Quelques précisions et nuances à propos du combat défensif (2/3)

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Suite de l'article :

Ne pas confondre "repousser l'envahisseur d'un des pays formant la Dâr ul-islâm", et "attaquer cet envahisseur sur son territoire à lui".

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Première précision : A propos de l'obligation de repousser l'invasion ennemie (cas I) :

Nous avons vu dans l'article suscité que lorsque l'ennemi veut envahir la cité, il devient obligatoire à ses habitants de se mobiliser pour le repousser (c'est le cas I cité dans Al-Hidâya et Al-Mughnî ; voici les termes présents dans ce dernier ouvrage : "إذا نزل الكفار ببلد، تعين على أهله قتالهم ودفعهم").

Cependant, cette obligation revient en réalité à se mobiliser pour empêcher l'ennemi de réussir son invasion, donc de repousser sa tentative d'invasion (دفعهم), et non pas systématiquement à lui livrer bataille (قتالهم).

En effet, le fait d'empêcher l'ennemi d'envahir la cité :
– cela peut se faire par le fait d'aller à sa rencontre à l'extérieur de la cité et de lui livrer bataille (option 2),
– mais cela pouvait également se faire par le fait de barricader la cité et d'empêcher l'ennemi d'y entrer en repoussant toutes ses tentatives (option 1).
Voici en effet ce qu'on lit dans ce même Al-Mughnî : "فإن جاء العدو بلدا، فلأهله التحصن منهم وإن كانوا أكثر من نصفهم، ليلحقهم مدد أو قوة؛ ولا يكون ذلك توليا ولا فرارا، إنما التولي بعد لقاء العدو. وإن لقوهم خارج الحصن فلهم التحيز إلى الحصن، لأنه بمنزلة التحرف للقتال أو التحيز إلى فئة" (Al-Mughnî 12/739. Voir aussi Zâd ul-ma'âd 3/211).

En l'an 3 de l'hégire
, lorsque l'armée mecquoise arriva jusqu'aux portes de Médine, c'est l'option 1 que le Prophète (sur lui soit la paix) avait préférée et présentée aux Compagnons : ne pas aller rencontrer l'ennemi mais demeurer dans la ville, et la protéger. C'était ainsi qu'il voulait empêcher l'invasion. Mais une grande partie des Compagnons (surtout ceux qui n'avaient pas participé à Badr l'an précédent) insistèrent pour aller à la rencontre de l'ennemi et lui livrer bataille. Le Prophète se rangea alors à l'avis dominant, et entra donc chez lui pour se préparer (voir Zâd ul-ma'âd 3/193). Ce fut ainsi que l'option 2 fut appliquée.
En l'an 5
, lorsque les Coalisés vinrent, ce fut bien, cette fois, l'option 1 qui fut appliquée, et un fossé fut creusé pour empêcher l'ennemi d'envahir la cité. Pendant qu'ils étaient assiégés, le Prophète proposa même aux Médinois de donner une partie de leur récolte aux Ghatafân pour gagner leurs coeurs et qu'ils lèvent le siège, mais Sa'd ibn Mu'âdh et Sa'd ibn 'Ubâda refusèrent.
On voit par là que l'objectif était bien de se mobiliser pour que la tentative d'invasion cesse, et non pas systématiquement de livrer bataille.

Cette option 1 (empêcher l'invasion en se barricadant) est différente du fait d'aller combattre l'armée ennemie, puisque, en l'an 3, c'est suite à l'insistance de nombre de ses Compagnons que le Prophète alla chez lui et revêtit sa tenue. Entre-temps, les Compagnons se rendirent compte qu'ils avaient contredit ce que le Prophète jugeait plus sage, et, quand il sortit de chez lui, ils lui dirent qu'ils se rangeaient maintenant à son avis. Mais le Prophète leur montra par la réponse qu'il leur fit alors que, une fois que le dirigeant avait pris la décision d'aller à la rencontre de l'ennemi et qu'il avait revêtu la tenue appropriée, il n'était plus possible de revenir à l'autre option [tout comme avoir fait l'intention d'aller en pèlerinage et avoir revêtu la tenue appropriée faisaient qu'il n'était plus possible d'arrêter, bien que le pèlerinage n'était, avant cela, pas obligatoire sur soi] (Zâd ul-ma'âd 3/211, Majmû' ul-fatâwâ 14/251).

