Eduquer son esprit et son regard ; et S'habiller de façon pudique - ما هي العورة ؟

Question :

Quelles limites l'islam présente-t-il quant au regard des uns et des autres ? Et pourquoi ?

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Réponse :

L'attirance pour les attraits corporels est naturelle chez l'être humain, et l'islam ne demande pas à ce dernier de chercher à éradiquer cette attirance. Au contraire, c'est bien parce qu'il reconnaît qu'attirance il y a entre homme et femme qu'il désire orienter celle-ci. En agissant ainsi, l'objectif de l'islam n'est pas de rendre la vie impossible mais au contraire de permettre qu'elle soit mieux vécue, en préservant l'homme de flatter sans cesse son instinct.

Car si l'attirance vers l'autre sexe et le désir qui en est à la base sont naturels, et si ce désir doit s'exprimer et non être refoulé, il y a une grande différence entre le fait de l'orienter et celui de le flatter sans cesse. Ainsi, les corps n'étant pas marqués négativement, il est normal qu'entre époux et épouse on s'admire et on s'attire. Mais que des corps affichent partout en public leurs attraits aux regards, et que des regards ne se privent pas de tirer profit de ces attraits, voilà des faits qui ne peuvent manquer avoir des répercussions sur l'individu, la famille et la société.

Il ne s'agit pas d'avoir honte de son corps. Il s'agit d'avoir de la pudeur pour, justement, dissimuler en public les attraits de ce corps et réserver ceux-ci à son conjoint(e), l'être avec qui on partage sa vie.

C'est dans ce sens que l'islam offre à chaque humain une orientation et des limites dans l'utilisation qu'il fait de son regard. En sus de l'observance de ces règles extérieures, l'islam lui demande également de travailler son cœur.

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I) Deux règles générales pour comprendre les normes liées au regard :

L'islam présente les deux règles suivantes qui encadrent l'action des regards...

1) Ce que l'islam considère comme étant à cacher systématiquement des regards ('awra) :

Les sources musulmanes demandent, par mesure de précaution, de ne pas regarder chez autrui certaines parties corporelles, et ce en toutes circonstances, qu'on éprouve de la délectation (shahwa) ou pas. L'ensemble des parties corporelles qu'une personne A ne doit ainsi pas regarder chez une personne B est nommé "'awra de B par rapport à A".

Or lorsque l'islam demande à A de ne pas regarder ce qui, par rapport à lui, est 'awra chez B, il demande également à B de revêtir cette 'awra en présence de A.

Dieu dit ainsi : "قُل لِّلْمُؤْمِنِينَ يَغُضُّوا مِنْ أَبْصَارِهِمْ وَيَحْفَظُوا فُرُوجَهُمْ ذَلِكَ أَزْكَى لَهُمْ إِنَّ اللَّهَ خَبِيرٌ بِمَا يَصْنَعُونَ {24/30} وَقُل لِّلْمُؤْمِنَاتِ يَغْضُضْنَ مِنْ أَبْصَارِهِنَّ وَيَحْفَظْنَ فُرُوجَهُنَّ وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا مَا ظَهَرَ مِنْهَا وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَى جُيُوبِهِنَّ وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا لِبُعُولَتِهِنَّ أَوْ آبَائِهِنَّ أَوْ آبَاء بُعُولَتِهِنَّ أَوْ أَبْنَائِهِنَّ أَوْ أَبْنَاء بُعُولَتِهِنَّ أَوْ إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي أَخَوَاتِهِنَّ أَوْ نِسَائِهِنَّ أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُنَّ أَوِ التَّابِعِينَ غَيْرِ أُوْلِي الْإِرْبَةِ مِنَ الرِّجَالِ أَوِ الطِّفْلِ الَّذِينَ لَمْ يَظْهَرُوا عَلَى عَوْرَاتِ النِّسَاء وَلَا يَضْرِبْنَ بِأَرْجُلِهِنَّ لِيُعْلَمَ مَا يُخْفِينَ مِن زِينَتِهِنَّ وَتُوبُوا إِلَى اللَّهِ جَمِيعًا أَيُّهَا الْمُؤْمِنُونَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ {24/31}"
"Dis aux croyants qu'ils baissent de leur regard et qu'ils restent chastes. Ceci est cause de plus de pureté pour eux. Dieu est informé de ce qu'ils font.
Et dis aux croyantes qu'elles baissent de leur regard et qu'elles restent chastes. Et qu'elles ne montrent pas leurs attraits, sauf ce qui en paraît. Et qu'elles ramènent leur khimâr sur leur encolure et qu'elles ne montrent pas leurs attraits, sauf à leur mari, ou à leur père (...)"
(Coran 24/30-31)
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On lit ici une double exception quant au fait pour la femme de laisser découverts ses attraits : il y a d'abord l'exception "sauf ce qu'il en paraît", et ensuite l'exception "sauf à leur mari, leur père, etc." :

