Quand Adam et Eve (sur eux soit la paix) mangèrent de l'arbre défendu

Adam a été créé. Les anges ont fait devant lui une prosternation de respect, conformément à l'ordre de Dieu, et Iblîs a été rejeté à cause de sa rébellion contre cet ordre divin. Avant ou après cela, Dieu a enseigné à Adam les noms de toute chose.

Se déroule maintenant ce que Dieu relate ainsi : "وَقُلْنَا يَا آدَمُ اسْكُنْ أَنتَ وَزَوْجُكَ الْجَنَّةَ وَكُلاَ مِنْهَا رَغَداً حَيْثُ شِئْتُمَا وَلاَ تَقْرَبَا هَذِهِ الشَّجَرَةَ فَتَكُونَا مِنَ الْظَّالِمِينَ" : "Et Nous dîmes : "O Adam, habitez, toi et ton épouse, le Paradis. Et mangez de (ce qui) s'y (trouve) en toute aisance ; et ne vous approchez même pas de cet arbre [= pour en manger quelque chose], sinon vous serez du nombre des injustes"" (Coran 2/35) (un verset aux termes voisins est lisible en Coran 7/19).

Dieu mit aussi en garde Adam contre Iblîs et sa volonté de les faire quitter, lui et son épouse, le Paradis : "فَقُلْنَا يَا آدَمُ إِنَّ هَذَا عَدُوٌّ لَّكَ وَلِزَوْجِكَ فَلَا يُخْرِجَنَّكُمَا مِنَ الْجَنَّةِ فَتَشْقَى إِنَّ لَكَ أَلَّا تَجُوعَ فِيهَا وَلَا تَعْرَى وَأَنَّكَ لَا تَظْمَأُ فِيهَا وَلَا تَضْحَى" : "Nous dîmes alors : "O Adam, celui-ci [= Iblîs] est un ennemi pour toi et pour ton épouse. Qu'il ne provoque donc pas votre expulsion du Paradis, car alors tu seras malheureux ; tu as (de quoi) ne pas avoir faim en ce (Paradis) et ne pas être nu ; et tu as (de quoi) ne pas avoir soif en ce (Paradis) et ne pas être frappé de l'ardeur du soleil" (Coran 20/117-119).

Dieu relate ce qui se passa ensuite : "فَأَزَلَّهُمَا الشَّيْطَانُ عَنْهَا فَأَخْرَجَهُمَا مِمَّا كَانَا فِيهِ" : "Par la suite le Diable les fit glisser au sujet de l'(arbre)*, et provoqua leur expulsion de ce en quoi ils se trouvaient" (Coran 2/36) * traduction d'après l'une des deux analyses syntaxiques possibles (voir Bayân ul-qur'ân : An-Nahw, en note de bas de page).

En effet, le Diable réussit à les faire manger le fruit défendu. Dieu commente ainsi ce que Adam et Eve firent : "Et Adam désobéit (ainsi) à Son Pourvoyeur, et se fourvoya alors" : "وَعَصَى آدَمُ رَبَّهُ فَغَوَى" (Coran 20/121).

Dieu relate ce qu'Il leur dit alors : "وَنَادَاهُمَا رَبُّهُمَا أَلَمْ أَنْهَكُمَا عَن تِلْكُمَا الشَّجَرَةِ وَأَقُل لَّكُمَا إِنَّ الشَّيْطَآنَ لَكُمَا عَدُوٌّ مُّبِينٌ" : "Et leur Pourvoyeur leur dit : "Ne vous avais-Je pas interdit cet arbre, et ne vous avais-Je pas dit que le Diable est pour vous un ennemi déclaré ?"" (Coran 7/22).

