La maison de l'islam

Comprendre l'islam... dans son authenticité, avec contemporanéité

Le musulman qui, par ignorance, a adopté une croyance erronée ou pratiqué une action cultuelle innovée, et est mort sans se repentir de cela (puisqu'il le croyait juste), se peut-il qu'il soit puni pour cela par Dieu dans l'au-delà, ou cela lui sera-t-il systématiquement pardonné par Dieu ? (II - 1/3)

Par Anas • 22 juil, 2012 • Catégorie: - Divergence d'interprétations (التنازع/ الاختلاف), E- Orthodoxie, Hétérodoxie, I- Celui à qui la vérité n'était pas parvenue, ou qui avait mal compris (الجهل و التأويل الخطأ)

Nous parlons ici du musulman lambda (de connaissances basiques), qui a appris de ses pères et/ou de ses maîtres une croyance qui est erronée ('aqîda khata' qat'î), ou qui a appris d'eux une pratique qui est innovée (bid'a 'amaliyya), ou qui a appris d'eux une règle erronée (hukm khata' qat'î), et qui meurt ainsi...
Combien de personnes du grand public ('awâmm un-nâs) sont ainsi qui disent "Lâ ilâha illallâh, Muhammadun rassûlullâh", mais qui ont appris de telles choses erronées, et qui n'ont pas suffisamment de capacités intellectuelles pour comprendre que cela est faux.
Qu'on pense seulement au nombre de personnes qui, nées dans un environnement chiite duodécimain, ont été façonnées depuis leur tendre enfance dans des croyances erronées et ne parviennent pas à comprendre que celles-ci sont fausses.

Qu'est-ce que l'islam enseigne au sujet d'un tel musulman lambda par rapport à l'au-delà ?

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I) Le statut qu'a, auprès de Dieu, cette croyance ou cette action, (action du cœur ou action extérieure) (حكم ذلك العمل عند الله) :

Ce statut est fixe, même si un homme – aussi érudit et pieux soit-il – a émis à son sujet un autre avis, sur la base de ses efforts de recherches et d'interprétation.

Ce qui est certain c'est que cette croyance, cette pratique et cette règle qu'a adoptées ce musulman lambda sont donc considérées par Dieu comme étant bel et bien "erronées", même si ce sont des gens pieux ou savants qui les lui ont enseignées.

Ainsi, cette croyance ou action reste en soi mauvaise.

Cette croyance mauvaise (que l'on pensait être la croyance correcte, "نَدِيْنُ به ربَّ العالمين") ou cette action interdite (que l'on pensait être "autorisée", voire "recommandée" ou même "obligatoire") constitue donc en soi :
– soit un petit péché, saghîra (mak'rûh tahrîmî) (pour certains cas de khata' ijtihâdî qat'î) ;
– soit un grand péché, kabîra (harâm) (pour les autres cas de khata' ijtihâdî qat'î, et pour tous les cas de dhalâl) ;
– soit une parole ou action de kufr akbar (bien évidemment harâm).

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II) La responsabilité de ceux qui connaissent la vérité :

Ceux qui ont connaissance de la vérité doivent, cela est également certain, la diffuser, afin que les uns et les autres puissent en prendre connaissance,  revenir, par la permission de Dieu, à cette vérité, et délaisser une croyance ou une action qui constitue en soi, comme nous venons de le dire : une saghîra, une kabîra, ou une parole ou action de kufr akbar.

(N'oublions cependant pas que nous parlons ici des cas où la détermination de la vérité est possible de façon tranchée, qat'î, pas des cas où la détermination de la vérité n'est possible que de façon présomptive, zannî.)

Diffuser la vérité par rapport aux points qat'î, cela doit cependant se faire avec sagesse, c'est-à-dire selon la forme et par le moyen qui convient le plus par rapport à la situation dans laquelle on se trouve, et progressivement, en commençant par les choses les plus graves (gardant alors le silence pour des choses moins graves, lesquelles seront évoquées ultérieurement). Nous avons évoqué cela dans l'article : Pour résorber une innovation (ou autre munkar) qui est commise, vaut-il mieux la dénoncer, ou gagner les coeurs de ceux qui la commettent ?.

