"لآ اِلَـهَ اِلا الله" : L'adhésion au Monothéisme revêt 2 grands Niveaux. En effet, l'action générale : "Adorer Dieu" (عبادة الله) revêt 2 Niveaux : "أصل العبادة", et "كمال العبادة". Et l'action interdite "Associer quelque chose à Dieu" ("إشراك شيء بالله في العبادة") revêt aussi 2 Niveaux : "كفر أكبر", et "فسق صغير"

I) Introduction :

Un verset coranique :

Dans le Coran, Dieu nous dit : "وَاعْبُدُواْ اللّهَ وَلاَ تُشْرِكُواْ بِهِ شَيْئًا" : "Et faites la 'Ibâda de Dieu, et ne Lui faites le Shirk de rien" (Coran 4/36).

On trouve ici :
--- la demande de faire "عبادة الله" ("faire la 'Ibâda d'Allâh", "adorer Dieu"),
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et l'interdiction de faire "
إشراك شيء بالله" ("associer quelque chose à Dieu, dans la 'Ibâda").

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Un hadîth prophétique qui contient la même double formule :

"عن أنس، عن معاذ، قال: أنا رديف النبي صلى الله عليه وسلم فقال: "يا معاذ!" قلت: لبيك وسعديك! ثم قال مثله ثلاثا: "هل تدري ما حق الله على العباد؟" قلت: لا، قال: "حق الله على العباد أن يعبدوه ولا يشركوا به شيئا." ثم سار ساعة، فقال: "يا معاذ!" قلت: لبيك وسعديك! قال: "هل تدري ما حق العباد على الله إذا فعلوا ذلك؟ أن لا يعذبهم"".

Mu'âdh raconte : "J'étais monté en croupe derrière le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), sur un âne nommé 'Ufayr.
(A un moment donné) le Prophète me dit : "Ô Mu'âdh ! - Me voici, Messager de Dieu !"
Alors il (laissa la monture) avancer un moment, puis me dit : "Ô Mu'âdh ! - Me voici, Messager de Dieu !"
Il (laissa de nouveau la monture) avancer un moment, puis me dit : "Ô Mu'âdh ! - Me voici, Messager de Dieu !"
Il dit alors : "Sais-tu quel est le droit de Dieu sur les hommes ? - Dieu et Son Messager savent mieux ! - Le droit de Dieu sur les hommes est que ceux-ci fassent Sa 'Ibâda et ne Lui fassent Shirk de rien."
Ensuite il (laissa la monture) avancer un moment, puis dit : "Ô Mu'âdh ! - Me voici, Messager de Dieu ! - Sais-tu quel est le droit des hommes par rapport à Dieu s'ils font cela ? - Dieu et Son Messager savent mieux ! - C'est qu'Il ne les châtie pas" (rapporté par al-Bukhârî, 5912, mais aussi 5622, 2701, 6135 ; Muslim, 30 ; quelques variantes existent, avec quelques différences au niveau des termes).

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Dans le verset suscité comme dans ce hadîth, on lit 2 choses :

--- A) d'abord faire quelque chose : "عبادة الله", "'Ibâdat ullâh" : "Adorer Dieu ; Lui rendre le culte" ;

--- B) ensuite s'abstenir de faire quelque chose : "عدم إشراك شيء بالله في العبادة", "'Adamu ishrâki shay'in billâh fi-l-Ibâda" : "Ne rien associer à Dieu dans le culte qu'on voue" ;
- ce qui revient à : "توحيد الله بالعبادة", "Tawhîd ullâh bi-l-'Ibâda" : "Garder Dieu unique dans le culte qu'on voue".

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Chacune de ces 2 choses possède un contraire :

--- A) "عبادة الله", "'Ibâdat ullâh" : "Adorer Dieu" | Son contraire est : "تعطيل الله", "Ta'tîl ullâh" : "Dépouiller Dieu / Délaisser Dieu".

--- B) "توحيد الله بالعبادة", "Tawhîd ullâh bi-l-'Ibâda" : "Garder Dieu unique dans le culte" | Son contraire est : "الإشراك بالله في العبادة", "Ishrâk billâh" : "Associer quelque chose à Dieu dans le culte".

