Comprendre les différences d'importance existant entre les règles tafsîlî (I)

Quand d'un côté on veut soi-même progresser dans l'islam et on veut que ceux qui nous côtoient progressent, alors que de l'autre côté on regarde la quantité des règles (ahkâm) relatives aux actions les plus diverses de la vie, on prend conscience qu'il est plus que jamais nécessaire de tenir compte des priorités afin de progresser et ne pas faire fausse route, et donc de chercher à découvrir les différents niveaux de caractères des actions. En un mot, on prend alors conscience qu'il faut donner à chaque enseignement la place que les sources elles-mêmes lui ont donnée : pas moins, mais pas plus non plus (le contraire étant de l'exagération, ghuluww fi-d-dîn).

Déjà, en islam les croyances et la spiritualité sont fondatrices par rapport aux actes (cliquez ici).

Ensuite, parmi les actes, ce qui est obligatoire est prioritaire par rapport à ce qui est fortement recommandé, lui-même étant prioritaire par rapport à ce qui seulement conseillé.
De même, se préserver de ce qui constitue un grand péché (kabîra) est prioritaire par rapport à cesser de faire ce qui constitue un petit péché (saghîra / mak'rûh tahrîmî), ceci étant lui-même prioritaire par rapport à ce qui n'est que légèrement déconseillé (mak'rûh tanzîhî).

Même parmi l'ensemble des actions qui sont obligatoires, il en est qui sont plus accentuées que d'autres, et qui doivent donc faire l'objet de notre attention la plus soutenue.
De même, parmi l'ensemble des actions qui sont interdites, il en est qui sont plus accentuées que d'autres, et qui doivent donc faire l'objet de notre vigilance (vis-à-vis de nous-mêmes) la plus accrue.

C'est ce que nous allons développer ci-après...

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1) N'oublions pas la différence de niveaux existant entre l'action qui est de caractère "obligatoire" et celle qui est de caractère "recommandé" ; et entre l'action qui est de caractère "interdit" et celle qui est de caractère "légèrement déconseillé" :

Ce qui est mustahabb (ta'abbudan) doit obligatoirement être considéré ('aqîdatan) : "mustahabb" (et donc comme étant "bien à faire"). Cependant, s'il n'est pas pratiqué ('amalan), aucun reproche ne peut être fait.

Ce qui est mak'rûh tanzîhî (ta'abbudan) doit obligatoirement être considéré ('aqîdatan) : "mak'rûh tanzîhî" (et donc comme étant "mieux à ne pas faire"). Cependant, s'il est fait ('amalan), aucun reproche ne peut être fait.

Dès lors, accorder à des actions qui ne sont que recommandées l'importance et la priorité des actions qui sont nécessaires est une erreur en soi.

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit par 3 fois : "Que périssent ceux qui exagèrent" : "عن عبد الله، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "هلك المتنطعون" قالها ثلاثا" (Muslim, 2670).
Il s'agit bien sûr de ceux qui interdisent ce qui est entièrement autorisé.
Mais il s'agit aussi de ceux qui confèrent un caractère interdit à ce qui n'est que légèrement déconseillé. En effet, commentant ce hadîth, an-Nawawî écrit : "المتنطعون": المتعمقون المشددون في غير موضع التشديد"" : "ceux qui font preuve d'excès (muta'ammiqûn), d'intransigeance (mutashaddidûn) là où il n'y a pas [à la lumière des textes du Coran et de la Sunna] d'intransigeance" (Riyâdh us-sâlihîn, sur 144).

Cheikh Thânwî dit ainsi : "Je ne dis pas que le mustahabb est bid'a. Je dis que considérer le (mustahabb) nécessaire, cela est bid'a. Si quelqu'un se met à considérer le mustahabb comme étant wâjib, cela n'est-il pas bid'a ?" Ensuite il rappelle : ""Nécessaire", "wâjib", cela a le même sens". Puis il dit : "Considérer ce qui n'est pas lâzim comme étant lâzim est une bid'a dhalâla. Faire des reproches à celui qui le délaisse ou s'en abstient renforce encore plus le caractère de bid'a" (Fiqh-é hanafî ké ussûl-o-dhawâbit, p. 124).

Quand on voit que, à cause de cette importance excessive accordée à des actions qui ne sont en réalité que recommandées, on s'est focalisé sur ces actions et on s'est mis à donner moins d'importance – dans sa pratique – à des actions qui, elles, sont obligatoires ou dont se préserver est obligatoire, on comprend mieux la sagesse de ces mises en gardes du Prophète.

