Nulle personne ne portera le fardeau d'une autre. Par contre, le Jour du Jugement, chaque personne portera bien son fardeau à elle : ses mauvaises croyances et ses mauvaises actions (intérieures comme extérieures)

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I) Chaque personne portera son fardeau le Jour du Jugement : il s'agit de ses mauvaises croyances, et de ses mauvaises actions (intérieures et extérieures) :

--- "(...) Jusqu'à ce que, lorsque la Résurrection viendra à eux subitement, ils diront : "Ah, regret quant au manquement que nous avons eu à son sujet !" Et ils porteront leurs fardeaux sur leur dos. Ecoutez : Mauvais est ce qu'ils porteront !" : "قَدْ خَسِرَ الَّذِينَ كَذَّبُواْ بِلِقَاء اللّهِ حَتَّى إِذَا جَاءتْهُمُ السَّاعَةُ بَغْتَةً قَالُواْ يَا حَسْرَتَنَا عَلَى مَا فَرَّطْنَا فِيهَا وَهُمْ يَحْمِلُونَ أَوْزَارَهُمْ عَلَى ظُهُورِهِمْ أَلاَ سَاء مَا يَزِرُونَ" (Coran 6/13).

--- Dans le hadîth suivant, il est dit que le Jour du Jugement, il y aura des musulmans qui porteront eux aussi des choses sur leur dos : ce seront des choses qu'ils auront dérobées pendant leur vie terrestre : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: قام فينا النبي صلى الله عليه وسلم، فذكر الغلول فعظمه وعظم أمره، قال: "لا ألفين أحدكم يوم القيامة على رقبته شاة لها ثغاء، على رقبته فرس له حمحمة، يقول: يا رسول الله أغثني، فأقول: لا أملك لك شيئا، قد أبلغتك؛ وعلى رقبته بعير له رغاء، يقول: يا رسول الله أغثني، فأقول: لا أملك لك شيئا قد أبلغتك؛ وعلى رقبته صامت، فيقول: يا رسول الله أغثني، فأقول لا أملك لك شيئا قد أبلغتك؛ أو على رقبته رقاع تخفق، فيقول: يا رسول الله أغثني، فأقول: لا أملك لك شيئا، قد أبلغتك" (al-Bukhârî, 2908, Muslim, 1831).
Les croyances et actions que Dieu aura déjà pardonnées à une personne, cela cette personne ne les portera pas en fardeau ce jour-là.

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II) Nulle personne ne portera le fardeau d'une autre :

Cela signifie que nulle personne ne sera déchargée de son fardeau - ses mauvaises croyances et/ou actions mauvaises - aux détriments d'une autre, laquelle ôterait d'elle son fardeau et s'en chargerait.
--- "أَفَرَأَيْتَ الَّذِي تَوَلَّى وَأَعْطَى قَلِيلًا وَأَكْدَى أَعِندَهُ عِلْمُ الْغَيْبِ فَهُوَ يَرَى أَمْ لَمْ يُنَبَّأْ بِمَا فِي صُحُفِ مُوسَى وَإِبْرَاهِيمَ الَّذِي وَفَّى أَلَّا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى وَأَن لَّيْسَ لِلْإِنسَانِ إِلَّا مَا سَعَى وَأَنَّ سَعْيَهُ سَوْفَ يُرَى ثُمَّ يُجْزَاهُ الْجَزَاء الْأَوْفَى" (Coran 53/33-41).
--- "وَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُوا لِلَّذِينَ آمَنُوا اتَّبِعُوا سَبِيلَنَا وَلْنَحْمِلْ خَطَايَاكُمْ وَمَا هُم بِحَامِلِينَ مِنْ خَطَايَاهُم مِّن شَيْءٍ إِنَّهُمْ لَكَاذِبُونَ" (Coran 29/12).