Cette action de Adam eut pour conséquence que lui et son épouse durent quitter le Paradis : "وَقُلْنَا اهْبِطُواْ بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ وَلَكُمْ فِي الأَرْضِ مُسْتَقَرٌّ وَمَتَاعٌ إِلَى حِينٍ" : "Et Nous dîmes : "Descendez, les uns ennemis des autres. Et vous aurez sur la Terre un lieu de demeure et un profit jusqu'à un certain temps"" (Coran 2/36).

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I) Quel était cet arbre dont Adam et Eve ne devaient pas manger le fruit ?

Le Coran ne le précise pas.

Ce que l'on sait c'est qu'il s'agissait d'un arbre précis parmi tous les arbres du Paradis (ou d'une catégorie précise d'arbre parmi toutes les catégories d'arbres du Paradis : Hâdi-l-arwâh, p. 74).

Le Coran ne dit pas – à la différence de la Torah – qu'il s'agissait de l'Arbre de la Connaissance, auquel Adam et Eve auraient voulu accéder alors que Dieu le leur avait interdit. Au contraire, la capacité de découvrir, de prendre connaissance et d'assimiler cette connaissance nouvelle, cette capacité constitue une caractéristique de l'homme, qui lui accorde une valeur particulière, et Dieu l'a montré aux Anges.

L'interdiction consistait donc seulement en une limite imposée par Dieu aux deux premiers humains.

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II) Quel était le Paradis dans lequel Adam et Eve se trouvaient-ils : le Paradis céleste, ou un paradis terrestre ?

Ce point fait l'objet d'avis divergents entre les ulémas (de l'orthodoxie sunnite même). Dans son livre Hâdi-l-arwâh, Ibn ul-Qayyim a consacré plus de 20 pages à l'exposé de ces deux avis, avec les arguments et contre-arguments de chacun d'eux (pp. 52-75).

Il y a bien sûr l'avis qui dit qu'il s'agissait bien du Paradis promis après le jugement dernier. De nombreux arguments sont avancés (cf. Hâdi-l-arwâh, p. 74).

Cependant, un autre avis existe qui dit que Adam et Eve habitaient alors un paradis, mais pas le Paradis qui est promis aux croyants après la mort, la résurrection et le jugement dernier. Le fait est que, comme nous l'avons vu au point précédent, Dieu avait communiqué à Adam et Eve une interdiction, une limite imposée à leur liberté. Or dans le Paradis de la vie dernière, il n'y a aucun interdit [parmi les choses qui relèvent de ce que la nature humaine primordiale (fit'ra) considère licite] (cf. Hâdi-l-arwâh, p. 68). Ibn Taymiyya a donné préférence à cet avis (An-Nubuwwât, p. 252).

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III) Comment le Diable parvint-il à communiquer avec Adam et Eve, lui qui avait été expulsé du lieu où il se trouvait auparavant (Coran 7/13) (cliquez ici) ?

Cette question ne se pose que par rapport à l'avis qui dit que Adam et Eve se trouvaient dans le Paradis céleste ; sinon, les ulémas qui pensent qu'ils étaient dans un paradis terrestre ont vu là un autre argument en faveur de leur avis...

Les avis des Commentateurs sont divergents par rapport à la question posée :
certains sont d'avis qu'Iblîs a réussi à venir parler à Adam et Eve face à face ; parmi tous ceux qui sont de cet avis, il en est qui pense que Iblîs est entré dans le Paradis, dissimulé par le serpent ;
d'autres sont d'avis qu'Iblîs n'est pas entré dans le Paradis mais qu'il s'est contenté de faire entrer, à distance, des suggestions dans le cœur de Adam et de Eve.
(Ces deux avis sont visibles dans Tafsîr ul-Qurtubî, 1/312-313.)

