Hommes et femmes pensent, ressentent, perçoivent, réagissent et se conduisent différemment - avec de nombreuses citations de John Gray

Ci-après seront cités de larges passages de John Gray, un auteur américain contemporain.

Une partie de ce qu'il dit rejoint entièrement des principes ainsi que certaines choses détaillées que le Coran et la Sunna enseignent : le 'Aqlî rejoint le Shar'î, comme on dit.

Certaines autres choses détaillées que Gray propose constituent en quelque sorte un prolongement, permettant de vivre ce que ces Sources nous dictent. Ces choses-là ne sont pour leur part "Shar'î" qu'au sens second du terme.

De l'autre côté, d'autres normes encore existent dans le Coran et la Sunna que John Gray n'a pas abordées.

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John Gray écrit :
"Non seulement les hommes et les femmes communiquent différemment, mais ils pensent, ressentent, perçoivent, réagissent, se conduisent, aiment et apprécient différemment. Pour un peu, ils sembleraient venir de planètes différentes, tant leur langage et même leurs besoins diffèrent fondamentalement.
Mieux connaître ces dissemblances aide à comprendre le sexe opposé et à s'entendre avec lui, ce qui contribue à éliminer maintes frustrations et dissipe bien des malentendus, quand cela ne les évite pas tout simplement. Admettre que son partenaire est aussi différent de soi qu'un être venu d'une autre planète rend plus facile de tenter de s'accommoder de ses spécificités et de se détendre, au lieu de résister et d'essayer de le changer. On n'attend plus de lui l'impossible" (Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, éditions J'ai lu, p. 14).

(C'est globalement cette même idée qui est développée dans un autre ouvrage : Egaux mais si différents, par Allan et Barbara Pease.)

Voilà qui rejoint - dans le principe, et pas forcément dans tous les détails - ce que soutiennent les féministes dits "essentialistes" ou "différencialistes" (et ce contrairement à ce que prétendent les féministes "existentialistes" ou "universalistes").

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Quelle est l'origine de ces différences ?

John Gray écrit :
"Dans ce livre, je ne traite pas directement de ce "pourquoi" les hommes et les femmes sont différents.
C'est là une question complexe appelant une foule de réponses, liées aux différences biologiques aussi bien qu'à l'influence parentale, à l'éducation, au rang de naissance au sein de la famille ou au conditionnement culturel inculqué par la société, les médias et l'histoire"
(p. 16).

Gray veut dire ici qu'il ne se focalisera que sur le "comment" traiter avec l'autre, prenant la différence comme un "fait" dont il ne se prononcera pas sur le "pourquoi" ; il laisse cependant entendre que les caractéristiques différentes sont pour partie biologiques, et pour partie héritées d'une organisation humaine séculaire. Gray en tire seulement sa conclusion : il est inutile, voire nocif, de chercher à vouloir faire table rase de ces différences, puisqu'elles font partie de l'inné et/ou de l'acquis présent depuis des siècles dans le schéma mental des humains.

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En fait homme et femme possèdent tous deux complètement l'essence humaine, laquelle n'existe d'ailleurs que par eux deux : ils sont en effet les deux catégories sexuelles constituant l'espèce humaine, comme cela existe pour tant d'autres espèces sexuées. C'est ce qu'on appelle en arabe : "zawjân" : "les deux éléments formant le couple" : "فإن الزوجين هما الشيئان المتشابهان المتشاكلان أو المتساويان؛ ومنه قوله تعالى: {احشروا الذين ظلموا وأزواجهم}، قال عمر بن الخطاب رضي الله عنه: أزواجهم أشباههم ونظراؤهم، وقاله الإمام أحمد أيضا؛ ومنه قوله تعالى: {وإذا النفوس زوجت} أي قرن بين كل شكل وشكله في النعيم والعذاب. (...) قال تعالى: {ثمانية أزواج} ثم فسرها: {من الضأن اثنين ومن المعز اثنين؛ ومن الأبل اثنين ومن البقر اثنين}، فجعل الزوجين هما الفردان من نوع واحد؛ ومنه قولهم زوجا خف وزوجا حمام ونحوه" (Jalâ' ul-af'hâm, Ibn ul-Qayyim).

Pour autant, l'homme et la femme ont tous deux une nature particulière : et ces natures relèvent pour partie de l'inné et pour partie de l'acquis, du  culturel (la culture se voulant ici le prolongement de ce que l'inné requiert) (sans négliger cependant qu'il arrive que certaines cultures exagèrent, et cette exagération conduit à de véritables injustices).