En résumé, face à une tentative d'invasion (soit le cas I) :
– il y avait comme options qu'on cherche seulement à repousser la tentative d'invasion de l'ennemi sans lui livrer bataille (option 1), ou qu'on livre bataille à l'ennemi (option 2) ;
par contre, une fois que le dirigeant avait pris la ferme décision qu'on livrerait bataille à l'ennemi et qu'il avait revêtu sa tenue, il fallait livrer bataille (donc avoir recours à l'option 2) (sauf si l'ennemi lui-même se retirait ; ou si on se trouvait dans un cas où le contraire est autorisé, chose à quoi nous allons revenir dans la Cinquième précision).

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Deuxième précision : A qui incombe-t-il de repousser l'invasion ennemie (cas I) par les armes (lorsque l'émir a décidé de cette option 2) ?

Dans l'ouvrage hanafite Ad-Durr ul-mukhtâr, il est (comme dans les ouvrages de toutes les autres écoles, puisqu'il y a consensus sur ce point), stipulé que combattre [en réalité : se mobiliser pour repousser l'invasion ennemie, comme nous l'avons vu dans la Première précision] devient obligatoire lors de l'invasion de l'ennemi.

Il y est cependant précisé qu'il existe, par rapport aux différents individus concernés, une condition pour que participer militairement au repoussement de l'ennemi soit obligatoire : "il s'agit de la capacité" (6/205). Il en est déduit que l'obligation de prendre part à la défense armée n'incombe donc pas au "grand malade".

Au niveau des individus, il y est également relaté une autre condition : "le fait d'avoir les armes" (Ad-Durr ul-mukhtâr 6/205) et "de pouvoir se battre" (Radd ul-muhtâr 6/205). Cela est logique : comment dire que, même celui qui ne dispose pas d'armes (ou pas d'armes de nature suffisante pour faire face à celles de l'ennemi), il lui est également obligatoire de combattre, même dans le cas d'une invasion ? Bien sûr, lui aussi est concerné par l'obligation de repousser l'invasion ennemie, mais il participera à l'effort de défense d'une autre façon.

Ibn Taymiyya a fait allusion à cela : immédiatement après les phrases que nous avons déjà traduites et citées dans l'article précédent (voir le lien en haut de page) (la dernière de ces phrases étant : "Il est donc nécessaire de faire la distinction entre repousser (daf') l'agresseur injuste kâfir, et l'attaquer (talab) dans son pays à lui"), le cheikh damascain dit : "Et le jihâd, il y en a qui se fait par la main, il y en a qui se fait par le coeur, par l'appel, l'argument, la langue, le conseil avisé, l'organisation et la fabrication. Cela est donc obligatoire par le plus qui est en son possible" : "فيجب التفريق بين دفع الصائل الظالم الكافر وبين طلبه في بلاده. والجهاد منه ما هو باليد ومنه ما هو بالقلب والدعوة والحجة واللسان والرأي والتدبير والصناعة؛ فيجب بغاية ما يمكنه" (Al-Fatâwâ al-kub'râ). Il évoque donc le fait que chaque individu cherche à repousser l'envahisseur par les moyens qui sont à sa portée.

Le passage de notre autre article qui, parlant de l'obligation de repousser l'invasion ennemie, dit : "Certes, ici aussi la prise en compte des capacités entre en jeu, mais uniquement pour déterminer la nature et l'ampleur de la résistance à promouvoir", désire renvoyer à quelque chose qui, en substance, est ce que nous venons de dire ici.

Comme un frère l'écrivait en substance, "dans l'exemple classique de l'attaque aérienne d'une ville musulmane, on ne peut pas dire que la population civile musulmane de cette cité ait l'obligation de monter sur les toits de leurs maisons pour repousser les avions de chasse avec des pierres et des couteaux de cuisine. Par ailleurs, une population civile n'a aujourd'hui pas d'armes, en général. Chercher à s'armer face à l'invasion prend donc bien un certain temps. Il faut alors accepter que la préparation d'une défense crédible face à l'invasion, même si elle prend un temps plus ou moins long, fait partie du jihâd armé défensif, et que ceux de cette cité qui ne combattent pas immédiatement mais attendent de s'en procurer les moyens ne sont pas en faute, mais ne font que remplir l'obligation qui leur incombe de la meilleure façon qu'ils peuvent"...

