Quand c'est par rapport à un contexte précis que la Mafsada de l'action domine sa Maslaha (الفرق بين النسخ والنسء - فقه اختلافات الأحوال التي تعيشها كل جالية مسلمة)

Il existe un lien entre la règle (hukm) qui est communiquée explicitement dans les textes des sources à propos d'un acte, et la présence de maslaha (ou : "salâh") et/ou de mafsada (ou : "fassâd") dans cet acte. Nous en avions parlé dans un autre article.

Ci-après, nous voudrions souligner un aspect complémentaire de cette réalité : il est des actions où la domination de maslaha / mafsada dépend de la situation ; il s'agit d'une seule et même action, mais dans telle situation, c'est la mafsada qui domine, et dans telle autre, c'est la maslaha qui domine ; si l'action est mashrû' dans la seconde situation, elle ne l'est pas dans la première.

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I) Premier Point :

A) Il est des actes formellement interdits dont le caractère interdit a été communiqué dès le début de la mission du Prophète (sur lui soit la paix), vu leur caractère foncièrement fâssid.

L'exemple le plus évident en est bien entendu le shirk et le kufr.

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B)
Et il est d'autres actes qui demeurèrent autorisés au début de la mission du Prophète et ne furent interdits qu'à un moment ultérieur de cette mission (à l'exemple de l'alcool) ; ou, inversement, qui furent interdits pendant un certain temps et ne devinrent mashrû' qu'à un moment ultérieur (à l'exemple du recours à la lutte armée).

L'alcool, la révélation ne l'interdit pas au début : il demeura donc sous le régime de la permission originelle. Puis la révélation en règlementa la consommation en disant qu'on ne devait pas être ivre aux moments des prières. Enfin elle l'interdit totalement (ce qui, d'après un avis relaté par Ibn Hajar, se passa en l'an 8 de l'hégire, soit 21 ans seulement après la première révélation et 18 ans après le début de la mission publique du Prophète).

Le recours à la lutte armée, à l'inverse, fut interdit à la Mecque et au début de l'installation à Médine : attenter à la vie humaine demeura donc sous le régime de ce qu'il est : en soi chose mauvaise (qabîh li dhâtihî) (cf. Qawâ'ïd ul-ahkâm fî islâh il-anâm, 'Izz ud-dîn ibn 'Abd is-Salâm, 2/188, 199 ; 1/145, 157). Par la suite, à cause de la nécessité, à Médine, combattre fut autorisé face aux agresseurs. Puis cela fut rendu obligatoire face aux agresseurs. Puis cela fut rendu obligatoire de façon générale. Ibn ul-Qayyim écrit ainsi : "وكان محرما، ثم مأذونا به، ثم مأمورا به لمن بدأهم بالقتال، ثم مأمورا به لجميع المشركين" (Zâd ul-ma'âd 3/71 ; voir allusion aux moments où furent institués ces différents caractères en pp. 69-71) (la 4ème étape citée ici par Ibn ul-Qayyim correspond au cas B5 dans notre article traitant de ce point ; le lecteur y verra que ce cas est cependant nuancé d'après des ulémas).

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Parmi ce genre d'actes B, il est ensuite deux sous-catégories
:

--- B.A) Il est points où il y a eu réellement abrogation (naskh) de la première règle par la seconde :

Il s'agit de points où, bien que dans un premier temps l'action était demeurée "sous silence" et, en tant que telle, était autorisée (ibâha asliyya) ou n'était pas mashrû', c'est désormais et maintenant la seconde règle – la hurma ou la mashrû'iyya – qui est applicable jusqu'à la fin des temps. Il s'agit d'un cas de naskh, d'abrogation.
Ainsi, il y a eu abrogation à propos de l'alcool, et l'interdiction est désormais définitive. Si Dieu ne déclara pas l'alcool interdit au début, c'est parce qu'Il voulut laisser du temps aux hommes qui se trouvaient autour du Prophète et qu'Il ne l'interdit que lorsque ces hommes furent prêts à recevoir l'interdiction. Le propos de Aïcha est bien connu : "Parmi les premiers passages coraniques à avoir été révélés se trouve une sourate parmi les sourates mufassal, dans laquelle il est question du Paradis et de l'Enfer. C'est ensuite, lorsque les hommes furent retournés à l'islam, que le licite et l'illicite furent révélés. Si dès le début Dieu avait révélé : "Ne buvez plus d'alcool", les hommes auraient dit : "Nous ne le délaisserons jamais !". Si dès le début Dieu avait révélé : "Ne commettez plus l'adultère !", les hommes auraient dit : "Nous ne la délaisserons jamais !"…" (al-Bukhârî, 4707). Mais on ne peut plus effectuer le même raisonnement et déclarer l'alcool autorisé pour tout musulman n'étant pas encore prêt à en recevoir l'interdiction (par contre on peut ne pas lui en rappeler le caractère interdit tant qu'il n'est pas prêt ; mais cela est chose différente, et nous allons y revenir plus bas).