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A) Une première différence : le cycle naturel de chacun au sein du couple :

A.1) Le cycle naturel de l'homme : présence auprès de sa femme, avec protection, soutien et amour – puis éloignement relatif, avec repli sur soi dans sa Caverne, et ce par besoin de solitude – puis, de nouveau, retour et présence auprès de sa femme : "Les hommes sont comme des élastiques" (John Gray, op. cit., p. 113).

"La plupart des femmes sont étonnées de ce que, même quand un homme aime beaucoup sa partenaire, il éprouve tout de même de temps à autre le besoin de s'isoler pendant un moment, avant de revenir ensuite auprès d'elle. Ce retrait est instinctif chez l'homme ; il n'est aucunement délibéré, ni pensé. Ce n'est ni sa faute à lui ni sa faute à elle. Il s'agit d'un cycle naturel" (John Gray, op. cit., p. 113). L'homme a régulièrement le "besoin de se retrouver seul" (p. 118), chose que certains qualifient également "d'un besoin d'espace ou d'un besoin de solitude" (p. 119).
"Tel un élastique, il va d'abord prendre de la distance, puis revenir de lui-même. Pourquoi cela ? Parce qu'un homme s'isole pour satisfaire son besoin d'indépendance ou d'autonomie. Mais quand il a atteint la limite de ce besoin, il est immédiatement ramené vers son point de départ. Quand il est au maximum de son éloignement, son envie d'amour et d'intimité renaît tout à coup, et avec elle le désir de reprendre contact avec celle qu'il aime. (…) Lorsqu'il est bien compris, ce cycle de l'intimité masculine peut enrichir une relation, mais, étant donné qu'il est fréquemment mal interprété [par la femme], il est en fait souvent la source de problèmes inutiles" (p. 114).

"Ce processus est généralement déconcertant pour une femme" (p. 116).

Pourtant, ajoute John Gray, il s'agit d'un "cycle naturel essentiel chez l'homme", sans lequel l'homme "n'arrive plus à ressentir pleinement son besoin d'intimité. Il est [donc] essentiel que les femmes comprennent que si elles désirent à tout prix une intimité permanente, ou s'entêtent à poursuivre leur partenaire lorsqu'il tente de s'isoler, celui-ci aura perpétuellement tendance à s'évader et à s'éloigner. (Et) il ne pourra jamais retrouver sa passion" (p. 115).
"De même que personne ne décide d'avoir faim, un homme ne décide pas de prendre du recul sur sa relation. Il répond à une pulsion instinctive. Il est seulement capable de se rapprocher de l'autre [= sa femme] jusqu'à un certain point. Après quoi il s'enfonce dans l'incertitude. Et c'est à ce moment précis que son besoin d'autonomie refait surface et qu'il commence à s'isoler. C'est uniquement en comprenant ce processus que la femme peut interpréter correctement cet éloignement de l'homme" (p. 119).
Ce cycle est donc nécessaire et pour l'homme, et pour le couple : "lorsqu'un homme ne s'éloigne jamais", "certains symptômes font inévitablement leur apparition, par exemple des sautes d'humeur, une certaine passivité, une irritabilité chronique et une attitude défensive" (p. 127).

Plus encore : face à un souci, l'homme s'enferme davantage encore dans sa caverne :

"L'une des différences fondamentales entre les hommes et les femmes réside dans leur façon de réagir au stress. Les hommes se focalisent et se ferment, les femmes laissent parler les émotions qui les envahissent. Dans ces moments-là, leurs besoins sont totalement à l'opposé : pour se sentir mieux, l'homme doit résoudre ses problèmes seul, tandis qu'il est nécessaire à sa compagne d'en parler. Ne pas saisir ou ne pas accepter cette dissimilitude essentielle génère des frictions au sein du couple" (p. 42).

