"Comment est-il imaginable que Dieu abroge une règle qu'Il avait Lui-même communiquée auparavant à un autre Messager ?"

Question :

Vous dites que le Coran, la Torah et l'Évangile ont une seule et même origine, à savoir Dieu.
Cela signifierait donc que Dieu aurait communiqué des enseignements à des hommes par l'intermédiaire de certains prophètes, puis les aurait abrogés par d'autres enseignements qu'Il a révélés à d'autres prophètes ? Allons donc ! Dieu ne saurait-Il pas ce qu'Il dit ? Dieu se raviserait-Il ? Vous voyez bien que cela n'a absolument aucun sens !

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Réponse :

Rappelons tout d'abord que le concept d'abrogation d'une Loi divine communiquée à un Messager, par une nouvelle Loi divine apportée par un Messager plus récent, ne constitue aucunement un "oubli" de la part de Dieu de ce qu'Il avait révélé auparavant ; cela ne constitue pas non plus une "découverte" par Lui de ce qu'Il ne savait pas : Dieu ne S'est pas "ravisé" ("badâ'").

Ce genre d'abrogation faite par Dieu est dû tout simplement à deux choses :
– Dieu a institué certaines règles pour un peuple à cause d'une circonstance particulière présente chez celui-ci ; la circonstance n'étant plus présente chez le peuple recevant le nouveau Message divin, Dieu institue chez eux une règle différente ;
– d'autre part, Dieu tient compte de la progression sociale et intellectuelle de l'humanité ; or, tant que les peuples vivaient avec un sentiment très marqué de tribalisme, à cause de l'absence de véritable sentiment de culture universelle, les messages ont été délivrés uniquement à l'intention du peuple auquel appartenait le Messager et à l'intention de ceux qui étaient dans le voisinage immédiat de ce peuple ; plus tard, avec la mondialisation, un nouveau message, mondial, a été donné par Dieu (cliquez ici pour en savoir plus).

Contrairement à ce que vous affirmez, l'islam n'est pas le seul à dire qu'abrogation il y a eu entre les messages de différents Messagers prophètes. Voyez plutôt…

Dans la Torah également on trouve des exemples d'abrogation : ainsi, Jacob eut deux sœurs comme épouses en même temps (Genèse 29) ; or Dieu a interdit ceci dans la Loi qu'Il a donnée à Moïse (Lévitique 18/18). Un autre exemple : Amran, père de Moïse et petit-fils de Lévi, avait épousé Yokèvèd, fille de Lévi, donc… sa tante paternelle (Exode 6/20, Nombres 26/59) ; or Dieu a interdit pareil mariage dans la Loi donnée à Moïse (Lévitique 18/32). Il s'est bien agi d'une abrogation : ce passage interdit le mariage avec sa tante paternelle, alors qu'auparavant il était forcément autorisé, sinon les dix générations suivantes n'auraient pas pu entrer dans l'assemblée de Dieu (voir Deutéronome 23/3), et Moïse lui-même aurait été touché par cette impossibilité !

On pourrait objecter à cela qu'en fait la Loi est venue seulement avec Moïse, et qu'auparavant il n'y avait pas de Loi divine du tout : il n'y a donc, dirait-on, pas eu abrogation d'une Loi divine par une autre, mais plutôt institution d'une Loi divine après un temps où il n'y avait de tout de Loi et où c'était donc le principe de la permission originelle qui s'appliquait. D'où une grande différence.

Mais cette objection ne semble pas très pertinente : en effet, dans le texte de la Genèse il est clairement relaté que Dieu avait explicitement autorisé à Noé et aux hommes de son époque la consommation de tout animal et qu'Il avait explicitement interdit la consommation de sang : "Tout ce qui remue et qui vit vous servira de nourriture comme déjà l'herbe mûrissante, je vous donne tout. Toutefois vous ne mangerez pas la chair avec sa vie, c'est-à-dire son sang" (Genèse 9/3-4). Voyez : le sang était interdit, les autres choses permises. S'il ne s'agit pas là d'une Loi que Dieu avait communiquée, par l'intermédiaire de Noé, Son Messager, aux hommes se trouvant dans son entourage, de quoi s'agit-il donc ? Or, plus tard, Dieu a, par le biais de Son autre Messager Moïse, interdit la consommation de certaines catégories d'animaux : porcs et autres (voir Lévitique 11, Deutéronome 14). Il y a donc bien eu abrogation d'une Loi divine donnée à un Messager – Noé – par une autre Loi divine donnée à un autre Messager – Moïse.

Un exemple d'abrogation apportée par Jésus : selon la Loi que suivaient les Fils d'Israël, une forte interdiction était liée au Sabbat (voir par exemple Exode 31/13-17). Or Jésus vint assouplir non pas l'institution même du sabbat – puisqu'il s'adressait à des fils d'Israël – mais la très stricte façon par laquelle elle était appliquée : "Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l'homme est maître du sabbat" (Marc 2/27-28). N'est-ce pas de l'abrogation ?
Un autre exemple : selon la loi mosaïque, il était licite pour le mari de répudier sa femme sans raison ; or Jésus vint dire que la répudiation n'était autorisée qu'en cas d'adultère : "C'est à cause de la dureté de vos cœurs que Moïse vous a permis de répudier vos femmes. Mais il n'en était pas ainsi au commencement" (Matthieu 5/19) : d'après ce propos, la répudiation faite sans raison constitue une faute sur le plan moral (sans qu'apparemment il y ait pour autant invalidité) ; toujours d'après ce propos, si Moïse avait rendu entièrement licite – sans même que cela soit une faute morale – ce genre de répudiation, c'était à cause de la dureté de cœur de ses contemporains : de deux maux, le moindre avait été choisi : une répudiation injuste était certes mauvaise, mais moins mauvaise que des coups. La règle que Moïse avait énoncée était donc due à un contexte particulier, et ce contexte ayant disparu, Jésus modifia la règle, en tant que Messager de Dieu venu ultérieurement. Voyez : il s'agit bien de l'abrogation d'une règle dictée par un Messager – Moïse – par un Messager plus récent – Jésus.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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