Qu'est-ce que la "إطاعة الله" (obéissance à Dieu) ? et la "عصيان الله" (désobéissance à Dieu) ? - ِEt qu'est-ce que le "ذنْب" ? et la "سيّئة" ? -- Ce que l'homme acquiert de croyances et d'actions ("يَعْلَمُ مَا تَكْسِبُ كُلُّ نَفْسٍ") - Ce que l'homme envoie en avant, et ce qu'il garde en arrière ("يُنَبَّأُ الْإِنسَانُ يَوْمَئِذٍ بِمَا قَدَّمَ وَأَخَّرَ") - Ce que l'homme envoie en avant en le faisant de par lui-même, et ce qu'il envoie en avant en étant la cause directe du fait que d'autres l'acquièrent ("وَنَكْتُبُ مَا قَدَّمُوا وَآثَارَهُمْ")

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I) Il y a les أوامر, les ordres de Dieu, induisant ce qu'il faut faire : المأمور به. Dans le Coran on lit : "إِنَّ اللّهَ يَأْمُرُكُمْ أَن" (Coran 4/58) et : "يَأْمُرُهُم بِالْمَعْرُوفِ" (Coran 7/157) : 

Il s'agit de ce que (en terme de croyances, d'actions intérieures et d'actions extérieures) Dieu a ordonné d'acquérir (et ce dans la mesure où, eu égard à la présence, dans le réel, de la cause et de l'absence, dans le réel, de l'empêchant, la personne précise est bien tenue à l'acquérir).

Il s'agit en premier lieu du Asl ud-Dîn ; soit, selon les ordres de priorité :
--- Aslu Ta'lîh illâh ; Aslu Tawhîd illâh fi-l-Ulûhiyya ;
--- al-Îmân bi-n-nabî il-mab'ûth ;
--- al-Îmân bi mâ jâ'a bihi-n-nabiyyu-l-mab'ûth wa 'ulima min dîni-hî dharûratan.

Il s'agit aussi du Kamâl ud-Dîn al-wâjib.

Il s'agit enfin du Kamâl ud-Dîn al-mustahabb.

Par contre, le Mubâh ne relève pas du Ma'mûr bih.

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II) Et puis il y a les نواهي, les ordres négatifs de Dieu, induisant ce qu'il est interdit de commettre, المنهي عنه. Dans le Coran on lit : "يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَن" (Coran 60/9) et "يَنْهَاهُمْ عَنِ الْمُنكَرِ" (Coran 7/157) :

Il s'agit de ce que (en terme de croyances, d'actions intérieures et d'actions extérieures) Dieu a défendu d'acquérir.

Il s'agit en premier lieu du fait de renier, de faire Kufr Akbar ; soit, selon les ordres de gravité, du plus extrême au très grave :
--- Ta'tîl Akbâr ; Shirk Akbar billâh ;
--- Inkâru rissâlat in-nabîy il-mab'ûth ;
--- Inkâru mâ huwa ma'lûm min ad-dîn dharûratan.

Et il s'agit aussi, bien sûr, du fait de commettre une Action défendue (qu'elle soit intérieure ou extérieure) : selon les ordres de gravité : Harâm (strictement interdit) ; Mak'rûh Tahrîmî (fortement déconseillée).

Il s'agit enfin de faire ce qui n'est que légèrement déconseillée (Mak'rûh Tanzîhî).

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III) Dans le Coran, on trouve aussi les termes : "إطاعة الله" (qui signifient : "obéir à Dieu") et : "عصيان الله" (qui signifient : "désobéir à Dieu") :

Obéir à Dieu, cela ne consiste pas seulement à faire ce qu'Il a ordonné de faire, mais aussi de s'abstenir de ce qu'Il a interdit de faire.
"وَمَن يُطِعِ اللّهَ وَرَسُولَهُ يُدْخِلْهُ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا وَذَلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ وَمَن يَعْصِ اللّهَ وَرَسُولَهُ وَيَتَعَدَّ حُدُودَهُ يُدْخِلْهُ نَارًا خَالِدًا فِيهَا وَلَهُ عَذَابٌ مُّهِينٌ" (Coran 4/13-14).
"وَمَن يُطِعِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ يُدْخِلْهُ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ وَمَن يَتَوَلَّ يُعَذِّبْهُ عَذَابًا أَلِيمًا" (Coran 48/17).

