Les juifs et les chrétiens d'aujourd'hui (à qui le message de Muhammad est parvenu) sont-ils des mu'min ou des kâfir ? - الحكم الأخروي لأهل الكتاب الذين بلغتهم رسالة خاتم الأنبياء فلم يؤمنوا بها

Question :

Depuis quelques mois je me pose une question qui m'empêche de vivre pleinement mon Dîn islamique (je suis reconvertie à l'islam). Il s'agit du statut des juifs et des chrétiens en islam.

Les personnes que j'ai fréquentées lorsque j'étais en période de reconversion m'ont dit que les juifs et les chrétiens, même s'ils croient en un seul Dieu, font bien leurs prières à Dieu et font le bien autour d'eux, iront dans la Géhenne. Est-ce vrai ?

Pour ma part j'ai lu un verset dans la sourate n° 2, qui montre une grande tolérance et dit plutôt : "Les croyants, les juifs, les chrétiens, les sabéens, ceux qui ont cru en Dieu et au jour dernier et auront fait le bien, ceux-là auront leur récompense auprès de leur Seigneur, et sur eux il n'y aura aucune crainte, ni ils ne seront attristés".

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Réponse :

Celui à qui le plus récent message de Dieu – s'adressant à lui aussi – parvient mais qui choisit ne pas y croire n'a effectivement plus la foi que Dieu agrée. Il est donc dit : "kâfir", même s'il adhère à un message de Dieu précédent. "Kâfir" veut dire : "'n'ayant pas le minimum de la foi que Dieu agrée".

Dès lors :

1) Celui qui a été dans le judaïsme avant la venue de Jésus, ou après la venue de Jésus mais alors que le message de Jésus ne lui est pas parvenu, ou ne lui est parvenu que d'une façon complètement dénaturée : celui-là est mu'min.

2) De même, celui qui a été chrétien avant la venue de Muhammad (et sans adhérer aux croyances de shirk qui ont entaché le message originel de Jésus), ou après la venue de Muhammad mais alors que le message de Muhammad ne lui est pas parvenu (et sans adhérer aux croyances de shirk qui ont entaché le message originel de Jésus) : celui-là est mu'min.

3) Par contre, celui qui a adhérait à la Loi de Moïse mais a refusé d'adhérer au message de Jésus bien que celui-ci lui est parvenu dans sa forme originelle, celui-là est kâfir.

4) De même, celui qui est demeuré dans le judaïsme ou est demeuré chrétien malgré que le message de Muhammad (sur lui et sur tous les prophètes soit la paix) lui est parvenu et qu'il en a pris connaissance, celui-là est kâfir.

Quant au verset que vous avez cité, "Les croyants, les juifs, les chrétiens, les sabéens, ceux qui ont cru en Dieu et au jour dernier et auront fait le bien, ceux-là auront leur récompense auprès de leur Seigneur, et sur eux il n'y aura aucune crainte, ni ils ne seront attristés" (Coran 2/62), il parle des cas des juifs et des chrétiens se trouvant dans les cas figure 1 et 2.

Les explications seront données un peu plus bas...

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I) Attention à ne pas confondre "être heureux d'être sur la vraie foi", et "se mettre à penser qu'on a réussi par son propre mérite et mépriser les autres" :

En effet, car il y a des hommes qui sont kâfir aujourd'hui, mais que Dieu guidera et qui mourront avec la foi que Dieu agrée, avec la îmân.
Comme il est des hommes qui sont mu'min aujourd'hui mais qui perdront la foi et mourront dans le kufr akbar.

Le Prophète (paix sur lui) a dit, dans des hadîths très connus : "L'homme agit pendant une longue période selon l'agir des gens du Paradis ; (mais) ensuite son agir se clôt par l'agir des gens du Feu. Et l'homme agit pendant une longue période selon l'agir des gens du Feu ; (mais) ensuite son agir se clôt par l'agir des gens du Paradis" (Muslim 2651 ; relation de Abû Hurayra).
"(...) Par Dieu, l'homme agit selon l'agir des gens du Feu, jusqu'à ce qu'il ne reste plus entre lui et le Feu qu'une coudée ; le décret (du destin) arrive alors, (l'homme) fait l'agir des gens du Paradis, et il y entre donc. Et l'homme agit selon l'agir des gens du Paradis, jusqu'à ce qu'il ne reste plus entre lui et le Paradis qu'une coudée ; le décret (du destin) arrive alors, (l'homme) fait l'agir des gens du Feu, et il y entre donc"
(al-Bukhârî 6221 etc., Muslim 2643 : relation de Ibn Mas'ûd).
"Le serviteur fait l'action des gens du Feu alors qu'il fait partie des gens du Paradis. Et le serviteur fait l'action des gens du Paradis alors qu'il fait partie des gens du Feu. Les actions ne (valent) que par celles qui clôturent (al-khawâtîm)"
(al-Bukhârî 6233 : relation de Sahl).
"L'agir des gens du Paradis" ici mentionné désigne "les actions d'obéissance : croyances, paroles et actions extérieures" (Fat'h ul-bârî 11/593).

Dans ces hadîths, l'action menant au Feu, qui clôt la vie d'une personne faisant auparavant des actions menant au Paradis, peut être une action de kufr akbar (auquel cas c'est le Feu perpétuel), ou une action de fisq asghar (auquel il y a menace de Feu temporaire pour la personne).

Celui qui est aujourd'hui sur la vraie foi (îmân) doit remercier Dieu de l'avoir guidé et Lui être reconnaissant d'être, au moment présent (hâlan), dans un état meilleur que celui qui est dans le kufr. Cependant, il doit aussi s'efforcer de faire les actions du Paradis. Et il doit, de surcroît, demander à Dieu de le maintenir sur la vraie foi et de le faire mourir avec la vraie foi, vu le risque existant de perdre sa foi avant de mourir et de mourir sur le kufr ; alors même que celui qui est actuellement dans le kufr peut éventuellement, dans le futur (ma'âlan), être touché par la Grâce de Dieu, apporter foi (îmân) et se retrouver alors dans un état meilleur que le sien.

