Quand, dans les Textes du Coran et de la Sunna, on trouve le terme "Torah", cela désigne l'une de 4 choses (plus ou moins étendues)

Le terme "Torah", lorsqu'employé dans les Textes du Coran et de la Sunna, désigne...

--- Sens 1) Tantôt : "seulement ce qui fut écrit par Dieu sur les Tables et remis à Moïse (sur lui soit la paix) quand ce dernier était sur le Mont du Sinaï" :

Ainsi, dans le célèbre hadith suivant, on lit que Adam dit à Moïse : "(...) Et (Dieu) a écrit pour toi la Torah de Sa Main" : "حدثني محمد بن حاتم، وإبراهيم بن دينار، وابن أبي عمر المكي، وأحمد بن عبدة الضبي جميعا، عن ابن عيينة - واللفظ لابن حاتم وابن دينار - قالا: حدثنا سفيان بن عيينة، عن عمرو، عن طاوس، قال: سمعت أبا هريرة، يقول: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "احتج آدم وموسى، فقال موسى: "يا آدم أنت أبونا خيبتنا وأخرجتنا من الجنة!" فقال له آدم: "أنت موسى، اصطفاك الله بكلامه، وخط لك بيده، أتلومني على أمر قدره الله علي قبل أن يخلقني بأربعين سنة؟" فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "فحج آدم موسى، فحج آدم موسى". وفي حديث ابن أبي عمر وابن عبدة، قال أحدهما: "خط"، وقال الآخر: "كتب لك التوراة بيده" (Muslim, 2652/13) (voir aussi Mukhtassar as-Sawâ'iq il-mursala, p. 674).

D'après la relation que les Fils d'Israël ont faite, dans ces Tables il y avait :
--- les 10 Paroles (communément appelées : "les 10 Commandements") (Exode 20/2-17),
--- ainsi que des règles et normes concernant diverses situations de la vie quotidienne, ainsi que des actes cultuels, les fêtes et le Sabbat (Exode, chapitres 21 à 23).

Et, toujours d'après la relation que les Fils d'Israël ont faite, la parole y étant transcrite, Dieu l'a prononcée (voir Exode 20/1 ; 21/1), et Dieu l'a écrite (Exode 24/12).

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--- Sens 2) Tantôt, de façon plus extensive : "la partie des 5 livres (c'est-à-dire du Pentateuque) qui a dûment été révélée à Moïse" ; et ce, qu'il s'agisse de la partie évoquée en 1 (le contenu des Tables reçues par Moïse sur le Mont du Sinaï) ; ou qu'il s'agisse d'autres révélations reçues par Moïse, soit avant sa venue sur le Mont du Sinaï (comme par exemple : "Dieu parla à Moïse et lui dit : "Dis aux Israélites..."" : Exode 14/1), soit après sa venue sur le Mont :

Voici ce qu'on lit dans le Coran : "أَنزَلْنَا التَّوْرَاةَ" : "Nous avons fait descendre la Torah" (phrase présente en plusieurs passages du Coran) : ce terme désigne ici ce sens 2, c'est-à-dire les révélations divines proprement dites, présentes au sein de l'ensemble du texte appelé "Torah" (cet ensemble constituant pour sa part "la Torah" au sens 3, ci-après).

Pourquoi ai-je distingué ce sens 2, et n'ai-je pas dit que cette phrase coranique renvoie tout simplement au sens 1 ("les Tables de la Loi") ?

