Dans la Sunna, le Prophète (sur lui soit la paix) a fourni d'un verset une explication donnée. Est-il possible de fournir une autre explication du même verset, différente mais non pas contradictoire de celle donnée par le Prophète ?

Dans certains hadîths, on lit l'explication de certains versets coraniques faite par le Prophète (sur lui soit la paix).

Une explication différente de celle que le Prophète a donnée est-elle alors possible ?

La réponse est que cela dépend des cas...

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A) Parfois, c'est l'explication donnée par le Prophète (sur lui soit la paix) qui est la seule possible. Elle est donc déterminante. En fait elle expose ce que le verset signifie (تفسير الآية بما هو مراد لفظها، المُعيَّن).

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----- 1) Ainsi, un verset coranique dit que le jeûne doit débuter au moment où on peut distinguer le fil blanc du fil noir : "فَالآنَ بَاشِرُوهُنَّ وَابْتَغُواْ مَا كَتَبَ اللّهُ لَكُمْ وَكُلُواْ وَاشْرَبُواْ حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الأَبْيَضُ مِنَ الْخَيْطِ الأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ ث" (Coran 2/187) :

Or, un groupe de musulmans crurent, relate Sahl ibn Sa'd, qu'il s'agissait d'un fil blanc et d'un fil noir véritables, à observer jusqu'à ce qu'on puisse distinguer l'un de l'autre à cause de la lueur de l'aube naissante ; c'est seulement à ce moment-là qu'ils cessaient de manger.
Suite à cette mauvaise compréhension de la part de ces musulmans, Dieu révéla les mots "min al-fajr" ("c'est-à-dire la lueur de l'aube"), à placer à la fin de la phrase (al-Bukhârî 1818, Muslim 1091). "Le fil blanc" évoqué dans le verset désignait donc "la lueur de l'aube" ; et "le fil noir" est donc forcément "la noirceur de la nuit". Le verset se comprenait correctement ainsi : "jusqu'à ce que le fil blanc de l'aube se distingue du fil noir de la nuit".

Quelques années plus tard (FB 4/170), ce fut 'Adî ibn Hâtim qui, alors récemment converti à l'islam, comprit lui aussi le verset de façon erronée : il ne comprit pas que dans les termes "min al-fajr" la particule "min" est explicative (bayâniyya), et crut qu'elle exprime la cause (sababiyya) (FB 4/173) : il crut que cela signifiait : "jusqu'à ce que le fil blanc se distingue du fil noir, à cause de l'aube". Il chercha donc lui aussi à distinguer un fil blanc d'un fil noir, qu'il plaçait sous son oreiller.
S'étant ouvert au Prophète (sur lui soit la paix) de ce qu'il faisait, celui-ci lui dit qu'il avait mal compris le verset, et l'informa de la signification correcte de celui-ci (al-Bukhârî 1817, Muslim 1090).

Il n'y a pas ici possibilité d'appréhender cette particule "min" dans un sens autre que celui que le Prophète a exposé.

Le jeûne que 'Adî avait observé de la sorte était donc défectueux, reposant sur un avis complètement erroné (khata' qat'î), mais fondé sur une ta'wîl yu'tabaru bih (lire notre article sur ce point).

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B) Un cas légèrement différent : Un verset du Coran fait allusion à quelque chose ; et plusieurs commentaires existent quant à l'événement auquel il fait allusion ; or des commentateurs donnent préférence à un récit présent dans la Sunna ; cela eu égard au fait que les autres commentaires sont étranges, si ce n'est contradictoires, par rapport aux principes islamiques établis :

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----- 2) Un verset évoque un événement : "Et Nous éprouvâmes Salomon, et jetâmes sur son trône un corps inerte (jassad) ; puis il se tourna (vers Nous) : il dit : "Seigneur, pardonne-moi, et accorde-moi un royaume qui ne conviendra à personne après moi. Tu es, Toi, le Grand Donateur"" : "وَلَقَدْ فَتَنَّا سُلَيْمَانَ وَأَلْقَيْنَا عَلَى كُرْسِيِّهِ جَسَدًا ثُمَّ أَنَابَ قَالَ رَبِّ اغْفِرْ لِي وَهَبْ لِي مُلْكًا لَّا يَنبَغِي لِأَحَدٍ مِّنْ بَعْدِي إِنَّكَ أَنتَ الْوَهَّابُ فَسَخَّرْنَا لَهُ الرِّيحَ تَجْرِي بِأَمْرِهِ رُخَاء حَيْثُ أَصَابَ وَالشَّيَاطِينَ كُلَّ بَنَّاء وَغَوَّاصٍ وَآخَرِينَ مُقَرَّنِينَ فِي الْأَصْفَادِ هَذَا عَطَاؤُنَا فَامْنُنْ أَوْ أَمْسِكْ بِغَيْرِ حِسَابٍ وَإِنَّ لَهُ عِندَنَا لَزُلْفَى وَحُسْنَ مَآبٍ" (Coran 38/34-39) :