Dieu dit qu'Iblîs fit à Adam et Eve des suggestions : was'wassa est le nom d'action (masdar) du verbe qui figure dans le texte coranique : "فَوَسْوَسَ إِلَيْهِ الشَّيْطَانُ قَالَ يَا آدَمُ هَلْ أَدُلُّكَ عَلَى شَجَرَةِ الْخُلْدِ وَمُلْكٍ لَّا يَبْلَى" (Coran 20/120) ; "فَوَسْوَسَ لَهُمَا الشَّيْطَانُ لِيُبْدِيَ لَهُمَا مَا وُورِيَ عَنْهُمَا مِن سَوْءَاتِهِمَا وَقَالَ مَا نَهَاكُمَا رَبُّكُمَا عَنْ هَذِهِ الشَّجَرَةِ إِلاَّ أَن تَكُونَا مَلَكَيْنِ أَوْ تَكُونَا مِنَ الْخَالِدِينَ وَقَاسَمَهُمَا إِنِّي لَكُمَا لَمِنَ النَّاصِحِينَ فَدَلاَّهُمَا بِغُرُورٍ" (Coran 7/20-22)... Ceci peut s'appliquer à chacun des deux avis que nous venons de citer...

Adam a-t-il su que ces paroles – ou ces pensées – provenaient de Iblîs ? Cheikh Thânwî évoque les deux possibilités : Oui, et Non (Bayân ul-qur'ân 1/24).

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IV) Adam et Eve commirent tous deux l'action de manger ce fruit, et en furent tous deux responsables, disent les textes de l'islam. Cependant, les textes de l'islam ajoutent-ils aussi que c'est Eve qui a incité Adam à le faire, ou bien ne disent-ils rien de tel ?

Ce qui est certain c'est que dans le Coran rien de tel n'est précisé. Il y est seulement dit que Iblîs les poussa tous deux à faire cette action, que tous deux la firent, et qu'ensuite tous deux reçurent des reproches de la part de Dieu.

Cependant, il y a un hadîth du Prophète (sur lui soit la paix) qui se lit ainsi : "N'était Eve, aucune femme n'aurait trahi son mari" (al-Bukhârî, Muslim).
Ibn Hajar et an-Nawawî (entre autres) ont interprété cette phrase comme faisant référence au fait que c'est Eve qui a incité Adam à manger le fruit défendu.
Par contre, un autre 'âlim fait valoir que le texte du hadîth ne dit pas cela explicitement ; et que ce qu'il dit est seulement que Eve a eu quelque manquement par rapport aux droits de Adam, et si elle n'avait fait cela, ses filles n'auraient pas eu de manquements dans les droits de leur mari. C'est tout ce que dit le texte de ce hadîth, et il ne s'y trouve donc pas d'allusion au fait que ce serait Eve qui a incité Adam à manger le fruit défendu (lire la réponse de ce 'âlim).

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V) L'action de Adam et Eve eut en fait deux conséquences :

Une première, qui se produisit immédiatement : "فَأَكَلَا مِنْهَا فَبَدَتْ لَهُمَا سَوْآتُهُمَا وَطَفِقَا يَخْصِفَانِ عَلَيْهِمَا مِن وَرَقِ الْجَنَّةِ" : "Alors ils mangèrent de cet [arbre, ou des fruits de cet arbre] ; leurs parties intimes leur apparurent alors, et ils se mirent à les (recouvrir) en fixant des feuilles du Paradis" (Coran 20/121). "فَلَمَّا ذَاقَا الشَّجَرَةَ بَدَتْ لَهُمَا سَوْءَاتُهُمَا وَطَفِقَا يَخْصِفَانِ عَلَيْهِمَا مِن وَرَقِ الْجَنَّةِ" : "Alors, lorsqu'ils eurent goûté de l'arbre, leurs parties intimes leur apparurent, et ils se mirent à les (recouvrir) en fixant des feuilles du Paradis" (Coran 7/22).