Désobéir à Dieu, cela ne consiste pas seulement à commettre ce qu'Il a interdit de faire (exception faite de ce qui n'est que de degré Mak'rûh Tanzîhî), mais aussi à négliger sans raison valable ce qu'Il a ordonné de faire (exception faite de ce qui n'est que de degré Mustahabb).
"وَمَن يَعْصِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ فَإِنَّ لَهُ نَارَ جَهَنَّمَ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا" (Coran 72/23).
"وَمَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ وَلَا مُؤْمِنَةٍ إِذَا قَضَى اللَّهُ وَرَسُولُهُ أَمْرًا أَن يَكُونَ لَهُمُ الْخِيَرَةُ مِنْ أَمْرِهِمْ وَمَن يَعْصِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَالًا مُّبِينًا" (Coran 33/36).

Faire (ارتكاب) ce qui est Mustahabb relève de la Itâ'at ullâh. Par contre, le délaisser (ترك) sans raison ne relève pas de la 'Is'yân ullâh.
Pareillement, s'abstenir (ترك) volontairement de ce qui est seulement Mak'rûh Tanzîhî, cela relève de la Itâ'at ullâh. Par contre, le commettre (ارتكاب) sans raison ne relève pas de la 'Is'yân ullâh, vu que cela demeure Jâ'ïz.

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IV) La bonne action (الحسنة) et le péché (الذنب والسيئة) :

La bonne action (الحسنة) consiste à faire (ارتكاب) ce que Dieu a ordonné de faire (I), mais aussi à s'abstenir (ترك) de ce qu'Il a interdit de faire (II) : "عن ابن عباس رضي الله عنهما، عن النبي صلى الله عليه وسلم، فيما يروي عن ربه عز وجل قال: قال: "إن الله كتب الحسنات والسيئات ثم بين ذلك. فمن هم بحسنة فلم يعملها كتبها الله له عنده حسنة كاملة؛ فإن هو هم بها فعملها كتبها الله له عنده عشر حسنات إلى سبع مائة ضعف إلى أضعاف كثيرة. ومن هم بسيئة فلم يعملها، كتبها الله له عنده حسنة كاملة؛ فإن هو هم بها فعملها كتبها الله له سيئة واحدة" (al-Bukhârî, 6126, Muslim, 131).

Le péché (الذنب والسيئة) consiste à commettre (ارتكاب) ce que Dieu a interdit de faire (exception faite de ce qui n'est que de degré Mak'rûh Tanzîhî) (II), mais aussi à négliger (ترك) sans raison valable ce qu'Il a ordonné de faire (exception faite de ce qui n'est que de degré Mustahabb) (I).

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--- Employés seuls (إذا أُفرِدا) les termes "السيئة" et "الذنب" sont synonymes.
D'ailleurs, le terme "سيئة" recouvre également ce qui est très grave, comme dans ce verset : "بَلَى مَن كَسَبَ سَيِّئَةً وَأَحَاطَتْ بِهِ خَطِيئَتُهُ فَأُوْلَئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ" (Coran 2/81).

