La parole de Dieu est incréée. Ainsi est le Coran : parole de Dieu, donc incréé. Jésus est "parole de Dieu" selon le Coran ; ne serait-il pas lui aussi incréé ?

Question :

Selon vos dires même, la Parole de Dieu est incréée.

Toujours selon vous, le Coran est la Parole de Dieu. Ce qui fait que le texte du Coran est incréé.

Or dans le Coran je lis que Jésus est lui aussi le Verbe de Dieu (4:171). Donc Jésus est incréé, cela ressort de ce que le Coran lui-même dit !

Par ailleurs, je lis aussi dans ce verset du Coran que Jésus est l'Esprit de Dieu (4:171). Donc le Coran reconnaît lui-même que Jésus est bien Dieu, présent sur terre dans un corps de chair.

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Réponse :

"Jésus fils de Marie est Dieu incarné", cela ne peut pas être ce que le Coran veut dire, puisque ce même Coran affirme, tout au contraire : "Sont devenus incroyants ceux qui ont dit : "Dieu, c'est Jésus fils de Marie"" (Coran 5/17). "Etre incroyant", c'est "n'avoir pas la foi que Dieu agrée".

Au sein d'un même texte, il s'agit de lire les passages "équivoques" à la lumière des passages "univoques" (cliquez ici pour en savoir plus) ; et non de ne considérer que les passages "équivoques" et de faire comme si on n'avait pas vu les passages "univoques" (cliquez ici pour l'application de ce principe à propos des textes évangéliques parlant de Jésus).

La question que vous posez est un classique : Ahmad ibn Hanbal (et d'autres) l'avait déjà citée (cf. Al-Jawâb us-sahîh li man baddala dîn al-massîh, 2/252).

La réponse est, en résumé, que quand le Coran dit que Jésus est "une parole de Dieu", cela ne veut pas dire que Jésus serait en soi une parole de Dieu, mais qu'il est la conséquence directe d'une parole de Dieu.

Et quand il dit que Jésus est "une âme, de Dieu", cela ne veut pas dire que Jésus serait une âme qui est une partie de Dieu, mais qu'il est une âme créée de façon extra-ordinaire par Dieu.

Explications détaillées...

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1) Pour ce qui est du nom "Parole de Dieu" attribué à Jésus dans le Coran :

1.1) Premièrement :

En langue arabe, le terme "kalâm-ullâh" désigne tantôt l'Attribut divin de Parole, et tantôt la parole que Dieu a prononcée.

Par contre, le terme "kalimat-ullâh", lui, ne désigne que la parole prononcée par Dieu.

Or le verset auquel vous faites allusion dit de Jésus qu'il est "kalimat-ullâh" : "إِنَّمَا الْمَسِيحُ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ رَسُولُ اللّهِ وَكَلِمَتُهُ أَلْقَاهَا إِلَى مَرْيَمَ وَرُوحٌ مِّنْهُ" (Coran 4/171). Il n'est nulle part dit dans le Coran que Jésus serait "kalâm-ullâh".

On peut donc dire que, à propos de Jésus (sur lui soit la paix), le Coran n'emploie pas le qualificatif "Verbe de Dieu", au sens de l'Attribut divin de Parole, mais seulement le dénomination "parole de Dieu", au sens de parole prononcée à un moment donné par Dieu.

Un autre verset précise bien que Jésus n'est qu'une parole : Jésus y est désigné par l'appellation "une parole venant de Dieu" ("kalimatun minh") : "إِذْ قَالَتِ الْمَلآئِكَةُ يَا مَرْيَمُ إِنَّ اللّهَ يُبَشِّرُكِ بِكَلِمَةٍ مِّنْهُ اسْمُهُ الْمَسِيحُ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ وَجِيهًا فِي الدُّنْيَا وَالآخِرَةِ وَمِنَ الْمُقَرَّبِينَ" (Coran 3/45).

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1.2) Deuxièmement :

Notre croyance est effectivement que toute parole prononcée par Dieu est incréée (cliquez ici).

Cependant, si Jésus est bien désigné par l'appellation "une parole venant de Dieu", cela ne signifie pas qu'il serait en soi une parole venant de Dieu, laquelle aurait pris place à l'intérieur d'un corps de chair. Cela signifie que, corps et âme, Jésus est la conséquence directe d'une parole venant de Dieu.