Ici il faut noter que regarder les parties intimes de son époux(se) (an-nazar ilâ saw'at iz-zawj) est une chose, et se mettre entièrement nu (at-ta'arrî) est autre chose. En effet, aucune de ces deux actions n'implique l'autre (car il peut arriver que quelqu'un regarde les parties intimes de son épouse sans que celle-ci soit entièrement nue, comme il peut arriver que quelqu'un soit entièrement nu mais que, étant seul, il n'y ait aucun humain qui puisse le voir) ; il est vrai cependant que toutes les deux sont autorisées en cas de besoin – hâja – (comme par exemple les relations intimes ou le fait de se baigner, concernant le premier et le second faits).

Ce qui se passa alors c'est que les parties intimes de Adam et de Eve se retrouvèrent privées de ce qui, jusqu'à présent dans le Paradis, les dissimulait, et chacun se retrouva ainsi subitement nu devant l'autre. Or, selon un commentaire, avant cela, les parties intimes de chacun d'eux n'étaient visibles que de leur détenteur et pas de l'autre (Tafsîr ul-Qurtubî, 1/177). Selon un autre commentaire, avant cela, leurs parties intimes n'étaient pas visibles de leur détenteur non plus (Rûh ul-ma'ânî 4/339 et Bayân ul-qur'ân 4/7). Ces deux commentaires pourraient être compris comme signifiant qu'en temps normal ces parties restaient cachées par quelque chose de paradisiaque, même si leur détenteur pouvaient les découvrir en cas de besoin, et que c'est le fait de se retrouver tout d'un coup tout nu, sans besoin, devant l'autre, qui fut une humiliation. Certains ulémas disent ainsi que, quand il n'y en a aucun besoin, hâja (comme faire ses besoins, faire sa toilette, avoir des relations intimes, se faire ausculter pour un problème d'ordre médical, etc.), il est au moins contraire à la bienséance de laisser ses parties intimes découvertes, et ce même si on est complètement seul (Mirqât ul-mafâtîh 6/200 ; voir quelque chose de voisin dans Hujjat ullâh il-bâligha 2/336-337).

Si le Diable voulait que, par le fait de manger le fruit défendu, Adam et Eve soient expulsés du lieu paradisiaque dans lequel ils habitaient, le verset 7/20 montre que le fait que leur nudité leur apparaisse ne fut pas seulement un effet secondaire de leur acte ; ce fut aussi un objectif secondaire d'Iblîs : Dieu parle ainsi d'Iblîs : "فَوَسْوَسَ لَهُمَا الشَّيْطَانُ لِيُبْدِيَ لَهُمَا مَا وُورِيَ عَنْهُمَا مِن سَوْءَاتِهِمَا" : "Le Diable leur fit des suggestions afin que ce qui était caché d'eux – leurs parties intimes – leur soit découvert" (Coran 7/20). Cheikh Thânwî écrit qu'il est possible de comprendre cette information comme signifiant qu'Iblîs veut nuire aux hommes par tous les moyens possibles, et par le fait de les rendre soudainement nus, il voulait humilier Adam et Eve, ceci constituant également un tort, fût-il moindre que celui de réussir à mettre fin à leur jouissance des bienfaits du Paradis (Bayân ul-qur'ân 4/7, note de bas de page).

Une seconde conséquence : Dieu leur donna l'ordre de quitter le Paradis. Il relate : "فَأَزَلَّهُمَا الشَّيْطَانُ عَنْهَا فَأَخْرَجَهُمَا مِمَّا كَانَا فِيهِ وَقُلْنَا اهْبِطُواْ بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ وَلَكُمْ فِي الأَرْضِ مُسْتَقَرٌّ وَمَتَاعٌ إِلَى حِينٍ" : "Par la suite le Diable les fit glisser par rapport à l'(arbre) et provoqua leur expulsion de ce en quoi ils se trouvaient. Et Nous dîmes : "Descendez, les uns ennemis des autres. Et vous aurez sur la Terre un lieu de demeure, et un profit jusqu'à un certain temps"" (Coran 2/36). "قَالَ اهْبِطُواْ بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ وَلَكُمْ فِي الأَرْضِ مُسْتَقَرٌّ وَمَتَاعٌ إِلَى حِينٍ قَالَ فِيهَا تَحْيَوْنَ وَفِيهَا تَمُوتُونَ وَمِنْهَا تُخْرَجُونَ" : "Il dit : "Descendez, les uns ennemis des autres. Et vous aurez sur la Terre un lieu de demeure et un profit jusqu'à un certain temps." Il dit (aussi) : "Sur elle vous vivrez, sur elle vous mourrez, et d'elle on vous fera sortir [pour être jugés]"" (Coran 7/24-25).

