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Est-il autorisé de toucher un prix lors d'une compétition ?

Par Anas • 28 juil, 2008 • Catégorie: - Halal wa haram (حلال و حرام), O- La vie quotidienne

Question :

Si j'ai bien compris ce que vous avez écrit, on peut jouer au football tant qu'on respecte les principes de l'islam. Mais peut-on participer à un tournoi de football, les participants n'ayant alors plus seulement en tête l'objectif d'entretenir leurs muscles mais aussi celui de remporter la victoire ? Et peut-on acheter une coupe, que l'équipe gagnante remportera ?

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Réponse :

Vous faites apparemment allusion à mes deux articles relatifs aux jeux et divertissements, qui évoquent :
- quels divertissements sont recommandés (mustahabb),
- lesquels sont autorisés (mubâh ou jâ'ïz),
- et lesquels sont interdits (harâm ou mak'rûh tahrîmî).
(Cliquez ici et ici.)

La question que vous posez est maintenant de savoir d'une part si participer à une compétition à propos de l'un des jeux autorisés ou recommandés est autorisé ou pas, et d'autre part si toucher alors le prix prévu pour le vainqueur est autorisé ou pas ?

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A) Ce qui est sûr c'est que le musulman ne peut entrer en compétition à propos d'une activité qui contredit en elle-même une règle de l'islam.

Un musulman ne peut ainsi pas participer au concours du plus gros buveur de bière, puisque le fait même de boire de l'alcool lui est interdit. Il ne participera pas non plus à un concours abêtissant (concours du plus haut crachat, etc.). Il ne peut non plus participer à un concours qui se fait à propos d'un jeu qui, en soi, est interdit : d'après un des deux avis existants, jouer au trictrac étant interdit (ou fortement déconseillé) même s'il n'y a pas de mise, le musulman qui suit cet avis ne peut participer à une compétition de trictrac.

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B) La question de participer à une compétition ne se pose donc qu'à propos d'une discipline ou d'un jeu qui, en soi, est autorisé.

A ce sujet, nous dirons deux choses...

D'une part il existe deux types de compétitions :
B.1) celle où il n'y a aucun prix à remporter ;
B.2) celle où il y a un prix à remporter.

D'autre part, il existe deux types de disciplines ou de jeux :
B.A) ceux qui sont simplement autorisés (mubâh ou bien jâ'ïz) ;
– B.B) ceux qui sont recommandés (mustahabb), comme le sont la course de chevaux, le tir à l'arc, la natation, etc.

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B.1) La compétition où il n'y a aucun prix à remporter :

Participer à une telle compétition est autorisé (voir Al-Mughnî, 13/176), et ce qu'il s'agisse d'une activité de type B.B ou même de type B.A.
Il s'agit par exemple de course à pied, de course de chevaux, de tir à l'arc (pour l'adresse), de natation, de football, de tennis, etc. La condition est, bien entendu, qu'on tienne également compte, lors du déroulement de ces compétitions, des autres principes : se vêtir correctement ('awra), ne pas en devenir accro et négliger ses devoirs vis-à-vis de Dieu, de sa famille, de la société, etc. Et puis il ne faut pas chercher à remporter la victoire au point de se quereller : l'important n'est pas de vaincre mais de participer, avec un esprit de saine compétition.

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B.2) La compétition où un prix est à remporter :

D'après Ibn ul-Qayyim, si une activité du type "B.A" (autorisée : mubâh ou jâ'ïz), on peut la pratiquer, en revanche on ne peut pas toucher de prix (Al-Furûssiyya, Ibn ul-Qayyim, p. 172, p. 309). On peut citer comme exemple le concours de la construction la plus rapide d'une chaise, etc. D'après un des deux avis, jouer aux échecs est autorisé ; mais, même alors, toucher un prix n'est pas autorisé.

C'est seulement pour une activité de type "B.B" (recommandée : mustahabb) qu'on peut toucher un prix. Et encore, il y a divergence entre les ulémas (nous verrons quelques avis plus bas) quant à savoir pour quelles activités de ce type B.B il est autorisé de toucher un prix si on est vainqueur. Plus encore : même par rapport à ces activités pour lesquelles il est en soi autorisé de toucher un prix si on est vainqueur, il faut déterminer qui offre le prix qui reviendra au vainqueur, car dans certains cas le fait que le prix ait été offert par telle personne rend interdit que le vainqueur touche ce prix.