Plusieurs commentaires existent de ce passage ; que fut donc ce "corps inerte" ?
"وألقينا على كرسيه} أي: على سريره جسدا وفيه قولان: أحدهما: أنه شيطان؛ قاله ابن عباس والجمهور. (...) والقول الثاني: أن المراد بالجسد الذي ألقي على كرسيه: أنه ولد له ولد فاجتمعت الشياطين، فقال بعضهم لبعض: إن عاش له ولد، لم ننفك من البلاء، فسبيلنا أن نقتل ولده أو نخبله، فعلم بذلك سليمان، فأمر السحاب فحمله، وعدا ابنه في السحاب خوفا من الشياطين، فعاتبه الحق تعالى على تخوفه من الشياطين، ومات الولد، فألقي على كرسيه ميتا جسدا؛ قاله الشعبي" (Zâd ul-massîr) (le premier avis se ramifie ensuite en plusieurs avis, avec des développements conséquents, et assez singuliers : cf. Zâd ul-massîr).

Or le Prophète (sur lui soit la paix) a raconté que Salomon dit un jour qu'il aurait, de ses nombreuses femmes, de nombreux fils capables de partir dans le chemin de Dieu ; mais il oublia de dire : "si Dieu le veut". Suite à cela, ce ne fut qu'une seule de ses nombreuses femmes qui mit au monde un enfant ; or, en plus, celui-ci était très malformé : seule la moitié de son corps était formée : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "قال سليمان بن داود عليهما السلام: "لأطوفن الليلة على مائة امرأة أو تسع وتسعين، كلهن يأتي بفارس يجاهد في سبيل الله." فقال له صاحبه: "إن شاء الله"، فلم يقل "إن شاء الله". فلم يحمل منهن إلا امرأة واحدة، جاءت بشق رجل. والذي نفس محمد بيده، لو قال: "إن شاء الله"، لجاهدوا في سبيل الله فرسانا أجمعون" (al-Bukhârî, 2664) / "عن أبي هريرة، قال: "قال سليمان بن داود عليهما السلام: "لأطوفن الليلة بمائة امرأة، تلد كل امرأة غلاما يقاتل في سبيل الله".فقال له الملك: "قل: إن شاء الله". فلم يقل ونسي. فأطاف بهن، ولم تلد منهن إلا امرأة نصف إنسان." قال النبي صلى الله عليه وسلم: "لو قال: "إن شاء الله"، لم يحنث، وكان أرجى لحاجته" (al-Bukhârî, 4944) (Muslim, 1654).
Le Prophète (sur lui soit la paix) n'a cependant pas dit que c'est là ce à quoi le passage coranique 38/34-39 fait allusion. On note seulement que le second avis relaté par Ibn ul-Jawzî et sus-cité est proche de ce que la Sunna a relaté, en ce qu'il mentionne lui aussi qu'il s'agissait d'un enfant mort.

Selon l'un des avis existants (relaté dans Shar'h Muslim, an-Nawawî, 11/120 ; dans Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar, 6/562), c'est ce que la Sunna relate ici que le verset sus-cité évoque : ce fut ce bébé malformé qui fut ce "Jassad posé aux pieds de Salomon alors qu'il était sur son trône" ; et cet événement poussa le prophète-roi à revenir à Dieu, à Lui demander pardon [pour l'oublie de la prononciation de la formule "si Dieu le veut"] et à faire l'invocation sus-citée.
Shâh Waliyyullâh a retenu cela (Al-Fawz ul-kabîr, p. 110).
Al-Gharnâtî dit pour sa part que le fait que le verset fasse allusion à cet événement, c'est ce qui est "le plus probable de ce qui a été dit à son sujet" ("أقرب ما قيل فيه") (Al-Bah'r ul-muhît).
Ibn 'Âshûr dit pour sa part que c'est "l'avis le plus fort" qu'on puisse trouver chez "les commentateurs" ("أظهر أقوالهم"), mais le trouve malgré tout "peu probable" ("وهذا تفسير بعيد") (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