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VI) Adam et Eve demandent pardon à Dieu, et Dieu leur accorde Son Pardon :

Dieu relate : "فَتَلَقَّى آدَمُ مِن رَّبِّهِ كَلِمَاتٍ" : "Adam reçut alors de son Pourvoyeur des paroles" (Coran 2/37). D'après un commentaire, ces paroles sont celles-là mêmes que Dieu nous rapporte dans le verset coranique suivant.

"قَالاَ رَبَّنَا ظَلَمْنَا أَنفُسَنَا وَإِن لَّمْ تَغْفِرْ لَنَا وَتَرْحَمْنَا لَنَكُونَنَّ مِنَ الْخَاسِرِينَ" : "Tous deux dirent : "O notre Pourvoyeur, nous avons été injustes envers nous-mêmes, et si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas Miséricorde, nous serons très certainement du nombre des perdants"" (Coran 7/23).

Dieu leur accorda alors Son Pardon : "فَتَابَ عَلَيْهِ إِنَّهُ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ" : "Il accepta alors son repentir ; Il est, Lui, Celui qui accepte le repentir, le Miséricordieux" (Coran 2/37).

Dans un autre verset, juste après avoir relaté que Adam commit ce qui lui avait été interdit, Dieu dit de même : "ثُمَّ اجْتَبَاهُ رَبُّهُ فَتَابَ عَلَيْهِ وَهَدَى" : "Ensuite son Pourvoyeur le choisit ; Il accepta alors son repentir et (le) guida" (Coran 20/122).

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VII) L'ordre de descendre du Ciel, ou du Paradis :

Dans la sourate 2, l'ordre de descendre est relaté en deux fois : "فَأَزَلَّهُمَا الشَّيْطَانُ عَنْهَا فَأَخْرَجَهُمَا مِمَّا كَانَا فِيهِ وَقُلْنَا اهْبِطُواْ بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ وَلَكُمْ فِي الأَرْضِ مُسْتَقَرٌّ وَمَتَاعٌ إِلَى حِينٍ فَتَلَقَّى آدَمُ مِن رَّبِّهِ كَلِمَاتٍ فَتَابَ عَلَيْهِ إِنَّهُ هُوَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ قُلْنَا اهْبِطُواْ مِنْهَا جَمِيعاً فَإِمَّا يَأْتِيَنَّكُم مِّنِّي هُدًى فَمَن تَبِعَ هُدَايَ فَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنُونَ" (Coran 2/36-38) :
une première fois faisant suite au récit du fait que le Diable les fit glisser, et introduit par la conjonction "Et" ("Et Nous dîmes : "Descendez ! Vous êtes les uns ennemis des autres. Vous aurez sur la Terre un lieu de demeure, et un profit jusqu'à un certain temps" : Coran 2/36) ; le verset relatant cet ordre est suivi du verset que nous venons de voir : "Puis Adam reçut de son Pourvoyeur des paroles, et alors Il agréa son repentir ; Il est, Lui, Celui qui accepte le repentir, le Miséricordieux" (Coran 2/37)" ;
et une seconde fois juste après ce verset, sans conjonction : "Nous dîmes : "Descendez d(u Paradis / Ciel), tous. Si une guidance vient à vous de Ma part, alors celui qui suivra Ma guidance : pas de crainte sur eux ni ils ne seront attristés ; et ceux qui n'auront pas apporté foi et auront traité de mensonge Nos signes, eux seront les gens du feu ; ils y resteront éternels"" (Coran 2/38-39).