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Troisième précision : une nuance par rapport au cas de figure B.1 :

Ce que nous avons dit jusqu'à présent à propos de se défendre face à l'invasion ennemie, cela concerne :
le cas où celui-ci est en train de tenter d'envahir le pays : il faut alors se mobiliser pour l'en empêcher (avec les nuances que nous venons de voir dans les Première et Seconde précisions).

Par contre, si l'ennemi a réussi à envahir et à occuper le pays musulman mais que celui-ci est toujours considéré comme faisant partie de la Dâr ul-islâm, alors il s'agit toujours de chercher à rétablir la souveraineté sur ce pays.
Cependant, ce repoussement (daf") demande une plus grande capacité (qud'ra) que lorsque l'ennemi était seulement en train d'essayer d'envahir le pays. Ici, c'est en fonction de l'évaluation entre maslaha et mafsada, et donc de la prise en considération des limites des réelles capacités, que ce peuple se soulèvera, ou encore n'entreprendra rien contre l'occupant, attendant une situation plus propice.

De ce cas de figure où l'ennemi a réussi à envahir la Dâr ul-islâm et y a établi son pouvoir, on pourrait dire (wallâhu a'lam) que cela constitue un cas "B.1.b", tandis que le fait de repousser la tentative d'invasion forme en réalité le cas "B.1.a".

En résumé, différents sont :
B.1.a) le fait de repousser la tentative d'invasion de la Dâr ul-islâm,
B.1.b) et le fait de rétablir sa souveraineté sur le territoire que l'envahisseur a réussi à occuper mais qui continue de demeurer Dâr ul-islâm.

Ainsi, de la Palestine occupée, les musulmans ne doivent pas émigrer, vu qu'elle demeure Dâr ul-islâm (cliquez ici pour lire notre article sur le sujet). Cependant, ce point là concerne la question d'en émigrer. Par contre, la règle ici n'est pas qu'ils aient à se soulever contre l'occupant sans aucune autre considération ; au contraire, ils ont pour cela à considérer leurs capacités réelles.

Quant à par exemple l'Andalousie, elle n'est plus Dâr ul-islâm, et ni le cas B.1 ni même le cas B.2 ne lui sont donc applicables.

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Quatrième précision : A propos du fait de partir suite à l'appel à la mobilisation (cas II) :

Nous avons vu dans l'article suscité que lorsque le dirigeant de la cité appelle des individus précis à se mobiliser pour partir, il devient obligatoire aux individus concernés de se mobiliser. C'est le cas II cité dans Al-Hidâya et Al-Mughnî ; dans ce dernier ouvrage, cela est exprimé en ces termes : "إذا استنفر الإمام قوما لزمهم النفير معه".

Il faut ici préciser quelque chose : ce qui est obligatoire est en réalité le fait de se mobiliser suite à l'appel du dirigeant, et de se joindre au bataillon, et non pas systématiquement de combattre.

Car il pouvait arriver, en chemin, que de nouveaux éléments parviennent au dirigeant de la cité ou au chef de l'armée et qu'il prenne une nouvelle décision, selon ce qui lui semblait être devenu une plus grande maslaha. Dans le cas où il s'agissait d'éventuellement rencontrer l'armée ennemie en territoire "neutre", le Prophète a même enseigné dans un Hadîth qu'il ne fallait pas souhaiter rencontrer l'ennemi mais, au contraire, demander à Dieu de rester sain et sauf : "إن رسول الله صلى الله عليه وسلم في بعض أيامه التي لقي فيها العدو، انتظر حتى مالت الشمس، ثم قام في الناس فقال: "أيها الناس، لا تمنوا لقاء العدو، وسلوا الله العافية، فإذا لقيتموهم فاصبروا واعلموا أن الجنة تحت ظلال السيوف" (al-Bukhârî, Muslim).

