Quelles sont les grandes lignes à propos des détenteurs de l'autorité publique en islam ? est-il envisageable qu'il y ait la participation du peuple ?

Question :

Quelles sont les grandes lignes que l'islam offre à propos des détenteurs de l'autorité ?

Est-il permis qu'en Dâr ul-islâm, ce soit par des élections que des responsables soient choisis ?

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Réponse :

Pour ce qui est du domaine de la gestion de la cité, les sources musulmanes communiquent des règles et des principes plus que des modèles déterminés. Ces principes et règles demeurent cependant.

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1) L'objectif de l'autorité :

Les humains ne peuvent vivre qu'en groupe. Or tout groupe a besoin de se mettre d'accord sur une autorité, puisque l'anarchie n'est pas possible. Le Prophète (sur lui la paix) a donc dit : "Lorsque trois personnes partent ensemble en voyage, qu'elles désignent une d'entre elles comme chef" (Abû Dâoûd, n° 2241 et 2242). "… Il n'est pas permis à trois personnes se trouvant ensemble dans un désert de ne pas désigner une d'entre elles comme chef…" (Ahmad, n° 6360).

Cependant, être dépositaire de l'autorité est une lourde responsabilité au niveau personnel. "Il s'agit d'une responsabilité, et ce sera une cause d'humiliation et de regrets le jour du jugement, sauf pour celui qui l'a prise dans son droit et s'est acquitté de ses devoirs dans le cadre" a dit le Prophète (rapporté par Muslim). Dès le départ, l'idée de responsabilité est ainsi inhérente à celle du pouvoir. Il ne faut donc pas s'étonner du fait que l'islam ne reconnaisse ni le sang ni l'ascendance comme étant des critères pour l'accès aux postes de responsabilités. Il n'existe ainsi ni principe dynastique, ni caste dirigeante, ni noblesse. Ce sont les compétences qui comptent.

"(Le pouvoir) est une bonne nourrice, mais il est mauvaise personne qui sèvre" (rapporté par al-Bukhârî, n° 6729). Métaphore pour mettre en garde contre l'amour du pouvoir, ce dernier pouvant être très agréable un certain temps mais, ensuite, devenir très difficile à supporter lorsqu'il est enlevé ou que les difficultés apparaissent.

L'islam enseigne que l'autorité politique ne peut donc avoir pour objectif l'assouvissement de sa volonté de pouvoir, mais le service du peuple, par la coordination des actions publiques. Un Hadîth (dont la chaîne de transmission est certes faible ) dit : "Le chef d'un groupe est son serviteur" (Silsilat ul-ahâdîth adh-dha'îfa, n° 1502). De celui qui avait "la charge – à quelque échelon que ce soit – des affaires des musulmans et qui, ensuite ne se préoccupait pas de leurs besoins, de leur indigence et de leur pauvreté", le Prophète a dit que "Dieu ne se préoccupera pas de ses besoins, de son indigence et de son dénuement le jour du jugement" (at-Tirmidhî, n° 1332, Abû Dâoûd, n° 2948, authentifié par Rabâh et ad-Daqqâq).

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2) L'allégeance du peuple au dépositaire de l'autorité suprême, et le choix de ce dirigeant :