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Par contre, dans la sourate 20
, l'ordre de descendre est relaté en une seule fois : "فَأَكَلَا مِنْهَا فَبَدَتْ لَهُمَا سَوْآتُهُمَا وَطَفِقَا يَخْصِفَانِ عَلَيْهِمَا مِن وَرَقِ الْجَنَّةِ وَعَصَى آدَمُ رَبَّهُ فَغَوَى ثُمَّ اجْتَبَاهُ رَبُّهُ فَتَابَ عَلَيْهِ وَهَدَى قَالَ اهْبِطَا مِنْهَا جَمِيعًا بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ فَإِمَّا يَأْتِيَنَّكُم مِّنِّي هُدًى فَمَنِ اتَّبَعَ هُدَايَ فَلَا يَضِلُّ وَلَا يَشْقَى وَمَنْ أَعْرَضَ عَن ذِكْرِي فَإِنَّ لَهُ مَعِيشَةً ضَنكًا وَنَحْشُرُهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ أَعْمَى" (Coran 20/122-124). Après la phrase "Ensuite son Pourvoyeur le choisit ; Il accepta alors son repentir et (le) guida" (Coran 20/122), cet ordre est relaté sans conjonction : "Il dit : "Descendez vous deux d(u Paradis / Ciel), tous ! Vous êtes les uns ennemis des autres. Si une guidance vient à vous de Ma part, alors celui qui suivra Ma guidance ne s'égarera pas ni ne sera malheureux ; et celui qui se sera détourné de Mon rappel [= cette guidance], celui-là aura une vie pleine de gêne, et le jour de la résurrection Nous le rassemblerons aveugle"" (Coran 20/123-124).

Cet ordre a-t-il été donné en deux fois ? D'après Cheikh Thânwî : Oui : une première fois juste après le fait d'avoir mangé le fruit défendu, et une seconde fois après avoir reçu le Pardon de Dieu (Bayân ul-qur'ân 1/25).

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VIII) A qui s'adresse cette phrase : "اهْبِطَا مِنْهَا جَمِيعًا بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ" : "Descendez vous deux d(u Paradis / Ciel), tous ! Vous êtes les uns ennemis des autres" (Coran 20/123) / "اهْبِطُواْ بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ وَلَكُمْ فِي الأَرْضِ مُسْتَقَرٌّ وَمَتَاعٌ إِلَى حِينٍ" : "Descendez ! Vous êtes les uns ennemis des autres. Vous aurez sur la Terre un lieu de demeure, et un profit jusqu'à un certain temps" (Coran 2/36) ?

Il y a deux possibilités :

Soit à Adam, Eve et Iblîs ; et c'est ce qui explique l'emploi du pluriel dans le verbe "Descendez", au verset 2/36. Quant au verset 20/123, où le verbe "Descendez" est au duel, il s'adresse à Adam d'un côté et à Iblîs de l'autre, Eve étant incluse dans la première catégorie, celle de l'homme, avec Adam (Hâdi-l-arwâh, p. 59).
Cet avis se marie avec celui qui dit que Adam et Eve étaient alors dans le Paradis céleste, et avec l'avis qui dit que Iblîs avait réussi à s'y introduire temporairement, bien qu'ayant été chassé du Ciel (voir plus haut, points II et III).
Quant à l'inimitié annoncée, elle concerne les humains et les démons (Hâdi-l-arwâh, p. 59). Certains y ajoutent même le serpent, qui aurait introduit Iblîs dans le Paradis (comme relaté de certains commentateurs plus haut, au point III), et dont les descendants sont ennemis des humains sur Terre (Tafsîr ul-Qurtubî 1/319-320).

