Réponse (I) à des critiques formulées à propos de mon article sur le "'adam ul-hukm bi mâ anzalallâh" - Citation d'un écrit de al-Albânî

Un des articles de ce site est consacré à la question relative à "'adam ul-hukm bi mâ anzalallâh" : est-ce du kufr akbar ou non (cliquez ici). Il y est relaté que, d'après ce que j'ai compris humblement de dires de savants, il est un cas (E) où cela dépend de la règle du Coran et de la Sunna qui est en question ; et il est certains autres cas (F, G et H) où cela dépend de la croyance de la personne.

Or, sur un forum dont je ne citerai pas le nom ici, un coreligionnaire s'en est pris à cet article et y a opposé plusieurs objections (je devrais préciser "avec quelques mensonges et calomnies en prime", comme on va le voir). Dans un esprit de clarification et non de polémique (le ton que j'emploie en témoigne), j'apporte ci-après des éclaircissements à ses objections, et ce parce que certains des frères qui ont lu ses critiques m'ont semblé ne plus savoir que penser (c'est d'ailleurs un frère qui m'a informé de l'existence de ces critiques et m'a communiqué le lien)...

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Voici quelques-uns des éléments que l'objecteur a écrits au sujet de mon article :

"On peut, à travers des passages de cet article, examiner comment les gens du doute et de la fitna instrumentalisent les propos tels que celui de Abû Mijlaz pour définir le fait de "ne pas juger selon le hukm d'Allah" comme un acte de kufr asghar seulement, en cataloguant tous ceux qui sont d'un autre avis de Kharijites.

Bien sûr, nous distinguons :
- le jugement général, selon lequel : ne pas juger d'après ce qu'Allah a décrété est un acte de kufr akbar / ridda ;
- le jugement particulier, selon lequel : chaque musulman qui ne juge pas d'après ce qu'Allah a décrété n'est pas kafir / murtadd tant que la Hujjah n'a pas été établie, et ceci afin de lui assurer les éléments atténuants, car il se peut qu'il soit ignorant.

Mais l'auteur, lui, réfute même le jugement général, et il affirme que l'action "ne pas juger selon le hukm d'Allah" n'est pas suffisante pour constituer en elle-même un cas de Kufr akbar, sans considération aucune de la croyance que la personne a dans son cœur.

Pour ce qui est du propos de Abû Mijlaz, nous dirons ceci : Si nous examinons les livres d'histoire, nous apprenons que les gouvernants de l'époque de Abû Mijlaz étaient les Banû Umayya. Or ceux-ci n'ont jamais remplacé le Hukm d'Allah par leurs propres lois fabriquées. Ils n'étaient coupables que de gouverner dans certaines matières selon leur passion, de même que d'avoir remplacé la méthode du choix de Calife par un comité compétent de savants à un héritage de titres de père en fils comme dans une monarchie. Cela est confirmé par le hadith sahih : "Le premier qui changera quelque chose de ma Sunna est un homme des Banû Umayya." Et Cheikh al-Albânî (radhiyallahu anh) l'a commenté en disant : "Très certainement, la signification de "changer" concerne la manière dont le Calife est choisi, en introduisant la filiation (de père en fils)" (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 1749).

Dès lors, il est ridicule de comparer le takfir que nous faisons de l'action "ne pas juger selon ce qu'Allah a révélé" faite par les gouvernants et juges des pays musulmans de notre époque, avec le takfir que les Kharijites ont fait des Banû Umayya. Comparer ces deux choses est une analogie simpliste, constante des esprits malintentionnés ou ignorants.

Nous pouvons ainsi observer à loisir comment certains instrumentalisent le propos de Abû Mijlaz, le généralisent alors qu'il est lié à un contexte particulier, et parviennent ainsi à faire passer leur idée. Et comment, par contre, ils rendent particulier un verset qui a un trait général, en ne faisant aucun effort pour retrouver le champ d'application véritable de ce verset.

Une telle ruse ne peut provenir que soit de l'ignorance, soit de Chaytân.

Or un tel dérèglement des fonctions du cerveau n'est pas compréhensible pour un sujet aussi important pour notre Oumma. Alors que le sujet a été clos par l'unanimité des savants. Le doute ne doit plus nous habiter.

Nous demandons à Allah de nous guider tous et d'écarter de nous les artifices de Chaytân."

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Ma réponse à ces objections :

L'objecteur a lié ensembles le hadîth "أول من يغير سنتي رجل من بني أمية" : "Le premier qui changera quelque chose de ma Sunna est un homme des Banû Umayya" (compris selon l'interprétation qu'il en a relatée de al-Albânî (mais nous allons y revenir)) et le propos de Abû Mijlaz.

Pour l'objecteur, le hadîth expliciterait le propos de Abû Mijlaz, et ce seraient donc des éléments tels que, entre autres, le fait d'avoir rendu le choix du calife une affaire successorale dont Abû Mijlaz a dit qu'ils ne sont pas concernés par le kufr akbar mentionné dans le verset.
Ce qui prouve pour l'objecteur que le propos de Abû Mijlaz est particulier (alors que moi je lui aurais conféré à tort une généralisation, et que j'aurais eu l'objectif de dire que le hukm bi ghayri mâ anzalallâh n'est jamais un acte de kufr akbar mais toujours de kufr asghar).

La particularisation du propos de Abû Mijlaz à ce hadîth, telle que la fait l'objecteur, est en soi possible.

