مَا يَضُرُّهُمْ وَلاَ يَنفَعُهُمْ وَلَقَدْ عَلِمُواْ لَمَنِ اشْتَرَاهُ مَا لَهُ فِي الآخِرَةِ مِنْ خَلاَقٍ وَلَبِئْسَ مَا شَرَوْاْ بِهِ أَنفُسَهُمْ لَوْ كَانُواْ يَعْلَمُونَ" (Coran 2/102). Cela est wujûdî.

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Ce qui va suivre, où est évoquée la réalisation de certains miracles, parle donc de choses qui, elles aussi, ne se produisent que par la Irâda Takwîniyya et le Idhn Takwînî de Dieu :
"وَمَا كَانَ لِرَسُولٍ أَن يَأْتِيَ بِآيَةٍ إِلاَّ بِإِذْنِ اللّهِ" (Coran 13/38 ; 40/78).
"وَرَسُولاً إِلَى بَنِي إِسْرَائِيلَ أَنِّي قَدْ جِئْتُكُم بِآيَةٍ مِّن رَّبِّكُمْ أَنِّي أَخْلُقُ لَكُم مِّنَ الطِّينِ كَهَيْئَةِ الطَّيْرِ فَأَنفُخُ فِيهِ فَيَكُونُ طَيْرًا بِإِذْنِ اللّهِ وَأُبْرِىءُ الأكْمَهَ والأَبْرَصَ وَأُحْيِي الْمَوْتَى بِإِذْنِ اللّهِ وَأُنَبِّئُكُم بِمَا تَأْكُلُونَ وَمَا تَدَّخِرُونَ فِي بُيُوتِكُمْ إِنَّ فِي ذَلِكَ لآيَةً لَّكُمْ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ " (Coran 3/49).

Cependant, et parallèlement, les miracles se distinguent par rapport à un point : l'absence de Capacité (Qud'ra), accordée par Dieu à l'humain, au djinn ou à la cause naturelle, de faire se réaliser ces choses ; ou la très faible probabilité que la cause naturelle entraîne ces choses

C'est ce caractère supra-normal qui fait le miracle
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Le miracle ne peut être reconnu que si on reconnaît l'existence d'une normalité dans le fonctionnement de la création de Dieu, normalité qui, elle aussi, ne peut se dérouler qu'avec la permission de Dieu (Idhn Takwînî), mais par rapport à laquelle le miracle constitue une exception (elle aussi voulue par Dieu). 

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Concernant les Catégories b et a, Ibn Hazm souligne que c'est d'après les lois naturelles que Dieu a mises en place dans ce monde que ces choses sont impossibles :

"فبإذ ذلك كذلك، فقد وجب أن كل ما في العالم مما قد رتبه الله على ما هو عليه من فصوله الذاتية وأنواعه وأجناسه فلا يتبدل شيء منه قطعا إلا حيث قام البرهان على تبدله. وليس ذلك إلا على أحد وجهين: إما استحالة معهودة جارية على رتبة واحدة وعلى ما بنى الله تعالى عليه العالم من استحالة المني حيوانا والنوى والبزور نباتا وسائر الاستحالات المعهودات؛ وإما إستحالة ما لم تعهد قط ولا بنى الله تعالى العالم عليها؛ ولذلك قد صح للانبياء عليهم السلام شواهد لهم على صحة نبوتهم وجود ذلك بالمشاهدة ممن شهدهم ونقله إلى من لم يشاهدهم بالتواتر الموجب للعلم الضروري، فوجب الإقرار بذلك. وبقي ما عدا أمر الأنبياء عليهم السلام على الامتناع فلا يجوز البتة وجود ذلك لا من ساحر ولا من صالح بوجه من الوجوه لأنه لم يقم برهان بوجود ذلك ولا صح به نقل. وهو ممتنع في العقل كما قدمنا. ولو كان ذلك ممكنا لاستوى الممتنع والممكن والواجب وبطلت الحقائق كلها(Al-Fissal, 3/169).
"قال أبو محمد: وكل هذه الوجوه التي ذكرناها ليست من باب معجزات الأنبياء عليهم السلام، ولا من باب ما يدعيه أهل الكذب للسحرة والصالحين؛ لأن معجز الأنبياء هو خارج عن الرتب وعن طبائع كل ما في العالم وعن بنية العالم، لا يجري شيء من ذلك على قانون ولا على سنن معلوم. لكن قلب عين وإحالة صفات ذاتية كشق القمر وفلق البحر واختراع طعام وماء وقلب العصا حية وإحياء ميت قد أرم وإخراج ناقة من صخرة ومنع الناس من أن يتكلموا بكلام مذكور أو من أن يأتوا بمثله وما أشبه هذا، من إحالة الصفات الذاتية التي بوجودها تستحق الأسماء ومنها تقوم الحدود؛ وهذا بعينه هو الذي يدعيه المبطلون للساحر والفاضل. قال أبو محمد: وإنما يلوح الفرق جدا بين هذين السبيلين لأهل العلم بحدود الأسماء والمسميات وبطبائع العالم وانقسامه من مبدئه من أجناس إلى أنواعه إلى أشخاصه وما هو عليه من أعراضه ذاتي وما هو منها غيري وما يسرع الاستحالة والزوال من الغيري منها وما يبطيء زواله منها وما يثبت منها ثبات الذاتي وان لم يكن ذاتيا والفرق بين البرهان وبين ما نظن أنه برهان وليس برهانا والحمد لله على ما وهب وأنعم به علينا لا إله إلا هو" (Al-Fissal, 3/171).
"فـالمحال بالإضافة مثل نبات اللحية لابن ثلاث سنين وإحباله امرأة وكلام الأبله الغبي في دقائق المنطق وصوغه الشعر العجيب وما أشبه هذا؛ فهذه المعاني موجودة في العالم مـمن هي ممكنة منه، ممتنعة من غيرهم. وأما المحال في الوجود فكانقلاب الجماد حيوانا والحيوان جمادا أو حيوانا آخر وكنطق الحجر واختراع الأجسام وما أشبه هذا؛ فإن هذا كله ليس ممكنا عندنا البتة ولا موجودا، ولكنه متوهم في العقل متشكل في النفس كيف كان يكون لو كان. وبهذين القسمين تأتي الأنبياء عليهم السلام في معجزاتهم الدالة على صدقهم في النبوة" (Al-Fissal, 2/20-21).

Par rapport à la perception des Acharites disant que "les choses ne possèdent pas de nature et de propriété propre", Ibn Hazm exprime - à juste titre - son désaccord : "قال أبو محمد: ذهبت الأشعرية إلى إنكار الطبائع جملة وقالوا: ليس في النار حر، ولا في الثلج برد، ولا في العالم طبيعة أصلا. وقالوا: إنما حدث حر النار جملة وبرد الثلج عند الملامسة. قالوا: ولا في الخمر طبيعة إسكار، ولا في المني قوة يحدث بها حيوان، ولكن الله عز وجل يخلق منه ما شاء، وقد كان ممكنا أن يحدث من مني الرجال جملا، ومن مني الحمار إنسانا، ومن زويعة الكزبر نخلا. قال أبو محمد: (...) وقد ناظرت بعضهم في ذلك فقلت له إن اللغة التي نزل بها القرآن تبطل قولكم لأن" (Al-Fissal, 1/183).

Par contre, pour ce qui est de l'emploi (par les Acharites) de la formule "kharq ul-'âda", contre lequel Ibn Hazm s'élève, insistant pour employer plutôt "mumtani'", la divergence pourrait être qualifiée de "littérale seulement" (lafzî) (les Acharites voulant parler de : "non-impossible à réaliser pour Dieu, mais seulement contraire à la normalité") :
"قال أبو محمد: وهذا المذهب الفاسد حداهم على أن سموا ما تأتي به الأنبياء عليهم الصلاة والسلام من الآيات المعجزات: "خرق العادة"، لأنهم جعلوا امتناع شق القمر وشق البحر وامتناع إحياء الموتى وإخراج ناقة من صخرة وسائر معجزاتهم: إنما هي عادات فقط. قال أبو محمد: معاذ الله من هذا! ولو كان ذلك عادته لما كان فيها إعجاز أصلا، لأن العادة في لغة العرب والدأب والدين والديدن والهجيري ألفاظ مترادفة على معنى واحد وهي في أكثر استعمال الإنسان له مما لا يؤمن تركه إياه ولا ينكر زواله عنه، بل هو ممكن وجود غيره ومثله؛ بخلاف الطبيعة، التي الخروج عنها ممتنع" (Al-Fissal, 1/184).

Il existe bien une nature et des propriétés intrinsèques à chaque chose. On le voit avec le feu : il brûle :

Dieu a créé le feu avec la propriété qu'il brûle. Cette causalité est due à un Amr ullâh at-Takwînî général, donné au feu de brûler. Et...

... Et, à chaque fois qu'il est en contact avec un combustible, il brûle avec une Idhn ullâh at-Takwînî habituelle. Comme "la terre bonne : sa plante sort avec la Permission de son Seigneur" (Coran 7/57-58)..

Dans le cas de Abraham (sur lui soit la paix), si le feu dans lequel il a été jeté ne l'a pas du tout brûlé, c'est aussi par la Volonté de Dieu ; cependant cela constitue un miracle...