Voici un exemple du fait de veiller à faire quantité d'actions recommandées, sans se préserver d'une action interdite :
"عن أبي هريرة، قال: قال رجل: "يا رسول الله، إن فلانة يذكر من كثرة صلاتها، وصيامها، وصدقتها، غير أنها تؤذي جيرانها بلسانها." قال: "هي في النار." قال: "يا رسول الله، فإن فلانة يذكر من قلة صيامها، وصدقتها، وصلاتها، وإنها تصدق بالأثوار من الأقط، ولا تؤذي جيرانها بلسانها." قال: "هي في الجنة""
Quelqu'un vint trouver le Prophète et lui dit : "O Messager de Dieu, telle dame, on parle de la quantité de ses prières [surérogatoires], de ses jeûnes [surérogatoires] et de ses aumônes [surérogatoires], sauf qu'elle fait du tort à ses voisins par sa langue." Le Prophète fit : "Elle sera dans le feu."
L'homme poursuivit : "Et telle dame, on parle de la petite quantité de ses jeûnes [surérogatoires], de ses aumônes [surérogatoires] et de ses prières [surérogatoires] ; [mais] elle donne en aumône des morceaux de aqit [= sorte de caillé] et ne fait pas de tort à ses voisins par sa langue." Le Prophète fit : "Elle sera dans le paradis" (Ahmad, 9675 ; également cité dans Mishkât ul-massâbîh, 4992).

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Une objection est parfois ici formulée :

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit qu'un homme (et dans un autre hadîth : une femme de mauvaise vie) a vu tous ses péchés être pardonnés par Dieu pour avoir simplement donné à boire à un chien assoiffé :
"عن أبي هريرة رضي الله عنه: أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "بينا رجل يمشي، فاشتد عليه العطش، فنزل بئرا، فشرب منها، ثم خرج فإذا هو بكلب يلهث يأكل الثرى من العطش، فقال: لقد بلغ هذا مثل الذي بلغ بي، فملأ خفه، ثم أمسكه بفيه، ثم رقي، فسقى الكلب، فشكر الله له، فغفر له." قالوا: يا رسول الله، وإن لنا في البهائم أجرا؟ قال: "في كل كبد رطبة أجر" (al-Bukhârî, 2234, Muslim 2244).
"عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "غفر لامرأة مومسة، مرت بكلب على رأس ركي يلهث، قال: كاد يقتله العطش، فنزعت خفها، فأوثقته بخمارها، فنزعت له من الماء، فغفر لها بذلك" (al-Bukhârî, 3413).

"On voit que la plus petite action a également son importance !"

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La réponse est comme suit :

Personne n'a dit de ne pas pratiquer des actions ta'abbudî qui peuvent paraître de moindre importance que certaines autres !
Au contraire, Dieu peut accorder Son pardon pour une action mustahabb qu'on aura faite. Ainsi, Dieu accorda Son Pardon à un homme pour le seul fait qu'il enleva une branche épineuse du chemin des hommes : "عن أبي هريرة: أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "بينما رجل يمشي بطريق وجد غصن شوك على الطريق فأخره، فشكر الله له فغفر له" (al-Bukhârî, 624, Muslim, 1914).

Ce qui a été dit c'est de ne pas se focaliser sur les actions ta'abbudî mustahabb alors même qu'on ne se soucie pas (ou très peu) de pratiquer des actions ta'abbudî wâjib, ou de se préserver d'actions harâm ou mak'rûh tahrîmî !

Car qui a la garantie de se voir accorder le Pardon complet pour une seule action mustahabb qu'il a faite, alors même qu'il commettait par ailleurs de nombreuses actions harâm (telles que le zinâ, comme cette femme évoquée dans ce hadîth) ?
Certes, cela arrive (comme exprimé dans ce hadîth), mais il n'y a pas de règle de ce genre.
Citant le hadîth bien connu relate qu'un homme ayant la croyance voulue a obtenu le Pardon de tous ses péchés pour avoir fait une action : avoir enlevé du chemin des gens une branche épineuse (ce qui est une action recommandée), Ibn Taymiyya écrit en commentaire que ce n'est pas toute personne qui enlève une branche épineuse qui se voit accorder, à cause de cette seule action, la rémission de tous ses péchés, fûssent-ils kabâ'ïr : "وإلا فليس كل بغي سقت كلبا يغفر لها. وكذلك هذا الذي نحى غصن الشوك عن الطريق، فعله إذ ذاك بإيمان خالص، [وإخلاص] قائم بقلبه، فغفر له بذلك. فإن الأعمال تتفاضل بتفاضل ما في القلوب من الإيمان والإخلاص، وإن الرجلين ليكون مقامهما في الصف واحدا، وبين
صلاتيهما كما بين السماء والأرض. وليس كل من نحى غصن شوك عن الطريق يغفر له" (Minhâj us-Sunna, 3/286-288).