Le Coran désigne la pluie par le nom : "une miséricorde de Dieu". On y lit ainsi :
--- "Et Il est Celui qui envoie les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde" (Coran 7/57) ;
--- "Et Il est Celui qui a envoyé les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde" (Coran 25/48) ;
--- "Et qui envoie les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde ?" (Coran 27/63).
Dans ces trois versets, "Sa miséricorde" désigne "la pluie".
Or la pluie n'est pas l'Attribut divin de Miséricorde (sifat ur-rahmah), ni en soi une action divine de miséricorde (car "rahmah" est une sifatu dhât mais aussi une sifatu fi'l : FB 13/531).
La pluie est seulement la conséquence, l'effet, de l'Attribut divin de Miséricorde : c'est à cause du fait qu'Il est Miséricordieux que Dieu envoie la pluie pour les habitants de la terre. Or on voit que le nom "miséricorde de Dieu" lui a été attribué dans le Coran.

Pareillement, le prophète Muhammad relate que Dieu a dit, s'adressant au Paradis : "Tu es Ma Miséricorde" (rapporté par al-Bukhârî, n° 7011). Or le Paradis n'est pas en soi l'Attribut de Miséricorde de Dieu : il est seulement le lieu où Dieu fait Miséricorde aux humains, le lieu où Il fait habiter ceux des humains à qui Il veut faire Miséricorde. Pourtant il a été nommé "miséricorde de Dieu".

Le Coran désigne l'univers que nous voyons par l'appellation : "création de Dieu (khalq-ullâh)" (Coran 31/11). Or cet univers n'est pas l'Attribut divin de Création (sifat ul-khalq), ni l'action de création de Dieu (fi'l ul-khalq). Il est la conséquence, l'effet, de l'action de création divine : il est en fait le makhlûq de Dieu.

De la même façon, Jésus est dit "parole venant de Dieu" non pas au sens où il est une parole de Dieu même, mais au sens où il est la conséquence directe de la parole "Sois !" que Dieu a prononcée pour le créer.

Dieu crée les choses que nous voyons sur Terre par Sa Volonté takwînî, mais c'est suite à un enchaînement de causes et d'effets ; en effet, en général Dieu fait intervenir pour cela les causes matérielles qu'Il a Lui-même créées (asbâb mâdiyya 'âdiyya). Ainsi, Dieu dit qu'"Il a fait descendre du ciel une eau, et alors Il a fait apparaître, par elle, des fruits comme subsistance pour vous" (Coran 2/22). Les fruits ont donc des causes immédiates et visibles, ainsi que des causes médiates et invisibles pour nous : l'eau et toute autre chose nécessaire à leur naissance, leur croissance, leur mûrissement sont leurs causes immédiates ; et la Volonté de Dieu est la Cause des causes (bien qu'invisible à nos yeux).

De même, Dieu dit qu'Il a créé l'être humain, homme et femme, "à partir ("min") d'une goutte qui a été répandue" (Coran 53/45-46) ; il s'agit d'"une goutte de sperme" (Coran 75/37) ; Dieu a créé l'homme "à partir d'une goutte, des mélanges" (Coran 76/2) : selon Hamidullah, ces "mélanges" représentent l'élément mâle et l'élément femelle (Le Saint Coran, Traduction intégrale et Notes de Muhammad Hamidullah).

Les hommes dans leur totalité naissent ainsi.

Mais dans le cas de Jésus, étant donné qu'il est né miraculeusement, sans père (cliquez ici), par la seule Parole "Sois !" de Dieu, son nom est relié à cette cause immédiate de sa venue à l'existence, et il a été dénommé "une parole venant de Dieu".