--- Cependant, lorsque les deux termes sont employés côte à côte (إذا اقْترَنَ أحدها بالآخر), chacun d'eux désigne chose distincte de l'autre.
C'est le cas dans ce verset : "رَبَّنَا فَاغْفِرْ لَنَا ذُنُوبَنَا وَكَفِّرْ عَنَّا سَيِّئَاتِنَا" (Coran 3/193) ; ici, la mise en parallèle fait que le terme "سَيِّئَاتِنَا" désigne les péchés autres que ceux désignés par "ذُنُوبَنَا". Ici on retrouve en fait le même parallélisme que celui, plus explicite, se trouvant là : "إِن تَجْتَنِبُواْ كَبَآئِرَ مَا تُنْهَوْنَ عَنْهُ نُكَفِّرْ عَنكُمْ سَيِّئَاتِكُمْ وَنُدْخِلْكُم مُّدْخَلاً كَرِيمًا" (Coran 4/31) : le terme "سَيِّئَاتِكُمْ" désigne forcément, ici, des fautes autres que les "grandes choses de ce qui vous est interdit" : cela désigne donc : "les petits péchés".
Quant au fait qu'on trouve, au verset 3/193, le verbe "ghuf'rân" avec les grands péchés, et le verbe "takfîr" avec les petits péchés, cela est dû au fait que Dieu rend les bonnes actions expiatrices des petits péchés. Sinon "takfîr" désigne globalement la même chose que "ghuf'rân".
Ibn 'Âshûr écrit : الغفر والتكفير متقاربان في المادة المشتقين منها، إلا أنه شاع الغفر والغفران في العفو عن الذنب، والتكفير في تعويض الذنب بعوض، فكأن العوض: كَفَرَ الذنبَ، أي سَتَره. (...) وقيل: هو مجرد تأكيد؛ وهو حسن" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).
Ibn ul-Qayyim écrit pour sa part : "فهاهنا أربعة أمور: ذنوب، وسيئات، ومغفرة، وتكفير. فالذنوب: المراد بها الكبائر؛ والمراد بالسيئات: الصغائر (...). ولفظ المغفرة أكمل من لفظ التكفير، ولهذا كان مع الكبائر، والتكفير مع الصغائر؛ فإن لفظ المغفرة يتضمن الوقاية والحفظ؛ ولفظ التكفير يتضمن الستر والإزالة. وعند الإفراد يدخل كل منهما في الآخر كما تقدم، فقوله تعالى {كفر عنهم سيئاتهم} [محمد: 2] يتناول صغائرها وكبائرها، ومحوها ووقاية شرها؛ بل التكفير المفرد يتناول أسوأ الأعمال، كما قال تعالى {ليكفر الله عنهم أسوأ الذي عملوا}" (Madârij us-sâlikîn).

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V) Ce que l'homme a acquis (كسب), de bien ou de mal :

Les pensées furtives qui passent dans l'esprit et disparaissent ne relèvent pas de ce que l'homme a acquis.

--- "Le jour où certains signes de ton Seigneur viendront, le fait pour une âme de faire foi ne sera pas utile à l'âme qui n'avait pas apporté foi auparavant ou n'avait pas acquis du bien dans sa foi" : "يَوْمَ يَأْتِي بَعْضُ آيَاتِ رَبِّكَ لاَ يَنفَعُ نَفْسًا إِيمَانُهَا لَمْ تَكُنْ آمَنَتْ مِن قَبْلُ أَوْ كَسَبَتْ فِي إِيمَانِهَا خَيْرًا" (Coran 6/158).
--- "Et ceux qui auront acquis des mauvais actes, alors : la rétribution d'une mauvaise chose est par chose semblable à elle" : "وَالَّذِينَ كَسَبُواْ السَّيِّئَاتِ جَزَاء سَيِّئَةٍ بِمِثْلِهَا" (Coran 10/27).
--- "Dieu ne charge une âme que à la mesure de sa capacité. En sa faveur sera ce qu'elle a acquis (de bien), et en sa défaveur sera ce qu'elle a acquis (de mal)" : "لاَ يُكَلِّفُ اللّهُ نَفْسًا إِلاَّ وُسْعَهَا لَهَا مَا كَسَبَتْ وَعَلَيْهَا مَا اكْتَسَبَتْ" (Coran 2/284). "وقوله تعالى: لها ما كسبت يريد من الحسنات، وعليها ما اكتسبت يريد من السيئات. قاله السدي وجماعة من المفسرين، لا خلاف في ذلك. والخواطر ونحوها ليس من كسب الإنسان. وجاءت العبارة في الحسنات بـ{لها} من حيث هي مما يفرح الإنسان بكسبه ويسر بها فتضاف إلى ملكه، وجاءت في السيئات بـ{عليها} من حيث هي أوزار وأثقال ومتحملات صعبة. وهذا كما تقول: "لي مال وعلي دين"، وكما قال المتصدق باللقطة: "اللهم عن فلان فإن أبى فلي وعلي". وكرر فعل الكسب، فخالف بين التصريف حسنا لنمط الكلام؛ كما قال: {فمهل الكافرين أمهلهم رويدا}؛ هذا وجه. والذي يظهر لي في هذا أن الحسنات هي مما يكسب دون تكلف، إذ كاسبها على جادة أمر الله ورسم شرعه؛ والسيئات تكتسب ببناء المبالغة إذ كاسبها يتكلف في أمرها خرق حجاب نهي الله تعالى ويتخطاه إليها؛ فيحسن في الآية مجيء التصريفين إحرازا لهذا المعنى" (Tafsîr Ibn 'Atiyya).
--- "Pas du tout ! Mais plutôt : ce qu'ils avaient acquis a provoqué la rouille sur leur coeur" : "كَلَّا بَلْ رَانَ عَلَى قُلُوبِهِم مَّا كَانُوا يَكْسِبُونَ" (Coran 83/14).