--- B.B) Par contre, il est d'autres points où il n'y a pas eu naskh mais nas' (ou : "insâ'") :

C'est-à-dire que d'une pluralité de règles révélées en diverses circonstances, il n'y a pas eu abrogation, par la dernière, des précédentes, il y a que chacune de ces règles demeure applicable, selon le contexte que vit le musulman ; le fait est que chacune de ces règles est liée au contexte dans laquelle elle a été révélée, et, de nouveau, en fonction du contexte dans lequel le(s) musulman(s) se trouve(nt), c'est la règle qui, dans les textes, a été liée à contexte semblable qui doit être appliquée.

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Des ulémas ont cité parmi les points relevant de cette catégorie
B.B :

----- Le recours à la lutte armée :

Lorsque le musulman se trouve dans une situation semblable à celle que le Prophète et ses Compagnons connaissaient quand ils étaient à la Mecque, ce recours est de nouveau interdit (ghayr mashrû').
As-Suyûtî écrit : "الثالث: ما أمر به لسبب ثم يزول السبب كالأمر حين الضعف والقلة بالصبر والصفح ثم نسخ بإيجاب القتال. وهذا في الحقيقة ليس نسخا بل هو من قسم المنسإ كما قال تعالى: {أو ننسها} فالمنسأ هو الأمر بالقتال إلى أن يقوى المسلمون وفي حال الضعف يكون الحكم وجوب الصبر على الأذى. وبهذا يضعف ما لهج به كثيرون من أن الآية في ذلك منسوخة بآية السيف. وليس كذلك بل هي من المنسإ بمعنى أن كل أمر ورد يجب امتثاله في وقت ما لعلة يقتضي ذلك الحكم ثم ينتقل بانتقال تلك العلة إلى حكم آخر وليس بنسخ إنما النسخ الإزالة للحكم حتى لا يجوز امتثاله" : "Ceci ne relève pas de la catégorie de l'"abrogé" mais de celle du "reporté" (...), c'est-à-dire que chacune des règles dictées doit être pratiquée dans un contexte donné, par le moyen d'une cause ('illa) qui entraîne cette règle ; le changement de la cause entraîne que c'est l'autre règle qui sera applicable. Ceci n'est pas de l'abrogation, car cette dernière consiste en le fait de mettre fin à une règle précédente en sorte qu'il ne soit plus du tout possible de la pratiquer" (Al-Itqân, pp. 703-704).
Ibn Taymiyya a écrit en substance la même chose (cf. As-Sârim, p. 359, p. 239). Lire notre article : Comprendre les différences de situations dans lesquelles se trouvent différentes communautés musulmanes.

----- Le fait de sanctionner celui qui manque de respect à la personne du Prophète (sur lui soit la paix) :

D'abord, à la Mecque, il était demandé au Prophète de faire preuve de patience face à ce genre de paroles : "Fais preuve de patience face à ce qu'ils disent, et délaisse-les d'une bonne façon" (Coran 73/10 ; voir aussi 50-39, 38/17). "Et détourne-toi des Polythéistes, Nous te Suffisons par rapport à ceux qui se moquent" (Coran 6/106).

Après l'émigration à Médine, il y eut une période où il lui fut également demandé de faire preuve de patience. En effet, car, comme Ibn Taymiyya l'a relevé, le verset 48 de la sourate al-Ahzâb, révélé à Médine, demandait toujours de faire preuve de patience face à de tels propos : "N'obéis pas aux Incroyants et aux Hypocrites, laisse leur tort [= le tort qu'ils te font : commentaire de Mujâhid ibn Jabr] et remets-toi à Dieu. Et Dieu suffit comme garant" (Coran 33/48). Ce n'est que plus tard que sanction il a pu y avoir. Ibn Taymiyya écrit ainsi : "نعم قد قدمنا أن النبي صلى الله عليه وسلم كان يسمع من الكفار والمنافقين في أول الإسلام أذًى كثيرا وكان يصبر عليه امتثالا لقوله تعالى: {ولا تطع الكافرين والمنافقين ودع أذاهم}، لأن إقامة الحدود عليهم كان يفضي إلى فتنة عظيمة ومفسدة أعظم من مفسدة الصبر على كلاماتهم" (As-Sârim, p. 223 ; voir également p. 359). Il n'y avait pas d'Hypocrite à La Mecque : Ibn Taymiyya, en citant ce verset 33/48 et en évoquant "fî awwal il-islâm", parle donc bien des débuts à Médine.
Le verset suivant, de Âlu 'Imrân, également révélé à Médine, dit la même chose : "Et vous entendrez, de la part de ceux à qui l'Ecriture a été donnée avant vous et de la part des Polythéistes, beaucoup de propos désagréables. Et si vous faites preuve de patience et êtes pieux, alors cela relève des choses de la résolution" (Coran 3/186).