... un événement où Dieu a voulu (Irâda Takwîniyya) que la causalité soit suspendue, et où il y a eu un Amr ullâh at-Takwînî particulier, par le biais d'un Qawl ullâh at-Takwînî : un "Sois !" : Dieu a alors dit à ce feu de ne pas brûler : "قَالُوا ابْنُوا لَهُ بُنْيَانًا فَأَلْقُوهُ فِي الْجَحِيمِ فَأَرَادُوا بِهِ كَيْدًا فَجَعَلْنَاهُمُ الْأَسْفَلِينَ" (Coran 37/97-98) ; "قَالُوا حَرِّقُوهُ وَانصُرُوا آلِهَتَكُمْ إِن كُنتُمْ فَاعِلِينَ قُلْنَا يَا نَارُ كُونِي بَرْدًا وَسَلَامًا عَلَى إِبْرَاهِيمَ وَأَرَادُوا بِهِ كَيْدًا فَجَعَلْنَاهُمُ الْأَخْسَرِينَ" : "Nous dîmes : "Feu, sois fraîcheur et paix sur Abraham !"" (Coran 21/68-70).

C'est bien à cause de l'existence d'une propriété intrinsèque du feu que nous lisons le hadîth suivant : Le Prophète (sur lui soit la paix), ayant envoyé un groupe de Compagnons en expédition, nomma un des leurs comme dirigeant, et dit aux autres de lui obéir. Or, en chemin, un jour, ce dirigeant, étant énervé, demanda à ses compagnons de rassembler du bois mort, leur dit d'y mettre le feu, puis leur dit d'y entrer au motif qu'ils lui devaient obéissance. Mais certains refusèrent tout net d'y entrer, alors que d'autres hésitèrent. Sur ces entrefaites, la colère du dirigeant retomba et le feu s'éteignit. Quand ils furent rentrés à Médine, le Prophète (sur lui soit la paix), mis au courant de l'incident, dit : "S'ils y étaient entrés, ils y seraient restés jusqu'au jour de la résurrection [= ils auraient mérité le feu dans le Barzakh] ! L'obéissance (au amîr) ne se fait que dans le convenable !".
"عن علي رضي الله عنه أن النبي صلى الله عليه وسلم بعث جيشا، وأمر عليهم رجلا. فأوقد نارا وقال: ادخلوها، فأرادوا أن يدخلوها، وقال آخرون: إنما فررنا منها، فذكروا للنبي صلى الله عليه وسلم، فقال للذين أرادوا أن يدخلوها: "لو دخلوها لم يزالوا فيها إلى يوم القيامة"، وقال للآخرين: "لا طاعة في معصية. إنما الطاعة في المعروف" (al-Bukhârî, 6830 etc., Muslim, 1840). "عن علي رضي الله عنه قال: بعث النبي صلى الله عليه وسلم سرية، وأمر عليهم رجلا من الأنصار، وأمرهم أن يطيعوه. فغضب عليهم، وقال: أليس قد أمر النبي صلى الله عليه وسلم أن تطيعوني؟ قالوا: بلى، قال: "قد عزمت عليكم لما جمعتم حطبا، وأوقدتم نارا، ثم دخلتم فيها." فجمعوا حطبا، فأوقدوا نارا. فلما هموا بالدخول، فقام ينظر بعضهم إلى بعض، قال بعضهم: إنما تبعنا النبي صلى الله عليه وسلم فرارا من النار أفندخلها؟ فبينما هم كذلك، إذ خمدت النار، وسكن غضبه، فذكر للنبي صلى الله عليه وسلم، فقال: "لو دخلوها ما خرجوا منها أبدا. إنما الطاعة في المعروف" (al-Bukhârî, 6726).
Ce qui nous intéresse ici c'est que le Prophète (sur lui soit la paix) ne leur a pas dit : "Le feu ne fait rien ! Dieu aurait pu le rendre froid et salutaire pour eux, comme Il l'a fait pour Son Ami (Abraham) ; surtout que dans leur cas il s'agissait de se conformer à l'ordre expresse que je leur avais donné d'obéir à cet émir !"
Tout au contraire, sachant que le feu brûle, le Prophète (sur lui soit la paix) leur a fait comprendre que s'ils y étaient entrés, ils auraient commis un interdit (car il est interdit de se suicider). Le fait est qu'il est exceptionnel que le feu devienne froid et salutaire pour celui qui s'y trouve.

De l'épisode avec le prophète Abraham (sur lui soit la paix), on ne peut donc pas déduire de façon absolue et universelle, comme deux options parfaitement égales : "Le feu ne fait rien : il peut brûler, comme il peut ne pas brûler, comme on le voit avec Abraham !"

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Toutes les choses qui relèvent des catégories b et a, Dieu est Capable de les faire se réaliser :
--- une partie Il a déjà fait se réaliser (il y a des miracles réalisés par Ses différents prophètes, il y a aussi des miracles réalisés par des pieux se réclamant du message du prophète de leur époque) ;
--- une autre partie Dieu va faire se réaliser (il s'agit de miracles devant se produire dans le futur) ;
--- et une autre partie encore Il a choisi, pour une sagesse que Lui connaît, de ne jamais faire se réaliser.

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V) Le second découpage : Signes Extrêmements Grands & Signes Moins Grands :

Ce sont al-Qushayrî et Ibn Taymiyya qui ont exprimé cette distinction : certains signes, seuls des prophètes peuvent les réaliser, et même pas des adeptes de prophètes, n'en parlons plus des impies et incroyants (cf. Fat'h ul-bârî 7/478-479 ; Shar'h ul-fiqh il-akbar, p. 131). 

Il existe des signes extrêmement grands (âyât kub'râ), et, eux, Dieu a fait, takwînan, que seuls des prophètes peuvent les réaliser (et même pas des croyants pieux étant adeptes du prophète du moment) : ressusciter quelqu'un qui est déjà mort ; donner vie à quelque chose d'inerte ; transformer un bâton en véritable serpent (An-Nubuwwât, p. 296). Le Coran parle bien de : "وَاضْمُمْ يَدَكَ إِلَى جَنَاحِكَ تَخْرُجْ بَيْضَاء مِنْ غَيْرِ سُوءٍ آيَةً أُخْرَى لِنُرِيَكَ مِنْ آيَاتِنَا الْكُبْرَى" (Coran 20/22-23) ; "لَقَدْ رَأَى مِنْ آيَاتِ رَبِّهِ الْكُبْرَى" (Coran 53/18). 

Et puis il existe des signes moins grands (âyât sugh'râ), qui sont communs (de par leur nature) aux prophètes et à ceux qui les suivent. Cependant, le croyant pieux qui réalise un prodige, ce prodige constitue lui aussi un Signe du prophète dont ce croyant se réclame, puisque ce croyant affirme alors : "Je n'ai pu réaliser ce prodige que par la permission takwînî de Dieu, et Il a permis que je le fasse parce que j'adhère au message de tel prophète de Dieu" (An-Nubuwwât, p. 8). Par ailleurs, dans ce genre de signes communs de par leur nature, aux prophètes et à ceux qui les suivent, les signes des prophètes sont plus grands en qualité que les signes des croyants qui les suivent (Ibid., p. 8, p. 296). 

–--- Quant aux prodiges que des incroyants ou des impies font, Ibn Taymiyya explique que même si au premier regard ces prodiges sont semblables à certains Signes Moins Grands (âyât sugh'râ) de prophètes et de leurs adeptes, en réalité ils leur sont différents de par leur nature même ; cela dans la mesure où ces incroyants les réalisent grâce à l'assistance de djinns qui ne sont pas pieux, alors que les prodiges faits par les prophètes et les pieux qui se réclament de ces prophètes sont réalisés différemment (nous y reviendrons dans le Troisième Découpage).
C'est bien pourquoi, dès qu'ils virent que le bâton de Moïse, s'étant transformé en grand serpent, avait avalé ce que eux montraient au public comme des serpents, les magiciens de Pharaon adhérèrent immédiatement à son message et dirent : "Nous croyons en le dieu de Moïse et de Aaron" : "فَأَلْقَوْا حِبَالَهُمْ وَعِصِيَّهُمْ وَقَالُوا بِعِزَّةِ فِرْعَوْنَ إِنَّا لَنَحْنُ الْغَالِبُونَ فَأَلْقَى مُوسَى عَصَاهُ فَإِذَا هِيَ تَلْقَفُ مَا يَأْفِكُونَ فَأُلْقِيَ السَّحَرَةُ سَاجِدِينَ قَالُوا آمَنَّا بِرَبِّ الْعَالَمِينَ رَبِّ مُوسَى وَهَارُونَ قَالَ آمَنتُمْ لَهُ قَبْلَ أَنْ آذَنَ لَكُمْ إِنَّهُ لَكَبِيرُكُمُ الَّذِي عَلَّمَكُمُ السِّحْرَ فَلَسَوْفَ تَعْلَمُونَ لَأُقَطِّعَنَّ أَيْدِيَكُمْ وَأَرْجُلَكُم مِّنْ خِلَافٍ وَلَأُصَلِّبَنَّكُمْ أَجْمَعِينَ قَالُوا لَا ضَيْرَ إِنَّا إِلَى رَبِّنَا مُنقَلِبُونَ إِنَّا نَطْمَعُ أَن يَغْفِرَ لَنَا رَبُّنَا خَطَايَانَا أَن كُنَّا أَوَّلَ الْمُؤْمِنِينَ" (Coran 26/44-51) : ayant déjà entendu parler de Moïse et de Aaron et sachant déjà ce qu'ils prétendaient être, ayant constaté chose que, , en tant qu'experts de la magie, ils savaient la magie (aussi grande soit-elle) incapable de réaliser (le bâton est apparu être un serpent, mais ensuite a avalé leurs bâtons et leurs cordes), ils comprirent immédiatement que c'était le Créateur de l'Univers qui avait fait se réaliser cela.