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III) Cependant, le musulman lambda qui n'a pas eu connaissance de cette vérité, ou qui avait entendu cette vérité mais n'avait pas suffisamment de compétences intellectuelles pour la comprendre, et qui est mort en croyant que ce qu'il avait adopté est un bien (alors que c'est quelque chose d'erroné), se peut-il que ce musulman soit puni dans l'au-delà pour ces croyance et pratique, ou cela lui sera-t-il pardonné ?

Toute action interdite (saghîra ou kabîra qui ne va pas jusqu'au kufr akbar) qu'un musulman fait en sachant qu'elle est interdite, et par rapport à laquelle il meurt sans s'en repentir, peut dans l'au-delà entraîner pour ce musulman une punition temporaire, comme cela peut lui être pardonné : cela sera comme Dieu le voudra. Ce point là est connu, nous n'y reviendrons pas ici.

Nous parlons seulement ici du musulman qui ne savait pas que ce qu'il disait ou faisait est interdit (ou que ce qu'il délaissait est obligatoire). Et nous parlons de savoir si cette croyance / action interdite dont il ne savait pas qu'elle est interdite peut entraîner, pour ce musulman aussi, une punition temporaire ? ou bien si cela lui sera systématiquement pardonné par Dieu (même si ce musulman peut aussi être puni pour d'autres actions, qu'il a commises et dont il ne s'est pas repenti, dont il savait qu'elles sont interdites) ?

Nous parlons également du musulman qui ne savait pas que l'une des croyances que ses pères et/ou ses maîtres lui avaient enseignée était en réalité déviante au point de constituer du kufr akbar, et qui pensait donc que cette croyance était ce que Dieu agrée : ce musulman sera-t-il considéré par Dieu dans l'au-delà comme kâfir, ou comme muslim ?

Ibn Taymiyya relate, en relation avec ces questions, le désaccord qui suit, avant d'exposer la posture correcte...

Les Jahmites ont émis les deux croyances suivantes, l'une concernant quelque chose de ce monde, l'autre de l'au-delà :
--- Dans ce monde, ce n'est pas toute personne qui fournit le maximum d'efforts voulus qui est concrètement capable de comprendre, à propos de chaque point, l'avis qui est juste. Parfois elle en est capable. Mais d'autres fois ses capacités personnelles ne l'en rendent pas capables, malgré qu'elle a réellement fait le maximum étant en son possible ; elle n'a alors fait aucun péché ni manqué à ses obligations ;
--- Dieu châtiera dans l'au-delà des personnes qui n'ont pas commis de péché ni délaissé une obligation lui incombant, par Son seul Bon Vouloir ; car tout comme Dieu peut, selon Son seul Bon Vouloir, pardonner à des croyants ayant commis des grands péchés, Il peut aussi, selon Son seul Bon Vouloir, châtier des croyants n'ayant commis aucun péché.

De nombreux Mutazilites ont formulé sur le sujet les deux croyances suivantes, exacts opposés de ce que les Jahmites ont dit :
--- Dans ce monde, toute personne qui fait des efforts sérieux à propos de n'importe quel point du dîn est capable de comprendre, à propos de ce point, la vérité, c'est-à-dire l'avis qui est juste ; toute personne qui fait une erreur d'interprétation, cela est donc dû à un manquement grave de sa part ; dès lors, erreur d'interprétation et péché sont liés (mutalâzimân) : celui qui fait une erreur d'interprétation commet systématiquement un péché ;
--- Ne s'expose à la menace du châtiment de Dieu dans l'au-delà que le croyant qui aura délaissé l'obligation dont il avait la capacité, ou commis ce qui lui était interdit et dont il avait la capacité de se préserver ; Dieu ne châtiera pas quelqu'un n'ayant pas fait un acte interdit ni délaissé un acte obligatoire.

Ibn Taymiyya expose ensuite la vérité : ces deux groupes ont chacun émis, ici, une croyance correcte et une croyance erronée :
--- par rapport au premier point, ce sont les Jahmites qui ont raison (en ce monde, sur certains points, oui, toute personne saine d'esprit qui fait des recherches possède les capacités de parvenir à la vérité ; cependant, ce n'est pas pour tout point que toute personne qui fait des recherches a réellement les capacités de parvenir à la vérité) ;
--- par contre, par rapport au second point, ce sont les Mutazilites qui ont raison (Dieu ne châtiera dans l'au-delà que celui qui a manqué par rapport aux obligations qu'il aurait pu pratiquer, ou qui a commis des interdits qu'il aurait pu ne pas commettre) (et la personne qui a réellement utilisé toutes les capacités dont elle disposait pour découvrir la vérité, celle-là n'a pas manqué à ses obligations).