Ensuite vint une autre période à Médine (donc une 3ème situation) où le Prophète fit appliquer des sanctions : un certain nombre de relations (bien connues) en attestent.
(Cependant, même dans cette ultime période, il fit parfois de nouveau preuve de patience, comme avec Dhu-l-Khuwayssira et avec Abdullâh ibn Ubayy Ibn Salûl, parce qu'il s'agissait de son droit personnel et/ou parce que la mafsada que cela aurait entraîné était plus grande que sa maslaha : lire notre article au sujet de ce que Dhu-l-Khuwayssira et Abdullâh ibn Ubayy lui dirent.
De même, toujours dans cette ultime période, il pardonna à d'autres personnes l'ayant auparavant insulté, comme à Abdullâh ibn Sa'd ibn Abî Sar'h et à d'autres encore.)

Aujourd'hui, de nouveau, quand le musulman se trouve dans une situation semblable à la 1ère ou à la 2nde situations que le Prophète a connues, c'est le devoir de patience qui est applicable et non celui de sanction.
C'est si une société musulmane se trouve dans une situation semblable à la 3ème situation, qu'il y a le principe d'une sanction, celle-ci devant ensuite être appliquée si cela n'entraîne pas une mafsada plus grande que la maslaha recherchée (comme le prouvent l'épisode avec Dhu-l-Khuwayssira et celui avec Abdullâh ibn Ubayy).
C'est pourquoi Hudhayfa ibn ul-Yamân avait dit : "عن حذيفة، قال: إنما كان النفاق على عهد النبي صلى الله عليه وسلم؛ فأما اليوم فإنما هو الكفر بعد الإيمان" (al-Bukhârî, 6697). Ibn Hajar écrit : "والذي يظهر أن حذيفة لم يرد نفي الوقوع، وإنما أراد نفي اتفاق الحكم. لأن النفاق إظهار الإيمان وإخفاء الكفر ووجود ذلك ممكن في كل عصر. وإنما اختلف الحكم لأن النبي صلى الله عليه وسلم كان يتألفهم ويقبل ما أظهروه من الإسلام ولو ظهر منهم احتمال خلافه؛ وأما بعده فمن أظهر شيئا فإنه يؤاخذ به ولا يترك لمصلحة التألف لعدم الاحتياج إلى ذلك" (Fat'h ul-bârî).

Ibn Taymiyya écrit :من كان من المؤمنين بأرض هو فيها مستضعف [أي في أرض كفر] أو في وقت هو فيه مستضعف [أي مع أنه في أرض إسلام] فليعمل بآية الصبر والصفح عمن يؤذي الله ورسوله من الذين أوتوا الكتاب والمشركين. وأما أهل القوة فإنما يعملون بآية قتال أئمة الكفر الذين يطعنون في الدين" (As-Sârim, p. 221).

De nouveau il s'agit donc non pas de naskh (abrogation) mais de nas' (ou : "insâ'"), "reporté à situation semblable" : cliquez ici et ici.

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Une objection faite par certains coreligionnaires, et sa réponse :

Il est vrai que Ibn Taymiyya a également écrit, dans le même livre :
"فكثير مما كان يحتمله من المنافقين من الكلام وما يعاملهم من الصفح والعفو والاستغفار كان قبل نزول براءة، لما قيل له: {ولا تطع الكافرين والمنافقين ودع أذاهم}، لاحتياجه إذ ذاك إلى استعطافهم وخشية نفور العرب عنه إذا قتل أحدا منهم. وقد صرح صلى الله عليه وسلم لما قال ابن أبي: {لئن رجعنا إلى المدينة ليخرجن الأعز منها الأذل} ولما قال ذو الخويصرة: اعدل فإنك لم تعدل وعند غير هذه القضية أنه أنما لم يقتلهم لئلا يتحدث الناس أن محمدا يقتل أصحابه فإن الناس ينظرون إلى ظاهر الأمر فيرون واحدا من أصحابه قد قتل فيظن الظان أنه يقتل بعض أصحابه على غرض أو حقد أو نحو ذلك فينفر الناس عن الدخول في الإسلام وإذا كان من شريعته أن يتألف الناس على الإسلام بالأموال العظيمة ليقوم دين الله وتعلو كلمته فلأن يتألفهم بالعفو أولى وأحرى.
فلما أنزل الله براءة ونهاه عن الصلاة على المنافقين والقيام على قبورهم وأمره أن يجاهد الكفار والمنافقين ويغلظ عليهم، نُسِخَ جميعُ ما كان المنافقون يعاملون به من العفو، كما نسخ ما كان الكفار يعاملون به من الكف عمن سالم، ولم يبق إلا إقامة الحدود وإعلاء كلمة الله في حق الإنسان"
(As-Sârim, pp. 237-238).