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C) D'autres fois, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a fourni l'explication d'un verset (qu'il a dûment cité). Cependant, cela n'empêche pas qu'une autre explication du même verset soit possible : celle-ci est différente mais pas contradictoire de celle figurant dans la Sunna :

C.A) Car il arrivait que le Prophète explique un verset en exposant l'une des multiples réalités auxquelles ce verset renvoie (تفسير الآية بشيء واحد من جملة الأشياء التي يَصدُق عليها لفظ الآية؛ وهذا حسَب شمول دلالة الآية اللفظية) : cela n'implique donc pas la négation d'une autre réalité, à laquelle le même verset correspond, et, partant, cela n'implique pas la négation de la possibilité d'un autre possible commentaire.

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----- 3) Un verset coranique dit ainsi : "وَأَقِمِ الصَّلَاةَ لِذِكْرِي" : "Et accomplis la prière li-dhikrî" (Coran 20/14) :

Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit :
"من نسي الصلاة فليصلها إذا ذكرها، فإن الله قال: {أقم الصلاة لذكري" :
"Celui qui a oublié (la survenue de l'heure) d'une prière rituelle, qu'il l'accomplisse lorsqu'il se le rappelle, car Dieu a dit : "Accomplis la prière li dhik'rî"" (Muslim, 680).

Il apparaît clairement ici, que le Prophète a donné à ce verset le sens de : "Accomplis la prière quand tu penses à Moi", sinon la citation de ce verset après ce propos n'aurait pas de sens.

Relatant les commentaires de ce verset, Ibn ul-Qayyim a relaté ce sens-là ainsi :
a) "Et accomplis la prière quand tu penses à Moi" (la particule "li" étant alors waqtiyya, comme dans les versets 17/78 et 21/47). C'est bien là le sens qui a été conféré à ce verset dans le hadîth suscité.

Pourtant, d'autres commentaires existent de ce verset
.
Ibn ul-Qayyim a cité ces 2 autres commentaires :
b) "Et accomplis la prière pour que tu penses à Moi" (la particule "li" étant alors de ta'lîl, et le nom d'action "dhikr" étant en rapport d'annexion avec ce qui constitue son complément d'objet) ;
c) "Et accomplis la prière pour que Je pense à toi" (la particule "li" étant toujours de ta'lîl, mais le nom d'action "dhikr" étant cette fois en rapport d'annexion avec ce qui est son sujet).

Ibn ul-Qayyim a même écrit que c'est le commentaire désigné ici sous la lettre "b" qui est le plus pertinent ("az'har") !
Il a cependant précisé (et c'est bien ce qui nous intéresse ici) qu'en fait ces 3 commentaires sont tous valables, car :
d'une part, c'est le fait que l'homme a en lui le dhikr de Dieu qui va le pousser à avoir besoin d'accomplir une prière devant Lui (et c'est ce que dit le commentaire a, qui est celui que le hadîth a retenu) ;
d'autre part, la prière que l'on fait alors est le moyen par lequel on fait le dhikr de Dieu (et c'est ce qu'affirme le commentaire b) ;
– enfin, lorsque le croyant pense à Dieu, Dieu pense à Lui, comme le dit le verset coranique 2/152 (et qu'il s'agit d'accomplir la prière afin que Dieu pense à soi, c'est ce qu'affirme le commentaire c) (Al-Wâbil us-sayyib, p. 104, avec une légère modification en ce qui concerne le dernier point).

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----- 4) Un autre verset dit : "وَالشَّمْسُ تَجْرِي لِمُسْتَقَرٍّ لَّهَا" : "Et le soleil vogue vers un arrêt lui (ayant été assigné)" (Coran 36/38) :

Le Prophète (sur lui soit la paix) a expliqué cela d'une façon qui montre qu'il s'agit d'un lieu d'arrêt qui se produit chaque jour [ou à chaque instant] ("مستقرها تحت العرش") (al-Bukhârî).

Cela n'empêche pas que d'autres réalités aussi puissent être concernées par ce verset.