Adam, le premier homme, aussi est né sans père (et même sans mère), et Dieu lui a dit "Sois !" et il a été. Comme pour Jésus, il n'y avait pas une cause complète pour sa création (comme c'est le cas des autres humains) : "إِنَّ مَثَلَ عِيسَى عِندَ اللّهِ كَمَثَلِ آدَمَ خَلَقَهُ مِن تُرَابٍ ثِمَّ قَالَ لَهُ كُن فَيَكُونُ" : "L'exemple de Jésus auprès de Dieu est comme celui de Adam : Il [= Dieu] a façonné (Adam) à partir de terre, puis lui a dit "Sois", et il a été" (Coran 3/59). Cependant, Dieu a créé un corps, et c'est à ce corps qu'il a dit : "Sois" : Il a façonné le corps de Adam à partir de boue (Coran 38/71) : Il l'a créé par Ses deux Mains (Coran 38/75), Il l'a établi (sawwâ) (Coran 15/29, 38/72). Il existait donc un corps fait à partir de boue, et c'est en ce corps que Dieu a insufflé l'âme de Adam (voir Coran 15/29, 38/72). Alors que Jésus, lui, n'est même pas passé par un stade "corps de boue, établi et façonné directement par Dieu, par Ses deux Mains", corps dans lequel son âme aurait été insufflée. Non : son corps à lui (le fœtus dans le ventre de sa mère Marie) a eu comme cause immédiate la parole "Sois !" de Dieu. C'est ce qui explique que Jésus ait été nommé "une parole venant de Dieu", alors que Adam n'a pas reçu un tel nom.

Jésus est dit : "une parole venant de Dieu, qu'Il a lancée vers Marie" : "كَلِمَتُهُ أَلْقَاهَا إِلَى مَرْيَمَ".
Jésus est donc le résultat direct de la parole "Sois", que Dieu a prononcée en S'adressant à Jésus dans le ventre de Marie : "نتيجة كلمة "كن" التي قالها الله لعيسى في جسد مريم".
Ce commentaire est comparable à celui qui dit qu'avoir insufflé l'âme en Marie signifie : avoir insufflé l'âme de Jésus dans le sein de Marie (Rûh ul-ma'ânî, ainsi que Bayân ul-qur'ân, note de bas de page).

Voir également Ar-Radd ul-jamîl li ilâhiyyati 'îssa bi sarîh il-injîl (pp. 58-60), al-Ghazâlî (Algazel).

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2) Pour ce qui est maintenant du nom : "Esprit venant de Dieu" :

Voici exactement ce que le verset dont vous parlez dit à propos de Jésus : "rûhun minh" : "رُوحٌ مِّنْه" (Coran 4/171), ce qui signifie "un esprit/une âme, de Dieu".

Cependant, la particule arabe "min" ("de") peut signifier des choses variées :
--- l'une étant le fait que "cela fait partie de" (tab'îdhiyya),
--- une autre que "cela est envoyé de / par" (ibtidâ' ul-ghâya),
--- etc.
Ici, dans cette appellation attribuée à Jésus, cette particule n'a pas le sens de (tab'îdhiyya).

En ce qui concerne chaque humain, c'est lorsque le fœtus humain a 4 mois d'âge, dans le ventre de sa mère, que l'ange chargé de cette tâche insuffle en lui l'âme spirituelle (c'est ce que le prophète Muhammad a dit : rapporté par Muslim 2643 ; voir aussi Sahîh ul-Bukhârî, 7016, et FB 12/591). Par ailleurs, certes, toutes les âmes humaines sont créées et l'ont été à un moment donné, cependant, il y a divergence d'avis entre les ulémas quant à savoir :
--- si toutes les âmes ont déjà été créées depuis longtemps, et sont seulement insufflées dans leur corps respectif quand celui-ci est un fœtus de 4 mois d'âge,
--- ou bien si chaque âme est créée au moment d'être insufflée dans le fœtus (cf. Ar-Rûh, Ibn ul-Qayyim, Dix-huitième question, pp. 149-168).