On le voit : même si, d'un regard extérieur rapide, quelqu'un pourrait les voir constituer la même chose (dans le cas du prophète Moïse et comme dans le cas des magiciens, il s'agissait de serpents se mouvant), en fait le Signe d'un prophète est différent, de par sa nature même, du prodige d'un magicien :
--- le second prodige est réalisé par l'assistance de djinns, contrairement au premier, qui est réalisé par l'assistance d'anges, ou même par la Parole "Sois !" de Dieu ;
--- cela entraîne que le second prodige n'atteint jamais le degré du premier.
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Bien sûr, rien ne se déroule ni ne voit le jour sans qu'il ait été voulu par Dieu (
murâd ullâh irâdatan takwîniyyatan) et soit créé par Lui (maf'ûl ullâh) : et dans la réalisation de tout ce dont Dieu a voulu qu'il se réalise, il y a une sagesse.
Cependant, contrairement au prodige d'un prophète ou d'un pieux non-prophète, le prodige du charlatan n'est jamais le résultat direct (
mussabbab mubâshir) d'un Acte ou d'une Parole de Dieu (fi'l ullâh aw kalâmu-hû), ni le résultat direct d'un acte d'un Ange (fi'l ul-malak), mais toujours le résultat direct (mussabbab mubâshir) d'un acte d'un djinn non-pieux (fi'l ul-jinn il-kâfir).

Ceci a pour incidence que si, pendant la réalisation d'un prodige par un magicien, un pieux croyant présent dans l'assemblée récite les formules d'évocation de Dieu qui font fuir les djinns qui ne sont pas croyants pieux, le prodige de l'incroyant cesse immédiatement. Ce qui n'est évidemment pas le cas du prodige fait par un pieux (prophète, ou adepte de prophète).

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Ainsi, les devins arrivent à prédire certaines choses devant arriver dans le futur (c'est "l'art" de la mancie ; il y a les : astromancie ; chiromancie ; cristallomancie ; cartomancie). Or les prophètes prédisent eux aussi certaines choses devant arriver (que l'on pense seulement aux annonces de châtiments terrestres que des prophètes avaient faites à leur peuple, et qui sont relatées dans le Coran).
En fait, si en apparence les deux prodiges sont comparables, en réalité ils sont très différents :
--- celui du devin se fait par l'assistance d'un djinns non-pieux qui l'en informe après avoir saisi, à la dérobée, des discussions d'anges, au niveau des nuages, relatives à certains décrets de Dieu ;
--- et celui du prophète se fait parce que Dieu lui a fait connaître de façon occasionnelle (juz'î) certaines des choses qu'Il a décidé de faire se réaliser (et ce, soit en le lui inspirant directement, soit en dépêchant un ange venant l'en informer).

De même, les devins sont capables d'indiquer à quelqu'un ce que, chez lui, il vient de manger et ce qu'il a gardé pour le consommer le lendemain. Or le Coran présente la même chose comme l'un des miracles du prophète Jésus : "وَرَسُولاً إِلَى بَنِي إِسْرَائِيلَ أَنِّي قَدْ جِئْتُكُم بِآيَةٍ مِّن رَّبِّكُمْ أَنِّي أَخْلُقُ لَكُم مِّنَ الطِّينِ كَهَيْئَةِ الطَّيْرِ فَأَنفُخُ فِيهِ فَيَكُونُ طَيْرًا بِإِذْنِ اللّهِ وَأُبْرِىءُ الأكْمَهَ والأَبْرَصَ وَأُحْيِي الْمَوْتَى بِإِذْنِ اللّهِ وَأُنَبِّئُكُم بِمَا تَأْكُلُونَ وَمَا تَدَّخِرُونَ فِي بُيُوتِكُمْ إِنَّ فِي ذَلِكَ لآيَةً لَّكُمْ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ" (Coran 3/49).
Ici encore, si en apparence les deux prodiges sont comparables, en réalité ils sont très différents :
--- celui du devin se fait par l'assistance de djinns non-pieux ;
--- et celui de Jésus se faisait par l'assistance d'anges.
Dès lors :
--- les devins ne pouvaient pas fournir ce genre d'informations au sujet des lieux où leurs djinns ne pouvaient pas se rendre (comme la maison ayant été refermée avec la prononciation du Nom de Dieu) ;
--- contrairement à Jésus, qui pouvait, avec la permission de Dieu, fournir cette information même dans ce cas de figure (cf. An-Nubuwwât, pp. 401-402).

Les "Prodiges Très Grands" relèvent tous de la "Catégorie b". Cela est certain.
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Mais qu'en est-il des "Prodiges Moindres" :
--- la totalité d'entre eux
relèvent-ils uniquement de la "Catégorie a" ou "z" ?
--- ou bien certains d'entre eux relèvent-ils eux aussi de la "Catégorie
b" (ce qui impliquerait de distinguer 2 sous-catégories à l'intérieur de cette Catégorie b) ?
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Par ailleurs, les prodiges des charlatans relèvent pour leur part uniquement de la "Catégorie
a" (certaines "opérations chirurgicales" que des djinns impies réussissent à faire) ou "z"... 

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VI) Et voici le Troisième découpage : Les différents Niveaux de Capacité dont chaque type de créature bénéficie normalement (sauf cas exceptionnel, voulu par Dieu), ou ne bénéficie pas :

Le Niveau 1.1) Ce que Dieu a accordé à l'homme (en tant que tel) la capacité (Qud'ra) de faire de lui-même (bien que certains hommes soient diminués et n'aient même pas cette capacité) (ما هو مقدور لجنس البشر، وفيهم اختيار، فيفعله معظم أفراد البشر باختيارهم) :

Qu'un homme marche par ses pieds sur le sol ferme, voilà qui exprime la Qud'ra normale : cela se fait bi idhni-r-rabb (car il pourrait être atteint de paralysie), mais exprime la Qud'ra normale ; en effet, c'est celui qui ne peut pas marcher sur ses pieds parce qu'il ne possède pas deux jambes et deux pieds qui est diminué par rapport à la norme (et, lui, la chose normale est qu'il ne peut se déplacer qu'en s'appuyant sur ses bras ou en fauteuil roulant).

On peut faire le parallèle avec les deux types de terres évoqués dans le verset suscité :
--- la terre fertile, qui fait pousser facilement et abondamment, avec la permission de son Seigneur ;
--- la terre infertile, qui ne fait pousser des choses que difficilement : "وَالْبَلَدُ الطَّيِّبُ يَخْرُجُ نَبَاتُهُ بِإِذْنِ رَبِّهِ وَالَّذِي خَبُثَ لاَ يَخْرُجُ إِلاَّ نَكِدًا" (Coran 7/58).

Il existe donc bien un niveau normal, correspondant aux lois que Dieu a mises en place dans l'Univers (et qui englobe jusqu'au résultat de la magie), et un niveau supra-normal (qui est spécifique aux Signes des prophètes, ainsi que des pieux lorsque cela n'est pas fait par l'assistance d'un djinn pieux).

Ce que l'homme peut faire grâce à une assistance technique répandue chez les hommes (par exemple : voler dans un appareil grâce à la maîtrise des lois physiques et au recours à un appareil exploitant ces lois) relève lui aussi de ce niveau 1.1.

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Le Niveau 1.2) Ce que Dieu a accordé à certains hommes seulement la capacité de faire (en terme de qualité) d'eux-mêmes, alors que la quasi-totalité des humains ne peuvent pas le faire à un tel niveau (ما هو مقدور لجنس البشر، لكن لا يستطيع أن يصل إليه إلا أفراد قليلون منهم، فيفعلونه باختيارهم) :

--- Soulever un poids très lourd, etc.
--- Vaincre une dizaine d'attaquants.
--- Avoir une mémoire prodigieuse.

Par ailleurs, certaines personnes disposent d'un fort potentiel d'analyse et d'études, qui leur permet de prévoir ce qui a de fortes chances de se réaliser dans telle groupe humain (Ibn Hajar a mentionné quelque chose de voisin en énumérant les différents cas de "prédiction de l'avenir" : "وكانت الكهانة في الجاهلية فاشية خصوصا في العرب لانقطاع النبوة فيهم. وهي على أصناف. منها ما يتلقونه من الجن فإن الجن كانوا يصعدون إلى جهة السماء فيركب بعضهم بعضا إلى أن يدنو الأعلى بحيث يسمع الكلام فيلقيه إلى الذي يليه إلى أن يتلقاه من يلقيه في أذن الكاهن فيزيد فيه فلما جاء الإسلام ونزل القرآن حرست السماء من الشياطين وأرسلت عليهم الشهب فبقي من استراقهم ما يتخطفه الأعلى فيلقيه إلى الأسفل قبل أن يصيبه الشهاب (...) ثانيها ما يخبر الجني به من يواليه بما غاب عن غيره مما لا يطلع عليه الإنسان غالبا أو يطلع عليه من قرب منه لا من بعد. ثالثها ما يستند إلى ظن وتخمين وحدس وهذا قد يجعل الله فيه لبعض الناس قوة مع كثرة الكذب فيه. رابعها ما يستند إلى التجربة والعادة فيستدل على الحادث بما وقع. ومن هذا القسم الأخير ما يضاهي السحر؛ وقد يعتضد بعضهم في ذلك بالزجر والطرق والنجوم وكل ذلك مذموم شرعا" : Fath' ul-bârî 10/267).