A cause des deux versets suivants, considérés ensemble :
"كُلُّ الطَّعَامِ كَانَ حِلاًّ لِّبَنِي إِسْرَائِيلَ إِلاَّ مَا حَرَّمَ إِسْرَائِيلُ عَلَى نَفْسِهِ مِن قَبْلِ أَن تُنَزَّلَ التَّوْرَاةُ" : "Toutes ces nourritures étaient licites pour les fils d'Israël – hormis ce que Israël s'était interdit à lui-même – avant que la Torah soit descendue" (Coran 3/93) ; "ce que Israël [= Jacob] s'était interdit à lui-même" désigne (d'après l'un des commentaires) : "le nerf sciatique de l'animal" ; pour les autres nourritures ayant été déclarées illicites dans la Torah mais pas dans le Coran, dans ce verset-ci il est dit que c'est bien dans la Torah que Dieu les leur a interdits ;
– or dans un autre verset (que nous allons voir),
il est dit que c'est à cause de manquements de leur part que certaines des choses qui sont bonnes (tayyibât) et qui avaient donc d'abord été déclarées licites pour eux, que ces choses furent ensuite déclarées illicites pour eux :  "فَبِظُلْمٍ مِّنَ الَّذِينَ هَادُواْ، حَرَّمْنَا عَلَيْهِمْ طَيِّبَاتٍ أُحِلَّتْ لَهُمْ" : "A cause d'un manquement de la part de ceux qui s'étaient judaïsés, Nous leur interdîmes des choses bonnes ayant été [d'abord] déclarées licites pour eux" (Coran 4/160).
Comment comprendre cela, sachant d'une part que c'est dans la Torah que la loi leur fut donnée, et d'autre part que ces manquements de leur part survinrent après le don de la Torah sur le mont du Sinaï ?

La réponse est que ces aliments furent bien déclarés illicites pour eux suite à leurs manquements, lesquels survinrent après le don des Tables au Sinaï, et cela leur fut bel et bien communiqué dans la Torah, mais au sens 2 du terme ; et pas dans la Torah au sens 1 du terme.
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Al-Kalbî
dit :
"Dieu ne le leur a pas interdit dans la Torah*, mais après la Torah*, à cause de leurs manquements (...)" : "وقال الكلبي: لم يحرمه الله عز وجل في التوراة* عليهم، وإنما حرمه بعد التوراة* بظلمهم وكفرهم" (Tafsîr ul-Qurtubî 4/137) ; * sens 1.
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D'après la relation que les fils d'Israël en ont fait, en effet, – exception faite de l'interdiction de cuire l'agneau dans le lait de sa mère – les interdits alimentaires spécifiques ont été énoncés aux fils d'Israël dans une séquence de temps postérieure à la réception des Tables de la Loi (voir
Lévitique, chapitre 11).

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--- Sens 3) Tantôt, de façon encore plus extensive par rapport au sens précédent : "tout le texte qui ne constitue pas une révélation divine mais qui fut écrit en tant qu'histoire générale, et au milieu duquel on trouve les révélations faites par Dieu à Moïse". En d'autres termes : "La partie du texte qui est une relation du déroulement de la mission de Moïse, avec insertion, en son milieu, des révélations divines proprement dites" (ces révélations divines correspondant pour leur part au sens 2 du terme "Torah") :

Cela est vérifié pour la partie comprise entre le chapitre nommé "'l'Exode" inclus (lequel chapitre débute avec la relation de la situation des Israélites en Egypte, à la veille de la naissance de Moïse) et le chapitre du "Deutéronome" inclus (lequel chapitre se termine avec le décès de Moïse, le fait que les Israélites portèrent son deuil pendant 30 jours et le fait que Josué lui succéda pour les diriger).

On peut remarquer ces deux sens (2 et 3), du nom "Torah" dans le verset coranique suivant : "كُلُّ الطَّعَامِ كَانَ حِلاًّ لِّبَنِي إِسْرَائِيلَ إِلاَّ مَا حَرَّمَ إِسْرَائِيلُ عَلَى نَفْسِهِ مِن قَبْلِ أَن تُنَزَّلَ التَّوْرَاةُ قُلْ فَأْتُواْ بِالتَّوْرَاةِ فَاتْلُوهَا إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ" : "Toutes ces nourritures étaient licites pour les fils d'Israël – hormis ce que Israël s'était interdit à lui-même – avant que la Torah** soit descendue. Dis : "Apportez-donc la Torah*** et récitez-la, si vous êtes véridiques"" (Coran 3/93) ; ** au sens 2 ; *** au sens 3 : en effet, car c'est par vérification dans la Torah en ce sens 3 qu'on peut confirmer que, avant la révélation de la Loi à Moïse, ces aliments étaient licites pour les fils d'Israël.
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D'ailleurs on lit que Moïse rédigeait de sa main les chroniques de ce qui arrivait au peuple d'Israël : 
– alors que, se trouvant à Raphidim, les fils d'Israël durent combattre les Amalécites, et que Josué défirent ceux-ci :
"Dieu dit à Moïse : "Ecris cela dans un livre pour en garder le souvenir, (...)"" (Exode, 17/14) ;
"Voici les étapes des fils d'Israël qui sortirent du pays d'Égypte, selon leurs armées, sous la conduite de Moïse et d'Aaron. Et Moïse écrivit leurs points de départ, selon leurs étapes, suivant le commandement de l'Éternel. (...)" (Nombres 33/1-2).