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II) Quelques versets en relation sur le sujet :

A) "لَمْ يَكُنِ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ وَالْمُشْرِكِينَ مُنفَكِّينَ حَتَّى تَأْتِيَهُمُ الْبَيِّنَةُ {98/1} رَسُولٌ مِّنَ اللَّهِ يَتْلُو صُحُفًا مُّطَهَّرَةً {98/2} فِيهَا كُتُبٌ قَيِّمَةٌ {98/3" : "Ceux qui avaient fait kufr – des Gens du Livre et des Polythéistes n'en étaient pas à cesser jusqu'à ce que leur vienne la preuve claire : un messager de Dieu récitant des feuillets purifiés dans lesquels se trouvent des écrits droits" (Coran 98/1-3).
"مَّا يَوَدُّ الَّذِينَ كَفَرُواْ مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ وَلاَ الْمُشْرِكِينَ أَن يُنَزَّلَ عَلَيْكُم مِّنْ خَيْرٍ مِّن رَّبِّكُمْ وَاللّهُ يَخْتَصُّ بِرَحْمَتِهِ مَن يَشَاء وَاللّهُ ذُو الْفَضْلِ الْعَظِيمِ" : "Ceux qui ont fait kufr parmi les Gens du Livre n'aiment pas, ni les Polythéistes, que soit descendue sur vous un bienfait de la part de votre Seigneur. Et Dieu particularise par Sa Miséricorde qui Il veut. Et Dieu est le Détenteur de la grande Grâce" (Coran 2/105).

B) "لَّقَدْ كَفَرَ الَّذِينَ قَآلُواْ إِنَّ اللّهَ هُوَ الْمَسِيحُ ابْنُ مَرْيَمَ" : "Ont fait kufr ceux qui ont dit : "Dieu, c'est Jésus fils de Marie"" (Coran 5/17). "لَّقَدْ كَفَرَ الَّذِينَ قَالُواْ إِنَّ اللّهَ ثَالِثُ ثَلاَثَةٍ" : "Ont fait kufr ceux qui ont dit : "Dieu est un parmi trois"" (Coran 5/73).
"إِنَّ الَّذِينَ يَكْفُرُونَ بِاللّهِ وَرُسُلِهِ وَيُرِيدُونَ أَن يُفَرِّقُواْ بَيْنَ اللّهِ وَرُسُلِهِ وَيقُولُونَ نُؤْمِنُ بِبَعْضٍ وَنَكْفُرُ بِبَعْضٍ وَيُرِيدُونَ أَن يَتَّخِذُواْ بَيْنَ ذَلِكَ سَبِيلاً {4/150} أُوْلَئِكَ هُمُ الْكَافِرُونَ حَقًّا وَأَعْتَدْنَا لِلْكَافِرِينَ عَذَابًا مُّهِينًا {4/151" : "Ceux qui ne croient pas en Dieu et en Ses Messagers, et [= ou] qui veulent faire une distinction entre (croire en) Dieu et (croire en) Ses Messagers, et [= ou] qui disent : "Nous croyons en certains (Messagers) et nous en renions d'autres" et veulent prendre une voie intermédiaire : ceux-là sont kâfirûn (incroyants), vraiment. (...)" (Coran 4/150-151).

C) "وَإِنَّ مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ لَمَن يُؤْمِنُ بِاللّهِ وَمَا أُنزِلَ إِلَيْكُمْ وَمَآ أُنزِلَ إِلَيْهِمْ خَاشِعِينَ لِلّهِ لاَ يَشْتَرُونَ بِآيَاتِ اللّهِ ثَمَنًا قَلِيلاً أُوْلَئِكَ لَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ إِنَّ اللّهَ سَرِيعُ الْحِسَابِ" : "Et parmi les Gens du Livre il en est qui ont foi en Dieu, en ce qui vous a été révélé et en ce qui leur a été révélé, pleins d'humilité vis-à-vis de Dieu" (Coran 3/199).

D) "إِنَّ الَّذِينَ آمَنُواْ وَالَّذِينَ هَادُواْ وَالنَّصَارَى وَالصَّابِئِينَ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَعَمِلَ صَالِحاً فَلَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنُونَ" : "Ceux qui ont apporté Foi [= les Musulmans], ceux qui se sont judaïsés, les Chrétiens, les Sabéens : ceux qui auront cru en Dieu et au jour dernier et auront fait le bien, ceux-là auront leur récompense auprès de leur Seigneur, et il n'y aura crainte sur eux, ni ils ne seront attristés" (Coran 2/62 ; en Coran 5/69 on lit quelque chose de très voisin). C'est le verset auquel vous avez fait allusion dans votre message.
D') "لَيْسُوا سَوَاءً. مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ أُمَّةٌ قَائِمَةٌ يَتْلُونَ آيَاتِ اللَّهِ آنَاءَ اللَّيْلِ وَهُمْ يَسْجُدُونَ يُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَيَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَيُسَارِعُونَ فِي الْخَيْرَاتِ وَأُولَئِكَ مِنَ الصَّالِحِينَ وَمَا يَفْعَلُوا مِنْ خَيْرٍ فَلَنْ يُكْفَرُوهُ وَاللَّهُ عَلِيمٌ بِالْمُتَّقِينَ" : "Tous ne sont pas pareils. Parmi les Gens du livre se trouve une communauté droite qui récite les versets de Dieu aux heures de la nuit, en se prosternant. Ils croient en Dieu et au Jour dernier, ordonnent le bien, interdisent le mal et accourent vers les bonnes œuvres. Ce sont des gens de bien. Le bien qu'ils font, cela ne leur sera pas renié. Et Dieu sait ceux qui sont pieux" (Coran 3/113-115).