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On retrouve ces 2 choses dans la première partie de la formule de foi : "لآ اِلَـهَ اِلا الله" :

Cette formule signifie en fait : "لآ اِلَـهَ حَقٌّ اِلا الله" : "Il n'y a aucune divinité qui soit vraie, sauf Dieu".

"Ilâh" est en fait : "Ma'lûh", pour : "Ma'bud" (lire l'article exposant cela).

On retrouve dès lors, dans cette formule de foi, les deux choses susmentionnées, mais dans l'ordre inverse :
--- d'abord la négation (naf'y) du propos (le caractère divin) par rapport à tout thème,
--- ensuite l'affirmation (ithbât) du même propos pour Dieu.

--- B) "نفي الإلهية عن جنس الأشياء" : "la Négation de la véracité du caractère divin, par rapport à toute chose" ;

--- A) "إثبات الإلهية لله" : "l'Affirmation de ce caractère divin, par rapport à Dieu".

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II) L'action générale "عبادة الله" ("faire la 'Ibâda d'Allâh", "adorer Dieu") possède 2 niveaux :

Ces 2 niveaux sont :
- l'une est le fait de diviniser Dieu ;
- ensuite d'autres intensités existent.
Pour plus de détails, lire notre article : Différents "recouvrements" du terme "'Ibâda" ("adorer"), dans la formule : "عبادة الله" ("faire la 'Ibâda d'Allâh", "adorer Dieu").

- A) Au sein de "عبادة الله", "'Ibâdat ullâh", il y a donc :
--- A.a) "أصل عبادة الله", "Aslu 'Ibâdat illâh" ;
--- A.b) "كمال عبادة الله الواجب", "Kamâlu 'Ibâdat illâh al-Wâjibu".

- A') Il en résulte qu'il existe :
--- A.a') "تعطيل الله الأكبر", "Ta'tîl ullâh al-Akbar" ;
--- A.b') "تعطيل الله الصغير", "Ta'tîl ullâh al-Saghîr".

Le "تعطيل الله الأكبر" ("Ta'tîl ullâh al-Akbar") relève du niveau grave : du "كفر أكبر", "Kufr akbar".

Par contre, le "تعطيل الله الصغير" ("Ta'tîl ullâh al-Asghar") n'est pas du Kufr Akbar mais du "فسق صغير", "Fisq Saghîr" : il diminue gravement la foi (Inqâs ul-Kamâl al-wâjib), même s'il ne remet pas en jeu son fondement (Asl) même.

Lire les deux articles suivants :
- La foi : racines et branches
- Avoir le Dîn complet

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III) La 2nde action est le "توحيد الله بالعبادة". Elle aussi possède 2 niveaux :

- B) Au sein de "توحيد الله بالعبادة", "Tawhîd ullâh bi-l-'Ibâda", il y a :
--- B.a) "أصل توحيد الله", "Aslu Tawhîd illâh" ;
--- B.b) "كمال توحيد الله", "Kamâlu Tawhîd illâh".

- B') Et, au sein de son contraire, , "شرك أكبر بالله", "Shirk billâh", il y a donc :
--- B.a') "شرك أكبر بالله", "Shirk Akbar billâh" ;
--- B.b') "شرك صغير بالله", "Shirk Saghîr billâh".

Le "شرك أكبر بالله" ("Shirk Akbar billâh") relève du niveau grave : du "كفر أكبر", "Kufr akbar".

Par contre, le "شرك صغير بالله" ("Shirk Saghîr billâh") n'est pas du Kufr Akbar mais du "فسق صغير", "Fisq Saghîr" : il diminue gravement la foi (Inqâs ul-Kamâl al-wâjib), même s'il ne remet pas en jeu son fondement (Asl) même.

