Dieu est Pur d'avoir un fils, dit le Coran. Comment cela, alors que la Torah et l'Evangile (que le Coran affirme confirmer) utilisent la formule "fils de Dieu" à de nombreuses reprises ?

Un message que j'ai reçu :

Il est notoire que le Coran dit à plusieurs reprises que Dieu ne saurait avoir de fils (voir Coran 2:116, 6:100, 9:30 et 25:2).

Or le Coran est censé confirmer la Torah et l'Evangile.

Et on lit dans l'Ancien Testament que Dieu se compare à un "Père" (Deutéronome 14:1 et 32:6, Exode 4:22 et Isaïe 64:7).
De plus, il y a tellement de passages dans les Évangiles qui nous disent que Jésus est le "Fils de Dieu" qu'il faudrait à mon avis vraiment être aveugle et sourd spirituellement pour oser dire le contraire !

-
Réponse :

I) La formule "fils de Dieu" ou, plus généralement : "enfant de Dieu" peut signifier plusieurs choses, qu'il ne faut pas confondre :

La formule "fils de Dieu" peut signifier 2 choses :

sens a) "qui est proche de Dieu" ; "qui est aimé par Dieu" ; c'est alors un terme employé au sens figuré (majâz) (et, plus précisément, une métaphore directe, isti'âra) : celui qui est aimé par X est comme un fils pour X : le comparant a ensuite été cité mais pas le comparé, comme dans toute métaphore directe. Ce sens figure dans le Coran dans ce verset (au sujet duquel nous reviendrons plus bas, en B) : "وَقَالَتِ الْيَهُودُ وَالنَّصَارَى نَحْنُ أَبْنَاء اللّهِ وَأَحِبَّاؤُهُ قُلْ فَلِمَ يُعَذِّبُكُم بِذُنُوبِكُم بَلْ أَنتُم بَشَرٌ مِّمَّنْ خَلَقَ" : "(D)es juifs et (d)es chrétiens ont dit : "Nous sommes les fils de Dieu et Ses bien-aimés"" (Coran 5/18). La formule "fils de Dieu" signifie alors à peu près la même chose que ce que le Coran signifie par la formule "khalîl ullâh" ("ami très proche de Dieu"), employé quant à lui au sens propre : "واتَّخَذَ اللَّهُ إبراهيم خليلًا" : "Et Dieu prit Abraham comme ami" ;

sens b) "à qui Dieu a conféré le caractère divin et qui est moindre que Dieu" ; donc, par voie d'incidence : "à qui on peut, ou on doit, rendre un culte". Y correspond la formule coranique : "قَالُواْ اتَّخَذَ اللَّهُ وَلَدًا", mais en son sens général, lequel englobe les 3 cas de figure suivants :
–--- sens b.a) "soit que Dieu a élevé cet être au rang de divinité considérablement subordonnée à Lui" ; c'est le sens particulier de la formule coranique : "اتَّخَذَ اللَّهُ وَلَدًا" (dont al-Âlûssî écrit : "وقل الحمد لله الذي لم يتخذ ولدا} فضلا عن أن يكون له سبحانه ولد بطريق التولد" : Rûh ul-ma'ânî) ;
–--- sens b.b) "soit que cet être émane de l'Essence de Dieu, de sorte que cet être Lui est consubstantiel" ; cela est peut-être le sens de la formule coranique : "يَقُولُونَ وَلَدَ اللَّهُ", que Ibn Kathîr commente ainsi : "ليقولون ولد الله} أي: صدر منه الولد" : il semble d'agir d'une émanation, d'une consubstantialité. Or nulle créature ne peut posséder un Attribut de Dieu ; Les termes qui ont été employés en tant que Qualificatifs de Dieu, peut-on les employer à propos d'autres que Lui ? ; Connaître les Attributs de Dieu (صفات الله المعنوية), et transformer son être et son agir en conséquence ;
–--- sens b.c) "soit que Dieu l'a littéralement engendré, suite à l'union avec une femme" (comme les Grecs de l'Antiquité le croyaient au sujet de Zeus – qu'eux ne croyaient cependant pas être le créateur de l'univers, mais un être divin né à un moment donné, et né de deux parents : les titans Chronos et Rhéa, eux-mêmes nés à un moment donné. Ces Grecs croyaient que Zeus s'unissait à des déesses, des nymphes ou des mortelles, et de ces unions naissaient des dieux ou demi-dieux).

Comme l'ont écrit al-Ghazâlî, Ibn Taymiyya et Shâh Waliyyullâh, il est tout à fait possible que cette formule "fils de Dieu" ait été utilisée par Dieu ou par certains de Ses prophètes dans des Révélations antérieures au Coran (cf. respectivement Ar-Radd ul-jamîl, p. 25, Al-Jawâb us-sahîh, 2/56, 3/131, 159, Al-Fawz ul-kabîr, p. 35).
Mais, comme l'ont aussi souligné ces trois ulémas, il faut bien comprendre que c'est avec le sens numéroté ci-dessus "a" que les Ecritures antérieures au Coran et révélées aux fils d'Israël employaient cette expression.
Or c'est le sens b.b que des chrétiens donnent à cette expression à propos de Jésus.
Et c'est ce sens b.b qui est concerné par les versets du Coran que vous avez cités, et qui disent que Dieu n'a pas de fils.

-
Par ailleurs, il existe encore tout autre chose (qui n'a rien à voir avec l'appellation "fils de Dieu") :
dimension c) diviniser un être autre que Dieu, mais dans une dimension encore plus élevée que celle du sens b de "fils de Dieu".

On distingue la divinisation par ce sens b et la divinisation par cette dimension c dans plusieurs versets du Coran, parmi lesquels :
--- "تَبَارَكَ الَّذِي نَزَّلَ الْفُرْقَانَ عَلَى عَبْدِهِ لِيَكُونَ لِلْعَالَمِينَ نَذِيرًا الَّذِي لَهُ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَلَمْ يَتَّخِذْ وَلَدًا وَلَمْ يَكُن لَّهُ شَرِيكٌ فِي الْمُلْكِ وَخَلَقَ كُلَّ شَيْءٍ فَقَدَّرَهُ تَقْدِيرًا"  : "Celui à Qui appartient la Royauté des cieux et de la Terre, qui n'a pas pris d'enfant, et qui n'a pas d'associé dans la Royauté" (Coran 25/1-2).
-
Quelle est donc la différence entre
"diviniser un être autre que Dieu en l'élevant au rang de fils de Dieu" (sens b), et "diviniser un être autre que Dieu en l'élevant au rang d'égal à Dieu" (dimension c) ?
Pour le savoir, lire notre article consacré à ce point.