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– Quant aux actions faites dans certaines circonstances précises, comme par exemple celles faites sous la contrainte (à condition que la contrainte soit prise en considération), elles sont certes pardonnées, mais je ne sais pas si elles relèvent, ou pas, de ce que l'homme se trouvant dans cette circonstance a acquises (si Oui, alors c'est à côté d'elles, dans le Livre, qu'est écrit : "excusée pour cause de cas de contrainte").

– Pareillement, le musulman ayant adopté une mauvaise croyance / commis une mauvaise action, par suivisme d'une personne lui ayant enseigné que cette croyance est juste / cette action est bonne ou autorisée, ce musulman n'aura pas acquis ce péché ; cela vaut pour les cas suivants :
--- ce qui est une khata' qat'î ijtihadî, lorsque cet homme aura reçu la fatwa autorisant cela alors même qu'il n'avait pas les moyens intellectuels de savoir qu'elle était erronée : "عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من أُفْتِيَ بغير علم كان إثمه على من أفتاه" : "Celui à qui fatwa a été délivrée sans (qu'elle soit fondée sur) une connaissance, alors son péché reviendra à celui qui lui aura délivré cette fatwa" (Abu Dâoûd, 3657) ;
--- certains cas de bid'a mukaffira ou mudhallila : ceux qu'un musulman a faits en croyant sincèrement que cela était mashrû' alors même qu'il n'avait pas les moyens intellectuels de savoir que cela n'est pas mashrû' ;
--- certains cas de kufr aslî : ceux qu'un incroyant a faits en suivant une personne ayant de l'influence sur lui, mais alors qu'il avait une réelle limitation intellectuelle l'empêchant de comprendre.

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--- "Il sait ce que toute âme acquiert" : "يَعْلَمُ مَا تَكْسِبُ كُلُّ نَفْسٍ" (Coran 13/42).
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--- "Aujourd'hui toute âme sera rétribuée pour ce qu'elle aura acquis. Aucune injustice aujourd'hui" : "الْيَوْمَ تُجْزَى كُلُّ نَفْسٍ بِمَا كَسَبَتْ لَا ظُلْمَ الْيَوْمَ" (Coran 40/17) ; l'injustice ici niée est le fait de charger une âme de ce qu'elle n'a pas du tout acquis. (الباء ههنا وفي قوله تعالى: {وَيَجْزِيَهُمْ أَجْرَهُم بِأَحْسَنِ الَّذِي كَانُوا يَعْمَلُونَ}: للعوض. وأما في قوله سبحانه: {جَزَاء سَيِّئَةٍ بِمِثْلِهَا}، فهي للاستعانة).

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Par contre, dans ce verset-ci : "أَفَلَمْ يَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَيَنظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الَّذِينَ مِن قَبْلِهِمْ كَانُوا أَكْثَرَ مِنْهُمْ وَأَشَدَّ قُوَّةً وَآثَارًا فِي الْأَرْضِ فَمَا أَغْنَى عَنْهُم مَّا كَانُوا يَكْسِبُونَ" (Coran 40/82), la formule "ce qu'ils avaient acquis" désigne : "ce qu'ils avaient acquis de richesses matérielles".

Nous avons les deux désignations (murâd) côte à côte dans ce passage : la première fois cela désigne les richesses matérielles, et la seconde fois : les croyances et les actions : "قَدْ قَالَهَا الَّذِينَ مِن قَبْلِهِمْ فَمَا أَغْنَى عَنْهُم مَّا كَانُوا يَكْسِبُونَ فَأَصَابَهُمْ سَيِّئَاتُ مَا كَسَبُوا" (Coran 39/50-51).

