Quelle est la différence entre "faire une action donnée" : "a) avec l'objectif de Ta'abbud" / "b) avec l'objectif de Maslaha Shar'iyya" / "c) par 'Âdah Shakhsiyya, habitude ou goût personnels" ? - ما الفرق بين مباشرة العمل بقصد التعبّد، وبقصد المصلحة، وبقصد العادة ؟ - Par ailleurs : Lorsqu'on accomplit une action purement autorisée (Mubâh), peut-on avoir l'intention que cela rapproche de Dieu ?

Il existe d'une part des actions qu'il est explicitement requis de faire (matlûb ul-fi'l).
Mais il existe aussi, d'autre part, des actions qui relèvent de la simple autorisation (ibâha).

Quand on dit qu'une action est requise (matlûb) dans les textes (nussûs) ou suite à une analogie évidente (qiyâs jalî), cela signifie que :

--- 1) d'une part elle est requise en soi (matlûb fî nafsihî) et donc qu'en soi elle constitue de l'obéissance à Dieu (et ne constitue donc pas seulement la muqaddima ou la dharî'a de l'action qui est requise ; comme c'est le cas du fait de se déplacer pour arriver au lieu voulu – c'est là la muqaddima de l'action requise – ; de même que l'est le fait de se reposer afin de pouvoir se réveiller la nuit et accomplir la prière de nuit – il s'agit de nouveau de la muqaddima de cette action recommandée – ; ou encore pratiquer une activité sportive afin que son corps reste en bonne santé – il s'agit là de la dharî'a d'un objectif général –) ;
--- 2) et d'autre part elle est requise en son élémentarité aussi (matlûb bi juz'iyyatihî) (et ne forme donc pas ce qui, étant purement autorisé, est seulement un élément constitutif de l'action qui est, à une échelle plus globale, requise ; comme c'est le cas du fait de manger tel aliment, ou de prendre ses repas à tel et tel moments de la journée : cela est en son élémentarité purement autorisé, mubâh, et n'est requis que parce que formant des éléments constituant l'action de se nourrir, qui, elle, est requise).

Cela à la différence de l'action qui est purement autorisée (mubâh) dans les textes. Une action de ce type-ci :

--- soit n'est pas requise de la part de Dieu en soi (ghayr matlûb fî nafsihî bal li ghayrihî),
--- soit n'est pas requise en son élémentarité (ghayr matlûb bi juz'iyyatihî bal bi kuliyyatihî).

Ce qu'il y a c'est que :

soit Dieu a requis une action donnée, et cette action mubâh forme son constituant à échelle plus petite (juz'î mukawwin) (talaballâhu kulliyya hâdha-l-'amal ; fa hâdha-l-'amalu : mubâh bi juz'iyyatihî).
C'est le cas de l'exemple que nous venions de citer : manger tel aliment précis, et prendre un repas à telle heure chaque jour, sont les éléments mubâh qui réalisent, à une échelle plus globale, l'action de se nourrir. Or ce que Dieu a requis c'est seulement cette action plus globale (mutlaq) ("Et mangez et buvez ; et ne faites pas d'excès" : Coran 7/31 ; il est d'ailleurs obligatoire de consommer la nourriture dont on dispose pour se maintenir en vie : lire à ce sujet l'article qui traite de 'Azîma /Rukhsa).
C'est le cas également d'avoir des relations intimes avec son épouse parce que elle ou soi-même en éprouve le besoin, un besoin physique conséquent : satisfaire ce besoin par le biais de cette relation licite est alors ta'abbudî (soit obligatoire soit recommandé).
"وأيضا فالعبد مأمور بفعل ما يحتاج إليه من المباحات: هو مأمور بالأكل عند الجوع، والشرب عند العطش. (...). وكذلك هو مأمور بالوطء عند حاجته إليه، بل وهو مأمور بنفس عقد النكاح إذا احتاج إليه وقدر عليه. فقول النبي صلى الله عليه وسلم "في بضع أحدكم صدقة". فإن المباضعة مأمور بها لحاجته ولحاجة المرأة إلى ذلك؛ فإن قضاء حاجتها التي لا تنقضي إلا به بالوجه المباح: صدقة" (MF 10/462-463 : ici, "mubâh" signifie : "halâl").
Cependant, les éléments constituant une relation intime sont tous mubâh (mis à part la récitation de la basmala avant, etc.). L'impératif concerne l'action globale, pas les éléments la constituant, qui, eux, peuvent différer en fonction des goûts et des coutumes. C'est ce qu'ils ont en commun et qui permet de réaliser l'action globale requise qui est requise :
"فهو أمر بمعني مطلق كلي، والأمر بالمعني المطلق الكلي ليس أمراً بمعين بخصوصه، ولا نهياً عنه؛ بل لا يمكن فعل المطلق إلا بمعين، أيّ معين كان. فهو أمر بالقدر المشترك بين المعينات.
فما امتاز به معين عن معين فالخيرة فيه إلي المأمور، لم يؤمر به ولم ينه عنه.
وما أشتركت فيه المعنيات ـ وهو القدر المشترك ـ فهو الذي أمر به الآمر.
وهذا يحل الشبهة في مسألة المأمور المخير، والأمر بالماهية الكلية: هل يكون أمراً بشيء من جزئياتها أم لا؟ فالمخير هو الذي يكون أُمِرَ بخصلة من خصال معينة. كما في فدية الأذى وكفارة اليمين، كقوله تعالى {ففدية من صيام أو صدقة أو نسك}، وقوله تعالى {فكفارته إطعام عشرة مساكين من أوسط ما تطعمون أهليكم أو كسوتهم أو تحرير رقبة}"
(Dar' ut-ta'ârudh, 1/214 : 1/223 dans l'édition que je possède) ;

soit Dieu a requis une action donnée, et cette action mubâh, bien que d'un tout autre ordre, rend possible de pratiquer la première action (et en est donc la muqaddima).
Par exemple se déplacer spatialement pour parvenir à la Mecque et y accomplir le pèlerinage. Ou se déplacer spatialement pour parvenir à la mosquée et y accomplir la grande prière du vendredi. Ou encore : se reposer à tel moment pour pouvoir se réveiller la nuit et accomplir la prière facultative de la nuit ;

soit Dieu a requis une action donnée, et cette action mubâh, qui est tout autre, y conduit (et en est donc la dharî'a).
On peut citer ici l'exemple de l'homme qui est tel que le fait pour lui d'avoir des relations intimes avec son épouse (je parle d'une occasion où cela n'était pas en soi obligatoire sur lui, ni recommandé) le conduit à parvenir à mieux contrôler son regard (Al-Muwâfaqât 1/449 ; MF 10/533-534) ;

soit Dieu a requis plusieurs autres actions, et cette action mubâh se rattache à l'un des objectifs généraux pour lesquels ces nombreuses actions ont été requises.
On retrouve ici toutes les actions qui font l'objet d'une qiyâs ul-maslaha (ou qiyâs mursal).

-

Il ne faut dès lors pas confondre les 2 types d'action dans sa volonté de se rapprocher de Dieu :

l'élément ou l'action spécifiquement établi(e) comme élément ta'abbudî (obligatoire, ou recommandé) par les textes des sources (ou ayant été ainsi établi(e) par analogie - qiyâs ut-tamthîl - avec un élément ta'abbudî établi dans les sources) (ou, de même, s'abstenir de faire l'élément ou l'action qui fait l'objet (de façon explicite dans les textes des sources, ou par analogie - qiyâs ut-tamthîl - avec ce qui est évoqué dans les sources) d'une interdiction ou d'un caractère déconseillé) ;

et l'élément ou l'action qui relève du domaine du mubâh / 'afw.