-

II) Le Coran connaît lui aussi l'utilisation de la formule "fils de Dieu" en son sens a (comme cela a été le cas dans les Ecritures Antérieures, nous le verrons plus bas, en V) :

Ainsi, à l'époque de Muhammad (sur lui la paix), certains juifs et certains chrétiens avaient dit : "Nous sommes les fils de Dieu et Ses bien-aimés".
Un verset du Coran fut alors révélé qui commence ainsi : "Les juifs et les chrétiens ont dit : "Nous sommes les fils de Dieu et Ses bien-aimés"" et qui se poursuit par l'affirmation de Dieu expliquant qu'Il n'a pas de préférence pour un peuple à cause de lui-même [la seule préférence étant due à la croyance en Son Unicité, à l'acceptation de tous Ses messagers, et aux actions que l'on fait] : "Vous êtes plutôt des humains parmi (tous) ceux qu'Il a créés".

Voici tout le passage, dans le texte originel du Coran : "وَقَالَتِ الْيَهُودُ وَالنَّصَارَى نَحْنُ أَبْنَاء اللّهِ وَأَحِبَّاؤُهُ قُلْ فَلِمَ يُعَذِّبُكُم بِذُنُوبِكُم بَلْ أَنتُم بَشَرٌ مِّمَّنْ خَلَقَ يَغْفِرُ لِمَن يَشَاء وَيُعَذِّبُ مَن يَشَاء وَلِلّهِ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ وَمَا بَيْنَهُمَا وَإِلَيْهِ الْمَصِيرُ" (Coran 5/18).

Voyez : il est clair qu'ici la formule "fils de Dieu" n'a été employée que dans son sens a (en disant cette phrase, ils ne se considéraient évidemment pas comme ayant une nature divine, méritant d'être adorés par les autres hommes).
C'est bien pourquoi le Coran conteste certes le contenu de leur affirmation, mais ne dit pas que celle-ci constituerait un manquement à la reconnaissance de l'Unicité de Dieu (contrairement à ce qu'il a dit dans les versets que vous avez cités, qui sont, eux, relatifs à l'affirmation d'une filiation de Jésus ou de al-Lât à Dieu).

-

III) Cependant, quand le Coran dit qu'il est contraire au monothéisme que de dire que Dieu a un fils, ou un enfant, il parle non pas du sens a, mais du sens b de cette formule :

Le Coran se démarque de l'emploi de la formule "fils de Dieu" dans ce sens b (et plus précisément dans le sens b.b) par rapport aux chrétiens "post-nicéens" : "ذَلِكَ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ قَوْلَ الْحَقِّ الَّذِي فِيهِ يَمْتَرُونَ مَا كَانَ لِلَّهِ أَن يَتَّخِذَ مِن وَلَدٍ سُبْحَانَهُ إِذَا قَضَى أَمْرًا فَإِنَّمَا يَقُولُ لَهُ كُن فَيَكُونُ وَإِنَّ اللَّهَ رَبِّي وَرَبُّكُمْ فَاعْبُدُوهُ هَذَا صِرَاطٌ مُّسْتَقِيمٌ فَاخْتَلَفَ الْأَحْزَابُ مِن بَيْنِهِمْ فَوَيْلٌ لِّلَّذِينَ كَفَرُوا مِن مَّشْهَدِ يَوْمٍ عَظِيمٍ أَسْمِعْ بِهِمْ وَأَبْصِرْ يَوْمَ يَأْتُونَنَا لَكِنِ الظَّالِمُونَ الْيَوْمَ فِي ضَلَالٍ مُّبِينٍ" (Coran 19/35-38).

-
Le Coran se démarque aussi de l'emploi de cette formule dans ce sens b par rapport à certains polythéistes arabes de l'époque de la révélation, qui disaient : "Al-Lât, al-'Uzzâ et al-Manât sont filles de Dieu" (apparemment dans le sens b.a) :
--- "أَفَرَأَيْتُمُ اللَّاتَ وَالْعُزَّى وَمَنَاةَ الثَّالِثَةَ الْأُخْرَى أَلَكُمُ الذَّكَرُ وَلَهُ الْأُنثَى تِلْكَ إِذًا قِسْمَةٌ ضِيزَى إِنْ هِيَ إِلَّا أَسْمَاء سَمَّيْتُمُوهَا أَنتُمْ وَآبَاؤُكُم مَّا أَنزَلَ اللَّهُ بِهَا مِن سُلْطَانٍ إِن يَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَمَا تَهْوَى الْأَنفُسُ وَلَقَدْ جَاءهُم مِّن رَّبِّهِمُ الْهُدَى" (Coran 53/19-23) ;
--- "قَالُواْ اتَّخَذَ اللّهُ وَلَدًا سُبْحَانَهُ هُوَ الْغَنِيُّ لَهُ مَا فِي السَّمَاوَات وَمَا فِي الأَرْضِ إِنْ عِندَكُم مِّن سُلْطَانٍ بِهَذَا أَتقُولُونَ عَلَى اللّهِ مَا لاَ تَعْلَمُونَ قُلْ إِنَّ الَّذِينَ يَفْتَرُونَ عَلَى اللّهِ الْكَذِبَ لاَ يُفْلِحُونَ" (Coran 10/68-69).