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VI) Ce que l'homme a envoyé en avant, et ce qu'il a gardé en arrière : "يُنَبَّأُ الْإِنسَانُ يَوْمَئِذٍ بِمَا قَدَّمَ وَأَخَّرَ" : "L'homme sera informé, ce jour-là, de ce qu'il aura envoyé en avant et de ce qu'il aura gardé en arrière" (Coran 75/13) : "عَلِمَتْ نَفْسٌ مَّا قَدَّمَتْ وَأَخَّرَتْ" : "Une âme saura ce qu'elle aura envoyée en avant et ce qu'elle aura gardé en arrière" (Coran 82/5) :

Que désignent ces deux formules : "ce qu'il a envoyé en avant" et "ce qu'il a gardé en arrière" ?

Plusieurs commentaires en existent, mais je penche vers celui-ci, de Ibn Zayd : "قال ابن زيد، في قوله: {ينبأ الإنسان يومئذ بما قدم وأخر}: قال: {ما أخّر}: ما ترك من العمل لم يعمله، ما ترك من طاعة الله لم يعمل به. و{ما قدّم}: ما عمل من خير أو شر" (rapporté parmi d'autres commentaires par at-Tabarî dans son Tafsîr). Des commentaires différents sont visibles dans par exemple Tafsîr ul-Baghawî.

En vertu de ce commentaire de Ibn Zayd...

"Ce que l'homme aura envoyé en avant" désigne : "les actions qu'il aura dûment acquises (kasb) durant sa vie sur terre" ; cela englobe :
----- les bonnes croyances, ainsi que les bonnes actions intérieures et extérieures : "وَمَا تُقَدِّمُواْ لأَنفُسِكُم مِّنْ خَيْرٍ تَجِدُوهُ عِندَ اللّهِ" (Coran 2/110) ; "وَمَا تُقَدِّمُوا لِأَنفُسِكُم مِّنْ خَيْرٍ تَجِدُوهُ عِندَ اللَّهِ هُوَ خَيْرًا وَأَعْظَمَ أَجْرًا" (Coran 73/20) ; "يَقُولُ يَا لَيْتَنِي قَدَّمْتُ لِحَيَاتِي" (Coran 89/24) ;
----- les mauvaises croyances, ainsi que les actions intérieures et extérieures : "وَلَوْ تَرَى إِذْ يَتَوَفَّى الَّذِينَ كَفَرُواْ الْمَلآئِكَةُ يَضْرِبُونَ وُجُوهَهُمْ وَأَدْبَارَهُمْ وَذُوقُواْ عَذَابَ الْحَرِيقِ ذَلِكَ بِمَا قَدَّمَتْ أَيْدِيكُمْ وَأَنَّ اللّهَ لَيْسَ بِظَلاَّمٍ لِّلْعَبِيدِ" (Coran 8/50-51).

– Et "ce que l'homme aura laissé en arrière" désigne : "les bonnes actions (celles évoquées en I comme en II) qu'il aura eu l'occasion d'acquérir (kasb) mais qu'il aura délaissées" pour x raisons (intérêt personnel / conformisme / paresse / préférence donnée à l'avantage temporel sur le devoir) : et ce : qu'il s'agisse d'une croyance correcte, d'une bonne action intérieure ou d'une bonne action extérieure.

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La Sunna a donc enseigné de demander à Dieu (entre autres choses) :

"Ô Dieu, pardonne-moi" :
---
"ce que j'ai envoyé en avant" : il s'agit des mauvaises actions que j'ai acquises ;
---
"et ce que j'ai laissé en arrière" : il s'agit des manquements que j'ai eus dans le bien : soit j'ai complètement délaissé ce bien ; soit je l'ai accompli de façon très incomplète.
"فاغفر لي ما قدمت وما أخرت، وأسررت وأعلنت، وما أنت أعلم به مني. لا إله إلا أنت" (al-Bukhârî, 7004 etc., Muslim, 769 :
'an Ibn Abbâs, au sein d'une bien plus longue du'â).
"ثم يكون من آخر ما يقول بين التشهد والتسليم: "اللهم اغفر لي ما قدمت وما أخرت، وما أسررت وما أعلنت، وما أسرفت، وما أنت أعلم به مني. أنت المقدم وأنت المؤخر. لا إله إلا أنت" (Muslim, 771 : 'an Alî ibn Abî Tâlib).
"رب اغفر لي خطيئتي وجهلي، وإسرافي في أمري كله، وما أنت أعلم به مني. اللهم اغفر لي خطاياي، وعمدي وجهلي وهزلي، وكل ذلك عندي. اللهم اغفر لي ما قدمت وما أخرت، وما أسررت وما أعلنت. أنت المقدم وأنت المؤخر، وأنت على كل شيء قدير" (al-Bukhârî, 6035, Muslim, 2719 : 'an Abî Mûssâ).