En effet :

pratiquer une action du premier type, cela rapproche de Dieu par l'action elle-même, vu que cette action a bien été instituée pour cela par les sources, et ce, pourvu qu'on la fasse vraiment avec l'intention voulue (lire : Quand on accomplit une action des 'âdât qui est "obligatoire" ou "recommandée", faut-il avoir une intention particulière pour que cela rapproche de Dieu ?, et : Quand on accomplit une action des 'ibâdât, quelle intention et quelle disposition intérieure faut-il avoir pour que cela rapproche de Dieu ?) ; on peut (et on doit donc) avoir l'intention de ta'abbud en la faisant (même si l'objectif de la Shar' en ayant institué cette règle est la réalisation de tel objectif dunyawî : le fait de se conformer à cette règle ordonnant ou interdisant, cela rapproche de Dieu parce que c'est Dieu qui a ordonné ou interdit de faire telle chose) ;

tandis que la pratique d'une action qui n'est que mubâh (fî nafsihî, aw juz'iyyan) ne rapproche pas de Dieu par elle-même (bi nafsihî) et en son caractère élémentaire (bi juz'iyyatihî). On ne peut donc pas avoir l'intention d'obéir à Dieu en la faisant (sinon on tombe dans l'innovation, bid'a, car ce genre d'intention est réservée aux actions du premier type). Ici il faut une autre intention, assez particulière (nous allons y revenir).

-

Qu'est-ce donc que faire une action avec un objectif de ta'abbud ?

Cela consiste à faire cette action en ayant la perception qu'elle est :
instituée (
mashrû') (ce qui sous-tend que les conditions de son applicabilité sont présentes, cliquez ici),
requise (
matlûb) en soi (fî nafsihî) (qu'elle soit requise à un niveau obligatoire, recommandé ou seulement facultatif),
et requise en son élémentarité (
bi juz'iyyatih).

Toute action qui :
---
est accomplie avec cette perception, et ce alors qu'elle a réellement été instituée pour cela par les textes des sources (ou par une analogie valable),
--- et est accomplie avec l'intention d'obéir à Dieu :
rapproche de Dieu.

Conférer à une action une dimension de ta'abbud, cela se réalise donc par le fait de considérer concrètement que Dieu a requis cette action en soi et au niveau de son élémentarité (même si l'action relève du domaine des 'âdât).
Il faut rappeler ici que donner à une action la dimension qu'ont les actions du domaine des 'ibâdât (cliquez ici pour en savoir plus), c'est automatiquement considérer que Dieu a requis cette action.

Certes, au travers d'une action ta'abbudî détaillée (tafsîlî), c'est toujours quelque chose de plus général (kullî) qui constitue l'objectif à réaliser (maqsûd qasdan nihâ'iyyan) (cliquez ici), et il ne faut pas pratiquer l'action détaillée (tafsîlî) d'une façon qui néglige la réalisation de cet objectif plus général (kullî) (nous en parlons dans un premier, un second et un troisième articles).
Cependant, l'action ta'abbudî reste malgré tout requise en soi (matlûb fî nafsihî) et en son élémentarité (bi juz'iyyatihî) : c'est la pratique de cette action précise que Dieu veut de l'homme (soit à un niveau "obligatoire" soit à un niveau "recommandé"), et ce parce qu'elle lui permet d'atteindre l'objectif plus général.

Il n'en est pas de même des actions qui sont purement autorisées (mubâh bi juz'iyyatihî) : celles-ci peuvent rapporter des récompenses si elles sont accompagnées d'une intention particulière ; elles peuvent même devenir nécessaires ; mais ce n'est pas en soi (fî nafsihî) et au niveau de leur élémentarité (bi juz'iyyatih).

-

Existe-t-il une intention autre que de ta'abbud que le musulman pourrait avoir en faisant une action mubâh, afin de se rapprocher alors de Dieu ?

Oui.

Car si le musulman a l'un des 3 objectifs suivants (qui sont autres que de ta'abbud), l'élément ou l'action purement autorisé(e) qu'il fait le rapproche de Dieu :

soit il a comme perception que cet élément ou cette acte (qui est mubâh lorsqu'il est considéré de façon isolée (juz'iyyan) mais rend possible la concrétisation de l'action requise à un niveau plus général) rend possible, dans l'instant présent mais à une échelle plus générale (kulliyyan), la pratique d'une action recommandée ou obligatoire, ou la réalisation d'un objectif général reconnu par l'islam (yuf'al ul-juz'î ul-mubâh bi niyyati tahqîq il-kullî fî ghudhûnihî, fi-l-hâl) ;

soit il a comme objectif que, l'accomplissement de l'action requise (juz'î) étant impossible ou difficile sans cette action mubâh, étant donné que cette dernière en constitue la muqaddima, il pratique cette action mubâh pour, par la suite, pouvoir pratiquer (ou mieux pratiquer) l'action détaillée (tafsîlî) requise (yuf'al ul-juz'î ul-mubâh bi niyyat il-isti'ânati bihî 'alâ adâ' il-'amal il-mustahabb aw il-wâjib). Ainsi, dormir tant de temps pour pouvoir accomplir la prière de la nuit avec meilleure concentration de l'esprit : Mu'adh dit à Abû Mûssâ : "ثم نزل فقال: يا عبد الله، كيف تقرأ القرآن؟ قال: أتفوقه تفوقا. قال: فكيف تقرأ أنت يا معاذ؟ قال: أنام أول الليل، فأقوم وقد قضيت جزئي من النوم، فأقرأ ما كتب الله لي، فأحتسب نومتي كما أحتسب قومتي" : "Quant à moi, je dors la première partie de la nuit. Puis, ayant ainsi pris ma part de sommeil, je me lève, et je récite (dans la prière) ce que Dieu a prédestiné que je (le réciterai). J'espère ainsi la récompense pour mon sommeil comme j'espère la récompense pour le fait de m'être tenu debout (pendant la prière, devant Dieu)" (al-Bukhârî, 4086, Muslim, 1824) ;

soit il a comme objectif que, cet acte mubâh constituant la dharî'a de l'action qui est requise (matlûb juz'iyyan), ou d'un objectif général reconnu par l'islam (maslaha ghayru mulghâh), il pratique cette action mubâh pour qu'elle le mène par la suite à pratiquer l'action détaillée (tafsîlî) requise, ou à pouvoir réaliser l'objectif général (yuf'al ul-juz'î ul-mubâh bi niyyati annahû yufdhî ilâ tahqîqi kullî, fi-l-mustaqbal). Ainsi pratiquer une activité sportive afin que son corps reste en bonne santé ; ou encore avoir des relations intimes avec son épouse – nous parlons d'une occasion où cela n'est pas en soi obligatoire ni recommandé – conduit à parvenir à mieux contrôler son regard (Al-Muwâfaqât 1/449).

Quand, en faisant un élément ou une action mubâh, on a l'un de ces 3 objectifs, on dit qu'"on fait alors cela par Maslaha Shar'iyya" ("li Maslahatin Shar'iyya"). En effet, car, alors, l'objectif est la réalisation d'une Maslaha (c'est-à-dire qu'on a recours à tel moyen mubâh uniquement parce qu'il permet de réaliser tel Objectif Shar'î plus général, lequel constitue, lui, ce que Dieu agrée). (On peut avoir l'intention d'être récompensé pour cela, comme le montrent la parole de Mu'âdh (que nous venons de voir) et la parole du Prophète (sur lui soit la paix) aux Banû Salima à propos du plus grand nombre de pas qu'ils faisaient pour venir à la mosquée (et que nous allons citer plus bas).)

 

Les éléments et actions du premier type (matlûb), par contre : on dit qu'"on fait cela par Obéissance pour Dieu" ("li-t-Ta'abbud"), c'est-à-dire que la pratique de cet élément ou de cette action constitue, en soi et en son élémentarité, de l'obéissance à Dieu. Et ce, même si l'accomplissement de cet élément ou de cette action vise aussi à la réalisation d'objectifs plus généraux. D'ailleurs l'accomplissement de ce genre d'actions avec l'intention principale de ta'abbud est plus méritoire que leur accomplissement avec l'intention principale de réalisation de ces objectifs et l'intention secondaire de ta'abbud (Al-Muwâfaqât, 1/650-651).

