Que signifie "avoir le dîn kâmil" ("le dîn complet") ?

Question :

J'ai entendu un discours d'un frère du Tablîgh dans lequel il était dit qu'il faut nécessairement pratiquer toute bonne action qui figure dans les hadîths, sinon on n'a pas "le dîn kâmil", "le dîn complet".

Donc si je pratique tout ce qui est obligatoire et m'abstiens de tout ce qui est interdit, mais ne pratique pas une ou quelques actions qui sont simplement recommandées, mon dîn sera qualifié d'incomplet ?

Si on doit tout pratiquer pareil, pourquoi y a-t-il alors une distinction entre ce qui est obligatoire et ce qui est seulement recommandé, sous peine d'avoir un dîn incomplet ?

Qu'est-ce donc réellement que "avoir le dîn kâmil" qu'on entend si souvent dans les discours du Tablîgh ?

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Réponse :

Nous allons aborder ce sujet en plusieurs points...

D'ores et déjà, sachez que la réponse à votre première question est : "Non" (elle figure dans le point 4, ci-après)...

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1) Un verset coranique qui traite de la racine, de la ramure et des fruits :

Le Dîn (comme la foi, Îmân) d'une personne est comparable à un arbre :
il y a la racine (Ussûl) ;
et il y a le tronc et les branches (Furû').

– Ensuite, la racine (al-Ussûl) de l'arbre comporte une partie essentielle (c'est le Asl qui sera évoqué au point 2), une partie importante et, enfin, des petites racines, secondaires.
– Pour sa part, le reste de l'arbre (al-Furû') est constitué du tronc (la base relève elle aussi du Asl, qui sera évoqué en 2), des branches les plus importantes et puis des branches ramifiées, sans oublier les feuilles et les fruits.

Dieu, dans le Coran, a justement dit : "أَلَمْ تَرَ كَيْفَ ضَرَبَ اللّهُ مَثَلاً كَلِمَةً طَيِّبَةً كَشَجَرةٍ طَيِّبَةٍ أَصْلُهَا ثَابِتٌ وَفَرْعُهَا فِي السَّمَاء {14/24} تُؤْتِي أُكُلَهَا كُلَّ حِينٍ بِإِذْنِ رَبِّهَا وَيَضْرِبُ اللّهُ الأَمْثَالَ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ {14/25" : "N'as-tu pas vu comment Dieu a cité en parabole une parole bonne, pareille à un arbre bon, dont la racine est ferme et la ramure (s'élève) dans le ciel, et qui, avec la permission de son Seigneur, donne à tout instant ses fruits ? Et Dieu cite (ainsi) des paraboles pour les hommes, afin qu'ils se rappellent" (Coran 14/24-25).

– La racine de l'arbre de la foi et du dîn est constituée des croyances (Ussûl).
– La ramure représente les actions extérieures de la foi et du dîn (Furû'), qui sont élevées.
– Quant aux fruits (Ukul), ils sont les récompenses et les bénédictions que Dieu accorde à la personne par rapport à cette racine et à ces branches (Tafsîr ul-Jalâlayn, Bayân ul-qur'ân).

– C'est en désignant certains des Ussûl de la foi et du dîn que, à la question "Qu'est-ce que la foi ?", le Prophète a répondu ceci : "La foi est que tu croies en Dieu, en (l'existence de) Ses anges, en Ses livres, en Ses Messagers, au Jour dernier et en la Prédestination, que bien et mal ont été prédestinés" (al-Bukhârî et Muslim).

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2) D'un autre côté, il existe le Minimum du dîn (Asl ud-dîn) et la Complétion du dîn (Kamâl ud-dîn) :

Le terme "dîn" désigne ici le fait d'adhérer à la voie agréée par Dieu et de pratiquer tout ce que Dieu agrée (soit les sens A et B de ce terme, tels que définis dans l'article traitant de cela).