D'un côté nous avons ceci... Ibn Taymiyya écrit : "والكلام هنا في مقامين:
أحدهما: في كون أبي بكر كان هو المستحق للإمامة، وأن مبايعتهمله مما يحبه الله ورسوله، فهذا ثابت بالنصوص والإجماع.
والثاني: أنه متى صار إماما، فذلك بمبايعة أهل القدرة له. وكذلك عمر لما عهد إليه أبو بكر، إنما صار إماما لما بايعوه وأطاعوه، ولو قدر أنهم لم ينفذوا عهد أبي بكر ولم يبايعوه لم يصر إماما، سواء كان ذلك جائزا أو غير جائز.
فالحل والحرمة متعلق بالأفعال.
وأما نفس الولاية والسلطان فهو عبارة عن القدرة الحاصلة، ثم قد تحصل على وجه يحبه الله ورسوله، كسلطان الخلفاء الراشدين، وقد تحصل على وجه فيه معصية، كسلطان الظالمين.
ولو قدر أن عمر وطائفة معه بايعوه، وامتنع سائر الصحابة عن البيعة، لم يصر إماما بذلك، وإنما صار إماما بمبايعة جمهور الصحابة، الذين هم أهل القدرة والشوكة. ولهذا لم يضر تخلف سعد بن عبادة، لأن ذلك [لا] يقدح في مقصود الولاية، فإن المقصود حصول القدرة والسلطان اللذين بهما تحصل مصالح الإمامة، وذلك قد حصل بموافقة الجمهور على ذلك"
: "Si seuls Omar et un petit groupe avec lui avaient fait allégeance à Abû Bakr et que tous les autres Compagnons ne lui avaient pas allégeance, Abû Bakr ne serait pas devenu chef de la sorte. Il n'est devenu chef que par l'allégeance de la grande partie (jum'hûr) des Compagnons qui sont les dépositaires de la capacité" (Min'hâj us-sunna, 1/203-205).
Al-Ghazâlî écrit de même : "Abû Bakr ne serait pas devenu chef si personne d'autre que Omar n'avait fait allégeance à Abû Bakr et que tous les autres avaient été opposés ou s'étaient séparés en deux parties où ni dominant ni dominé n'étaient apparus" (Ar-Radd 'ala-l-bâtiniyya).
C'est bien parce que compte l'opinion dominante que, au sujet du fait que Ali n'avait pas fait allégeance à Abû Bakr, an-Nawawî écrit que l'absence d'allégeance de la part d'une personne "n'empêche pas" l'établissement de l'autorité (Shar'h Muslim, commentaire du hadîth n° 1858).
Ar-Râzî écrit pour sa part : "C'est la communauté qui est détentrice de l'autorité générale" [pour exécuter les lois et donc désigner à sa tête celui qui la dirigera] (Al-Mawâqif) (pour la référence de ces propos de al-Ghazâlî et de ar-Râzî, voir Al-Fiqh ul-islâmî wa adillatuh, p. 6169).

D'un autre côté, sous le califat de Omar, lors du dernier pèlerinage que celui-ci accomplit, des gens avaient fait courir une rumeur disant qu'ils feraient allégeance à un homme de leur choix, et que les musulmans ne pourraient eux aussi que lui faire allégeance. Après tout, disaient-ils, "c'est bien de cette manière que Abû Bakr était devenu calife". Arrivé à Médine, Omar dénonça cette intention de procéder, faisant valoir que le cas de Abû Bakr était particulier eu égard à sa place particulière, mais que "celui qui ferait serment d'allégeance à un homme sans consulter les musulmans ne serait pas suivi, ni lui, ni celui à qui il aurait fait serment d'allégeance..." (al-Bukhârî, n° 6443).

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D'un côté, l'établissement de l'autorité d'une personne donnée se fait donc suite à l'investiture (mubâya'a) qu'elle reçoit de la part de la grande partie (jum'hûr) de ceux qui lient et délient (ahl ul-hall wa-l-'aqd).

Mais d'un autre côté, l'idéal est que cette investiture soit faite suite à une consultation (shûrâ).

Cependant, les sources ne donnent pas une forme définitive à la forme que cette consultation doit prendre. Ce qui compte, c'est qu'un dirigeant ne soit pas imposé sans que consultation des représentants qualifiés du peuple il y ait eu. Ce principe peut prendre diverses formes selon les situations liées aux temps, aux lieux, aux histoires (pourvu que les autres principes – limites et orientations – soient aussi respectés). Le chef est choisi par un groupe de personnes qualifiées (les "ahl ul-hall wa-l-'aqd") (bien que d'une perspective différente - car cette fois toujours sur la base du suffrage - aux Etats-Unis, ou en France avant la réforme de De Gaulle en 1962, tous les citoyens ne participent(participaient) pas au choix du dirigeant suprême). Cependant, en islam la question des qualifications de ceux qui choisissent est capitale.

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3) La désignation de personnes à des postes autres que celui de la magistrature suprême : par quel moyen ?

Concernant les autres postes que celui de chef suprême, d'autres questions se posent... Quelles doivent être les prérogatives accordées à chaque portefeuille ? Quels différents degrés de juridiction donner à quels tribunaux ? Ces autres postes peuvent-ils eux aussi faire l'objet d'une élection, ou bien doivent-ils nécessairement faire l'objet d'une nomination ? Quels sont les postes qui peuvent faire l'objet d'une élection du peuple (donc d'une désignation du bas vers le haut), et quels sont ceux qui doivent faire l'objet d'une nomination du haut vers le bas (donc d'une désignation du haut vers le bas) ? Un poste qui, auparavant, faisait l'objet d'une nomination peut-il faire aujourd'hui l'objet d'une élection ?