Par ailleurs, l'inverse aussi arrive, comme le montrent les autres hadîths suivants :

--- "عن عكرمة بن عمار، قال: حدثني ضمضم بن جوس، قال: قال أبو هريرة سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "كان رجلان في بني إسرائيل متواخيين، فكان أحدهما يذنب، والآخر مجتهد في العبادة، فكان لا يزال المجتهد يرى الآخر على الذنب فيقول: أقصر. فوجده يوما على ذنب فقال له: أقصر. فقال: خلني وربي! أبعثت علي رقيبا؟ فقال: والله لا يغفر الله لك، أو لا يدخلك الله الجنة! فقبض أرواحهما، فاجتمعا عند رب العالمين فقال لهذا المجتهد: أكنت بي عالما، أو كنت على ما في يدي قادرا؟ وقال للمذنب: اذهب فادخل الجنة برحمتي، وقال للآخر: اذهبوا به إلى النار". قال أبو هريرة: والذي نفسي بيده لتكلم بكلمة أوبقت دنياه وآخرته" :
Abû Hurayra relate que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit :
"Il y avait parmi les fils d'Israël deux hommes qui étaient proches amis : l'un faisait des péchés et l'autre faisait des efforts dans la 'ibâda. Celui qui faisait des efforts voyait l'autre faire le péché et n'arrêtait pas de lui dire : "Cesse."
Jusqu'à ce qu'un jour il le vit faire un péché qu'il considéra très grave. Il lui dit alors : "Cesse." L'autre lui dit : "Laisse-moi (cela est entre moi) et mon Seigneur ! Aurais-tu été suscité comme surveillant pour moi ?" L'autre lui dit : "Par Dieu, Dieu ne te pardonnera jamais" ou : "ne te fera jamais entrer dans le paradis."
Dieu reprit leur âme. Ils se retrouvèrent alors auprès du Seigneur des mondes. Il dit alors à celui qui faisait des efforts : "Savais-tu ce que Je ferai, ou avais-tu puissance sur ce qui se trouve en Ma Main ?" Il dit au pécheur : "Entre au paradis par Ma Miséricorde", et Il dit au sujet de l'autre : "Emmenez-le dans le feu""
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Abû Hurayra dit : "Par Celui dans la Main de qui est mon âme, (cet homme) prononça là une parole qui détruisit sa vie d'ici-bas et sa vie dernière !" (Abû Dâoûd, 4901, Ahmad, 7942).
Cette histoire se passa chez les fils d'Israël avant l'abrogation du message de Moïse (donc avant la venue de Jésus et de Muhammad), et aucun de ces deux hommes n'était donc kâfir ; or les péchés qui ne constituent pas du kufr akbar et qui coexistent avec le minimum de foi voulue (asl ul-îmân), Dieu peut les pardonner, comme Il peut infliger à celui qui les a fait un séjour temporaire dans le feu, avant de les admettre au paradis (cliquez ici et ici). Jundub relate que le Prophète a raconté qu'un homme a dit : "Par Dieu, Dieu n'accordera pas Son Pardon à Untel !" et que Dieu Elevé soit-Il a dit : "Qui fait serment par Moi que Je n'accorderai pas le Pardon à Untel ? J'ai accordé le Pardon à Untel et ai annulé tes (bonnes) actions !" (Muslim, 2621).