Dans le rapport d'une personne au dîn (c'est-à-dire dans le fait pour elle de faire ce que le dîn enseigne, aussi bien en termes de croyances, de qualités que d'actions visibles), il existe deux niveaux :

le Asl ud-dîn (le Minimum du dîn) : ce qui est requis pour qu'on ait en soi le "minimum de dîn" et qu'on ne soit donc pas dans le kufr akbar et qu'on n'ait pas non plus en soi fût-ce une seule branche de kufr akbar ; cela constitue :
--- une partie des Ussûl ud-dîn évoqués au point 1 : la partie essentielle ;
--- la base du tronc (Furû' ud-dîn).

le Kamâl ud-dîn (la Complétion du dîn) : les croyances et qualités à adopter, ainsi que les actions à accomplir, pour "avoir" le reste du dîn ; c'est à cela que correspond l'expression que vous reprendrez : "avoir le dîn kâmil" (le dîn complet) ; cela se compose donc :
--- d'une partie des Ussûl ud-dîn (la partie importante ainsi que les petites racines secondaires)
--- et de la quasi-totalité des Furû' ud-dîn évoqués en 1.

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Deux loups affamés lâchés dans (un troupeau) d'animaux (ovins et caprins) n'y feront pas autant de ravages que l'amour de l'homme pour le bien matériel et pour la gloire en font sur son dîn" (rapporté par at-Tirmidhî, n° 2376). On voit bien, dans ce propos, l'emploi du terme "dîn" ; il y est dit que l'amour que l'homme a pour les biens matériels ou pour la gloire peut, si prenant de trop grandes proportions, le conduire à des manquements dans son dîn : soit qu'il en vient à négliger des actions obligatoires, soit qu'il en vient à faire des choses interdites ; et soit cela va jusqu'à le priver du asl ud-dîn (qui est aussi chose obligatoire, et qu'il peut délaisser pour ne pas perdre certains intérêts matériels qu'il a, ou par crainte d'une déconsidération sociale), soit cela le prive du kamâl ud-dîn (parce que l'attrait pour les biens matériels l'amène à manquer des prières obligatoires, par exemple, ou parce que l'amour pour la gloire le conduit à faire des actions interdites pour éléminer ceux qui le gênent).

(Par rapport à ce kamâl ud-dîn que nous évoquons ici, seules bien sûr sont à considérer les actions dont les conditions d'applicabilité sont réunies. N'entrent donc pas en considération les actions qui sont bien mentionnées dans les textes mais dont l'applicabilité est liée à la réalisation d'une ou d'un certain nombre de choses (asbâb, shurût, 'illa), quand on se trouve dans une situation où l'absence de ces choses fait que ces actions sont justement inapplicables (cliquez ici, ici, ici et ici pour avoir des exemples).)

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3) En recoupant ce que nous avons vu en 1 et ce que nous avons vu en 2 :

D'un côté, sans la partie fondamentale (Asl ud-dîn), l'arbre n'existe pas du tout (dîn ma'dûm).
Ainsi en est-il du fait de ne pas avoir du tout les croyances fondamentales (cliquez ici et ici : ce dernier article montre qu'il est des actions extérieures qui sont la preuve qu'on n'a pas ces croyances fondamentales, et qui sont donc "des actes de kufr akbar").
Ainsi en est-il également (du moins d'après l'un des 2 avis) de n'avoir jamais prononcé le témoignage de foi.
Un tel manquement constitue du "kufr akbar", également désigné par le terme "kufr" utilisé de façon inconditionnelle (mutlaqan). (Parfois, chez certains de ceux qui adhèrent au message, il se peut cependant que ce grave manquement soit dû à une ignorance ou à une mauvaise compréhension : tant que l'explication suffisante n'a pas été donnée à un homme de ce genre, on ne le traite pas de kâfir : lire notre article consacré à iqâmat ul-hujja.)