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Cela signifie aussi que nulle personne ne sera tenue responsable - en sus de ce qu'elle aura personnellement fait de mal - du mal qu'une autre personne aura fait (tant que cette première n'aura pas poussé la seconde à adopter ce mal, comme nous le verrons en III).
--- "مَنِ اهْتَدَى فَإِنَّمَا يَهْتَدي لِنَفْسِهِ وَمَن ضَلَّ فَإِنَّمَا يَضِلُّ عَلَيْهَا وَلاَ تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى" (Coran 17/15).
--- "وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى وَإِن تَدْعُ مُثْقَلَةٌ إِلَى حِمْلِهَا لَا يُحْمَلْ مِنْهُ شَيْءٌ وَلَوْ كَانَ ذَا قُرْبَى" (Coran 35/18).
--- "لاَ تُكَلَّفُ إِلاَّ نَفْسَكَ" (Coran 4/84).

Mais attention : Que nulle personne ne sera chargée de ce qu'une autre a fait, cela n'empêche pas que chaque croyant a, parmi la totalité de ses obligations, celle d'inviter les autres personnes à adhérer au bien - croyances et actions.

C'est bien pourquoi, si, en sus des versets sus-cités, un autre verset dit de façon très explicite ceci :
--- "O ceux qui ont apporté foi, souciez-vous de vous-mêmes. Celui qui s'est égaré ne vous fera pas du tort du moment que vous êtes bien guidés" : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ عَلَيْكُمْ أَنفُسَكُمْ لاَ يَضُرُّكُم مَّن ضَلَّ إِذَا اهْتَدَيْتُمْ إِلَى اللّهِ مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُكُم بِمَا كُنتُمْ تَعْمَلُونَ" (Coran 5/105),
tant d'autres passages du Coran se lisent pour leur part comme suit, certains exhortant à faire le amr bi-l-ma'rûf et le nah'y 'an il-munkar, d'autres blâmant ceux qui délaissent complètement cela :
--- "كُنتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِاللّهِ" (Coran 3/110) ;
--- "وَلْتَكُن مِّنكُمْ أُمَّةٌ يَدْعُونَ إِلَى الْخَيْرِ وَيَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَأُوْلَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ" (Coran 3/104) ;
--- "وَالْمُؤْمِنُونَ وَالْمُؤْمِنَاتُ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاء بَعْضٍ يَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَيُقِيمُونَ الصَّلاَةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَيُطِيعُونَ اللّهَ وَرَسُولَهُ أُوْلَئِكَ سَيَرْحَمُهُمُ اللّهُ إِنَّ اللّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ" (Coran 9/71) ;
--- "ذَلِكَ بِمَا عَصَوا وَّكَانُواْ يَعْتَدُونَ كَانُواْ لاَ يَتَنَاهَوْنَ عَن مُّنكَرٍ فَعَلُوهُ لَبِئْسَ مَا كَانُواْ يَفْعَلُونَ" (Coran 5/78-79) ;
--- "لَوْلاَ يَنْهَاهُمُ الرَّبَّانِيُّونَ وَالأَحْبَارُ عَن قَوْلِهِمُ الإِثْمَ وَأَكْلِهِمُ السُّحْتَ لَبِئْسَ مَا كَانُواْ يَصْنَعُونَ" (Coran 5/63) ;
--- "لَيْسُواْ سَوَاء مِّنْ أَهْلِ الْكِتَابِ أُمَّةٌ قَآئِمَةٌ يَتْلُونَ آيَاتِ اللّهِ آنَاء اللَّيْلِ وَهُمْ يَسْجُدُونَ يُؤْمِنُونَ بِاللّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَيَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَيُسَارِعُونَ فِي الْخَيْرَاتِ وَأُوْلَئِكَ مِنَ الصَّالِحِينَ وَمَا يَفْعَلُواْ مِنْ خَيْرٍ فَلَن يُكْفَرُوْهُ وَاللّهُ عَلِيمٌ بِالْمُتَّقِينَ" (Coran 3/113-115).