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IV) Et ces 2 niveaux de 'Ibâdat ullâh (Asl et Kamâl) et de Ta'tîl ullâh (Akbar et Saghîr) se retrouvent en plusieurs domaines. De même, les 2 niveaux de Tawhîd ullâh bi-l-'Ibâda (Asl et Kamâl) et Ishrâk billâh (Akbar et Saghîr) se retrouvent en plusieurs domaines :

Rappelons tout d'abord que les moyens par lesquels on divinise quelque chose (Asl ul-IbâdaAt-Ta'lîh) sont de 2 grandes catégories :
--- soit le développement, en son for intérieur, de la croyance que cet être possède quelque chose de la Perfection Absolue (cet être étant alors le sujet de cet état). C'est là : "التأليه بالخبر" ;
--- soit la pratique, à l'égard de cet être, d'une action particulière, laquelle action exprime sans nul doute possible qu'on a au sujet de cet être la croyance qu'il possède quelque chose de la Perfection Absolue (cet être étant alors l'objet de cette action humaine). C'est là : "التأليه بالعمل".

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Voici un tableau exposant cela (les explications en français sont plus bas) :
Darajâtu Ibadat-illah

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--- Ne pas reconnaître l'existence ou le caractère divin de Dieu, c'est tomber dans le Ta'tîl Akbar |
--- Diviniser un autre que Dieu, c'est tomber dans le Shirk Akbar.

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--- Ne pas conférer à Dieu (malgré la reconnaissance de Son existence et de Son caractère divin) l'ensemble des Attributs qui sont Siens (Omnipotence, Omniscience), c'est tomber dans le Ta'tîl Akbar |
--- Conférer à un autre que Dieu l'un de Ses attributs spécifiques, c'est tomber dans le Shirk Akbar.

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--- Dans son agir, ne pas aimer Dieu, ou ne pas craindre Dieu, même pas au degré qui lui revient de façon minimale (donc Le détester ou Le défier), c'est tomber dans le Ta'tîl Akbar |
--- Aimer un autre que Dieu d'un amour que l'on ne porte qu'à Dieu (hubbu ta'alluhin), c'est tomber dans le Shirk Akbar.

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--- Ne pas conférer à Dieu l'un de Ses Attributs qui fait l'objet d'un consensus, mais alors que la question est subtile (daqîq) et le faire sur la base d'un raisonnement faux mais qui repose sur quelque chose digne de ce nom (shub'ha), c'est tomber dans le Ta'tîl Saghîr. C'est ce qu'ont fait les Jahmites et les Mutazilites lorsqu'ils ont dit que Dieu n'a pas Deux Mains et que la formule coranique "يديّ" est nécessairement à appréhender au sens figuré, et signifie donc : "la Puissance de Dieu" ou : "la Force de Dieu" (cela n'est pas du Kufr akbar : Al-Qawl ul-mufîd, p. 765. Cela est du Dhalâl.) |
--- Conférer à un autre que Dieu l'un de Ses attributs, mais alors que la question est subtile (daqîq) et le faire sur la base d'un raisonnement faux mais qui repose sur quelque chose digne de ce nom (shub'ha), c'est tomber dans le Shirk Saghîr. C'est ce qu'ont fait les Qadarites lorsqu'ils ont dit que c'est l'homme qui crée ses actions, ce n'est pas Dieu.

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--- Quant à conférer à Dieu un attribut spécifiquement humain (Tristesse, Fatigue), c'est tomber dans le Tamthîl, ce qui constitue une forme de Ta'tîl (vu que cela revient à ne pas conférer à Dieu un Attribut qui Lui revient et qui est le contraire de cet attribut spécifiquement humain). Dans certains cas cela constitue un Ta'tîl Akbar, dans d'autres un Ta'tîl Saghîr.

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--- Dans son agir, ne pas aimer Dieu, ou ne pas craindre Dieu, au degré complet qu'Il mérite, c'est tomber dans le Ta'tîl Saghîr|
--- Aimer un autre que Dieu d'un amour qui est plus accentué que l'amour naturel qu'on peut avoir pour lui, alors même que cet amour est indépendant de l'amour qu'on a pour Dieu (hubb zâ'ïd 'an il-hubb at-tab'î, wa mustaqill 'an hubb illâh), c'est tomber dans le Shirk Saghîr.