Or, dans le cas de Jésus, l'ange Gabriel n'est pas venu insuffler l'âme spirituelle de Jésus dans le fœtus déjà présent dans le ventre de Marie, vu que ce fœtus "Jésus" lui-même est né suite à l'intervention de Gabriel :
"وَاذْكُرْ فِي الْكِتَابِ مَرْيَمَ إِذِ انتَبَذَتْ مِنْ أَهْلِهَا مَكَانًا شَرْقِيًّا {19/16} فَاتَّخَذَتْ مِن دُونِهِمْ حِجَابًا فَأَرْسَلْنَا إِلَيْهَا رُوحَنَا فَتَمَثَّلَ لَهَا بَشَرًا سَوِيًّا {19/17} قَالَتْ إِنِّي أَعُوذُ بِالرَّحْمَن مِنكَ إِن كُنتَ تَقِيًّا {19/18} قَالَ إِنَّمَا أَنَا رَسُولُ رَبِّكِ لِأَهَبَ لَكِ غُلَامًا زَكِيًّا {19/19} قَالَتْ أَنَّى يَكُونُ لِي غُلَامٌ وَلَمْ يَمْسَسْنِي بَشَرٌ وَلَمْ أَكُ بَغِيًّا {19/20} قَالَ كَذَلِكِ قَالَ رَبُّكِ هُوَ عَلَيَّ هَيِّنٌ وَلِنَجْعَلَهُ آيَةً لِلنَّاسِ وَرَحْمَةً مِّنَّا وَكَانَ أَمْرًا مَّقْضِيًّا {19/21} فَحَمَلَتْهُ فَانتَبَذَتْ بِهِ مَكَانًا قَصِيًّا {19/22} فَأَجَاءهَا الْمَخَاضُ إِلَى جِذْعِ النَّخْلَةِ قَالَتْ يَا لَيْتَنِي مِتُّ قَبْلَ هَذَا وَكُنتُ نَسْيًا مَّنسِيًّا {19/23} فَنَادَاهَا مِن تَحْتِهَا أَلَّا تَحْزَنِي قَدْ جَعَلَ رَبُّكِ تَحْتَكِ سَرِيًّا {19/24"
"Et mentionne Marie dans le Livre. Quand elle se retira des siens en un lieu vers l'est, puis plaça un voile entre elle et eux. Nous lui envoyâmes Notre Esprit (rûhanâ), qui se présenta à elle sous la forme d'un homme parfait. Elle dit : "Je cherche refuge contre toi auprès du Miséricordieux ! Si tu crains Dieu [ne t'approche pas de moi !"] Il dit : "Je ne suis qu'un messager de la part de ton Seigneur, afin de te donner un fils pur". Elle dit : "Comment aurais-je un fils, alors qu'aucun homme ne m'a touchée [étant marié à moi], et que je ne suis pas une femme de mauvaise vie [ayant des relations hors mariage] ?" Il dit : "Ainsi en sera-t-il. Ton Seigneur a dit : "Cela est facile pour Moi. Et Nous ferons de lui un signe pour les gens et une miséricorde de Notre part." C'était un événement déjà décidé. Alors elle devint enceinte, et se retira en un lieu éloigné" (Coran 19/16-22).
Le récit de cette annonce faite à Marie est également évoqué en Coran 3/45-51, et là on lit clairement : "Lorsque les anges dirent à Marie (...)" (Coran 3/45) : il s'agit soit de Gabriel seulement, évoqué au pluriel de grandeur ("les anges"), soit de Gabriel accompagné de certains autres anges.

Comment Gabriel donna-t-il à Marie ce fils, ce passage 19/16-22 ne le dit pas.
Pour le savoir, il faut se référer à deux autres passages, où Dieu dit, parlant de Marie : "Et celle qui avait préservé sa chasteté, Nous insufflâmes en elle de notre Rûh" : "وَالَّتِي أَحْصَنَتْ فَرْجَهَا فَنَفَخْنَا فِيهَا مِن رُّوحِنَا" (Coran 21/91 ; le verset 66/12 est voisin).

Ce qui est certain c'est que "Nous insufflâmes" représente "Dieu", mais c'est en fait l'action de Gabriel que Dieu a rapportée à Lui : c'est Gabriel qui est intervenu (majâz 'aqlî).

Et que désigne : "notre Rûh" ici, dans ces versets 21/91 et 66/12 :

--- a) l'ange Gabriel lui-même ? les termes du verset étant alors à comprendre ainsi : "Nous insufflâmes en elle, c'est-à-dire que sur Notre Ordre, Notre Esprit, Gabriel, insuffla en elle" (badal ma'a min bayâniyya) (aw min ibtidâ'iyya) ? "Min Rûhinâ" explicite alors le sujet du verbe "nafakha", alors que le complément d'objet direct de ce verbe n'est pas exprimé ;

--- b) le souffle (nafkhah) ? les termes du verset étant alors à comprendre ainsi : "Nous insufflâmes en elle quelque souffle" (maf'ûl mutlaq) ? "Min Rûhinâ" est alors maf'ûl mutlaq, et, de nouveau, le complément d'objet direct du verbe n'est pas exprimé ;

--- c) la vie biologique de Jésus ("ar-rûh al-hayawânî" = "al-hayâh") (maf'ûl bih), rapportée à Dieu (mudhâf ilallâh) par importance (tashrîf) ? les termes du verset étant alors à comprendre ainsi : "Sur Notre Ordre, Gabriel souffla dans le corps de Marie, ce qui y donna vie à un fœtus humain  : "Jésus"" ?