La réponse à ces questions est que les sources musulmanes communiquent des règles et des principes plus que des modèles déterminés. A condition que l'ensemble de ces règles et principes soient respectés, des formes diverses peuvent voir le jour, liées aux temps, aux lieux et aux histoires.
Ibn Taymiyya écrit à propos de quelque chose de voisin : "Qu'il s'agisse des prérogatives générales ou spécifiques ou qu'il s'agisse de ce qu'on dispose dans le cadre d'une autorité donnée, tout cela dépend de l'usage, des situations diverses et des termes employés. Les sources musulmanes n'ont pas fixé de règles détaillées à cet égard. Il se peut donc que, dans certains lieux et en certains temps, entrent dans les prérogatives de l'autorité des tribunaux ce qui, en d'autre lieux et d'autres temps, dépend de l'autorité responsable de la défense. Ou bien l'inverse" (Al-Hisba fi-l-islâm, p. 15).
C'est bien pourquoi, alors que les premiers califes musulmans gouvernaient sans ministres, ceux-ci firent leur apparition à l'époque abbasside, et les ulémas développèrent les règles juridiques liées aux compétences dévolues à ces ministres dans le gouvernement du pays. Al-Mâwardî distinguait ainsi le wizârat ut-taf'wîdh et le wizârat ut-tanfîdh (Al-Ahkâm us-sultâniyya).

Maintenant quels sont les postes qui doivent faire l'objet d'un choix par les représentants du peuple – sous réserve du fait que les personnes choisies remplissent un certain nombre de conditions – et quels sont ceux qui doivent faire l'objet d'une nomination par en haut ?
Il faut à ce sujet aussi tenir compte des situations différentes existant entre les différentes sociétés du monde musulman.

Comment imposer le modèle électif à une société qui a trouvé son équilibre dans un autre modèle de nomination, sous le seul prétexte que c'est le premier modèle qui prévaut dans le monde occidental ?
Il faut prendre en compte les différentes situations (liées aux lieux, aux histoires), qui prévalent dans différentes sociétés du monde musulman.

D'ailleurs, dans le monde occidental lui-même des différences existent. Ainsi, des postes comme celui de procureur général, qui font l'objet d'une nomination en Europe, sont l'objet d'élections aux Etats-Unis. De même, alors qu'aux Etats-Unis le Président est à la fois chef d'Etat et chef du gouvernement, en France le Président n'est que chef d'Etat, tandis que la fonction de chef de gouvernement revient au premier Ministre. Viendrait-il à l'idée des Etats-Unis d'imposer entièrement leur modèle à l'Europe occidentale ? Non, on comprend qu'il s'agit de deux lieux, de deux histoires différentes !

Avec le principe de participation, la différence des situations doit donc également être prise en compte dans les pays musulmans.

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4) Le peuple participera-t-il à la gestion des affaires publiques ?

D'une part il est nécessaire que le peuple puisse faire entendre ses choix au sujet de ses droits, dans ce au sujet de quoi les deux options relèvent du licite. Les Hadîths montrent qu'à l'époque du Prophète, il y avait les 'urafâ' qui, en quelque sorte représentaient les membres de chaque groupe.
A Hunayn, à l'occasion de la demande de restituer aux Hawâzin le butin, le Prophète insista pour que chaque personne exprime clairement son accord pour se désister de ce qui lui revenait de droit. Les gens étant trop nombreux pour que chacun puisse faire entendre sa voix, le Prophète demanda que les 'urafâ' se chargent de collecter l'accord de l'ensemble des personnes qu'ils représentaient, et puissent ainsi transmettre l'accord de chacun (le Hadîth est rapporté par al-Bukhârî, n° 6755, n° 2184).

Aujourd'hui on pourrait par exemple trouver une solution qui respecte à la fois le principe, et les changements sociaux (pour les sociétés qui ne sont plus fondées sur l'appartenance tribale ou clanique) et qui permette la représentation du peuple pour que celui-ci puisse faire entendre sa voix pour tout ce qui touche à ses droits.

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D'autre part il faut rappeler que la source de la législation et de la conduite des affaires du pays se trouve dans le Coran et la Sunna, dont les règles et les principes sont à appliquer avec sagesse : compréhension de la richesse qu'offrent les interprétations divergentes, compréhension des possibilités réelles dans lesquelles le pays se trouve, et compréhension de la progressivité.