Certains coreligionnaires se sont fondés sur cet écrit pour dire que, chez Ibn Taymiyya, après la révélation de sourate at-Tawba (Barâ'ah), la possibilité de ne pas appliquer de sanction à celui qui a manqué de respect à la personne du Prophète, cela a été complètement abrogé.

Mais ce que ces coreligionnaires disent là est erroné. Car ce que Ibn Taymiyya a écrit dans les 2 pages qui suivent cet écrit, montre que, tout au contraire, chez lui aussi cette possibilité demeure, même aujourd'hui. Présentant plusieurs réponses au fait que, dans des cas où quelqu'un a manqué de respect au Prophète à l'époque de celui-ci, aucune sanction ne lui a été appliquée, Ibn Taymiyya expose ainsi l'une d'elles :
"أن ذلك كان في حال ضعف الإسلام، في الحال التي أخبر الله عن رسوله والمؤمنين أنهم يسمعون من الذين أوتوا الكتاب والمشركين أذى كثيرا وأمرهم بالصبر والتقوى. ثم إن ذلك نسخ عند القوة، بالأمر بقتالهم حتى يعطوا الجزية عن يد وهم صاغرون؛ والصاغر لا يفعل شيئا من الأذى في الوجه ومن فعله فليس بصاغر.
ثم إنَّ
من الناس من يسمي ذلك نسخا
، لتغير الحكم؛ ومنهم من لا يسميه نسخا، لأن الله تعالى أمرهم بالعفو والصفح إلى أن يأتي الله بأمره، وقد أتى الله بأمره من عز الإسلام وإظهاره والأمر بقتالهم حتى يعطوا الجزية عن يد وهم صاغرون. وهذا مثل قوله تعالى: {فأمسكوهن في البيوت حتى يتوفاهن الموت أو يجعل الله لهن سبيلا} وقال النبي صلى الله عليه وسلم: "قد جعل الله لهن سبيلا". فبعض الناس يسمي ذلك نسخا، وبعضهم لا يسميه نسخا. والخلاف لفظي.
ومن الناس من يقول: الأمر بالصفح باق عند الحاجة إليه، بضعف المسلم عن القتال بأن يكون في وقت أو مكان لا يتمكن منه؛ وذلك لا يكون منسوخا إذ المنسوخ ما ارتفع في جميع الأزمنة المستقبلة"
(As-Sârim, p. 239).
Et lui-même est de ce dernier avis, comme il l'a écrit par ailleurs :من كان من المؤمنين بأرض هو فيها مستضعف [أي في أرض كفر] أو في وقت هو فيه مستضعف [أي مع أنه في أرض إسلام]، فليعمل بآية الصبر والصفح عمن يؤذي الله ورسوله من الذين أوتوا الكتاب والمشركين" (As-Sârim, p. 221).

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II) Second Point :

Par ailleurs on sait que quand les textes ont interdit une action précise, c'est, comme l'a écrit Ibn Taymiyya, parce que cela renferme une mafsada pure ou dominante ("fassâd khâlis" ou "fassâd râjih ['alâ salâh marjûh]").

De même, lorsque les textes déclarent une action obligatoire, c'est parce que celle-ci renferme [ou est très susceptible d'entraîner] une maslaha pure ou dominante ("salâh khâlis" ou "salâh rajih ['alâ fassâd marjûh]") (voir par exemple Majmû' ul-fatâwâ 20/59, Minhâj us-sunna 2/347).

Nous avons développé cette idée dans un autre article.

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III) Il ressort des deux Points I et II ce qui suit :

Dans les cas de figure cités plus haut sous les n° B.A et B.B, il y a également de la maslaha et de la mafsada mêlés.

Cependant, dans le cas de figure B.A, la non-interdiction du début n'était liée qu'à un objectif de pédagogie. Dans telle situation, c'est la mafsada du fait de déclarer l'action interdite (tahrîm) qui dominait sa maslaha, et c'est pourquoi Dieu n'avait alors pas rappelé le caractère interdit de cette action. Alors que dans telle autre situation, vu qu'il n'y a plus la dominance de la mafsada du fait de déclarer interdit (tahrîm), cela a été déclaré interdit.

Par contre, dans le cas de figure B.B, la domination de la maslaha sur la mafsada (ou vice-versa) n'est pas atemporelle comme dans le cas A ni même comme dans le cas B.A (où la non-interdiction n'avait qu'un objectif de pédagogie) ; ici, en B.B, la domination de la mafsada sur la maslaha  (ou, inversement, de la maslaha sur la mafsada) est liée à la situation du lieu et du moment. Dès lors, le fait que l'action soit interdite en telle situation et obligatoire en telle autre indique que sa mafsada domine sa maslaha dans la première situation et que dans la seconde sa maslaha domine sa mafsada.

