La notion de tolérance existe-t-elle en islam ?

Question :

Le terme "tolérance" ne figure pas dans le Coran. L'islam serait-il intolérant ? Le Coran n'appelle-t-il, pas, d'ailleurs, à convertir le monde à la religion qu'il véhicule ? Expliquez-moi comment sont les choses en islam.

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Réponse :

Il est vrai que si vous recherchez le mot occidental "tolérance" (en arabe moderne : "tassâmuh") dans le Coran, vous ne le trouverez pas. Mais, à propos de ces mots modernes ou contemporains, notre travail est non pas de s'arrêter au constat de leur absence des textes du Coran et de la Sunna, mais d'aller jusqu'à l'analyse des concepts qu'ils véhiculent...

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Faire connaître sans contraindre :

Si la prédication de l'islam (da'wa) fait indéniablement partie des enseignements de la religion de Muhammad (sur lui la paix), la contrainte pour convertir à l'islam est, elle, interdite par le Coran et les Hadîths. Le Coran fait au contraire montre d'une tranquille sérénité à cet égard, puisqu'il déclare : "Pas de contrainte en religion. La vérité s'est distinguée de l'erreur" (Coran 2/256). Et contrairement à ce que prétendent certains, ce verset n'est pas abrogé. La sourate 2, où il figure, est la plus connue des sourates de la période de Médine, et le Prophète avait alors déjà le pouvoir ; et puis, dans cette sourate même, aux versets 190-195, puis aux versets 216-217, il est explicitement fait mention de combat. Par ailleurs, at-Tabarî a rapporté de Ibn Abbâs un propos qui montre que ce verset 2/256 a été révélé en l'an 8 ou 9 de l'hégire, soit après la révélation de la plupart ou de la totalité des versets mentionnant le combat (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset, relation n° 5810). Ibn Âshûr a écrit la même chose (At-Tahrîr wa-t-tanwîr, commentaire de ce verset).
Cliquez ici et ici pour lire deux autres articles en relation directe avec ce verset 2/256.
Et cliquez ici pour découvrir que le combat dont parle le Coran n'a pas pour objectif de convertir à l'islam.

L'islam est une religion qui accorde une place importante à la présentation de ses enseignements (da'wa). Et c’est ce qui explique les nombreuses conversions dont furent témoins le temps du Prophète Muhammad et celui de ses successeurs, quand les croyants invitaient abondamment à l'islam. Cependant, cette da'wa a en islam son code et ses règles.

Un verset dit : "Appelle vers la Voie de ton Seigneur [= l'islam] par la sagesse et l'exhortation excellente. Et discute avec eux de la manière la meilleure…" (Coran 16/125).

Le choix d'accepter l'invitation vers l'islam et de devenir musulman, ou de ne pas l'accepter et de refuser de le devenir, reste donc, finalement, celui de chacun. Le Prophète Muhammad était certes responsable de faire parvenir aux hommes le Message de Dieu (donc de faire la da'wa), mais il ne pouvait pas les contraindre à s'y convertir. Dieu dit à Muhammad : "… ton devoir est seulement la communication (du Message). A Nous sera de les juger (selon qu'ils auront accepté le Message ou non)" (Coran 13/40).

La foi ne pouvant être que volontaire, Dieu, parallèlement au devoir qu’Il fait au Prophète et aux musulmans de présenter Son message (faire la da'wa), accorde aux hommes la liberté du choix d'adhérer à celui-ci ou de ne pas y adhérer.

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Pas de syncrétisme :

L'islam a su ne pas faire l'amalgame entre la liberté de conscience d'une part, et le syncrétisme religieux d'autre part. Si le Coran prêche la liberté du choix, il ne professe pas que toutes les religions se valent devant Dieu. Et s’il rappelle que Moïse, Jésus, et Muhammad (paix sur eux) furent envoyés par le même Dieu, il invite (da'wa) les hommes à reconnaître le plus récent message : "Ô vous qui avez reçu l’Ecriture, croyez en ce que Nous avons fait descendre (le Coran), qui confirme ce que vous aviez…" (Coran 4/47). "Dis (ô Muhammad) : "Ô Gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions que Dieu, que nous lui associions rien, et que nous ne prenions pas les uns les autres pour divinités en dehors de Dieu"…" (Coran 3/64). Le fait de continuer à adhérer à un ancien message alors qu'on a eu connaissance du plus récent constitue une foi qui n'est pas agréée par Dieu : c'est une des formes de kufr akbar, d'incroyance. "Ceux qui ne crient pas en Dieu et en Ses Messagers, et [= ou] qui veulent faire une distinction entre (croire en) Dieu et (croire en) Ses Messagers, et [= ou] qui disent : "Nous croyons en certains d'entre eux et nous en renions d'autres" et veulent prendre une voie intermédiaire, voilà les kâfirûn, vraiment. (...)" (Coran 4/150-151).