--- "عن أبي هريرة، قال: خرجنا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم يوم خيبر، فلم نغنم ذهبا ولا فضة، إلا الأموال والثياب والمتاع، فأهدى رجل من بني الضبيب، يقال له رفاعة بن زيد، لرسول الله صلى الله عليه وسلم غلاما، يقال له مدعم. فوجه رسول الله صلى الله عليه وسلم إلى وادي القرى. حتى إذا كان بوادي القرى، بينما مدعم يحط رحلا لرسول الله صلى الله عليه وسلم، إذا سهم عائر فقتله، فقال الناس: هنيئا له الجنة، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "كلا، والذي نفسي بيده، إن الشملة التي أخذها يوم خيبر من المغانم، لم تصبها المقاسم، لتشتعل عليه نارا." فلما سمع ذلك الناس جاء رجل بشراك - أو شراكين - إلى النبي صلى الله عليه وسلم، فقال: " شراك من نار - أو: شراكان من نار" : Mid'am fut touché par une flèche lancée au hasard par l'ennemi alors même qu'il n'était pas combattant et qu'il s'occupait de la monture du Prophète. Alors même que des Compagnons dirent : "Que lui soit agréable le Paradis / le Martyre !", le Prophète (sur lui soit la paix) dit : "Absolument pas ! Le manteau qu'il a pris le jour de Khaybar du butin sans que cela ait été partagé est en train de s'enflammer sur lui" (al-Bukhârî, 6329).

--- Il y a aussi le fait de faire beaucoup d'actions ta'abbudî, mais cela n'a aucun effet sur le cœur : c'est le cas des Kharijites, eux au sujet de qui le Prophète avait dit à ses Compagnons : "L'un de vous déconsidérera (yahqiru) ses prières [surérogatoires] face aux leurs, et ses jeûnes [surérogatoires] face aux leurs. Ils réciteront le Coran, cela ne dépassera pas leurs clavicules. Ils ressortiront du dîn comme la flèche ressort de la proie : on regarde la pointe, on n'y voit rien ; on regarde le bois, on n'y voit rien ; on regarde l'empennage, on n'y voit rien : la (flèche) a traversé matières et sang (…)" (al-Bukhârî, Muslim, etc.). Ceci signifie que leur pratique du dîn ne laissera aucune trace en eux.

Par ailleurs, donner à boire à un chien tellement assoiffé qu'il en est à laper la terre / qu'il est presque mourant de soif, cela n'est pas une action ta'abbudî mustahabb, mais bien une action ta'abbudî wâjib !

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2) N'oublions pas que même entre les actions qui sont toutes obligatoires, il existe différents niveaux d'importance, et donc de priorité. Et que même entre les actions qui sont toutes interdites, il existe différents niveaux de gravité :

Ibn Taymiyya écrit ainsi (il est en train d'expliquer pourquoi, si chaque partie de la Parole de Dieu est excellente, il est certaines parties qui sont plus excellentes encore que d'autres, bien que toutes soient "paroles de Dieu") :
"Le fait que deux paroles soient similaires par rapport à l'identité de celui qui les a prononcées n'empêche pas qu'elles soient différentes par rapport au sujet qui a été évoqué [dans chacune d'elles]. (…) Et la différence existant entre les paroles par rapport au sujet qui y a été évoqué – qu'elle soit information ou impératif – est quelque chose qui est su de par la nature et de par la shar'.
Ainsi, l'information qui comporte la louange de Dieu et Son éloge par Ses Noms les plus beaux : n'est pas comme l'information qui comporte la mention de Abû Lahab, de Pharaon et de Iblîs ; même si [toutes deux] constituent parole importante, magnifiée, que Dieu a prononcée.
De même, l'impératif relatif au monothéisme, à la foi en Dieu et en Son Messager, et autres choses relevant des fondements du dîn que toutes les shar' ont ordonné, [de même que] autres choses comportant l'ordre de pratiquer les grandes choses ordonnées, et l'interdiction d'associer [quelque chose à Dieu], de tuer une âme, de commettre la fornication, et choses comparables, parmi ce que toutes les shar' ont interdites, et le mal qui résulte avec cela : [tout cela] n'est pas comme l'impératif de lécher ses doigts [après avoir mangé] et (celui) d'enlever de la bouchée de nourriture qui est tombée ce qui fait du tort, et l'interdiction de manger plusieurs dattes en même tempsmême si les deux objets de ces impératifs sont obligatoires (wâjib)"
(MF 17/58-59).

On voit Ibn Taymiyya souligner ici que même si les objets de ces différents impératifs formulés par Dieu ou par Son Messager sont tous obligatoires, il ne faut pas croire que les caractères obligatoires soient tous de la même importance. Si tous sont importants – du fait d'être obligatoires – il en est qui sont d'un degré d'importance beaucoup plus élevé que d'autres.

