La cause (sabab, سبب) à laquelle l'applicabilité de certaines règles (ahkâm) est liée

En islam, un certain nombre de règles (ahkâm) sont liées à une cause et / ou à une ou plusieurs conditions : l'absence de la cause ou de l'une des conditions fait que la règle n'est pas applicable.

La cause se dit : "sabab", et elle est ce à quoi une règle (hukm) est liée de telle sorte que son absence entraîne l'absence de cette règle et que sa présence entraîne la présence de cette règle ("mâ yalzamu min wujûdihî wujûd ul-hukmi wa min 'adamihi 'adam ul-hukm")...

A la différence de la condition (shart), qui est ce à quoi une règle (hukm) est liée de telle sorte que son absence entraîne l'absence de cette règle, mais que sa présence n'entraîne pas la présence de cette règle ("mâ yalzamu min 'adamihi 'adam ul-hukm, wa lâkin lâ yalzamu min wujûdihî wujûd ul-hukm"). De la condition (shart), nous avons parlé dans un autre article.

Ci-après nous ne parlerons que de la cause (sabab).

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La cause (sabab) est de deux sortes :

– A) la cause dont la réalisation ou la non-réalisation relève du choix de l'homme ; comme le fait d'acheter ou de vendre un objet (c'est la sabab pour devenir propriétaire de cet objet ou de son prix) ; le fait de se mettre à manger (c'est la sabab pour la règle de devoir utiliser alors sa main droite et non sa gauche) ; le fait de s'habiller (c'est la sabab pour la règle de recommandation de commencer alors du côté droit) ; le fait de voyager (c'est la sabab entraînant la permission de diminuer le nombre de cycles de prières, de reporter à plus tard le jeûne) ; etc.

– B) la cause dont la réalisation ou la non-réalisation ne relève pas du choix de l'homme mais de ce que Dieu lui fait vivre ; comme le fait d'entrer dans la plage horaire d'une prière rituelle, ou le fait d'entrer dans le mois de ramadan (Ussûl ul-fiqh il-islâmî, az-Zuhaylî, pp. 97-98).

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Quelques exemples de causes entraînant l'applicabilité de la règle (sabab ul-wujûb) :

- l'entrée de la personne dans l'horaire d'une des cinq prières quotidiennes est la sabab de l'applicabilité du devoir d'accomplir celle des cinq prières rituelles concernées (voir une discussion à ce sujet in Ussûl ul-fiqh il-islâmî, az-Zuhaylî, pp. 53-55) ;
- l'entrée de la personne dans le mois de ramadan est la sabab de l'applicabilité du devoir de jeûner ;
- la présence de la Maison de Dieu et le fait que l'homme soit serviteur de Dieu sont les sabab de l'applicabilité du devoir d'effectuer le pèlerinage (note de bas de page sur Ussûl ush-Shâshî, p. 101) ;
- le fait de se mettre à manger est la sabab de l'applicabilité du devoir d'utiliser alors sa main droite et non sa gauche ;
- le fait de s'habiller est la sabab de l'applicabilité de la recommandation de commencer alors du côté droit ;
- le fait de voyager est la sabab de la permissibilité de raccourcir le nombre de cycles de prières et de reporter à plus tard l'accomplissement du jeûne du ramadan (cliquez ici)
- le fait d'acheter un objet est une des sabab de l'accession à la propriété de cet objet...

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Exemples de causes (sabab) diverses à propos de la prière et du pèlerinage :

Ne pas être en état de menstrues étant une condition pour la validité (shartu sihhat il-adâ') de la prière, si une femme était en état de pureté rituelle au début de l'horaire d'une des cinq prières rituelles, mais elle n'a pas accompli immédiatement cette prière puis a eu ses règles avant la fin de l'horaire, devra-t-elle, après ses règles, remplacer cette prière ?
- d'après la majorité des ulémas elle devra effectivement remplacer cette prière ;
- d'après l'école hanafite, elle ne devra pas le faire (Al-Fiqh ul-islâmî wa adillatuh, 1, 727).

Le fait est que d'après les écoles malikite, shafi'ite et hanbalite, la cause (sabab) de l'obligation d'une prière donnée est le premier instant de l'horaire, latitude étant offerte au serviteur pour l'accomplir avant la fin de l'horaire. Dès lors, cette dame étant rituellement pure pendant ce premier instant, la prière était alors obligatoire sur elle ; elle devra donc remplacer cette prière, bien qu'à la fin de l'horaire de celle-ci elle n'était plus sujette à l'obligation de la prière.

Par contre, d'après l'école hanafite la cause (sabab) de l'obligation d'une prière donnée est l'instant de l'horaire de cette prière que la personne sujette aux obligations vit, cet instant se déplaçant pendant tout l'horaire au fur et à mesure du déroulement de celui-ci, et ce tant que la personne n'a pas accompli la prière : c'est donc l'instant qui précède immédiatement l'accomplissement, par la personne, de la prière. Dans le cas de cette dame, étant donné qu'elle n'avait pas accompli la prière au début de l'horaire de celle-ci, la cause de l'obligation s'est déplacée au fur et à mesure de l'avancement de l'horaire ; or, l'horaire n'a pas fini qu'un instant est arrivé à partir duquel elle ne remplissait plus la condition de l'applicabilité de l'obligation de la prière ; cette prière-là ne lui aura donc pas été obligatoire…

Le cas inverse fait par contre l'unanimité : si une femme était en état de règles pendant le début de l'horaire puis devient rituellement pure avant la fin de l'horaire, elle devra accomplir cette prière, même si elle n'est devenue pure que lorsqu'il restait peu de temps (il faut que ce temps ait été suffisant pour, d'après l'école malikite, lui avoir permis théoriquement de faire ses ablutions et d'accomplir cinq cycles – ra'ka – de prière / et pour, d'après les écoles hanafite, shafi'ite et hanbalite, lui avoir permis théoriquement d'accomplir la formule de sacralisation du début – takbîrat ul-ihrâm – (Al-Fiqh ul-islâmî wa adillatuh, 1, 726 ; 2, 1149). Il est à noter que, d'après les écoles malikite, shafi'ite et hanbalite, dans ce cas cette dame devra accomplir non seulement cette prière-ci, dont elle a "vécu" cette parcelle d'horaire en état de pureté, mais également la prière précédente, celle-là même que, en cas de voyage, il est possible d'accomplir de façon conjointe avec celle-ci (Al-Fiqh ul-islâmî wa adillatuh, 1, 726).

Quel est le moment où la possession de biens suffisants sera prise en compte en sorte que l'accomplissement du pèlerinage devienne une obligation ?
D'après le savant hanafite Ibn ul-Humâm :
– si les pèlerins quittent la ville où l'on habite pendant les mois du pèlerinage (shawwâl, dhu-l-qa'da et les 10 premiers jours de dhu-l-hijja), alors c'est le fait de posséder ces biens pendant ces mois qui fait qu'on remplit la condition de la propriété de biens ;
– et s'ils quittent la ville où l'on habite avant les mois du pèlerinage, alors c'est le fait de posséder ces biens au moment où leur départ a lieu [soit : juste avant et pendant le départ] qui fait qu'on remplit la condition en question (Fat'h ul-qadîr, 2/415).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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