Ibn Kathîr a ainsi mentionné en tout 4 possibilités quant au commentaire de ce verset (2 sont fondées sur le fait qu'il s'agit d'un lieu, et les 2 autres sur le fait qu'il s'agit d'un moment) :
"معنى قوله: {لمستقر لها} قولان:
أحدهما: أن المراد: مستقرها المكاني، وهو تحت العرش مما يلي الأرض في ذلك الجانب، وهي أينما كانت فهي تحت العرش (...) وقيل: المراد بقوله: {لمستقر لها} هو انتهاء سيرها وهو غاية ارتفاعها في السماء في الصيف وهو أوجها، ثم غاية انخفاضها في الشتاء وهو الحضيض.
والقول الثاني: أن المراد بمستقرها هو: منتهى سيرها، وهو يوم القيامة، يبطل سيرها وتسكن حركتها وتكور، وينتهي هذا العالم إلى غايته، وهذا هو مستقرها الزماني. قال قتادة: {لمستقر لها} أي: لوقتها ولأجل لا تعدوه.
وقيل: المراد: أنها لا تزال تنتقل في مطالعها الصيفية إلى مدة لا تزيد عليها، يروى هذا عن عبد الله بن عمرو"
.

Ibn ul-Jawzî avait relaté, pareillement, ces 4 possibilités ainsi :
"أي: وآية لهم الشمس تجري لمستقر لها. وفيه أربعة أقوال:
أحدها: إلى موضع قرارها. روى أبو ذر قال: لها قال: "مستقرها تحت العرش". وقال: "إنها تذهب حتى تسجد بين يدي ربها، فتستأذن في الطلوع، فيؤذن لها".
والثاني: أن مستقرها مغربها لا تجاوزه ولا تقصر عنه، قاله مجاهد.
والثالث: لوقت واحد لا تعدوه، قاله قتاده. وقال مقاتل: لوقت لها إلى يوم القيامة.
والرابع: تسير في منازلها حتى تنتهي إلى مستقرها الذي لا تجاوزه، ثم ترجع إلى أول منازلها، قاله ابن السائب. وقال ابن قتيبة: إلى مستقر لها، ومستقرها: أقصى منازلها في الغروب، وذلك لأنها لا تزال تتقدم إلى أقصى مغاربها ثم ترجع"
.

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----- 5) On peut également citer ici la question de savoir que sont les 7 Terres évoquées dans ce verset : "اللَّهُ الَّذِي خَلَقَ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ وَمِنَ الْأَرْضِ مِثْلَهُنَّ" : "Dieu est Celui qui a créé sept cieux, et comme terre ce qui est semblable à (ces cieux)" (Coran 65/12) :

Certes, il y a ce hadîth du Prophète : "Celui qui aura usurpé ne serait-ce qu'un empan de terrain le portera en carcan depuis sept terres" : "من ظلم قيد شبر طوقه من سبع أرضين" (al-Bukhârî, 3023, Muslim, 1610). Et certains ulémas en ont déduit que les sept Terres évoquées dans le Coran sont 7 couches de la Terre, non-séparées l'une de l'autre.

Cependant, d'autres avis existent chez d'autres ulémas : soit, sur cette Terre, 7 continents ; soit 7 planètes habitées.
Lire notre article : Que sont les "7 terres" dont le Coran semble parler ?.

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----- 6) Il y a encore le cas du verset dans lequel Dieu dit aux musulmans : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَكُونُوا كَالَّذِينَ آذَوْا مُوسَى فَبَرَّأَهُ اللَّهُ مِمَّا قَالُوا وَكَانَ عِندَ اللَّهِ وَجِيهًا" : "O ceux qui ont apporté foi, ne soyez pas [vis-à-vis du prophète Muhammad] comme ceux qui ont offensé Moïse [qui était le prophète suscité à leur égard], suite à quoi Dieu a innocenté ce (dernier) de ce qu'ils ont dit (à son sujet) ; et il était, auprès de Dieu, honoré" (Coran 33/69) :