--- La première exception ("sauf ce qui en paraît") s'applique aux personnes Ajânib (c'est-à-dire les personnes autres que celles mentionnées dans la seconde exception) : en présence de personnes Ajânib, la femme ne doit laisser dévoilé de ses attraits : que "ce qui en paraît" (الزينة الظاهرة).

--- Quant à la seconde exception ("sauf à leur mari, ou à leur père"), elle concerne la Parure Autre que Celle qui Paraît (الزينة الباطنة) et s'applique aux personnes non-Ajânib : il s'agit du Mari, mais aussi des Mahârim : le père, le frère, etc. (l'étendue de ce qu'elle peut laisser dévoilé devant les personnes listées diffère ensuite selon ces personnes, comme nous le verrons plus bas).

Par ailleurs, le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "لا ينظر الرجل إلى عورة الرجل ولا المرأة إلى عورة المرأة" : "L'homme ne regardera pas la 'awra de l'homme, ni la femme la 'awra de la femme. (...)" (Muslim 338). Ce hadîth induit qu'il existe aussi de la 'awra entre les personnes du même sexe (ce que le verset suscité ne disait pas explicitement).

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Le terme "'awra" signifie : "chose étant accessible alors qu'elle ne doit pas l'être, car entraînant une gêne" :
"والعورات جمع عورة وهي في الأصل ما يحترز من الاطلاع عليه" (Rûh ul-ma'ânî, 9/340).
"العورة سوأة الإنسان، وذلك كناية. وأصلها من العار وذلك لما يلحق في ظهوره من العار أي: المذمة" (Muf'radât ar-Râghib, '-W-R).

"فمنع في الثلاث العورات من دخولهم علينا، لأن حقيقة العورة كل شي لا مانع دونه، ومنه قوله:" إن بيوتنا عورة" أي سهلة للمدخل. فبين العلة الموجبة للإذن، وهي الخلوة في حال العورة" (Tafsîr ul-Qurtubî 12/306).
"وكل مكان ليس بممنوع ولا مستور فهو عورة، قاله الهروي" (Tafsîr ul-Qurtubî 14/148).

Cette "accessibilité déplacée" induit ensuite le sens de "manquement" :
"أي هن ثلاثة أوقات يختل فيها التستر عادة. والعورة في الأصل هو الخلل غلب في الخلل الواقع فيما يهم حفظه ويعتنى بستره. أطلقت على الأوقات المشتملة عليها مبالغة كأنها نفس العورة" (Tafsîru Abi-Sa'ûd).
"الجوهري: والعورة كل خلل يتخوف منه في ثغر أو حرب. النحاس: يقال أعور المكان إذا تبينت فيه عورة، وأعور الفارس إذا تبين فيه موضع الخلل" (Tafsîr ul-Qurtubî, 14/49).
"ثلاث عورات لكم سمى كل واحد منها عورة لأن الناس يختل تسترهم وتحفظهم فيها، والعورة الخلل ومنه أعور الفارس وأعور المكان، والأعور المختل العين" (Al-Bah'r ul-muhît).