E) "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَتَّخِذُواْ الَّذِينَ اتَّخَذُواْ دِينَكُمْ هُزُوًا وَلَعِبًا مِّنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ وَالْكُفَّارَ أَوْلِيَاء وَاتَّقُواْ اللّهَ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ" : "Ne prenez pas pour awliyâ' [= alliés intimes] : ceux qui prennent votre religion comme (objet de) moquerie et de jeu parmi ceux à qui le Livre a été donné avant vous ; ni les Incroyants (kuffâr)" (Coran 5/57).
De même : "أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ أُوتُواْ نَصِيبًا مِّنَ الْكِتَابِ يُؤْمِنُونَ بِالْجِبْتِ وَالطَّاغُوتِ وَيَقُولُونَ لِلَّذِينَ كَفَرُواْ هَؤُلاء أَهْدَى مِنَ الَّذِينَ آمَنُواْ سَبِيلاً" (Coran 4/51).
De même encore : "وَرَدَّ اللَّهُ الَّذِينَ كَفَرُوا بِغَيْظِهِمْ لَمْ يَنَالُوا خَيْرًا وَكَفَى اللَّهُ الْمُؤْمِنِينَ الْقِتَالَ وَكَانَ اللَّهُ قَوِيًّا عَزِيزًا {33/25} وَأَنزَلَ الَّذِينَ ظَاهَرُوهُم مِّنْ أَهْلِ الْكِتَابِ مِن صَيَاصِيهِمْ وَقَذَفَ فِي قُلُوبِهِمُ الرُّعْبَ فَرِيقًا تَقْتُلُونَ وَتَأْسِرُونَ فَرِيقًا {33/26" (Coran 33/25-26).

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III) Explication relative à ces versets :

Au sein d'un même texte, il s'agit de lire les passages "équivoques" à la lumière des passages "univoques" (cliquez ici pour en savoir plus) ; et non de ne considérer que les passages "équivoques" et faire comme si on n'avait pas vu les passages "univoques".

Les deux versets que j'ai cités parmi ceux du "groupe A" montrent bien que ce ne sont pas uniquement ceux qui adhèrent au Polythéisme qui sont kâfir, mais que des Gens du Livre sont dans le kufr akbar. Voici le second de ces versets : "N'aiment pas, ceux-là qui ont fait kufr, parmi les Gens du Livre, ou les Polythéistes, que soit descendue sur vous un bienfait de la part de votre Seigneur. Et Dieu particularise par Sa Miséricorde qui Il veut. Et Dieu est le Détenteur de la grande Grâce" (Coran 2/105).

A propos de cela certains disent que certes, il y a des kâfir parmi les Gens du Livre, mais ce sont uniquement ceux qui se sont opposés par les armes au prophète Muhammad, ou ont incité d'autres à attaquer le prophète Muhammad ; ils disent que ceux des Gens du Livre qui ne sont pas ainsi sont mu'min.

Or cela ne tient pas, vu d'une part le premier verset du groupe A, qui parle de Gens du Livre déjà kâfir avant même la venue du Prophète Muhammad : "Ceux qui avaient fait kufr – des Gens du Livre et des Polythéistes – n'en étaient pas à cesser jusqu'à ce que leur vienne la preuve claire : un messager de Dieu récitant des feuillets purifiés dans lesquels se trouvent des écrits droits" (Coran 98/1-3). Et vu d'autre part les versets cités dans le groupe B, qui montrent clairement la raison de ce kufr akbar : il s'agit, chez des chrétiens, d'avoir professé la divinité de Jésus ou la Trinité : ces deux croyances constituent donc du kufr akbar. Et il s'agit, chez des juifs, de s'être contenté de croire en certains vrais prophètes de Dieu et de n'avoir pas apporté foi en un ou plusieurs autre(s) vrai(s) prophète(s) de Dieu : "Ceux qui ne croient pas en Dieu et en Ses Messagers, et [= ou] qui veulent faire une distinction entre (croire en) Dieu et (croire en) Ses Messagers, et [= ou] qui disent : "Nous croyons en certains (Messagers) et nous en renions d'autres" et veulent prendre une voie intermédiaire : ceux-là sont kâfirûn (incroyants), vraiment. (...)" (Coran 4/150-151). Dans la Sunna, la même chose est dite ainsi : "عن أبي هريرة، عن رسول الله صلى الله عليه وسلم أنه قال: "والذي نفس محمد بيده، لا يسمع بي أحد من هذه الأمة يهودي، ولا نصراني، ثم يموت ولم يؤمن بالذي أرسلت به، إلا كان من أصحاب النار" (Muslim, 153). C'est bien pourquoi, avant même la venue de Muhammad, ceux des juifs qui avaient eu connaissance du message authentique de Jésus et avaient choisi de ne pas croire en lui étaient dans le kufr akbar. On lit ceci dans le Coran : "Puis, quand Jésus ressentit du kufr de leur part, il dit : "Qui sont mes auxiliaires (dans le chemin qui mène) à Dieu ?"" (Coran 3/52). "(...) Comme Jésus le dit aux Apôtres : Qui sont mes auxiliaires (dans le chemin qui mène) à Dieu ?" Les Apôtres dirent : "Nous sommes les auxiliaires du (dîn de) Dieu." Un groupe parmi les fils d'Israël apportèrent donc foi (en Jésus), et un groupe fit kufr. (...)" (Coran 61/14).

Quant au verset cité en C et qui dit : "Et parmi les Gens du Livre il y en a qui a foi en Dieu, en ce qui vous a été révélé et en ce qui leur a été révélé, pleins d'humilité vis-à-vis de Dieu" (Coran 3/199), il désigne ceux qui étaient auparavant juifs ou chrétiens, ont eu connaissance du message de Muhammad, l'ont examiné, et se sont convertis à l'islam (Al-Jawâb us-sahîh 1/234 : lire notre article commentant ce verset). Rappelons ici que "avoir foi en le Coran", cela signifie non pas simplement reconnaître (i'tirâf) que le Coran enseigne le bien, mais aussi adhérer (iltizâm) au message du Coran, faire sien (qabûl) ce message, le suivre (ittibâ') (nous l'avons montré de façon détaillée dans un autre article, références à l'appui).