Par contre, une fois que l'armée ennemie était en vue et qu'elle était décidée à engager le combat, on ne pouvait plus repartir, il fallait faire face (la fin du Hadîth que l'on vient d'évoquer le dit explicitement : "فإذا لقيتموهم، فاصبروا، واعلموا أن الجنة تحت ظلال السيوف").
Ceci semble être ce qu'ont voulu dire les juristes qui ont écrit, en sus des cas I et II déjà relatés de Al-Hidâya, un cas III où combattre devient obligatoire : "lorsque les deux armées se font face" ("إذا التقى الزحفان وتقابل الصفان، حرم على من حضر الانصراف، وتعين عليه المقام؛ لقول الله تعالى: {يا أيها الذين آمنوا إذا لقيتم فئة فاثبتوا واذكروا الله كثيرا" : Al-Mughnî 12/494).

Ce cas III ne constitue en fait (wallâhu a'lam) qu'une ramification du cas II.

Ces juristes voulaient en fait dire (wallâhu a'lam) que, certes, lors d'une iqdâm décidée après évaluation de la situation par le dirigeant, après être sorti de la cité mais avant de se trouver face à l'armée ennemie, il y avait toujours la possibilité pour le dirigeant de changer d'avis suite à de nouveaux éléments induisant un nouvel établissement de maslaha, et de ne pas poursuivre l'avancée. Cependant, ici, quand les deux armées étaient arrivées l'une face à l'autre, et que l'armée ennemie était décidée à engager le combat, le chef de l'armée musulmane ne pouvait plus changer d'avis et repartir ("al-insirâf"), mais devait rester pour faire face à l'ennemi ("al-maqâm").

En résumé, lorsque l'armée musulmane était sortie en campagne (soit le cas II) :
il demeurait possible que, par maslaha, l'armée musulmane poursuive son chemin jusqu'à rencontrer l'ennemi et qu'elle lui livre bataille (option 2) ou que, par maslaha, elle cherche à éviter le combat et qu'elle s'en retourne (option 1) ;
par contre, une fois que l'armée musulmane était arrivée face à l'armée ennemie, il lui fallait livrer bataille (donc avoir recours à l'option 2), sauf :
----- si l'armée ennemie elle-même se retirait ;
----- ou si les deux armées se contentaient de s'observer sans qu'aucune d'elles n'entreprenne quoi que ce soit (comme lors de la campagne dite "Dhât ur-Riqâ'") ;
----- ou si l'armée musulmane se trouvait dans l'un des deux cas de figure qui constituent des exceptions (et que nous allons évoquer ci-après, dans la Cinquième précision) ; ce fut le cas à Mûta.

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Cinquièmement : Deux cas de figure où il est autorisé de ne pas livrer bataille et de repartir :

Deux cas de figure existent où (par exception par rapport aux règles que nous avons vues dans la Première précision et à celles que nous venons de voir dans la Quatrième), il est alors bel et bien autorisé de ne pas livrer bataille...

Le 1er de ces cas est celui où le nombre des combattants de l'armée ennemie est plus de 2 fois plus élevé que celui des combattants de l'armée musulmane : il y a alors autorisation de ne pas combattre et de partir (comme le dit le verset 8/66 : "فَإِن يَكُن مِّنكُم مِّئَةٌ صَابِرَةٌ يَغْلِبُواْ مِئَتَيْنِ وَإِن يَكُن مِّنكُمْ أَلْفٌ يَغْلِبُواْ أَلْفَيْنِ بِإِذْنِ اللّهِ وَاللّهُ مَعَ الصَّابِرِينَ"), cela ne constituant alors pas la faute de "fuir lors du jour de la rencontre".
Ce cas de figure évoqué en Coran 8/66 constitue une exception par rapport à la règle d'interdiction mentionnée en Coran 8/15-16 : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ إِذَا لَقِيتُمُ الَّذِينَ كَفَرُواْ زَحْفاً فَلاَ تُوَلُّوهُمُ الأَدْبَارَ وَمَن يُوَلِّهِمْ يَوْمَئِذٍ دُبُرَهُ (إِلاَّ مُتَحَرِّفاً لِّقِتَالٍ أَوْ مُتَحَيِّزاً إِلَى فِئَةٍ) فَقَدْ بَاء بِغَضَبٍ مِّنَ اللّهِ وَمَأْوَاهُ جَهَنَّمُ وَبِئْسَ الْمَصِيرُ" (voir à ce sujet Tafsîr ul-Qurtubî) (voir aussi les différents cas de figure, avec ce qui est préférable, au-delà du seul caractère autorisé, in Al-Mughnî 12/739).
Al-Qurtubî relate que si d'après la majorité des ulémas cette autorisation est liée au nombre de personnes des deux côtés, en revanche, d'après certains ulémas, dont Ibn ul-Mâjishûn, elle concerne aussi les capacités militaires : si les capacités militaires des musulmans sont plus de 2 fois en-deçà de celles de l'armée ennemie, il y a aussi, selon Ibn ul-Mâjishûn, l'autorisation de ne pas livrer bataille : "فمن فر من اثنين فهو فار من الزحف. ومن فر من ثلاثة فليس بفار من الزحف، ولا يتوجه عليه الوعيد. والفرار كبيرة موبقة بظاهر القرآن وإجماع الأكثر من الأئمة. وقالت فرقة، منهم ابن الماجشون في الواضحة: إنه يراعى الضعف والقوة والعدة. فيجوز على قولهم أن يفر مائة فارس من مائة فارس إذا علموا أن ما عند المشركين من النجدة والبسالة ضعف ما عندهم. وأما على قول الجمهور فلا يحل فرار مائة إلا مما زاد على المائتين. فمهما كان في مقابلة مسلم أكثر من اثنين، فيجوز الانهزام، والصبر أحسن" (Tafsîr ul-Qurtubî, commentaire des versets 8/15-16).