En fait le verset 5/105 dit bien : "du moment que vous êtes bien guidés" ; or on ne peut être bien guidé que si on pratique tout ce qui est obligatoire sur soi en rapport avec le lieu et le moment où l'on se trouve ; et, parmi ce qui est obligatoire, se trouve le fait d'exhorter au bien et de dissuader du mal (cela en tant que règle générale, car il existe ensuite de nombreuses nuances quant à son application concrète, à découvrir dans l'autre article). C'est donc lorsque le musulman a fait ce qui lui incombait à ce propos aussi, qu'il est "bien guidé", et pas sans qu'il ait fait également cela (cf. Shar'h Muslim 2/22, MF 14/480).

Dès lors, ce que le verset 5/105 signifie réellement c'est que, une fois qu'il a fait ce qu'il devait faire en matière d'exhortation au bien et de dissuasion du mal, le musulman ne doit pas, face au refus de son frère d'agir selon son rappel, exagérer : soit le harceler, soit, à l'inverse, déprimer. Il a fait son devoir de rappel, il doit donc garder à l'esprit qu'il n'est responsable que de ses croyances et actes personnels (MF 14/481-482).
Ce verset rappelle également à chacun qu'il doit se soucier de son salut personnel : il ne faudrait pas que le musulman se soucie d'effectuer le rappel aux autres mais que lui-même il s'oublie et se permette de commettre ce qu'il exhorte autrui à délaisser, ou délaisse ce qu'il exhorte autrui à faire.

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III) Par contre, si tu as poussé une personne à adopter la mauvaise voie et que cette personne a suivi ton exhortation, cette personne portera son fardeau à elle (avoir choisi cette mauvaise voie, en toute responsabilité, comme nous le verrons en "IV"), mais, en sus, tu auras un péché semblable à celui qu'elle aura (vu que c'est toi qui l'as poussée à adopter cette voie) :

--- Juste après le verset 29/12 (déjà cité en II) : "وَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُوا لِلَّذِينَ آمَنُوا اتَّبِعُوا سَبِيلَنَا وَلْنَحْمِلْ خَطَايَاكُمْ وَمَا هُم بِحَامِلِينَ مِنْ خَطَايَاهُم مِّن شَيْءٍ إِنَّهُمْ لَكَاذِبُونَ" (Coran 29/12), voici ce qui est dit : "وَلَيَحْمِلُنَّ أَثْقَالَهُمْ وَأَثْقَالًا مَّعَ أَثْقَالِهِمْ وَلَيُسْأَلُنَّ يَوْمَ الْقِيَامَةِ عَمَّا كَانُوا يَفْتَرُونَ" : "Et ils porteront assurément leur fardeau, ainsi que d'autres fardeaux, avec leur fardeau" (Coran 29/13).

Ces "autres fardeaux", ici évoqués, sont les mêmes que ceux mentionnés explicitement dans cet autre verset :
--- "وَإِذَا قِيلَ لَهُم مَّاذَا أَنزَلَ رَبُّكُمْ قَالُواْ أَسَاطِيرُ الأَوَّلِينَ لِيَحْمِلُواْ أَوْزَارَهُمْ كَامِلَةً يَوْمَ الْقِيَامَةِ وَمِنْ أَوْزَارِ الَّذِينَ يُضِلُّونَهُم بِغَيْرِ عِلْمٍ أَلاَ سَاء مَا يَزِرُونَ" : "(...) Afin qu'ils portent leurs fardeaux, complets, et quelque chose des fardeaux de ceux qu'ils égarent, (n'ayant) pas de connaissance. Ecoutez : Mauvais est ce qu'ils porteront" (Coran 16/24-25).
Ce "quelque chose des fardeaux de ceux qu'ils égarent" concernera les croyances / actions mauvaises en lesquelles ces gens auront suivis leur invitation ou leur modèle (et non pas toutes les croyances / actions mauvaises que ces gens auront acquises).