Ibn Taymiyya écrit ainsi :
"وبهذا يظهر القول الثالث في هذا الأصل، وهو أنه:
ـ ليس كل من اجتهد واستدل يتمكن من معرفة الحق؛
ـ ولا يستحق الوعيد إلا من ترك مأمورا أو فعل محظورا؛
وهذا هو قول الفقهاء والأئمة وهو القول المعروف عن سلف الأمة وقول جمهور المسلمين.

وهذا القول يجمع الصواب من القولين.

فالصواب من القول الأول: قول الجهمية الذي وافقوا فيه السلف والجمهور وهو أنه ليس كل من طلب واجتهد واستدل يتمكن من معرفة الحق فيه، بل استطاعة الناس في ذلك متفاوتة.
(...)
ولهذا كان الصواب في الأصل الثاني
: قول من يقول: إن الله لا يعذب في الآخرة إلا من عصاه بترك المأمور أو فعل المحظور. والمعتزلة في هذا وافقوا الجماعة

(MF 19/213-214).

Traduction :
"Et ainsi apparaît le 3ème avis, par rapport à ce principe :
- [En ce monde], ce n'est pas toute personne qui recherche qui est capable de connaître la vérité ;
- Ne mérite la menace [de l'au-delà] que celui qui a délaissé une chose qui était obligatoire (sur lui), ou commis une chose qui (lui) était interdite.
C'est là l'avis des juristes et des référents (aïmma), et c'est l'avis qui est connu des Prédécesseurs de la Umma, ainsi que de la majorité des musulmans.

Cet avis rassemble ce qui est correct des deux (autres) avis.

En effet, ce qui est correct par rapport au premier point c'est l'avis des Jahmites, en lequel ils ont été d'accord avec les Prédécesseurs et la majorité (des sunnites) : ce n'est pas toute personne qui recherche (la vérité) et recherche (les arguments) qui est capable de connaître la vérité sur le (sujet) ; mais plutôt, les capacités des hommes sont différentes.
(...)
Et ce qui est correct par rapport au second point, c'est l'avis de celui qui a dit : Dieu ne châtiera dans l'au-delà que celui qui Lui a désobéi en délaissant ce qui lui était obligatoire ou en commettant ce qui lui était interdit. Les Mutazilites ont sur cela été d'accord avec la Jamâ'ah"
(MF 19/213-214).

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IV) Ce que nous avons dit là s'applique :

– aux erreurs de type ijtihâdî qat'î,
– aux erreurs constituant de la dhalâl,
– et aussi aux erreurs (paroles ou actions) constituant du kufr akbar.

Car pour chacun de ces 3 types d'erreurs, il arrive que les textes communiquant la vérité ne soient pas du tout parvenus à quelqu'un qui dit pourtant "Lâ ilâha illallâh, Muhammadun rassûlullâh".

Ibn Taymiyya écrit : "فإن التكفير المطلق مثل الوعيد المطلق: لا يستلزم تكفير الشخص المعين حتى تقوم عليه الحجة التي تكفِّر تاركها.
كما ثبت في الصحاح عن النبي صلى الله عليه وسلم في الرجل الذي قال: إذا أنا مت فأحرقوني ثم اسحقوني ثم ذروني في اليم، فوالله لئن قدر الله علىّ لَيعذبني عذاباً لا يعذبه أحداً من العالمين. فقال الله له: ما حملك على ما فعلت؟ قال خشيتك. فغفر له.
فهذا الرجل اعتقد أن الله لا يقدر على جمعه إذا فعل ذلك أو شك وأنه لا يبعثه. وكل من هذين الاعتقادين كفر يكفر من قامت عليه الحجة؛ لكنه كان يجهل ذلك ولم يبلغه العلم بما يرده عن جهله، وكان عنده إيمان بالله وبأمره ونهيه ووعده ووعيده فخاف من عقابه؛ فغفر الله له بخشيته.
فمن أخطأ في بعض مسائل الاعتقاد من أهل الإيمان بالله وبرسوله وباليوم الآخر والعمل الصالح لم يكن أسوأ حالاً من الرجل؛ فيغفر الله خطأه؛ أو يعذبه إن كان منه تفريط في اتباع الحق، على قدر دينه. وأما تكفير شخصٍ عُلِمَ إيمانُه بمجرد الغلط في ذلك، فعظيم"
(Al-Istiqâma, 1/164-165 dans l'édition que je possède).