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Le 2nd cas de figure à faire exception est, comme le dit le verset 8/16, celui où on "se replie par tactique de combat ou pour rallier un autre groupe" (إِلاَّ مُتَحَرِّفاً لِّقِتَالٍ أَوْ مُتَحَيِّزاً إِلَى فِئَةٍ), et ce même si le nombre des combattants de l'armée ennemie n'est pas plus de 2 fois plus élevé que celui des combattants de l'armée musulmane (voir à ce sujet Al-Mughnî 12/735-738, Bayân ul-qur'ân, 4/70). Cela relève de nouveau de l'évaluation (muwâzana) entre maslaha et mafsada.
On lit quelque chose de ce genre à propos de la campagne dite "Dhât ur-riqâ'" : bien que les deux armées se firent face, chacune se contenta d'attendre, et il n'y eut finalement pas de bataille, chacune se repliant : "وقال ابن إسحاق: سمعت وهب بن كيسان، سمعت جابرا، خرج النبي صلى الله عليه وسلم إلى ذات الرقاع من نخل، فلقي جمعا من غطفان، فلم يكن قتال، وأخاف الناس بعضهم بعضا، فصلى النبي صلى الله عليه وسلم ركعتي الخوف" (Sahîh ul-Bukhârî, kitâb ul-maghâzî).

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–  Ici une question se pose liée au 1er cas de figure... Cette autorisation de ne pas combattre si le nombre des combattants de l'armée ennemie est plus de 2 fois plus élevé que celui des combattants de l'armée musulmane, cette autorisation concerne (cela est établi) le cas où les deux armées se font face dans l'un des cas de figure relevant du cas II. Mais cette autorisation concerne-t-elle aussi le cas I (c'est-à-dire le cas de figure B.1) ?
Imaginons ainsi le cas où le nombre de combattants de l'armée ennemie qui menace d'envahir la cité est plus de 2 fois le nombre des musulmans combattants présents dans la cité, et qu'il apparaît comme le plus probable que les musulmans ne sont pas de force à leur faire face, ces musulmans ont-ils le droit de se rendre avec comme condition la sauvegarde des femmes et enfants ? ou bien doivent-ils malgré tout tenter de repousser son invasion, au risque, cette fois, de voir leurs femmes prises comme butin de guerre s'ils perdent ?

Ibn Taymiyya a précisé dans Al-Fatâwâ al-kub'râ que dans le cas de la tentative d'invasion, par l'armée ennemie, de la cité musulmane, si le nombre des ennemis est plus de 2 fois plus élevé que celui des musulmans, mais qu'il y a crainte que si les musulmans ne livrent pas bataille, l'ennemi prendra le dessus sur le "harîm", alors, bien que l'ennemi soit en nombre plus de 2 fois plus élevé qu'eux, ils ne peuvent pas partir sans combattre. Ibn Taymiyya précise que à Uhud les musulmans se trouvaient dans un tel cas de figure (Al-Fatâwâ al-kub'râ 4/609). On voit donc que l'autorisation de ne pas combattre ne concerne pas ce cas de figure précis.