C'est ce qui a été formulé dans le hadîth suivant : "عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "من دعا إلى هدى، كان له من الأجر مثل أجور من تبعه، لا ينقص ذلك من أجورهم شيئا. ومن دعا إلى ضلالة، كان عليه من الإثم مثل آثام من تبعه، لا ينقص ذلك من آثامهم شيئا" : "Celui qui invite à une guidance aura, en récompense, chose semblable à la récompense de qui le suivront, cela ne diminuant rien de leur récompense à eux. Et celui qui invite à un égarement aura, en péché, chose semblable au péché de qui le suivront, cela ne diminuant rien de leur péché à eux" (Muslim, 2674).
Le fait d'"inviter", ici mentionné, cela se fait :
--- soit par l'invitation adressée explicitement à autrui à adopter telle croyance ou action, et ce par le biais de sa parole - verbale ou écrite - ;
--- soit par l'exemple, en ayant fait publiquement cette chose (cela est vérifié quand on est une personne qui est suivie - muqtadâ -, qui influence les autres en ce qu'on fait).
Quant à la seconde partie de ce dernier hadîth, le terme "égarement" y évoque :
--- soit un péché d'abandon de quelque chose (croyance ou action) qui est obligatoire, ou de commission de ce qui est interdit (croyance ou action) ;
--- soit un péché d'innovation (dans la croyance ou dans l'agir).

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Il y a le fait d'avoir invité à cette chose interdite ; c'est ce dont nous venons de parler. Et puis il y a le fait d'avoir servi de modèle, en ayant fait une chose interdite que d'autres ont ensuite suivie par imitation : avoir servi de modèle dans le mal, cela aussi engage la responsabilité de la personne, que celle-ci ait inventé cette voie mauvaise, ou qu'elle en a seulement été l'initiatrice dans un lieu donné / à un moment donné / parmi un groupe donné :

"قَالَ ادْخُلُواْ فِي أُمَمٍ قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلِكُم مِّن الْجِنِّ وَالإِنسِ فِي النَّارِ كُلَّمَا دَخَلَتْ أُمَّةٌ لَّعَنَتْ أُخْتَهَا حَتَّى إِذَا ادَّارَكُواْ فِيهَا جَمِيعًا قَالَتْ أُخْرَاهُمْ لأُولاَهُمْ رَبَّنَا هَؤُلاء أَضَلُّونَا فَآتِهِمْ عَذَابًا ضِعْفًا مِّنَ النَّارِ قَالَ لِكُلٍّ ضِعْفٌ وَلَكِن لاَّ تَعْلَمُونَ وَقَالَتْ أُولاَهُمْ لأُخْرَاهُمْ فَمَا كَانَ لَكُمْ عَلَيْنَا مِن فَضْلٍ فَذُوقُواْ الْعَذَابَ بِمَا كُنتُمْ تَكْسِبُونَ" : "Il dira : "Entrez, parmi des groupes constitués qui ont passé avant vous de djinns et d'humains, dans le Feu". Chaque fois qu'un groupe (y) entrera, il maudira l'autre. Jusqu'à ce que, lorsqu'ils y seront tous rassemblés, le tout dernier (groupe) d'entre ces (gens) dira au sujet du premier (groupe) d'entre eux : "Seigneur, ceux-là nous ont égarés, aussi donne-leur un châtiment double du Feu". (Dieu) dira : "A chaque (groupe) une (part) double", mais vous ne savez pas. Et le premier d'entre eux dira au tout dernier (groupe) d'entre eux : "Vous n'avez donc sur nous (droit à) aucune faveur [du type d'un châtiment moindre] ; aussi, goûtez au châtiment à cause de ce que vous acquerrez [de croyances et d'actions sur Terre]" (Coran 7/38-39). "أخراهم وأولاهم}: يحتمل أن تكون "فُعلى": أنثى "أفعَل" الدال على المفاضلة؛ والمعنى على هذا: "أخراهم منزلة - وهم الأتباع والسفلة - لأولاهم منزلة - وهم القادة والسادة والرؤساء. ويحتمل أن تكون "أخرى" بمعنى "آخِرة"، تأنيث "آخِر"، مقابل "أول" (لا تأنيث "آخَر" الذي للمفاضلة)" (I'râb ul-qur'ân wa bayânu-hû).
Ensuite :
----- ce qui est dit dans ce commentaire (en arabe) est que "le tout dernier (groupe)" et "le premier (groupe)" sont à appréhender dans la perspective de leur statut, de leur valeur : "le groupe ayant le statut le plus bas", et "le groupe qui avait bénéficié sur Terre de considération de la part du groupe ayant un bas statut" ;
----- peut-être qu'il serait possible que "le tout dernier" et "le premier" soient à appréhender ici dans la perspective du temps ? Cela donnerait alors au passage le sens suivant : "Une fois que ces groupes seront tous rassemblées dans la Géhenne, le tout dernier groupe mushrik à avoir vu le jour sur Terre dira à Dieu au sujet du premier (groupe) mushrik à avoir vu le jour sur Terre : "Ceux-là sont ceux qui avaient tracé, pour les humains, sur Terre, cette voie du Shirk, que nous avons trouvée bien plus tard, et alors suivie. Aussi, ô Seigneur, vu qu'ils sont ceux qui avaient tracé cette voie, donne-leur le double du châtiment que pour notre part nous recevons""...