Le Prophète (sur lui soit la paix) a récité comme faisant allusion à l'événement où des personnes parmi son peuple dirent qu'ils ne se douchait à l'écart d'eux que parce qu'il devait souffrir d'une infirmité physique, qu'il voulait cacher des autres hommes : "عن الحسن ومحمد وخلاس، عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن موسى كان رجلا حييا ستيرا، لا يرى من جلده شيء استحياء منه، فآذاه من آذاه من بني إسرائيل فقالوا: ما يستتر هذا التستر إلا من عيب بجلده: إما برص وإما أدرة وإما آفة. وإن الله أراد أن يبرئه مما قالوا لموسى. فخلا يوما وحده، فوضع ثيابه على الحجر، ثم اغتسل. فلما فرغ أقبل إلى ثيابه ليأخذها، وإن الحجر عدا بثوبه. فأخذ موسى عصاه وطلب الحجر، فجعل يقول: ثوبي حجر، ثوبي حجر؛ حتى انتهى إلى ملإ من بني إسرائيل، فرأوه عريانا أحسن ما خلق الله، وأبرأه مما يقولون. وقام الحجر، فأخذ ثوبه فلبسه، وطفق بالحجر ضربا بعصاه، فوالله إن بالحجر لندبا من أثر ضربه، ثلاثا أو أربعا أو خمسا. فذلك قوله: {يا أيها الذين آمنوا لا تكونوا كالذين آذوا موسى فبرأه الله مما قالوا وكان عند الله وجيها" (al-Bukhârî, 3223) ; "عن عبد الله بن شقيق، قال: أنبأنا أبو هريرة، قال: كان موسى عليه السلام رجلا حييا، قال فكان لا يرى متجردا، قال فقال: بنو إسرائيل: إنه آدر، قال: فاغتسل عند مويه، فوضع ثوبه على حجر، فانطلق الحجر يسعى، واتبعه بعصاه يضربه: ثوبي حجر، ثوبي حجر؛ حتى وقف على ملأ من بني إسرائيل. ونزلت {يا أيها الذين آمنوا لا تكونوا كالذين آذوا موسى فبرأه الله مما قالوا وكان عند الله وجيها" (Muslim, 339/156). Ibn Hajar : "قوله: "فذلك قوله تعالى {يا أيها الذين آمنوا لا تكونوا كالذين آذوا موسى فبرأه الله مما قالوا}: لم يقع هذا في رواية همام*. وروى بن مردويه من طريق عكرمة عن أبي هريرة قال: قرأ رسول الله صلى الله عليه وسلم: {يا أيها الذين آمنوا لا تكونوا كالذين آذوا موسى} الآية؛ قال: "إن بني إسرائيل كانوا يقولون إن موسى آدر فانطلق موسى إلى النهر يغتسل" فذكر نحوه. وفي رواية علي بن زيد المذكورة قريبا، في آخره: فرأوه ليس كما قالوا فأنزل تعالى لا تكونوا كالذين آذوا موسى" (FB 6/) (* al-Bukhârî 278, Muslim 339/155).

Pourtant, plusieurs autres commentaires existent quant à l'accusation que certains du peuple de Moïse avaient proférée à son encontre.
Ibn ul-Jawzî écrit ainsi :
"وفي ما آذوا به موسى أربعة أقوال:
أحدها: أنهم قالوا: "هو آدر"، فذهب يوما يغتسل، ووضع ثوبه على حجر، ففر الحجر
بثوبه، فخرج في طلبه، فرأوه فقالوا: والله ما به من بأس؛ والحديث مشهور في الصحاح كلها من حديث أبي هريرة عن رسول الله صلى الله عليه وسلم (...).
والثاني: أن موسى صعد الجبل ومعه هارون، فمات هارون، فقال بنو إسرائيل: "أنت قتلته" فآذوه بذلك، فأمر الله تعالى الملائكة فحملته حتى مرت به على بني إسرائيل، وتكلمت الملائكة بموته حتى عرف بنو إسرائيل أنه مات، فبرأه الله تعالى من ذلك؛ قاله علي عليه السلام.
والثالث: أن قارون استأجر بغيا لتقذف موسى بنفسها على ملأ من بني إسرائيل فعصمها الله تعالى وبرأ موسى من ذلك؛ قاله أبو العالية.
والرابع: أنهم رموه بالسحر والجنون؛ حكاه الماوردي" (Zâd ul-massîr).
Dans le Talmud, quelque chose se rapprochant de ce qui est mentionné ici comme le 3ème commentaire est présent (d'après Torah-box.com, questionné à ce sujet par un visiteur, de confession juive, de maison-islam.com, ce visiteur leur ayant posé la question suite au fait qu eje la lui avais adressée).