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Dans le Coran sont évoqués "les feuillets de Moïse" :
--- "أَمْ لَمْ يُنَبَّأْ بِمَا فِي صُحُفِ مُوسَى وَإِبْرَاهِيمَ الَّذِي وَفَّى أَلَّا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى وَأَن لَّيْسَ لِلْإِنسَانِ إِلَّا مَا سَعَى وَأَنَّ سَعْيَهُ سَوْفَ يُرَى ثُمَّ يُجْزَاهُ الْجَزَاء الْأَوْفَى" : "N'a-t-il pas été informé de ce qu'il y a dans les feuillets de Moïse et de Abraham – celui qui a tenu sa promesse –, qu'aucune âme ne portera le fardeau d'une autre, que l'homme n'aura que ce à quoi il se sera efforcé, et que son effort sera vu [le jour du jugement] puis qu'il en sera rétribué pleinement ?" (Coran 53/36-41) ;
--- "إِنَّ هَذَا لَفِي الصُّحُفِ الْأُولَى صُحُفِ إِبْرَاهِيمَ وَمُوسَى" : "Ceci se trouve, certes, dans les feuillets premiers, les feuillets de Abraham et de Moïse" (Coran 87/18-19) ("ceci" renvoie ici : soit au fait qu'"a réussi celui qui se purifie, invoque le Nom de son Seigneur puis prie" (mentionné en 87/14-15) ainsi qu'au fait que "la vie dernière est meilleure (que la vie première)" (mentionné en 87/17) : "قَدْ أَفْلَحَ مَن تَزَكَّى وَذَكَرَ اسْمَ رَبِّهِ فَصَلَّى بَلْ تُؤْثِرُونَ الْحَيَاةَ الدُّنْيَا وَالْآخِرَةُ خَيْرٌ وَأَبْقَى" (Rûh ul-ma'ânî, Tafsîr ul-Jalâlayn) ; soit seulement au fait que "la vie dernière est meilleure (que la vie première)" : "وَالْآخِرَةُ خَيْرٌ وَأَبْقَى" (mentionné en 87/17) (Rûh ul-ma'ânî).

Que sont ces "feuillets de Moïse" ? Selon un avis, ce qui est désigné par "les feuillets de Moïse" ("suhufu Mûssâ") et ce qui est désigné par : "Parole Ecrite" ("kitâb") descendue sur Moïse, constituent une seule et même chose. Selon un autre avis, ce que Moïse a reçu comme "Parole Ecrite" descendue sur lui ("kitâb") est différent de ce qui est désigné par "les feuillets de Moïse" ("suhufu Mûssâ").

Et que dire des "feuillets d'Abraham" : leur contenu a-t-il été incorporé à ce qui est devenu "la Torah" en ce sens 3, y figurant avant la mention de la naissance de Moïse et de sa mission ?
Je ne sais pas (لا أدري).