En effet, plusieurs cas de figure peuvent exister quant à celui qui offre le prix qui reviendra au vainqueur :

-- B.2.1) soit le prix que remportera le vainqueur est offert par une personne autre que les compétiteurs. Ce peut être le dirigeant (amîr) qui offre le prix ; ce peut également – d'après l'avis de la majorité des ulémas – être un bienfaiteur, c'est-à-dire un homme qui a le souci de voir les jeunes s'épanouir et apporte ainsi sa contribution ;

-- B.2.2) soit le prix que remportera le vainqueur est constitué de la mise d'une seule des deux parties en compétition. Ce cas de figure est rarement pratiqué. Il revient au fait qu'une des deux parties en compétition offre un prix et accepte que l'autre ne participe pas à l'achat de ce prix. Concrètement, cela signifie que la partie qui, seule, fournit le prix, accepte de ne rien remporter de nouveau si c'est elle qui gagne (puisque le prix qu'elle reçoit alors, c'est elle-même qui l'avait fourni), mais de laisser la partie adverse remporter un prix si c'est celle-ci qui gagne.

-- B.2.3) soit le prix que remportera le vainqueur est constitué des contributions des deux parties en compétition.

Il y a divergence d'avis entre les ulémas à propos de savoir si les prix de types B.2.1, B.2.2 et B.2.3 sont autorisés, et dans quelles compétitions...

Le fait est que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "لا سبق إلا فى نصل أو خف أو حافر" : "Pas de prix, sauf dans un [tir de] flèches ou une [course de] méhari ou de cheval" (rapporté par at-Tirmidhî, n° 1700, Abû Dâoûd, n° 2574, an-Nassâ'ï, n° 3586).

Une première posture est de dire que la compétition de type B.2.3 est interdite, même pour les trois activités citées explicitement dans le hadîth susmentionné. C'est-à-dire que s'il y a contribution des deux parties pour un prix qui, sur la base d'un événement aléatoire – la victoire –, sera remis à l'une de ces deux parties, cela relève du même principe – qimâr – que le jeu de hasard et n'est donc pas permis : ni pour une course de chevaux ou de méharis, ni pour une compétition de tir à l'arc, ni pour un autre type de compétition. Seul un cas de figure, à l'intérieur de ce cas B.2.3, fait exception et est permis en ce qui concerne la course de chevaux ou de méharis. C'est lorsqu'en plus des deux parties qui achètent le prix, il existe une troisième partie qui participe à la compétition sans participer à l'achat du prix (comme le font les deux autres parties) mais qui peut remporter ce prix (il faut d'ailleurs que cette troisième partie soit de même niveau que les deux autres, afin qu'elle dispose des mêmes chances que les deux autres pour pouvoir remporter la compétition). Les juristes musulmans donnent à la fonction de cette troisième partie le nom de "muhallil" (voir par exemple Al-Mughnî, 13/186-188, ou Jawâhir ul-fiqh, 2/349) et, se fondant sur un hadîth rapporté par Abû Dâoûd (n° 2579), disent de ce cas de figure qu'il est permis. L'authenticité de ce hadîth fait l'objet de discussion chez certains spécialistes du hadîth, mais ces juristes considèrent que son contenu va dans le sens du principe déjà établi.

Dès lors, les ulémas tenants de cette posture déduisent, par incidence, que l'interdiction présente dans le hadîth "Pas de prix, sauf dans un [tir de] flèches ou une [course de] méhari ou de cheval" (interdiction par rapport à laquelle il a été fait exception de ces trois disciplines) porte donc forcément sur autre chose qu'un prix de type B.2.3 : forcément un prix de type B.2.1 ou B.2.2.

--- D'après certains des mujtahidûn tenants de cette première posture – notamment Ahmad et un des avis de Mâlik –, un prix ne peut donc être offert que pour l'une de ces trois activités : une course de chevaux, une course de méharis, ou une compétition de tir à l'arc. Pour toute autre compétition que ces trois activités, même un prix du type B.2.1 ou B.2.2 ne peut pas être offert.

--- D'après certains ulémas hanafites – c'est l'avis de Muftî Muhammad Shafî' –, la permission est légèrement plus étendue : un prix de type B.2.1 ou B.2.2 peut être offert pour les trois compétitions mentionnées dans ce hadîth, ainsi que pour la course à pied. Pour toute autre compétition, aucun prix ne peut être reçu par le vainqueur, même si le prix a été donné par un bienfaiteur (soit le cas B.2.1).
Il écrit : "Jin khélon sé kutch dînî yâ dunyawî fawâ'ïd hâsil ho sakté hein, wo jâ'ïz hein, ba shartéké (…), lékin uski bâzî par koï mu'âwaza ya in'âm mashrût muqarrar karnâ ja'ïz nahîn hé" (Jawâhir ul-fiqh, 2/351). Remarquons juste que le principe est bien connu : "al-ma'rûf ka-l-mashrût" et que cet avis englobe aussi le fait que les équipes savent pertinemment que le vainqueur va recevoir un prix. Plus loin, Mufti Shafî' cite ses sources : "Wa lâ yajûz ul-istibâq fî ghayri hâdhihi-l-arba'ah – ka-l-baghli – bi-l-ju'l (wa ammâ bilâ ju'lin, fa yajûzu fî kulli shay'), li anna jawâz al-ju'li fîmâ marra innamâ thabata bi-l-hadîth, 'alâ khilâf il-qiyâs ; fa yajûzu mâ 'adâhâ bidûn-il-ju'l" (Jawâhir ul-fiqh, 2/351). D'après cet avis, aucune coupe, même offerte par un bienfaiteur, ne peut donc être mise en jeu et destinée à être reçue par le vainqueur d'un tournoi de football.