Certains pouvoirs du cerveau humain sont encore à découvrir, et le pouvoir d'auto-suggestion est aujourd'hui légèrement plus connu qu'auparavant, qui entraîne la guérison de son propre corps - bi idhnillâh - par effet du cerveau sur le physique.
Par ailleurs, certains praticiens travaillent sur le lien existant entre la psyché et le soma, soignant (bi idhnillâh) certaines affections physiques par la résolution d'un trauma remontant à très longtemps dans la vie du malade.
Il y a également l'énergie naturelle qui circule dans le corps humain en suivant ses méridiens (et que la médecine traditionnelle extrême-orientale exploite pour traiter certaines affections).

Ce que certains hommes peuvent faire grâce à une assistance technique de très haut niveau et qui n'est connue que de quelques humains relève lui aussi de ce niveau 1.2.

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Le Niveau 2) Ce que Dieu n'a accordé à nul humain la capacité de faire de lui-même, mais qu'il a accordé la capacité aux Djinns de réaliser. Lorsque pareille chose se réalise dans le monde des humains par le biais d'un d'entre ces humains, cela est dû à l'assistance qu'un ou plusieurs Djinn(s) lui a(ont) apportée (ما ليس من مقدور البشر، ولكنه مقدور لجنس الجنّ، وفيهم اختيار، فيفعله أفرادهم باختيارهم) :

--- Voler dans les airs sans machine.
--- Se déplacer très rapidement.
--- Se métamorphoser en certaines créatures (prendre l'apparence d'un humain, ou d'un animal) et apparaître aux yeux d'humains ainsi.
--- Découvrir des objets cachés du regard des hommes ; lire ce qui est écrit sur un papier enfermé dans une caisse cadenassée.
--- Prédire certaines choses de l'avenir après les avoir entendues d'anges qui en discutent au niveau des nuages.
--- Provoquer certaines maladies (psychiques ou physiques) chez l'homme, et ce par intervention directe sur son intérieur.
--- Soigner, par intervention directe sur l'intérieur du malade, certaines affections physiques ou psychosomatiques ; ou chasser un autre djinn (plus faible) qui causait à l'homme une affection psychique ou psychosomatique ("عن زينب امرأة عبد الله، عن عبد الله، قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "إن الرقى، والتمائم، والتولة شرك." قالت: قلت: "لم تقول هذا؟ والله لقد كانت عيني تقذف، وكنت أختلف إلى فلان اليهودي يرقيني، فإذا رقاني سكنت." فقال عبد الله: "إنما ذاك عمل الشيطان: كان ينخسها بيده، فإذا رقاها كف عنها. إنما كان يكفيك أن تقولي كما كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "أذهب البأس رب الناس، اشف أنت الشافي، لا شفاء إلا شفاؤك شفاء لا يغادر سقما" : Abû Dâoûd, 3883).

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Le Niveau 3) Ce que Dieu a créé comme effet possible des Causes Naturelles : cet effet est exceptionnel mais demeure de l'ordre du possible (soit la catégorie z suscitée) ; mais il ne devient effectif que suite à l'Ordre de Dieu (Amr Takwînî), adressé directement à la Cause, ou adressé à l'ange chargé de faire intervenir cette Cause (ما هو ممكن كأثر للأسباب الطبيعية؛ والأسباب الطبيعية لا اختيار فيها؛ ولا يظهر الأثر غير المعتاد إلا إذا أمر الله السبب به) :

Les faits de ce type relèvent de la Catégorie z citée plus haut.

Ce sont parfois des Anges que Dieu charge de faire intervenir telle Cause naturelle, de telle façon et de telle intensité.

Le Niveau 3') Ce que Dieu crée comme effet des décisions et actions d'ensembles humains (ما هو ممكن كأثر لأعمال أناس آخرين، ينصر به الله تعالى إنسانًا مخصوصًا) :

Cela relève par rapport à un individu ou à un groupe d'individu précis , du résultat de l'interaction de volontés et actions de toute une collectivité humaine : ces volontés et actions ne voient le jour elles aussi que par la Volonté de Dieu, et Dieu a fait que ces différentes volontés et actions de cette collectivité d'humains ont entraîné des événements qui ont servi – ou au contraire desservi – (et ce, sur le court terme, sur le moyen terme ou bien sur le long terme) tel individu ou tel groupe d'individus. (Lire aussi : Ce que Dieu aime et qui rapproche ou est proche de Lui - Ce que Dieu aime sans que cela rapproche ou soit proche de Lui -Ce qu'Il n'aime pas sans que cela éloigne ou soit loin de Lui - Ce qu'Il n'aime pas et qui éloigne ou est loin de Lui.)

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Le Niveau 4) Ce que Dieu n'a accordé à nul humain ni djinn la capacité de réaliser de lui-même, mais qu'Il a accordé aux Anges la capacité de réaliser (ما ليس من مقدور البشر ولا الجن، ولكنه مقدور للملائكة؛ وفيهم اختيار، لكن لا يفعله أحد منهم إلا إذا أمره الله به) :

--- Voler.
--- Se déplacer très rapidement.
--- Se métamorphoser en certaines créatures (prendre l'apparence d'un humain, ou d'un animal) et apparaître aux yeux d'humains ainsi.
--- Etc.

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Le Niveau 5) Ce que Dieu n'a accordé ni à un humain ni à un djinn ni à un ange la capacité de réaliser. C'est Lui Seul qui a la Capacité de réaliser ce genre de chose (ما ليس من مقدور البشر ولا الجن ولا الأسباب الطبيعية ولا الملائكة، وليس إلا من مقدورات الله تعالى) :

Par exemple :
--- métamorphoser un être en un autre être ;
--- faire revivre ce qui est réellement mort ;
--- faire apparaître quelque chose du néant.

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VII) Comment donc les prodiges (qu'ils soient miracles de prophètes et de pieux non-prophètes, ou qu'ils soient prodiges de charlatan) voient-ils le jour ?

Le Niveau 1.1) Ce que Dieu a accordé à l'homme (en tant que tel) la capacité (Qud'ra) de faire de lui-même (bien que certains hommes soient diminués et n'aient pas cette capacité) (ما هو مقدور لجنس البشر، وفيهم اختيار، فيفعله معظم أفراد البشر باختيارهم) :

Ici il n'y a bien évidemment même pas lieu de parler de miracle.

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Le Niveau 1.2) Ce que Dieu a accordé à certains hommes seulement la capacité de faire (en terme de qualité) d'eux-mêmes, alors que la quasi-totalité des humains ne peuvent pas le faire à un tel niveau (ما هو مقدور لجنس البشر، لكن لا يستطيع أن يصل إليه إلا أفراد قليلون منهم، فيفعلونه باختيارهم) :

On parle ici (par exemple) de "mémoire prodigieuse".
Mais les "prodiges" de ce genre ne relèvent pas d'un miracle.

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Le Niveau 2) Ce que Dieu n'a accordé à nul humain la capacité de faire de lui-même, mais qu'il a accordé la capacité aux Djinns de réaliser. Lorsque pareille chose se réalise dans le monde des humains par le biais d'un d'entre ces humains, cela est dû à l'assistance qu'un ou plusieurs Djinn(s) lui a(ont) apportée (ما ليس من مقدور البشر، ولكنه مقدور لجنس الجنّ، وفيهم اختيار، فيفعله أفرادهم باختيارهم) :

C'est ici que s'insèrent les prodiges que les magiciens (sorciers) et les devins réalisent : ce sont des djinns incroyants qui réalisent pour eux ce que les humains voient se réaliser ; et ils le font soit en échange du culte que ces magiciens leur rendent, soit avec l'objectif de tromper ainsi ces magiciens ainsi que d'autres humains qui verront le prodige.
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Ces faits relèvent du prodige, mais pas du miracle : cela est accessible par apprentissage des règles de la magie (nous parlons là sur le plan
takwînî, car sur le plan tashrî'î, pratiquer la magie est strictement interdit, et constitue du kufr akbar).
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Et cela ne peut jamais dépasser la Catégorie
a suscitée (certaines "opérations chirurgicales" que des djinns impies réussissent à faire) et la Catégorie z.

Si, pendant la réalisation d'un prodige par un magicien, dans l'assemblée proche, un pieux croyant récite les versets coraniques ou les formules d'évocation de Dieu qui sont connus pour faire fuir les djinns qui ne sont pas croyants pieux, le prodige cesse immédiatement. 

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Parfois, à celui qui invoque autre que Dieu, c'est un djinn qui lui répond et exauce sa demande :
"والمراتب في هذا الباب ثلاث: - إحداها أن يدعو غير الله وهو ميت أو غائب سواء كان من الأنبياء والصالحين أو غيرهم فيقول: يا سيدي فلان أغثني أو أنا أستجير بك أو أستغيث بك أو انصرني على عدوي. ونحو ذلك فهذا هو الشرك بالله. والمستغيث بالمخلوقات قد يقضي الشيطان حاجته أو بعضها وقد يتمثل له في صورة الذي استغاث به فيظن أن ذلك كرامة لمن استغاث به؛ وإنما هو شيطان دخله وأغواه لما أشرك بالله؛ كما يتكلم الشيطان في الأصنام وفي المصروع وغير ذلك. ومثل هذا واقع كثيرا في زماننا وغيره؛ وأعرف من ذلك ما يطول وصفه في قوم استغاثوا بي أو بغيري وذكروا أنه أتى شخص على صورتي أو صورة غيري وقضى حوائجهم فظنوا أن ذلك من بركة الاستغاثة بي أو بغيري وإنما هو شيطان أضلهم وأغواهم. وهذا هو أصل عبادة الأصنام واتخاذ الشركاء مع الله تعالى في الصدر الأول من القرون الماضية كما ثبت ذلك" (MF 1/150).