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Un seul cas fait exception à tout cela, celui de la nécessité (dharûra), comme un accident de la route ou une opération chirurgicale, etc.

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Il faut également préciser que, d'après un avis, le fait pour B de revêtir en présence de A ce que A ne doit pas regarder concerne ceux et celles qui ont accepté l'éthique musulmane parce qu'ils ont accepté la foi musulmane : d'après cet avis, même en pays musulmans, si l'islam dit que les musulmans ne doivent pas porter de regard déplacé sur les attraits des non-musulmanes, il ne dit pas que ces dernières auraient l'obligation religieuse de couvrir leur chevelure en public (elles devront cependant respecter le cadre publique en vigueur dans ces pays et porter donc des vêtements plus amples que ceux qui sont parfois portés en public dans les pays occidentaux).

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2) Ce que l'islam ne considère pas comme étant à cacher systématiquement des regards :

Regarder ce qui n'est pas 'awra par rapport à soi demeure autorisé.
La seule exception, alors, est le cas où l'on ressent au fond de soi de la délectation, ou bien où on sait que l'on risque fortement d'en ressentir ("سواء كانت الشهوة شهوة الوطء أو كانت شهوة التلذذ بالنظر" : MF 15/413).

Un cas fait bien sûr exception, celui des époux, où désir ou pas, le regard est bien entendu autorisé.

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1 & 2) Les ulémas auteurs de ces deux règles :

Cet avis disant qu'on doit systématiquement ne pas regarder ce qui est 'awra (que le regard soit neutre ou de délectation), cependant que, pour ce qui n'est pas 'awra, on doit ne pas le regarder si le regard est de délectation, alors que c'est l'autorisation qui demeure tant que le regard est neutre… cet avis est celui de : at-Tabarî, al-Baghawî, al-Qâdhî 'Iyâdh, Ibn Battâl, Ibn 'Abd il-barr (cf. Tahrîr ul-mar'a, tome 4).

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II) L'application de ces deux règles :

Pour comprendre l'application de ces deux règles, il faut bien sûr connaître ce qui est 'awra et ce qui ne l'est pas. Or, déterminer cela n'est pas le même vis à vis du corps humain en général, mais dépend de plusieurs facteurs.

Qu'est-ce qui ne doit pas être regardé par qui chez qui ?

Explications et détails dans les deux listes ci-dessous...

A) Quelle est la 'awra de l'homme par rapport à :

--- a) son épouse ?
----- il n'y a pas de 'awra (Al-Mughnî 9/308).

--- b) un autre homme ?
----- d'après l'école zahirite : seules les parties intimes (les organes génitaux et les fesses), les cuisses ne faisant pas partie de la 'awra (Al-Muhallâ, 2/241-243, (Al-Mughnî 2/156, Al-Hidâya 2/444) ;
----- d'après la majorité des ulémas : la partie comprise entre le nombril et les genoux (Al-Mughnî 9/316-317, 2/155). Al-Bukhârî a écrit : "ويروى عن ابن عباس، وجرهد، ومحمد بن جحش، عن النبي صلى الله عليه وسلم: "الفخذ عورة". وقال أنس بن مالك: "حسر النبي صلى الله عليه وسلم عن فخذه." قال أبو عبد الله: "وحديث أنس أسند، وحديث جرهد أحوط حتى يخرج من اختلافهم" (Al-Jâmi' us-Sahîh).
Les cuisses et la partie en-dessous du nombril font dès lors partie de la 'awra. Mais le nombril lui-même, fait-il partie de la 'awra ? oui d'après l'un des avis relatés de l'école shafi'ite (relaté in Al-Hidâya 2/444), non d'après l'école hanbalite (Al-Mughnî 2/156) et l'école hanafite (Al-Hidâya 2/444). Et les genoux, font-ils partie de la 'awra ? non d'après l'école hanbalite (Al-Mughnî 2/156), oui d'après l'école hanafite (Al-Hidâya 2/444).