Ibn Taymiyya rappelle ici le célèbre hadîth où est relaté le cas de cet homme du passé qui, mourant, avait demandé à ses fils de brûler son corps et de disperser ensuite ses cendres, afin, disait-il, que Dieu ne puisse pas rassembler celles-ci, et donc le ressusciter et le juger. "Cet homme, dit Ibn Taymiyya, était convaincu que Dieu n'aurait pas la capacité de rassembler ses (cendres), ou doutait qu'Il ait cette capacité ; (de même à propos) de le ressusciter. Ces croyances sont toutes deux du kufr, et celui sur qui l'argument a été établi en devient kâfir. Mais cet homme ignorait cela, et la connaissance de ce qui le ramènerait de cette ignorance ne lui était pas parvenue." C'est ainsi que Dieu lui pardonna cette croyance de kufr.
Ibn Taymiyya poursuit : "Celui d'entre les gens de la foi en Dieu, en Son Messager et en le jour Dernier, et de l'action bonne, qui se trompe à propos de certains points de croyances, celui-là n'est pas de situation pire que cet homme !
Dieu lui pardonnera alors ses erreurs, ou bien (pourra) le châtier s'il a eu quelque manquement dans la recherche de la vérité, selon la quantité de son dîn. Mais quant à déclarer "kâfir" une personne dont la foi est connue, à cause d'une simple erreur en cela, cela est chose grave !"

Ibn Taymiyya écrit : "ومثل هذا في القرآن متعدد، بين سبحانه أنه لا يعاقب أحداً حتى يبلغه ما جاء به الرسول. ومن علم أن محمداً رسول الله فآمن بذلك ولم يعلم كثيراً مما جاء به، لم يعذبه الله على ما لم يبلغه. فإنه إذا لم يعذبه على ترك الإيمان إلا بعد البلوغ، فأنْ لا يعذبه على بعض شرائطه إلا بعد البلاغ أولى وأحرى" : "Ceci est abondant dans le Coran, Dieu - Pureté à Lui - ayant exposé qu'Il ne châtiera personne jusqu'à que ce que le Messager a apporté lui parvienne. Celui qui a su que Muhammad est le Messager de Dieu et a apporté foi en lui, (mais) n'a pas eu connaissance de beaucoup de choses qu'il a apportées, Dieu ne le châtiera pas pour ce qui ne lui était pas parvenu. En effet, car s'Il ne châtiera (l'homme) pour délaissement du (fondement de la) foi que si celle-ci (lui) est parvenue, c'est à plus forte raison qu'Il ne le châtiera pour (délaissement de) certains éléments nécessaires de la (foi) que si ceux-ci (lui) sont parvenus" (MF 2/41).

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V) Parfois l'excuse est ainsi due au fait que les textes communiquant la vérité ne sont pas parvenus à ce musulman (c'est ce qui a été dit au point IV). Cependant, d'autres fois l'excuse est due au fait que ces textes sont parvenus à ce musulman, mais celui-ci n'a réellement pas pu comprendre que c'est là la vérité (c'est ce que nous allons voir ci-après, en ce point V) :

Ibn Taymiyya écrit ainsi : "وهكذا الأقوال التي يكفر قائلها: قد يكون الرجل لم تبلغه النصوص الموجبة لمعرفة الحق، وقد تكون عنده ولم تثبت عنده، أو لم يتمكن من فهمها، وقد يكون قد عرضت له شبهات يعذره الله بها. فمن كان من المؤمنين مجتهداً في طلب الحق، فإن الله يغفر له خطأه كائنا من كان، سواء كان في المسائل النظرية أو العملية. وهذا الذي عليه أصحاب النبي صلى الله عليه وسلم وجماهير أئمة الإسلام" (MF 23/346).