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Le fait que les révélations divines (sens 1 et 2 de "la Torah") soient intégrées à des chroniques relatant le contexte dans lequel elles sont survenues, cela est comparable aux Livres de Sîrah dont les musulmans disposent, dans lesquels on retrouve des révélations faites au prophète Muhammad (sur lui soit la paix) insérées dans un texte relatant les circonstances, les lieux, les mois, les années, où elles se sont produites. Restent quand même deux différences :
primo le prophète Muhammad n'a quant à lui rien écrit du déroulé de sa mission (contrairement au prophète Moïse) ; ce qu'il a fait écrire - par dictée - fut seulement le texte du Coran ; quant à ses paroles, actes et approbations, en un mot ce qui se passait, il fit certes écrire une de ses paroles à la demande de Abû Shâh ; par ailleurs, il approuva que Abdullâh ibn 'Amr écrive tout ce qu'il l'entendait dire ; pour le reste, cela fut transmis oralement, et ce fut plus tard que cela fut transcrit ;
secundo, chez les musulmans particulièrement, il y a l'institution de la vérification du caractère fiable (sahîh) ou non-fiable (dha'îf) de la chaîne de narration de chaque parole, action, fait et approbation attribués au prophète Muhammad ; ainsi que de l'absence de contradiction du contenu d'un élément lui étant ainsi attribué avec ce qui établi dans le Coran, ainsi qu'avec ce qui est déjà établi du Prophète (dans la Sunna Mash'hûra).

Ce qui a été dit plus haut est également valable pour l'appellation "Kutub us-Sunna", laquelle désigne : "les recueils dans lesquels on trouve relatée la Sunna du prophète Muhammad (sur lui soit la paix), celle-ci ayant été insérée dans les circonstances dans lesquelles elle a été prononcée ou accomplie, ces circonstances étant parfois relatées par le témoin direct (le Compagnon), et d'autres fois exposées par un transmetteur postérieur".
Ainsi, dans la relation de l'épisode relatif à Abd ur-Rahmân ibn uz-Zabîr et son épouse Tamîma bint Wahb, nous lisons que cette dernière, Tamîma, désirait se séparer de Abd ur-Rahmân (son mari d'alors) pour pouvoir se remarier à son ex-mari (Rifâ'ah, lequel l'avait pourtant répudiée par trois fois) ; elle vint donc, d'abord auprès de Aïcha, puis auprès du Prophète, se plaindre de son mari d'alors, Abd ur-Rahmân.
A Aïcha elle montra une tache verte sur sa peau [l'une des deux possibilités est qu'il s'agissait d'une trace de malnutrition, dit al-Kirmânî : Fat'h ul-bârî].
Et auprès Prophète (sur lui soit la paix) elle devait venir un peu plus tard, pour lui dire que son mari était impuissant. Mais, pour le moment, quand le Prophète rentra à la maison, Aïcha se fit l'avocate de Tamîma auprès de lui.
Or, quand cela est relaté, voici ce qu'on lit dans le hadîth complet : "Quand le Messager de Dieu (que Dieu l'élève et le salue) vint, – les femmes s'entraident l'une l'autre –, Aïcha (lui) dit : "Je n'ai jamais vu chose semblable à ce que des croyantes connaissent là" : "فلما جاء رسول الله صلى الله عليه وسلم، والنساء ينصر بعضهن بعضا، قالت عائشة: "ما رأيت مثل ما يلقى المؤمنات" (al-Bukhârî, 5487). Cette phrase : "Les femmes s'entraident l'une l'autre" n'est nullement du prophète Muhammad (sur lui soit la paix), ni même de Aïcha : cette phrase est de 'Ik'rima (qui rapporte l'événement de Aïcha, comme par ailleurs 'Urwa aussi le rapporte d'elle) : cette phrase est ce qu'on appelle un "Mud'raj", "مُدْرَج مِن كلام الراوي" : "un propos ayant été inséré comme explication, ou comme commentaire, au milieu du hadîth". Si 'Ik'rima a ici exposé cette réalité universelle (également exposée par John Gray) : "Les femmes s'entraident l'une l'autre", ce fut seulement afin de mieux faire comprendre à ceux à qui il rapportait ce hadîth pourquoi Aïcha s'est faite l'avocate de Tamîma devant le Prophète quand ce dernier rentra à la maison. Pourtant, malgré la présence de tels propos Mud'raj ayant pour source une autre personne que le Prophète, l'ensemble est bel et bien appelé : "Kutub ul-Hadîth", ou : "Kutub us-Sunna".