--- c) une femme autre que son épouse ?
----- d'après l'avis le plus connu : la partie comprise entre le nombril et les genoux (Al-Mughnî 9/318, Al-Hidâya 2/445).

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B) Quelle est la 'awra de la femme par rapport à :

--- a) son époux ?
----- il n'y a pas de 'awra (Al-Mughnî 9/308).

--- b) une autre femme, musulmane ?
----- d'après la majorité des ulémas : la règle ici est la même que celle relative au regard de l'homme vers l'homme : la 'awra de la femme par rapport aux autres femmes est : la partie comprise entre le nombril et les genoux (Al-Mughnî 9/318, Al-Hidâya 2/445) ;
----- d'après un avis relaté de Abû Hanîfa : la règle ici est la même que celle relative au regard de l'homme vers sa proche parente : la 'awra de la femme est, par rapport à une autre femme : la partie comprise entre les genoux et le nombril, ainsi que le ventre et le dos (pas la poitrine) (Al-Hidâya 2/445).

--- c) une autre femme, non-musulmane ?
----- au sein de l'école hanafite, l'avis dit "plus pertinent" ("assahh") est que la 'awra de la musulmane par rapport à la non-musulmane est la même que sa 'awra par rapport à un homme (Ad-Durr ul-mukhtâr 9/534) ; c'est donc la règle citée en e, plus bas, qui s'applique ici : sa 'awra par rapport à cette femme est : tout le corps sauf le visage et les mains ;
----- d'après Ahmad ibn Hanbal, il n'y a, quant à la 'awra de la femme musulmane, pas de différence entre la musulmane et la non-musulmane : ce qui n'est pas 'awra par rapport à la première ne l'est pas par rapport à la seconde non plus (Al-Mughnî 9/318) ; c'est donc la même règle qu'en b qui s'applique ici : la 'awra de la femme par rapport à toute femme est : la partie comprise entre le nombril et les genoux.

--- d) l'un de ses proches parents (mahram : proche parent avec lequel le mariage est systématiquement interdit, tel que le père, le frère, le fils, etc.) ?
----- d'après un avis des shafi'ites : la 'awra de la femme est alors la même chose que ce qui est 'awra de l'homme par rapport à un autre homme et de la femme par rapport à une autre femme ; autrement dit : la 'awra de la femme est : la partie comprise entre le nombril et les genoux. Pour sa part Ibn Qudâma précise, après avoir relaté un avis semblable, qu'il est seulement déconseillé, mais pas interdit, de laisser par exemple la poitrine découverte (Al-Mughnî 9/302-303) ;
----- d'après l'école hanafite : la 'awra de la femme est alors : la partie comprise entre les genoux et le nombril, ainsi que le ventre et le dos (mais pas la poitrine) (Al-Hidâya 2/445) ;
----- d'après les malikites, les hanbalites et l'autre avis des shafi'ites : la 'awra de la femme est alors : la partie comprise entre les genoux et le nombril, ainsi que le ventre, le dos et la poitrine (Al-Mughnî 9/302-303). Selon cet avis, la proche parente d'un homme peut donc ne pas recouvrir devant lui : son visage, ses mains, mais aussi ses cheveux, son cou, ses épaules, ses mollets. Par contre, toujours selon cet avis, elle doit garder couverts devant lui : la partie comprise entre ses genoux et son nombril, ainsi que son ventre, son dos et sa poitrine.

--- e) tout homme autre que son époux et ses proches parents ?
----- tout le corps sauf le visage et les mains (Al-Hidâya 2/442).

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III) Quelques notes supplémentaires :

A) Et quand on est seul chez soi et que nul humain ne nous voit : Y a-t-il alors obligation à se recouvrir la 'awra ?