"Les femmes ont mille choses à apprendre sur les hommes avant de pouvoir aspirer à des relations de couple pleinement satisfaisantes. Le B.A.-BA de cet enseignement est que lorsqu'un homme est contrarié ou stressé, il s'arrête automatiquement de parler pour se réfugier en esprit dans une caverne imaginaire où il tentera de mettre de l'ordre dans ses idées. Pendant ce temps, personne, pas même son meilleur ami, n'est le bienvenu dans sa caverne. C'est ainsi que les choses se passaient sur Mars. Voilà pourquoi un homme peut soudain paraître absent. Sa femme doit cesser de se creuser la cervelle pour comprendre ce qu'elle a fait afin de mériter une telle indifférence, et admettre que cela n'a rien à voir avec elle. Elle doit apprendre que lorsqu'un homme peut se rendre sans encombre dans sa caverne dès qu'il en ressent le besoin, il ne tarde pas à en ressortir. Tout rentre alors dans l'ordre. Cela est d'autant plus difficile à admettre pour une femme, qu'une règle d'or vénusienne commande de ne jamais abandonner une amie en détresse. Tourner le dos à son martien favori, au moment où il est perturbé, lui semble donc la négation de l'amour : puisqu'elle tient à lui, elle cherchera plutôt à le suivre dans sa réclusion pour tenter de l'aider à arranger les choses. Et comme l'homme ne l'entendra pas de cette oreille, c'est là que les soucis commenceront" (p. 86).

"Les femmes doivent absolument comprendre qu'il ne faut jamais essayer de faire parler un homme avant qu'il ne soit prêt à le faire. C'est au cours d'une discussion sur ce sujet, pendant un de mes séminaires, qu'une Amérindienne m'a raconté que, dans sa tribu, les mères enseignaient aux jeunes filles en âge de se marier que lorsque l'homme était contrarié ou stressé, il se retirait dans sa caverne, et qu'elles ne devaient pas s'en offusquer, parce que cela allait se produire de temps en temps, et que cela ne signifiait nullement qu'il ne les aimait pas : il reviendrait vers elles ensuite. Ces mères disaient aussi qu'il était encore plus important de ne jamais tenter de suivre leur homme dans sa caverne, parce que alors elles seraient mordues par le dragon chargé de défendre cette caverne. (…) Beaucoup de conflits inutiles ont été déclenchés parce qu'une femme tentait de suivre son mari dans sa caverne. Elle n'a pas compris le réel besoin de solitude et de silence d'un homme" (pp. 89-90).

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A.2) Le cycle naturel de la femme : rayonnement de bonheur – puis enfoncement dans un Puits sombre, avec inquiétude et émotivité, et ce par besoin de faire le ménage dans ses émotions – puis, de nouveau, émergence depuis le puits, et rayonnement de bonheur : "Les femmes sont comme des vagues" (p. 134).

"Une femme est comparable à une vague car, quand elle se sent aimée, son moral monte et descend dans un mouvement semblable à celui de l'océan. Quand elle se sent parfaitement bien, on peut dire qu'elle surfe sur la crête de la vague, mais soudain elle va changer d'humeur et se retrouver au creux de la vague. Cet effondrement n'est que temporaire car, dès qu'elle atteint le fond de ce creux, son humeur recommence à changer et elle reprendre progressivement confiance en elle. Et automatiquement, elle revient sur la crête de la vague. Quand la vague monte, la femme ressent un immense besoin de donner de l'amour, et, quand elle redescend, elle ressent un immense vide et un grand besoin d'amour" (p. 134).
Cela "s'apparente à la sensation de tomber dans un puits profond et sombre. On peut donc dire qu'en tombant dans son puits, la femme passe de son moi conscient à son moi inconscient : un refuge de ténèbres et d'émotions floues : elle peut se sentir désespérée, se croire toute seule et privée de soutien, mais sitôt atteint le creux de la vague, pour peu qu'elle se sache aimée et soutenue, elle recommence immanquablement à se sentir mieux. Et aussi subitement qu'elle s'est enfoncée, elle réémerge et recommence à répandre l'amour autour d'elle" (pp. 134-135).
"Quand elle est au plus bas, elle a tendance à s'irriter ou à être plus émotive. Quand elle se retrouve au creux de la vague, elle est plus vulnérable et réclame plus d'amour. Il est essentiel que son partenaire comprenne ses besoins à ce moment-là (…)"
(p. 135).
"Arrivée au point le plus bas de son cycle, elle fait nécessairement le ménage dans ses émotions : si elle a refoulé des sentiments négatifs ou s'est sacrifiée pour offrir davantage d'amour pendant la vague montante, en redescendant elle ressentira le poids de ces besoins inassouvis. C'est durant cette descente qu'elle a particulièrement besoin de parler de ses problèmes, d'être écoutée" (p. 134). "Quand une femme descend dans son puits, ses problèmes les plus profonds ont tendance à remonter à la surface. Il peut s'agir de difficultés liées à ses relations présentes, mais elles sont le plus souvent lourdement marquées par les expériences de son enfance ou de ses relations antérieures. Tout ce qui n'a pas été guéri ou résolu dans son passé revient inévitablement la hanter" (p. 139).