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Il faut ici savoir autre chose :

Parfois des djinns prennent l'apparence de personnes pieuses et même de prophètes, et se montrent à des hommes en état de veille pour les induire en erreur : ainsi, celui qui, aujourd'hui, alors qu'il n'est pas endormi, voit apparaître devant lui le prophète Muhammad, le prophète al-Khidhr, le prophète Jésus fils de Marie, sa mère Marie, ou autre (sur eux tous soit la paix), n'a en réalité vu qu'un djinn qui s'est joué de lui.

"وكثير منهم رأى من ظن أنه نبي أو رجل صالح أو الخضر وكان شيطانا. وقد ثبت في الصحيح عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه قال {من رآني في المنام فقد رآني حقا فإن الشيطان لا يتمثل في صورتي} فهذا في رؤية المنام لأن الرؤية في المنام تكون حقا وتكون من الشيطان فمنعه الله أن يتمثل به في المنام. وأما في اليقظة فلا يراه أحد بعينه في الدنيا. فمن ظن أن المرئي هو الميت فإنما أتي من جهله ولهذا لم يقع مثل هذا لأحد من الصحابة والتابعين لهم بإحسان. وبعض من رأى هذا - أو صدق من قال أنه رآه - اعتقد أن الشخص الواحد يكون بمكانين في حالة واحدة فخالف صريح المعقول. ومنهم من يقول هذه رقيقة ذلك المرئي أو هذه روحانيته أو هذا معناه تشكل ولا يعرفون أنه جني تصور بصورته. ومنهم من يظن أنه ملك والملك يتميز عن الجني بأمور كثيرة" (MF 1/172-173 ; Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 44).

Parfois des djinns incroyants se font même passer pour des Anges, voir pour Dieu Lui-même ; ils essaient tout simplement d'égarer la personne à qui ils se montrent ainsi. Cela touche davantage les croyants qui pratiquent des ibâdât ullâh qui sont muhdatha (innovées). Mais cela peut parfois survenir à des croyants pieux qui ne pratiquent même pas de telles pratiques innovées : ce qui est relaté à ce sujet à propos de Cheikh 'Abd ul-Qâdir al-Jîlânî est bien connu. ِ
"فمن كان متبعا للأنبياء، نصره الله سبحانه بما نصر به الأنبياء. وأما من ابتدع دينا لم يشرعوه فترك ما أمروا به من عبادة الله وحده لا شريك له واتباع نبيه فيما شرعه لأمته، وابتدع الغلو في الأنبياء والصالحين والشرك بهم، فإن هذا تتلعب به الشياطين؛ قال تعالى: {إنه ليس له سلطان على الذين آمنوا وعلى ربهم يتوكلون} {إنما سلطانه على الذين يتولونه والذين هم به مشركون} وقال تعالى: {إن عبادي ليس لك عليهم سلطان إلا من اتبعك من الغاوين} .منها أن يدعو الرائي بذلك ربه تبارك وتعالى ليبين له الحال. ومنها أن يقول لذلك الشخص: أأنت فلان؟ ويقسم عليه بالأقسام المعظمة ويقرأ عليه قوارع القرآن إلى غير ذلك من الأسباب التي تضر الشياطين. وهذا كما إن كثيرا من العباد يرى الكعبة تطوف به ويرى عرشا عظيما وعليه صورة عظيمة ويرى أشخاصا تصعد وتنزل فيظنها الملائكة ويظن أن تلك الصورة هي الله - تعالى وتقدس - ويكون ذلك شيطانا. وقد جرت هذه القصة لغير واحد من الناس؛ فمنهم من عصمه الله وعرف أنه الشيطان كالشيخ عبد القادر في حكايته المشهورة حيث قال: كنت مرة في العبادة فرأيت عرشا عظيما وعليه نور فقال لي: يا عبد القادر أنا ربك وقد حللت لك ما حرمت على غيرك. قال: فقلت له "أنت الله الذي لا إله إلا هو؟ اخسأ يا عدو الله!" قال: فتمزق ذلك النور وصار ظلمة وقال: "يا عبد القادر نجوت مني بفقهك في دينك وعلمك وبمنازلاتك في أحوالك. لقد فتنت بهذه القصة سبعين رجلا." فقيل له: كيف علمت أنه الشيطان؟ قال: بقوله لي "حللت لك ما حرمت على غيرك"، وقد علمت أن شريعة محمد صلى الله عليه وسلم لا تنسخ ولا تبدل؛ ولأنه قال "أنا ربك" ولم يقدر أن يقول أنا الله الذي لا إله إلا أنا" (MF 1/171-172 ; Qa'îda jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 43).

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Il faut ici rappeler qu'il existe par ailleurs l'aide accordée à un humain par un djinn qui est son ami ou qui lui est asservi : si la relation avec ce Djinn ne constitue en rien du shirk, et si l'aide ne concerne rien d'interdit (comme l'est le fait de dérober ce qui appartient à autrui), alors cela est autorisé mais déconseillé (jâ'ïz wa law ghayr awlâ).

Cela non plus ne relève pas du miracle.

Des djinns incroyants étaient ainsi asservis au prophète-roi Salomon, et selon ses ordres ils bâtissaient et plongeaient dans la mer

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Il faut également rappeler qu'il existe parfois l'aide accordée par un djinn pieux à un humain pieux, sans contrepartie aucune, mais par pure bonté (An-Nubuwwât, p. 405, p. 415). Cela non plus ne relève pas du miracle.

Un tel événement a failli se produire avec Salomon (sur lui soit la paix) : un Djinn très fort proposa au prophète-roi de ramener le trône de Balqîs (depuis le Yémen) jusqu'à son assemblée (à Shâm) avant qu'il se lève ; cependant, le prophète-roi retint la proposition que lui fit alors une autre créature (il s'agit d'un Ange d'après l'un des deux commentaires, ce qui fait alors relever cette prouesse du Niveau 4 évoqué plus bas) : "قَالَ يَا أَيُّهَا المَلَأُ أَيُّكُمْ يَأْتِينِي بِعَرْشِهَا قَبْلَ أَن يَأْتُونِي مُسْلِمِينَ قَالَ عِفْريتٌ مِّنَ الْجِنِّ أَنَا آتِيكَ بِهِ قَبْلَ أَن تَقُومَ مِن مَّقَامِكَ وَإِنِّي عَلَيْهِ لَقَوِيٌّ أَمِينٌ قَالَ الَّذِي عِندَهُ عِلْمٌ مِّنَ الْكِتَابِ أَنَا آتِيكَ بِهِ قَبْلَ أَن يَرْتَدَّ إِلَيْكَ طَرْفُكَ فَلَمَّا رَآهُ مُسْتَقِرًّا عِندَهُ قَالَ هَذَا مِن فَضْلِ رَبِّي لِيَبْلُوَنِي أَأَشْكُرُ أَمْ أَكْفُرُ وَمَن شَكَرَ فَإِنَّمَا يَشْكُرُ لِنَفْسِهِ وَمَن كَفَرَ فَإِنَّ رَبِّي غَنِيٌّ كَرِيمٌ" (Coran 27/38-40). 

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Le Niveau 3) Ce que Dieu a créé comme effet possible des Causes Naturelles : cet effet est exceptionnel mais demeure de l'ordre du possible (soit la catégorie z suscitée) ; mais il ne devient effectif que suite à l'Ordre de Dieu (Amr Takwînî), adressé directement à la Cause, ou adressé à l'ange chargé de faire intervenir cette Cause (ما هو ممكن كأثر للأسباب الطبيعية؛ والأسباب الطبيعية لا اختيار فيها؛ ولا يظهر الأثر غير المعتاد إلا إذا أمر الله السبب به) :

Les faits de ce type relèvent de la Catégorie z citée plus haut.

--- Pour le vent : devenir violent et détruire ceux qui ont réfuté le prophète de Dieu, comme cela s'est passé avec 'Âd : "فَأَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ رِيحًا صَرْصَرًا فِي أَيَّامٍ نَّحِسَاتٍ" (Coran 41/16) ; "وَأَمَّا عَادٌ فَأُهْلِكُوا بِرِيحٍ صَرْصَرٍ عَاتِيَةٍ سَخَّرَهَا عَلَيْهِمْ سَبْعَ لَيَالٍ وَثَمَانِيَةَ أَيَّامٍ حُسُومًا" (Coran 69/6-7) ; "رِيحٌ فِيهَا عَذَابٌ أَلِيمٌ تُدَمِّرُ كُلَّ شَيْءٍ بِأَمْرِ رَبِّهَا" (Coran 46/24-25).

--- Pour les sauterelles, les poux et les grenouilles, envahir les opposants du prophète de Dieu, comme dans les Plaies d'Egypte à l'époque de Moïse : "وَقَالُواْ مَهْمَا تَأْتِنَا بِهِ مِن آيَةٍ لِّتَسْحَرَنَا بِهَا فَمَا نَحْنُ لَكَ بِمُؤْمِنِينَ فَأَرْسَلْنَا عَلَيْهِمُ الطُّوفَانَ وَالْجَرَادَ وَالْقُمَّلَ وَالضَّفَادِعَ وَالدَّمَ آيَاتٍ مُّفَصَّلاَتٍ" (Coran 7/132-133). Bien que Ibn Hazm ait relaté que certaines magies ont la propriété de repousser certains animaux et de les éloigner d'une cité donnée (cf. supra), la magie des magiciens du Pharaon fut bien incapable de résoudre ces calamités envoyées par Dieu par le moyen de ces causes naturelles. Or la magie a recours aux pouvoirs des Djinns. Ces effets possibles mais exceptionnels sont donc plus forts que ceux des capacités des Djinns.