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--- Dans son agir concret (al-'amal az-zâhir), délaisser l'accomplissement des actions cultuelles obligatoires (wâjibât) ("al-'ibâdât" au sens particulier du terme) (prières rituelles, jeûne, évocation obligatoire de Dieu, etc.), c'est tomber dans le Ta'tîl 'Amalî, Saghîr (ce n'est pas du Kufr Akbar). Cela car on "oublie" alors Dieu ("نسوا اللهَ") de façon importante, on Le "délaisse", par le fait de sciemment délaisser les actions qui ont été instituées pour "se souvenir de Lui" (ذكر الله) |
--- Faire des actions d'obéissance à Dieu qui sont obligatoires, mais les faire en ayant intérieurement la motivation d'acquérir ainsi la renommée chez les hommes, c'est tomber dans le Riyâ', qui est aussi du Shirk Saghîr, comme stipulé dans des hadîths bien connus.

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--- Dans son agir concret (al-'amal az-zâhir), délaisser, dans les domaines temporel (al-'âdât), l'accomplissement des actions que Dieu a rendues obligatoires (wâjibât), c'est tomber dans le Ta'tîl Saghîr. Ainsi en est-il de délaisser l'ordre de Dieu de subvenir à ses besoins en obtenant des biens matériels licites, par exemple ; de délaisser l'ordre de Dieu de fonder une famille alors qu'on en les moyens ; etc. |
--- Commettre des actions que Dieu a strictement interdites (kabâ'ïr ghayru kufr akbar) (quelque soit le domaine), c'est tomber dans le Shirk Saghîr. Ainsi en est-il de satisfaire son besoin de nourriture en mangeant ce qui n'est pas halal ; de gagner des biens matériels par une voie qui est illicite ; de satisfaire son élan sexuel par une voie qui est interdite ; etc. Cela s'explique par le fait qu'on obéit alors à un penchant en désobéissant à Dieu, qui a interdit cette expression précise de ce penchant : on met donc quelque chose au même niveau que Dieu ("وربما نقول على هذا التعريف: إن المعاصي كلها شرك أصغر، لأن الحامل عليها الهوى، وقد قال تعالى: {أفرأيت من اتخذ إلهه هواه وأضله الله على علم" : Al-Qawl ul-mufîd, p. 84. Voir également : p. 36, p. 54, p. 198, etc.).

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--- Dans son agir concret, manquer à faire le bien qui est obligatoire (wâjib) vis-à-vis des créatures de Dieu (par exemple ne pas leur donner à manger alors qu'ils sont dans la famine et qu'on possède du surplus), c'est tomber dans le Ta'tîl Saghîr |
--- Agir injustement (muharram) vis-à-vis de certaines créatures de Dieu, c'est tomber dans le Shirk Saghîr.

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--- Dans son agir concret, ne pas faire ce qui est obligatoire pour la cause du Dîn de Dieu, c'est tomber dans le Ta'tîl Saghîr. Cela car on "délaisse" alors "la cause de Dieu" de façon importante, on Le "délaisse" |
--- Faire des actions pour la cause du Dîn de Dieu qui sont obligatoires, mais les faire en ayant intérieurement la motivation d'acquérir ainsi la renommée chez les hommes, c'est tomber dans le Riyâ', qui est aussi du Shirk Saghîr.

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V) Pour ces différents domaines, le Ta'tîl est encore plus grave que le Ishrâk :

Ibn Taymiyya écrit :
"قال الضحاك: "إن الله يحب أن يذكر اسمه وإن كان يشرك به". يعني أن المشرك به خير من المعطل الجاحد الذي لا يذكر اسم الله بحال، وأهل الكتاب [الذين كفروا بمحمد
صلى الله عليه وسلم] خير من المشركين. وقد ذكرنا أنه لما اقتتل فارس والروم وانتصرت الفرس ساء ذلك أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم وكرهوا انتصار الفرس على النصارى؛ لأن النصارى أقرب إلى دين الله من المجوس. والرسل بعثوا بتحصيل المصالح وتكميلها، وتعطيل المفاسد وتقليلها، وتقديم خير الخيرين على أدناهما حسب الإمكان، ودفع شر الشرين بخيرهما" :
Ibn Taymiyya cite ici un propos de adh-Dhahhâk, puis le commente ainsi : "(Adh-Dhahhâk) veut dire (par là) : "Celui qui est Polythéiste [= Hénothéiste] est meilleur [= moins éloigné de la vérité] que celui qui est Athée et ne prononce jamais le Nom de Dieu. Et les Gens du Livre (qui sont kâfir par rapport à Muhammad) sont meilleurs [= moins éloignés de la vérité] que ceux qui sont Polythéistes [= Hénothéistes]. (...)" (Al-Jawâb us-sahîh, 1/240).