 

Une autre précision : Les éléments et actions (qu'ils soient mubâh ou bien matlûb), il arrive aussi que "quelqu'un les fasse par Goût ou habitude personnels, ou Coutume communautaire" ("li-l-Âdat ish-shakhsiyya aw il-qawmiyya").
Ainsi, le port de la barbe est requis (
matlûb) par l'islam, et cela a pour objectif que l'homme ait ce qui relève de sa beauté physique nécessaire.
– Cependant, le musulman qui garde la barbe à cause de l'habitude de la société où il vit, pour être en conformité avec les normes de la société, bien que personnellement il n'a pas d'idée quant la beauté ou pas de la barbe, il ne sera pas récompensé pour cette action dans l'au-delà.
– Et, de même, s'il garde la barbe avec le seul objectif de beauté, sans égard pour sa conformité ou sa non-conformité avec ce que Dieu requiert, il ne sera pas récompensé pour cette action dans l'au-delà.
– Pour être récompensé auprès de Dieu, il faut qu'il ait gardé la barbe avec l'intention de se conformer à ce que Dieu veut, la recherche de beauté étant totalement absente, ou seulement secondaire ; ou bien avec l'objectif de réaliser ce qui fait sa beauté physique mais en ayant conscience que c'est ce que Dieu veut.
Le 1er objectif consiste à avoir fait cela : "
li-l-Âda".
Le 2nd objectif consiste à l'avoir fait : "
li-l-Maslaha".
Le 3ème (avec ses 2 possibilités) consiste à l'avoir fait :
"li-t-Ta'abbud".
Les mêmes différences d'objectifs peuvent être imaginées quant à la circoncision masculine (elle aussi matlûb), dont des ulémas ont relevé qu'elle a un objectif premier d'hygiène (voir Fat'h ul-bârî, 10/420, Majmû' ul-fatâwâ, 21/114, Al-Fiqh ul-islâmî wa adillatuh, p. 2752).
Lire : Quand on accomplit une action des 'âdât qui est "obligatoire" ou "recommandée", faut-il avoir une intention particulière pour que cela rapproche de Dieu ?.
On voit par là que "l'action qui est
matlûb, la
faire : li-t-Ta'abbud", cela signifie : "avoir l'objectif, en faisant cet élément ou cette action, de se conformer à ce que Dieu veut, en soi et en son élémentarité ; et, en sus, ne pas du tout penser à l'obtention de la maslaha dunyawiyya que cette action recèle réellement, ou n'en avoir l'objectif que secondairement".
Cela demeure avec l'objectif pour lequel l'action a été instituée.
-
Un cas voisin : prendre une douche complète (
ghusl) le jour du vendredi, cela a été requis (matlûb) avec l'objectif de tandhîf, se rendre particulièrement propre et soigné pour le grand rassemblement.
- Faire cette action avec cet objectif-là (avec l'objectif de réaliser cette propreté et ce soin physique, mais en ayant conscience que c'est ce que Dieu veut de lui), cela revient à la faire "
li-t-Ta'abbud".
- Mais si un musulman se douche ce jour-là avec le seul objectif de se rendre propre (sans aucune considération quant à Dieu), il aura fait cette action "
li-l-Maslaha".
- Et si un musulman se douche ce jour-là avec l'objectif de se rafraîchir (tab'rîd), il aura fait cette action "li-l-Maslaha". Et cet objectif-là est autre que celui pour lequel cette action a été instituée ce jour-là.
Si ensuite les deux objectifs sont présents à son esprit, alors ce sera l'intention dominante qui sera prise en considération.

-

Quelques écrits de Ibn Taymiyya exprimant quelque chose de ce que nous venons de dire :

- "فلفظ الوسيلة مذكور في القرآن في قوله تعالى {يا أيها الذين آمنوا اتقوا الله وابتغوا إليه الوسيلة} وفي قوله تعالى {قل ادعوا الذين زعمتم من دونه فلا يملكون كشف الضر عنكم ولا تحويلا أولئك الذين يدعون يبتغون إلى ربهم الوسيلة أيهم أقرب ويرجون رحمته ويخافون عذابه إن عذاب ربك كان محذورا}. فالوسيلة التي أمر الله أن تبتغى إليه وأخبر عن ملائكته وأنبيائه أنهم يبتغونها إليه هي ما يتقرب إليه من الواجبات والمستحبات؛ فهذه الوسيلة التي أمر الله المؤمنين بابتغائها تتناول كل واجب ومستحب. وما ليس بواجب ولا مستحب لا يدخل في ذلك، سواء كان محرما أو مكروها أو مباحا. فالواجب والمستحب هو ما شرعه الرسول فأمر به أمر إيجاب أو استحباب. وأصل ذلك الإيمان بما جاء به الرسول" (MF 1/199-200 : ici "mubâh" signifie : "mustawi-l-fi'l wa-t-tark").
"وأيضا فالعبد مأمور بفعل ما يحتاج إليه من المباحات: هو مأمور بالأكل عند الجوع، والشرب عند العطش. (...). وكذلك هو مأمور بالوطء عند حاجته إليه، بل وهو مأمور بنفس عقد النكاح إذا احتاج إليه وقدر عليه. فقول النبي صلى الله عليه وسلم "في بضع أحدكم صدقة" فإن المباضعة مأمور بها لحاجته، ولحاجة المرأة إلى ذلك، فإن قضاء حاجتها التي لا تنقضي إلا به بالوجه المباح: صدقة" (MF 10/462-463 : cette fois, "mubâh" signifie : "halâl").

- "الأصل الثاني: أن نعبده بما شرع على ألسن رسله، لا نعبده إلا بواجب أو مستحب. والمباح إذا قصد به الطاعة دخل في ذلك" (MF 1/311 : ici "mubâh" signifie : "mustawi-l-fi'l wa-t-tark").

- "وبهذا تنحل شبهة الكعبي. فإن المحرم تركه مقصود، وأما الاشتغال بضد من أضداده فهو وسيلة؛
فإذا قيل: المباح واجب بمعنى وجوب الوسائل أي قد يتوسل به إلى فعل واجب وترك محرم، فهذا حق؛ ثم إن هذا يعتبر فيه القصد: فإن كان الإنسان يقصد أن يشتغل بالمباح ليترك المحرم مثل من يشتغل بالنظر إلى امرأته ووطئها ليدع بذلك النظر إلى الأجنبية ووطئها أو يأكل طعاما حلالا ليشتغل به عن الطعام الحرام، فهذا يثاب على هذه النية والفعل. كما بين ذلك النبي صلى الله عليه وسلم بقوله: "وفي بضع أحدكم صدقة. قالوا: يا رسول الله، أيأتي أحدنا شهوته ويكون له أجر؟ قال: أرأيتم لو وضعها في حرام أما كان عليه وزر فلم تحتسبون بالحرام ولا تحتسبون بالحلال". ومنه قوله صلى الله عليه وسلم: "إن الله يحب أن يؤخذ برخصه كما يكره أن تؤتى معصيته" رواه أحمد وابن خزيمة في صحيحه. وقد يقال: المباح يصير واجبا بهذا الاعتبار: وإن تعين طريقا صار واجبا معينا؛ وإلا كان واجبا مخيرا لكن مع هذا القصد؛ أما مع الذهول عن ذلك فلا يكون واجبا أصلا إلا وجوب الوسائل إلى الترك. وترك المحرم لا يشترط فيه القصد؛ فكذلك ما يتوسل به إليه. فإذا قيل: "هو مباح من جهة نفسه، وإنه قد يجب وجوب المخيرات من جهة الوسيلة" لم يمنع ذلك"
(MF 10/533-534 : de nouveau ici, "mubâh" signifie : "mustawi-l-fi'l wa-t-tark" ; par contre, ici "wassîla" désigne autre chose que dans le texte cité plus haut : il englobe la "muqaddima" et la "dharî'a").