Ce cycle naturel chez les femmes "laisse les hommes perplexes" (p. 137). En effet, car "l'homme pense que les variations d'humeur de sa partenaire sont uniquement fonction de son comportement à lui : quand elle est heureuse, il la met à son crédit ; mais quand elle est déprimée, il se sent aussi responsable. Il peut donc se trouver extrêmement frustré lorsqu'il se sent incapable de corriger la situation. Un instant sa femme semble heureuse, et il croit qu'il fait bien les choses, mais l'instant d'après, elle paraît malheureuse. Il est stupéfait" (p. 136).
Pourtant, ce cycle féminin est non seulement naturel, il est même nécessaire, et pour la femme, et pour le couple : "Même les femmes les plus fortes, pleines de confiance en elles et occupant des postes prestigieux, doivent elles aussi descendre dans leur puits de temps à autre" (p. 144). "C'est au moment de son effondrement cyclique que la femme est le mieux à même de faire le ménage dans ses émotions. Ce déblayage émotif préserve sa capacité à s'épanouir en amour et à aimer, en éliminant les refoulements susceptibles – à terme – d'interrompre le cycle naturel des vagues et de rendre la femme progressivement indifférente, et incapable de passion" (p. 144).

En fait alors que sa femme se trouve au creux de sa vague, l'homme ne doit pas essayer de lui expliquer "par a + b pourquoi elle ne dev(r)ait pas se laisser aller de la sorte". En fait l'homme a tendance à penser qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, qui est illogique dans le comportement changeant de sa femme, et il pense pouvoir le réparer en lui fournissant des solutions. Or la seule chose que l'homme doit alors faire, c'est mettre un instant de côté sa logique masculine, et "écouter avec chaleur et tendresse" sa femme pendant qu'elle se plaint et déprime. "La dernière chose dont une femme a besoin quand elle entame la phase descendante de son cycle naturel, c'est de quelqu'un qui lui explique pourquoi elle ne devrait pas se laisser abattre. Elle a plutôt besoin de quelqu'un qui reste auprès d'elle, qui l'écoute pendant qu'elle exprime ce qu'elle ressent, et qui s'efforce de partager ses sentiments. Même si un homme est incapable de parfaitement comprendre pourquoi sa femme est au plus bas, il peut l'entourer d'amour, d'attentions, et la soutenir dans l'épreuve" (p. 137). L'homme doit "aider sa femme à vivre son cycle émotionnel en toute sécurité" ; il doit pour cela patienter face "à des périodes de sécheresse amoureuse ou à des orages émotionnels" (p. 145).

"Quand une femme est aimée par un homme, elle se met à rayonner d'amour et de contentement. La plupart des hommes ont la naïveté de croire que cet embrasement va durer éternellement. Mais s'attendre que l'humeur d'une femme, même amoureuse, ne change jamais revient à s'attendre que le temps reste toujours stable ou que le soleil brille sans discontinuer. Or la vie est faite de cycles rythmiques : le jour et la nuit, le chaud et le froid, l'hiver et l'été, le printemps et l'automne, les nuages et le soleil, etc. Les hommes et les femmes ont aussi leurs propres rythmes, leurs propres cycles. Les hommes s'éloignent, puis se rapprochent, alors que les femmes voient leurs capacités d'amour croître et décroître tour à tour" (p. 135).

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B) En fait, imaginez que les hommes et les femmes sont originaires de deux planètes différentes : Mars et Vénus respectivement :

"Essayez de vous imaginer que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus" (p. 19).
"Pendant des siècles, les Martiens et les Vénusiennes ont vécu très heureux dans leurs mondes séparés.
Puis, un jour, tout a changé : esseulés sur leurs planètes respectives, les Martiens et les Vénusiennes sont devenus dépressifs. C'est ce qui les a poussés à [émigrer sur Terre pour s'y marier]"
(p. 56).
Cependant, "au début, tout leur parut merveilleux et magnifique. Mais l'atmosphère terrestre exerçant sur eux" une influence particulière, "ils se réveillèrent un beau matin victime d'une forme très particulière de perte de mémoire : l'amnésie sélective ! Les Martiens comme les Vénusiennes avaient oublié qu'ils venaient de planètes différentes et qu'ils ne pouvaient être qu'intrinsèquement dissemblables. (…) Depuis lors, les hommes et les femmes sont perpétuellement en conflit" (p. 19).
Il est évident que notre croyance n'est pas que Dieu aurait installé d'abord les hommes en un lieu donné, et les femmes en un autre, lieux dont ils auraient émigré pour se rendre sur Terre. Comme Gray le dit lui-même, ce n'est là qu'une image, une métaphore.