Quand il y a nécessité (hâja) à se découvrir la 'awra (comme pour faire ses besoins, ou pour prendre sa douche, ou pour avoir des relations intimes, ou autre raison), alors il s'agit bien entendu de découvrir cette 'awra.

– La question ci-dessus ne se pose qu'en absence de nécessité (hâja). Et il y a sur le sujet les hadîths suivants :
" عن بهز بن حكيم قال: حدثني أبي، عن جدي، قال: قلت: يا رسول الله عوراتنا، ما نأتي منها وما نذر؟ قال: "احفظ عورتك إلا من زوجتك أو ما ملكت يمينك." فقال: الرجل يكون مع الرجل؟ قال: "إن استطعت أن لا يراها أحد فافعل." قلت: والرجل يكون خاليا؟ قال: "فالله أحق أن يستحيا منه" (at-Tirmidhî, 2769, Ibn Maja, 1920).
"عن ابن عمر، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "إياكم والتعري، فإن معكم من لا يفارقكم - إلا عند الغائط وحين يفضي الرجل إلى أهله -، فاستحيوهم وأكرموهم" (at-Tirmidhî, 2800, dha'îf).

Cependant, les ulémas ont divergé quant au caractère communiqué par ce dernier impératif : certains y voient une obligation, d'autres une simple recommandation.

En tous cas, az-Zarkashî écrit (il est shafi'ite) qu'il est alors obligatoire de recouvrir sa 'awra , mais il s'agit seulement des parties intimes pour l'homme, et de l'espace compris entre les genoux et le nombril pour la femme. Les cas de hâja rendant tout à fait autorisé de dévêtir ces parties (nous l'avons déjà dit).

Par ailleurs, certains ulémas ont écrit que, par rapport à cet impératif, font exception : des cas relevant d'une pure tahsîn (et même plus d'une vraie hâja), comme le fait de se rafraîchir quand il fait chaud.

"قال الزركشي: والعورة التي يجب سترها في الخلوة السوأتان فقط من الرجل وما بين السرة والركبة من المرأة نبه عليه الإمام، وإطلاقهم محمول عليه. اهـ. وظاهر أن الخنثى كالمرأة. وفائدة الستر في الخلوة مع أن الله تعالى لا يحجبه شيء فيرى المستور كما يرى المكشوف أنه يرى الأول متأدبا والثاني تاركا للأدب. فإن دعت حاجة إلى كشفها لاغتسال أو نحوه جاز. بل صرح صاحب الذخائر بجواز كشفها في الخلوة لأدنى غرض ولا يشترط حصول الحاجة، وعد من الأغراض كشفها لتبريد، وصيانة الثوب عن الأدناس والغبار عند كنس البيت ونحوه.

نعم لا يجب سترها عن نفسه في غير الصلاة، وإنما يكره نظره إليها من غير حاجة. أما فيها فواجب: فلو رأى عورة نفسه في صلاته، بطلت كما في فتاوى المصنف الغريبة؛ وأفتى به الوالد رحمه الله تعالى.

والعورة لغة النقصان والشيء المستقبح، وسمي المقدار الآتي بيانه بها لقبح ظهوره، وتطلق أيضا على ما يجب ستره في الصلاة، وهو المراد هنا، وعلى ما يحرم النظر إليه، وسيأتي في النكاح إن شاء الله تعالى" (Nihâyat ul-muhtâj).

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B) Des cas qui font exception par rapport à la règle normale : le petit enfant ; l'homme très âgé :

Le jeune enfant qui n'a pas encore eu d'éveil sexuel est évoqué explicitement dans le verset : "أو الطِّفْلِ الَّذِينَ لَمْ يَظْهَرُوا عَلَى عَوْرَاتِ النِّسَاء". La femme se trouve, par rapport à un tel enfant, dans le même hukm que vis-à-vis de ses proches parents (mahârim). Le verset a listé cet enfant parmi ceux devant qui la femme peut laisser dévoiler sa parure autre que ce qui paraît.