Qu'en est-il maintenant du verset cité en D : "Ceux qui ont apporté Foi [= les Musulmans], ceux qui se sont judaïsés, les Chrétiens, les Sabéens : ceux qui auront cru en Dieu et au jour dernier et auront fait le bien, ceux-là auront leur récompense auprès de leur Seigneur, et il n'y aura crainte sur eux, ni ils ne seront attristés" (Coran 2/62) ?
Ce verset parle des juifs qui ont vécu avant la venue de Jésus ; ou qui ont vécu entre la période de Jésus et celle de Muhammad mais n'ont pas eu connaissance du message de Jésus ; ou qui ont vécu après la venue de Muhammad mais n'ont pas eu connaissance du message de Muhammad.
Ce verset parle de même des chrétiens qui d'une part ont vécu avant la venue de Muhammad, ou qui ont vécu après lui mais n'ont pas eu connaissance de son message, et qui d'autre part sont restés fidèles aux enseignements originaux de Jésus et n'ont donc pas adopté les croyances de kufr akbar que sont la divinisation du Messie ou la Trinité.
Ces juifs et ces chrétiens là sont des mu'min, des croyants au sens où le Coran emploie ce terme. C'est d'eux dont parle ce verset 2/62. (Voir Al-Jawâb us-sahîh 1/238 ; 2/52-53 ; voir aussi Tafsîr Ibn Kathîr tome 1 p. 94.) Parlant des chrétiens, Ibn Taymiyya écrit ainsi : "Quant à celui qui n'a pas (adhéré) à la religion modifiée [et a vécu avant la venue de Muhammad], ou qui [avait adhéré à la religion modifiée mais ensuite] a connu Muhammad et a apporté foi en son [message], ceux-là sont mu'min" (Al-Jawâb us-sahîh 1/243).

La même chose peut être dite du verset cité en D' : "Tous ne sont pas pareils. Parmi les Gens du livre se trouve une communauté droite qui récite les versets de Dieu aux heures de la nuit, en se prosternant. Ils croient en Dieu et au Jour dernier, ordonnent le bien, interdisent le mal et accourent vers les bonnes œuvres. Ce sont des gens de bien. Le bien qu'ils font, cela ne leur sera pas renié. Et Dieu sait ceux qui sont pieux" (Coran 3/113-115) : ce verset parle, d'après Abû Zahra, de ceux des juifs et des chrétiens qui ont vécu avant la venue de Muhammad ou qui ont vécu après mais à qui le message n'est pas parvenu ("وعندي أن الآية الكريمة: في أهل الكتاب الماضين الذين استقاموا على الحق، ولم يدركوا عصر النبي صلى الله عليه وسلم. وذلك لأن القرآن الكريم تكلم عن ماضي أهل الكتاب وحاضرهم؛ فحاضرهم كان سوء [بسبب كفره بالرسول]؛ وذكر ماضيهم: فبيّن أن بعضه كان سوء؛ وكان منهم أمة مقتصدة؛ فهذه الأوصاف: في الأمة المقتصدة التي مضت. ويصح أن تطلق على المخلصين من أهل الكتاب الذين لم يبلغوا دعوة الإسلام، وكان فيهم إخلاص للحق وطلب له وإجابة لداعيه إن دعوا إليه، ويكونون داخلين بالقياس على الماضين" : Zahrat ut-tafâssîr).

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Une question se pose ici : Si les juifs et les chrétiens étant fidèles à l'authentique message de Dieu de leur époque sont eux aussi des mu'min (des croyants), pourquoi, dans le verset 2/62, qui parle de ceux qui, dans l'au-delà, n'auront rien à craindre et ne seront pas attristés, est-ce seulement les musulmans qui sont désignés par le terme "alladhîna âmanû" ("ceux qui ont apporté foi") ? pourquoi ce verset n'a-t-il pas employé ce terme pour qualifier ces juifs et ces chrétiens là aussi, lui ayant préféré les termes "alladhîna hâdû" et "an-nassârâ" respectivement ?

Réponse : Ibn Kathîr écrit que c'est parce que chez les musulmans ce qualificatif de "apporter foi" est relativement plus important, vu que ce sont eux qui ont pu apporter concrètement foi en tous les messagers de Dieu, étant donné qu'ils ont vécu après le dernier d'entre eux. Contrairement à ceux qui ont vécu auparavant : eux n'ont pas connu soit un, soit deux, soit plusieurs messagers de Dieu (Tafsîr Ibn Kathîr, tome 1 p. 94). Cela n'empêche pas que ces croyants qui ont vécu auparavant – et donc ces juifs et ces chrétiens – furent eux aussi "mu'minûn" (même s'ils n'ont pas été désignés par ce terme dans ce verset précisément).

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Une autre question se pose ici : Si les juifs et les chrétiens reniant le plus récent message de Dieu leur étant parvenu sont eux aussi des "kuffâr", pourquoi est-ce les Polythéistes seulement que le verset cité en E a désigné par le terme "kuffâr", les ayant distingués de Gens du Livre ne croyant pourtant pas en Muhammad : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَتَّخِذُواْ الَّذِينَ اتَّخَذُواْ دِينَكُمْ هُزُوًا وَلَعِبًا مِّنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ وَالْكُفَّارَ أَوْلِيَاء وَاتَّقُواْ اللّهَ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ" : "Ne prenez pas pour awliyâ' [= alliés intimes] : ceux qui prennent votre religion comme (objet de) moquerie et de jeu parmi ceux à qui le Livre a été donné avant vous ; ni les Incroyants (kuffâr)" (Coran 5/57) ? pourquoi ce verset n'a-t-il pas employé le terme "kuffâr" pour qualifier également ces juifs et ces chrétiens là, lesquels sont kuffâr pour avoir choisi de ne pas apporter foi en Muhammad, dont ils avaient pourtant eu connaissance du message ?