"Ainsi sont les paroles qui sont telles que l'homme qui les prononce en devient kâfir :
- il arrive que l'homme, les textes impliquant la connaissance de la vérité ne lui soient pas parvenus ;
- il arrive qu'ils soient auprès de lui mais qu'il les ait considérés non-fiables,
- ou qu'il n'ait pas eu la capacité de les comprendre ;
- il arrive que des mauvaises compréhensions (shubuhât) l'aient touché, qui sont telles qu'à cause d'elles Dieu l'excusera.
Celui qui, parmi les croyants, fait des efforts pour rechercher la vérité, Dieu lui pardonnera son erreur, qui qu'il soit, et que celle-ci soit en rapport avec des questions de croyance ou des questions de pratique. C'est cet avis qu'avaient les Compagnons et la grande majorité des référents de l'islam"
(MF 23/346).

(Voir aussi MF 3/231 ; 20/59.)

En effet, car, comme nous l'avons vu plus haut en III, sur ce point ce sont les Jahmites qui ont rejoint la posture des Compagnons et de leurs élèves : en ce monde :
--- il est certains points par rapport auxquels, oui, toute personne saine d'esprit qui fait des recherches possède les capacités de parvenir à la vérité ;
--- cependant, cela n'est pas vrai pour tous les points et toutes les questions : ce n'est pas au sujet de tout point que toute personne qui fait des recherches a réellement les capacités de parvenir à la vérité.

Ceci entraîne ce qui suit...

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VI) La non-responsabilité de l'homme, dans l'au-delà, par rapport à ce qu'il ignorait totalement, ou qu'il avait mal compris...

A) La non-responsabilité par rapport à ce qui n'était pas du tout parvenu (c'est ce qui avait été exposé au point IV), ce que l'on exprime par : "عدم بلوغ الحق أصلا" :
--- cela concerne le fondement de la foi voulue ("Muhammad est le messager de Dieu, et j'adhère à son message"),
--- et cela concerne les autres éléments nécessaires de la foi.

Dès lors, si le message du prophète dont c'est l'époque n'était pas parvenu à un homme et celui-ci n'y avait alors pas du tout apporté foi, cela lui sera excusé. Ainsi, si à quelqu'un qui vivait en Europe occidentale en l'an 632 de l'ère chrétienne le message de Muhammad n'était pas parvenu, il ne sera pas responsable devant Dieu de ne pas y avoir apporté foi (par contre il sera responsable d'avoir apporté foi en le message antérieur qui lui était parvenu, et d'avoir fait le bien et de s'être préservé du mal selon ce qu'il savait : cliquez ici et ici pour en savoir plus).

B) Par contre, la non-responsabilité par mauvaise compréhension ou à cause de certains facteurs ayant perturbé la bonne compréhension (ce que nous avons vu au point V), ce que l'on désigne par : "بلوغ الحق و لكن عرض شبهات" :
--- cela ne concerne pas celui qui, à cause de ces shubuhât, n'a pas du tout apporté le fondement de la foi en le message du prophète dont c'est l'époque : des shubuhât ne constituent pas une excuse pour l'absence totale de foi ;
--- cela concerne uniquement celui qui avait déjà le fondement de la foi voulue mais avait gardé en sus de cela une croyance de dhalâl, voire de kufr akbar : si la vérité lui était parvenue, mais, réellement, il n'avait pas pu comprendre cette vérité, cela lui sera excusé par Dieu.

Ceci entraîne que si à un homme le message du Prophète est parvenu dans sa réalité mais cet homme n'a pas du tout apporté foi en ce message parce que certaines mauvaises compréhensions (shubuhât) le touchaient, cela ne lui sera pas excusé par Dieu. C'est ce que Ibn Taymiyya a ainsi formulé : "أي أنهم وإن استحلوا المُحَرَّم، لكن لما كانوا جاهلين متأولين، كانوا بمنزلة أهل الجاهلية في عدم الضمان؛ وإن فارقوهم في عفو الله ورحمته؛ لأن هذه الأمة عفي لها عن الخطأ والنسيان؛ بخلاف الكافر، فإنه لا يغفر له الكفر الذي أخطأ فيه" (MF 22/14).

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VII) Il faut cependant que ce musulman ait réellement fait ce qui lui était obligatoire en terme de recherche de la vérité, et se soit réellement préservé de ce qui lui était interdit :

En effet, cela est nécessaire.