Ces polythéistes arabes disaient aussi : "Les Anges sont les filles de Dieu" (soit au sens b.b, soit peut-être même au sens b.c) :
--- "وَجَعَلُوا لَهُ مِنْ عِبَادِهِ جُزْءًا إِنَّ الْإِنسَانَ لَكَفُورٌ مُّبِينٌ أَمِ اتَّخَذَ مِمَّا يَخْلُقُ بَنَاتٍ وَأَصْفَاكُم بِالْبَنِينَ وَإِذَا بُشِّرَ أَحَدُهُم بِمَا ضَرَبَ لِلرَّحْمَٰنِ مَثَلًا ظَلَّ وَجْهُهُ مُسْوَدًّا وَهُوَ كَظِيمٌ أَوَمَن يُنَشَّأُ فِي الْحِلْيَةِ وَهُوَ فِي الْخِصَامِ غَيْرُ مُبِينٍ وَجَعَلُوا الْمَلَائِكَةَ الَّذِينَ هُمْ عِبَادُ الرَّحْمَٰنِ إِنَاثًا أَشَهِدُوا خَلْقَهُمْ سَتُكْتَبُ شَهَادَتُهُمْ وَيُسْأَلُونَ" : "Et ils ont déclaré (certains êtres), parmi Ses serviteurs, être une partie de Lui" (Coran 43/15-19) ; "ومعنى {من عباده جزءا} أن قالوا :"الملائكة بنات الله"، فجعلوهم جزء له وبعضا منه، كما يكون الولد بضعة من والده وجزء له" (Tafsîr uz-Zamakhsharî, également repris et cité dans Tafsîr ul-Qurtubî) ;
--- "فَاسْتَفْتِهِمْ أَلِرَبِّكَ الْبَنَاتُ وَلَهُمُ الْبَنُونَ أَمْ خَلَقْنَا الْمَلَائِكَةَ إِنَاثًا وَهُمْ شَاهِدُونَ أَلَا إِنَّهُم مِّنْ إِفْكِهِمْ لَيَقُولُونَ وَلَدَ اللَّهُ وَإِنَّهُمْ لَكَاذِبُونَ أَصْطَفَى الْبَنَاتِ عَلَى الْبَنِينَ مَا لَكُمْ كَيْفَ تَحْكُمُونَ أَفَلَا تَذَكَّرُونَ أَمْ لَكُمْ سُلْطَانٌ مُّبِينٌ فَأْتُوا بِكِتَابِكُمْ إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ وَجَعَلُوا بَيْنَهُ وَبَيْنَ الْجِنَّةِ نَسَبًا وَلَقَدْ عَلِمَتِ الْجِنَّةُ إِنَّهُمْ لَمُحْضَرُونَ سُبْحَانَ اللَّهِ عَمَّا يَصِفُونَ" (Coran 37/151-159) ; cette formule : "يَقُولُونَ وَلَدَ اللَّهُ", Ibn Kathîr la commente ainsi : "ليقولون ولد الله} أي: صدر منه الولد" (Tafsîr Ibn Kathîr) ;
--- "وَجَعَلُواْ لِلّهِ شُرَكَاء الْجِنَّ وَخَلَقَهُمْ؛ وَخَرَقُواْ لَهُ بَنِينَ وَبَنَاتٍ بِغَيْرِ عِلْمٍ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَى عَمَّا يَصِفُونَ بَدِيعُ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ أَنَّى يَكُونُ لَهُ وَلَدٌ وَلَمْ تَكُن لَّهُ صَاحِبَةٌ وَخَلَقَ كُلَّ شَيْءٍ وهُوَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ" : "(...) Et ils ont inventé à Son sujet des fils et des filles, sans preuve. Pureté à Lui, et Elevé soit-Il par rapport à ce qu'ils décrivent ! Créateur des cieux et de la terre sans précédent. Comment aurait-il quelque enfant alors qu'Il n'a pas de compagne, et qu'Il a créé toute chose ? Et Il est de toute chose savant" (Coran 6/100-101).

Quand ces Polythéistes arabes affirmaient que les Anges sont les filles de Dieu, ils voulaient désigner soit le sens b.b, soit le sens b.c :
------ soit c'était au sens b.c : ils croyaient vraiment que
les mères des Anges étaient les Filles des chefs Djinns, et leur Père était Dieu : "قال مجاهد: {وجعلوا بينه وبين الجنة نسبا}: "قال كفار قريش: "الملائكة بنات الله، وأمهاتهن بنات سروات الجن"؛ قال الله: {ولقد علمت الجنة إنهم لمحضرون}: ستحضر للحساب" (al-Bukhârî, ta'lîqan). Commentant "وَجَعَلُوا بَيْنَهُ وَبَيْنَ الْجِنَّةِ نَسَبًا", al-Qurtubî a cité ce propos : "نسبا}: مصاهرة. (...) وقال مجاهد والسدي ومقاتل أيضا: القائل ذلك كنانة وخزاعة، قالوا: "إن الله خطب إلى سادات الجن، فزوجوه من سروات بناتهمفالملائكة بنات الله من سروات بنات الجن" (Tafsîr ul-Qurtubî) ;
------ soit c'était au sens b.b : il s'agissait seulement d'une consubstantialité. Quant à "Comment aurait-il quelque enfant alors qu'Il n'a pas de compagne", c'est seulement un argument supplémentaire, employé comme argument de type "khitâbî" : "أي: كيف يكون له ولد، ولم تكن له صاحبة؟ أي: والولد إنما يكون متولدا عن شيئين متناسبين، والله لا يناسبه ولا يشابهه شيء من خلقه، لأنه خالق كل شيء، فلا صاحبة له ولا ولد" (Tafsîr Ibn Kathîr). Commentant "وَجَعَلُوا بَيْنَهُ وَبَيْنَ الْجِنَّةِ نَسَبًا", al-Qurtubî a aussi cité les autres propos suivants : "نسبا}: مصاهرة. (...) وقال الحسن: "أشركوا الشيطان في عبادة الله فهو النسب الذي جعلوه"؛ قلت: قول الحسن في هذا أحسن، دليله قوله تعالى: {إذ نسويكم برب العالمين} أي: في العبادة. وقال ابن عباس والضحاك والحسن أيضا: هو قولهم: "إن الله تعالى وإبليس أخوان"، تعالى الله عن قولهم علوا كبيرا" (Tafsîr ul-Qurtubî).

-
En tous cas, ces polythéistes arabes voulaient eux aussi dire, par ces termes, que ces êtres (anges, et autres êtres) "ont en commun avec Dieu le caractère divin, et on peut donc leur rendre un culte" (sens b).

-
Par rapport aux chrétiens post-nicéens :

Par rapport aux chrétiens post-nicéens, ce dont le Coran se démarque au sujet de la formule qu'ils emploient : "Jésus est fils de Dieu", ce n'est pas le sens a du terme "fils", ni même le sens b.c (vu que les chrétiens ne croient pas que Dieu aurait engendré Jésus, comme les Grecs de l'Antiquité croyaient que Zeus, par ses liaisons avec des déesses, des nymphes et des humaines, a engendré des dieux / déesses et des héros), mais le sens b.b : Jésus est consubstantiel à Dieu, puisqu'en lui s'est incarné l'Attribut de Parole de Dieu.
(Quant au sens
b.a, les chrétiens qui sont catholiques l'attribuent à ceux des humains qu'ils reconnaissent comme saints : ces humains peuvent dès lors être invoqués pour les affaires terrestres dont ces catholiques croient que la gestion leur en a été confiée.)

Les chrétiens post-nicéens disent :
"Dieu est Unique (الله واحد في الألوهية), oui.

Cependant :
- il y a la Personne de "Dieu"/ "Elohim"/ "Allah" (
ذات الله) : c'est une personne et, en tant que telle, elle constitue une hypostase (أقنوم) ;

- la Personne de l'Esprit Saint (ذات روح القدس) possède une autre hypostase (أقنوم الله) de Dieu l'Unique : cette autre hypostase consiste en l'Attribut de Vie, ou de Puissance, de Dieu (صفة قدرة الله، أو صفة حياة الله), lequel Attribut a revêtu la forme de l'Esprit Saint ;
- enfin, la Personne du Messie Jésus (ذات المسيح) possède une autre hypostase (أقنوم الله) de Dieu l'Unique : cette autre hypostase consiste en l'Attribut de Parole (Verbe) de Dieu (صفة كلام الله / كلمة الله), lequel Attribut a revêtu une forme puis s'est intégré au corps de Jésus.

Il existe donc 3 hypostases de Dieu l'Unique.
Mais ces 3 hypostases ne forment qu'une seule et même essence : l'essence divine."