Réponse : Parce que la religion des Polythéistes est tout entière du kufr akbar, tandis que celle des juifs et des chrétiens ne contenait à l'origine pas de kufr, et c'est seulement en reniant le messager le plus récent (dans le cas des juifs et des chrétiens) et/ou en adoptant des croyances de shirk akbar importées d'ailleurs (dans le cas des chrétiens) que ces juifs et chrétiens sont tombés dans le kufr akbar. Ibn Taymiyya écrit : "Il n'y a pas, dans la religion originelle des Gens du livre, de shirk (…). Mais les Chrétiens ont rajouté du shirk, comme Dieu l'a dit : " Pureté à Lui de ce qu'ils associent". Là où Dieu dit qu'ils ont fait du shirk, c'est parce qu'ils en ont rajouté ; et là où Dieu a fait une distinction entre eux et les Polythéistes, c'est parce que leur religion originelle est de suivre les livres révélés, lesquels enseignent le monothéisme et non l'associationnisme."
Quant au verset où Dieu a dit que les Chrétiens font acte de shirk, Ibn Taymiyya en dit que "Dieu n'a pas dit des Gens du Livre qu'ils sont "Polythéistes" ("mushrik"), employant un nom, mais a dit qu'ils "ont fait acte d'associationnisme ("shirk"), employant un verbe (…). Or le nom véhicule un sens plus accentué que celui que véhicule le verbe" ("والجواب عن آية البقرة من ثلاثة أوجه. أحدها أن أهل الكتاب لم يدخلوا في المشركين فجعل أهل الكتاب غير المشركين بدليل قوله:{إن الذين آمنوا والذين هادوا والصابئين والنصارى والمجوس والذين أشركوا} . فإن قيل: فقد وصفهم بالشرك بقوله: {اتخذوا أحبارهم ورهبانهم أربابا من دون الله والمسيح ابن مريم وما أمروا إلا ليعبدوا إلها واحدا لا إله إلا هو سبحانه عما يشركون}. قيل: أهل الكتاب ليس في أصل دينهم شرك؛ فإن الله إنما بعث الرسل بالتوحيد فكل من آمن بالرسل والكتب لم يكن في أصل دينهم شرك؛ ولكن النصارى ابتدعوا الشرك كما قال: {سبحانه وتعالى عما يشركون}؛ فحيث وصفهم بأنهم أشركوا فلأجل ما ابتدعوه من الشرك الذي لم يأمر الله به؛ وحيث ميزهم عن المشركين فلأن أصل دينهم اتباع الكتب المنزلة التي جاءت بالتوحيد لا بالشرك. فإذا قيل"أهل الكتاب"، لم يكونوا من هذه الجهة مشركين؛ فإن الكتاب الذي أضيفوا إليه لا شرك فيه. كما إذا قيل "المسلمون وأمة محمد" لم يكن فيهم من هذه الجهة لا اتحاد ولا رفض ولا تكذيب بالقدر ولا غير ذلك من البدع، وإن كان بعض الداخلين في الأمة قد ابتدع هذه البدع؛ لكن أمة محمد صلى الله عليه وسلم لا تجتمع على ضلالة فلا يزال فيها من هو متبع لشريعة التوحيد؛ بخلاف أهل الكتاب. ولم يخبر الله عز وجل عن أهل الكتاب أنهم مشركون بالاسم بل قال: "عما يشركون" بالفعل؛ وآية البقرة قال فيها: "المشركين والمشركات" بالاسم؛ والاسم أوكد من الفعل" : MF 14/91-93 ; 32/178).

Il écrit également : "Ils ne sont pas sur le pur monothéisme, mais ne sont pas non plus semblables aux polythéistes qui adorent les idoles et traitent de menteurs (tous) les envoyés de Dieu. Dieu a donc tantôt parlé des Chrétiens comme étant différents des Polythéistes, et tantôt leur a reproché le shirk qu'ils ont innové" "فليسوا على التوحيد المحض، وليسوا كالمشركين الذين يعبدون الأوثان ويكذبون الرسل. فلهذا جعلهم الله نوعا من غير المشركين تارة، وذمهم على ما أحدثوه من الشرك تارة" (Al-Jawâb us-sahîh, 2/49).

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IV) Ce propos choque certains non-musulmans : le fait que les musulmans aient pour croyance "Notre religion est la vérité", c'est selon eux déjà être porteur d'intolérance :

Or cela n'est pas de l'intolérance, puisque nous ne contraignons personne à accepter cette vérité et agissons avec bienfaisance vis-à-vis de ceux qui ne l'acceptent pas (du moment qu'ils ne nous combattent pas).

Les musulmans considèrent le kufr akbar comme étant hors de la vérité. Et c'est ce qui fait que les musulmans ne demandent pas à Dieu d'accepter en Son Paradis une personne qui selon les apparences est morte en étant kâfir (lire notre article sur le sujet). Cependant, même en terre d'Islam, les musulmans tolèrent la présence du kufr akbar : c'est-à-dire que, même en terre d'Islam, les musulmans accordent la liberté de ne pas devenir musulmans à ceux qui ont choisi de ne pas l'être, et respectent en tant qu'humains ceux qui ont choisi de rester non-musulmans.

"Pas de contrainte en religion. La vérité s'est distinguée de l'erreur" (Coran 2/256). Contrairement à ce que prétendent certains, ce verset n'est pas abrogé. La sourate 2, où il figure, est la plus connue des sourates de la période de Médine, et le Prophète avait alors déjà le pouvoir ; et puis, dans cette sourate même, aux versets 190-195, puis aux versets 216-217, il est explicitement fait mention de combat. Par ailleurs, at-Tabarî a rapporté de Ibn Abbâs un propos qui montre que ce verset 2/256 a été révélé en l'an 8 ou 9 de l'hégire, soit après la révélation de la plupart ou de la totalité des versets mentionnant le combat (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset). Ibn Âshûr a écrit la même chose (At-Tahrîr wa-t-tanwîr, commentaire de ce verset). Cliquez ici et ici pour lire deux autres articles en relation directe avec ce verset 2/256. Et cliquez ici pour découvrir que le combat dont parle le Coran n'a pas pour objectif de convertir à l'islam.

Par ailleurs, "Nous sommes sur la vérité", les musulmans ne sont pas les seuls à le croire et à le dire, sur la base de leurs références religieuses. Les Catholiques le disent eux aussi, sur la base de leurs références à eux. Pour ne citer que l'un d'eux, l'évêque de La Réunion, Mgr Gilbert Aubry : "Il est certaines personnes qui disent : "Toutes les religions se valent, pourvu qu'on croie en quelque chose." Or les choses ne sont pas ainsi. Toutes les religions ne sont pas pareilles et la question qui se pose est celle de la vérité. Par contre il ne faut pas devenir intolérant vis-à-vis de ceux qui ont choisi une autre religion" (fin de citation, substance d'un propos de l'évêque de La Réunion maintes fois répété sur la scène publique).