Cependant, 2 choses sont ici à noter…

La première est que Cheikh Albânî n'a pas dit "Très certainement…" comme le prétend l'objecteur, mais "Peut-être que…". Ce qui est très différent.
Voici ce qu'il a écrit : لعل المراد بالحديث تغيير نظام اختيار الخليفة، وجعله وراثة. والله أعلم" (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, hadîth 1749, tome 4 pp. 329-330). Pour al-Albânî, là n'est donc pas de façon certaine (qat'î) le sens du hadîth ; il a dit que cela est probable (dalâla zanniyya). Ce qui est très différent.
Et on peut se demander pourquoi l'objecteur a fait une distorsion de son propos : "Peut-être que" en : "Très certainement…".

La seconde est que l'objecteur cite ce propos de Cheikh Albânî pour prouver que ce que j'ai écrit est une parole d'égarement.
Le problème c'est que, ce que j'ai écrit (et que le frère traite de "propos de murji'ah"), Cheikh Albânî l'avait déjà écrit lui aussi, et ce dans le même ouvrage que celui auquel l'objecteur renvoie, Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, mais 2 tomes plus loin !
Cheikh Albânî tiendrait-il lui aussi des "propos de murji'ah" ?
Pour l'objecteur apparemment non, puisqu'il évoque un : "Cheikh Albânî (radhiyallâhu 'anh)". Curieux, non ?

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Ci-après la traduction intégrale de cet écrit de Cheikh Albânî (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, commentaire du hadîth 2552, tome 6, pp. 109-116) :

Al-Albânî cite d'abord le récit relaté par Ibn Abbâs et rapporté par Ahmad, et que le premier présente comme étant la cause de révélation du verset qui nous intéresse ici : deux tribus ou clans juifs de Médine avaient à régler un litige lié au meurtre de l'un d'eux par un homme de l'autre clan. Un clan ayant voulu que le dédommagement se fasse de façon inéquitable, conformément à ce qui se faisait avant, l'autre refusa et dit qu'il était prêt à porter l'affaire devant Muhammad et de le prendre comme arbitre. Le premier clan confia alors à des Hypocrites la mission d'aller sonder Muhammad et de leur rapporter ce qu'il dirait. C'est alors que furent révélés ces versets : du 41 au 47 de la sourate 5.
Suit la discussion, par al-Albânî, de la fiabilité des maillons de la chaîne de ce propos rapporté par Ahmad, d'où il ressort que le propos est hassan.

Ensuite al-Albânî écrit ce qui suit

"(فائدة هامة)
إذا علمت أن الآيات الثلاث: * (ومن لم يحكم بما أنزل الله فأولئك هم الكافرون) *، * (فأولئك هم الظالمون) *، * (فأولئك هم الفاسقون) * نزلت في اليهود وقولهم في حكمه صلى الله عليه وسلم: "إن أعطاكم ما تريدون حكمتموه، وإن لم يعطكم حذرتم فلم تحكموه"، وقد أشار القرآن إلى قولهم هذا قبل هذه الآيات فقال: * (يقولون إن أوتيتم هذا فخذوه، وإن لم تؤتوه فاحذروا) *، إذا عرفت هذا، فلا يجوز حمل هذه الآيات على بعض الحكام المسلمين وقضاتهم الذين يحكمون بغير ما أنزل الله من القوانين الأرضية.

أقول: لا يجوز تكفيرهم بذلك، وإخراجهم من الملة إذا كانوا مؤمنين بالله ورسوله، وإن كانوا مجرمين بحكمهم بغير ما أنزل الله.

لا يجوز ذلك، لأنهم وإن كانوا كاليهود من جهة حكمهم المذكور، فهم مخالفون لهم من جهة أخرى، ألا وهي إيمانهم وتصديقهم بما أنزل الله، بخلاف اليهود الكفار فإنهم كانوا جاحدين له كما يدل عليه قولهم المتقدم: "... وإن لم يعطكم حذرتموه فلم تحكموه"، بالإضافة إلى أنهم ليسوا مسلمين أصلا.

وسر هذا أن الكفر قسمان: اعتقادي وعملي. فالاعتقادي مقره القلب. والعملي محله الجوارح.
فمن كان عمله كفرا لمخالفته للشرع، وكان مطابقا لما وقر في قلبه من الكفر به، فهو الكفر الاعتقادي، وهو الكفر الذي لا يغفره الله، ويخلد صاحبه في النار أبدا.
وأما إذا كان مخالفا لما وقر في قلبه، فهو مؤمن بحكم ربه، ولكنه يخالفه بعمله، فكفره كفر عملي فقط، وليس كفرا اعتقاديا، فهو تحت مشيئة الله تعالى إن شاء عذبه، وإن شاء غفر له. وعلى هذا النوع من الكفر تحمل الأحاديث التي فيها إطلاق الكفر على من فعل شيئا من المعاصي من المسلمين.

ولا بأس من ذكر بعضها:
1 - اثنتان في الناس هما بهم كفر، الطعن في الأنساب والنياحة على الميت. رواه مسلم. (1)
2 - الجدال في القرآن كفر. (2)
3 - سباب المسلم فسوق، وقتاله كفر. رواه مسلم. (3)
4 - كفر بالله تبرؤ من نسب وإن دق. (4)
5 - التحدث بنعمة الله شكر، وتركها كفر. (5)
6 -لا ترجعوا بعدي كفارا، يضرب بعضكم رقاب بعض. متفق عليه. (6)
إلى غير ذلك من الأحاديث الكثيرة التي لا مجال الآن لاستقصائها. فمن قام من المسلمين بشيء من هذه المعاصي، فكفره كفر عملي، أي إنه يعمل عمل الكفار، إلا أن يستحلها، ولا يرى كونها معصية فهو حينئذ كافر حلال الدم، لأنه شارك الكفار في عقيدتهم أيضا.