Il est également nécessaire que les hommes doués des compétences apportent leur participation dans l'élaboration des lois (ijtihâd). A l'époque de Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée), il y avait des personnes qu'il avait choisies pour faire partie de son Conseil de Consultation ("majlissu Umara wa mushâwaratuh") : ses membres étaient choisis par le calife en fonction de leurs compétences :
- "عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: قدم عيينة بن حصن بن حذيفة فنزل على ابن أخيه الحر بن قيس، وكان من النفر الذين يدنيهم عمر، وكان القراء أصحاب مجالس عمر ومشاورته، كهولا كانوا أو شبانا. فقال عيينة لابن أخيه: يا ابن أخي، هل لك وجه عند هذا الأمير، فاستأذن لي عليه، قال: سأستأذن لك عليه. قال ابن عباس: فاستأذن الحر لعيينة فأذن له عمر، فلما دخل عليه قال: هي يا ابن الخطاب، فوالله ما تعطينا الجزل ولا تحكم بيننا بالعدل! فغضب عمر حتى هم أن يوقع به، فقال له الحر: يا أمير المؤمنين، إن الله تعالى قال لنبيه صلى الله عليه وسلم: {خذ العفو وأمر بالعرف وأعرض عن الجاهلين}، وإن هذا من الجاهلين! والله ما جاوزها عمر حين تلاها عليه، وكان وقافا عند كتاب الله" (al-Bukhârî, 4366, 6856) ;
- "عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: كان عمر يدخلني مع أشياخ بدر، فقال بعضهم: لم تدخل هذا الفتى معنا ولنا أبناء مثله؟ فقال: إنه ممن قد علمتم! قال: فدعاهم ذات يوم ودعاني معهم قال: وما رئيته دعاني يومئذ إلا ليريهم مني، فقال: ما تقولون في إذا جاء نصر الله والفتح، ورأيت الناس يدخلون في دين الله أفواجا حتى ختم السورة، فقال بعضهم: أمرنا أن نحمد الله ونستغفره إذا نصرنا وفتح علينا، وقال بعضهم: لا ندري، أو لم يقل بعضهم شيئا، فقال لي: يا ابن عباس، أكذاك تقول؟ قلت: لا، قال: فما تقول؟ قلت: هو أجل رسول الله صلى الله عليه وسلم أعلمه الله له: إذا جاء نصر الله والفتح فتح مكة، فذاك علامة أجلك: فسبح بحمد ربك واستغفره إنه كان توابا. قال عمر: ما أعلم منها إلا ما تعلم" (al-Bukhârî, 4043, 4686).
Et sur de nombreux points on voit Omar les consulter, et retenir l'avis de l'un d'eux sur tel ou tel points.

Aujourd'hui, à cause de la complexité du monde, le besoin se fait d'ailleurs sentir, dans un tel Conseil, de la présence de membres possédant les aptitudes requises par rapport aux affaires "du monde" (économie, sociologie, etc.).

Al-Qaradhâwî est d'avis que les conseils de consultation ne doivent aujourd'hui pas avoir une fonction purement consultative (mu'lima) mais contraignante (mulzima).

La question que se posent aujourd'hui nombre de personnes à propos de tels Conseils, c'est : ses membres peuvent-ils être désignés par suffrage universel ? Réponse au point suivant...

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5) Les différences avec le modèle occidental :

Il y a des différences entre le système de gestion de la cité que les musulmans veulent mettre en place dans leur pays, et le système occidental en la matière. L'éthique musulmane met en garde contre l'amour du pouvoir et la volonté délibérée d'y parvenir. Pour ce faire, l'islam a fixé des responsabilités à la fois pour la personne qui va accéder au poste et pour la personne qui la désigne.

On ne peut postuler soi-même à un poste de pouvoir :

En effet, connaissant l'amour des humains pour le pouvoir et ce qui en résulte parfois, l'islam a rendu impossible la recherche délibérée de l'accès au pouvoir. On lit ceci dans la Sunna :
- "عن عبد الرحمن بن سمرة، قال: قال لي النبي صلى الله عليه وسلم: يا عبد الرحمن بن سمرة، لا تسأل الإمارة، فإنك إن أعطيتها عن مسألة وكلت إليها، وإن أعطيتها عن غير مسألة أعنت عليها" : "Abd ur-Rahmân ibn Samura, ne demande pas à être chef, car si l'autorité t'est confiée alors que tu en as fait la demande, tu seras confiée à elle ; et si elle t'est confiée sans que tu en ais fait la demande, l'aide te sera accordée" (al-Bukhârî, 6727, Muslim 1652). "عن أبي موسى رضي الله عنه، قال: دخلت على النبي صلى الله عليه وسلم أنا ورجلان من قومي، فقال أحد الرجلين: أمرنا يا رسول الله، وقال الآخر مثله، فقال: إنا لا نولي هذا من سأله، ولا من حرص عليه" : Abû Mûssâ al-Ash'arî raconte : "Je suis entré chez le Prophète accompagné de deux de mes cousins. L'un d'eux dit au Prophète : "O Messager de Dieu, donne-moi le commandement d'une des régions que Dieu t'a confiées". L'autre fit la même demande. Le Prophète dit alors : "Nous n'employons pas à la fonction, une personne qui en a fait la demande ou qui l'a désirée" (al-Bukhârî 6730 etc., Muslim 1733).
Ainsi l'islam a-t-il fixé des limites à l'accession au pouvoir. On comprend la sagesse de cette règle lorsqu'on constate que les campagnes électorales sont aujourd'hui devenues des grandes expressions de marketing, où on "vend" tel candidat-produit par le biais de ce qui s'apparente à de la publicité de la personne de celui-ci, avec contre-publicité à l'endroit de l'adversaire.