Et que dire des Témoins de Jéhovah (la législation française ne les considère plus comme secte), qui viennent rendre visite à tout un chacun chez lui, pour lui présenter la religion chrétienne (selon la lecture et la compréhension qu'eux en ont), lui dire clairement que Dieu n'agrée que leur religion, et l'inviter à s'interroger au sujet de la religion qu'il avait jusqu'à présent...

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V) "Kâfir" veut dire : "qui n'a pas la foi que Dieu agrée" : que le musulman dise de quelqu'un qu'il n'a pas la foi que Dieu agrée, cela n'implique nullement qu'il ait le devoir ou le droit d'agir avec injustice vis-à-vis de lui. Au contraire, tant qu'un kâfir ne combat pas le musulman, celui-ci se doit d'agir avec bienfaisance (birr) à son égard. Quant à la justice (qist), elle est due à tout humain, même celui qui est un ennemi combattant les musulmans (c'est pourquoi il est interdit de trahir, ghadr, la parole qu'on a donnée à l'ennemi) :

Dieu dit :
"Dieu ne vous interdit point d'être bienfaisants (tabarrû) et équitables (tuqsitû) envers ceux qui ne vous ont pas combattu à cause de la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Dieu vous interdit seulement de prendre pour alliés (tawallaw) ceux qui vous ont combattu à cause de la religion, vous ont chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion" (Coran 60/8-9).

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VI) Ceux qui sont morts en étant dans le kufr akbar (et à qui le message était parvenu), ceux-là seront dans l'au-delà dans la Géhenne perpétuelle :

"Ceux qui ont fait kufr, des Gens du Livre et des Polythéistes, seront dans le feu de la Géhenne, dans lequel ils seront perpétuellement" (Coran 98/6).

C'est-à-dire : "Ceux des Gens du Livre et des Polythéistes qui étaient kâfir bi kufr akbar – soit déjà avant la venue du dernier messager, à cause de croyances fausses, soit par rejet du message du plus récent prophète leur étant parvenu –, ne s'en sont pas repentis mais sont morts dans ce kufr akbar, ceux-là seront dans le feu de la Géhenne dans lequel ils seront perpétuellement".

C'est cela que met en exergue cet autre verset : "Ceux qui ont fait kufr et sont morts en étant kuffâr, sur eux sera l'éloignement de miséricorde (la'na) de la part de Dieu, des anges et de tous les hommes" (2/161). Cela est évident, car nul homme vivant aujourd'hui mu'min n'est assuré de mourir avec la foi, et il n'est certain à propos de nul homme vivant aujourd'hui kâfir qu'il ne se repentira pas et n'acceptera pas la vraie foi avant de mourir.

"Dieu a éloigné de Sa Miséricorde (la'ana) les kâfir et a préparé pour eux un brasier" (33/65).
"Dieu a promis aux Hypocrites hommes et aux Hypocrites femmes, ainsi qu'aux kuffâr le feu de la Géhenne, dans lequel ils resteront perpétuellement. Elle leur suffit. Et Dieu les a éloignés de Sa Miséricorde (la'ana). Et ils auront un châtiment demeurant" (Coran 9/68).
"Et afin qu'Il châtie les Hypocrites hommes et les Hypocrites femmes, les Polythéistes hommes et les Polythéistes femmes, qui ont des pensées de mal au sujet de Dieu. Que sur eux soit le devenir de mal. Dieu S'est courroucé contre eux (ghadhiba), Il les a éloignés de Sa miséricorde (la'ana) et a préparé pour eux la Géhenne. Bien mauvaise destination est-elle !" (48/6).

La promesse de Géhenne figurant dans ces versets s'appliquera concrètement aux hommes qui sont morts ou qui mourront sur le kufr akbar. Car, nous l'avons vu plus haut, il est des hommes qui sont sur le kufr akbar mais sont ensuite guidés par Dieu et meurent avec la foi.

Par contre, même pour l'application de cette promesse aux hommes morts dans le kufr akbar, il faut que le message leur soit parvenu. Car ceux qui sont morts dans le kufr akbar mais à qui aucun message n'était parvenu, ou à qui le message venu rétablir la vérité n'était pas parvenu, il y a divergence entre les ulémas quant à savoir ce qu'il adviendra d'eux dans l'au-delà : cliquez ici et ici pour en savoir plus.

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VII) Cependant, faut-il le rappeler, si les juifs et les chrétiens d'aujourd'hui sont kâfir, ils restent distincts des Polythéistes (mushrik) :

Nous parlons bien entendu des juifs et des chrétiens adhérant toujours aux croyances qui sont leurs, et non de personnes qui sont athées et seulement de culture juive ou chrétienne.

Ceux qui sont juifs croyants sont distincts de ceux qui sont Polythéistes (mushrik) : nous l'avons exposé dans un article.

Et ceux qui sont chrétiens croyants sont distincts de ceux qui sont Polythéistes (mushrik), même s'ils ont divinisé Jésus et adhèrent à la croyance de la Trinité : nous l'avons exposé dans un autre article.

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VIII) Il existe différents degrés dans le kufr akbar : on dit que "tel kufr akbar est 'aghlaz' par rapport à tel autre kufr akbar" :

Les croyances et les actions (autres que les croyances) sont comparables à un arbre : il y a la racine (al-Ussûl), et il y a le tronc et les branches (al-Furû' / ash-Shu'ab)..
– La racine (al-Ussûl) de l'arbre comporte une partie essentielle (c'est le Asl ul-Ussûl), une partie importante et, enfin, des petites racines, secondaires.
– Pour sa part, le reste de l'arbre (al-Furû') est constitué du tronc, des branches les plus importantes et puis des branches ramifiées, sans oublier les feuilles et les fruits (lire notre article consacré au Dîn Kâmil, complet).

Il y a l'homme dont la racine de l'arbre est de kufr akbar. Chez cet homme, il se peut qu'il y ait aussi une partie de la racine qui soit de îmân : cela est quelque chose de positif par rapport à l'homme chez qui aucune partie de la racine n'est de îmân, mais cela reste néanmoins insuffisant, et la racine reste dans son ensemble de kufr akbar : cet homme n'a même pas asl ul-îmân.