Le petit travers classique des hommes :

"Ce que les femmes reprochent le plus souvent aux hommes, c'est de ne pas les écouter. Ou bien l'homme ignore complètement la femme quand elle lui parle, ou bien, à peine a-t-elle prononcé quelques mots qu'il croit savoir ce qui la tracasse, et, chaussant les bottes de monsieur Réponse-à-tout, lui suggère – tout fier de lui – une solution miracle pour régler son problème. Et il ne comprend pas pourquoi sa femme ne semble pas apprécier son aide, son geste d'amour. (…) Elle veut de [l'écoute], mais lui pense qu'elle veut des solutions" (p. 26).

Le petit travers classique des femmes :

"Les hommes reprochent le plus souvent aux femmes de toujours essayer de les faire changer. Quand une femme aime un homme, elle se croit obligée de l'aider à grandir et de le faire progresser. En somme, elle fonde à elle seule un Comité d'amélioration du foyer, dont il est le principe sujet de préoccupation. (…) Alors qu'elle pense l'entourer de sa tendresse, lui se sent contrôlé" (p. 26).

L'origine de ces travers :

"Pourquoi les hommes proposent-ils toujours des solutions, et pourquoi les femmes veulent-elles toujours perfectionner leur partenaire ? Faisons donc un petit voyage à rebours pour observer ce qui se passait sur Mars et Vénus avant que leurs deux populations se découvrent et émigrent sur la Terre" (pp. 26-27).

"Sur Mars, les valeurs primordiales sont le pouvoir, la compétence, l'efficacité et la réussite. (…) En règle générale (les Martiens) s'intéressent plus aux choses et aux objectifs, qu'aux personnes et aux sentiments" (p. 27). "Il est extrêmement important pour un Martien d'atteindre les buts qu'il s'est fixés, parce que cela lui permet de prouver sa valeur et d'être fier de lui. Pour en arriver là, il doit réussir par lui-même. Personne ne peut le faire à sa place" (pp. 27-28). "Parce qu'il règle ses problèmes tout seul, un Martien les évoque rarement, à moins qu'il n'ait besoin des conseils d'un spécialiste. (…) quand c'est vraiment nécessaire, demander de l'aide devient pour le Martien un signe de sagesse. Dans ce cas, il s'adressera à quelqu'un qu'il respecte et il se confiera à lui" (p. 28). Mais "donner un conseil à un homme sans qu'il l'ait sollicité équivaut à présumer qu'il ne sait pas ce qu'il faut faire, ou qu'il est incapable de le faire par lui-même" (p. 28).

"Les Vénusiennes ont un tout autre système de valeurs, fondé sur l'amour, la communication, la beauté et les rapports humains. Elles passent beaucoup de temps à s'entraider, à se soutenir mutuellement et à s'entourer les uns les autres d'affection. (…) Les hommes s'attachent aux résultats ; les femmes, aux relations entre êtres humains. (…) Proposer son aide ou son assistance à une autre Vénusienne sans que celle-ci les ait sollicitées est un acte d'amour. (…) Sur Vénus, donner des conseils et exprimer des suggestions est signe de gentillesse" (p. 31). "En revanche, un homme pourra se froisser des suggestions d'une femme parce qu'il en déduira qu'elle n'a pas confiance en sa capacité de se débrouiller tout seul" (p. 31).

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C) Des besoins primaires essentiels qui sont différents :

Comment un homme peut-il marquer des points auprès de sa femme ?