Ils formulent cela en arabe en les termes suivants : "وهذه الذات تتمتع بـالنطق والحياة. وبدون النطق يكون إلهًا أعجميًا مجردًا من العقل والنطق، ومن ثِمَّ لا يمكن أن يكون خالقًا للوجود ولا يصح أن يكون إلهًا. وبدون الروح - وهو تيار الحياة فيه - يكون إلهًا ميتًا، ومن ثَمَّ لا يكون إلهًا".
Et : "والذات هي ذات الله، والكلمة هو كلمة الله، والروح القدس ينبثق من ذاته القدسية، لذلك يسمى روح القدس" (St-Takla.org).

En fait :
--- ayant lu d'une part que Dieu a tout créé par Sa Parole / Son Verbe,
--- et ayant lu d'autre part que Jésus est "parole de Dieu" ("verbe de Dieu"),
--- ces chrétiens post-nicéens n'ont pas compris que le même terme ("Parole" / "Verbe") désigne dans ces deux passages deux choses totalement différentes : la Parole de Dieu par laquelle Dieu crée et qui est évoquée dans le premier passage est bel et bien incréée (c'est Sa Parole "Sois !"), mais la seconde appellation est au sens figuré : Jésus n'est en soi ni l'Attribut de parole de Dieu, ni même une parole "Sois !" venant de Dieu ; Jésus est seulement le résultat direct d'une parole venant de Dieu (la parole "Sois !").

Si le Coran reconnaît bien à Dieu l'Attribut de Vie, de Puissance, de Parole, et bien d'autres Attributs encore, le désaccord avec ces chrétiens post-nicéens porte sur la croyance que ces derniers ont, selon laquelle l'Attribut de Vie (ou de Puissance) de Dieu s'est matérialisé en la personne de l'ange Gabriel (qui possède donc une hypostase de Dieu), et l'Attribut de Parole de Dieu en la personne de Jésus (qui possède une autre hypostase de Dieu). D'où la croyance que Dieu est unique mais trine.

-
Au sein des chrétiens post-nicéens, les chrétiens "chalcédoniens" ont dit en substance ceci :

"Jésus est une personne, et il y a en cette personne 2 natures / essences / substances :
--- la nature divine (comme nous venons de le dire),
--- et la nature humaine.

Hérétiques sont dès lors : les Monophysites (comme l'Eglise copte) et les Nestoriens, qui ne sont pas d'accord avec nous (les "Chalcédoniens") sur ce point :
--- les Nestoriens parce qu'ils reconnaissent en Jésus non pas seulement 2 natures, mais 2 personnes : l'une divine et l'autre humaine ;
--- et les Monophysites parce qu'il reconnaissent en Jésus non pas seulement 1 seule personne, mais aussi 1 seule nature : la divine.

Les Monophysites disent que Jésus est le Verbe de Dieu incarné dans un Corps humain. Jésus n'a pas d'Ame humaine : à son Corps s'est uni le Verbe, qui occupe ainsi la place que l'Ame rationnelle occupe chez les autres humains. Il est donc une personne, dotée d'une seule nature : la divine.

Mais nous, qui sommes "Chalcédoniens", disons que Dieu n'a jamais été sans Son Verbe. Cependant, c'est à un moment donné que ce Verbe s'est fait chair dans le sein de Marie (dont Jésus tient son corps d'homme et sa nature humaine), par l'opération du Saint-Esprit (dont Jésus tient sa nature divine, car il lui est consubstantiel) :
--- le Corps de Jésus possède une Ame rationnelle et une volonté humaine. Corps et Ame confèrent à Jésus sa nature humaine ;
--- mais le Verbe de Dieu est distinct du Corps et de l'Âme : le Verbe de Dieu possède sa propre volonté – divine –, et de là, confère à Jésus sa nature divine.
Il y a union entre les deux – Corps et Ame d'un côté, Verbe de l'autre – dans une seule et même Personne : Jésus"
(fin de citation du propos de ces chrétiens).

-
En fait, les doctrines sont différentes quant au type d'union existant d'après ces chrétiens entre le Verbe divin et le côté humain de Jésus :
--- l'Eglise nestorienne croit en une "حلول" ("contenance"), c'est-à-dire : "حل اللاهوت في الناسوت كحلول الماء في الإناء" : "Le Verbe - divin - est contenu dans le Corps -humain - de Jésus comme l'eau est contenue en le récipient qui l'accueille" (MF 2/171) ; il y a dès lors deux personnes en Jésus ;
--- les Eglises "chalcédoniennes" croient en une "اختلاط" ("mélange"), c'est-à-dire : "اختلط اللاهوت بالناسوت كاختلاط النار بالحديد المحمَّى" : "Le divin s'est mêlé à l'humain dans la personne de Jésus comme le feu est mêlé au métal en fusion" (d'après Al-Jawâb us-sahîh, 2/248) ; Jésus n'est donc qu'une personne, mais dotée de deux natures ;
--- et l'Eglise monophysite croit en une "اتحاد" ("union totale"), c'est-à-dire : "امتزج اللاهوت والناسوت كامتزاج الماء واللبن حتى انقلبا فصارا شيءً جديدًا ثالثًا" : "Le divin s'est uni à l'humain en la personne de Jésus comme le lait se mélange à l'eau : le mélange est complet au point que ce n'est plus ni du lait ni de l'eau et qu'on ne peut plus distinguer l'un de l'autre : une troisième réalité en a résulté" (d'après MF 2/172) ; Jésus n'est donc qu'une personne, dotée d'une seule nature : divine.

-

C'est ainsi le sens b.b (qui englobe toutes ces variantes) dont le Coran se démarque au sujet de la formule que ces chrétiens post-nicéens emploient : "Jésus est fils de Dieu".
"ذَلِكَ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ قَوْلَ الْحَقِّ الَّذِي فِيهِ يَمْتَرُونَ مَا كَانَ لِلَّهِ أَن يَتَّخِذَ مِن وَلَدٍ سُبْحَانَهُ إِذَا قَضَى أَمْرًا فَإِنَّمَا يَقُولُ لَهُ كُن فَيَكُونُ" (Coran 19/34-35).

-

IV) Deux autres versets coraniques :

--- "لَوْ أَرَادَ اللَّهُ أَنْ يَتَّخِذَ وَلَدًا لَّاصْطَفَى مِمَّا يَخْلُقُ مَا يَشَاء. سُبْحَانَهُ هُوَ اللَّهُ الْوَاحِدُ الْقَهَّارُ" : "Si Dieu avait voulu prendre un enfant, alors Il aurait choisi (comme enfant) ce qu'Il veut parmi ce qu'Il crée" (Coran 39/4).
Ce verset de Coran 39/4 peut signifier que si Dieu avait voulu prendre un enfant, c'est Dieu qui aurait alors choisi ce qu'Il veut, et non pas ce que les Polythéistes arabes Lui ont attribué sans preuve (eux qui Lui attribuaient comme enfants : "les anges", dont ils disaient qu'ils "sont Ses filles"). Cependant, Dieu n'a choisi aucune créature comme enfant : "لو أراد الله أن يتخذ ولدا} كما يزعم هؤلاء المشركون، {لاصطفى} كولد {مما يخلق، ما يشاء}، وليس ما يفرضه عليه هؤلاء من البنات" (c'est en substance ce que l'on comprend de Tafsîr ul-Qurtubî, Tafsîr Ibn Kathîr, Tafsîr ul-Jalâlayn).