D'un autre côté, si l'arbre reste limité à une racine et ne connaît pas de ramure (soit il n'a même pas de tronc, soit il en a un mais n'a pas de branches, soit il n'a pas de feuilles, soit il ne donne pas de fruits), il est gravement incomplet (dîn nâqis).
Ainsi en est-il de négliger de pratiquer des actions qui sont obligatoires, ou de commettre des actions qui sont interdites (cliquez ici et ici). Un tel manquement constitue du "fisq asghar", également appelé : "kufr asghar".
On peut proposer que le tronc de l'arbre soit constitué des 4 piliers de l'islam : les 5 prières rituelles quotidiennes, l'aumône obligatoire, le jeûne du ramadan et le pèlerinage à La Mecque une fois dans sa vie.

Enfin, il existe aussi l'arbre qui possède la partie essentielle de la racine, mais pas la partie importante de cette racine.
Ceci revient au fait d'avoir Aslu ud-dîn mais d'avoir aussi certaines croyances qui sont déviantes – dhalâl ghayr kufr – par rapport à ce que Dieu agrée : il y a alors des manquements dans Kamâlu ussûl id-dîn : ce dîn est lui aussi gravement incomplet : dîn nâqis. Ce manquement dans la partie importante de la racine constitue lui aussi du kufr asgharfisq asghar / dhalâl /kabîra par rapport aux croyances.

– Et puis il est certaines croyances qu'il est facultatif d'avoir : est-ce Khadîja ou Marie qui est meilleure ? etc.

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4) Or ce qu'il ne faut pas oublier c'est qu'il existe en fait 2 niveaux de kamâl ud-dîn (par rapport aux actions extérieures, et aussi par rapport à certaines croyances très détaillées) :

La complétion du dîn (kamâl ud-dîn) se subdivise en effet en :
– kamâl ud-dîn al-wâjib : la complétion du dîn qui est obligatoire ("wâjib" ayant été employé ici dans son sens premier de "obligatoire", et non par distinction avec "fardh");
– kamâl ud-dîn al-mustahabb : la complétion du dîn qui est seulement recommandée (même remarque que précédemment).

Ibn Taymiyya écrit ainsi : "Les gens de la Sunna et de la Jamâ'a disent : Toutes les bonnes actions, celles qui sont obligatoires et celles qui sont recommandées, font partie de la foi : c'est-à-dire "de la foi qui est complète par les actions recommandées" ; pas [systématiquement] "de la foi obligatoire" : on fera la distinction entre "la foi obligatoire" et "la foi qui est complète par les actions recommandées. (…) Le terme "kamâl" désigne tantôt "al-kamâl al-wâjib", et tantôt "al-kamâl al-mustahabb"" (MF 7/197-198 ; Kitâb ul-îmân al-kabîr, p. 173).

Evoquant le fait que toutes les bonnes actions sont des branches de la foi, Ibn Taymiyya écrit également : "Si quand ces (bonnes actions) ne sont pas (accomplies) il a été nié [dans un verset du Coran ou dans un hadîth] (que la personne a) la foi, cela indique que ces (bonnes actions) sont obligatoires. Et si la valeur de la foi de la personne qui fait ces (bonnes actions) a été mentionnée (mais) qu'il n'a pas été nié que cette (personne) a la foi, cela indique que ces (bonnes actions) sont recommandées" (MF 7/6-7 ; Kitâb ul-îmân al-kabîr, p. 15).