(A la différence de la personne qui est mu'min mais a certaines croyances déviantes – de dhalâl ghayr kufr – : chez elle la partie essentielle de la racine est entièrement de îmân – sans kufr akbar –, mais une autre partie de cette racine – partie également importante – est constituée de kufr asghar / dhalâl / kabîra par rapport aux croyances.
Quant à la personne mu'min qui a des erreurs de croyances de niveau ijtihâdî seulement, chez elle ce sont des ramifications de la racine qui sont en mauvais état.)

En tous cas, dans le cas de l'homme qui est kâfir bi kufr akbar, la racine est dans son ensemble de kufr akbar, mais une partie de celle-ci peut être de îmân.

– Que la racine d'une tel homme soit malgré tout de kufr akbar et qu'il n'ait même pas asl ul-îmân, nous l'avons prouvé en début d'article.

– Qu'une partie de la racine d'une telle personne soit de îmân, en voici la preuve : Dieu dit : "Et la plupart d'entre eux n'apportent pas foi en Dieu sauf en étant (en même temps) polythéistes" (Coran 12/106). Ici le terme "yu'minu" a été employé, mais cette part de îmân n'est pas suffisante pour qu'il n'y ait plus un kufr akbar. Cette part de îmân n'est pas suffisante pour qu'il y ait le minimum de foi voulu, asl ul-îmân. Cependant, on dit que ce kufr akbar là est malgré tout moins épais – ghalîzh – que l'autre kufr akbar qu'est l'athéisme, qui, lui, ne reconnaît même pas l'existence de Dieu.

On dit que au sein du "kufr akbar", il y a "des voiles plus épais que d'autres" – "kufr aghlaz min kufr". Plus la part de kufr akbar est importante et la part de îmân congrue, plus le kufr akbar est ghalîz, épais. Dans tous ces cas cela reste néanmoins du kufr akbar.

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Ceci explique le verset suivant : "Et Si Dieu ne repoussait pas certains hommes par d'autres, des monastères, des églises, des synagogues et des mosquées, où le Nom de Dieu est souvent invoqué, seraient détruites" (Coran 22/40, d'après le commentaire selon lequel, d'une part, la proposition "où le Nom de Dieu est souvent invoqué" est subordonnée à tous les noms précédents, et donc également aux trois premiers lieux mentionnés et non pas seulement au nom "les mosquées" (Tafsîr ul-Jalâlayn) et, d'autre part, la venue de Muhammad a déjà eu lieu – "ba'da-n-naskh wa-t-tabdîl" : Al-Jawâb us-sahîh 1/239).

Commentant ce verset, Ibn Taymiyya cite un propos de adh-Dhahhâk ("Innallâha yuhibbu an yudhkara-s'muhû, wa in kâna yushraku bih"), puis le commente ainsi : "(Adh-Dhahhâk) veut dire (par là) : "Celui qui est Polythéiste (al-mushrik bihî) est meilleur [= plus proche de la vérité] que celui qui est Athée ("al-mu'attil ul-jâhid"). Et les Gens du Livre (qui sont kâfir) sont meilleurs [= plus proches de la vérité] que ceux qui sont Polythéistes ("al-mushrikîn")." Nous avons déjà souligné le fait que lorsque les Perses et les Byzantins se faisaient la guerre et que les Perses vainquirent les Byzantins, cela déplut aux Compagnons du Prophète, qui déplorèrent cette victoire des Perses sur les Chrétiens. Ceci car par rapport aux croyances que Dieu (agrée), les Chrétiens sont plus proches que les Zoroastriens. Or les prophètes sont envoyés avec comme principe de réaliser les biens et de tendre à leur perfection, à annihiler les maux et à les diminuer (taqlîl), à donner préférence au meilleur des deux biens sur le moins bon des deux, selon la possibilité, et à repousser le pire des deux maux par le moins mauvais des deux" (Al-Jawâb us-sahîh, 1/240 : "قال الضحاك: "إن الله يحب أن يذكر اسمه وإن كان يشرك به". يعني أن المشرك به خير من المعطل الجاحد الذي لا يذكر اسم الله بحال، وأهل الكتاب خير من المشركين. وقد ذكرنا أنه لما اقتتل فارس والروم وانتصرت الفرس ساء ذلك أصحاب رسول الله - صلى الله عليه وسلم - وكرهوا انتصار الفرس على النصارى؛ لأن النصارى أقرب إلى دين الله من المجوس. والرسل بعثوا بتحصيل المصالح وتكميلها وتعطيل المفاسد وتقليلها، وتقديم خير الخيرين على أدناهما حسب الإمكان، ودفع شر الشرين بخيرهما"). En effet, lorsqu'ils étaient encore à la Mecque et que la guerre faisait rage entre les Byzantins de Héraclius et les Perses de Khosrô II Parwîz, le Prophète (sur lui la paix) et ses Compagnons souhaitaient la victoire des Byzantins chrétiens sur les Perses adorateurs de feu, alors que les idolâtres mecquois souhaitaient exactement l'inverse. Ibn Abbâs précise que cela était dû au fait que les Perses étaient, comme les Mecquois, polythéistes (rapporté par at-Tirmidhî, n° 3193 ; voir aussi n° 3194).

Ibn Taymiyya écrit encore : "Celui qui a réfuté la venue de la résurrection tout en croyant que ce monde est créé (hudûthu hâdha-l-'âlam), Dieu l'a déclaré kâfir. Celui qui réfute la (résurrection) en croyant que ce monde est pré-éternel (qidam ul-'âlam), celui-là est d'un kufr plus grand encore, auprès de Dieu (a'zamu kufran 'indallâh).
Ceci est comparable au fait que lorsque le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, a interdit à sa Umma de faire comme les Perses Zoroastriens et les Romains Chrétiens, le fait qu'il soit interdit de faire comme les Polythéistes Romains ou Grecs et les Polythéistes Indiens, cela est plus accentué et plus accentué encore. Et lorsque ce qui est entré d'imitation des Juifs et des Chrétiens, des Perses et des Romains, chez certains Musulmans, cela est blâmable auprès de Dieu et de Son Messager, alors ce qui est entré (chez certains Musulmans) d'imitation des Polythéistes Grecs, Indiens, Turcs et autres nations, qui sont encore plus éloignés des (enseignements de) l'islam que le sont les Gens du Livre, les Perses et les Romains, cela mérite encore plus d'être blâmable auprès de Dieu, et que son caractère blâmable soit encore plus grand que celui de (l'autre imitation)"
(MF 17/291-292).