Soit à Adam et Eve seulement ; et c'est ce qui explique l'emploi du duel dans le verset 20/123 (Bayân ul-qur'ân 1/24, note de bas de page). Cependant, sont compris aussi les futurs descendants de ces premiers humains, jusqu'à la fin du monde, et c'est pourquoi le pluriel a été employé au verset 2/36. C'est aussi des humains fils de Adam et de Eve que le verset parle quand il dit : "Vous êtes les uns ennemis des autres" : en effet, la vie sur Terre est faite de telle sorte qu'elle crée des conflits d'intérêts entre de nombreux humains ; or c'est une cause d'affliction supplémentaire pour les parents que de savoir que leurs enfants ne s'entendront pas tous (Bayân ul-qur'ân 1/24).

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IX) L'annonce de la venue de Prophètes recevant la révélation divine pour servir de guidance aux enfants de Adam et Eve :

Juste après l'ordre qu'ils devaient descendre, Dieu affirma en effet à Adam et à Eve qu'Il leur enverrait une guidance, qu'il y aurait des gens qui la suivraient et iraient après la résurrection dans le Paradis, tandis que d'autres refuseraient de le faire et seraient ressuscités aveugles, puis envoyés dans la Géhenne.

"قُلْنَا اهْبِطُواْ مِنْهَا جَمِيعاً فَإِمَّا يَأْتِيَنَّكُم مِّنِّي هُدًى فَمَن تَبِعَ هُدَايَ فَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنُونَ وَالَّذِينَ كَفَرواْ وَكَذَّبُواْ بِآيَاتِنَا أُولَئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ" : "Nous dîmes : "Descendez d(u Paradis / Ciel), tous. Si une guidance vient à vous de Ma part, alors celui qui suivra Ma guidance : pas de crainte sur eux ni ils ne seront attristés ; et ceux qui n'auront pas apporté foi et auront traité de mensonge Nos signes, eux seront les gens du feu ; ils y resteront éternels"" (Coran 2/38-39).

"قَالَ اهْبِطَا مِنْهَا جَمِيعًا بَعْضُكُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ فَإِمَّا يَأْتِيَنَّكُم مِّنِّي هُدًى فَمَنِ اتَّبَعَ هُدَايَ فَلَا يَضِلُّ وَلَا يَشْقَى وَمَنْ أَعْرَضَ عَن ذِكْرِي فَإِنَّ لَهُ مَعِيشَةً ضَنكًا وَنَحْشُرُهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ أَعْمَى" : "Il dit : "Descendez vous deux d(u Paradis / Ciel), tous ! Vous êtes les uns ennemis des autres. Si une guidance vient à vous de Ma part, alors celui qui suivra Ma guidance ne s'égarera pas ni ne sera malheureux ; et celui qui se sera détourné de Mon rappel [= cette guidance], celui-là aura une vie pleine de gêne, et le jour de la résurrection Nous le rassemblerons aveugle"" (Coran 20/123-124).

Par ailleurs on voit ici – puisqu'il s'agit de deux parties du même propos –que les destinataires de cette affirmation sont les mêmes que ceux de l'ordre "Descendez !". La promesse de l'envoi de guidance peut dès lors s'adresser :
soit à la descendance de Adam et Eve seulement ; cela étayerait la seconde possibilité évoquée au point VIII : l'ordre de descendre présent dans les versets 2/36, 2/38 et 20/123 s'adressait, lui aussi, aux humains seulement ;
soit à la descendance de Adam et Eve, et à celle d'Iblîs ; ceci est possible d'après l'avis qui dit que tous les djinns sont des enfants d'Iblîs mais que les djinns croyants et vertueux ont désavoué leur père et ont choisi d'écouter et de suivre l'appel de Dieu.

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X) Comment se peut-il que Adam et Eve aient suivi les suggestions d'Iblîs et aient mangé le fruit (ou toute autre partie) de cet arbre, eux à qui Dieu l'avait explicitement interdit ?

Lire cela dans un autre article.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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