"وتحقيق الأمر أن قولنا: "الأمر بالشيء نهي عن ضده وأضداده"، و"النهي عنه أمر بضده أو بأحد أضداده": من جنس قولنا: "الأمر بالشيء أمر بلوازمه" و"ما لا يتم الواجب إلا به فهو واجب"، و"النهي عن الشيء نهي عما لا يتم اجتنابه إلا به". فإن وجود المأمور يستلزم وجود لوازمه وانتفاء أضداده، بل وجود كل شيء هو كذلك يستلزم وجوده وانتفاء أضداده وعدم النهي عنه؛ بل وعدم كل شيء يستلزم عدم ملزوماته وإذا كان لا يعدم إلا بضد يخلقه كالأكوان فلا بد عند عدمه من وجود بعض أضداده فهذا حق في نفسه؛ لكن هذه اللوازم جاءت من ضرورة الوجود وإن لم يكن مقصوده الأمر. والفرق ثابت بين ما يؤمر به قصدا وما يلزمه في الوجود. فالأول هو الذي يذم ويعاقب على تركه، بخلاف الثاني. فإن من أمر بالحج أو الجمعة وكان مكانه بعيدا فعليه أن يسعى من المكان البعيد، والقريب يسعى من المكان القريب، فقطع تلك المسافات من لوازم المأمور به؛ ومع هذا فإذا ترك هذان الجمعة والحج لم تكن عقوبة البعيد أعظم من عقوبة القريب، بل ذلك بالعكس أولى، مع أن ثواب البعيد أعظم" (MF 10/531).
"فالمباح الذي اشتغل به عن محرم لم يؤمر به ولا بامتثاله أمرا مقصودا؛ لكن نهي عن الحرام، ومن ضرورة ترك المنهي عنه الاشتغال بضد من أضداده. فذاك يقع لازما لترك المنهي عنه، فليس هو الواجب المحدود بقولنا "الواجب ما يذم تاركه ويعاقب تاركه" أو "يكون تركه سببا للذم والعقاب". فقولنا: "ما لا يتم الواجب إلا به فهو واجب" أو "جب التوصل إلى الواجب بما ليس بواجب" يتضمن إيجاب اللوازم. والفرق ثابت بين الواجب الأول والثاني: فإن الأول يذم تاركه ويعاقب، والثاني واجب وقوعا أي لا يحصل إلا به ويؤمر به أمرا بالوسائل ويثاب عليه لكن العقوبة ليست على تركه" (MF 10/532).

"فهو أمر بمعني مطلق كلي، والأمر بالمعني المطلق الكلي ليس أمراً بمعين بخصوصه، ولا نهياً عنه؛ بل لا يمكن فعل المطلق إلا بمعين، أيّ معين كان. فهو أمر بالقدر المشترك بين المعينات.
فما امتاز به معين عن معين فالخيرة فيه إلي المأمور، لم يؤمر به ولم ينه عنه.
وما أشتركت فيه المعنيات ـ وهو القدر المشترك ـ فهو الذي أمر به الآمر.
وهذا يحل الشبهة في مسألة المأمور المخير، والأمر بالماهية الكلية: هل يكون أمراً بشيء من جزئياتها أم لا؟ فالمخير هو الذي يكون أُمِرَ بخصلة من خصال معينة. كما في فدية الأذى وكفارة اليمين، كقوله تعالى {ففدية من صيام أو صدقة أو نسك}، وقوله تعالى {فكفارته إطعام عشرة مساكين من أوسط ما تطعمون أهليكم أو كسوتهم أو تحرير رقبة}"
(Dar' ut-ta'ârudh, 1/214 : 1/223 dans l'édition que je possède).

At-Taftâzânî aussi a écrit chose voisine :
"والمباح ليس بمأمور به خلافا للكعبي.
فالجمهور على أن لفظ الأمر حقيقة في الندب، لأن المندوب طاعة، والطاعة فعل المأمور به، ولأن أهل اللغة مطبقون على أن الأمر ينقسم إلى أمر إيجاب وأمر ندب؛ وهذا لا ينافي كون صيغة الأمر مجازا في الندب. وأما الإباحة فالجمهور على أن لفظ الأمر مجازا فيها، لأن الأمر للطلب، وهو يستلزم ترجيح المأمور به على مقابله.
وأما عند الكعبي فالمباح واجب لكونه ترك الحرام أو مقدمة له، فيكون مأمورا به.
وجوابه أن المباح الذي يحصل به ترك الحرام لا يتعين لذلك بل يجوز أن يحصل ترك الحرام بمباح آخر؛ ولا يلزم كونه واجبا مخيرا، لأنه يجب أن يكون واحدا مبهما من أمور محصورة معينة. والمباحات التي يحصل بها ترك الحرام ليست كذلك" (At-Talwîh, 1/332-333).

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Il s'agit donc de distinguer :
--- ce que les textes ont requis de faire / interdit de faire ;
--- et ce que les textes n'ont pas requis, et qui ne devient requis qu'en tant que moyen pour pouvoir pratiquer ce que les textes ont requis de faire / ce que les textes n'ont pas interdit ni déconseillé, et qui ne devient à éviter qu'en tant que moyen pour pouvoir se préserver de ce que les textes ont interdit de faire.

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Ainsi, l'action globale (entretenir sa santé physique) est wâjib mukhayyar : le moyen n'est pas spécifié, il est libre. Dès lors, si on pratique telle activité physique mubâh avec l'intention d'entretenir sa santé physique, on est récompensé pour cet objectif, ainsi que pour l'activité, mais en tant que moyen seulement : si donc on délaisse ce moyen pour un autre moyen, on ne fait aucun péché, vu que les deux sont mubâh.

Alors, certes, il y a aussi le hadîth : "Celui qui a appris le tir à l'arc puis l'a délaissé, celui-là a fait un péché" : "عن عبد الرحمن بن شماسة، أن فقيما اللخمي قال لعقبة بن عامر: "تختلف بين هذين الغرضين وأنت كبير يشق عليك!" قال عقبة: "لولا كلام سمعته من رسول الله صلى الله عليه وسلم لم أعانيه." قال الحارث: فقلت لابن شماسة: وما ذاك؟ قال: إنه قال: "من علم الرمي، ثم تركه، فليس منا" أو "قد عصى" (Muslim, 1919).
Cependant, il est dû au fait qu
'à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix), par rapport à son contexte, le tir à l'arc était le moyen déterminé pour assurer la force : "عن عقبة بن عامر قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو على المنبر يقول: "{وأعدوا لهم ما استطعتم من قوة}، ألا إن القوة الرمي، ألا إن القوة الرمي، ألا إن القوة الرمي" : "Ecoutez bien : la force est le tir à l'arc" (Muslim 1917, at-Tirmidhî 3073, Abû Dâoûd 2514). Cela revient donc à ce que Ibn Taymiyya avait ainsi écrit (voir plus haut) "وقد يقال: المباح يصير واجبا بهذا الاعتبار: وإن تعين طريقا، صار واجبا معينا؛ وإلا كان واجبا مخيرا" (MF 10/354). On trouve allusion à la contextualisation de ce moyen qu'est le tir à l'arc in MF 17/487-488.

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Ce que nous avons vu est-il vrai aussi quant à ce que le Coran et la Sunna ont explicitement requis de faire (et qui n'est donc pas mubâh mais matlûb), mais qu'ils ont requis seulement en tant que wassîla pour la réalisation de l'action qui est maqsûd ?