--- "قُلْ إِن كَانَ لِلرَّحْمَنِ وَلَدٌ فَأَنَا أَوَّلُ الْعَابِدِينَ. سُبْحَانَ رَبِّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ رَبِّ الْعَرْشِ عَمَّا يَصِفُونَ" : "Dis : "Si le Miséricordieux a un enfant, je serai le premier des adorateurs [de cet enfant de Dieu]. Pureté au Pourvoyeur des cieux et de la Terre, le Pourvoyeur du Trône, de ce (par) quoi ils Le qualifient !" (Coran 43/81-82).
C'est-à-dire : "Si Dieu a un enfant, alors je serai le premier à adorer cet enfant de Dieu. Cela car je suis le Messager de Dieu. Et tout messager cherche à plaire à celui qui l'a dépêché. Et se rapprocher de l'enfant d'un être est une cause supplémentaire de rapprochement avec cet être. Par ailleurs, un être qui est enfant (au sens propre) de Dieu est forcément divin lui aussi, puisque l'enfant est comme son père. Et le moyen pour se rapprocher d'un être divin est de lui rendre le culte.
Aussi : Si Dieu a un enfant, je serai alors le premier à adorer Dieu mais aussi cet enfant de Dieu. Cependant il est prouvé par ailleurs que Dieu n'a pas d'enfant. Donc
je n'adore nul être autre que Dieu" / Cependant, en tant que messager de Dieu, je n'adore nul autre être que Dieu. Donc Dieu n'a pas de fils, ni d'associé d'une autre nature
.

-

V) Maintenant voici la preuve que cette formule "fils de Dieu" avait, dans les Ecritures antérieures au Coran, uniquement le sens a :

Avant Jésus :

Dans les Ecritures relatant les propos d'autres prophètes d'Israël et antérieures aux Evangiles de Jésus, on trouve cette appellation avec le sens a :
--- dans le texte de la Genèse, les Anges sont appelés "fils de Dieu" (Genèse 6/2-4) ;
--- dans le 2ème livre de Samuel, il est relaté que Natan est chargé de transmettre ce propos de Dieu à David : "Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils ; s'il commet une faute, je le corrigerai en me servant d'hommes pour bâton et d'humains pour le frapper" (2 Samuel 7/14) : ce propos évoquerait Salomon (TOB, note de bas de page).

Avec Jésus :

Les textes actuels des Evangiles attribuent à Jésus l'emploi de la formule "fils de Dieu" à propos d'autres personnes que lui :
"Je m'en vais vers mon Père et votre Père, vers mon dieu et votre dieu" (Jean 20/17) ;
"Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin de vous montrer fils de votre Père qui est dans les cieux, parce qu'Il fait lever Son soleil sur les mauvais et sur les bons et pleuvoir sur les justes et les injustes" (Matthieu 5/45).

Or aucun exégète chrétien n'a dit que cette "filiation" et cette "paternité" désigneraient une unité de nature entre Dieu et ces personnes autres que Jésus, de sorte que ces personnes seraient elles aussi Dieu incarnées.

Par ailleurs Jésus a dit lui-même que Dieu et lui sont deux êtres distincts :
– Jésus a dit que pour entrer dans le Royaume des cieux, "il faut faire non pas ma volonté mais la volonté de mon Père qui est aux cieux" (Matthieu 7/21), soulignant par là qu'il ne s'agit pas de le suivre pour lui-même, mais dans la mesure où il ne dit que ce que Dieu veut et agrée ;
– Jésus a dit que lui-même ne sait pas quand il reviendra, ni les anges, et que seul le Père qui est aux cieux le sait (Marc 13/32).

-
En fait Jésus employait un langage allégorique et énigmatique, fait de paraboles et de métaphores :

Jésus employait souvent un langage énigmatique. Les textes évangéliques actuels le relatent explicitement : "Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans paraboles..." (Matthieu 13/34).

Ses disciples lui demandèrent même pourquoi : "Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?". Il répondit : "Parce qu'à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, tandis qu'à ceux-là ce n'est pas donné. Car à celui qui a il sera donné, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a sera retiré. Voici pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu'ils regardent sans regarder et qu'ils entendent sans entendre ni comprendre..." (Matthieu 13/10-13).

Mais parfois, même ses disciples ne comprenaient pas certaines de ses paraboles. Ainsi, Jésus leur ayant dit un jour : "Gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens !", ses disciples se firent cette réflexion : "C'est que nous n'avons pas pris de pains." Jésus leur dit alors : "(…) Comment ne saisissez-vous pas que je ne vous parlais pas de pain quand je vous disais : "Gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens"." Alors ils comprirent qu'il n'avait pas dit de se garder du levain des pains, mais de l'enseignement des Pharisiens et des Sadducéens (Matthieu 16/5-12).

De même, alors qu'il avait dit : "Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur", les disciples virent lui dirent "qu'en entendant cette parole, les Pharisiens ont été scandalisés". Pierre lui dit ensuite : "Explique-nous cette parole énigmatique", et le Messie de lui répondre : "Etes-vous encore, vous aussi, sans intelligence ?" avant de lui expliquer le sens de ce qu'il avait dit de ce qui rend ou non l'homme impur (Matthieu 14/10-16).

Jésus a annoncé qu'un jour viendra où il ne parlera plus à ceux qui l'écouteront en termes énigmatiques : "Je vous ai dit tout cela de façon énigmatique, mais l'heure vient où je ne vous parlerai plus de cette manière, mais où je vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le Père..." ; ses disciples vont lui dire ensuite : "Voici que maintenant tu parles ouvertement et que tu abandonnes tout langage énigmatique..." (Jean 16/25-29).

-
Lire les passages "équivoques" à la lumière des passages "univoques" :

Il s'agit de raisonner de la façon suivante :
d'une part il est certain, nous l'avons vu plus haut, que la formule "fils de Dieu" a été employée dans le sens a par des prophètes bibliques antérieurs à Jésus, et par Jésus lui-même à propos de ses disciples ;
d'autre part il est établi que Jésus utilisait un langage parfois énigmatique, comme lui et ses disciples le reconnaissaient.

Il s'agit donc de lire les passages énigmatiques, "équivoques" (tels que "Je suis le fils de Dieu" ou "Je suis sorti de Dieu") à la lumière des passages "univoques", et non pas d'appréhender les passages "équivoques" de façon littérale, et de fermer complètement les yeux sur les passages univoques et explicites.