Pourtant, dans le Coran on lit que le prophète Joseph (sur lui la paix) a demandé au roi d'Egypte d'être nommé au poste d'intendant des ressources du pays : "وَقَالَ الْمَلِكُ ائْتُونِي بِهِ أَسْتَخْلِصْهُ لِنَفْسِي. فَلَمَّا كَلَّمَهُ قَالَ إِنَّكَ الْيَوْمَ لَدَيْنَا مِكِينٌ أَمِينٌ {12/54} قَالَ اجْعَلْنِي عَلَى خَزَآئِنِ الأَرْضِ إِنِّي حَفِيظٌ عَلِيمٌ {12/55" : "Il dit : "Nomme-moi (responsable) des ressources de la terre. je suis honnête, savant" (Coran 12/54-55).
Alors : est-ce que, dans pour cette question précise de l'accès à un poste de responsabilité et d'autorité, le hadîth montre que le caractère autorisé de demander à être nommé à un tel poste (comme l'a fait le prophète Joseph), cela est complètement abrogé en ce qui concerne la Umma du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) ? Ou bien est-ce qu'on lit ce hadîth à la lumière de ce verset, et ce verset à la lumière de ce hadîth, et on déduit que l'interdiction (présente dans ce hadîth) se rapporte à la règle normale, où il y a tant de personnes honnêtes et compétentes qui sont présentes ; alors que l'autorisation (présente dans le verset) se rapporte aux cas où il n'y a personne qui soit à la fois honnête et compétente, et on présente donc ses services (Ahkâm ul-qur'ân, Ibn ul-'Arabî ; Tafsîr ul-Qurtubî) ?
--- Certains ulémas sont d'avis que demander à être nommé chef est systématiquement interdit : ceux-là ont adhéré à la première possibilité...
--- D'autres ulémas qui sont d'avis que la réponse est nuancée (fîhi tafsîl), c'est-à-dire que cela dépend de la situation réelle et des compétences réelles de la personne : eux ont adhéré à la seconde possibilité. (Bien sûr, bien des personnes sont tellement amoureuses du pouvoir, du titre et de la gloire qu'elles prétendent toujours que mises à part elles personne ne peut faire face à la situation actuelle. Mais il va de soi que cet avis concerne les personnes sincères et douées d'un minimum de bonne foi vis-à-vis d'autrui... et d'elles-mêmes.)

Celui qui désigne la personne à un poste a également ses responsabilités :

Le Prophète a dit : "Celui qui nomme un homme comme responsable sur un groupe de personnes alors qu'il sait qu'il s'y trouve un homme plus agréé par Dieu, celui-là a trahi Dieu, son Messager et les croyants" (rapporté par al-Hâkim).
Ce Hadîth parle de la nomination d'un homme faite par un chef (désignation du haut vers le bas), mais le principe vaut également pour la désignation d'un homme par le groupe des personnes qualifiées (désignation du bas vers le haut).

Guy Mollet avait lui-même fait la critique du système électoral, fondé sur la majorité, mais ce fut pour ensuite conclure que lui il n'en connaissait pas de meilleur :
"Y a-t-il plus de vérités dans deux têtes que dans une, dans cinquante-et-une voix que dans quarante-neuf ?
Est-il juste de ne pas donner plus de valeur à l'érudit qu'à l'ignorant, à l'esprit reconnu sain qu'au malade ou à l'ivrogne ?
La majorité est-elle plus capable de déceler l'intérêt du peuple que quelques esprits éclairés ?
Avouons-le, chacun s'est un jour posé la question.
Mais... est-il une autre solution ?
(...) Rien ne nous a été encore proposé de mieux que le gouvernement du peuple par la majorité de celui-ci. (...)"
(La règle démocratique, in La Nouvelle Equipe Française, avril-juin 1961).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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