Ainsi, le Coran dit : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا نُودِي لِلصَّلَاةِ مِن يَوْمِ الْجُمُعَةِ فَاسْعَوْا إِلَى ذِكْرِ اللَّهِ وَذَرُوا الْبَيْعَ ذَلِكُمْ خَيْرٌ لَّكُمْ إِن كُنتُمْ تَعْلَمُونَ" : "O les croyants, lorsque est lancé l'appel pour la prière le jour du vendredi, accourez vers le rappel de Dieu et délaissez la vente" (Coran 62/9).
Or il est évident que ce sa'y vers le lieu d'accomplissement de cette prière est seulement une wassîla (en l'occurrence une muqaddima) pour l'accomplissement de cette prière.
C'est bien pourquoi il n'est pas demandé à ceux qui se trouvent déjà à l'intérieur de la mosquée de sortir de la mosquée pour accourir dans la mosquée, en sorte de réaliser ce que cet impératif, que ce texte a explicitement adressé aux croyants, formule.

Dès lors, est-ce que ce que Ibn Taymiyya a écrit et qui a été reproduit ci-dessus (والثاني واجب وقوعا أي لا يحصل إلا به ويؤمر به أمرا بالوسائل ويثاب عليه لكن العقوبة ليست على تركه) s'applique aussi à ce cas de figure (mansûs 'alayh wa ma'mûr bihî, mais matlûb seulement en tant que pure wassîla), de sorte que le musulman qui a négligé d'accomplir la prière du vendredi a le péché de ce délaissement, et pas aussi le péché d'avoir délaissé d'accourir à cette prière ?

Je ne sais pas (لا أدري).

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Un autre cas de figure :

Il y a l'action qui est requise dans les textes et qu'il s'agit de rechercher de faire ; c'est ce dont nous avons parlé jusqu'à présent.

Mais il y a aussi l'action qui n'est pas à rechercher, mais que l'on doit faire quand Dieu envoie une épreuve dans notre vie ; ainsi en est-il de as-sabr 'ala-l-baliyya,  la patience face au malheur. C'est lorsque Dieu envoie une difficulté sur lui que le musulman doit faire preuve de patience (sabr, ridhâ 'aqlî) ; mais le musulman ne doit pas entreprendre volontairement une action – qui est en soi mubâh et non pas ta'abbudî – dont il sait pertinemment qu'elle va lui causer (être sabab) une grande difficulté, et ce avec l'objectif qu'ensuite il pourra faire preuve d'abnégation et de patience.

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En résumé :

De toutes les actions que l'on fait avec l'intention d'obtenir des récompenses et de se rapprocher de Dieu :

il est l'action dont il n'est pas institué (mashrû') de chercher à réaliser les conditions qui vont entraîner le besoin de la pratiquer ; l'action de ce genre, on doit la faire, mais seulement si Dieu a envoyé la condition qui la rend obligatoire. Ainsi en est-il de la patience face aux adversités ;

et puis il est l'action qu'il est institué (mashrû') de chercher à accomplir.
Ce second type d'action est ensuite de deux catégories :

--- il y a l'action que, ayant été prescrite dans les textes, il est institué (mashrû') de chercher à faire avec l'objectif de ta'abbud ;

--- et il y a l'action qu'il n'est pas institué (mashrû') de faire avec l'objectif de ta'abbud, mais qu'il est institué de faire avec l'objectif de maslaha.

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Exemples plus détaillés :

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A)
Faire preuve de patience (sabr) face aux difficultés est une action méritoire, mais elle n'est pas à rechercher à faire (lâ yuqsad). On ne peut donc entreprendre quelque chose que les sources n'ont pas déclarée en soi obligatoire ou recommandée, et dont on sait qu'elle va nous causer une sérieuse difficulté temporelle. On ne peut l'entreprendre ni ta'abbudan ni maslahatan :

Le musulman doit faire preuve de patience face aux difficultés de la vie qui le touchent (les textes sont bien connus). Mais il ne doit pas devenir négligeant et faire ce qui, de façon sûre et certaine, lui apportera des difficultés temporelles. Ainsi, le Prophète a enseigné d'attacher la patte de son chameau et de s'en remettre à Dieu (rapporté par at-Tirmidhî) ; il ne s'agit donc pas de ne pas prendre soin de ses biens matériels. Le Prophète a également dit que celui qui s'endormait avec une trace d'aliments sur la main ne devrait blâmer que lui-même s'il lui arrivait un mal [comme une piqûre d'insecte ou une morsure de rongeur] (rapporté par Muslim).

Pareillement, le musulman doit faire preuve de patience face à la maladie qui le touche. Mais il ne doit pas se laisser aller à des négligences dont il sait qu'elles vont – de façon certaine ou quasi-certaine (yaqînan, aw bi-z-zann il-ghâlib) – le rendre malade. (Par contre, s'il est tombé malade, est-ce une obligation ou non de se soigner, il y a débat sur le sujet ; nous ne parlons cependant pas ici de ce point.)

De même, celui qui ne peut rien faire pour se sortir de la misère dans laquelle il se trouve – soit qu'il est handicapé, soit qu'une grave calamité a frappé son pays, soit qu'il se trouve dans une autre situation totalement indépendante de sa volonté – celui-là doit faire preuve de patience (sabr) sur son sort. Mais nul ne doit gaspiller de ses biens au point de se retrouver démuni : cela est interdit.
De même, nul ne doit se laisser aller sans raison valable et demeurer dans la misère – alors qu'il a les possibilités physiques et sociales pour acquérir de l'argent licite et parvenir au niveau du minimum voulu (kafâf).

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B) Faire une action donnée avec l'objectif de ta'abbud / avec un objectif de maslaha shar'iyya :

Ce chapitre permet de distinguer l'action qui est ta'abbudî (donc qui est matlûb fî nafsihî wa bi juz'iyyatihî), et l'action qui n'est pas ta'abbudî mais qu'il ne devient institué (mashrû') de faire que si cela est fait par maslaha (li maslahatin), c'est-à-dire parce que cette action est la dharî'a ou bien la muqaddima permettant la réalisation d'un objectif général reconnu par l'islam…

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B.1) Le musulman qui choisit d'utiliser l'eau froide pour faire ses ablutions, alors qu'il fait froid et qu'il dispose d'eau chaude :

a) s'il le fait avec la perception que l'utilisation d'eau froide constitue un acte de ta'abbud / tadayyun, il tombe dans l'innovation (bid'a) (Al-I'tissâm 1/340). Le fait est que le célèbre hadîth parlant de celui qui accomplit parfaitement ses ablutions malgré les désagréments que cela lui cause (makârih) : "عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "ألا أدلكم على ما يمحو الله به الخطايا، ويرفع به الدرجات؟" قالوا بلى يا رسول الله قال: "إسباغ الوضوء على المكاره، وكثرة الخطا إلى المساجد، وانتظار الصلاة بعد الصلاة، فذلكم الرباط" (Muslim, 251), le mérite qui y est énoncé consiste en le fait de faire alors ses ablutions parfaitement, et pas à la va-vite, malgré la difficulté liée à la situation (eau froide, par exemple). Le mérite ne consiste pas à souffrir. La personne fait alors preuve de patience sur ce qu'elle ne peut pas changer (sabr) (c'est la situation A plus haut évoquée). Mais se créer ce genre de difficulté n'est pas de la ta'abbud ;

b) par contre, s'il le fait avec l'objectif de ne pas habituer son corps à la facilité de l'eau chaude, afin d'éviter de devenir dépendant d'un confort qu'il n'aura pas tout le temps, alors il agit par maslaha ; et ceci est une maslaha reconnue par l'islam (al-ijtinâb min at-tana'um).
Cependant :
--- b.a) si dans les faits il fait du tort à son corps (parce qu'il n'est pas assez résistant physiquement ou que le froid est trop grand pour que qui que ce soit puisse y résister), il commet un péché (car il est interdit de faire de la sorte du tort à son corps) ;
--- b.b) sinon ce qu'il fait est bien.