--- d) l'âme spirituelle de Jésus (ar-rûh al-insânî) (maf'ûl bih), rapportée à Dieu par importance (tashrîf) ? les termes du verset étant alors à comprendre ainsi : "Sur Notre Ordre, Gabriel insuffla en le corps de Marie l'âme spirituelle de Jésus, et cela en même temps que le fœtus "Jésus" fut créé (ce fœtus fut créé soit par ce souffle même de Gabriel, soit par la parole "Sois !" de Dieu") ?

C'est à propos de Coran 4/171 que l'on peut voir ces 4 commentaires dans Tafsîr ut-Tabarî, ou encore dans Zâd ul-massîr.
Pour Coran 21/91, les commentaires a, ainsi que ce qui peut être interprété comme c ou comme d, sont tous deux visibles dans Rûh ul-ma'ânî :
"والمراد من الروح: معناه المعروف [ج أو د] والإضافة إلى ضميره تعالى للتشريف، ونفخ الروح عبارة عن الإحياء، وليس هناك نفخ حقيقة. ثم هذا الإحياء لعيسى عليه السلام؛ وهو لكونه في بطنها، صح أن يقال: نفخنا فيها؛ فإن ما يكون فيما في الشيء يكون فيه؛ فلا يلزم أن يكون المعنى أحييناها وليس بمراد. وهذا كما يقول الزمار. نفخت في بيت فلان وهو قد نفخ في المزمار في بيته. وقال أبو حيان: الكلام على تقدير مضاف أي فنفخنا في ابنها.
ويجوز أن يكون المراد من
الروح: جبريل عليه السلام [ألف] كما قيل في قوله تعالى: فَأَرْسَلْنا إِلَيْها رُوحَنا ومن ابتدائية وهنك نفخ حقيقة وإسناده إليه تعالى مجاز أي فنفخنا فيها من جهة روحنا، وكان جبريل عليه السلام قد نفخ من جيب درعها فوصل النفخ إلى جوفها فصح أن النفخ فيها من غير غبار يحتاج إلى النفخ"
(Rûh ul-ma'ânî).

Je penche vers le commentaire a, en vertu duquel le verset : "Et celle qui avait préservé sa chasteté [= Marie], Nous insufflâmes en elle de notre Rûh" signifie : "Nous insufflâmes en Marie ; c'est-à-dire que sur Notre Ordre, Notre Esprit, Gabriel, insuffla en Marie".

A retenir ce commentaire a (comme d'ailleurs le commentaire b), le complément d'objet direct n'est pas exprimé : qu'est-ce qui a été insufflé en Marie, ou qu'est-ce qui a résulté de ce souffle ?
C'est
forcément : "hayâh", ou : "rûh insânî", vu que ce sont les deux possibilités de complément d'objet direct que les commentaires c et d proposent.

Par ailleurs, il y a ici 2 hypothèses :

--- i) soit c'est la vie biologique de Jésus que (par la permission de Dieu) Gabriel a fait naître, par le fait d'avoir soufflé sur Marie (fî jaybi dir'iha), dans le sein de celle-ci ;
--- ii) soit c'est l'âme spirituelle de Jésus que (par la permission de Dieu) Gabriel a insufflé dans le fœtus "Jésus", dans le sein de Marie.