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----- 7) Il y a encore le cas de ce verset, dans lequel Dieu dit de certains chrétiens que "اتَّخَذُواْ أَحْبَارَهُمْ وَرُهْبَانَهُمْ أَرْبَابًا مِّن دُونِ اللّهِ وَالْمَسِيحَ ابْنَ مَرْيَمَ وَمَا أُمِرُواْ إِلاَّ لِيَعْبُدُواْ إِلَهًا وَاحِدًا لاَّ إِلَهَ إِلاَّ هُوَ سُبْحَانَهُ عَمَّا يُشْرِكُونَ" : "ils ont pris leurs érudits et leurs moines, ainsi que le Messie fils de Marie, comme des rabb en dehors de Dieu" (Coran 9/31) :

Le Prophète (sur lui soit la paix) expliqua à 'Adî ibn Hâtim (alors pas encore musulman) que le fait pour eux d'avoir divinisé leurs docteurs et leurs saints, cela s'était fait par le fait que "(lorsque) ils déclarent illicite ce que Dieu a déclaré licite, vous le considérez (désormais) illicite, et (lorsque) ils déclarent licite ce que Dieu a déclaré illicite, vous le considérez (désormais) licite" : "قال قلت: "يا رسول الله، إنا لسنا نعبدهم!" فقال: "أليس يحرمون ما أحل الله فتحرمونه، ويحلون ما حرم الله فتحلونه؟" قال: قلت: "بلى!" قال:"فتلك عبادتهم"!" (rapporté par at-Tabarî dans son Tafsîr, n° 16332). Cela constitue effectivement une forme de divinisation, le Prophète nous l'a ici expliqué. Le terme "rabb" présent dans ce verset est alors à appréhender en son sens très général, celui qui le rend synonyme de "ilâh".

Mais cela n'empêche pas que l'on puisse également commenter ce verset par le fait que ces gens faisaient par ailleurs un shirk akbar fi-r-rubûbiyya, par le fait qu'ils invoquaient ceux qu'ils déclarent saints ont comme croyance que Dieu le Créateur a confié à ces saints, après leur mort, le pouvoir de gérer de façon autonome (bi-listiqlâl) certaines choses de l'univers. Ils les appellent des "saints patrons", ayant donc patronage, c'est-à-dire protection, sur tel métier ou telle région, ou contre telle maladie ou telle affliction (lire notre article). Le terme "rabb" présent dans ce verset est alors à appréhender en son sens particulier par rapport au sens de "ilâh".
Ibn Âshûr écrit ainsi que ce shirk fait chez ces chrétiens quant à leurs ascètes est également lié au fait que, chez eux, il est très répandu de demander à ceux-ci leur aide lors des batailles : "ومعنى اتخاذهم هؤلاء أربابا أن اليهود ادعوا لبعضهم بنوة الله تعالى وذلك تأليه، وأن النصارى أشد منهم في ذلك، إذ كانوا يسجدون لصور عظماء ملتهم مثل صورة مريم وصور الحواريين وصورة يحيى بن زكرياء، والسجود من شعار الربوبية؛ وكانوا يستنصرون بهم في حروبهم ولا يستنصرون بالله، وهذا حال كثير من طوائفهم وفرقهم؛ ولأنهم كانوا يأخذون بأقوال أحبارهم ورهبانهم المخالفة لما هو معلوم بالضرورة أنه من الدين، فكانوا يعتقدون أن أحبارهم ورهبانهم يحللون ما حرم الله، ويحرمون ما أحل الله، وهذا مطرد في جميع أهل الدينين، ولذلك أفحم به النبيء صلى الله عليه وسلم عديا بن حاتم لما وفد عليه قبيل إسلامه لما سمع قوله تعالى: {اتخذوا أحبارهم ورهبانهم أربابا من دون الله} وقال عدي: "لسنا نعبدهم!" فقال: "أليس يحرمون ما أحل الله فتحرمونه ويحلون ما حرم الله فتستحلونه؟" فقلت: "بلى" قال: "فتلك عبادتهم" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

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----- 8) Ici s'insère le cas du célèbre commentaire du dernier verset de la sourate al-Fâtiha : "اهدِنَا الصِّرَاطَ المُستَقِيمَ صِرَاطَ الَّذِينَ أَنعَمتَ عَلَيهِمْ غَيرِ المَغضُوبِ عَلَيهِمْ وَلاَ الضَّالِّينَ" : "Pas (le chemin) de ceux contre qui Tu es en colère, ni de ceux qui s'égarent" (Coran 1/5-7) :

Le Prophète (sur lui soit la paix) affirma que les premiers étaient les juifs qui étaient kâfir, et les seconds les chrétiens qui étaient kâfir : "وقد روى ابن مردويه، من حديث إبراهيم بن طهمان، عن بديل بن ميسرة، عن عبد الله بن شقيق، عن أبي ذر قال: سألت رسول الله صلى الله عليه وسلم عن المغضوب عليهم، قال: "اليهود". [قال:] قلت: الضالين؟ قال: "النصارى" (Tafsîr Ibn Kathîr). Voir également at-Tirmidhî, 2953 ; 2954. Des commentaires similaires existent de la part de Compagnons (Tafsîr Ibn Kathîr). Ibn Hajar relate même ceci : "وقال ابن أبي حاتم: لا أعلم بين المفسرين في ذلك اختلافا" (FB 8).