"La meilleure méthode pour apprendre à satisfaire une femme, c'est de communiquer avec elle – n'oubliez pas que l'on communiquait beaucoup sur Vénus. En apprenant à écouter sa femme, un homme découvrira mille moyens de la combler d'attentions, de compréhensions, de respecter et d'ardeur, et d'admettre la valeur de ses sentiments, tout en la rassurant. Mais attention, ce ne sera pas toujours facile. Souvent, messieurs, vous sentirez l'irritation vous gagner à cause du mode vénusien d'expression des sentiments, totalement différent de celui qui prévalait sur Mars" (pp. 169-170) ; "sa structure mentale martienne le pousse à s'épuiser à chercher dans le récit de sa compagne une logique inexistante. En réalité, elle saute d'un sujet à l'autre, parfois du coq à l'âne, au gré des pensées qui traversent son esprit. Une fois qu'elle a exposé deux, trois ou quatre problèmes, il craque parce qu'il ne trouve pas de ligne directrice entre eux. Et pour finir, il attend avec impatience la conclusion du récit" (p. 52).

Par ailleurs, pour marquer des points auprès de sa femme, "peu importe la dimension ou le prix du cadeau qu'elle reçoit : dès lors qu'il lui est offert avec amour, il vaut un point. Qu'un présent soit somptueux ou minuscule, il vaudra toujours un point." Pourtant, "l'homme pense acquérir un immense crédit auprès d'une femme lorsqu'il fait une chose qu'il estime importante pour elle, comme lui acheter une nouvelle voiture ou l'emmener en vacances. Il croit mériter moins d'estime pour les gestes plus simples, comme lui ouvrir la portière, lui offrir des fleurs ou la prendre dans ses bras. (…) Malheureusement pour lui, il se trompe car sa femme n'a pas la même méthode de calcul que lui. (…) En d'autres termes, pour une femme, une simple rose compte autant qu'un bijou ou un joli meuble" (p. 210).
Il faut déplorer ici que, aujourd'hui, certaines femmes ont malheureusement adopté le système de calcul masculin : leur mari doit leur offrir des choses onéreuses pour que cela ait une valeur à leurs yeux. "Le mari de ma copine l'emmène régulièrement en vacances aux quatre coins du monde, pourquoi le mien n'en est-il pas capable ?" Que dire quand, en sus, certains hommes viennent tenir aux femmes des discours où ils leur disent : "Votre mari doit vous offrir ceci, cela, doit vous emmener au restaurant…" Mais comment donc les maris ne disposant que de faibles revenus vont-ils faire ?

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Comment une femme peut-elle marquer des points auprès de son homme ?

"Tout comme l'homme doit apprendre l'art de l'écoute pour satisfaire les besoins primaires de sa partenaire, les femmes doivent apprendre l'art de donner de la force à leur mari. Quand une femme sollicite le soutien d'un homme, elle lui (fournit l'occasion) de donner la pleine mesure de ses capacités" (p. 172). Car l'homme est fait pour réaliser des choses pour sa femme : n'oubliez pas que sur Mars, les valeurs primordiales sont la compétence, l'efficacité et la réussite. "Se sentir inutile est pour un homme une mort lente" (p. 61). Pis, quand une femme dit à son homme qu'il est incompétent, ou lui rappelle qu'il a été incapable de réaliser telle chose, ou qu'il a mal fait telle autre chose, cela engendre chez lui une sorte de mort psychologique. "La plus grande crainte de l'homme est de se révéler incompétent, ou pas à la hauteur de la situation" (p. 72). Pour la femme, "la première chose à faire pour (amener) un homme (à) donner davantage, c'est de lui (exposer) qu'il a le droit de se tromper, de commettre des erreurs, d'échouer" (p. 73). Et surtout ne jamais lui ressasser ses échecs passés.