Or, par ailleurs, Ibn Taymiyya a aussi écrit ceci : "Les amis de Dieu sont de deux niveaux (tabqa) : Sâbiqûn Muqarrabun, et As'hâbu yamin Muqtassidûn ; Dieu les a évoqués en plusieurs endroits de Son Livre honoré (…)" (MF 11/176).
Un peu plus loin il écrit :
"Les Ab'râr As'hâb ul-yamîn sont ceux qui se rapprochent de Lui par ce qui est obligatoire : ils font ce que Dieu a rendu obligatoire sur eux et délaissent ce qu'Il leur a interdit, et ne se chargent pas d'effectuer les choses recommandées (mandûbât), ni ne se retiennent de ce qui, parmi les choses mubâh, sont superflues (fudhûl).
Quant aux Sâbiqûn Muqarrabûn, ils se sont rapprochés de Lui par les nawâfil après les farâ'ïdh : ils ont fait les actions obligatoires ainsi que celles qui sont recommandées (mustahabbât), et ils ont délaissé les choses interdites ainsi que les choses déconseillées (mak'rûhât [tanzîhiyya]"
(MF 11/179-180).

Les actions dont parle Ibn Taymiyya sont bien sûr les actions visibles, mais aussi les actions du cœur autres que les seules croyances : Ibn Taymiyya écrit ainsi : "Ces gens ont fait une erreur dans deux principes.
La première (erreur) est qu'ils ont pensé que la foi est seulement pure croyance (tasdîq) et connaissance, avec laquelle il n'y a pas 'amal, hâl, haraka, irâda, mahabba et khash'ya dans le cœur.
[Alors que] les actions du cœur, que certains soufis nomment "ahwâl", "maqâmât", "manâzil us-sâ'ïrîna il-Allâh, "maqâmât ul-'ârifîn" ou chose semblable, tout cela, parmi elles il en est qui font partie de ce que Dieu et Son Messager ont rendu obligatoires : elles font donc partie de la foi obligatoire ; et il en est qui font partie de ce qu'Il aime sans l'avoir rendu obligatoire : elles font donc partie de la foi recommandée. Les premières, chaque croyant en a besoin ; et qui se contente de cela fait partie des Ab'râr As'hâb ul-yamîn. Les secondes sont pour les Muqarrabûn Sâbiqûn"
(MF 7/189 ; Kitâb ul-îmân al-kabîr, p. 167).
"Parmi les erreurs des Murji'ites : le fait qu'ils ont pensé que ce qui se trouve dans le cœur comme foi, cela n'est que croyance seulement, et non actions du cœur" (MF 7/203 ; Kitâb ul-îmân al-kabîr, p. 178).

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5) Le jour du jugement, il y aura certaines personnes qui se présenteront avec soit une absence totale de kamâl ul-îmân al-wâjib, soit un manquement dans ce kamâl ul-îmân al-wâjib, et à qui Dieu n'accordera Son Pardon qu'après les avoir envoyées temporairement dans la Géhenne :

Le Prophète (sur lui soit la paix) (d'après ce qu'ont relaté de lui Abû Sa'îd, Anas ibn Mâlik et Abû Hurayra) a décrit ces scènes du jugement et d'après, avec les différents types de personnes de sa Communauté :

a) Qui se présentera avec la foi complète et sera, par la Grâce de Dieu, admis directement au Paradis ("حتى إذا خلص المؤمنون من النار، فوالذي نفسي بيده، ما منكم من أحد بأشد مناشدة لله في استقصاء الحق من المؤمنين لله يوم القيامة لإخوانهم الذين في النار، يقولون: ربنا كانوا يصومون معنا ويصلون ويحجون، فيقال لهم: أخرجوا من عرفتم" : M 183/302, 'an AS).

b) Qui se présentera avec, dans le cœur, de foi :
--- le poids d'une pièce d'or (مثقال دينار من إيمان) ;
--- le poids d'une demi-pièce d'or (مثقال نصف دينار) ;
--- le poids d'un grain d'orge (مثقال شعيرة من إيمان) ;
--- le poids d'un grain de moutarde (مثقال خردلة من إيمان) ;
--- le moindre poids d'un grain de moutarde (أدنى أدنى أدنى مثقال حبة خردل من إيمان) ;
--- le poids d'un grain de poussière (مثقال ذرة من إيمان).
Si Dieu ne leur aura pas accordé de Pardon immédiatement, ils seront punis temporairement dans la Géhenne, puis Dieu acceptera qu'ils en soient sortis, suite à différentes intercessions de leur prophète de référence, des autres croyants, et des anges (comme cela est dit dans ces hadîths).