والحكم بغير ما أنزل الله لا يخرج عن هذه القاعدة أبدا.

وقد جاء عن السلف ما يدعمها، وهو قولهم في تفسير الآية: "كفر دون كفر"، صح ذلك عن ترجمان القرآن عبد الله بن عباس رضي الله عنه، ثم تلقاه عنه بعض التابعين وغيرهم، ولابد من ذكر ما تيسر لي عنهم لعل في ذلك إنارة للسبيل أمام من ضل اليوم في هذه المسألة الخطيرة، ونحا نحو الخوارج الذين يكفرون المسلمين بارتكابهم المعاصي، وإن كانوا يصلون ويصومون!
1 - روى ابن جريرالطبري (10 / 355 / 12053) بإسناد صحيح عن ابن عباس: * (ومن لم يحكم بما أنزل الله فأولئك هم الكافرون) * قال: هي به كفر، وليس كفرا بالله وملائكته وكتبه ورسله.
2 - وفي رواية عنه في هذه الآية: إنه ليس بالكفر الذي يذهبون إليه (1) ، إنه ليس كفرا ينقل عن الملة، كفر دون كفر. أخرجه الحاكم (2 / 313) وقال: "صحيح الإسناد". ووافقه الذهبي، وحقهما أن يقولا: على شرط الشيخين. فإن إسناده كذلك. ثم رأيت الحافظ ابن كثير نقل في "تفسيره" (6 /163) عن الحاكم أنه قال: "صحيح على شرط الشيخين"، فالظاهر أن في نسخة "المستدرك" المطبوعة سقطا، وعزاه ابن كثير لابن أبي حاتم أيضا ببعض اختصار.
3 - وفي أخرى عنه من رواية علي بن أبي طلحة عن ابن عباس قال: من جحد ما أنزل الله فقد كفر، ومن أقر به ولم يحكم فهو ظالم فاسق. أخرجه ابن جرير (12063) . قلت: وابن أبي طلحة لم يسمع من ابن عباس، لكنه جيد في الشواهد.
4 - ثم روى (12047 - 12051) عن عطاء بن أبي رباح قوله: (وذكر الآيات الثلاث) : كفر دون كفر، وفسق دون فسق، وظلم دون ظلم. وإسناده صحيح.
5 - ثم روى (12052) عن سعيد المكي عن طاووس (وذكر الآية) قال: ليس بكفر ينقل عن الملة. وإسناده صحيح، وسعيد هذا هو ابن زياد الشيباني المكي، وثقه ابن معين
والعجلي وابن حبان وغيرهم، وروى عنه جمع.
6 - وروى (12025 و 12026) من طريقين عن عمران بن حدير قال: أتى أبا مجلز (1) ناس من بني عمرو بن سدوس (وفي الطريق الأخرى: نفر من الإباضية) (2) فقالوا: أرأيت قول الله: * (ومن لم يحكم بما أنزل الله فأولئك هم الكافرون) * أحق هو؟ قال: نعم. قالوا: * (ومن لم يحكم بما أنزل الله فأولئك هم الظالمون) * أحق هو؟ قال: نعم. قالوا: * (ومن لم يحكم بما أنزل الله فأولئك هم الفاسقون) * أحق هو؟ قال: نعم. قال: فقالوا: يا أبا مجلز فيحكم هؤلاء بما أنزل الله؟ قال: هو دينهم الذي يدينون به، وبه يقولون وإليه يدعون -[يعني الأمراء]- فإن هم تركوا شيئا منه عرفوا أنهم أصابوا ذنبا. فقالوا: لا والله، ولكنك تفرق (3) . قال: أنتم أولى بهذا مني! لا أرى، وإنكم أنتم ترون هذا ولا تحرجون، ولكنها أنزلت في اليهود والنصارى وأهل الشرك. أو نحوا من هذا، وإسناده صحيح.

وقد اختلف العلماء في تفسير الكفر في الآية الأولى على خمسة أقوال ساقها ابن جرير (10 / 346 - 357) بأسانيده إلى قائليها، ثم ختم ذلك بقوله (10 / 358) : "وأولى هذه الأقوال عندي بالصواب قول من قال: نزلت هذه الآيات في كفار أهل الكتاب، لأن ما قبلها وما بعدها من الآيات ففيهم نزلت، وهم المعنيون بها، وهذه الآيات سياق الخبر عنهم، فكونها خبرا عنهم أولى. فإن قال قائل: فإن الله تعالى ذكره قد عم بالخبر بذلك عن جميع من لم يحكم بما أنزل الله، فكيف جعلته خاصا؟ قيل: إن الله تعالى عم بالخبر بذلك عن قوم كانوا بحكم الله الذي حكم به في كتابه جاحدين، فأخبر عنهم أنهم بتركهم الحكم - على سبيل ما تركوه - كافرون. وكذلك القول في كل من لم يحكم بما أنزل الله جاحدا به هو بالله كافر، كما قال ابن عباس، لأنه بجحوده حكم الله بعد علمه أنه أنزله في كتابه، نظير جحوده نبوة نبيه بعد علمه أنه نبي ". وجملة القول أن الآية نزلت في اليهود الجاحدين لما أنزل الله، فمن شاركهم في الجحد، فهو كافر كفرا اعتقاديا، ومن لم يشاركهم في الجحد فكفره عملي لأنه عمل عملهم، فهو بذلك مجرم آثم، ولكن لا يخرج بذلك عن الملة كما تقدم عن ابن عباس رضي الله عنه.