--- Pour des oiseaux : se former en nuées et jeter des pierres sur l'armée venue détruire la Kaaba : "أَلَمْ تَرَ كَيْفَ فَعَلَ رَبُّكَ بِأَصْحَابِ الْفِيلِ أَلَمْ يَجْعَلْ كَيْدَهُمْ فِي تَضْلِيلٍ وَأَرْسَلَ عَلَيْهِمْ طَيْرًا أَبَابِيلَ تَرْمِيهِم بِحِجَارَةٍ مِّن سِجِّيلٍ فَجَعَلَهُمْ كَعَصْفٍ مَّأْكُولٍ" (Coran 105/1-5).

--- Le vent a soufflé contre les ennemis du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) et de ses Compagnons à al-Ahzâb : cela les gênait considérablement, et les a, finalement, démoralisés : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اذْكُرُوا نِعْمَةَ اللَّهِ عَلَيْكُمْ إِذْ جَاءتْكُمْ جُنُودٌ فَأَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ رِيحًا وَجُنُودًا لَّمْ تَرَوْهَا وَكَانَ اللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرًا" (Coran 33/9)

Ce sont aussi des Signes particuliers (cf. An-Nubuwwât, p. 160, p. 264). 

--- C'est une invocation du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) que Dieu a exaucée et fait immédiatement pleuvoir, puis, une semaine pluvieuse plus tard, c'est une autre invocation de sa part que Dieu a de nouveau exaucée et fait immédiatement arrêter de pleuvoir : "عن أنس رضي الله عنه، أن رجلا جاء إلى النبي صلى الله عليه وسلم يوم الجمعة، وهو يخطب بالمدينة، فقال: قحط المطر، فاستسق ربك. فنظر إلى السماء وما نرى من سحاب، فاستسقى. فنشأ السحاب بعضه إلى بعض، ثم مطروا حتى سالت مثاعب المدينة. فما زالت إلى الجمعة المقبلة ما تقلع. ثم قام ذلك الرجل أو غيره، والنبي صلى الله عليه وسلم يخطب، فقال: غرقنا، فادع ربك يحبسها عنا، فضحك ثم قال: "اللهم حوالينا ولا علينا" مرتين أو ثلاثا. فجعل السحاب يتصدع عن المدينة يمينا وشمالا، يمطر ما حوالينا ولا يمطر منها شيء. يريهم الله كرامة نبيه صلى الله عليه وسلم وإجابة دعوته" (al-Bukhârî, 5742). Du point de vue de l'humain, ce prodige relève de la Catégorie z suscitée : ce n'est pas immédiatement suite au souhait d'un homme que la pluie commence et s'arrête, bien que cela ne constitue pas quelque chose d'impossible.

Le Niveau 3') Ce que Dieu crée comme effet des décisions et actions d'ensembles humains (ما هو ممكن كأثر لأعمال أناس آخرين، ينصر به الله تعالى إنسانًا مخصوصًا) :

Cela relève par rapport à un individu ou à un groupe d'individu précis , du résultat de l'interaction de volontés et actions de toute une collectivité humaine : ces volontés et actions ne voient le jour elles aussi que par la Volonté de Dieu, et Dieu a fait que ces différentes volontés et actions de cette collectivité d'humains ont entraîné des événements qui ont servi – ou au contraire desservi – (et ce, sur le court terme, sur le moyen terme ou bien sur le long terme) tel individu ou tel groupe d'individus. (Lire aussi : Ce que Dieu aime et qui rapproche ou est proche de Lui - Ce que Dieu aime sans que cela rapproche ou soit proche de Lui -Ce qu'Il n'aime pas sans que cela éloigne ou soit loin de Lui - Ce qu'Il n'aime pas et qui éloigne ou est loin de Lui.)

Ici s'insère l'assistance "de niveau possible" (donc autre que celle du niveau qui voit le jour par intervention directe d'anges) que Dieu accorde au prophète et aux croyants.

Les faits de ce type relèvent eux aussi de la Catégorie z citée plus haut.

--- C'est le fait que les Quraysh ont décidé d'apporter une aide au combat injuste que les Banû Bakr avaient décidé de mener contre les Khuzâ'a (alliés du Prophète) qui a constitué une aide au Prophète (sur lui soit la paix) dans sa volonté de conquérir La Mecque et de pouvoir rendre alors la Kaaba au culte de Dieu l'Unique. En effet, cela a constitué une violation des clauses du traité de al-Hudaybiya, ce qui a entraîné la Conquête de La Mecque. Cette conquête a elle-même entraîné la conversion en masse d'Arabe à l'islam (comme l'a relaté Amr ibn Salima).

--- C'est le fait que, 2 années avant la première conversion d'habitants de Yathrib à l'islam, qu'une grande bataille a eu lieu entre eux qui a fait que le Prophète (sur lui soit la paix) n'a pas connu de la part de ses notables une opposition aussi farouche que celle qu'il a connue à La Mecque : cette bataille, dite de Bu'âth, a causé la mort de la grande majorité des grands notables de Yathrib : "عن عائشة رضي الله عنها، قالت: "كان يوم بعاث يوما قدمه الله لرسوله صلى الله عليه وسلم. فقدم رسول الله صلى الله عليه وسلم وقد افترق ملؤهم وقتلت سرواتهم وجرحوا. فقدمه الله لرسوله صلى الله عليه وسلم في دخولهم في الإسلام" (al-Bukhârî, 3566).

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Le Niveau 4) Ce que Dieu n'a accordé à nul humain ni djinn la capacité de réaliser de lui-même, mais qu'Il a accordé aux Anges la capacité de réaliser (ما ليس من مقدور البشر ولا الجن، ولكنه مقدور للملائكة؛ وفيهم اختيار، لكن لا يفعله أحد منهم إلا إذا أمره الله به) :

La réalisation d'une telle chose par le biais d'un humain constitue un miracle : cela témoigne de l'assistance d'un ange.

Certains des cas ici présents sont, en leur forme, communs avec certains des cas du Niveau 2, bien que ceux de ce Niveau 4 leur sont en réalité différents par nature, et bien supérieurs en qualité (informer de choses du passé ou du présent qui sont dissimulées ; informer de certaines choses de l'avenir ; guérir de façon inexplicable ; marcher sur l'eau ; voler dans les airs ; etc.).  

Lorsqu'un ange intervient pour réaliser directement quelque chose, c'est toujours sur ordre expresse de Dieu : 

----- Des anges sont venus s'interposer directement face à Abû Jahl qui s'était avancé pour piétiner le cou du prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) pendant que celui-ci était prosterné : "عن أبي هريرة، قال: قال أبو جهل: "هل يعفر محمد وجهه بين أظهركم؟" قال: فقيل: نعم. فقال: "واللات والعزى لئن رأيته يفعل ذلك لأطأن على رقبته، أو لأعفرن وجهه في التراب." قال: فأتى رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو يصلي، زعم ليطأ على رقبته. قال: فما فجئهم منه إلا وهو ينكص على عقبيه ويتقي بيديه. قال: فقيل له: ما لك؟ فقال: "إن بيني وبينه لخندقا من نار وهولا وأجنحة." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لو دنا مني، لاختطفته الملائكة عضوا عضوا" (Muslim, 2797).
----- L'ange Gabriel a soufflé, ce qui a entraîné la naissance de l'âme de Jésus (sur lui soit la paix) dans le corps de Marie (sur elle soit la paix).
----- Les Anges sont venus aider le prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) et ses Compagnons lors des batailles de : Badr ("إِذْ تَسْتَغِيثُونَ رَبَّكُمْ فَاسْتَجَابَ لَكُمْ أَنِّي مُمِدُّكُم بِأَلْفٍ مِّنَ الْمَلآئِكَةِ مُرْدِفِينَ وَمَا جَعَلَهُ اللّهُ إِلاَّ بُشْرَى وَلِتَطْمَئِنَّ بِهِ قُلُوبُكُمْ وَمَا النَّصْرُ إِلاَّ مِنْ عِندِ اللّهِ إِنَّ اللّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ" : Coran 8/9-10), al-Ahzâb ("يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اذْكُرُوا نِعْمَةَ اللَّهِ عَلَيْكُمْ إِذْ جَاءتْكُمْ جُنُودٌ فَأَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ رِيحًا وَجُنُودًا لَّمْ تَرَوْهَا وَكَانَ اللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرًا" : Coran 33/9), Hunayn ("ثُمَّ أَنَزلَ اللّهُ سَكِينَتَهُ عَلَى رَسُولِهِ وَعَلَى الْمُؤْمِنِينَ وَأَنزَلَ جُنُودًا لَّمْ تَرَوْهَا" : Coran 9/26).
----- Les Anges sont venus aider le prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) et Abû Bakr (que Dieu l'agrée) lors de leur émigration ("إِلاَّ تَنصُرُوهُ فَقَدْ نَصَرَهُ اللّهُ إِذْ أَخْرَجَهُ الَّذِينَ كَفَرُواْ ثَانِيَ اثْنَيْنِ إِذْ هُمَا فِي الْغَارِ إِذْ يَقُولُ لِصَاحِبِهِ لاَ تَحْزَنْ إِنَّ اللّهَ مَعَنَا فَأَنزَلَ اللّهُ سَكِينَتَهُ عَلَيْهِ وَأَيَّدَهُ بِجُنُودٍ لَّمْ تَرَوْهَا وَجَعَلَ كَلِمَةَ الَّذِينَ كَفَرُواْ السُّفْلَى وَكَلِمَةُ اللّهِ هِيَ الْعُلْيَا وَاللّهُ عَزِيزٌ حَكِيمٌ" : Coran 9/40).
----- Plusieurs fois le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a été informé par l'Ange de quelque chose qui était caché (min al-ghayb in-nissbî).