Qui, enfin, se présentera avec seulement le minimum de foi, sans aucune action de bien ("فأقول: يا رب ائذن لي فيمن قال لا إله إلا الله، فيقول: وعزتي وجلالي، وكبريائي وعظمتي لأخرجن منها من قال لا إله إلا الله" / il y a aussi cette version : "فيقول الجبار: بقيت شفاعتي، فيقبض قبضة من النار، فيخرج أقواما قد امتحشوا، فيلقون في نهر بأفواه الجنة" / et également cette autre : "فيقول الله عز وجل: شفعت الملائكة، وشفع النبيون، وشفع المؤمنون، ولم يبق إلا أرحم الراحمين، فيقبض قبضة من النار، فيخرج منها قوما لم يعملوا خيرا قط قد عادوا حمما، فيلقيهم في نهر في أفواه الجنة يقال له: نهر الحياة، فيخرجون كما تخرج الحبة في حميل السيل، ألا ترونها تكون إلى الحجر، أو إلى الشجر، ما يكون إلى الشمس أصيفر وأخيضر، وما يكون منها إلى الظل يكون أبيض؟ " فقالوا: يا رسول الله، كأنك كنت ترعى بالبادية، قال: " فيخرجون كاللؤلؤ في رقابهم الخواتم، يعرفهم أهل الجنة هؤلاء عتقاء الله الذين أدخلهم الله الجنة بغير عمل عملوه، ولا خير قدموه").
Eux, Dieu les fera sortir de la Géhenne sans accepter l'intercession de personne à leur sujet.
Ce dernier type de personnes aura, sur terre, seulement approuvé ("tasdîq") et adopté ("iltizâm") les croyances essentielles (Fat'h ul-bârî 1/140), sans que ce minimum ait engendré de "fruit" (Ibid. 11/555). Ce type de personnes aura donc eu le minimum de foi seulement (asl ul-îmân).

Quant aux différents "poids" de foi avec lesquels les autres types de personnes se présenteront, ils représentent les différentes branches obligatoires de la foi (furû' ul-îmân al-wâjiba), celles-ci s'inscrivant dans le cœur.

Ibn Hajar a cité ainsi :
- l'augmentation de la certitude sur les éléments de croyance ("izdiyâd ul-yaqîn")
- la sérénité de l'âme dans la foi ("tuma'nînat un-nafs"),
- les actions extérieures faites avec sincérité ("al-'amal as-sâlih") (Fat'h ul-bârî 11/555).

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6) Dès lors :

– Celui qui possède la partie essentielle du Dîn (Aslu ud-dîn) mais qui, au niveau de sa pratique, a des manquements par délaissement de certaines actions obligatoires ou par commission d'actions interdites, on ne peut pas dire de lui : "Il n'a pas le dîn !" / "Dans telle famille il n'y a pas le dîn !".
Le fait est que, comme Ibn Taymiyya l'a écrit, la posture de l'orthodoxie sunnite à propos du croyant qui fait des péchés est qu'elle "ne retire pas de façon inconditionnelle le nom [îmân], et ne l'attribue pas (non plus) de façon inconditionnelle ; (mais) nous disons : "Il est mu'min à la foi incomplète" ou "mu'min faisant des péchés" ou "mu'min par sa îmân, fâssiq par sa kabîra"" (Majmû' ul-fatâwâ 7/673). On ne devrait donc pas lancer des : "Il n'a pas le dîn !", mais plutôt constater : "Il n'a pas le dîn kâmil !" Nuance.