Pourtant, il s'agit seulement là de l'un des pluriels cas de figure auxquels le verset s'applique en sa littéralité.

Cheikh Thânwî a, ainsi, gardé général le commentaire de ce verset : ce verset parle de tous les humains qui sont ainsi : "soit qu'ils ne pratiquent pas ce qu'ils savent ; soit qu'ils pratiquent sans avoir cherché la vérité" (Bayân ul-qur'ân). En effet, la présence de ces deux qualificatifs, al-Baydhâwî l'explique en ces termes : "ويتجه أن يقال: المغضوب عليهم العصاة، والضالين الجاهلون بالله؛ لأن المنعم عليه من وفق للجمع بين معرفة الحق لذاته والخير للعمل به. وكان المقابل له من اختل إحدى قوتيه العاقلة والعاملة؛ والمخل بالعمل فاسق مغضوب عليه لقوله تعالى في القاتل عمدا وغضب الله عليه؛ والمخل بالعقل جاهل ضال لقوله: فماذا بعد الحق إلا الضلال" (Tafsîr ul-Baydhâwî). Ayant ensuite cité en note de bas de page le hadîth sus-cité, ath-Thânwî écrit que ce hadîth parle en fait de cas auxquels le verset s'applique (مصداق, en arabe classique, ce qui signifie : "ما يَصدُق عليه لفظ الآية") (Bayân ul-qur'ân, note de bas de page). Cheikh Thânwî veut dire que ce hadîth n'expose pas ceux qui sont évoqués dans ce verset, de sorte que le verset ne concernerait directement (et sans analogie) que les juifs kâfir et les chrétiens kâfir ; non : ce hadîth se contente d'exposer deux groupes sur qui le propos de ce verset s'applique (ليس في الآية تعريض بهم، وإنما يَصدُق عليهم لفظ الآية).
Al-Qâssimî a formulé la même chose en les termes suivants : "ثم إن المراد بالمغضوب عليهم والضالين: كل من حاد عن جادة الإسلام من أي فرقة ونحلة؛ وتعيين بعض المفسرين فرقة منهم من باب تمثيل العام بأوضح أفراده وأشهرها؛ وهذا هو المراد بقول ابن أبي حاتم: "لا أعلم بين المفسرين اختلافا في أن المغضوب عليهم اليهود والضالين النصارى" (Mahâssin ut-ta'wîl).

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C.B) Plus encore, il est arrivé que le Prophète (sur lui soit la paix) ait appliqué le propos du verset à une autre réalité que celle qui est véritablement concernée par le verset, et ce suite à une analogie de sa part, parce que cette autre a les mêmes qualités que celles que possède la réalité véritablement concernée par le verset (تفسير الآية بشيء مختلف عن ما هو مراد الآية حقيقةً، وهذا بسبب قياس هذا الشيء على ما هو مراد الآية، لاشتراكه في مناط الحكم) :

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----- 9) Ainsi, dans le passage "لَمَسْجِدٌ أُسِّسَ عَلَى التَّقْوَى مِنْ أَوَّلِ يَوْمٍ أَحَقُّ أَن تَقُومَ فِيهِ", Dieu fait les éloges d'"une mosquée qui a été fondée depuis le premier jour sur la piété", en disant qu'elle "mérite plus que tu t'y tiennes debout [que celle que les Hypocrites ont bâtie]" (Coran 9/108) :

De façon véritable, ce verset parle de la mosquée de Qubâ, dans les faubourgs de Médine, mosquée fondée par le Prophète lors de son séjour de 4 ou de 14 jours avant qu'il entre dans la ville de Médine proprement dite (cf. Tafsîr Ibn Kathîr ; Fat'h ul-bârî 7/306-307 ; Bayân ul-qur'ân 4/143).