Le verset 19/22 dit explicitement que c'est suite à la venue de Gabriel que Marie devint enceinte. Le fœtus "Jésus" est donc né à ce moment-là. Cela est certain. Maintenant :

--- Si on retient la première hypothèse (i), alors il est possible que l'ange Gabriel ait, lors de sa venue évoquée dans le passage coranique 19/16-22, seulement, avec la permission takwînî de Dieu, donné naissance à une vie biologique : le fœtus "Jésus" dans le ventre de Marie, et que ce soit ultérieurement que l'âme spirituelle de Jésus ait été insufflée dans ce fœtus, mais cela par un autre ange que Gabriel (comme c'est le cas pour chaque humain). Ibn Taymiyya a retenu le commentaire a, avec apparemment cette première possibilité : "وقوله عن المسيح: {وروح منه} خص المسيح بذلك لأنه نفخ في أمه من الروح، فحبلت به من ذلك النفخ؛ وذلك غير روحه التي يشاركه فيها سائر البشر. فامتاز بأن حبلت به من نفخ الروح، فلهذا سمي روحا منه. ولهذا قال طائفة من المفسرين: روح منه: أي رسول منه، سماه باسم الروح الرسول الذي نفخ فيها" (Al-Jawâb us-sahîh, 2/254).

--- Par contre, si on retient la seconde hypothèse (ii), cela implique que l'âme spirituelle de Jésus a été insufflée dans le fœtus "Jésus" en même temps qu'a eu lieu la création de ce fœtus.

-
En un mot : le souffle de Gabriel sur Marie a, grâce à l'action concomitante de la parole divine "Sois !", donné Jésus.
Plus précisément, cela a, à ce moment-là, donné :
--- i) soit son corps seulement (et ce n'est que plus tard que son âme spirituelle a été insufflée dans ce corps),
--- ii) soit à la fois son corps et son âme spirituelle
.

La seconde hypothèse (ii) expliquerait pourquoi Jésus - mais pas Adam - a été nommé : "âme venant de Dieu" :
- l'âme biologique et l'âme spirituelle de Adam ont certes été insufflées en le corps de ce dernier par Dieu, mais ce fut justement dans un corps déjà façonné depuis un moment ;
- à la différence de Jésus : son âme biologique et son âme spirituelle ont été insufflées en même temps qu'a été créé son corps (le fœtus "Jésus"), et ce par la Parole "Sois !" de Dieu.

Je penche vers la seconde hypothèse (ii), en vertu de laquelle le verset : "Et celle qui avait préservé sa chasteté [= Marie], Nous insufflâmes en elle de notre Rûh" signifie : "Sur Notre Ordre, Notre Esprit, Gabriel, insuffla en Marie l'âme spirituelle de Jésus ; en même temps que, par Notre Parole "Sois !", Nous créâmes le corps physique de Jésus dans le sein de Marie".

-
Dans le verset 4/171 où il est dit de Jésus qu'il est "rûhun minh" : "رُوحٌ مِّنْه", "une âme de Dieu", la particule "min" ("de") a donc le sens de "ibtidâ' ul-ghâya" : "une âme de la part de Dieu" : les circonstances ordinaires étant absentes, le fait qu'il y ait eu une âme nommée Jésus est rapporté à (mansûb ilâ) la seule volonté de Dieu ; Jésus est donc "une âme venant de Dieu".

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Des Commentateurs du Coran relatent qu'il y avait un médecin chrétien (et arabe) qui se rendait à la cour du calife Haroun ar-Rachid. Et qu'une fois, discutant avec al-Wâqidî, il cita ce verset 4/171 pour essayer de prouver que d'après le Coran lui-même, Jésus est une partie de Dieu. Al-Waqidî, voulant lui montrer que la particule "min" ne désigne pas forcément "la partie" (tab'îdhiyya) mais certaines fois l'origine de l'octroi (ibtidâ' ul-ghâya), lui cita alors le verset 45/13 : "وَسَخَّرَ لَكُم مَّا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا مِّنْهُ" : "Et Il a assujetti pour vous tout ce qui se trouve dans les cieux et la terre, de Lui ("minh")" (Coran 45/13). Et il lui demanda : "En déduirez-vous aussi que toute chose est une partie de Dieu, que Dieu est incarné en toute chose ?"

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C) Deux expressions voisines, présentes au sujet de Muhammad (sur lui soit la paix), dans le Coran et la Sunna :

Dans le Coran on lit aussi, à propos du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) : "Et tu n'as pas lancé, lorsque tu as lancé, mais Dieu a lancé" (Coran 8/17). Ce verset fait allusion à un épisode de la bataille de Badr, quand le Prophète lança en direction de l'ennemi une poignée de terre, qui atteignit miraculeusement les yeux de tous les soldats de l'armée adverse, pourtant assez éloignés et en nombre important (1000 âmes).