Sinon, s'il a manqué à rechercher la vérité (cette recherche étant obligatoire sur lui), ou s'il a fait ce qui lui était interdit (par exemple a fait preuve intérieurement d'esprit de clan, refusant d'entrevoir la vérité parce qu'elle ne venait pas de son groupe , ou encore s'est improvisé lui-même analyste des textes alors qu'il n'en avait pas les compétences, ce qui lui est également interdit), ce sont là de sa part chose pour lesquelles il sera responsable devant Dieu.
C'est à cela que Ibn Taymiyya a fait allusion en précisant ce qu'il a précisé dans le passage suscité de Al-Istiqâma.

Par contre c'est vrai, il est des hommes qui, réellement, n'auront pas eu suffisamment de compétences intellectuelles pour comprendre la vérité et qui, tout en disant "Lâ ilâha illallâh, Muhammadun rassûlullâh", seront donc restés attachés à des croyances de kufr akbar ou de dhalâl, à des pratiques innovées (bid'a 'amaliyya), ou à des règles (ahkâm) complètement fausses. Eux seront excusés par Dieu dans l'au-delà.

Quelle personne précise manque réellement de capacités intellectuelles pour comprendre la vérité lui étant parvenue, et quelle personne précise a fait preuve de manquements dans sa recherche de la vérité, cela c'est Dieu qui le sait. Mais exposer le principe général est important, afin que l'on rappelle ainsi combien Dieu est Juste.

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VIII) Tout ceci rejoint cette autre croyance : L'homme qui a le fondement de la foi correcte (asl ul-îmân) mais a aussi des croyances de kufr akbar (par mauvaise compréhension) ou de dhalâl, celui-là est malgré tout dans une meilleure situation que l'homme qui n'a même pas le fondement de la foi :

Ibn Taymiyya écrit ainsi :
"وهذه الأمور [الفاسدة]، يُسلِمُ بسببها ناسٌ ويتوب بسببها ناس يكونون أضل من أصحابها، فينتقلون بسببها إلى ما هو خير مما كان عليه.
كالشيخ الذي فيه كذب وفجور من الإنس قد يأتيه قوم كفار فيدعوهم إلى الإسلام فيسلمون ويصيرون خيرا مما كانوا، وإن كان قصد ذلك الرجل فاسدا. وقد قال النبي صلى الله عليه وسلم {إن الله يؤيد هذا الدين بالرجل الفاجر وبأقوام لا خلاق لهم}.
وهذا كالحجج والأدلة التي يذكرها كثير من أهل الكلام والرأي فإنه ينقطع بها كثير من أهل الباطل ويقوى بها قلوب كثير من أهل الحق؛ وإن كانت في نفسها باطلة، فغيرها أبطل منها؛ والخير والشر درجات. فينتفع بها أقوام ينتقلون مما كانوا عليه إلى ما هو خير منه.
وقد ذهب كثير من مبتدعة المسلمين من الرافضة والجهمية وغيرهم إلى بلاد الكفار، فأسلم على يديه خلق كثير وانتفعوا بذلك وصاروا مسلمين مبتدعين؛ وهو خير من أن يكونوا كفارا.
(...)
والله تعالى بعث الرسل بتحصيل المصالح وتكميلها وتعطيل المفاسد وتقليلها والنبي صلى الله عليه وسلم دعا الخلق بغاية الإمكان ونقل كل شخص إلى خير مما كان عليه بحسب الإمكان {ولكل درجات مما عملوا وليوفيهم أعمالهم وهم لا يظلمون} .
وأكثر المتكلمين يردون باطلا بباطل وبدعة ببدعة؛ لكن قد يرُدُّون باطل الكفار من المشركين وأهل الكتاب بباطل المسلمين، فيصير الكافر مسلما مبتدعا.
وأخص مِن هؤلاء مَن يرُدّ البدع الظاهرة (كبدعة الرافضة) ببدعة أخف منها، وهي بدعة أهل السنة؛ وقد ذكرنا فيما تقدم أصناف البدع.
ولا ريب أن المعتزلة خير من الرافضة ومن الخوارج"
(MF 13/95-97).

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IX) Il est donc des hommes parmi les musulmans que Dieu, dans l'au-delà, excusera pour leurs croyances erronées, leurs fausses pratiques ou leur mise en pratique de règles fausses, parce que ces hommes croyaient que ce qu'ils faisaient est correct. Cependant, en ce monde, si une sanction a été instituée qui est liée à une telle action mauvaise, cette sanction est-elle quand même applicable à ces hommes là ?

C'est ce que nous exposons dans l'article suivant.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).