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B.2) Choisir volontairement d'habiter une demeure éloignée de la mosquée :

Le musulman qui choisit volontairement, comme lieu d'habitation, une demeure éloignée de la mosquée :

a) s'il fait ainsi avec la perception que l'éloignement constitue un acte de ta'abbud / tadayyun, alors cela n'est pas mashrû'. En soi c'est la recherche d'une demeure proche de la mosquée qui est recommandée (FB 2/183), cependant, s'il y a une maslaha particulière à habiter loin de la mosquée (comme celle que nous allons voir ci-après, en b), cette maslaha l'emporte sur le caractère recommandé d'habiter près de la mosquée, et il devient alors mieux d'habiter loin de la mosquée. Le plus long déplacement que l'on est alors amené à effectuer est source d'un surcroît de récompenses, et ce surcroît de récompenses compense ce que l'on perd en ne pouvant pas être proche de la mosquée (FB 2/183) ;

b) si c'est par maslaha qu'il choisit d'habiter une demeure qui est éloignée de la mosquée, alors il faut vérifier si cette maslaha est reconnue par l'islam ou non :
--- b.a) s'il a comme objectif d'équilibrer les foyers d'habitation de la ville, parce qu'il s'agit de peupler celle-ci de façon harmonieuse, alors il s'agit d'une maslaha reconnue. En effet, lorsque le Prophète a défendu aux Banû Salima de déménager pour venir s'installer plus près de sa mosquée, c'était parce que, le précise le relateur, "il n'a pas voulu que Médine soit "dépeuplée". Il leur a alors dit : "N'espérez-vous pas la récompense (tahtassibûn) pour les pas que vous faites ?"" : ""عن أنس رضي الله عنه، قال: أراد بنو سلمة أن يتحولوا إلى قرب المسجد، فكره رسول الله صلى الله عليه وسلم أن تعرى المدينة وقال: "يا بني سلمة ألا تحتسبون آثاركم" فأقاموا" (al-Bukhârî, 1788, 625) ;
--- b.b) il existe aussi d'autres maslahas qui sont reconnues.

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B.3) Lorsqu'on se rend à la mosquée, délaisser la mosquée la plus proche et se rendre à la mosquée la plus éloignée afin de faire davantage de pas :

Le musulman qui, ayant le choix de se rendre dans une de deux mosquées, choisit volontairement de se rendre dans celle qui est la plus éloignée :

a) s'il fait ainsi avec la perception que le plus grand nombre de pas qu'il va effectuer alors constitue un acte de ta'abbud / tadayyun, alors il y a divergence :
--- d'après un avis, cela est mashrû'. Même d'après cet autre avis, entreprendre cela est conditionné primo au fait que d'une part on n'est pas amené à effectuer alors un déplacement trop long (vu que, comme le Prophète l'a dit, ce n'est que pour se rendre dans l'une des trois plus importantes mosquées – celles de la Mecque, de Médine ou de Jérusalem – qu'on entreprend un voyage). Secundo que l'on ne tombe pas dans la difficulté (FB 2/183). Tertio que cela ne conduit pas à ce que la mosquée la plus proche devienne déserte (FB 2/183-184) ;
--- d'après un autre avis, cela n'est pas mashrû' (les deux avis sont visibles in Al-Mughnî 2/431). Le surcroît de récompenses promis dans le hadîth pour celui qui doit venir de plus loin à la mosquée (al-Bukhârî 623, Muslim 662) et fait donc davantage de pas jusqu'à la mosquée, cela concerne celui qui se trouve dans une situation particulière (soit qu'il n'a pas les moyens financiers pour habiter une demeure plus proche – c'est alors le cas A évoqué plus haut – ; soit qu'il n'a pas trouvé demeure libre plus proche ; soit qu'il doit rester là où il est par maslaha – et c'est alors le cas b.b du cas B.2 évoqué précédemment –). Mais en tous cas multiplier sciemment le nombre de pas n'est pas une action ta'abbudî ;

b) si c'est par maslaha qu'il choisit de se rendre dans la mosquée la plus éloignée, alors il faut vérifier si cette maslaha est reconnue par l'islam ou non :
--- b.a) s'il a comme objectif de faire souffrir son corps par le fait de le faire déplacer plus longtemps, alors c'est une maslaha qui n'est pas reconnue en islam ;
--- b.b) s'il a comme objectif de pouvoir réaliser dans l'autre mosquée quelque chose qu'il ne pourrait pas faire dans la mosquée la plus proche, comme rencontrer quelqu'un qui effectue ses prières dans l'autre mosquée, ou y délivrer un prêche, etc., alors ce sont là des maslaha qui sont reconnues en islam.

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B.4) Lorsqu'on se rend à la mosquée, choisir le déplacement à pied plutôt qu'à monture (ou en voiture) :

Le musulman qui, voulant aller accomplir la prière rituelle en groupe à la mosquée, choisit de s'y rendre à pied – plutôt qu'assis sur un moyen de locomotion –, alors qu'il dispose d'un moyen de locomotion, ou dispose de finances suffisantes pour s'en procurer une (car s'il se déplace à pied parce qu'il n'a pas les moyens de s'acheter une monture, il se trouve dans le cas évoqué plus haut en A ; mais ce que nous évoquons ici est différent) :

a) s'il fait ainsi avec la perception que son déplacement à pied plutôt que sur un moyen de locomotion constitue un acte de ta'abbud / tadayyun, alors il existe deux avis :
--- d'après l'un de ces deux avis, quand on se rend dans le lieu où on va accomplir une action du domaine des 'ibâdât, se déplacer à pied est effectivement un élément ta'abbudî (Al-Mughnî 13/457). C'est ce qui explique que si quelqu'un fait le vœu de se rendre à la Mecque en effectuant le déplacement à pied, son vœu est établi et il fera le pèlerinage à pied jusqu'à la Ville sainte (Al-Mughnî 13/455 ; si ensuite il sait qu'il n'a pas les capacités physiques d'effectuer le voyage à pied, il devra, d'après un des avis, donner une compensation). C'est ce qui explique aussi qu'un Compagnon, dont l'habitation était très éloignée de la mosquée et à qui quelqu'un suggéra qu'il achète un animal à monter pour parcourir les chemins brûlants ou les moments de forte obscurité dans son cheminement vers la mosquée, déclina la suggestion, et répondit à cet ami : "Cela ne me contenterait pas que ma demeure soit à côté de la mosquée*. Je voudrais que mon cheminement à pied vers la mosquée, de même que mon retour (à pied) vers ma famille, soient écrits en ma faveur [auprès de Dieu]". Le Prophète approuva son propos : "عن أبي بن كعب، قال: كان رجل لا أعلم رجلا أبعد من المسجد منه، وكان لا تخطئه صلاة، قال: فقيل له: أو قلت له: لو اشتريت حمارا تركبه في الظلماء، وفي الرمضاء! قال: "ما يسرني أن منزلي إلى جنب المسجد؛ إني أريد أن يكتب لي ممشاي إلى المسجد، ورجوعي إذا رجعت إلى أهلي." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "قد جمع الله لك ذلك كله" (Muslim 663, Abû Dâoûd 557) (* lire par rapport à ce point ce que nous avons écrit précédemment, en B.2). Sur ce hadîth, Abû Dâoûd a titré : "De ce qui a été dit de la valeur de marcher pour se rendre à la prière" (Sunan Abî Dâoûd, kitâb us-salât, bâb 49). As-Sahâranpûrî commente ce titre ainsi : "De la valeur du fait de partir à pied pour la prière, par rapport au fait de (s'y rendre) sur une monture" (Badhl ul-maj'hûd, 3/394) ;

b) et s'il fait ainsi par maslaha, alors il faut vérifier si cette maslaha est reconnue par l'islam ou non :
--- b.a) s'il fait ainsi avec l'objectif de faire souffrir son corps par le fait de le faire déplacer plus longtemps, alors c'est une maslaha qui n'est pas reconnue en islam ;
--- b.b) s'il fait ainsi avec l'objectif que ce mode de déplacement l'habitue à l'effort, car habituer son corps à la facilité du moyen de locomotion le rendra dépendant d'un confort superflu, alors il agit par maslaha ; et ceci est une maslaha reconnue par l'islam (al-ijtinâb min at-tana'um).
Cependant, dans les deux cas a et b.b :
--- a.a & b.b.a) s'il sait que cela va causer un tort conséquent à son corps (parce que la distance est trop importante, ou qu'il fait très froid, ou que le chemin n'est pas sûr, ou tout simplement que personnellement il n'est pas assez résistant physiquement), alors il commet là un péché (car il est interdit de faire de la sorte une action qui n'est que recommandée quand on sait qu'elle entraînera un tort sérieux à son corps) ;
--- a.b & b.b.b) sinon ce qu'il fait est bien.