C'est la même chose pour le nom "Torah" en ce sens 3 du terme.

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--- Sens 4) Enfin, parfois, de façon encore plus extensive : "tout le TaNaKh" (les textes à la fois de la Torah proprement dite, des Neviim et des Ketouvim, ces deux catégories de textes étant postérieures à Moïse) :

"عن عطاء بن يسار، قال: لقيت عبد الله بن عمرو بن العاص رضي الله عنهما، قلت: "أخبرني عن صفة رسول الله صلى الله عليه وسلم في التوراة". قال: "أجل، والله إنه لموصوف في التوراة ببعض صفته في القرآن: "يا أيها النبي إنا أرسلناك شاهدا ومبشرا ونذيرا وحرزا للأميين. أنت عبدي ورسولي. سميتك المتوكل ليس بفظ ولا غليظ، ولا سخاب في الأسواق، ولا يدفع بالسيئة السيئة ولكن يعفو ويغفر. ولن يقبضه الله حتى يقيم به الملة العوجاء، بأن يقولوا: "لا إله إلا الله"، ويفتح بها أعينا عميا وآذانا صما وقلوبا غلفا" (al-Bukhârî, 2018).
Or, ce que Abdullâh ibn 'Amr expose ici comme étant "présent dans la Torah" est en fait présent dans le livre d'Esaïe (Kitâb un-nubuwwât, Ibn Taymiyya, p. 413). Il s'agit de Esaïe 42/1-7.

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Un point en rapport avec le Sens évoqué en 3 :

On lit dans le texte de la Torah : "Il [= le peuple des fils d'Israël] bâtit pour le Pharaon des villes-entrepôts, Pitôm et Pi-Ramesse" (Exode 1/11).
Or on sait que ce fut Ramsès II qui fit bâtir Pi-Ramesse, qu'il fait partie de la 19è dynastie, et qu'il a régné surtout au XIIIè siècle avant J. -C. : de – 1304 à – 1237 (d'après la chronologie de Redford).

Ayant découvert la recherche d'un chercheur américain soutenant que les fils d'Israël avaient quitté l'Egypte depuis le XVè siècle avant J.-C., sous la 18è dynastie, et ayant écouté ses arguments, ces derniers me firent pencher vers son avis (et délaisser celle que je connaissais jusqu'alors) ; néanmoins, un problème subsistait dans mon esprit. Je le questionnai donc sur le sujet :
"Que faites-vous alors de ce témoignage présent en Exode 1/11 ("Il [= le peuple des fils d'Israël] bâtit pour le Pharaon des villes-entrepôts, Pitôm et Pi-Ramesse"), qui est un indice du fait que les fils d'Israël étaient toujours en Egypte sous Ramsès II (de la 19ème dynastie), au XIIIè siècle avant J.-C., puisque y bâtissant la cité-entrepôt de Pi-Ramesse ?"

Le chercheur me répondit en substance qu'en fait Pi-Ramesse n'était pas une ville-entrepôt. Et que Avaris par contre était bien une cité-entrepôt (ou une cité-forte) [elle était la cité royale sous les 14è, 15è (hyksos), 16è (peut-être vassale des hyksos), 17è et 18è dynasties]. Et que c'est soit à l'agrandissement, soit à la rénovation de Avaris que les fils d'Israël furent contraints de participer, sous la 18è dynastie.
Cependant, plus tard, lors de la 19è dynastie, Ramsès II fit bâtir Pi-Ramesse tout près du lieu (un peu plus au nord) où, auparavant, la cité-entrepôt d'Avaris se trouvait (fin de citation).
Et Pi-Ramesse deviendra la capitale égyptienne sous les 19è et 20è dynasties.