En fait, cela est dû au fait que la 'Illa / Manât, la Ratio Legis / le Principe Motivant du Hukm d'interdiction de regarder est que cela est en soi susceptible d'entraîner la shahwa (shahwat ut-taladhdhudh) : "العلة في تحريم النظر الخوف من الفتنة" (Al-Mughnî 9/313). Et la 'Illa du Hukm d'interdiction de découvrir est parallèle.
Du coup, les êtres en qui cette 'Illa n'est pas présente ne sont pas astreints à ce Hukm.

Ainsi, l'homme qui est vieux au point de ne plus ressentir la moindre attirance vis-à-vis d'une femme, la femme se trouve, par rapport à lui, dans le même hukm que vis-à-vis de ses proches parents (mahârim) : "ومن ذهبت شهوته من الرجال، لكبر، أو عنة، أو مرض لا يرجى برؤه، أو الخصي، أو الشيخ، أو المخنث الذي لا شهوة له، فحكمه حكم ذي المحرم في النظر، لقول الله تعالى: {أو التابعين غير أولي الإربة من الرجال} أي: غير أولي الحاجة إلى النساء" (Al-Mughnî 9/315-316).

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Parallèlement, un autre verset parle de : "وَالْقَوَاعِدُ مِنَ النِّسَاء اللَّاتِي لَا يَرْجُونَ نِكَاحًا فَلَيْسَ عَلَيْهِنَّ جُنَاحٌ أَن يَضَعْنَ ثِيَابَهُنَّ غَيْرَ مُتَبَرِّجَاتٍ بِزِينَةٍ وَأَن يَسْتَعْفِفْنَ خَيْرٌ لَّهُنَّ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ" (Coran 24/60) : il s'agit en fait de la femme très vieille au point de ne plus être désirable.

Une telle femme, de même que la toute petite fille qui n'est pas désirable, leur 'awra vis-à-vis de tout homme est la même que la 'awra de la femme vis-à-vis de ses proches parents (mahârim) (Al-Mughnî 9/312-315).
Ibn Abbâs affirme : "la première règle [induite par Coran 24/31] a été mansûkh et en ont été exceptées : "les femmes âgées" [Coran 24/60]" : "عن ابن عباس، {وقل للمؤمنات يغضضن من أبصارهن} الآية؛ فنُسِخَ واستُثْنِىَ من ذلك: {والقواعد من النساء اللاتي لا يرجون نكاحا} الآية" (Abû Dâoûd, n° 4111).

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- C) Gradation dans la 'awra de l'homme vis-à-vis du regard d'autrui :

Pour l'homme, il est obligatoire (d'après l'école hanafite) de se couvrir, devant toute personne (sauf son épouse), l'espace compris entre juste plus bas que le nombril jusqu'aux genoux, donc y compris les cuisses et les genoux. Al-Marghînânî, qui est hanafite, écrit ainsi : "وبهذا ثبت أن السرة ليست بعورة خلافا لما يقوله أبو عصمة والشافعي، والركبة عورة خلافا لما قاله الشافعي، والفخذ عورة خلافا لأصحاب الظواهر، وما دون السرة إلى منبت الشعر عورة خلافا لما يقوله الإمام أبو بكر محمد بن الفضل الكماري".