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Par ailleurs, Dieu dit dans le Coran :

--- "Et qu'une âme regarde ce qu'elle a envoyé en avant pour demain" : "وَلْتَنظُرْ نَفْسٌ مَّا قَدَّمَتْ لِغَدٍ" (Coran 59/18) ; "demain", c'est la vie dernière.
--- "Le jour où l'homme regardera ce que ses deux mains ont envoyé en avant" : "يَوْمَ يَنظُرُ الْمَرْءُ مَا قَدَّمَتْ يَدَاهُ" (Coran 78/40).

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V) Un autre verset dit : "Nous ferons revivre les morts. Et Nous écrivons ce qu'ils ont envoyé en avant, et leurs traces. Et toute chose, Nous l'avons consignée dans un guide clair" : "إِنَّا نَحْنُ نُحْيِي الْمَوْتَى وَنَكْتُبُ مَا قَدَّمُوا وَآثَارَهُمْ وَكُلَّ شَيْءٍ أحْصَيْنَاهُ فِي إِمَامٍ مُبِينٍ" (Coran 36/12) :

Ici, d'après l'un des commentaires :
--- "ce qu'ils ont envoyé en avant" désigne : "ce qu'ils ont envoyé en avant - de bien ou de mal - par le fait de l'avoir acquis par eux-mêmes" ;
--- quant à "leurs traces", cela désigne : "ce qu'ils ont envoyé en avant - de bien ou de mal - par le fait de l'avoir tracé comme voie, dans la mesure où d'autres personnes qu'eux ont suivi cette voie qu'ils ont tracée, ce qui a été inscrit dans leur compte à eux aussi, en tant que bien, ou mal" :
"وقوله: {ونكتب ما قدموا} أي: من الأعمال، وفي قوله: {وآثارهم} قولان: أحدهما: نكتب أعمالهم التي باشروها بأنفسهم، وآثارهم التي أثروها من بعدهم، فنجزيهم على ذلك أيضا: إن خيرا فخير، وإن شرا فشر" (Tafsîr Ibn Kathîr). الثالث: ما أثروا من سنة حسنة أو سيئة يعمل بها بعدهم؛ قاله ابن عباس، وسعيد بن جبير، واختاره الفراء، وابن قتيبة، والزجاج" (Zâd ul-massîr).

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La règle est que les deux humains acquièrent la bonne action / le péché : l'homme qui a fait cette action ; ainsi que la personne qui a été la cause que cet homme fasse cette action.

Cela en vertu de ce que les hadîths suivants rappellent, qui montrent cela pour le fait d'inviter à la guidance ou à l'erreur - cette invitation pouvant se faire par la parole, ou par l'action servant d'exemple - : "عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "من دعا إلى هدى، كان له من الأجر مثل أجور من تبعه، لا ينقص ذلك من أجورهم شيئا. ومن دعا إلى ضلالة، كان عليه من الإثم مثل آثام من تبعه، لا ينقص ذلك من آثامهم شيئا" : "Celui qui invite à une guidance aura, en récompense, chose semblable à la récompense de qui le suivront, cela ne diminuant rien de leur récompense à eux. Et celui qui invite à un égarement aura, en péché, chose semblable au péché de qui le suivront, cela ne diminuant rien de leur péché à eux" (Muslim, 2674). "Celui qui trace en islam une bonne sunna, et après lui on agit sur cette voie, sera écrit pour lui récompense semblable à qui auront agi selon cette voie, cela ne diminuant rien de leur récompense à eux. Et celui qui trace en islam une mauvaise sunna, et après lui on agit sur cette voie, sera écrit pour lui fardeau semblable à qui auront agi selon cette voie, cela ne diminuant rien de leur fardeau à eux" : "عن جرير بن عبد الله، قال: جاء ناس من الأعراب إلى رسول الله صلى الله عليه وسلم عليهم الصوف فرأى سوء حالهم قد أصابتهم حاجة، فحث الناس على الصدقة، فأبطئوا عنه حتى رئي ذلك في وجهه. قال: ثم إن رجلا من الأنصار جاء بصرة من ورق، ثم جاء آخر، ثم تتابعوا، حتى عرف السرور في وجهه، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من سن في الإسلام سنة حسنة، فعمل بها بعده، كتب له مثل أجر من عمل بها، ولا ينقص من أجورهم شيء. ومن سن في الإسلام سنة سيئة، فعمل بها بعده، كتب عليه مثل وزر من عمل بها، ولا ينقص من أوزارهم شيء" (Muslim, 1017/15). "Une bonne sunna" désigne ici un exemple qu'un musulman a montré, faisant une action déjà instituée en islam, par Coran et Hadîths.