Correspond à cela ce qui a été dit dans ce hadîth : "Aucune âme n'est tuée injustement sans que le premier fils de Adam n'a une part (du péché) de son sang, car il est le premier qui a institué l'assassinat" : "عن عبد الله رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تقتل نفس ظلما، إلا كان على ابن آدم الأول كفل من دمها، لأنه أول من سن القتل" (al-Bukhârî, 3157, Muslim, 1677).

Si on retient ce qui est dit dans le commentaire sus-cité (en arabe), du verset sus-mentionné, alors y correspond ce qui a été dit dans cet autre hadîth - mentionnant pour sa part cela pour les musulmans, de façon particulière - : "Celui qui trace en islam une bonne voie, et après lui on agit sur cette voie, sera écrit pour lui récompense semblable à qui auront agi selon cette voie, cela ne diminuant rien de leurs récompenses à eux. Et celui qui trace en islam une mauvaise voie, et après lui on agit sur cette voie, sera écrit pour lui fardeau semblable à qui auront agi selon cette voie, cela ne diminuant rien de leurs fardeaux à eux. " : "عن جرير بن عبد الله، قال: جاء ناس من الأعراب إلى رسول الله صلى الله عليه وسلم عليهم الصوف فرأى سوء حالهم قد أصابتهم حاجة، فحث الناس على الصدقة، فأبطئوا عنه حتى رئي ذلك في وجهه. قال: ثم إن رجلا من الأنصار جاء بصرة من ورق، ثم جاء آخر، ثم تتابعوا حتى عرف السرور في وجهه، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من سن في الإسلام سنة حسنة، فعمل بها بعده، كتب له مثل أجر من عمل بها، ولا ينقص من أجورهم شيء. ومن سن في الإسلام سنة سيئة، فعمل بها بعده، كتب عليه مثل وزر من عمل بها، ولا ينقص من أوزارهم شيء" (Muslim, 1017/15).

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Le fait qu'une personne ait empêché par la force autrui de faire ce qui lui est obligatoire, ou contraint (ik'râh) cet autrui à commettre ce qui lui est interdit, cela aussi engage la responsabilité de cette personne. Cependant, cet autrui est-il alors pour sa part responsable de ce qu'il a choisi de faire sous la contrainte ?