Dans le Coran, Dieu annonce par exemple à propos des religions du Livre : "Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté, mais (Il ne l'a pas fait) afin de vous éprouver dans ce qu’Il vous a donné. Aussi, pressez-vous vers les bonnes œuvres. Vers Dieu se fera votre retour à tous, et alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez" (Coran 5/48). La diversité des messages venant de Dieu constitue en effet une épreuve pour les hommes, dans la mesure où il s'agit pour eux d’abandonner les traditions de ses pères pour se conformer au plus récent message divin.

Pareillement, l'islam se garde bien de faire de mélange entre ses propres convictions et pratiques religieuses, et celles des autres cultes. "Dis (ô Muhammad) : "Ô les non-croyants ("kâfirûn"), (…) à vous votre religion, à moi la mienne"" (Coran 109/1, 4). Dans ce passage apparaît, très nettement, la démarcation que le musulman doit faire, sur le plan des croyances et des pratiques religieuses, entre le message révélé à Muhammad et les autres religions.

Et si en islam, la da'wa, une présentation du message, va de pair avec la liberté de conscience et de choix, il n’en demeure pas moins que Dieu place les hommes face à leurs responsabilités, et leur rappelle les retombées de leur choix dans l’autre monde : s’être égaré ici-bas s’avèrera catastrophique dans l’au-delà : "Et dis [ô Muhammad] : "La vérité émane de votre Seigneur. Celui qui veut, qu'il croie, et celui qui veut, qu'il ne croie pas." Nous avons préparé pour les injustes un feu..." (Coran 18/29).

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L'existence de nombreuses religions sur terre :

La contrainte étant proscrite et la liberté du choix de chacun étant reconnue, il était logique que différentes religions soient amenées à coexister sur terre. L'islam ne professe certes pas que toutes les religions existantes sont agréées par Dieu, nous venons de le dire. En revanche, il enseigne que l'existence de ces différentes religions est un fait avec lequel les êtres humains devront composer.

Ce n'est pas que le musulman approuve, du fond de son coeur, que ses semblables n'adhèrent pas à la vérité et choisissent le kufr. C'est que, interdit d'exercer une contrainte sur quelqu'un pour le convertir à l'islam, il tolère l'existence des autres religions sur terre. C'est bien pourquoi le fait que des gens d'autres religions vivent en terre d'islam est explicitement prévue dans les textes.

"Les croyants, les juifs, les sabéens, les chrétiens, les zoroastriens et les polythéistes : Dieu tranchera entre eux tous le Jour du Jugement. Dieu est certes Témoin de chaque chose" (Coran 22/17).

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L'islam, message pour l'humanité tout entière :

L'islam n'est pas une religion froide, sans pitié et sanguinaire (comme aiment dire de lui certaines gens mal intentionnées ou mal renseignées), mais au contraire un message de foi, de justice et de compassion envers l'humanité. Le Coran fait les éloges de ceux qui "nourrissent, par amour pour (Dieu), le pauvre, l'orphelin et le prisonnier (et disent : ") Nous ne vous donnons à manger que pour la Face de Dieu, nous ne voulons de vous ni récompense ni remerciement" (Coran 76/8-9). Le Coran dit encore : "Adorez Dieu et ne Lui associez rien. Et agissez avec bonté envers vos père et mère, vos proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin éloigné, le collègue, le voyageur et les esclaves en votre possession. Dieu n'aime pas le présomptueux, l'arrogant" (Coran 4/36).

Et si, comme chacun le sait, le talion est autorisé (dans les limites de l'éthique musulmane), le pardon est ce que le Coran demande : "Et si vous punissez, infligez [à l'agresseur] une punition égale au tort qu'il vous a fait. Et si vous êtes patient, cela est mieux pour ceux qui sont patients. Sois patient, et ta patience [ne viendra] qu'avec [l'aide de] Dieu. Ne t'afflige pas pour eux, et ne t'angoisse pas à cause de leurs complots. Dieu, vraiment, est avec ceux qui le craignent et ceux qui sont bienfaisants" (Coran 16/126-128).

Ces actes de bonté et de bienfaisance ne sont pas réservés aux musulmans mais sont étendus aux hommes en général : "Dieu ne vous interdit point d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattu à cause de la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Dieu vous interdit seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattu à cause de la religion, vous ont chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion" (Coran 60/8-9).

Certaines personnes pensent que ces droits sont réservés aux Gens du Livre (juifs et chrétiens), les polythéistes (idolâtres ou animistes) n'ayant que le choix de se convertir ou d'être passés au fil de l'épée. Or, en terre musulmane même, les minorités à protéger sont aussi bien les juifs et les chrétiens que les polythéistes : c'est, comme l'a écrit Ibn ul-Qayyim, l'avis qui est juste, car le Prophète lui-même avait accordé ces droits aux adorateurs du feu de la ville de Hajar (rapporté par al-Bukhârî) ; or ces adorateurs du feu étaient des zoroastriens, qui croient en deux dieux suprêmes ; leur cas n'est pas vraiment différent de celui des adorateurs d'idoles, écrit Ibn ul-Qayyim (cliquez ici). Les textes musulmans ne disent par contre rien de ceux qui sont athées ou agnostiques ; le cas de ceux-ci devrait faire l'objet d'un effort de réflexion (ijtihâd) de la part des grands ulémas, sur la base des textes explicites.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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