Les faits de ce type relèvent pour certains de la Catégorie z citée plus haut, pour d'autres de la Catégorie d, pour d'autres encore de la Catégorie c (comme le fait que des anges soient venus protéger le Prophète face à Abû Jahl).

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Le Niveau 5) Ce que Dieu n'a accordé ni à un humain ni à un djinn ni à un ange la capacité de réaliser. C'est Lui Seul qui a la Capacité de réaliser ce genre de chose (par exemple : métamorphoser un être en un autre être ; faire revivre ce qui est réellement mort ; faire apparaître quelque chose du néant) (ما ليس من مقدور البشر ولا الجن ولا الأسباب الطبيعية ولا الملائكة، وليس إلا من مقدورات الله تعالى) :

La réalisation d'une telle chose par le biais d'un humain constitue un miracle : cela témoigne de l'Intervention Directe de Dieu.

--- Soit Dieu assujettit (تسخير) quelque chose hors du commun à un prophète :

C'est ainsi qu'il a assujetti le vent et les djinns au prophète-roi Salomon (sur lui soit la paix), qui les employait selon son choix propre (c'était donc un miracle permanent à partir du moment où cela lui fut accordé) : "وَلَقَدْ فَتَنَّا سُلَيْمَانَ وَأَلْقَيْنَا عَلَى كُرْسِيِّهِ جَسَدًا ثُمَّ أَنَابَ قَالَ رَبِّ اغْفِرْ لِي وَهَبْ لِي مُلْكًا لَّا يَنبَغِي لِأَحَدٍ مِّنْ بَعْدِي إِنَّكَ أَنتَ الْوَهَّابُ فَسَخَّرْنَا لَهُ الرِّيحَ تَجْرِي بِأَمْرِهِ رُخَاء حَيْثُ أَصَابَ وَالشَّيَاطِينَ كُلَّ بَنَّاء وَغَوَّاصٍ وَآخَرِينَ مُقَرَّنِينَ فِي الْأَصْفَادِ هَذَا عَطَاؤُنَا فَامْنُنْ أَوْ أَمْسِكْ بِغَيْرِ حِسَابٍ وَإِنَّ لَهُ عِندَنَا لَزُلْفَى وَحُسْنَ مَآبٍ" (Coran 38/34-40).

--- Soit c'est Dieu qui dit "Sois !", et alors quelque chose de contraire aux lois qu'Il a créées se réalise :

----- Le feu de la fournaise préparée par ses opposants n'a ainsi pas brûlé le prophète Abraham (sur lui soit la paix) y ayant été jeté parce que Dieu lui a dit : "Sois froid et salutaire pour Abraham" : "قَالُوا حَرِّقُوهُ وَانصُرُوا آلِهَتَكُمْ إِن كُنتُمْ فَاعِلِينَ قُلْنَا يَا نَارُ كُونِي بَرْدًا وَسَلَامًا عَلَى إِبْرَاهِيمَ وَأَرَادُوا بِهِ كَيْدًا فَجَعَلْنَاهُمُ الْأَخْسَرِينَ" : "Nous dîmes : "Feu, sois fraîcheur et paix sur Abraham !"" (Coran 21/68-70). 
----- La parole "Sois" de Dieu a créé directement le corps de Jésus dans le ventre de Marie.

--- Des cas où Dieu fait se réaliser quelque chose de miraculeux suite à l'invocation d'un de Ses prophètes, qu'Il exauce donc :

----- Certains commentateurs ont mentionné l'invocation adressée à Dieu par le prophète Jésus fils de Marie comme la cause (sabab) de la guérison accordée par Dieu à l'aveugle de naissance, du lépreux ("فأبرأ في يوم خمسين ألفا بالدعاء بشرط الإيمان" : Tafsîr ul-Jalâlayn) et de la résurrection accordée par Dieu à (en tout) quatre personnes déjà mortes (Tafsîr ul-Qurtubî). Du point de vue de l'humain, ce prodige relève de la Catégorie b suscitée : ces malades ne peuvent pas être guéris d'après les lois de ce monde ; un mort ne peut pas ressusciter d'après les lois de ce monde.

--- Des cas où le prophète fait une action normale, mais celle-ci produit un effet miraculeux : c'est Dieu qui a créé cet effet :

----- Le prophète Moïse (sur lui soit la paix) a, par deux fois, jeté son bâton par terre : il est alors devenu un serpent véritable. Etait-ce un miracle occasionnel (Dieu lui ayant fait savoir, lors de la seconde fois, quand le prophète était devant Pharaon et sa cour, qu'Il dirait : "Sois un serpent !" au bâton quand le prophète le jetterait par terre) ? ou était-ce un miracle permanent (Dieu ayant placé cet effet dans tout lancer que Moïse réaliserait de son bâton) ? En tous cas, Moïse a, une autre fois (et suite à un Ordre expresse de Dieu), frappé la mer de son bâton, et celle-ci s'est ouverte pour les laisser passer, lui et son peuple.
----- Le prophète Jésus (sur lui soit la paix) façonnait des oiseaux d'argile, puis, lorsqu'il soufflait sur ce qu'il avait ainsi façonné, cela devenait un oiseau vivant : "أَنِّي أَخْلُقُ لَكُم مِّنَ الطِّينِ كَهَيْئَةِ الطَّيْرِ فَأَنفُخُ فِيهِ فَيَكُونُ طَيْرًا بِإِذْنِ اللّهِ" (Coran 3/93) ; l'action de façonner et celle de souffler étaient actions de Jésus ; l'action de rendre cela vivant était action de Dieu (Tafsîr ul-Qurtubî). Etait-ce un miracle occasionnel (Dieu les rendant vivants par Sa Parole : "Sois vivant !") ? ou était-ce un miracle permanent (Dieu ayant placé cet effet dans un certain type de souffle que Jésus dirigeait vers les formes d'argiles qu'il façonnait) ?
----- Le prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) a réalisé plusieurs fois la multiplication d'une petite quantité d'eau, en plaçant sa main bénie dans le récipient d'eau, ou en versant un peu de sa salive bénie dans le puits : l'eau n'est pas sortie de ses doigts, mais est apparue entre ses doigts. Plusieurs fois il passé sa main sur la partie malade du corps d'un Compagnon, et celui-ci a recouvré immédiatement la santé. Etait-ce un miracle occasionnel (Dieu lui ayant fait savoir, à cette occasion précise, que Lui le Créateur dirait : "Multiplie-toi !" ou : "Sois guéri !" à la chose quand Son Messager placerait sa main dessus) ? ou était-ce un miracle permanent (Dieu ayant placé cette bénédiction dans la main du Prophète) ? Je ne sais pas (لا أدري).

--- Des cas où le prophète fait une action normale, et le type d'effet que cela produit est lui aussi habituel, mais de façon décuplée à un niveau miraculeux : 

----- Le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a lancé une poignée de terre vers l'armée ennemie, qui a atteint le visage de chacun de ses combattants. Cela s'est produit à Badr et à Hunayn. Sont-ce des anges qui ont fait parvenir cette poignée dans les yeux de chaque ennemi (auquel cas cela relèverait plutôt du Niveau 4) ? ou bien est-ce Dieu qui a ordonné "Sois" à ces deux poignées de terre (auquel cas cela relève bien de ce Niveau 5) ? Je ne sais pas (لا أدري).

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VIII) Note : Nous aurons remarqué que les choses de la Catégorie z se réalisent par les Niveaux de Capacité que nous avons vu sous les désignations suivantes :

--- le Niveau 1.2 (ce que seuls des Surdoués parmi les Humains arrivent à réaliser) ;
--- le Niveau 2 (ce que des Djinns mais pas des Humains sont capables de réaliser) ; comme le fait de rendre quelqu'un malade alors qu'aucune cause matérielle n'est présente ;
--- le Niveau 3 (ce qui relève des effets possibles mais très rares des Causes Naturelles) ; comme le fait qu'à un nuage l'ange en charge ordonne de faire pleuvoir pour irriguer le champ de telle personne : "عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "بينا رجل بفلاة من الأرض، فسمع صوتا في سحابة: "اسق حديقة فلان!" فتنحى ذلك السحاب، فأفرغ ماءه في حرة، فإذا شرجة من تلك الشراج قد استوعبت ذلك الماء كله. فتتبع الماء، فإذا رجل قائم في حديقته يحول الماء بمسحاته، فقال له: يا عبد الله ما اسمك؟ قال: فلان - للاسم الذي سمع في السحابة - فقال له: يا عبد الله لم تسألني عن اسمي؟ فقال: إني سمعت صوتا في السحاب الذي هذا ماؤه يقول: اسق حديقة فلان، لاسمك، فما تصنع فيها؟ قال: أما إذ قلت هذا، فإني أنظر إلى ما يخرج منها، فأتصدق بثلثه، وآكل أنا وعيالي ثلثا، وأرد فيها ثلثه" (Muslim, 2984) ; (également : ce qui relève par rapport à un individu précis , du résultat de l'interaction de volontés et actions de toute une collectivité humaine : ces volontés et actions ne voient le jour elles aussi que par la Volonté de Dieu, et Dieu a fait que ces différentes volontés et actions de cette collectivité d'humains ont entraîné des événements qui ont servi – ou au contraire desservi – tel individu) ;
--- quelque chose du Niveau 4 (ce que, pour le réaliser, un Ange intervient directement) ; ainsi, la cause des deux problèmes physiques dont il souffrait, ce sont deux anges qui l'ont fait connaître au Prophète en venant dans son rêve (al-Bukhârî, Muslim) ;
--- quelque chose du Niveau 5 (ce que Dieu fait faire par Son Intervention Directe, par exemple par Sa Parole "Sois !").