A propos du fait que Dieu n'a d'abord pas interdit la consommation de l'alcool, puis l'a réglementé en interdisant que au moment des cinq prières le musulman soit ivre, enfin l'a complètement interdit, Ibn Taymiyya écrit ainsi : "Il ne l'a interdit qu'au moment où la sagesse demandait qu'on l'interdise. Le fait qu'une chose soit bonne (hassan) ou mauvaise (sayyi') n'est [dans ce cas de figure] pas comme le fait qu'elle est noire ou blanche, mais comme le fait qu'elle est utile ou nocive, convenable ou inconvenable, amie ou ennemie, et autres qualificatifs qui tiennent au qualifié et qui changent en fonction des situations. Car une chose peut être utile (nâfi') à un moment, nocive (dhârr) à un autre moment. Et la chose qui est nocive (as-shay' udh-dhârr), il arrive qu'on délaisse le fait de l'interdire lorsque la mafsada de l'interdiction est dominante. Comme le fait que l'alcool aurait été interdit au début de l'islam. Le fait est que les âmes y étaient très habituées et il n'y avait pas auprès d'eux une force de foi qui aurait accepté cette interdiction ; leur foi et leur dîn n'étaient non pas plus complets au point qu'il n'y serait resté comme manquement que celui obtenu par la consommation d'alcool : le sadd 'an dhikr illâh wa an is-salat. C'est pour cela qu'il y a eu progressivité dans le fait de l'interdire" (MF 17/202).

Ce propos concerne, dans le texte de Ibn Taymiyya, le cas B.A (puisqu'il s'agit explicitement de l'interdiction de l'alcool).

Mais il concerne également, et a fortiori, le cas B.B.

En effet, pour les règles de ce type B.B, ce propos exprime ce qui suit :
- le fait que, dans la situation X, l'action soit inapplicable (et interdite) d'après les textes même, cela révèle que, dans cette situation précise, la mafsada que renferme l'action domine la maslaha qu'elle contient ;
- et le fait que, dans la situation Y, l'action soit applicable (autorisée, recommandée ou obligatoire) d'après les textes, cela met en lumière le fait que, dans cette situation précise, c'est la maslaha que renferme l'action qui domine sa mafsada.

Nous l'avons déjà vu plus haut, une action telle que la consommation d'alcool, dont la législation relève du cas de figure B.A, est désormais définitivement classée comme interdite, puisque Dieu l'a finalement interdite. Et à son sujet, contrairement à ce que Dieu a fait à l'époque de la révélation au Prophète, il n'y a aujourd'hui plus possibilité de prise en considération de la maslaha ou de la mafsada dominantes pour établir son caractère : il y a eu tahrîm et cette action est donc harâm bi-l-qat' jusqu'à la fin du monde. Cependant, le propos de Ibn Taymiyya suscité peut continuer à concerner cette action aujourd'hui, mais ce non plus par la perspective d'une alternative entre jawâz et tahrîm (puisqu'il y a déjà eu tahrîm), mais dans la perspective d'une alternative entre inkâr bi-l-qalb ma'a-s-sukût et inkâr bi-l-lissân (ou entre inkâr bi hâdhihi-l-wassîla et inkâr bi tilka-l-wassîla).
En effet :
- dans le cas où un musulman précis, ou un groupe de musulman précis, n'est, de façon évidente, pas encore prêt à appliquer cette interdiction et que dans la société c'est le mal qui domine, lui faire le inkâr (nah'y 'an il-munkar) par la langue, ou bien lui faire le inkâr (nah'y 'an il-munkar) selon tel moyen précis, cela renferme plus de mafsada que de maslaha ;
- dans les cas où la situation est différente, le inkâr (nah'y 'an il-munkar) n'est que pure maslaha, ou bien est maslaha dominante (c'est-à-dire qu'il renferme à la fois maslaha et mafsada, mais davantage de maslaha que de mafsada).

