5 choses qui sont toutes désignées par le terme : "Parole de Dieu" ou bien : "Coran" dans le Coran ou la Sunna

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I) La problématique :

- Dieu a prononcé les mots qui composent le Coran.
- L'ange Gabriel les a entendus, retenus, et prononcés (= répétés) devant le prophète Muhammad (sur lui soit la paix).
- Le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) les a entendus, retenus et prononcés (= répétés) devant ses Compagnons (que Dieu les agrée).
- Ces Compagnons (que Dieu les agrée) les ont entendus, retenus et prononcés (= répétés) devant leurs élèves.

Deux questions se posent alors :

1) Le fait de prononcer ainsi (at-talaffuz) ces mots composant le Coran : est-ce un acte incréé (quand c'est Dieu qui l'a fait) ? ou bien créé (quand c'est Dieu qui l'a fait) ? ou encore incréé (quand c'est Dieu qui l'a fait) et créé (quand ce sont des créatures qui le font) ?
--- La réponse correcte est qu'il s'agit d'un acte incréé quand c'est Dieu qui l'a fait (et cela contrairement à ce que les Jahmites, les Mutazilites etc. prétendent), et créé quand ce sont des créatures qui le font (et cela contrairement à ce que les Lafziyya Muthbita affirment).

2) Et la Parole ayant ainsi été prononcée par Dieu (kalâm malfûz) : est-elle incréée (dans le cas de Dieu) ? ou bien créée (dans le cas de Dieu) ? ou encore incréée (dans le cas de Dieu) et créée (quand ce sont les créatures qui la répètent) ?
--- La bonne réponse est qu'il s'agit d'une parole qui demeure incréée même lorsque ce sont des créatures qui la récitent.

Toute action que Dieu fait est incréée, puisqu'elle est faite par Lui. Fa mâ qâma bi dhât illâh, fa huwa ghayru makhlûq. Le Talaffuz est une action. Cette action implique un Kalâm Malfûz, par le biais d'une Sawt (Voix). Dans le cas de Dieu, cette Voix, étant un Attribut, est incréée.
Dieu Lui-même, nous pourrons le voir directement de nos yeux dans l'au-delà.
Alors Sa Voix, l'entendre directement de nos oreilles dans l'au-delà, bien qu'elle est incréée, cela est chose plus facile à comprendre.

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La parole est quelque chose d'unique en son genre : "وأما الإنسان إذا قال ما هو كلام لغيره يقصد تبليغه وتأديته أو التكلم به معتقدا أنه إنما قصد التكلم بكلام غيره الذي هو الآمر بأمره المخبر بخبره المتكلم ابتداء بحروفه ومعانيه، فهنا الكلام كلام الأول قطعا، ليس كلاما للثاني بوجه من الوجوه، وإنما وصل إلى الناس بواسطة الثاني. وليس للكلام نظير من كل وجه فيشتبه به؛ وإنما هو أمر معقول بنفسه" (MF 12/414).

En fait la réalité d'une Parole est d'ordre verbal en même temps qu'intellectuel (car les mots servent de vecteur à des idées, et entrent en jeu pour la transmission de ces idées à autrui). De fait, un son ayant été émis vocalement mais qui n'a aucun sens, cela n'est pas un mot.

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II) Différents sens du terme "Qur'ân" (ou parfois : "Parole de Dieu") dans des textes du Coran ou de la Sunna :

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A & B) Le terme "Parole de Dieu" / "Coran" a été employé pour désigner : "la Prononciation par Dieu (مرتبته اللفظية الإنشائية) d'une Parole (مرتبته الخارجيّة), devant l'ange Gabriel pour que ce dernier les transmette au prophète Muhammad (sur lui soit la paix), en tant que texte devant être récité cultuellement" :

--- Aïcha (que Dieu l'agrée) a dit : "عن عائشة قالت: ولكني والله ما كنت أظن أن الله ينزل في براءتي وحيا يتلى؛ ولشأني في نفسي كان أحقر من أن يتكلم الله في بأمر يتلى. ولكني كنت أرجو أن يرى رسول الله صلى الله عليه وسلم في النوم رؤيا يبرئني الله بها. فأنزل الله تعالى: {إن الذين جاءوا بالإفك} العشر الآيات" :
"J'étais à mes yeux trop insignifiante pour que Dieu parle à mon sujet de quelque chose devant être récité. Mais j'espérais que le Messager de Dieu voit pendant son sommeil un rêve par lequel Dieu m'innocentait"
(al-Bukhârî, 7061, Muslim, 2770).
Aïcha espérait donc seulement que Dieu révélerait son innocence au Prophète (sur lui la paix) par une autre voie de la Révélation, par exemple un rêve. Elle ne s'attendait pas à ce que cela soit par la voie de la Révélation qui consiste en du texte coranique, destiné à être récité par les croyants jusqu'à la fin des temps.
L'ensemble
des phrases que Dieu a prononcées, "takallama", "تكلّم", pour l'innocenter, Aïcha a les désignées par les termes : "أمر يُتلى", "Amr Yutlâ", "quelque chose, destiné à être récité par les hommes" : elle voulait dire : une partie du texte coranique.