قد شرح هذه وزاده بيانا الإمام الحافظ أبو عبيد القاسم ابن سلام في "كتاب الإيمان" "باب الخروج من الإيمان بالمعاصي" (ص 84 - 87 - بتحقيقي)، فليراجعه من شاء المزيد من التحقيق.

 وبعد كتابة ما سبق، رأيت شيخ الإسلام ابن تيمية رحمه الله يقول في تفسير آية الحكم المتقدمة في مجموع الفتاوي (3 / 268) : "أي هو المستحل للحكم بغير ما أنزل الله" ثم ذكر (7 / 254) أن الإمام أحمد سئل عن الكفر المذكور فيها؟ فقال: "كفر لا ينقل عن الإيمان، مثل الإيمان بعضه دون بعض، فكذلك الكفر، حتى يجيء من ذلك أمر لا يختلف فيه." وقال (7 / 312) : "وإذا كان من قول السلف أن الإنسان يكون فيه إيمان ونفاق، فكذلك في قولهم أنه يكون فيه إيمان وكفر، وليس هو الكفر الذي ينقل عن الملة، كما قال ابن عباس وأصحابه في قوله تعالى: * (ومن لم يحكم بما أنزل الله فأولئك هم الكافرون) *، قالوا: كفرا لا ينقل عن الملة. وقد اتبعهم على ذلك أحمد وغيره من أئمة السنة."

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"Note importante :

Lorsque tu as su que les trois versets "Wa man lam yahkum bi mâ anzalallâhu fa ulâ'ïka hum ul-kâfirûn", "fa ulâ'ïka hum uz-zâlimûn", "fa ulâ'ïka hum ul-fâssiqûn" ont été révélés à propos de ces juifs et de la parole qu'ils ont dite à propos du jugement du Prophète : "S'il vous fournit ce que vous voulez, prenez-le, et s'il ne vous le fournit pas, préservez-vous et ne le prenez pas comme arbitre" – le Coran a d'ailleurs fait allusion à cette parole quelques versets aupararavant, ayant dit : "Ils disent : "Si on vous le fournit, prenez-le, et si on ne vous le fournit pas, préservez-vous"" – ; lorsque tu as su cela, donc, [tu comprends qu'] il n'est pas permis d'appliquer [le hukm de] ce verset à certains des juges musulmans qui ne jugent pas selon ce que Dieu a révélé, c'est-à-dire [qui jugent] par les lois temporelles [= positives].
Je dis : Il n'est pas permis de faire leur takfîr pour cela et de les faire sortir de la Milla du moment qu'ils croient en Dieu et en Son Messager, même s'ils sont fautifs en jugeant par autre chose que ce que Dieu a révélé.
Cela n'est pas permis car, bien qu'ils soient semblables à ces juifs [à propos de qui les versets ont été révélés] en leur jugement susmentionné, ils sont différents d'eux en autre chose : le fait qu'ils aient foi et qu'ils disent véridique ("tasdîq") ce que Dieu a révélé [à Muhammad, sur lui la paix]. A la différence des juifs kâfirs : eux reniaient le [jugement que le Prophète était susceptible de leur apporter à ce sujet précis] ("kânû jâhidîna lahû"), comme l'indique leur parole, déjà mentionnée : "… et s'il ne vous le fournit pas, préservez-vous et ne le prenez pas comme arbitre", cela en sus du fait qu'ils n'étaient pas même musulmans [et qu'ils reniaient donc l'ensemble de ce que le Prophète Muhammad affirme avoir reçu de Dieu].

La compréhension de cela est que le kufr est de deux sortes : i'tiqâdî et 'amalî. Quant au i'tiqâdî, son lieu est le cœur ; le 'amalî, son lieu est les membres.
Celui dont l'action est un kufr – parce qu'il contredit la shar' – et est conforme à ce qui est établi dans son cœur de kufr par rapport à cela, cela est le kufr i'tiqâdî ; et c'est le kufr que Dieu ne pardonnera pas et dont l'auteur sera envoyé éternellement dans le feu [s'il meurt ainsi].
Par contre quand [l'action qui contredit la shar'] contredit ce qui est établi dans son cœur, celui-là est, par hukm de Son Seigneur, un croyant ; cependant, il le contredit par son action, et son kufr est alors 'amalî seulement, et n'est pas un kufr i'tiqâdî ; il est donc selon le vouloir de Dieu : s'Il veut, Il le punira, et S'il veut Il lui pardonnera. C'est à ce type de kufr que se réfèrent les hadîths dans lesquels [le terme] "kufr" est appliqué au musulman qui fait des mauvaises actions. Il n'y a pas de mal à en citer [ici] quelques-uns :
1)
Ithnatâni fi-n-nâs, humâ bihim kufr : at-ta'n fi-n-ansâb, wa-n-niyâhatu 'ala-l-mayyit : rawâhu Muslim ;
2)
Al-jidâlu fi-l-qur'ân kufr ;
3)
Sibâb ul-muslim fussûq, wa qitâluhû kufr : rawâhu Muslim ;
4)
Kufrun billâh : tabarru'un min nassabin, wa in daqqa ;
5) At-tahadduth bi ni'matillâh shukr, wa tarkuhâ kufr ;
6) Lâ tarji'û ba'dî kuffâran yadhribu ba'dhukum riqâba ba'dh : muttafaqun 'alayh ;
Et bien d'autres hadîths qu'il n'est pas possible, maintenant là, de cerner.