"Sur Vénus, donner des conseils est un geste d'amour. Mais sur Mars, cela ne l'est pas, et les femmes doivent absolument le comprendre. (…) C'est montrer à un Martien qu'on l'aime que de lui faire confiance pour résoudre ses problèmes tout seul. (…) Il est parfaitement légitime que (la femme) se sente frustrée par un trait de caractère de son mari, et rêve de l'aider à le modifier ; mais elle ne doit jamais oublier que toute initiative en ce sens sera mal perçue. Malheureusement, quand une femme est amoureuse, elle consacre toute son énergie au perfectionnement de sa relation de couple. Emportée par son enthousiasme, elle en vient parfois à faire de son partenaire lui-même l'objet premier de ses désirs de changement, et à entreprendre sur lui un véritable processus de réhabilitation. Elle le fait incontestablement par amour et avec les meilleures intentions du monde, mais lui se sent dominé, manipulé, rejeté et mal aimé, car privé de la confiance et de l'acceptation de sa personnalité qui lui sont indispensables. Alors il la rejette à son tour." Car, certes, il existe de graves défauts, et ceux-là doivent absolument être abandonnés. Cependant, il existe aussi des petits défauts – tout le monde en a –, avec lesquels l'Autre doit composer. Or la femme a tendance à vouloir améliorer son homme même pour ses petits défauts, en les lui faisant remarquer sans arrêt. "J'ai interrogé, poursuit John Gray, des centaines d'hommes et de femmes sur cette question, et tous et toutes m'ont dit avoir vécu cette expérience et en avoir tiré la conclusion que plus une femme tente de pousser un homme à changer [pour devenir ce qu'elle veut], plus il résiste à ses efforts. Et quand il réagit ainsi, sa compagne interprète mal sa réaction. Elle croit qu'il ne veut pas changer parce qu'il ne l'aime pas assez, alors qu'en réalité il résiste au changement parce qu'il ne sent pas assez aimé. En revanche, dès qu'un homme sent qu'on l'aime [= que sa femme l'aime], qu'on lui fait confiance, qu'il est accepté tel qu'il est et apprécié à sa juste valeur, il se met spontanément à (…) corriger ses défauts. Il y a deux types d'hommes. Le premier se met sur la défensive et s'entête lorsqu'une femme essaie de le transformer. Alors que le second feint d'accepter d'évoluer, mais plus tard abandonne son comportement "amélioré" pour revenir à son attitude antérieure. En clair, un homme résiste toujours" (pp. 173-174). "Un homme a le besoin vital d'être accepté tel qu'il est, en dépit de ses imperfections. Il n'est pas facile [pour une femme] d'accepter les défauts de quelqu'un, surtout quand (elle) voit très bien comment la personne pourrait les corriger. Cela devient toutefois plus facile dès lors que (la femme) comprend que c'est une question essentielle de (l')épanouissement (pour l'homme)" (p. 174).

"En tout homme se cache un héros ou un prince charmant. Plus que tout au monde, il désire servir et protéger la femme qu'il aime. Quand il sent qu'elle lui fait confiance, il est capable des plus folles prouesses et des plus tendres attentions. Si, en revanche, il doute de la confiance de sa belle, tout l'édifice de leur amour risque de s'écrouler
Imaginez un prince charmant galopant à travers la campagne. Soudain, il entend les appels d'une femme en détresse. N'écoutant que son courage, il accourt au grand galop vers le château où un affreux dragon tient une belle princesse prisonnière. Le noble prince tire son épée et tue le monstre. Et, naturellement, la belle lui témoigne sa reconnaissance. Il est ensuite accueilli et porté en triomphe par la famille de la princesse et toute la population. On le considère comme un héros et on l'invite à s'installer dans le village. Et, comme il se doit, il vit une belle histoire d'amour avec la princesse. 
Un mois plus tard, le beau prince part en voyage. Sur le chemin du retour, il entend de nouveau sa princesse crier. Un autre dragon a attaqué le château. Il se précipite et tire son épée pour occire ce deuxième monstre, mais avant qu'il ne le frappe, sa belle lui crie, du donjon : "Arrête ! N'utilise pas ton épée. Prends plutôt ce noeud coulant". Et elle lui lance une corde nouée, puis lui crie des directives pour qu'il l'utilise correctement. Il parvient à la passer autour du cou du dragon et à l'étrangler. La bête meurt, et tout le monde se réjouit. Au cours du banquet de célébration qu'on a organisé en son honneur, le prince a l'impression qu'il n'a, en réalité, rien fait d'important. Parce qu'il s'est servi du noeud coulant fourni par sa belle et non de son épée, il ne se sent pas tout à fait digne de la confiance et de l'admiration sans bornes que lui témoigne la population.
Un mois plus tard, nouveau voyage. Au moment où il prend son épée pour partir, la princesse lui conseille la prudence et le prie d'emporter aussi son noeud coulant. Une fois de plus, à son retour, il trouve un dragon au pied du château. Cette fois, il s'élance avec son épée à la main mais s'arrête, hésitant. Devrait-il plutôt utiliser le noeud coulant ? Pendant qu'il tergiverse, le dragon crache un jet de feu qui lui brûle le bras droit. C'est alors que la princesse lui lance une fiole par une meurtrière en criant : "Utilise plutôt ce poison, le noeud coulant ne marche pas !". Le prince verse le poison dans la gueule du dragon, qui meurt. Tout le monde se réjouit et célèbre son courage, mais le prince se sent nul