Pourtant, ajoute-t-il : "la règle de 'awra est plus légère à propos du genou qu'à propos de la cuisse ; et elle est plus légère à propos de la cuisse qu'à propos de la partie intime" : "وحكم العورة في الركبة أخف منه في الفخذ، وفي الفخذ أخف منه في السوأة. حتى أن كاشف الركبة ينكر عليه برفق وكاشف الفخذ يعنف عليه وكاشف السوءة يؤدب إن لج" (Al-Hidâya 2/444).
Il veut dire ici que, bien que découvrir n'importe quelle partie de cet ensemble soit interdit, il existe une gradation dans la gravité, pour l'homme, de se découvrir ces différentes parties de la 'awra.
Pourquoi cela ?
--- En note de bas de page, il est dit que c'est parce que "le caractère interdit de (découvrir les) parties intimes fait l'objet du consensus, tandis qu'il y a divergence à propos du reste" (note de bas de page sur Al-Hidâya 2/444). Le fait est que le caractère d'un acte qui est obligatoire (ou interdit) de façon qat'î a plus de force que celui d'un acte dont le caractère fait l'objet d'une divergence d'avis ("obligatoire" ou "seulement recommandé") ("interdit" ou "seulement déconseillé") ("interdit" ou "autorisé") avec détermination de la vérité n'étant possible que de façon zannî.

--- Par ailleurs, même chez les ulémas qui sont d'avis que la cuisse de l'homme est 'awra, il n'y a pas d'interdiction à ce qu'un homme touche la cuisse de l'autre, à condition qu'elle soit revêtue, et qu'il y ait hâja à le faire (et pas de shahwa) (par exemple pendant la prière rituelle, ou autre). Voyez cette relation : "عن أبي العالية البراء قال: أخر ابن زياد الصلاة. فجاءني عبد الله بن الصامت، فألقيت له كرسيا، فجلس عليه. فذكرت له صنيع ابن زياد، فعض على شفته، وضرب فخذي، وقال: "إني سألت أبا ذر كما سألتني، فضرب فخذي كما ضربت فخذك، وقال: إني سألت رسول الله صلى الله عليه وسلم كما سألتني، فضرب فخذي كما ضربت فخذك، وقال: "صل الصلاة لوقتها، فإن أدركتك الصلاة معهم فصل، ولا تقل إني قد صليت فلا أصلي" (Muslim, 648). Or cela n'est évidemment pas possible par rapport aux parties intimes : il n'y a pas possibilité de les toucher, même si elle sont revêtues (seul un cas de dharûra, comme une consultation médicale, rendrait cela autorisé). C'est entre autres cette règle de l'autorisation de toucher la cuisse revêtue mais pas la partie intime revêtue qui constitue un des arguments de l'école zahirite : "فلو كانت الفخذ عورة، لما مسها رسول الله صلى الله عليه وسلم من أبي ذر أصلا بيده المقدسة؛ ولو كانت الفخذ عند أبي ذر عورة، لما ضرب عليها بيده؛ وكذلك عبد الله بن الصامت، وأبو العالية. وما يستحل مسلم أن يضرب بيده على ذكر إنسان على الثياب، ولا على حلقة دبر الإنسان على الثياب، ولا على بدن امرأة أجنبية على الثياب ألبتة" (Al-Muhallâ 2/243). Or on peut comprendre cela différemment : la cuisse fait bien partie de la 'awra de l'homme, mais son degré est moindre que celui des parties intimes, et c'est pourquoi on peut légèrement toucher si elle est revêtue, alors qu'on ne doit jamais le faire vis-à-vis des parties intimes de quelqu'un, fussent-elles revêtues.

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- D) Gradation dans la 'awra de la femme vis-à-vis du regard d'autrui :

Quant à ce qui relève de la femme, on peut (mais ce sur la base, cette fois, non pas d'une divergence, ni d'une possibilité de toucher au travers d'un vêtement, mais d'une mise en parallèle) proposer ce qui suit : l'ensemble de ce qui constitue sa 'awra par rapport à des hommes n'étant ni son mari ni ses proches parents, il lui est interdit de découvrir n'importe quelle partie de cette 'awra devant un tel homme ; pourtant, il existe une gradation dans la gravité de découvrir différentes parties de cette 'awra :
--- il y a la chevelure, le cou et les épaules ;
--- plus accentué encore est ce qui relève du ventre, du dos et de la poitrine ;
--- plus accentué encore est ce qui relève des cuisses ;
--- enfin, plus accentué que tout est ce qui relève des parties intimes.
Lire : Dans le regard des sources de l'islam, la femme a le devoir de se couvrir la chevelure aussi lorsqu'elle est en public. Le fait, pour une musulmane, de ne pas le faire constitue donc un manquement dans la pratique (fin de citation). Cependant, cela ne semble pas être du même niveau que le manquement lié au fait de ne pas se couvrir la poitrine en public.