Celui d'entre les musulmans qui commet quelque chose de ces péchés, son kufr est un kufr 'amalî, c'est-à-dire qu'il agit selon l'action des kâfirs. Sauf s'il considère ces péchés permis et ne considère plus qu'ils constituent des péchés : à ce moment il devient kâfir halâl ud-dam [cliquez ici], car il a imité les kâfirs dans leur croyance aussi.

Le hukm bi ghayri mâ anzalallâh ne sort absolument pas de cette règle. Et il est rapporté des Salaf ce qui renforce [ce que nous venons de dire, à savoir que cet acte ne fait pas exception à cette règle] : il s'agit du fait que, en commentaire de ce verset, ils disent : "kufr dûna kufr" : cela est rapporté de façon authentique de l'Interprète du Coran, 'Abdullâh ibn 'Abbâs ; puis certains Tâbi'ûn et d'autres qu'eux l'ont reçu de lui.

Et il n'y a pas d'autre choix que citer d'eux ce que je peux [ici]. Peut-être cela éclairera-t-il le chemin devant ceux qui ont dévié aujourd'hui à propos de ce point délicat et ont pris une direction semblable à celle des Kharijites qui font la takfîr des musulmans par le fait qu'ils commettent des péchés, même s'ils prient et jeûnent !
1) Ibn Jarîr at-Tabarî a rapporté (10/355/12053), avec une chaîne de narration authentique, de Ibn 'Abbâs à propos de "Wa man lam yahkum bi mâ anzalallâhu fa ulâ'ïka hum ul-kâfirûn" qu'il a dit : "Il s'agit d'un kufr sur lui, ce n'est pas un kufr par rapport à Dieu, à Ses Anges, à Ses Livres et à Ses Messagers."
2) Dans une autre relation de lui, à propos de ce verset : "Il ne s'agit pas du kufr vers lequel ils partent ; il ne s'agit pas d'un kufr qui fait quitter la milla ; kufr dûna kufr". Al-Hâkim a rapporté cela (2/313), et a dit : "Chaîne de narration authentique". Adh-Dhahabî a dit la même chose. Ils auraient mérité de dire : "remplissant les conditions des deux cheikhs [al-Bukhârî et Muslim]", car la chaîne de [cette parole] est ainsi. Puis j'ai vu que al-hâfiz Ibn Kathîr a relaté dans son Tafsîr (6/163) que al-Hâkim a dit [de la chaîne de narration de ce propos de Ibn 'Abbâs] : "Chaîne de narration authentique remplissant les conditions des deux cheikhs [al-Bukhârî et Muslim]". Apparemment il y a donc, dans la version imprimée de al-Mustad'rak, un passage effacé. Ibn Kathîr l'a aussi attribuée à Ibn Abî Hâtim, avec quelque concision.
3) Dans une autre relation de lui [= Ibn 'Abbâs], selon la chaîne "'Alî ibn Abî Tal'ha de Ibn 'Abbâs", il a dit : "Celui qui réfute ce que Dieu a révélé, il a fait du kufr ; et celui qui l'a reconnu et n'a pas jugé, celui-là est zâlim fâssiq" ; rappporté par Ibn Jarîr (12063). Je dis : Ibn Abî Tal'ha n'a pas pu entendre (des propos) de Ibn Abbâs. [Ce propos n'est donc pas authentique] mais en tant que propos d'entre les shawâhid il est bon.
4) Puis il [= at-Tabarî] a rapporté (12047-12051) de 'Atâ ibn Abî Rabâh ce propos, après qu'il eut récité les trois versets (en question) : "Kufr dûna kufr, wa fisq dûna fisq, wa zulm dûna zulm". La chaîne en est authentique.
5) Puis il a rapporté (12052) de Sa'ïd al-Makkî qu'il tient de Tâ'ûs que, après avoir récité le verset, il a dit : "Il ne s'agit pas d'un kufr qui retranche de la milla". Sa chaîne est authentique. Le Sa'ïd ici mentionné est Ibn Ziyâd ash-Shaybânî al-Makkî. Ibn Ma'în, al-'Ajalî, Ibn Hibbân et d'autres qu'eux l'ont déclaré "fiable", et tout un groupe ont pris de lui des relations.
6) Et il a rapporté (12025 et 12026) par deux voies à partir de 'Imrân ibn Hudayr qu'il a dit : Des personnes du [clan] Banû 'Amr ibn Sadûs (dans l'autre voie : "un groupe de gens des Ibâdhites") se sont rendus auprès de Abû Mijlaz et lui ont dit : "La parole de Dieu "Wa man lam yahkum bi mâ anzalallâhu fa ulâ'ïka hum ul-kâfirûn" est-elle vérité ? – Oui", dit-il. Ils dirent : ""Wa man lam yahkum bi mâ anzalallâhu fa ulâ'ïka hum uz-zâlimûn" est-ce vérité ? – Oui", dit-il. Ils dirent : ""Wa man lam yahkum bi mâ anzalallâhu fa ulâ'ïka hum ul-fâssiqûn" est-ce vérité ? – Oui", dit-il. Ils dirent alors : "Abû Mijlaz, est-ce que ces gens jugent d'après ce que Dieu a révélé ?" Il dit : "C'est leur religion qu'ils professent, d'elle ils disent [le propos] et vers elle ils appellent [c'est-à-dire les umarâ']. S'ils en délaissent quelque chose, ils connaissent qu'ils ont fait un péché." Ils dirent : "Non, par Dieu, Mais tu as peur !" Il dit : "Vous être mieux placés que moi par rapport à cela. Je ne considère pas. Et vous, vous le considérez et n'éprouvez aucune gêne. Mais [ces versets] ont été révélés à propos des juifs, des chrétiens et des polythéistes." Ou une parole voisine. Sa chaîne est authentique.