Ibn Taymiyya écrit également :
"قاعدة في أن جنس فعل المأمور به أعظم من جنس ترك المنهي عنه؛ وأن جنس ترك المأمور به أعظم من جنس فعل المنهي عنه؛ وأن مثوبة بني آدم على أداء الواجبات أعظم من مثوبتهم على ترك المحرمات؛ وأن عقوبتهم على ترك الواجبات أعظم من عقوبتهم على فعل المحرمات"
:
"Principe selon lequel : la catégorie générale (jins) "faire ce qui est ordonné" est plus importante que la catégorie générale (jins) "délaisser ce qui est défendu" ; et la catégorie générale "délaisser ce qui est ordonné" est plus grave que la catégorie générale "commettre ce qui est défendu""
(MF 20/85).

Ceci a été évoqué plus en détail dans notre article : C'est le fait d'accomplir les actions demandées (ma'mûr bihâ) qui constitue la finalité. Quant au fait de se préserver des actions mauvaises (man'hî 'anhâ), cela est bien sûr nécessaire, mais l'objectif en est de ne pas nuire à la réalisation de la finalité.

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VI) Jusqu'à présent, nous avons vu qu'il s'agit de 'Ibâdat ullâh et de "'Adamu ishrâki shay'in billâh fi-l-Ibâda". Cependant, pour qu'on fasse 'Ibâdat ullâh comme Dieu l'agrée, il faut suivre la voie qu'Il a dépêché Rassûl ullâh (Son Messager) nous enseigner. C'est ce qu'exprime la seconde partie de la formule de foi : "مُحَمَّدٌ رَسُوْلُ الله" :

Nous n'adorons que Dieu.

Mais nous ne L'adorons que par le moyen de ce qu'Il a dépêché le dernier de Ses prophètes, Muhammad, nous enseigner (vu que nous vivons dans la période de la validité de la Voie que Muhammad a apportée, que Dieu le bénisse et le salue).

"عن أبي هريرة أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "كل أمتي يدخلون الجنة إلا من أبَى." قالوا: يا رسول الله ومن يأبَى؟ قال: "من أطاعني دخل الجنة، ومن عصاني فقد أبَى" : Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "Toute ma Umma entrera au Paradis, sauf celui qui aura refusé. - Qui donc refuserait (d'entrer au Paradis), ô Messager de Dieu ? - Celui qui se conforme à ce que j'(ai apporté), celui-là entrera au Paradis. Et celui qui ne se conforme pas à ce que j'(ai apporté), c'est qu'il a refusé (d'y entrer)" (al-Bukhârî, 6851).

Ce "'Adam ul-Itâ'ah" ("le Fait de ne pas se conformer") s'envisage à deux niveaux ("وقال الطيبي: المراد إما أمة الدعوة، فالآبِي هو الكافر؛ أو أمة الإجابة، فالآبِي هو العاصي، استثناه زجرا وتغليظا" : Mirqât ul-mafâtîh) :

- Premier niveau : Ne pas adhérer du tout (en croyance même) à la voie que le dernier Messager de Dieu a apportée : cela constitue le 'Adamu Asl il-Itâ'ah. Et c'est tomber dans le Kufr akbar ou Fisq Akbar.
Si le message était bien parvenu à la personne, le fait qu'il n'y a pas du tout apporté foi conduit à la Géhenne perpétuelle.
A ce moment là, dans ce hadîth, "Umma" désigne : "Ummat ud-da'wa" : "tous ceux à qui le message du Prophète s'adresse et à qui il est parvenu".

- Second niveau : Ne pas adhérer en actes seulement à un ou plusieurs aspects obligatoires de cette voie (tout en y adhérant en croyances) : cela constitue le 'Adamu Kamâl il-Itâ'ah al-wâjib. Et c'est tomber dans le Kufr Saghîr ou Fisq Saghîr.
Si la norme concernant l'action délaissée était bien parvenue à la personne, cela conduit à la menace d'un séjour temporaire dans la Géhenne.
A ce moment, dans ce hadîth, "Umma" désigne : "Ummat ul-ijâba" : "ceux qui ont accepté le message du Prophète et sont donc musulmans".