(Le lieu où se situait Avaris s'appelle aujourd'hui : "تلّ الضبع", Tell ad-Dab'a.
Et le lieu où se situait Pi-Ramesse s'appelle actuellement : Qantir, et se trouve tout près.)
(Cette carte a été réalisée par l'auteur de la recherche qui figure à cette adresse : https://steemit.com/exodus/@harlotscurse/succoth-station-no-2.)
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C'est, selon le chercheur américain sus-cité, la proximité géographique entre "Avaris" et "Pi-Ramesse" qui explique qu'un scribe a désigné la cité de "Avaris" par le nom : "Pi-Ramesse".
En fait, propose-t-il : en Exode 1/11, Moïse avait écrit : "
Pitôm et Avaris" ; mais un ou des scribe(s) postérieur(s) y a(ont) opéré une modification : il(s) a(ont) remplacé "Avaris" par : "Pi-Ramesse". L'intention de ce(s) scribe(s) étant de faire connaître au lecteur le lieu voulu, en employant le nom que le lecteur connaissait à son époque (fin de citation de ce chercheur).

Cela se comprend par rapport au sens 3 du terme "Torah", et à la réalité à laquelle cela correspond.

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Une tout autre chose : Les Sens 1 et 2 renvoyaient aux révélations divines qui sont présentes dans le texte de la Torah. Or il existe encore des révélations divines dont les fils d'Israël disposent mais qui ne se trouvent pour leur part pas dans la Torah :

Dieu dit dans le Coran : "مِنْ أَجْلِ ذَلِكَ كَتَبْنَا عَلَى بَنِي إِسْرَائِيلَ أَنَّهُ مَن قَتَلَ نَفْسًا بِغَيْرِ نَفْسٍ أَوْ فَسَادٍ فِي الأَرْضِ فَكَأَنَّمَا قَتَلَ النَّاسَ جَمِيعًا وَمَنْ أَحْيَاهَا فَكَأَنَّمَا أَحْيَا النَّاسَ جَمِيعًا" : "A cause de cela Nous avions prescrit aux fils d'Israël que celui qui tue une âme sans que ce soit à cause (d'un talion pour) une autre âme, ou (à cause) d'un mal commis sur terre (et entraînant légalement la mise à mort du coupable), c'est comme s'il avait tué tous les humains. Et celui qui fait vivre* une âme, c'est comme s'il avait fait vivre tous les humains" (Coran 5/32) * il s'agit d'avoir sauvé une personne d'un danger de mort, ou encore d'avoir, devant le juge, gracié le meurtrier de son parent (alors qu'on pouvait réclamer que le talion lui soit appliqué) : "خمسة أقوال: أحدها: استنقذها من هلكة، روي عن ابن مسعود ومجاهد. قال الحسن: من أحياها من غرق أو حرق أو هلاك. (...) والثالث: أن يعفو أولياء المقتول عن القصاص، قاله الحسن وابن زيد وابن قتيبة" (Zâd ul-massîr).

Or cela est présent non pas dans la Torah, mais dans le Talmud (avec certains termes légèrement différents) : "Therefore the man was created singly, to teach that he who destroys one soul of a human being, the Scripture considers him as if he should destroy a whole world, and him who saves one soul of Israel, the Scripture considers him as if he should save a whole world" (Mishna Sanhedrin 4:3).

Alors : y aurait-il eu confusion par le Coran, entre la Torah (laquelle y est présentée comme ayant été révélée pour les fils d'Israël) et le Talmud ?

Non, pas de confusion
: c'est, certes, le terme "Torah" qui désigne "toute la Loi de Dieu qui est écrite dans le Pentateuque" (une partie de cette Loi ayant été donnée au mont du Sinaï – sens 1 –, et l'autre partie ayant été communiquée à Moïse avant, ou après ses montées au mont du Sinaï – sens 2 –) ; cependant, il existe encore chez les juifs ce qu'ils nomment : "la Loi Orale".