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E) Des cas qui font exception par rapport à la règle normale : la nécessité de se soigner :

Des ulémas se sont penchés sur la question de l'auscultation pour une personne qui souffre d'une affection sur sa partie intime. Cette personne peut alors se faire ausculter par autrui, car cela est susceptible d'entraîner le diagnostic de ce dont elle souffre et, donc, la prescription des médicaments qui sont susceptibles d'entraîner la guérison (réaliser la Maslaha qui est susceptible d'être atteinte par ce qui contient cet élément interdit).
Ainsi, lorsqu'il y a hâja à ce que le médecin regarde un endroit précis du corps, les mujtahidûn ont déclaré "autorisé, pour le médecin compétent, d'ausculter cet endroit précis, fût-il 'awra".

Cependant, les ulémas ont également établi une gradation entre différentes 'Awrât (ce cas de figure étant hors prière) :
"المثال الثاني عشر: ستر العورات والسوآت واجب وهو من أفضل المروآت وأجمل العادات ولا سيما في النساء الأجنبيات، لكنه يجوز للضرورات والحاجات.
أما الحاجات فكنظر (...) الأطباء لحاجة المداواة، (...). وكذلك لو وقف الشاهد على العيب أو الطبيب على الداء فلا يحل له النظر بعد ذلك، لأنه لا حاجة إليه لذلك، لأن ما أحل إلا لضرورة أو حاجة يقدر بقدرها ويزال بزوالها. وأما الضرورات فكقطع السلع المهلكات ومداواة الجراحات المتلفات. ويشترط في النظر إلى السوآت - لقبحها - من شدة الحاجة ما لا يشترط في النظر إلى سائر العورات. وكذلك يشترط في النظر إلى سوأة النساء من الضرورة والحاجة ما لا يشترط في النظر إلى سوأة الرجال، لما في النظر إلى سوآتهن من خوف الافتتان. وكذلك ليس النظر إلى ما قارب الركبتين من الفخذين كالنظر إلى الأليتين"
(Qawâ'ïd ul-ahkâm fî massâlih il-anâm, 2/286-287).

Des ulémas ont également écrit que, autant que possible, ce devra être quelqu'un du même sexe qui procédera à cette consultation et que ce n'est qu'en cas d'impossibilité que le musulman / la musulmane aura recours aux services d'un médecin du sexe opposé (tout en évitant les situations de solitude) : "(و) اعلم أن ما تقدم من حرمة النظر والمس هو حيث لا حاجة إليهما. وأما عند الحاجة فالنظر والمس (مباحان لفصد وحجامة وعلاج) ولو في فرج للحاجة الملجئة إلى ذلك؛ لأن في التحريم حينئذ حرجا، فللرجل مداواة المرأة، وعكسه، وليكن ذلك بحضرة محرم أو زوج أو امرأة ثقة (إن جوزنا خلوة أجنبي بامرأتين، وهو الراجح كما سيأتي في العدد إن شاء الله تعالى). ويشترط عدم امرأة يمكنها تعاطي ذلك من امرأة وعكسه كما صححه في زيادة الروضة، (...). ولو لم نجد لعلاج المرأة إلا كافرة ومسلما، فالظاهر كما قال الأذرعي أن الكافرة تقدم؛ لأن نظرها ومسها أخف من الرجل بل الأشبه عند الشيخين كما مر أنها تنظر منها ما يبدو عند المهنة بخلاف الرجل" (Mughni-l-Muhtâj, ash-Shirbînî).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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