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B.5) Lorsqu'on se rend à la mosquée de nuit, choisir de ne pas prendre de lampe, afin de marcher dans l'obscurité :

a) si on le fait avec la perception que la marche dans l'obscurité constitue un acte de ta'abbud / tadayyun, alors on fait une erreur. Il est vrai que le Prophète a dit de donner la bonne nouvelle de la lumière parfaite le jour du jugement à ceux qui auront marché dans l'obscurité pour se rendre à la mosquée la nuit (Abû Dâoûd 561, at-Tirmidhî 223). Cependant, choisir l'obscurité alors qu'on a les moyens d'avoir une lampe n'est pas une action de ta'abbud : le Prophète voulait parler ici de ceux qui n'avaient pas les moyens de faire autrement mais qui, malgré tout, consentaient ce sacrifice, soit le cas A plus haut cité ;

b) par contre, si on le fait avec l'objectif de ne pas se rendre dépendant d'une lampe, alors on agit par maslaha ; et ceci est une maslaha reconnue par l'islam (al-ijtinâb min at-tana'um). Cependant :
--- b.a) dans les faits si on risque de se faire du tort à son corps (parce que le chemin est dangereux, n'est pas plat, etc.), il commet un péché (car il est interdit de risquer de la sorte un tort à sa personne) ;
--- b.b) sinon ce qu'on fait est bien.

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B.6) Toucher ; Boire ; Choisir tel lieu ; Faire comme :

a) le fait de toucher, de la Kaaba, lorsqu'on pratique le tawâf : la Pierre Noire et le Rukn Yamânî : cela se fait avec intention de Ta'abbud (a), et pas de Tabarruk (b) (At-Tabarruk, pp. 422-423). Il en est de même de coller son corps à la partie de la Kaaba nommée "al-Multazam" : cela se fait avec intention de Ta'abbud ("isthtiyâqan ilallâh, aw dhullan illâh"), et pas de Tabarruk (Ibid., p. 422) ;

b) le fait, pour les Compagnons, d'avoir bu ce qui reste d'eau du récipient où le Prophète (sur lui soit la paix) a bu : cela se fait par Tabarruk (qui est une forme de recherche de Maslaha Shar'iyya) (b) uniquement, et pas par Ta'abbud (a) (Fiqh-é hanafî ké ussûl-o-dhawâbit, p. 160) ;

a & b) le fait de rechercher la proximité du Maqâmu Ibrâhîm pour y pratiquer une prière rituelle : cela se fait avec intention de Ta'abbud (a), mais ce hukm ta'abbudî est lui-même motivé par la Tabarruk (l'acquisition de baraka dîniyya) (Bayân ul-qur'ân, 1/69) (At-Tabarruk, p. 352). Il en est de même de se rendre dans la partie de la mosquée du Prophète nommée "Riyâdh ul-janna" pour y accomplir une prière rituelle facultative (At-Tabarruk, p. 116) ;

– Quant au fait de boire de l'eau de Zamzam après avoir accompli le tawâf, le Prophète (sur lui soit la paix) l'a fait, mais l'a-t-il fait par Ta'abbud (a & b) ? ou bien par Maslaha Dunyawiyya Shar'iyya (parce qu'il avait alors soif) (b) ?
--- Les deux avis existent chez les ulémas.

Ce que le Prophète (sur lui soit la paix) a fait non pas par Ta'abbud mais par Maslaha ou par 'Âdah Qawmiyya ou Shakhsiyya, le pratiquer soi aussi alors même que la cause pour laquelle le Prophète a fait cela n'est pas présente :
--- b) faire ainsi par Maslaha Dîniyya d'exprimer (iz'hâr) son affection pour le Prophète : cela est autorisé (mubâh) ; c'est ce que Abdullâh ibn Omar (que Dieu l'agrée) faisait ;
--- a) faire ainsi par Ta'abbud : il ne faut pas avoir ce genre d'intention, car "le Prophète (sur lui soit la paix) fait ainsi 'âdatan , et toi tu fais ainsi 'ibâdatan !" ; tu as donc, dans la même action, une intention différente de celle que le Prophète avait (d'après Sharh' ul-Ussûl fî 'ilm il-Ussûl li-l-'Uthaymîn, ash-Shath'rî, p. 224).

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Quelques autres exemples :

S'abstenir de manger de la viande de chameau ;
--- a) le faire par Ta'abbud : cela constitue de la bid'a (cf. Bayân ul-qur'ân 1/118) ainsi que de la tashabbuh (cf. Fiqh-é hanafî ké ussûl-o-dhawâbit, p. 144). Ibn Taymiyya écrit : "L'homme [musulman] n'a donc pas à se préserver de manger les graisses et l[a chair d]es animaux ongulés par considération religieuse (tadayyun) par cela" (Al-Iqtidhâ', p. 166) ; Abdullâh ibn Salâm avait pensé s'en abstenir par souci de respecter l'interdit mosaïque en la matière ;
--- b) le faire par Maslaha liée à la santé etc. : cela est entièrement autorisé ;
--- c) le faire par 'Âdah, goût personnel : cela est entièrement autorisé.

S'abstenir de pratiquer telle position lors des relations intimes :
--- a) le faire par Ta'abbud : cela constitue de la bid'a. C'est ce qui explique le récit suivant : Certains Ansâr considéraient, suivant en cela des juifs de Médine, certaines positions "interdites" ou "mak'rûh" : "عن ابن عباس قال: إن ابن عمر - والله يغفر له - أوهم! إنما كان هذا الحى من الأنصار - وهم أهل وثن - مع هذا الحى من يهود - وهم أهل كتاب -؛ وكانوا يرون لهم فضلا عليهم فى العلم؛ فكانوا يقتدون بكثير من فعلهم. وكان من أمر أهل الكتاب أن لا يأتوا النساء إلا على حرف، وذلك أستر ما تكون المرأة. فكان هذا الحى من الأنصار قد أخذوا بذلك من فعلهم. وكان هذا الحى من قريش يشرحون النساء شرحا منكرا ويتلذذون منهن مقبلات ومدبرات ومستلقيات. فلما قدم المهاجرون المدينة تزوج رجل منهم امرأة من الأنصار؛ فذهب يصنع بها ذلك فأنكرته عليه وقالت: "إنما كنا نؤتَى على حرف، فاصنَعْ ذلك وإلا فاجتنبنى"؛ حتى شرى أمرهما. فبلغ ذلك رسول الله صلى الله عليه وسلم فأنزل الله عز وجل (نساؤكم حرث لكم فأتوا حرثكم أنى شئتم) أى مقبلات ومدبرات ومستلقيات يعنى بذلك موضع الولد" (Abû Dâoûd, 2164). Quand cette dame ansâriyya refusait telle position, c'était par considération de ta'abbud, et cela avait pour origine la perception ta'abbudî des juifs de la cité. Or le Coran et la Sunna n'enseignent rien de tel, et le Coran est venu rappeler (Coran 2/223) qu'il n'y a pas une telle règle ta'abbudî dans la Shar' de Muhammad, cela relevant donc de la permission originelle (ibâha asliyya) ;
--- b) le faire par Maslaha liée à la santé etc. : cela est entièrement autorisé ;
--- c) le faire par 'Âdah, goût personnel : cela est entièrement autorisé.