Or, voici ce qu'un visiteur de ce site, de confession juive, m'a écrit sur le sujet :
"La Loi orale (qui fut plus tard mise par écrit sous la forme du Talmud) fut elle aussi reçue de D.ieu par Moïse, et fut retransmise au peuple par le biais des Sages. Il y a ici deux tendances : a) ceux qui disent que Moïse a reçu toutes les lois jusqu'à la fin des temps ; b) ceux qui disent qu'il a reçu tous les principes qui permettent de déduire ces lois.
Exemple : l'interdiction de toucher un interrupteur électrique lors du sabbat : les premiers disent que Moïse a reçu cette loi-là aussi au Sinaï ; les seconds disent que le principe de l'interdiction de toucher du feu a permis aux Sages de déduire* qu'on ne pouvait pas toucher d'interrupteur. Même raisonnement pour toutes les lois issues d'innovations techniques qui n'existaient pas du temps de Moïse. Cette distinction intéressante ne modifie pas selon moi la règle qui est : toute loi du judaïsme doit pouvoir trouver sa source dans le Pentateuque.
Le Talmud se compose de deux parties : la Mishna et la Guemara. La Mishna énonce des lois et des règles sans, souvent, donner leur source. Un des grands chantiers de la Guemara est de trouver, dans la Torah, ce qui justifie le contenu de la Mishna. Parfois, néanmoins, la Guemara ne trouve pas directement dans le Pentateuque la source d'une loi de la Mishna ; elle a alors recours au principe : "Il s'agit d'une loi qui fut donnée à Moïse au Sinaï""
(fin de citation du propos de ce visiteur) (* par l'équivalent d'un Qiyâs chez nous musulmans).

Dans le verset coranique sus-cité, Dieu dit bien : "Nous avions prescrit aux fils d'Israël que celui qui tuerait une âme, c'est comme s'il...".
Et, dans le passage suscité du Talmud, il est dit : "L'Ecriture le considère comme s'il...".

J'en déduis que :
--- soit Dieu aura révélé cet énoncé à Moïse, mais cela ne fit pas partie de ce que Moïse écrivit (ni, éventuellement, de ce que, pour sa part, il retransmit verbalement mais qui fut retranscrit de lui rapidement pour former une partie de la Torah), mais de ce que Moïse communiqua verbalement à son peuple et qui fut retransmis oralement par la suite ;
--- soit Dieu l'aura révélé à un prophète israélite ultérieur à Moïse
.

Un autre visiteur, lui aussi de confession juive, m'a communiqué cette information supplémentaire quant à l'étendue des Ijtihâdât des Erudits juifs : "Il y a ce que nous appelons les Guézérotes, et les Taqqanotes, qui sont toutes deux des règles supplémentaires instituées par nos Sages : les "Guézérotes" ont été promulguées afin d'éviter un problème qui est très susceptible d'y conduire**, tandis que les "Taqqanotes" ("réparations"), visent à rendre adéquate à la Halakha une nouvelle réalité posée par un problème***. Autrement dit, les "Guézérotes" ont une finalité "juridico-prophylactique" et les "Taqqanotes" ont une finalité "juridico-curative"" (fin de citation) (** l'équivalent du Hukm li Sadd id-dharî'a ou li Fat'h idh-dharî'a chez nous musulmans) (*** l'équivalent de la Fatwâ li-n-Nâzila chez nous musulmans).
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Le Talmud renferme donc à la fois :
--- des révélations divines ne figurant pas dans la Torah écrite et ayant été transmises oralement depuis le prophète qui les avait reçues, jusqu'à être plus tard compilées dans le Talmud ; en fait partie le propos évoqué en Coran 5/32 ("Celui qui tue une âme sans que ce soit à cause (d'un talion pour) une autre âme ou (à cause) d'un mal commis sur terre (et entraînant légalement la mise à mort du coupable), c'est comme s'il avait tué tous les humains. Et celui qui fait vivre* une âme, c'est comme s'il avait fait vivre tous les humains") ;
--- des avis humains (commentaires et développements, tafsîr) d'érudits juifs au sujet de certains propos présents dans la Torah ;
--- des analogies (qiyâs) ou autres ijtihâdât, forcément humaines, faites par des érudits juifs au sujet de certaines normes présentes dans la Torah.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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