Un mois plus tard, il doit de nouveau s'absenter. Cette fois, au moment du départ, la princesse lui conseille d'emporter, en plus de son épée, le noeud coulant, et du poison. "Mieux vaut être prévoyant", dit-elle. Sa suggestion agace un peu le prince, mais il cède et emporte ces armes supplémentaires, au cas où... En chemin, il entend l'appel d'une autre damoiselle en détresse, dans un autre village, et vole à son secours, confiant et plein d'énergie. Mais au moment de dégainer son épée pour ajouter un dragon supplémentaire à son tableau de chasse, il est à nouveau frappé d'hésitation. Doit-il utiliser son épée, le noeud coulant ou le poison ? Que dirait la princesse si elle était là ? Il demeure un instant indécis. Puis il se rappelle comment il se sentait avant de connaître la princesse, lorsqu'il avait son épée pour seule arme, et dans un élan de confiance, il jette le noeud et le poison, et charge le dragon avec son épée. A la grande satisfaction de la damoiselle et des villageaois, il tue le monstre. Le prince charmant ne revint jamais auprès de sa princesse. Il s'établit dans ce nouveau village et y vécut heureux. Il s'y maria même... après s'être assuré que sa nouvelle princesse ne connaissait rien aux noeuds coulants ni aux poisons. 
Le prince charmant qui se cache en tout homme est une image qui peut aider à se rappeler les besoins primaires de l'homme et à comprendre que, bien qu'il apprécie parfois l'attention et l'aide, un abus de ces choses peut miner sa confiance ou le dégoûter complètement" (pp. 163-165).

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"Tout comme les hommes essaient en vain de "réparer" les femmes [quand elles sont dans le creux de leur vague], (les femmes) tentent, sans plus de succès, d'"améliorer" les hommes [face à ce qu'elles perçoivent être un défaut chez lui]" (p. 174).
Les deux tentatives ont pour effet de susciter l'incompréhension du ou de la partenaire, et d'engendrer des frustrations.

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D) Conclusion :

De tout ce qui a été cité jusqu'à présent ici, il ne s'agit sûrement pas de s'appuyer dessus pour, mari ou femme, justifier sans arrêt ce que l'on fait au motif que : "Tu dois faire avec moi tel(le) que je suis ! C'est ma nature !".

Tout au contraire, il s'agit, pour les musulmans et les musulmanes, de :

- 1) prendre connaissance des différences (qu'elles soient essentielles ou qu'elles soient secondaires, ou encore existentielles, là n'est pas le débat, ici et maintenant ; retenons seulement ici qu'elles sont permanentes : لازِم), prendre connaissance, donc, des différences existant entre l'homme d'une part et la femme d'autre part : différences dans l'être, mais aussi différences dans les perceptions et les façons de réagir et de se comporter. Cela afin de prendre connaissance des attentes et des spécificités de l'Autre au sein du couple ;

- 2) ensuite prendre connaissance des Rôles et des Devoirs que Dieu a déterminés pour chacun (pour le Mari et pour l'Epouse) en ce qui concerne la vie conjugale. Puis se focaliser sur le fait de veiller à s'acquitter de chacun de ses Devoirs plutôt que sur le fait de surveiller si chacun de ses Droits est respecté par l'Autre. C'est bien là la Sunna du Prophète (que la paix soit sur lui) : il rappelait aux hommes leurs devoirs (les hadiths sont connus sur le sujet), et il rappelait aux femmes leurs devoirs (quand il leur a consacré un discours, un jour de Eid, il leur a parlé de leurs manquements vis-à-vis de leur mari ; à une dame venue le rencontrer pour autre chose, il a ensuite dit de bien considérer comment elle se comportait vis-à-vis de son mari). Voilà la Sunna du Prophète, que Dieu nous la fasse aimer et suivre ;

- 3) enfin, travailler à arrondir ses propres angles quant à sa nature et ses différences, et ce afin de laisser de la place aux spécificités de l'Autre, et de "faire avec" lui. "Les Martiens et les Vénusiennes sont parvenus à vivre ensemble en paix parce qu'ils ont su mutuellement respecter leurs différences" (p. 53). On le voit : ce ne sont pas seulement les hommes, mais les hommes et les femmes qui doivent faire un effort ;

- 4) sans oublier de se souvenir que la perfection n'existe que chez les prophètes. En ce qui nous concerne, l'être parfait n'existe donc que dans… l'idéal, pas dans le réel.

Que Dieu nous facilite à tous et à toutes.

Wallâhu A'lam.

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