Lire à ce sujet les deux articles suivants :
--- Le cas de contrainte et ce qu'il autorise à faire - ما هو الإكراه ؟ وما يرخص في فعله ؟ ;
--- Peut-on attribuer le verbe (par exemple : "faire sortir X d'un lieu") à la personne qui n'a pas véritablement fait l'action que ce verbe exprime ("expulser X manu militari"), mais qui en a néanmoins été la cause ("ordonner à X de quitter ce lieu") ? - Le Majâz 'Aqlî (المجاز العقليّ) - La Causalité (التسبّب).

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IV) Aucune personne ne devrait suivre aveuglément les hommes de son entourage qui sont importants ou influents (ni d'ailleurs ses ancêtres) au sujet des croyances de base, ou au sujet des actions dont chaque personne a la capacité de comprendre qu'elles sont nécessaires, ou, au contraire, mauvaises. Le Coran enseigne que, à ce sujet, chaque humain est invité à réfléchir et à chercher par lui-même au sujet des croyances et actions de ce type-là, et ne pas hésiter à adopter ce qui constitue la Vérité. Car chacun est responsable devant Dieu pour ce qui est de la Voie Globale qu'elle emprunte. Plus tard, ce ne seront que regrets de la part des suiveurs, et le désaveu de la part de ceux qui auront été suivis :

- Le jour du Jugement Dernier :

--- "وَلَوْ تَرَى الَّذِينَ ظَلَمُواْ إِذْ يَرَوْنَ الْعَذَابَ أَنَّ الْقُوَّةَ لِلّهِ جَمِيعاً وَأَنَّ اللّهَ شَدِيدُ الْعَذَابِ إِذْ تَبَرَّأَ الَّذِينَ اتُّبِعُواْ مِنَ الَّذِينَ اتَّبَعُواْ وَرَأَوُاْ الْعَذَابَ وَتَقَطَّعَتْ بِهِمُ الأَسْبَابُ وَقَالَ الَّذِينَ اتَّبَعُواْ لَوْ أَنَّ لَنَا كَرَّةً فَنَتَبَرَّأَ مِنْهُمْ كَمَا تَبَرَّؤُواْ مِنَّا كَذَلِكَ يُرِيهِمُ اللّهُ أَعْمَالَهُمْ حَسَرَاتٍ عَلَيْهِمْ وَمَا هُم بِخَارِجِينَ مِنَ النَّارِ" (Coran 2/165-167).

--- "وَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُوا لَن نُّؤْمِنَ بِهَذَا الْقُرْآنِ وَلَا بِالَّذِي بَيْنَ يَدَيْهِ وَلَوْ تَرَى إِذِ الظَّالِمُونَ مَوْقُوفُونَ عِندَ رَبِّهِمْ يَرْجِعُ بَعْضُهُمْ إِلَى بَعْضٍ الْقَوْلَ يَقُولُ الَّذِينَ اسْتُضْعِفُوا لِلَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا لَوْلَا أَنتُمْ لَكُنَّا مُؤْمِنِينَ قَالَ الَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا لِلَّذِينَ اسْتُضْعِفُوا أَنَحْنُ صَدَدْنَاكُمْ عَنِ الْهُدَى بَعْدَ إِذْ جَاءكُم بَلْ كُنتُم مُّجْرِمِينَ وَقَالَ الَّذِينَ اسْتُضْعِفُوا لِلَّذِينَ اسْتَكْبَرُوا بَلْ مَكْرُ اللَّيْلِ وَالنَّهَارِ إِذْ تَأْمُرُونَنَا أَن نَّكْفُرَ بِاللَّهِ وَنَجْعَلَ لَهُ أَندَادًا وَأَسَرُّوا النَّدَامَةَ لَمَّا رَأَوُا الْعَذَابَ وَجَعَلْنَا الْأَغْلَالَ فِي أَعْنَاقِ الَّذِينَ كَفَرُوا هَلْ يُجْزَوْنَ إِلَّا مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ" (Coran 34/31-33).