Relève de la question du choix du moyen pour le nah'y 'an il-munkar, le récit suivant, avec Omar ibn 'Abd il-'Azîz : "وفيما يحكى عن عمر بن عبد العزيز أن ابنه عبد الملك قال له: "ما لك لا تنفذ الأمور؟ فوالله ما أبالي لو أن القدور غلت بي وبك في الحق." قال له عمر: "لا تعجل يا بني؛ فإن الله ذم الخمر في القرآن مرتين وحرمها في الثالثة؛ وإنى أخاف أن أحمل الحق على الناس جملة فيدفعوه جملة، ويكون من ذا فتنة"" : Un jour, le calife omeyyade célèbre pour sa justice et sa droiture fut interpelé en ces termes par son fils : "Père, pourquoi n'appliques-tu pas [toutes] les choses ? Je ne me soucie pas que moi et toi ayons à supporter des difficultés à cause de la vérité". Le sage Omar répondit : "Ne te presse pas, mon fils. Car Dieu a, dans le Coran, critiqué deux fois l'alcool, (puis,) la troisième fois, l'a interdit. Je crains que si j'applique d'un coup aux gens (tout) ce qui est vrai, ils rejettent d'un coup (tout ce qui est vrai) ; et que naisse à cause de cela une fitna" (Al-Muwâfaqât, ash-Shâtibî, 1/402). Voyez : l'alcool a été interdit en l'an 8 de l'hégire et cette interdiction est complète et définitive, applicable pour tout musulman et musulmane quel que soit le lieu qu'il ou elle se trouve. Omar ibn Abd il-Azîz parle bien, pourtant, de progressivité dans le fait de faire respecter sur la scène publique cette interdiction (soit le nah'y 'an il-munkar bi-l-yad), par la société musulmane du début du 2ème siècle.

Du début du 2ème siècle de l'hégire !

Aujourd'hui, en ce 15ème siècle de l'hégire, comment ne pas être pragmatique et ne pas tenir compte bien sûr des impératifs des textes mais aussi de l'état des lieux ? Cliquez ici.

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IV) Constat aujourd'hui :

Parfois certains musulmans sont animés par une volonté de "faire quelque chose pour l'islam" mais n'ont pas compris que si, en islam, il est certaines obligations ou recommandations qui sont atemporelles, il en est d'autres (celles de la catégorie B.B) qui ne sont instituées, d'après l'islam lui-même, que dans un contexte précis, lequel est inexistant dans le pays où ils vivent. Ces musulmans, croyant bien faire, mettent alors quand même ces actions à exécution. Résultat : Cela engendre une mafsada plus grande que la mafsada auparavant présente. Les conséquences en sont catastrophiques pour l'islam lui-même, sa cause ne faisant que régresser davantage.

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Prenons l'exemple du musulman qui a assassiné Van Gogh aux Pays-Bas :

Ayant constaté que celui-ci avait dénigré le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), et ayant lu que certaines des personnes ayant agi ainsi au temps du Prophète avaient été exécutées, il a pensé bien faire en agissant de même. Le problème c'est qu'il n'a pas su que la sanction a été appliquée à ces personnes lorsque, d'une part, le Prophète était non plus à la Mecque mais à Médine (donc non pas en Dâr ul-kufr mais en Dâr ul-islâm) et lorsque, d'autre part, à Médine l'islam avait acquis une force (puisque, comme nous l'avons rappelé plus haut, des versets révélés à Médine demandaient toujours de faire preuve de patience face à de tels propos, et que ce n'est que plus tard que sanction il a pu y avoir : As-Sârim, p. 359, p. 220, p. 223). Ce musulman des Pays-Bas a donc cru bien faire, alors qu'en réalité il a fait, dans une situation X, ce qui, d'après les textes de l'islam eux-mêmes, ne peut être fait qu'en situation Y.

Le résultat est là : cela n'a pas fait du bien (maslaha) mais du tort (mafsada) à l'islam aux Pays-Bas. Et cela ne fera pas cesser ce genre de dénigrement (comme cela aurait été le cas en situation Y) mais au contraire donnera plus de détermination encore à ceux qui n'aiment pas l'islam pour dénigrer le Prophète et sa religion.

Et l'application du principe d'évaluation entre mafsada et maslaha (al-muwâzana bayn al-maslaha wa-l-mafsada) à cette question n'a pas été établie sur la base d'un pur ijtihad, mais bien sur la base des textes. En effet, nous l'avons vu plus haut : cet acte relève de la catégorie qui, en situation X, est, d'après les textes eux-mêmes, tout simplement : inapplicable.

En situation Y, le cas aurait été différent, bien sûr, mais cela concerne un pays comme l'Arabie Saoudite, par exemple, où la présence de l'islam est conséquente, comme ce fut le cas à un moment à Médine, à l'époque du Prophète, lorsque le principe d'une sanction fut institué. Précisons que, même dans la situation d'applicabilité de la sanction, face à un tel propos tenu par un non-musulman, il s'agit, d'après Abû Hanîfa, d'une ta'zîr, c'est-à-dire d'une peine de nature variable, que le juge décidera (avis cité in As-Sârim, pp. 10-11) : il peut donc s'agir d'une simple peine d'emprisonnement, etc. Et si un tel propos a été tenu par un musulman, alors celui-ci devient apostat, murtadd (fin de citation de l'avis de Abû Hanîfa) ; lire notre article au sujet du principe de la sanction pour apostasie.