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Il y a, comme exception à cette règle (exception en vertu de laquelle les personnes ayant été suivies n'acquerront pas le péché pour la mauvaise action que les hommes qui les ont suivis auront commise), les cas suivants :
--- le cas relevant du niveau "ijtihâdî" lorsque la personne ayant été suivie avait les compétences, et a approfondi la recherche avant de se prononcer, mais s'est trompée : cette erreur sera alors pardonnée à cette personne, et elle recevra même une récompense pour son effort d'interprétation ;
--- le cas relevant du niveau "ghayr-ijtihâdî" lorsque la personne ayant été suivie avait les compétences, et a approfondi la recherche avant de se prononcer, mais s'est trompée : cette erreur sera alors pardonnée à cette personne, mais elle ne recevra pas de récompense pour son effort d'interprétation.

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Lire : Nulle personne ne portera le fardeau d'une autre. Par contre, le Jour du Jugement, chaque personne portera bien son fardeau à elle : ses mauvaises croyances et ses mauvaises actions (intérieures comme extérieures).

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VI) Par contre, aux versets suivants, des termes voisins désignent chose différente :

--- "لِيَغْفِرَ لَكَ اللَّهُ مَا تَقَدَّمَ مِن ذَنبِكَ وَمَا تَأَخَّرَ" : "afin que Dieu te pardonne ce qui a précédé de ton péché, ainsi que ce qui vient après" (Coran 48/2) : ici, cela désigne : ce qui a été fait avant le moment de la révélation de ce passage, et ce qui sera fait après le moment de sa révélation jusqu'au départ de ce monde : قيل: ما تقدم قبل الفتح وما تأخر بعد الفتح. وقيل: ما تقدم قبل نزول هذه الآية وما تأخر بعدها" (Tafsîr ul-Qurtubî).

--- "يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ" : "Il sait ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux" (Coran 2/255 ; 21/27 ; 22/76) : ici, cela désigne : les actions que les créatures vont faire, et celles qu'elles ont déjà faites : "والمراد بـ{ما بين أيديهم وما خلفهم}: ما هو ملاحظ لهم من المعلومات وما خفي عنهم أو ذهلوا عنه منها؛ أو: ما هو واقع بعدهم وما وقع قبلهم، وأما علمه بما في زمانهم فأحرى؛ وقيل: المستقبل هو ما بين الأيدي، والماضي هو الخلف؛ وقيل: عكس ذلك" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

--- "وَقَيَّضْنَا لَهُمْ قُرَنَاءَ فَزَيَّنُوا لَهُم مَّا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ" : "Et Nous leur avons assigné des compagnons, alors ceux-ci leur ont enjolivé ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux" (Coran 41/25) : cela désigne respectivement, dit Ibn Kathîr : les actions que ces hommes ont déjà faites, et celles qu'ils projettent de faire dans le futur : "أي: حسنوا لهم أعمالهم في الماضي، وبالنسبة إلى المستقبل، فلم يروا أنفسهم إلا محسنين؛ كما قال تعالى: {ومن يعش عن ذكر الرحمن نقيض له شيطانا فهو له قرين وإنهم ليصدونهم عن السبيل ويحسبون أنهم مهتدون" (Tafsîr Ibn Kathîr). Le commentaire par l'inverse serait-il possible, en vertu de quoi il s'agirait de, respectivement : les actions que ces hommes projettent de faire dans le futur, et celles qu'ils ont déjà faites : ces compagnons les enjolivent à leurs yeux, de sorte que ni ils n'ont l'intention de changer d'actions pour le restant de leur vie, ni ils ne se repentent de celles qu'ils ont déjà faites dans le passé ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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