Etant donné que Jésus a dit que le premier commandement est de n'adorer que Dieu (Matthieu 22/37-38), étant donné que Jésus et Dieu sont deux êtres distincts (puisque Jésus ne sait pas certaines choses que Dieu sait), étant donné, enfin, que Jésus a dit : "Or, la vie éternelle, c’est qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus le Messie" (Evangile selon Jean 17/3), il faut appréhender les propos "équivoques" tels que "Je suis fils de Dieu" et "Je suis sorti de Dieu" dans un sens qui ne contredit pas ces passages "univoques".

"Fils de Dieu" est en fait une métaphore directe : les humains qui ont acquis une proximité avec Dieu ont été comparés aux fils d'un homme : comme les fils de cet homme cherchent à faire ce qui plaît à leur père, et comme cet homme aime ses fils plus qu'il aime autrui, les humains qui veulent être proches de Dieu cherchent à faire ce qui Lui plaît, et Lui les aime davantage que les hommes qui ne sont pas ses fils. C'est bien pourquoi Jean l'évangéliste a écrit : "Et nous avons contemplé sa gloire [la gloire de Jésus], gloire comme celle qu'un fils unique tient de son père" (Jean 1/14). Le fait qu'il y a comparaison est, ici, explicitement évoqué.

Relève du même ordre d'idées la discussion suivante entre Jésus et des personnes qui viennent d'apporter foi en le fait qu'il est prophète de Dieu mais qui hésitent encore : Jésus leur dit : "Moi je dis ce que j'ai vu auprès de mon Père, tandis que vous, vous faites ce que vous avez entendu auprès de votre père !" Ils ripostent : "Notre père, c'est Abraham." Jésus leur dit : "Si vous êtes enfants d'Abraham, faites donc les œuvres d'Abraham. (…) Mais vous, vous faites les œuvres de votre père." Ils lui répliquent : "Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n'avons qu'un seul père, Dieu !" Jésus leur dit : "Si Dieu était votre père, vous m'auriez aimé, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de mon propre chef, c'est Lui qui m'a envoyé. (…) Votre père, c'est le diable, et vous avez la volonté de réaliser les désirs de votre père. (…)" (Jean 8/38-44). Voyez, ici encore, l'évidence du sens allégorique.

-
Pareillement, le texte biblique emploie aussi parfois une métaphore conjugale : ce qui doit se consacrer uniquement à Dieu est comparé à une épouse, et Dieu à son mari.
Ainsi, quand il est reproché à Jérusalem (c'est-à-dire à ses habitants) de s'être adonnée au culte d'autres êtres que Dieu, on lit ces propos, attribués à Dieu : "Personne ne s'occupait de toi, puis je t'ai vue, je t'ai éduquée, t'ai épousée, tu as eu des fils et des filles de moi ; mais ensuite tu t'es prostituée, tu as gâché les bijoux que je t'avais donnés, tu as sacrifiés tes fils et tels filles" (voir Ezéchiel 16-9).

Tout ceci n'est que métaphore.

-
Une objection m'a été adressée ici :

"Ce que vous dites pourrait être intéressant, mais, malheureusement pour vous, cela ne peut pas s'appliquer au cas de Jésus.
En effet, car Jean l'Evangéliste rapporte que Jésus a dit :
"Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle" (Jean 3/16).
Le terme "fils unique" montre que Jésus est différent des autres prophètes d'Israël :
--- Eux étaient des fils de Dieu au
sens
a, donc des "bien-aimés".
--- Mais Jésus est le fils unique de Dieu : Jésus, et seulement lui, est le fils de Dieu au
sens
b.b : il ne forme qu'un avec Dieu."

-
Réponse :

Sous réserve que ce passage a bien été prononcé par Jésus, il signifie seulement que, parmi tous les bien-aimés de Dieu (donc tous les "fils de Dieu" au sens a), Jésus occupe une place importante, que tous les prophètes venus jusqu'à présent n'occupent pas. C'est en ce sens qu'il a pu être être qualifié de "fils unique de Dieu".

Faisons le parallèle avec cet autre passage des Ecritures, et cela selon votre croyance :
- Il est relaté (à propos du sacrifice du fils de Abraham) que Dieu dit à Abraham : "Prends ton fils, ton fils unique, que tu aimes tant, Isaac" (Genèse 22/2).
- Or Ismaël et Isaac sont tous deux fils d'Abraham. La formule "son fils" a été utilisée au sujet de chacun d'eux dans la Genèse. Ainsi, on lit à propos de Ismaël : "Cette parole [de Sarah] fâcha beaucoup Abraham, car Ismaël était son fils" (Genèse 21/12) : l'événement ici évoqué se passe quand Isaac est déjà né (voir Genèse 21/11).
- Et Isaac n'a jamais été fils unique de Abraham, contrairement à Ismaël, qui est resté fils unique de Abraham pendant 13 années : avant que Isaac naisse.
Dès lors :
- Des musulmans disent que, en Genèse 22/2, soit le terme "unique" est de trop, soit le terme "Isaac" est de trop, car c'est Ismaël qui est demeuré fils unique de Abraham pendant 13 années.
- Mais les juifs et les chrétiens expliquent ce passage 22/2 comme signifiant : "ton fils par excellence, Isaac, car il est né de ton épouse, Sarah, tandis que Ismaël est lui aussi ton fils, mais il est né de ton esclave, Agar".

Voyez : d'après votre propre croyance, le terme "unique" n'implique pas toujours une singularité absolue et radicale.
Il peut exprimer une singularité dans seulement la qualité, la quantité, ou ce genre de choses.

Jésus n'est pas "fils unique" dans le sens b.a (ce qui impliquerait une singularité absolue, que les autres prophètes n'auraient pas du tout, eux n'étant "fils de Dieu" que dans le sens a).
Jésus ne peut être "fils de Dieu" que dans le sens a seulement. Quant à son caractère "unique", singulier, dans cette "filiation", il ne concerne que la qualité de sens a dont il bénéficie : par rapport aux autres prophètes de Dieu, eux aussi "bien-aimés de Dieu", Jésus est "exceptionnellement bien-aimé de Dieu".

-
Ensuite, Jésus ayant été nommé dans ces textes "Fils de Dieu" (au sens a), il y a été désigné parfois par l'appellation "le Fils" (avec l'article défini anaphorique). C'est le cas dans le passage suivant, attribué au prophète Jean-Baptiste :

"Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui refuse de croire au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui" (Jean 3/36).
"Croire en le Fils" signifie croire en Jésus en tant que vrai prophète et vrai messie, et non pas croire en lui en tant que "Dieu fait chair" (puisqu'il ne l'est pas).