Entrer chez soi par la partie arrière de la maison :
--- a) le faire par Ta'abbud : cela constitue de la bid'a. L
es Arabes d'avant l'islam agissaient ainsi en lui conférant un sens Ta'abbudî, religieux, et c'est dans ce sens que le Coran (2/189) a dit sur le sujet ce qu'il a dit. "وكذلك لو دخل الرجل إلى بيته من خلف البيت لم يحرم عليه ذلك ولكن إذا فعل ذلك على أنه عبادة، كما كانوا يفعلون في الجاهلية: كان أحدهم إذا أحرم لم يدخل تحت سقف فنهوا عن ذلك كما قال تعالى: {وليس البر بأن تأتوا البيوت من ظهورها ولكن البر من اتقى وأتوا البيوت من أبوابها} فبين سبحانه أن هذا ليس ببر وإن لم يكن حراما. فمن فعله على وجه البر والتقرب إلى الله كان عاصيا مذموما مبتدعا" (MF 11/632-633) ;
--- b) le faire par Maslaha (la porte de devant est fermée et on n'a pas la clé) : cela est entièrement autorisé ;
--- c) le faire par 'Âdah, habitude personnelle : cela reste autorisé, quoique quelque peu étrange.

Suspendre ses armes aux branches d'un arbre :
--- b) par Maslaha Dunyawiyya, parce qu'on se repose, cela est entièrement autorisé. Et le Prophète (sur lui soit la paix) lui-même l'a fait : "عن جابر بن عبد الله رضي الله عنهما، أخبر أنه غزا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم قبل نجد، فلما قفل رسول الله صلى الله عليه وسلم قفل معه، فأدركتهم القائلة في واد كثير العضاه، فنزل رسول الله صلى الله عليه وسلم وتفرق الناس يستظلون بالشجر، فنزل رسول الله صلى الله عليه وسلم تحت سمرة وعلق بها سيفه، ونمنا نومة" (al-Bukhârî, 2753) ;
--- b) par Maslaha de Tabarruk, en ayant comme croyance que cet arbre confèrera aux armes y ayant été suspendues une bénédiction, cela est une bid'a (d'où l'épisode avec certains Compagnons nouvellement convertis, tels que Abû Wâqid al-Laythî : ""عن أبي واقد الليثي، قال: خرجنا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم قبل حنين، فمررنا بسدرة، فقلت: يا نبي الله، اجعل لنا هذه ذات أنواط كما للكفار ذات أنواط، وكان الكفار ينوطون سلاحهم بسدرة، ويعكفون حولها، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "الله أكبر! هذا كما قالت بنو إسرائيل لموسى: {اجعل لنا إلها كما لهم آلهة}! إنكم تركبون سنن الذين من قبلكم" : Ahmad, 21900. C'était là un acte de shirk saghîr (et pas de shirk akbar), car c'était du tabarruk qu'ils voulaient faire. Ces Compagnons ne firent pas ces actes, ils en demandèrent seulement l'autorisation au Prophète. Enfin, c'était un groupe de Compagnons nouvellement convertis à l'islam qui lui avaient fait cette demande : Abû Wâqid al-Laythî s'était converti en l'an 8 de l'hégire, peu avant Hunayn.)

Abattre un animal peut être fait avec l'objectif (qasd) d'obtenir de la viande halal à consommer, ou avec l'objectif d'être un sacrifice fait pour Dieu (comme lors de la fête de al-adh'hâ).
--- Toute l'année, il s'agit d'une action temporelle, faite avec la Maslaha Dunyawiyya (b) d'obtenir de la viande halal.
--- Lors de la fête de Eid ul-adh'hâ, celui qui en a les moyens doit (un avis dit que c'est mandûb mu'akkad, un autre que c'est wâjib) le faire avec l'objectif de Ta'abbud (a).

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D'autres exemples, voisins (ici il s'agit d'actes qui ne sont plus mubâh mais matlûb bi juz'iyyati-hâ wa shak'li-hâ) :

Repousser l'envahisseur de la Dâr ul-islâm (et ce, de la part du musulman qui y vit) :
--- a) le faire par Ta'abud : lutter donc non pas seulement pour repousser l'envahisseur et préserver sa terre et ses biens, mais avant tout parce que Dieu l'a ordonné, et pour préserver le fait que c'est l'Islam qui est le référent de sa terre ; le musulman qui fait ainsi est "dans le chemin de Dieu" ;
--- b) le faire par Maslaha : être alors dans un cas de pur "دَفْعُ الصائل", "repousser l'agresseur" ; s'il meurt lors de cet effort, il meurt martyr (à condition qu'il se trouve dans la disposition intérieure "3.2" ou "4" citée dans notre article sur les intentions).
En l'an 3 de l'hégire, aux Hypocrites (en apparence c'étaient aussi des Musulmans) qui s'en retournaient pour ne pas combattre l'agresseur mecquois arrivé aux portes de Médine, quelqu'un alla leur dire ce que Dieu relata plus tard ainsi :
"وَقِيلَ لَهُمْ تَعَالَوْاْ قَاتِلُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ أَوِ ادْفَعُواْ"
: "Et il leur a été dit : "Venez, combattez dans le chemin de Dieu, ou (au moins) repoussez !"" (Coran 3/167).
Il s'agit bien des deux cas de figure : "Si vous ne repoussez pas ces agresseurs de cette terre pour la cause du Dîn, eh bien venez les repousser au moins de la terre où vous habitez, pour la cause du Dunyâ, par Maslaha Shar'iyya : par rapport à vos biens ; et surtout par rapport à vos épouses et filles, car celles-ci risquent, en cas de victoire de l'ennemi, d'être emportées en captives"... (c'est l'un des tafsîrs : cf. Zâd ul-massîr).

Emigrer d'un pays opposé à l'islam pour s'installer en terre musulmane :
--- a) Un homme le fait par Ta'abbud (a), pour obéir à l'ordre de Dieu s'appliquant dans ce cas précis (cliquez ici) ;
--- b) Un autre homme le fait par Maslaha Dunyawiyya Shari'yya (b) : il connaît une dame résidant dans ce pays musulman, avec qui il veut se marier.
--- Le premier aura la récompense promise pour avoir émigré pour la cause de Dieu, c'est ce que le célèbre Hadîth dit explicitement.
--- Quant au second, il n'aura pas – si le mobile de son voyage était seulement de rendre le mariage possible (Fat'h ul-bârî 1/23) – à son compte la récompense d'avoir accompli une action cultuelle. Mais aura-t-il également un péché pour avoir eu cet objectif en faisant cette action, ou n'aura-t-il non plus pas de péché ? Il semble y avoir des commentateurs des deux côtés : selon un avis, ce musulman aura commis un péché, car il aura "utilisé" la forme d'une adoration – émigrer vers la terre musulmane – pour rechercher en réalité son intérêt personnel (Mirqât ul-mafâtîh 1/46, lignes 11-13, Fat'h ul-bârî 1/23, lignes 19-22) ; selon l'autre avis, ce musulman n'aura pas de péché, mais son voyage ne sera pas compté, auprès de Dieu, comme l'émigration vers Dieu et Son Messager, mais comme un voyage pour mariage (Mirqât ul-mafâtîh 1/46, lignes 9-11).

Garder la barbe, cela est requis (matlûb) par l'islam, et cela a pour objectif que l'homme ait ce qui relève de sa beauté physique nécessaire :
--- a) faire ainsi par Ta'abbud : l'intention de se conformer à ce que Dieu veut, l'avantage de beauté étant seulement secondaire ; ou bien avec l'objectif de réaliser ce qui fait sa beauté physique mais en ayant cherché à le faire par le moyen de ce que Dieu veut ;
--- b) faire ainsi par Maslaha Dunyawiyya : avec le seul objectif de beauté : on n'aura la récompense que de cela dans l'au-delà ;
--- c) faire ainsi par 'Âdah Qawmiyya : à cause de l'habitude de la société où on vit , pour être en conformité avec les normes de la société, bien que personnellement on  n'a pas d'idée quant la beauté ou pas de la barbe : on ne sera pas récompensé pour cette action dans l'au-delà.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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