Les ulémas ont divergé quant au commentaire du "kufr" mentionné dans le premier verset et 5 avis ont (ainsi) été émis, que Ibn Jarîr a relatés (10/346-357), avec leur chaîne, de leurs auteurs. Il a clôt cela en disant (10/358) :
"Parmi ces avis,
celui qui est plus à même d'être juste d'après moi est celui de qui a dit : "Ces versets ont été révélés au sujet des kuffâr des Gens du Livre, car les versets situés avant et après ont été révélés à leur sujet, et ils sont concernés par eux". Et ces versets-ci, le contexte de l'information [qui y est donnée] se rapporte à eux ; que [ces versets-ci] constitue une information à leur sujet est donc plus juste.
Si quelqu'un objecte à cela ceci :
"Dieu – Très élevé soit Son souvenir –, en donnant cette information [= "kufru man lam yahkum bi mâ anzalallâh"], a généralisé [celle-ci] ("'amma") à tous ceux qui ne jugent pas d'après ce que Dieu a révélé ; comment en as-tu fait quelque chose de particulier ("khâss") ?", on lui répondra ceci : "Dieu – élevé soit-Il –, en donnant cette information [= "kufru man lam yahkum bi mâ anzalallâh"], a généralisé [celle-ci] ("'amma") à un groupe de gens qui reniaient ("jâhidîn") le hukm dont Dieu a fait le hukm dans Son livre ; Il a donné comme information à leur sujet qu'ils étaient, par le fait qu'ils délaissaient ce hukm de la façon qu'ils le délaissaient, kâfir. La même chose sera dite à propos de toute personne qui ne juge pas d'après ce que Dieu a révélé en le reniant ("jâhidan bihî") : elle est kâfir par rapport à Dieu, comme l'a dit Ibn 'Abbâs, car, en reniant le hukm de Dieu après avoir su qu'Il l'a révélé dans Son Livre, elle est comme [celui qui a] renié le prophétat de Son Prophète après avoir su qu'il est prophète.""

Le résumé du propos [de at-Tabarî] est que ce verset a été révélé au sujet de juifs qui reniaient ("jâhidîn") ce que Dieu a révélé [à Muhammad]. Dès lors, celui qui a en commun avec eux le reniement ("jahd"), celui-là est kâfir d'un kufr i'tiqâdî ; et celui qui n'a pas en commun avec eux le reniement ("jahd"), celui-là est kâfir d'un kufr 'amalî, car il a fait la même action qu'eux ; il est donc fautif, pécheur, mais il ne sort pas de la milla par cela [même après iqâmat ul-hujja], comme on l'a déjà cité de Ibn 'Abbâs.

A explicité cela et l'a développé davantage encore l'imam al-hâfiz Abû 'Ubayd al-Qâssim ibn Salâm dans Kitâb ul-îmân, chapitre relatif au fait de sortir de la foi par les péchés (pp. 84-97 d'après la recherche que j'en ai effectuée). Celui qui désire plus d'approfondissement, qu'il s'y réfère donc.

Après avoir écrit ce qui précède, j'ai vu Cheikh ul-islâm Ibn Taymiyya (que Dieu lui fasse miséricorde) dire, en commentaire du verset du hukm susmentionné, dans Majmû' ul-fatâwâ (3/268) : "Ay : huwa-l-mustahillu li-l-hukmi bi ghayri mâ anzalallâh".
De plus il a relaté (7/154) que l'imam Ahmad a été questionné au sujet du kufr mentionné dans ce [verset] et qu'il a dit : "Il s'agit d'un kufr qui ne retranche pas de la foi ; comme la foi, certaines [fois] sont moindres que d'autres, de la même façon est le kufr, jusqu'à ce que surgisse de cela quelque chose à propos de quoi il n'y a pas de divergence ("kufrun lâ yanqulu 'an il-îmân ; mith ul-îmân : ba'dhuhû dûna ba'dh ; fa kadhâlika-l-kufr, hattâ yajî'a min dhâlika amrun lâ yukhtalafu fîh")".
Il a dit [encore] (7/312) : "Et lorsque relève des propos des Salaf qu'en l'être humain il se trouve de la foi et de l'hypocrisie [mais que l'on sait que cette hypocrisie-là ne retranche pas du degré de foi minimal qui fait que la personne n'est pas kâfir bi kufr akbar], alors de même en sera-t-il au sujet de leur propos disant qu'en lui se trouve de la foi et du kufr : il ne s'agit pas d'un kufr qui retranche de la milla ; ceci conformément à ce que Ibn Abbâs et ses élèves ont dit de la parole du Très Haut "Wa man lam yahkum bi mâ anzalallâhu fa ulâ'ïka hum ul-kâfirûn" ; ils ont dit : "(il s'agit d') un kufr qui ne retranche pas de la milla. Ahmad et d'autre que lui parmi les imams de la Sunna les ont suivi à ce sujet.""

(Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, commentaire du hadîth 2552, tome 6, pp. 109-116.)

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Quatre remarques sont à faire ici :

Premièrement :

A travers cet écrit de al-Albânî on trouve aussi la réponse à ce que l'objecteur disait : "Nous pouvons ainsi observer à loisir comment certains (…) rendent particulier un verset qui a un trait général, en ne faisant aucun effort pour retrouver le champ d'application véritable de ce verset".