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- Une fois dans la Géhenne :

--- "يَوْمَ تُقَلَّبُ وُجُوهُهُمْ فِي النَّارِ يَقُولُونَ يَا لَيْتَنَا أَطَعْنَا اللَّهَ وَأَطَعْنَا الرَّسُولَا وَقَالُوا رَبَّنَا إِنَّا أَطَعْنَا سَادَتَنَا وَكُبَرَاءنَا فَأَضَلُّونَا السَّبِيلَا رَبَّنَا آتِهِمْ ضِعْفَيْنِ مِنَ الْعَذَابِ وَالْعَنْهُمْ لَعْنًا كَبِيرًا" (Coran 33/66-68).

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Cela parle de ceux à qui la Vérité est parvenue, mais qui ont choisi de ne pas y adhérer.

Quant à celui à qui aucun Message rappelant cette Vérité n'est parvenu, de même que celui à qui seul un ancien Message est parvenu et pas le Dernier, leur cas est différent :
--- Qu'adviendra-t-il, dans l'autre monde, des humains auxquels le message d'aucun prophète n'était parvenu ? - الحكم الأخروي للناس الذين لم يبلغهم رسالة نبي واحد ;
--- Qu'adviendra-t-il, dans l'autre monde, de ceux auxquels un ancien message, mais pas le plus récent message divin, était parvenu ? - الحكم الأخروي لمن لم يبلغه أحدث رسالة).

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V) Quelques autres versets évoquent le fait que les diables - qui susurrent des invitations à désobéir à Dieu - désavoueront eux aussi ceux qui auront suivi leurs invitations :

- Lors du Jugement Dernier :

--- "Et le jour où Il les appellera puis dira : "Où sont ceux que vous prétendiez être Mes associés ?" Ceux contre qui la parole sera avérée diront : "Seigneur, voici ceux que nous avions égarés. Nous les avions égarés comme nous-même nous nous étions égarés. Nous désavouons devant Toi l'adoration qu'ils nous rendaient". (...)" : "وَيَوْمَ يُنَادِيهِمْ فَيَقُولُ أَيْنَ شُرَكَائِيَ الَّذِينَ كُنتُمْ تَزْعُمُونَ قَالَ الَّذِينَ حَقَّ عَلَيْهِمُ الْقَوْلُ رَبَّنَا هَؤُلَاء الَّذِينَ أَغْوَيْنَا أَغْوَيْنَاهُمْ كَمَا غَوَيْنَا تَبَرَّأْنَا إِلَيْكَ مَا كَانُوا إِيَّانَا يَعْبُدُونَ وَقِيلَ ادْعُوا شُرَكَاءكُمْ فَدَعَوْهُمْ فَلَمْ يَسْتَجِيبُوا لَهُمْ وَرَأَوُا الْعَذَابَ لَوْ أَنَّهُمْ كَانُوا يَهْتَدُونَ" (Coran 28/62-64).
D'après l'un des commentaires (celui de Qatâda), "ceux contre qui la parole sera avérée", ici évoqués, sont bien les djinns (shayâtîn) dont l'action consiste à susurrer aux humains de se fourvoyer, c'est-à-dire d'adopter ce que Dieu déteste, de croyances et d'actions.

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- Une fois dans la Géhenne :

--- "Satan dira, lorsque l'affaire aura été terminée : "Dieu vous avait fait la promesse de vérité ; et je vous avais promis, puis j'ai trahi (ma promesse à) votre (égard). (Mais) je n'avais aucun pouvoir sur vous si ce n'est que je vous ai invités ; alors vous m'avez répondu. Aussi ne me faites pas de reproches, mais faites-en à vous-mêmes. Je ne vous suis d'aucun secours et vous ne m'êtes d'aucun secours. Je désavoue le fait que vous m'ayez associé (à Dieu) auparavant"" : "وَقَالَ الشَّيْطَانُ لَمَّا قُضِيَ الأَمْرُ إِنَّ اللّهَ وَعَدَكُمْ وَعْدَ الْحَقِّ وَوَعَدتُّكُمْ فَأَخْلَفْتُكُمْ وَمَا كَانَ لِيَ عَلَيْكُم مِّن سُلْطَانٍ إِلاَّ أَن دَعَوْتُكُمْ فَاسْتَجَبْتُمْ لِي فَلاَ تَلُومُونِي وَلُومُواْ أَنفُسَكُم مَّا أَنَاْ بِمُصْرِخِكُمْ وَمَا أَنتُمْ بِمُصْرِخِيَّ إِنِّي كَفَرْتُ بِمَآ أَشْرَكْتُمُونِ مِن قَبْلُ إِنَّ الظَّالِمِينَ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ" (Coran 14/22).