Pourtant, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit qu'il s'agissait de sa mosquée de Médine : "عن أبي سلمة بن عبد الرحمن، قال: مر بي عبد الرحمن بن أبي سعيد الخدري، قال: قلت له: كيف سمعت أباك يذكر في المسجد الذي أسس على التقوى؟ قال: قال أبي: دخلت على رسول الله صلى الله عليه وسلم في بيت بعض نسائه، فقلت: "يا رسول الله، أي المسجدين الذي أسس على التقوى؟" قال: فأخذ كفا من حصباء، فضرب به الأرض، ثم قال: "هو مسجدكم هذا" لمسجد المدينة. قال: فقلت: أشهد أني سمعت أباك هكذا يذكره" (Muslim 1398) (at-Tirmidhî 323, an-Nassâ'ï 697), celle qu'il bâtit quelque temps après celle de Qubâ, sur le terrain qu'il acheta.

En fait il voulait dire que le qualificatif énoncé dans le verset (avoir été "bâtie sur la piété") est également présent dans sa mosquée de Médine, ce qui fait que le hukm ("mériter qu'on y prie") s'applique à cette dernière aussi. Cependant, le verset ne fait pas allusion à la mosquée de Médine, mais bien à celle de Qubâ.

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----- 10) Pareillement, le verset 33/33 parle aux "gens de la maisonnée" du Prophète : "ahl al-bayt" :

De façon véritable, le propos de ce verset concerne, comme le montre clairement le contexte (versets 28 à 34), les épouses du Prophète, sur lui soit la paix (cf. Tafsîr Ibn Kathîr ; Tuhfat ul-ahwadhî sur 3205 ; Bayân ul-qur'ân 9/48).

Pourtant, le Prophète (sur lui soit la paix) a appliqué le propos du verset ("Dieu veut les purifier") à certains membres de sa proche famille : Alî, Fâtima, al-Hassan et al-Hussein : "عن عائشة قالت: خرج النبي صلى الله عليه وسلم غداة وعليه مرط مرحل من شعر أسود، فجاء الحسن بن علي فأدخله، ثم جاء الحسين فدخل معه، ثم جاءت فاطمة فأدخلها، ثم جاء علي فأدخله، ثم قال: "{إنما يريد الله ليذهب عنكم الرجس أهل البيت ويطهركم تطهيرا}" (Muslim 2424) ; "عن عمر بن أبي سلمة، ربيب النبي صلى الله عليه وسلم قال: لما نزلت هذه الآية على النبي صلى الله عليه وسلم: {إنما يريد الله ليذهب عنكم الرجس أهل البيت ويطهركم تطهيرا} في بيت أم سلمة، فدعا فاطمة وحسنا وحسينا، فجللهم بكساء، وعلي خلف ظهره فجلله بكساء، ثم قال: "اللهم هؤلاء أهل بيتي، فأذهب عنهم الرجس وطهرهم تطهيرا". قالت أم سلمة: "وأنا معهم يا نبي الله؟" قال: "أنت على مكانك وأنت على خير" (at-Tirmidhî 3205) ; "عن أم سلمة، أن النبي صلى الله عليه وسلم جلل على الحسن والحسين وعلي وفاطمة كساء، ثم قال: "اللهم هؤلاء أهل بيتي وخاصتي، أذهب عنهم الرجس وطهرهم تطهيرا". فقالت أم سلمة: "وأنا معهم يا رسول الله؟" قال: "إنك إلى خير" (at-Tirmidhî, 3871 : at-Tirmidhî ajoute : "هذا حديث حسن صحيح، وهو أحسن شيء روي في هذا الباب").

En fait le Prophète (sur lui soit la paix) voulait dire que les membres de sa proche famille sont eux aussi, selon un autre aspect : "des gens de sa maisonnée".
Pour autant, le verset ne parle pas des membres de sa famille, mais de ses épouses.

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Ibn Taymiyya a cité les hadîths numérotés ici : "9" et : "10", et fait valoir que l'analogie faite par le Prophète (sur lui soit la paix) est de type "bi-l-awlâ" : "ويكون هذا كقوله عن المسجد المؤسس على التقوى: "هو مسجدي هذا" مع أن الآية تتناول مسجد قباء قطعا. وكذلك قوله عن أهل الكساء: "هؤلاء أهل بيتي" مع أن القرآن يتناول نساءه. فالتخصيص لكون المخصوص أولى بالوصف" (MF 17/506).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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