(Rappelons ici que dans les pays laïques aussi le manque de respect à certains symboles perçus comme "les fondements des valeurs de la société" ou comme "le ciment de la cohésion sociale" est passible de sanctions : en France, sont concernés ainsi les faits de piétiner le drapeau bleu-blanc-rouge, d'outrager un buste de Marianne, de siffler la Marseillaise, etc.)

Il faut savoir que la sanction temporelle relève de la catégorie générale "amr bi-l-ma'rûf wa nah'y 'an il-munkar". Or, comme Ibn Taymiyya l'a écrit, "là où le désavantage ("mafsada [shar'iyya]") qu'(entraîne) le fait d'ordonner (le bien) et d'interdire (le mal) est plus grand que son avantage ("maslaha [shar'iyya]"), cela ne relève pas de ce que Dieu a ordonné. (…) Cela se fait parfois par le cœur [seulement], parfois par la langue [aussi], et parfois par la main [également]. Pour ce qui est du cœur, cela est obligatoire en toute circonstance (…).
Deux groupes de gens commettent ici une erreur. Un premier groupe
délaisse (de façon absolue) l'exhortation et la dissuasion, en faisant une interprétation (erronée) de ce verset [Coran 5/105] (…). Et le second groupe est constitué de ceux qui veulent ordonner (le bien) et interdire (le mal) par la langue et la main de façon inconditionnelle ("mutlaqan"), sans compréhension ("fiqh"), longanimité ("hilm"), patience et considération pour ce qui convient à ce sujet et ce qui ne convient pas, et pour ce dont on a (réellement) la capacité et ce dont on n'en a pas la capacité. (…) Ces gens ordonnent (le bien) et interdisent (le mal) en croyant qu'ils obéissent ainsi à Dieu et suivent Son Messager, alors qu'en fait ils outrepassent les limites fixées par Dieu"
(MF 28/126-128). Dans un passage d'un autre de ses ouvrages, Ibn Taymiyya a aussi écrit ce principe de devoir évaluer la maslaha et la mafsada que va entraîner le amr bi-l-ma'rûf et le na'hy 'an il-munkar, et a également décrit ces deux groupes aux positions erronées ; on y lit cette précision supplémentaire, ô combien importante : "Et relève du nah'y 'an il-munkar : l'application des peines sur celui qui sort de la voie (tracée) par Dieu" (Al-Istiqâma, p. 172 / tome 2, pp. 209-215 dans l'édition que je possède).

Il faut noter que, parfois, l'autorité, même animée de la meilleure des volontés, ne peut, se trouvant dans des circonstances difficiles, appliquer une loi (je parle de 'adam ut-tanfîdh), parce qu'elle sait pertinemment que cela engendrera une mafsada shari'yya plus grande encore. C'est la raison qui conduisit 'Alî à choisir de remettre à plus tard l'application du talion aux assassins de 'Uthmân. Et quand Mu'âwiya (radhiyallâhu 'anhum) exigea qu'il le fasse d'abord et qu'ensuite il reconnaîtrait son autorité, il fit une erreur ; ce fut 'Alî qui avait raison (assâba) (lire notre article sur le sujet).

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Un autre cas de volonté d'appliquer la règle telle quelle, sans avoir bien compris les conditions de son applicabilité et les moyens de son application :

Le Prophète (sur lui soit la paix) a, à la fin de sa vie et donc de sa mission, ordonné que l'on fasse sortir les Gens du Livre de la Jazîrat ul-'arab. Parmi ceux qui allaient ainsi être déplacés figurent les juifs qui habitaient Khaybar, et les chrétiens qui habitaient Nadjran. Le Prophète avait conclu avec ces Gens du Livre un traité les autorisant à séjourner sur place, mais il avait bien spécifié aux habitants de Khaybar que cela était à durée déterminée ("nuqirrukum mâ aqarrakumullâh" ou "mâ shi'nâ"). Ce fut à la fin de sa vie que le Prophète ordonna qu'ils devaient sortir de la Jazîrat ul-'arab (ce qui est interprété par certains mujtahids comme désignant ici le Hedjaz uniquement, et par d'autres comme évoquant toute la Péninsule arabique : lire notre article sur le sujet). Avant cela, il leur fut autorisé de demeurer sur place (avec cependant une restriction, qui avait été récemment formulée, et qui concernait le territoire de la Mecque : "Innama-l-mushrikûna najas, fa la yaq'rabu-l-masjid al-harâma ba'da 'âmihim hâdhâ" : ceci concerne non pas seulement les Polythéistes mais tous les non-musulmans : voir les tafâssîr). Et ce fut le amîr, Omar ibn ul-Khattâb (radhiyallâhu 'anh), qui fit appliquer cette règle énoncée par le Prophète vers la fin de sa vie : il fit savoir à ces Gens du Livre qu'ils devraient habiter ailleurs, et il les installa donc à Shâm : Teyma et Jéricho. (Abû Bakr ne put pas le réaliser tant il demeura occupé par le problème des apostats.) Pour la majorité des mujtahids, il s'agit d'une règle propre à Jazîrat ul-'arab (cf. Zâd ul-ma'âd 3/348).