Qui refuse de croire en le caractère véridique d'un messager de Dieu dont le message lui est parvenu, celui-là, la Colère de Dieu demeure sur lui.
Et qui renie un messager dont le message lui est parvenu (kufr bi-r-rassûl) renie Dieu Qui l'a dépêché (kufr bi-l-mursil).

Et qui renie Dieu (kufr) n'aura pas la vie éternelle du Paradis.

-
La même chose est valable avec le terme "dieu" (avec un "d" minuscule) :

Dans l'Ancien Testament, le terme "dieu" – avec un d minuscule – peut également signifier deux choses :

premièrement) "l'être à qui on rend un culte". Il se peut que cet être mérite qu'on lui rende un culte – comme Dieu. Mais il se peut aussi que cet être ne le mérite pas mais que des humains le fassent – c'est ce qui explique l'expression biblique "le dieu des Cananéens", qui ne signifie pas que les Fils d'Israël avait un dieu et les Cananéens un autre. (Certains chercheurs contemporains, n'ayant pas compris ce point, ont cru que les Fils d'Israël sont passés de la monolâtrie – "Elohim" ou "Yahvé" étant une divinité tribale inventée par les Fils d'Israël à l'instar des divinités tribales inventées par les tribus voisines – au monothéisme – "Elohim" ou "Yahvé" ayant été ensuite, suite à la déportation des Fils d'Israël à Babylone, considéré comme la divinité qui préside aux destinées des autres peuples aussi, donc qui préside à tout l'univers, donc qui est le créateur et le gérant de tout l'univers.) ;

deuxièmement) "l'être qui est important" (sans que cela implique qu'un culte lui soit rendu).
Ainsi, il est relaté en Exode que Dieu dit à Moïse, parlant de Aaron : "Lui parlera pour toi au peuple, il sera ta bouche et tu seras son dieu" (Exode 4/16). Toujours en Exode, il est relaté que Dieu dit à Moïse : "Vois, je t'établis comme dieu pour Pharaon, et ton frère Aaron sera ton prophète" (Exode 7/1). Le terme "dieu" ne signifie pas, ici, "objet de culte" : Dieu n'a sûrement pas voulu dire à Moïse qu'il devra être l'objet de culte de la part de Pharaon : tout ceci est à prendre dans le sens figuré : on peut, dans la TOB, lire ce commentaire en note de bas de page : "c'est-à-dire "il sera ton porte-parole", comme un prophète est le porte parole de Dieu" (TOB) ; ceci par rapport à Aaron. Et par rapport à Pharaon, le propos signifie que Pharaon devra écouter la voix de Moïse lui transmettant ce que Dieu agrée.

Ibn Taymiyya aussi a cité ce double sens que peut revêtir le terme "dieu" dans les textes des Ecritures antérieures (Al-Jawâb us-sahîh, 2/176).

-
Quelques passages des Evangiles où on voit Jésus préciser le sens allégorique de son propos :

Sous le portique du Temple, à des docteurs de la Loi venus lui demander s'il était ou non le Messie, Jésus répond qu'il l'a déjà dit mais qu'ils ne l'ont pas cru, puis fait une digression à propos de ses disciples, parle de la Puissance de Dieu, enfin conclut par ces termes : "Moi et le Père nous sommes un" (Jean 10/30).

Voilà un propos "équivoque". Vous y trouveriez la preuve que Jésus disait bien être le même être que Dieu. Alors qu'il s'agit de lire ce propos à la lumière des propos qui sont, eux, "univoques", et où on voit que Jésus affirme ne pas être le même être que Dieu.

Par ailleurs, il se trouve, dans tout le passage où s'insère cette phrase, des indices qui vont dans le sens de cette lecture. En effet, lorsque Jésus a dit cette phrase, les docteurs cherchent à le lapider et lui disent : "Ce n'est pas pour une belle œuvre que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce que toi qui est un homme, tu te fais Dieu" (Jean 10/33). Les docteurs de la loi ont donc appréhendé ce propos de Jésus dans son sens littéral : "Moi et le Père nous sommes un", ils l'ont compris comme signifiant : "Je suis Dieu".
Mais Jésus leur démontre alors que ce n'est pas ce qu'il a voulu dire. Il leur dit : "N'a-t-il pas été écrit dans votre Loi : "J'ai dit : Vous êtes des dieux" ? Il arrive donc à la Loi d'appeler "dieux" ceux auxquels la parole de Dieu fut adressée ; or nul ne peut abolir l'Ecriture" (Jean 10/33-35). Voyez : Jésus explique ici qu'il n'a employé la phrase "Moi et le Père nous sommes uns" que dans le même sens que le Psalmiste a employé la phrase : "J'ai dit : Vous êtes des dieux" (Psaumes 82/6). Jésus explique aux docteurs que, dans ce passage des Psaumes, nul n'appréhende le terme "dieux" dans un sens littéral ("ceux à qui il faut rendre un culte" ou "ceux à qui des humains ont rendu, à tort ou à raison, un culte") et chacun sait qu'il est à appréhender dans un sens figuré : cela signifie : "ceux auxquels la Parole de Dieu a été adressée". Dès lors, les docteurs de la Loi ne devraient pas appréhender sa phrase à lui dans un sens littéraliste (zâhirî) (une unité de nature entre Jésus et Dieu) ("tu te fais Dieu", lui ont reproché les docteurs), mais dans un sens figuré : une unité de volonté : Jésus a un cœur tellement rapproché de Dieu qu'il ne souhaite plus que ce que Dieu veut et agrée. Et ce qu'il voulait dire aux Docteurs de la Loi était ceci : "Si les prophètes de Dieu ont été nommés "dieux" au sens figuré dans l'Ecriture, pourquoi me refusez-vous ce qui est bien moindre, de dire : "Moi et Dieu nous ne sommes qu'un" ? J'ai voulu dire par cette phrase : "Je ne souhaite que ce que Dieu veut.""

La preuve qu'il ne s'agit pas d'une unité de nature est que Jésus lui-même a prié Dieu en ces termes à propos de tous ceux qui croiront en lui : "que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes uns, moi en eux comme toi en moi" (Jean 17/21). Or personne n'a jamais vu dans cette phrase un argument tendant à prouver que les disciples de Jésus étaient eux aussi divins, car étant "en Dieu" : il est bien question d'une unité de volonté.

Le Prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a lui aussi dit une parole voisine : "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن الله قال: من عادى لي وليا فقد آذنته بالحرب. وما تقرب إلي عبدي بشيء أحب إلي مما افترضت عليه، وما يزال عبدي يتقرب إلي بالنوافل حتى أحبه، فإذا أحببته: كنت سمعه الذي يسمع به، وبصره الذي يبصر به، ويده التي يبطش بها، ورجله التي يمشي بها، وإن سألني لأعطينه، ولئن استعاذني لأعيذنه. وما ترددت عن شيء أنا فاعله ترددي عن نفس المؤمن، يكره الموت وأنا أكره مساءته" : le Prophète (sur lui la paix) a relaté que Dieu a dit : "(...) Et le serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les actions facultatives, jusqu'à ce que Je l'aime. Alors, lorsque Je l'aime, Je deviens son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il attrape et son pied par lequel il marche (...)" (al-Bukhârî, 6137). (Quand l'homme atteint un degré où Dieu l'aime particulièrement).
Mais les musulmans n'y voient pas la preuve que Dieu s'incarnerait en cet homme.