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IX) A retenir l'explication D (celle de Ibn Taymiyya), comment expliquer les prodiges que le Faux Messie réalisera ?

Ce que le Faux Messie réalisera de prodiges sera :
pour partie des effets d'une très haute technologie (Niveau de Capacité 1.2 plus haut cité), non connue du public ;
et pour partie des effets de la magie (Niveau de Capacité 2) (comme l'a prédit la Sunna : "وإن من أشد فتنته أنه يأتي الأعرابي فيقول: أرأيت إن أحييت لك إبلك ألست تعلم أني ربك؟ فيقول: بلى. فيمثل له الشيطان نحو إبله كأحسن ما يكون ضروعا وأعظمه أسنمة. قال: ويأتي الرجل قد مات أخوه ومات أبوه فيقول: أرأيت إن أحييت لك أباك وأخاك ألست تعلم أني ربك؟ فيقول: بلى. فيمثل له الشياطين نحو أبيه ونحو أخيه" : Ahmad).

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Quant au fait qu'il tuera un croyant puis le ressuscitera (alors que cela est une âya kub'râ, ne pouvant être réalisée, d'après la Sunnat ullâh, que par un prophète de Dieu, bi idhnillâh) :

----- soit cela sera réel mais se retournera en Ihâna, Humiliation, contre lui. Ceci car le Faux Messie annoncera ("يتحدى") devant ses partisans être sur le point de réaliser ce signe comme preuve supplémentaire de sa véracité et de ses pouvoirs soi-disant divins ; or, une fois ce prodige réalisé, le croyant ressuscité sourira et lui lancera un : "Je suis encore plus convaincu que tu es le Charlatan" ; entendant cela, le Faux Messie essaiera de le tuer mais ne parviendra même plus à le faire : ce sera alors ce croyant qui connaîtra un miracle, Karâma, contre lequel le Charlatan ne pourra plus rien : "عن أبي سعيد الخدري قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يأتي الدجال وهو محرم عليه أن يدخل نقاب المدينة فينزل بعض السباخ التي تلي المدينة فيخرج إليه رجل وهو خير الناس أو من خيار الناس فيقول: "أشهد أنك الدجال الذي حدثنا رسول الله صلى الله عليه وسلم حديثه!" فيقول الدجال: "أرأيتم إن قتلت هذا ثم أحييته هل تشكون في الأمر؟" فيقولون: لا. فيقتله ثم يحييه فيقول: "والله ما كنت فيك أشد بصيرة مني اليوم!" فيريد الدجال أن يقتله فلا يسلط عليه" : al-Bukhârî et Muslim ; "وعن أبي سعيد الخدري قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: " يخرج الدجال فيتوجه قبله رجل من المؤمنين فيلقاه المسالح مسالح الدجال. فيقولون له: أين تعمد؟ فيقول: أعمد إلى هذا الذي خرج. قال: فيقولون له: أو ما تبارك وتعالى ؤمن بربنا؟ فيقول: ما بربنا خفاء. فيقولون: اقتلوه. فيقول بعضهم لبعض: أليس قد نهاكم ربكم أن تقتلوا أحدا دونه. قال: فينطلقون به إلى الدجال فإذا رآه المؤمن قال: يا أيها الناس هذا الدجال الذي ذكر رسول الله صلى الله عليه وسلم". قال: فيأمر الدجال به فيشبح. فيقول: خذوه وشجوه فيوسع ظهره وبطنه ضربا. قال: فيقول: أو ما تؤمن بي؟ قال: فيقول: أنت المسيح الكذاب. قال: فيؤمر به فيؤشر بالمنشار من مفرقه حتى يفرق بين رجليه. قال: ثم يمشي الدجال بين القطعتين ثم يقول له: أتؤمن بي؟ فيقول: ما ازددت إلا بصيرة. قال: ثم يقول: "يا أيها الناس إنه لا يفعل بعدي بأحد من الناس". قال: فيأخذه الدجال ليذبحه، فيجعل ما بين رقبته إلى ترقوته نحاسا، فلا يستطيع إليه سبيلا. قال: فيأخذه بيديه ورجليه فيقذف به فيحسب الناس أنما قذفه إلى النار وإنما ألقي في الجنة. فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "هذا أعظم الناس شهادة عند رب العالمين" : Muslim ; "ثم يدعو رجلا ممتلئا شبابا فيضربه بالسيف فيقطعه جزلتين رمية الغرض ثم يدعوه فيقبل ويتهلل وجهه يضحك" : Muslim). Ibn Taymiyya est apparemment de cet avis (An-Nubuwwât, pp. 322-325) ;

----- soit cela sera une pure illusion (due à de la magie, niveau 3) : ses djinns feront voir aux yeux des gens présents ce qui n'est pas en train de se passer. Ibn Kathîr, citant les hadîths authentiques évoquant le cas de ce jeune homme qui sera ressuscité, a écrit : "Un hadîth qu'il est nécessaire de détourner de son (sens) littéral et (dont il est nécessaire) de faire la ta'wîl" (An-Nihâya fi-l-Fitan wa-l-Malâhim, pp. 82-83). Par ailleurs une parole attribuée au Prophète dit explicitement que cela ne sera qu'illusion ; cependant ce hadîth est "très faible" (Fat'h ul-bârî 13/130). Un hadîth pour sa part fiable, parlant de cette mise à mort et de cette résurrection, contient ces termes : "selon ce que les gens voient" (An-Nihâya fi-l-Fitan wa-l-Malâhim, p. 77, At-Tasrîh mi mâ Tawâtara fî nuzûl im-Massîh, n° 31). Personnellement je penche vers ce second avis.

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X) Deux mises en garde relatées de Jésus fils de Marie (sur eux deux soit la paix) par rapport aux prodiges :

Un passage des Evangiles attribue à Jésus le propos suivant :
"Quand donc vous verrez installé dans le lieu saint l'Abominable Dévastateur dont a parlé le prophète Daniel – que le lecteur comprenne –, alors, ceux qui seront en Judée, qu'ils fuient dans les montagnes ; celui qui sera sur la terrasse, qu'il ne descende pas pour emporter ce qu'il y a dans sa maison ; celui qui sera au champ, qu'il ne retourne pas en arrière pour prendre son manteau" (Matthieu 24/15-18 ; voir aussi Marc 13/14-16).
Et, quelques lignes plus loin, on lit : "Alors, si quelqu'un vous dit : "Le Messie est ici !" ou bien : "Il est là", n'allez pas le croire. En effet, de faux messies et de faux prophètes se lèveront et produiront des signes formidables et des prodiges au point d'égarer, s'il était possible, même les élus. Voilà, je vous ai prévenus" (Matthieu 24/23-25 ; voir aussi Marc 13/21-23).

"Ceux qui me disent : "Seigneur, Seigneur !" n'entreront pas tous dans le royaume des cieux. Mais seul [y entrera] celui-là qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.
Plusieurs me diront en ce jour-là :
"Seigneur, Seigneur,
n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ?
n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ?
et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ?
"

Alors je leur dirai ouvertement : "Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité""
(Evangile selon Matthieu, 7/21-23).

On voit qu'il ne suffit pas d'annoncer, par le nom de Jésus, des événements allant se passer dans le futur, ni d'exorciser des djinns incroyants par le nom de Jésus, ni même de faire des miracles par le nom de Jésus. Il faut être en pleine et parfaite conformité avec la volonté de Dieu, qui est au-dessus des cieux, c'est-à-dire avec ce qu'Il agrée.
Attribuer à Dieu le Créateur des associés dans un ou plusieurs Attributs qui Lui sont propres, cela constitue une grande iniquité.

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XI) Une mise en garde relatée de al-Layth et de ash-Shâfi'î (que Dieu les agrée) par rapport aux prodiges que différents types de personnes peuvent réaliser :

Un des élèves de ash-Shâfi'î lui dit : "Al-Layth a dit : "Si vous voyez quelqu'un marcher sur l'eau, alors ne soyez pas induits en erreur jusqu'à ce que vous ayez évalué sa situation d'après le Coran et la Sunna."
Ash-Shâfi'î dit alors : "Al-Layth est resté en deçà, que Dieu lui fasse miséricorde ! C'est : "Si vous voyez quelqu'un marcher sur l'eau et voler dans les airs, alors ne soyez pas induits en erreur jusqu'à ce que vous ayez évalué sa situation d'après le Coran et la Sunna."
 "وقد قال يونس بن عبد الأعلى الصدفي: قلت للشافعي: "كان الليث بن سعد يقول: "إذا رأيتم الرجل يمشي على الماء فلا تغتروا به حتى تعرضوا أمره على الكتاب والسنة."" فقال الشافعي: "قصر الليث، رحمه الله. بل إذا رأيتم الرجل يمشي على الماء ويطير في الهواء فلا تغتروا به حتى تعرضوا أمره على الكتاب والسنة" (cité dans Tafsîr Ibn Kathîr, en commentaire de Coran 2/34, par rapport au fait que bien qu'il avait été considéré comme un grand pieux, Iblîs a ensuite fauté, s'est enorgueilli et s'est rebellé contre un Ordre tashrî'î de Dieu, et a alors été rejeté).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

 

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