En effet, at-Tabarî lui-même à répondu à cette objection, et al-Albânî a explicité son écrit.

En fait l'objecteur s'est fondé sur le principe bien connu : il s'agit de généraliser la portée du verset, et non de restreindre celle-ci à la cause particulière de sa révélation" ("Al-'ib'ratu li 'umûm il-lafz, lâ li khussûs is-sabab").

Or, comme nous l'avons écrit dans un autre article, il y a généralisation et généralisation. Voici un extrait de cet autre article :

"Il est une généralisation qui fait que ce que le verset dit ne reste pas restreint au cas précis ayant motivé sa révélation, mais s'applique à la catégorie immédiate (naw') à laquelle ce cas précis appartient.

Par contre, il est une généralisation qui n'accorde aucune considération à la circonstance de révélation mais se fait par le biais de la seule considération de la lettre du texte ; c'est là par contre une posture incorrecte.

C'est ce que as-Suyûtî a ainsi expliqué : "(Ibn Abbâs) n'ignorait pas que la lettre (de ce verset) est plus générale que la cause de (sa) révélation ; mais il a exposé (ici) que ce que la lettre (de ce verset) veut dire est lui-même particulier" ("Lâ yakhfâ 'alayhi [= 'ala-bni Abbâs] anna-l-lafza a'ammu min as-sabab, wa lâkinna-hû bayyana anna-l-murâda min al-lafzi : khâss") (Al-Itqân p. 97).

Ibn Taymiyya a exprimé la même chose ainsi : "Personne n'a dit : "Les textes de portée générale, dans le Coran et la Sunna, sont particuliers à une personne précise." Tout ce qui est dit c'est : "(Ces textes) sont particuliers à la catégorie immédiate de cette personne, de sorte que cela concerne tout ce qui lui ressemble ; la généralité ne se fait pas, à propos de ces textes, selon la seule lettre" ("… Lam yaqul ahadun : inna 'umûmâti il-kitâb was-sunna takhtassu bi-sh-shakhs il-mu'ayyan. Wa innamâ ghâyatu mâ yuqâl : innahâ takhtassu bi naw'i dhâlika-sh-shakhs, fa ya'ummu mâ yashbahuh ; wa lâ yakûnu-l-'umûmu fîha bi hasb il-lafz") (Majmû' ul-fatâwâ 13/339 ; également cité dans al-Itqân p. 98).

Ibn ul-Qayyim a écrit la même chose à propos d'un hadîth prononcé dans un contexte précis : "Même si la considération va à la généralité de la lettre, ce qui est à considérer c'est la généralité de la lettre dans ce qui est semblable à ce qui a été évoqué, et non pas dans ce qui en est différent" ("Wa-l-i'tibâru, wa in kâna li 'umûl il-lafz, fa innamâ yu'tabaru 'umûmuhû fî nazîr il-madhkûr, lâ fî mâ yukhâlifuh") (Ahkâm ahl idh-dhimma, p. 200).

Il y a donc, concernant le verset de type B.b, trois attitudes possibles :
- a) confiner sa portée à la personne à propos de qui il a été révélé (takhsîssu hukmihâ bi-sh-shakhs il-mu'ayyan alladhî nazalat fîh) ; c'est là un extrême et une posture incorrecte ;
- b) généraliser sa portée, mais ce sur la base de sa seule littéralité (ta'mîmu hukmihâ bi hasbi zâhiri lafzihâ faqat) ; c'est là un autre extrême, et une autre posture incorrecte ;
- c) généraliser sa règle, mais ce non pas sur la base de la seule littéralité de ces versets mais par le biais d'un tanqîh ul-manât, c'est-à-dire par recherche de ce qui, chez la personne au sujet de qui le verset a été révélé, a motivé cette révélation, de façon à ce que la règle englobe toute la catégorie de laquelle relève cette personne (ta'mîmu hukmihâ ilâ naw'i dhâlika-sh-shakhs alladhî nazalat fîh, bi haythu ya'ummu hukmuha-l-juz'iyyât allatî tashbahu dhâlika-sh-shakhsa fî-s-sabab alladhî nazalat fîh)".

(Fin de citation de l'extrait.)

On remarque que le commentaire de at-Tabarî et celui de al-Albânî rejoignent cette troisième attitude.

En effet, voici, pour rappel, ce que at-Tabarî a écrit sur le sujet :
"Si quelqu'un objecte à cela ceci : "Dieu – Très élevé soit Son souvenir –, en donnant cette information [= "kufru man lam yahkum bi mâ anzalallâh"], a généralisé [celle-ci] ("'amma") à tous ceux qui ne jugent pas d'après ce que Dieu a révélé ; comment en as-tu fait quelque chose de particulier ("khâss") ?",
on lui répondra ceci :
"Dieu – élevé soit-Il –, en donnant cette information [= "kufru man lam yahkum bi mâ anzalallâh"],
a généralisé [celle-ci] ("'amma") à un groupe de gens qui reniaient ("jâhidîn") le hukm que Dieu a rendu dans Son livre ; Il a donné comme information à leur sujet qu'ils étaient, par le fait qu'ils délaissaient ce hukm de la façon qu'ils le délaissaient, kâfir. La même chose sera dite à propos de toute personne qui ne juge pas d'après ce que Dieu a révélé en le reniant ("jâhidan bihî") : elle est kâfir par rapport à Dieu, comme l'a dit Ibn 'Abbâs, car, en reniant le hukm de Dieu après avoir su qu'Il l'a révélé dans Son Livre, elle est comme [celui qui a] renié le prophétat de Son Prophète après avoir su qu'il est prophète.""

