Les deux récipients de connaissance de Abû Hurayra (رضي الله عنه)

Abû Hurayra (que Dieu l'agrée) a dit :
"J’ai mémorisé du Prophète (sur lui la paix) deux récipients. Quant à l'un d'eux, je l'ai propagé. Et quant à l’autre, si je le propageais, on me trancherait cette trachée" :
"عن سعيد المقبري، عن أبي هريرة قال: " حفظت من رسول الله صلى الله عليه وسلم وعاءين: فأما أحدهما فبثثته، وأما الآخر فلو بثثته قطع هذا البلعوم" (al-Bukhârî, 120).

Certains voient dans cette parole la preuve, venant des sources authentiques elles-mêmes, de l'existence d'une connaissance cachée, dont les enseignements sont différents de ceux des textes du Coran et des Hadîths. Est-ce vrai ?

Non. Cette parole de Abû Hurayra ne veut absolument pas dire cela.

La connaissance que Abû Hurayra ne voulait pas divulguer pour ne pas être assassiné n'est que la connaissance des noms de personnes dont le Prophète (sur lui la paix) lui avait indiqué qu'elles seraient causes de futurs troubles dans la Umma.
On trouve cela dans une autre parole de Abû Hurayra : rapportant une fois que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "La perte de ma Umma se fera à cause de certains jeunes qurayshites", Abû Hurayra dit ensuite : "Si je le voulais, je pourrais nommer les fils d'Untel et les fils d'Untel" : "عن عمرو بن يحيى بن سعيد بن عمرو بن سعيد، قال: أخبرني جدي، قال: كنت جالسا مع أبي هريرة في مسجد النبي صلى الله عليه وسلم بالمدينة ومعنا مروان. قال أبو هريرة: "سمعت الصادق المصدوق يقول: "هلكة أمتي على يدي غلمة من قريش"". فقال مروان: "لعنة الله عليهم! غلمة!" فقال أبو هريرة: "لو شئت أن أقول: بني فلان، وبني فلان، لفعلت". فكنت أخرج مع جدي إلى بني مروان حين ملكوا بالشأم، فإذا رآهم غلمانا أحداثا قال لنا: "عسى هؤلاء أن يكونوا منهم؟" قلنا: "أنت أعلم" (al-Bukhârî, 6649). C’est cela, le "récipient de savoir" que Abû Hurayra ne pouvait pas propager (Fat'h ul-bârî, cf. les commentaires de ces deux paroles) : il s'agissait d'un "récipient de savoir" contenant non pas des croyances (aqâ'id) ou des règles (ahkâm), mais juste des noms de personnes causes de troubles.

Abû Hurayra a parfois rapporté une parole : "عن أبي هريرة أن النبي - صلى الله عليه وسلم - قال: "إني رأيت في منامي كأن بني الحكم بن أبي العاص ينزونَ على منبري كما تنزو القردة". قال: فما رؤي النبي - صلى الله عليه وسلم - مستجمعا ضاحكاً حتى توفي" (al-Hâkim, al-Bazzâr : Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, n° 3940).

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Lorsqu'on reprochait à Abû Hurayra (que Dieu l'agrée) de rapporter beaucoup plus de hadîths du Prophète (sur lui la paix) que les autres Compagnons, il répondait que c'était uniquement parce qu'il se sentait tenu de le faire à cause du verset coranique disant que Dieu maudit celui qui dissimule ce qu'Il a envoyé de preuves et de guidance [Coran 2/159-160] : "عن الأعرج، عن أبي هريرة، قال: "إن الناس يقولون أكثر أبو هريرة. ولولا آيتان في كتاب الله ما حدثت حديثا". ثم يتلو: {إن الذين يكتمون ما أنزلنا من البينات والهدى} إلى قوله {الرحيم}. إن إخواننا من المهاجرين كان يشغلهم الصفق بالأسواق؛ وإن إخواننا من الأنصار كان يشغلهم العمل في أموالهم؛ وإن أبا هريرة كان يلزم رسول الله صلى الله عليه وسلم بشبع بطنه، ويحضر ما لا يحضرون ويحفظ ما لا يحفظون" (rapporté par al-Bukhârî, 118).
Comment imaginer alors un seul instant que ce même Abû Hurayra aurait caché des paroles du Prophète (sur lui la paix) relatives à des croyances ou à des règles ?

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A lire par ailleurs :

--- Y a-t-il une connaissance cachée en islam ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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