L'interdiction d'entrer dans le territoire du haram autour de la Mecque est atemporelle (soit la catégorie B.A plus haut évoquée) (encore qu'en cas de maslaha shar'iyya, il y a la possibilité, comme l'a relaté Ibn Hajar, de leur accorder la permission de séjourner temporairement dans le haram : Fat'h ul-bârî, commentaire du hadîth 2888 - d'après la numérotation de al-Bughâ).
Par contre, le déplacement des non-musulmans de la Jazîrat ul-'arab ne relève pas de la même catégorie.
Aujourd'hui il est certaines personnes qui ont lu ces hadîths demandant de faire sortir les non-musulmans de la région de la Jazîrat ul-'arab, mais, n'ayant pas acquis la compréhension de tout ce qui va avec, et constatant que l'autorité en place dans la région octroie des visas de travail à des Gens du Livre, se disent que l'autorité manque décidément d'islam, et décident d'appliquer eux-mêmes ces hadîths. Ces personnes le font alors elles-mêmes : d'une part sans compréhension de l'étape (marhala) où cet impératif est venu dans la vie du Prophète (cliquez ici et ici), étape dans laquelle l'Arabie ne se trouve évidemment pas aujourd'hui. D'autre part en négligeant que c'est au amîr qu'il est demandé de faire appliquer cette règle et qu'ici les autorités leur ont octroyé l'autorisation de séjourner parce qu'elles estiment avoir besoin des services civils qu'ils fournissent. Enfin en oubliant que le amîr de l'époque, Omar (radhiyallâh 'anh), a fait savoir à ces non-musulmans qu'il allait les déplacer et qu'ils ont pu s'installer à Shâm, alors qu'eux ils placent des bombes pour tuer…
De toute façon c'est simple : si l'autorité n'applique pas ('adam ut-tanfîdh) certaines obligations, alors, pour ces musulmans -là elle est devenue kâfir bi kufr akbar car ne faisant pas le hukm bi mâ anzalallâh, et il est alors autorisé de la combattre elle aussi.
Et si un 'âlim dit que ce que ces musulmans ont fait en tuant ces non-musulmans, cela est strictement interdit, les voilà qui hurlent que les ulémas soutiennent le pouvoir "apostat" et, en plus, déclarent interdit ce que le Prophète a ordonné de faire ! Et il se trouve d'autres pour acquiescer et dire : "Y a pas à dire, ça fait longtemps que j'avais perdu confiance en tous les ulémas, voilà une preuve de plus qu'ils sont des traîtres, des vendus, des gens tournés vers leurs intérêts au détriment des enseignements de l'islam".

Toujours le même problème : le manque de compréhension des nuances : il a été ordonné de les faire sortir dans une situation précise ; quand cette situation n'est pas réalisée cela n'est pas mashrû', et ils sont alors des mu'âhid : le hadîth bien connu du Prophète ne dit-il pas que tuer un mu'âhid est un grave péché, un acte interdit ?

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V) Note complémentaire :

On peut dire que les règles de la catégorie B.B (les règles qui ne sont pas instituées - ghayr mashrû' - quand leur application risque d'entraîner une mafsada plus grande que celle déjà existante et que l'on voulait faire disparaître, et qui ne sont instituées - mashrû' - que lorsqu'il n'y a pas ce risque), ces règles-là sont de deux types :

B.B.a) il y a certaines d'entre elles à propos desquelles les lieux et les temps où le risque d'entraîner une mafsada plus grande que celle existante et que l'on voulait faire disparaître est présent, ces lieux et ces temps ont été stipulés dans les textes ; la présence d'un tel lieu ou bien d'un tel temps entraîne donc systématiquement la non-applicabilité de la règle.
Ainsi, comme l'a écrit Ibn Taymiyya, en Dâr ul-kufr, la sanction contre celui qui manque de respect à la mémoire du Prophète est inapplicable (son écrit sur le sujet a été reproduit plus haut) ;

B.B.b) et il y a d'autres de ces règles où l'évaluation de la domination de la maslaha sur la mafsada a été laissée à l'appréciation des mujtahidûn (fût-ce des mujtahidûn fi-l-massâ'ïl) ; si c'est le risque de plus grande mafsada qui domine, alors la règle est inapplicable ; par contre, si la maslaha obtenue sera plus grande que la mafsada, alors la règle est applicable.
Relève de cette sous-catégorie B.B.b le fait d'entreprendre le nay'h 'an il-munkar par tel moyen (autre que le coeur) (le propos de Ibn Taymiyya sur le sujet a également été reproduit plus haut).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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