-
Un autre exemple : Jésus a dit, dans un passage déjà cité plus haut : "Si Dieu était votre père, vous m'auriez aimé, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de mon propre chef, c'est Lui qui m'a envoyé" (Jean 8).
"C'est de Dieu que je suis sorti et que je viens"
: à lire cette phrase telle quelle, vous pourriez penser : Jésus a bien dit être une partie de Dieu, être sorti "de Dieu même". Mais il n'est en rien, car cette phrase doit être prise au sens allégorique, comme Jésus lui-même s'est empressé de l'expliquer dans la phrase qui suit : "Je ne suis pas venu de mon propre chef, c'est Lui qui m'a envoyé" : voilà le sens réel de ce qu'il entendait par "C'est de Dieu que je suis sorti".

Jésus a employé quelque chose de voisin quand il a dit à propos du Paraclet : "il me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera" (Jean 16/14-15). A lire cette phrase seulement, quelqu'un pourrait s'empresser de dire : "Voyez : Jésus est bien Dieu, puisque même lors de l'annonce du Paraclet, que vous musulmans croyez être l'annonce de la venue de Muhammad, Jésus a dit que celui-ci recevra de ce qui est à lui. Mais il faut lire aussi la suite immédiate : "il me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera ; tout ce que possède mon Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il communiquera de ce qui est à moi". Voyez : Jésus s'est empressé d'expliciter le sens allégorique de son propos : s'il a dit du Paraclet qu'"il recevra de ce qui est à moi", c'est non pas parce que lui, Jésus, serait la source dont le Paraclet recevra, mais parce que c'est de Dieu que le Paraclet recevra ; or ce qui est à Dieu est aussi à Jésus, dans la mesure où Jésus est Messager de Dieu : "tout ce que possède mon Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il communiquera de ce qui est à moi."

-
Un autre passage de l'un des Evangiles :

"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était un dieu" (Jean 1/1).

Quelqu'un pourrait voir dans cette phrase la preuve que Jésus, qui est Verbe de Dieu, disait bien être Dieu.

Or
deux choses sont ici à noter...

La première chose est que ce passage n'est pas constitué de paroles relatées de Jésus mais du propos de celui qui a écrit le quatrième évangile canonique. La différence est de taille : ce propos n'est pas relaté de Jésus lui-même...

La seconde est que la traduction suscitée ne rend pas tout à fait compte d'une nuance présente dans l'original grec… La langue française, comme d'autres langues européennes modernes, a établi une distinction entre "dieu" – avec un d minuscule – et "Dieu" – avec un d majuscule – : le premier est un nom commun, le second un nom propre. Dans la traduction suscitée, nous avons à deux reprises le terme "Dieu". Or, contrairement à ce que laisse croire cette traduction, l'original grec emploie deux termes différents :
--- dans le passage "le Verbe était avec Dieu", nous avons les mots : "ton théon", avec, donc, un article, ce qui signifie : "le dieu", autrement dit : "Dieu" ;
--- par contre, dans la seconde phrase, nous avons seulement "théos", sans article, ce qui signifie seulement "un dieu" et non pas "Dieu".
La différence est de taille, comme nous l'avons vu : le terme "dieu" a été employé à propos de Moïse aussi, au sens figuré, et sans que cela lui confère un sens de culte. Dieu dit à Moïse, parlant de Aaron : "Lui parlera pour toi au peuple, il sera ta bouche et tu seras son dieu" (Exode 4/16). Toujours en Exode, il est relaté que Dieu dit à Moïse : "Vois, je t'établis comme dieu pour Pharaon, et ton frère Aaron sera ton prophète" (Exode 7/1). Le terme "dieu" ne signifie pas, ici, "objet de culte".

-
La lecture des propos et des actes de Jésus tels que relatés dans les quatre Evangiles canoniques :

Une langue n'est pas seulement un véhicule de transmission des idées ; c'est aussi un outil qui structure en partie ces idées. Quand, au IVème siècle, les chrétiens étaient en pleine controverse à propos de la nature du Messie (est-il humain ou divin) et qu'ils cherchaient des réponses dans les évangiles, les documents de ceux-ci qui étaient considérés comme originaux étaient disponibles en langue grecque. La majorité des évêques réunis à Nicée en 325 ne percevaient-ils pas des termes tels que "fils de Dieu" (dont l'emploi au sens allégorique est courant dans une langue et une culture sémitiques) par le prisme de la culture hellénistique, là où les mythes des demi-dieux étaient légion ?
Jésus avait réalisé de nombreux actes de ce genre ; Jésus disait être fils de Dieu ; Jésus serait donc un humain possédant une nature humaine et une nature divine.

-

VI) Pourquoi, pourrait-on demander, les musulmans, qui se disent d'une tradition voisine de celle des prophètes des fils d'Israël, n'utilisent-ils alors pas cette expression "fils de Dieu" en la restreignant au sens a, à propos de Jésus, ou, au moins, à propos de Muhammad ?

Le fait est que, à propos de Dieu, nous musulmans n'employons que ce qui figure dans le Coran et la Sunna.
Or le Coran et la Sunna n'ont pas utilisé cette formule, même dans son sens a.

Et la raison en est évidente : de très nombreuses personnes comprenant désormais cette formule "fils de Dieu" dans le sens b et non plus uniquement dans le sens a, son emploi dans le Coran aurait été la cause d'une confusion pour toutes les personnes qui ne savent pas qu'affirmer cette expression dans son sens a n'implique pas qu'on l'affirme aussi dans son sens b. Comme elles ne savent pas (et la façon dont vous avez formulé votre question montre que c'est votre cas) que le fait de ne pas l'accepter dans son sens b n'implique pas qu'on en rejette totalement (c'est-à-dire même par rapport aux Ecritures antérieures) l'emploi dans son sens a.

Nous sommes donc en présence d'une de ces différences qui existent entre les messages de différents Messagers de Dieu : dans le message apporté par l'un, Dieu a employé une métaphore qu'ensuite, suite à un changement de contexte dans le monde des hommes, Il a décidé, par Sa Sagesse, de ne plus utiliser.

Ceci relève de l'abrogation d'une règle communiquée aux hommes par le biais d'un messager, par le moyen d'une règle communiquée aux hommes par le moyen du messager suivant. Ceci est tout à fait possible : cliquez ici pour lire quelques exemples de ce genre.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Print Friendly, PDF & Email