--- D'après certains ulémas shafi'ites, la permission est encore plus étendue : un prix de type B.2.1 ou B.2.2 est possible pour les trois compétitions susmentionnées, ainsi que pour les compétitions leur ressemblant : la course à pied, la lutte, la course de bateaux (Al-Mughnî, 13/179). Il s'est agi ici d'une analogie (qiyâs ut-tamthîl).

--- D'après certains ulémas hanafites comme Cheikh Khâlid Saïfullâh, la remise d'un prix de type B.2.1 ou B.2.2 est autorisée à propos de toutes les compétitions qui apportent un profit reconnu par l'islam : course à pied, lutte, football, hockey, volleyball, etc. (voir Jadîd fiqhî massâ'ïl, 1/192).
Selon ces ulémas, le hadîth "Pas de prix, sauf dans un [tir de] flèches ou une [course de] méhari ou de cheval" est à comprendre dans le même sens que cet autre hadîth : "Pas de ruqya, sauf par rapport à un mauvais œil ou une piqûre d'insecte" (rapporté par at-Tirmidhî, n° 2057, Abû Dâoûd, n° 3884). La ruqya n'est pas interdite pour les autres cas, et ce hadîth veut juste dire que si elle mérite et a besoin d'être faite, c'est bien pour ces deux cas-là (c'est ce qu'ont écrit plusieurs ulémas, voir 'Awn ul-ma'bûd). De même, l'autre hadîth signifie que si on veut offrir un prix (type B.2.1 ou B.2.2) au vainqueur d'une compétition, il est souhaitable de le réserver à l'un des trois types de compétitions mentionnés. Cependant il n'est pas interdit d'offrir des prix du même type pour les autres compétitions. Ces ulémas hanafites interprètent ainsi le hadîth cité plus haut : "Lâ sabaqa illâ fî nasl aw khuff aw hâfir : ma'nâhu : "Lâ yanbaghi-s-sabaqu illâ fî nasl aw khuff aw hâfir"" (cette interprétation du hadîth, Cheikh Khalid Saïfullâh me l'a rapportée oralement de ces ulémas hanafites, et m'a dit qu'elle était écrite dans un de ses ouvrages, mais que celui-ci n'était pas encore édité).

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Une seconde posture : pour Ibn Taymiyya et Ibn ul-Qayyim, dans le hadîth "Pas de prix, sauf dans un [tir de] flèches ou une [course de] méhari ou de cheval", l'interdiction (par rapport à laquelle il a été fait exception de ces trois disciplines) concerne un prix de n'importe quel type.

Ce hadîth :
----- veut dire qu'un prix de type B.2.1 et B.2.2 n'est autorisé que pour ces trois disciplines (ainsi que celles qui leur sont équivalentes) ;
----- mais veut dire aussi que même un prix de type B.2.3 (normalement interdit car relevant du qimâr) est exceptionnellement autorisé pour ces trois disciplines (ainsi que celles qui leur sont équivalentes) (Al-Furûssiyya, p. 302). (Quant au hadîth parlant du muhallil, il n'est pas authentique.)

Toucher un prix est donc autorisé pour ces trois disciplines, ainsi que pour toute discipline qui renferme la même caractéristique ("ma'nâ", c'est-à-dire "'illa", "manât", "madâr") : lutte, course à pied, natation, etc. (Ibid., p. 203, p. 206).
Cela est également autorisé pour les concours liés aux connaissances ou aux argumentations sur des points islamiques. Le fait est que Abû Bakr (que Dieu l'agrée) avait parié avec des polythéistes mecquois sur la réalisation de la victoire des Byzantins sur les Perses, comme l'avait annoncé le Coran après la victoire perse. Et, dit Ibn Taymiyya, cela n'a pas été abrogé, et demeure donc exceptionnellement autorisé. Il en est alors de même pour ce qui est de toucher un prix lors d'un concours de connaissances sur l'islam ou d'argumentations sur des points islamiques.

Quant aux disciplines purement autorisées, elles peuvent être pratiquées, mais le vainqueur ne peut alors toucher aucun prix, d'aucun type.

(Cf. Al-Furûssiyya, Ibn ul-Qayyim.)

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).