Cependant, Ibn Taymiyya parle du cas où :
– l'ennemi veut envahir la cité musulmane,
– le nombre des combattants ennemis envahisseurs est plus de 2 fois plus élevé que celui des musulmans combattants présents dans la cité,
– et les musulmans défenseurs savent que s'ils ne se battent pas, l'ennemi prendra possession du "harîm".
Ibn Taymiyya relate qu'il est alors obligatoire de combattre, bien que le nombre des combattants ennemis envahisseurs soit plus de 2 fois plus élevé que celui des musulmans combattants présents dans la cité.

Dès lors, deux questions demeurent ici, malgré cet écrit de Ibn Taymiyya
...


La première est
: Que désigne précisément le terme "harîm" employé ici par Ibn Taymiyya :
----- les femmes seulement ?
----- ou bien aussi la terre, les maisons, les propriétés des musulmans ?

----- Si le terme "harîm" désigne ici seulement des femmes, alors que dire du cas où seules les deux premières conditions sont réunies (l'ennemi veut envahir la cité musulmane, et le nombre des combattants musulmans y étant présents est inférieur à la moitié de celui de l'ennemi envahisseur) et où l'ennemi veut donc seulement prendre possession de la terre et des maisons, et pas des femmes des musulmans (ce que désignerait uniquement le terme "harîm") : les femmes, ainsi que les hommes qui n'auront pas été tués au combat, l'ennemi va leur donner le statut de résidents dans ce dont il va faire une Dâr ul-kufr, ou bien il va les en expulser en leur laissant la vie sauve. Que dire de ce cas de figure ?

Je ne sais pas (لا أدري).

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Par ailleurs, on note que Ibn Taymiyya a seulement évoqué l'infériorité numérique face à la tentative d'invasion, mais n'a pas précisé si c'est la même règle ("le devoir de faire face") qui s'appliquait au cas où l'infériorité numérique se double d'une forte présomption (zann ghâlib) d'un bain de sang des combattants musulmans, à quoi s'ajoutera la prise de possession du "harîm". La seconde question qui se pose donc est : En pareil cas, quand, vu le déséquilibre des forces en présence, il y a la forte présomption que ne pas négocier la reddition de la ville et, au contraire, résister à l'ennemi ne fera qu'entraîner un bain de sang généralisé en sus de la chute de la ville, est-ce toujours le devoir de résistance qui s'applique aux musulmans de la ville assiégée, ou bien est-ce que, par maslaha, ils peuvent négocier leur reddition ? Que dire de cet autre cas de figure ?

----- Est-ce que le contenu des versets 33/12-24 faisant des reproches à ceux qui voulaient se dérober face à la tentative d'invasion des Coalisés – alors que ceux-ci étaient 10 000 et que les musulmans de Médine ne pouvaient aligner que 3 000 combattants, donc un nombre inférieur à la moitié de celui de l'ennemi – prouve que même si l'ennemi envahisseur ne veut prendre possession que de la terre des musulmans et non de leurs femmes, il n'est pas permis à ceux-ci de négocier une reddition même s'ils sont en nombre plus de deux fois inférieur et pensent bien qu'ils n'ont aucune chance de repousser l'ennemi, mais il leur est au contraire systématiquement demandé de résister ?

----- Ou bien est-ce que
le contenu de ces versets 33/12-24 est seulement dû au fait que le dirigeant de la cité assiégée – le Prophète – ayant décidé de ne pas se rendre parce qu'il pensait bien que lui et les siens ne seraient pas vaincus, il fallait donc lui obéir, et ceux qui voulaient se dérober étaient en faute ; mais que, par contre, si ailleurs et en d'autres temps, le dirigeant musulman d'une cité musulmane assiégée sait que, pour cause de trop grande infériorité numérique (ou, d'après l'avis cité plus haut de Ibn ul-Mâjishûn, pour cause de manque de moyens), les résidents de la cité n'ont aucune chance de parvenir à repousser l'ennemi envahisseur, alors il a le droit, et ce en vertu du verset 8/66, de négocier une reddition, suivant la maslaha, plutôt que de résister et d'exposer les habitants de sa cité à un bain de sang généralisé ?

Je ne sais pas (لا أدري).

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La suite de cet article :

Quelques précisions et nuances à propos du combat défensif (3/3).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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