Et voici ce que al-Albânî a écrit en commentaire de cet écrit de at-Tabarî :
"Le résumé du propos [de at-Tabarî] est que ce verset a été révélé au sujet de juifs qui ont renié ce que Dieu a révélé. Dès lors, celui qui a en commun avec eux le reniement ("jahd"), celui-là est kâfir d'un kufr i'tiqâdî. Et celui qui n'a pas en commun avec eux le reniement ("jahd"), celui-là est kâfir d'un kufr 'amalî, car il a fait la même action qu'eux ; il est donc fautif, pécheur, mais il ne sort pas de la milla par cela, comme on l'a déjà cité de Ibn 'Abbâs."

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Seconde remarque :

Si le nom "kharijites" est bel et bien présent dans mon article consacré à la question relative à "'adam ul-hukm bi mâ anzalallâh" (est-ce du kufr akbar ou non), c'est dans la mesure où il est relaté parce qu'il figure dans le propos de Abû Mijlaz (d'après une des deux versions du propos, sous la désignation : "ibâdhiyya").

Cependant, contrairement à ce que l'objecteur affirme ("comment les gens du doute et de la fitna instrumentalisent les propos tels que celui de Abû Mijlaz pour définir le fait de "ne pas juger selon le hukm d'Allah" comme un acte de kufr asghar seulement, en cataloguant tous ceux qui sont d'un autre avis de Kharijites"), je n'ai nulle part "catalogué tous ceux qui sont d'un autre avis de Kharijites". J'ai eu beau relire mon article en question, je n'ai trouvé nulle part un passage allant dans ce sens.
Prière, donc, de ne pas m'attribuer ce que je n'ai pas dit, car ce serait "émettre un jugement à propos d'une personne – moi – sur la base d'un propos lui étant faussement attribué". Or Dieu ayant ordonné d'être véridique, ce serait du... hukm bi ghayri mâ anzalallâh.

Par contre, Cheikh Albânî ("radhiyallâhu 'anh"), lui, a dit qu'il est des gens qui "ont pris une direction semblable à celle des Kharijites". Il a en effet écrit : (c'est dans le passage traduit plus haut) : "Et il n'y a pas d'autre choix que citer d'eux ce que je peux [ici] ; peut-être cela éclairera-t-il le chemin devant ceux qui ont dévié aujourd'hui à propos de ce point délicat et ont pris une direction semblable à celle des Kharijites qui font la takfîr des musulmans par le fait qu'ils commettent des péchés, même s'ils prient et jeûnent !"

Ceux qui sont animés d'un sentiment de vérité et de justice fondé réellement sur ce qu'Allah a révélé jugeront d'eux-mêmes qui, de moi et de l'objecteur, tient des propos qui sont comment...

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Troisième remarque :

C'est Cheikh Albânî lui-même qui, pour prouver qu'il ne faut pas faire la takfîr des juges tant qu'ils ne renient pas clairement les règles de l'islam, a cité (entre autres preuves) l'échange verbal ayant eu lieu entre Abû Mijlaz et certains Kharijites ; et al-Albânî parle bien de notre époque (il a parlé de ne pas faire la takfîr de juges au début, et plus tard a évoqué "ceux qui ont dévié aujourd'hui" et "ont pris une direction" - etc. -, c'est-à-dire font la takfîr de façon bien légère).

Ce que l'objecteur a dit (que j'instrumentalise le propos de Abû Mijlaz, que j'applique ce qu'il a dit des Banû Umayya à une réalité différente aujourd'hui, que ce sont "les gens de la fitna et du doute" qui font cela...) s'appliquerait-il donc à Cheikh Albânî  ("radhiyallâhu 'anh") ?

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Quatrième remarque :

Cheikh Albânî parle ici de ceux qui rendent comme jugement autre chose que ce qu'Allah a révélé.

Par contre, le même cheikh Albânî a dit que Ataturk a fait Kufr Akbar par le fait d'avoir enlevé les lois d'Allah comme Loi de la Turquie et avoir imposé à leur place des lois positives. C'est lors d'une discussion qu'il avait eue avec un prêtre arabe libanais, dans un train : "وتحدثت معه... بينت له أن المسلمين ما كفّروا أتاتورك لأنه مسلم، لا... لأنه هو تبرأ من الإسلام حينما فرض على المسلمين نظامًا غير نظام الإسلام، من جملتها مثلاً انه سوَّى في الإرث بين الذكر والأنثى، والله يقول عندنا: {للذكر مثل حظ الأنثيين" (Fatâwâ ach-cheikh al-Albânî wa muqâranatu-hâ bi fatâwâ al-'ulamâ', p. 263).

Cheikh Albânî dit aussi, en une autre occasion : "افترض أنهم فعلوا كما فعل - لا سمح الله - أتاتورك في زمانه حيث أعلن بأن الإسلام لا يصلح لتطبيقه في هذا الزمان" : "Ataturk avait proclamé à son époque que l'islam ne convient pas pour être (une Loi) appliquée à cette époque" (Ibid., p. 588). Ici c'est une autre cause de Kufr Akbar : il s'agit d'une parole de kufr, par le fait d'avoir dit que la Loi de Dieu n'est plus convenable.

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Note :

L'objecteur a émis d'autres critiques à propos de mon article en question, avec notamment des citations de an-Nawawî et de Ibn Taymiyya. J'y apporte des réponses dans la suite de cet article.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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