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VI) Seule exception par rapport à ce qui a été dit en III et en IV :

Au sein de la Bonne Voie Globale, il y a le point détaillé (tafsîlî) au sujet duquel un érudit ('âlim) a fourni une explication (tafsîr, shar'h) ou délivré un avis (fatwa), et au sujet duquel il a fait une erreur qat'î, mais par rapport auquel beaucoup de musulmans lambdas n'ont pas les capacités intellectuelles voulues pour comprendre la façon par laquelle cela est extrait des textes du Coran et des Hadîths, ni qu'il s'agit d'une erreur qat'î (qu'ils ne doivent donc pas suivre)...
Par rapport à ce genre de points détaillés, les musulmans réellement incapables, sur le plan intellectuel, de parvenir à la vérité n'auront pas le péché d'avoir suivi cette explication ou cet avis erroné(e) émis(e) par cet érudit (dès lors que leur intention était sincère, et n'était pas de rechercher l'avis qui sert leurs intérêts personnels).
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Pour sa part, si l'érudit n'a pas fait son maximum pour trouver la vérité, alors lui aura le péché pour avoir émis cet avis erroné, et aura le péché de ceux qui auront suivi son avis erroné.

Ces deux points sont dits dans le hadîth suivant : "عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من أُفْتِيَ بغير علم كان إثمه على من أفتاه" : "Celui à qui l'avis a été délivré sans (que cela soit fondé sur) une connaissance, alors son péché reviendra à celui qui lui aura délivré l'avis" (Abu Dâoûd, 3657).
Ce hadîth parle :
--- de l'homme qui a délivré cet avis alors qu'il n'avait pas du tout l'érudition nécessaire pour le faire ("وخرج بقوله "بغير علم": ما لو اجتهد من هو أهل للاجتهاد فأخطأ؛ فلا إثم عليه، بل له أجر الاجتهاد" : Faydh ul-qadîr) ;
--- également de l'homme qui avait les compétences voulues mais s'est prononcé sans faire les recherches nécessaires ("يعني: كل جاهل سأل عالما عن مسألة، فأفتاه العالم بجواب باطل، فعمل السائل بها ولم يعلم بطلانه، فإثمه على المفتي إن قصر في اجتهاده" : Mirqât ul-mafâtîh).

Par contre, si l'homme en question avait l'érudition nécessaire, et n'a pas manqué à faire des recherches approfondies, mais a fait une erreur, alors il n'aura pas de péché (voir la première des deux citations venant d'être reproduites à l'instant).

Lire :
--- Chaque croyance pure, ainsi que le statut de chaque action, cela est fixe (muta'ayyan) auprès de Dieu. Le ijtihad consiste à faire l'effort de trouver cela, éventuellement en interaction avec le Réel - Mais possèdes-tu les compétences nécessaires pour te prononcer au sujet de la question quant à laquelle tu donnes un avis (que ce soit une question de Tafsîr du Coran, des Ussûl ul-hadîth, de la 'Aqîda pure ou du Fiqh, etc.) ? ;
--- Le musulman qui, par ignorance, a adopté une croyance erronée ou pratiqué une action cultuelle innovée, et est mort sans se repentir de cela (puisqu'il le croyait juste), se peut-il qu'il soit puni pour cela par Dieu dans l'autre monde, ou cela lui sera-t-il systématiquement pardonné par Dieu ?.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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