Il en est de même des objets des impératifs négatifs induisant une stricte interdiction : si tous sont interdits, certains ont un degré de gravité beaucoup plus élevé que d'autres. Ainsi, pour reprendre les exemples qu'il a lui-même cités, manger plusieurs dattes en même temps est interdit, mais n'atteint pas le même degré de gravité qu'a la fornication, qui elle-même n'atteint pas le même degré de gravité qu'ont le shirk et le kufr.

Ibn Taymiyya écrit encore : "C'est pour cela que la majorité des fuqahâ' sont d'avis qu'il existe une différence entre les types d'obligation et d'interdiction, et qu'ils ont dit : "L'obligation de l'une de deux actions est parfois plus accentuée que l'obligation de l'autre ; et l'interdiction de l'une [de deux actions] est plus forte que l'interdiction de l'autre ; cette (action)-ci est donc plus importante en obligation ; cette (action)-là est plus importante en interdiction"" (MF 17/59).

Il poursuit en disant qu'
"un groupe parmi les ahl ul-kalâm, comme Ibn 'Aqîl et autre que lui, ont divergé sur le sujet, et ont dit : "La différence n'existe pas dans l'(accentuation de) l'obligation et de l'interdiction, mais dans ce à quoi cela est rattaché : la quantité de récompenses et de punitions.
(Mais) la majorité (des ulémas) disent :
"La différence existe dans ces deux choses. La différence dans les effets est la preuve de la différence dans les causes : le fait que l'une de deux actions, la récompense ou la punition (promise) pour elle soit plus grande [que pour l'autre], cela est la preuve que l'obligation et l'interdiction (de cette action) est plus accentuée (que par rapport à l'autre)"
(MF 17/59).

Abdullâh ibn Omar, questionné par un Irakien quant à savoir si le sang du moustique était impur (d'après une autre version : si le musulman pouvait, en état de sacralisation, ihrâm, tuer une mouche), fit comme réponse : "Regardez celui-là. Il me questionne au sujet du sang du moustique alors qu'ils ont tué le petit-fils du Prophète [= l'ont lâchement abandonné à son sort après l'avoir invité à venir à Kufa]. J'avais entendu le Prophète dire [à propos de al-Hassan et de al-Hussein] : "Ce sont mes deux fleurs parfumées de ce monde"" : "عن ابن أبي نعم، قال: كنت شاهدا لابن عمر، وسأله رجل عن دم البعوض، فقال: ممن أنت؟ فقال: من أهل العراق. قال: انظروا إلى هذا، يسألني عن دم البعوض، وقد قتلوا ابن النبي صلى الله عليه وسلم، وسمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "هما ريحانتاي من الدنيا" (al-Bukhârî 5648), "عن ابن أبي نعم، سمعت عبد الله بن عمر، وسأله عن المحرم؟ قال: شعبة أحسبه يقتل الذباب، فقال: أهل العراق يسألون عن الذباب، وقد قتلوا ابن ابنة رسول الله صلى الله عليه وسلم، وقال النبي صلى الله عليه وسلم: "هما ريحانتاي من الدنيا" (al-Bukhârî, 3543).

Sâlim ibn Abdillâh ibn Omar avait adressé des reproches à des gens connus pour ce déséquilibre dans leur considération des choses. Ils tuaient sans vergogne, puis se souciaient du statut de telle et telle action. Il leur dit : "O gens d'Irak, combien vous questionnez beaucoup au sujet du petit péché et vous commettez beaucoup le grand péché !" :
"عن سالم بن عبد الله بن عمر قال: "يا أهل العراق ما أسألكم عن الصغيرة، وأركبكم للكبيرة!" سمعت أبي عبد الله بن عمر يقول: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "إن الفتنة تجيء من هاهنا" وأومأ بيده نحو المشرق "من حيث يطلع قرنا الشيطان." وأنتم يضرب بعضكم رقاب بعض. وإنما قتل موسى الذي قتل من آل فرعون خطأ، فقال الله عز وجل له: {وقتلت نفسا فنجيناك من الغم وفتناك فتونا}" (Muslim, 2905).

Lire notre article au sujet de la distinction entre grands et petits péchés.