Ensuite, au sein de ce Second niveau :

--- Ne pas se conformer à ce que dit cette voie en commettant une action que cette voie a strictement interdite ou en délaissant une action que cette voie a rendue strictement obligatoire, cela constitue de la Ma'siya Mujarrada.

--- Et ne pas se conformer à ce que dit cette voie en faisant, par ta'abbud (considération d'obligation ou de recommandation par élément), un élément qui n'a pas été instituée dans cette voie ; ou en faisant, avec une perception de 'ibâda, une action à qui cette voie n'a pas conféré une telle perception ; ou en adoptant une croyance dînî qui n'est pas celle que cette voie a enseignée : tout cela constitue une Ma'siya d'un type particulier : la Bid'a.

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VII) Que signifie le passage de ce hadîth qui dit : "Le droit des hommes par rapport à Dieu, c'est qu'Il ne châtie pas celui qui aura fait Sa 'Ibâda et n'aura pas fait le Shirk de quelque chose avec Lui" ?

Le fait que Dieu ne "châtiera pas celui qui aura fait Sa 'Ibâda et n'aura pas fait le Shirk de quelque chose avec Lui", cela s'envisage à deux niveaux :

- Premier niveau : "Dieu ne châtiera pas du tout" :
l'homme qui aura fait toute la "أصل عبادة الله" ("Aslu 'Ibâdat illâh") et se sera préservé de tout "شرك أكبر بالله" ("Shirk Akbar billâh"), de même qu'il aura fait toute la "كمال عبادة الله الواجب" ("Kamâlu 'Ibâdat illâh al-Wâjibu") et
se sera préservé de tout "شرك صغير بالله" ("Shirk Saghîr billâh").

- Second niveau : "Dieu ne châtiera pas d'un châtiment perpétuel" :
l'homme qui aura fait toute la "أصل عبادة الله" ("Aslu 'Ibâdat illâh") et se sera préservé de tout "شرك أكبر بالله" ("Shirk Akbar billâh"), cependant n'aura pas fait toute la "كمال عبادة الله الواجب" ("Kamâlu 'Ibâdat illâh al-Wâjibu") ni/ou ne se sera pas préservé de tout "شرك صغير بالله" ("Shirk Asghar billâh").

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VIII) Les hommes ont-ils des droits sur Dieu ?

Dans les faits, non, l'homme n'a pas véritablement de "droit sur Dieu", car rien n'incombe à Dieu (lâ yajibu shay'un 'alallâh).

Ce sont là donc seulement des garanties que Dieu a, de Lui-même, accordées.

La différence entre les deux se joue au niveau de la perception qu'on en a.

Par ailleurs, il faut rappeler que, dans le concret, nulle créature ne fait l'adoration complète et obligatoire de Dieu d'une façon telle qu'elle soit à la hauteur de ce que Dieu mérite.
C'est la raison pour laquelle le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit aussi :
--- "عن جابر قال: سمعت النبى صلى الله عليه وسلم يقول: لا يُدْخِلُ أحدًا منكم عملُه الجنةَ ولا يُجيرُه من النار، ولا أنا، إلا برحمة من الله" : "Aucun parmi vous, ni moi, son action (bonne) ne le fera entrer dans le paradis ni ne le protègera du feu. (Ce sera) seulement par une Miséricorde de la part de Dieu" (Muslim).
--- "عن زيد بن ثابت، قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "لو أن الله عذب أهل سماواته وأهل أرضه، لعذبهم وهو غير ظالم له؛، ولو رحمهم، لكانت رحمته خيرا لهم من أعمالهم" : "Si Dieu châtiait les gens de Ses cieux et les gens de Sa terre, Il les châtierait sans être injuste par rapport à eux. Et s'Il leur faisait miséricorde, le fait qu'Il leur fasse miséricorde serait meilleur pour eux que les (bonnes) actions qu'ils ont faites" (Abû Dâoûd, 4699, Ibn Mâja, 77).

Lire à ce sujet notre article : Que signifie le hadîth qui dit en substance : "Si Dieu châtiait tout le monde, ce ne serait pas injustice de Sa part" ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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