Dans ce verset, l'action est tout à la fois attribuée à Muhammad ("lorsque tu as lancé"), et niée de lui ("tu n'as pas lancé") pour être attribuée à Dieu ("mais Dieu a lancé").
Cela ne veut pas dire que Dieu aurait pris la place de Muhammad quand celui-ci a fait le geste de lancer la poignée de terre, ni que Dieu se serait incarné en lui.

Cela veut simplement dire que le résultat de l'action que Muhammad a faite est inhabituelle, miraculeuse : il a bien fait le geste de lancer la terre, avec l'objectif qu'elle atteigne l'ennemi – et c'est pourquoi l'action lui est attribuée ("lorsque tu as lancé") –, mais le geste qu'il a fait est incapable de faire parvenir la terre jusqu'à l'ennemi – et c'est pourquoi l'action est niée de lui pour être attribuée à Dieu ("tu n'as pas lancé", "mais Dieu a lancé").

Toute action ou tout résultat d'action qui se produit alors qu'elle (ou il) sort du cadre existentiel (takwînî) normal (mu'tâd) est attribué(e) à Dieu.

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C'est encore pourquoi, quand un groupe de musulmans d'origine yéménite vinrent demander au prophète Muhammad s'il disposait de montures à leur fournir, le Prophète leur dit : "Par Dieu, je ne vous fournirai pas de monture ! Je ne dispose pas de montures à vous fournir". Mais plus tard, ayant obtenu des montures, il fit appeler ces Compagnons et les leur remit. Alors que ces Compagnons emmenaient les animaux qu'ils venaient de recevoir, ils se dirent qu'ils feraient mieux de rappeler au Prophète son serment, car il l'avait peut-être oublié. Mais,l'ayant fait, leProphète leur répondit : "Ce n'est pas moi qui vous ai fourni des montures, c'est Dieu qui vous a fourni des montures. Et chaque fois que je ferai un serment à propos de quelque chose et que je verrai ensuite quelque chose de meilleur, je donnerai la compensation et ferai ce qui est meilleur" (al-Bukhârî, Muslim, an-Nassâ'ï, etc.).
Le Prophète ne voulait pas dire ici qu'il n'a pas fait l'action de fournir ces montures à ces Compagnons. Car si c'était ce qu'il voulait dire, il n'aurait pas évoqué le fait que quand il fait un serment et voit ensuite quelque chose qui est meilleur que ce au sujet de quoi il avait fait serment, il donne la compensation - kaffâra - et fait cette autre chose.
Ce qu'il voulait dire c'est que, au vu des causes apparentes, il n'avait aucune possibilité de leur fournir des montures, mais Dieu a ensuite fait en sorte que, contre toute attente, des montures ont été disponibles : "Il voulait dire : J'ai fait le serment en considérant l'apparence des causes ; et cela est un bienfait ayant été accordé par Dieu de façon contraire à ces causes" (Hâshiyat us-Sindî 'alâ Sunan in-Nassâ'ï). "Ces (chameaux) n'ont pas été (disponibles) par quelque chose entrepris par le Prophète" (Fat'h ul-bârî 11/748).

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Par ailleurs :

Le texte du Coran, lui, est bien une partie de l'ensemble des Paroles de Dieu : il s'agit de l'ensemble des paroles que Dieu a prononcées à l'intention de Muhammad pour que celui-ci le retransmette aux hommes, et dont Il a voulu que, depuis l'époque de Muhammad jusqu'à peu avant la fin du monde – quand Il fera disparaître de la Terre la connaissance de ces Siennes Paroles ("ilayhi ya'ûdu" : "ay 'ilmuhû", explique Ibn Taymiyya) –, les hommes s'y réfèrent pour leurs croyances et pour leur vision de ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas, de ce qui constitue les limites et de ce qui constitue les orientations.

Malgré cela les musulmans ne s'adressent pas au Coran en lui disant : "O Parole de Dieu, aide-nous !" / "pardonne-nous" / "assiste-nous" (cliquez ici et ici).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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