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3) Par ailleurs :

3.1) Il ne faut pas, dans le domaine des 'Ibâdât et dans le fait de pratiquer les Ahkâm Ta'abbudî, en faire trop, croyant bien faire :

Le Prophète a dit : "قال ابن عباس: قال لي رسول الله صلى الله عليه وسلم غداة العقبة وهو على راحلته: «هات، القط لي» فلقطت له حصيات هن حصى الخذف، فلما وضعتهن في يده، قال: «بأمثال هؤلاء، وإياكم والغلو في الدين، فإنما أهلك من كان قبلكم الغلو في الدين" : "Préservez-vous de l'exagération dans le dîn (al-ghuluww fi-d-dîn) ! Car n'a fait périr ceux qui étaient avant vous que l'exagération dans le dîn" (an-Nassâ'ï, 3057).

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3.2) N'oublions pas que, même entre toutes les actions qui sont dûment instituées à propos de quelque chose donné, il existe une différence entre l'action qui constitue l'objectif premier de cette chose, et l'action qui est instituée par rapport à cette chose mais à un degré second :

Il est possible de réciter certains versets coraniques comme ruqya : les hadîths le mentionnent à propos de la sourate al-Fâtiha, à propos de âyat ul-kursî (dont la récitation le soir garantit une protection contre les démons), à propos des trois dernières sourates du texte coranique (leur récitation le soir "est suffisante", soit comme protection, soit comme action de 'ibâda facultative pour cet instant). Mais on ne peut pas développer comme considération (comme le font certains) que c'est là l'objectif du texte coranique.
Cheikh Thânwî
écrit : "Le principe est que la Parole de Dieu n'a pas pour objectif de servir pour la ruqya ; elle est pour la pratique, même si elle fait un effet pour la ruqya. (...) Si on considère que les sciences du Coran et ses normes constituent l'objectif et qu'on reste ferme sur cela, et qu'à un moment, on récite ou on écrit un verset pour la réalisation de quelque chose qui est autorisé, cela n'est pas interdit" (Ashraf ul-'amaliyyât, p. 36).

De même, embellir sa voix lorsqu'on récite le texte coranique est un acte recommandé par le Prophète sans l'ombre d'un doute. Mais on ne peut pas développer comme considération que cela serait le début et la fin de notre rapport au texte coranique. Lire un autre article pour en savoir plus.

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3.3) N'oublions pas la différence de statut entre la règle (hukm) qui est établie de façon "qat'î" et la règle qui fait l'objet d'une divergence "sâ'ïgh" :

Le fait est que le caractère d'un acte qui est obligatoire (ou interdit) de façon qat'î a plus de force que celui d'un acte dont le caractère fait l'objet d'une divergence d'avis ("obligatoire" ou "seulement recommandé") ("interdit" ou "seulement déconseillé") ("interdit" ou "autorisé") avec détermination de la vérité n'étant possible que de façon zannî.

C'est pourquoi al-Marghînânî a écrit d'une part que jouer aux échecs est interdit – c'est l'avis hanafite, cliquez ici – (Al-Hidâya 2/459). Mais d'autre part que celui qui y joue n'est pas une personne dont le témoignage est rejeté, vu qu'"il y a sur le sujet latitude à ijtihâd" ( Al-Hidâya 2/146).

C'est encore pourquoi al-Marghînânî a écrit qu'il est obligatoire pour l'homme de se couvrir, devant toute personne (sauf son épouse), les cuisses et les genoux. Pourtant, ajoute-t-il, "la règle de 'awra est plus légère à propos du genou qu'à propos de la cuisse ; et elle est plus légère à propos de la cuisse qu'à propos de la partie intime" (Al-Hidâya 2/444). En note de bas de page, on lit que ceci est dû au fait que "le caractère interdit de (découvrir les) parties intimes fait l'objet du consensus, tandis qu'il y a divergence à propos du reste" (note de bas de page sur Al-Hidâya 2/444). Al-Bukhârî a écrit : "ويروى عن ابن عباس، وجرهد، ومحمد بن جحش، عن النبي صلى الله عليه وسلم: "الفخذ عورة". وقال أنس بن مالك: "حسر النبي صلى الله عليه وسلم عن فخذه." قال أبو عبد الله: "وحديث أنس أسند، وحديث جرهد أحوط حتى يخرج من اختلافهم" (Al-Jâmi' us-Sahîh).

C'est pourquoi, bien qu'il soit bien entendu interdit, même dans cette catégorie de normes (hukm, pl. ahkâm), de changer d'avis comme on change de chemise, il est néanmoins possible, lors d'un besoin (hâja), que les muftis compétents donnent fatwa sur un autre avis que celui de leur école (lire l'article dont nous avons donné le lien plus haut).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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