Il écrit de même :
"واعلم أن الكفر بعضه أغلظ من بعض.
فالكافر المكذب أعظم جرما من الكافر غير المكذب: فإنه جمع بين ترك الإيمان المأمور به وبين التكذيب المنهي عنه.
ومن كفر وكذب وحارب الله ورسوله والمؤمنين بيده أو لسانه أعظم جرما ممن اقتصر على مجرد الكفر والتكذيب.
ومن كفر وقتل وزنى وسرق وصد وحارب كان أعظم جرما.
كما أن الإيمان بعضه أفضل من بعض والمؤمنون فيه متفاضلون تفاضلا عظيما وهم عند الله درجات، كما أن أولئك دركات"
(MF 20/87).

Lorsque, en France par exemple, des gens dont les parents et les grands-parents étaient musulmans deviennent chrétiens ou athées parce qu'ils manquent de connaissances et se laissent séduire par des prédications ou des mises en doute, il s'agit, dans notre regard, d'un abandon de la "imân" pour le "kufr akbar". Cela nous attriste terriblement.
Mais, parallèlement, lorsque des gens dont les parents et les grands-parents étaient chrétiens de croyance (et croyaient en Dieu, même avec les croyances d'Incarnation et de Trinité) deviennent agnostiques ou athées, cela nous attriste également beaucoup, car consistant en l'abandon d'un "kufr akbar" pour un "kufr akbar aghlaz minh".

Approuve le propos de adh-Dhahhâk qui a été suscité et a été approuvé par Ibn Taymiyya ("Innallâha yuhibbu an yudhkara-s'muhû, wa in kâna yushraku bih"), la phrase que nous soulignons, au sein du passage coranique suivant : "Et lorsqu'ils [= les Polythéistes mecquois] dirent : "O Dieu, si cela est la vérité venant de Toi, fais pleuvoir sur nous des pierres du ciel ou fais venir un châtiment douloureux !" (Or) Dieu n'est pas à les châtier [d'un châtiment terrestre de destruction complète] alors que tu te trouves parmi eux. Et Dieu n'est pas à les châtier [d'un châtiment terrestre de destruction complète] alors qu'ils (Lui) demandent pardon. (Pourtant) qu'auraient-ils à ce que Dieu ne les châtie pas, alors qu'ils empêchent [les croyants de se rendre] à la Mosquée Sacrée, alors qu'ils ne sont pas ceux qui (méritent de) la gérer ; ceux qui (méritent de) la gérer sont les pieux. Mais la plupart d'entre eux ne savent pas" (Coran 8/32-34). Ibn Abbâs explique ce verset par le fait que les Mecquois polythéistes avaient l'habitude de demander pardon à Dieu pendant qu'ils faisaient la circumambulation de la Kaaba (Lubâb un-nuqûl, 'an Abî Hâtim). Cela ne suffisait pas à les faire sortir du polythéisme et à leur faire bénéficier du pardon de Dieu à propos de leur idolâtrie, puisque, simultanément à cette demande de pardon à Dieu, ils continuaient à adorer des idoles ; or Dieu ne pardonne pas qu'on Lui donne des associés (Coran 4/116), sauf bien sûr si on s'en repent (Coran 25/68-71). Pourtant, Dieu souligne ici que cette demande de pardon qu'ils Lui adressaient leur apportait malgré tout comme bénéfice qu'Il ne les détruisait pas en ce monde bien qu'ils Lui avaient fait une invocation en ce sens et bien qu'ils le méritaient par leurs mauvaises croyances et actions (Bayân ul-qur'ân).

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IX) Ceux qui seront morts avec une croyance de kufr akbar, leurs actions extérieures (furû') seront malgré tout prises en considération, le Jour du jugement :

Pour les croyances, nous en avons parlé au point précédent.

Et pour les actions extérieures, alors ? Le kâfir sera-t-il rétribué dans l'au-delà pour les actions de bien qu'il faisait sur terre, telles que agir en bien avec sa parenté, nourrir le nécessiteux, assister les hommes dans la détresse, etc. ?

D'après des ulémas, effectivement, celui qui sera mort kâfir mais ayant fait ce genre d'actions de bien, ces actions lui seront également pesées le Jour du Jugement : elles ne pourront pas peser plus lourd que sa croyance de kufr akbar, mais elles seront néanmoins la cause d'un châtiment moindre (bien que lui aussi perpétuel, à cause du kufr akbar) que celui qui touchera celui qui sera mort kâfir sans avoir fait autant d'actions de bien.
Parallèlement, celui qui sera mort kâfir en ayant, en plus, fait des actions de mal, celui-là aura un châtiment plus lourd encore que celui qui touchera celui qui sera mort kâfir sans avoir fait autant d'actions de mal. Il peut s'agir d'actions de mal concernant les droits de Dieu (comme l'adultère), ou concernant les droits d'autrui (comme des coups portés à autrui, le fait d'avoir tué autrui, etc.).
(Cf. At-Tadhkira, al-Qurtubî, 1/5-8 ; Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar, 11/525 ; 13/660.)

Par ailleurs, si celui qui est mort kâfir mais ayant fait des actions de bien aura également lésé des personnes sur terre, il se pourra que ses bonnes actions servent à dédommager ses victimes (Fat'h ul-bârî 13/660).

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X) Celui qui est mort avec la foi agréée par Dieu mais en ayant également fait des actions de mal pour lesquels il n'a pas demandé pardon à Dieu, celui-là...

... celui-là est passible (sauf si Dieu lui accorde le Pardon) d'un châtiment dans la Géhenne. Cependant, ce châtiment ne sera pas perpétuel. Lire notre article sur le sujet.

Cela concerne non seulement le musulman mais aussi le juif d'avant la venue de Jésus, ainsi que le chrétien d'avant la venue de Muhammad et n'ayant pas adopté la croyance de divinisation de Jésus (sur tous les prophètes soit la paix).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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