Quant à celui qui possède toute la racine de la foi (Ussûl ud-dîn) et qui, au niveau de sa pratique, a les actions qui sont obligatoires sur lui et s'abstient de ce qui est interdit pour lui (Kamâl ud-dîn al-wâjib), mais ne pratique pas une ou des actions qui sont de niveau recommandé (mustahabb) seulement, ou fait une ou des actions qui sont de niveau "légèrement déconseillé' (mak'rûh tanzîhî) seulement, celui-là on ne peut même pas dire de lui : "Il n'a pas le dîn kâmil", de façon inconditionnelle (mutlaqan).
Le fait est qu'un tel personnage a aussi le dîn kâmil ; mais il s'agit du dîn kâmil al-wâjib.
Si on dit chose de ce genre à son sujet, on doit donc seulement dire : "Il n'a pas le dîn kâmil bi kamâlihi-l-mustahabb".

Or c'est ici qu'il y a un flou que certains frères entretiennent (sans doute sans s'en rendre compte) : invitant à pratiquer chaque action prescrite par le Coran ou la Sunna, ils laissent entendre que si quelqu'un délaisse volontairement – en pratique – ne serait-ce qu'une de ces actions, il n'a absolument pas le dîn kâmil.

Le problème provient, on le voit, de l'absence de capacité de distinction entre Kamâl wâjib et Kamâl mustahabb.

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7) Par contre, voici des choses qui ne consistent absolument pas à "avoir le dîn kâmil", de façon inconditionnelle (mutlaqan), et qui présentent donc des manquements par rapport au dîn kâmil wâjib :

– Ce n'est certainement pas "avoir le dîn kâmil" que d'accorder, dans sa pratique, plus d'importance à certaines actions relevant du kamâl mustahabb qu'à certaines autres relevant pourtant du kamâl wâjib. Or c'est malheureusement ce qui se passe trop souvent : on voit trop de personnes qui veillent scrupuleusement à pratiquer certaines actions qui sont mustahabb, telles que s'asseoir avant de boire (ce qui est bien en soi), mais qui se sont focalisées dessus au point de complètement délaisser d'autres actions qui sont obligatoires sur elles, comme préserver autrui du mal de leur langue ou de leurs mains : ces personnes veillent consciencieusement à s'assoir avant de boire, mais si tu leur fais ne serait-ce que de l'ombre, elles n'hésiteront pas à faire tout leur possible pour faire disparaître de leur chemin ce qui gêne leur avancée (cliquez ici pour lire un autre article sur le sujet). Pourtant, si c'est bien le Prophète qui a dit de s'assoir pour boire (mais il fait aussi fait le contraire, pour prouver que ce n'était que recommandé), c'est aussi lui qui a dit : "Le musulman (complet) est celui dont les musulmans restent à l'abri de sa langue et de sa main" / "Le croyant (complet) est celui dont les hommes sont en sécurité par rapport à lui quant à leur vie et leurs biens".

– Ce n'est certainement pas non plus "avoir le dîn kâmil" que de réduire le kamâl ud-dîn al-wâjib à la pratique des actions qui – certes obligatoires – sautent aux yeux (telles que le port de la barbe), et de délaisser d'autres actions également obligatoires mais moins visibles, telles que l'honnêteté dans ses transactions, la purification du cœur de la haine pour la personne qui ne nous a rien fait d'un point de vue strictement shar'î (pas d'un point de vue personnel, car chacun trouve toujours toutes sortes de justifications farfelues pour rationaliser la haine qu'il a pour quelqu'un d'autre et qui n'est en fait motivée que par des intérêts personnels).

– Ce n'est pas non plus "avoir le dîn kâmil" que de respecter, par rapport à une action donnée, certaines des règles obligatoires la concernant et pas d'autres règles tout aussi obligatoires et la concernant également mais qui sont "moins visibles" :
– il y a des cas où ces premières et ces secondes règles sont toutes tafsîlî (cliquez ici) ;
– et il y a d'autres cas où ces premières règles sont tafsîlî et les secondes sont kullî (cliquez ici et ici).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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