Il y a ici 2 choses :
----- A) l'acte de prononciation par Dieu : le "Takallum", comme l'a dit Aïcha ;
----- B) lequel acte implique une parole prononcée : il s'agit de la "Kalâm Lafzî" ; c'est ce que Aïcha a désigné par le terme : "Amr". Et lorsque cette Kalâm Lafzî est destinée à faire partie du texte coranique, il s'agit, pour reprendre le terme de Aïcha, de : "Amr Yutlâ".

Dans le cas de Dieu, les 2 sont : incréés.
----- Le "Takallum" que Dieu fait est incréé, c'est un 'Aradh ;
----- et la "Kalâm Lafzî" de Dieu est elle aussi incréée.

Cette "Kalâm Lafzî" est constituée du Sens et des Mots qui véhiculent celui-ci. C'est lorsque la Kalâm Nafsî (synonyme du 'Ilm) est prononcée par la Voix (Sawt) qu'elle est appelée : la Kalam Lafzî.

Ce "Amr Yutlâ", cette partie de la "Kalâm Lafzî" de Dieu qui constitue du Texte Coranique, cela n'est pas un 'Ayn. Serait-ce non pas un 'Aradh mais un Ma'nâ Mahdh (non pas au sens littéral de "Sens Pur" – puisqu'une Parole c'est : "Sens et Mots le véhiculant" –, mais au sens istilâhî où on l'entend dans notre triple classification Ayn / 'Aradh / Ma'nâ Mah'dh ?
Je ne sais pas (لا أدري).

Dans le cas de la créature prononçant ce qui est parole de Dieu, la croyance correcte est comme suit : "Le Talaffuz que je fais du Coran : est créé. Mais la Kalâm ullâh que je prononce alors est toujours : incréée".

La difficulté avec le terme "Lafz" est qu'il peut désigner :
----- tantôt : "at-talaffuz bi-l-kalâm",
----- et tantôt : "al-kalâm al-malfûz".

C'est bien pourquoi Ahmad ibn Hanbal disait :
"من قال: "لفظي بالقرآن مخلوق"، فهو جهمي.
ومن قال:
"لفظي بالقرآن غير مخلوق"، فهو مبتدع" :
"Celui qui dit : "Le Lafz que je fais du Coran est créé", celui-là est un Jahmite.
Et celui qui dit : "Le Lafz que je fais du Coran est incréé", celui-là est Mubtadi'"
.

Ce propos de Ahmad en a dérouté plus d'un. Son contemporain Hussein al-Karâbîssî disait pour sa part : "Le Coran est incréé, (mais) le Lafz que j'en fais est créé" (il voulait dire : "Talaffuzî bi-l-qur'ân : makhlûq", ce qui est vrai). Mais lorsqu'il apprit que Ahmad désapprouvait ce sien propos, al-Karâbîssî s'exclama : "Nous ne savons que faire avec ce jeune homme ! Si nous disons "créé", il clame : "Bid'a !", et si nous disons : "incréé", il clame : "Bid'a !"" (Mas'alatu khalq il-qur'ân wa atharu-hâ fî sufûf ir-ruwât..., Abû Ghudda, p. 16).

Mais en fait le propos de Ahmad se comprend par le fait que le terme "Lafz" peut désigner le Talaffuz, comme il peut désigner le Kalâm Malfûz. Il pourrait donc y avoir méprise.
----- En effet, quelqu'un peut dire : "Le Lafz que je fais du Coran est créé" en voulant désigner alors : "Kalâm ullâh, alladhî atalaffazu bihî", ce qui en fait la croyance des Jahmites ("La Parole de Dieu est créée").
----- A l'inverse, quelqu'un peut dire : "Le Lafz que je fais du Coran est incréé" en voulant désigner alors : "Talaffuzî bi-l-qur'ân", ce qui en fait la croyance des Lafziyya Muthbita ("Ma récitation de la Parole de Dieu est incréée").
"ولهذا كان الإمام أحمد بن حنبل وغيره من أئمة السنة يقولون: "من قال اللفظ بالقرآن أو لفظي بالقرآن مخلوق فهو جهمي؛ ومن قال إنه غير مخلوق فهو مبتدع" وفي بعض الروايات عنه: "من قال لفظي بالقرآن مخلوق يعني به القرآن فهو جهمي".
لأن اللفظ يراد به مصدر لفظ يلفظ لفظا، ومسمى هذا فعل العبد، وفعل العبد مخلوق.
ويراد باللفظ القول الذي يلفظ به اللافظ، وذلك كلام الله لا كلام القارئ، فمن قال إنه مخلوق فقد قال إن الله لم يتكلم بهذا القرآن. (...)
وأما صوت العبد فهو مخلوق. وقد صرح أحمد وغيره بأن الصوت المسموع صوت العبد؛ ولم يقل أحمد قط: "من قال إن صوتي بالقرآن مخلوق فهو جهمي"
(MF 12/74).

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C) Le terme "Parole de Dieu" / "Coran" a été employé pour désigner : "la Connaissance que l'on a, dans son Intellect, de cette Parole (B) de Dieu : de ses mots véhiculant leur sens" (مرتبته الذهنية) :

- La connaissance ('ilm) que l'on a ainsi de la Parole de Dieu est : créée dans le cas des humains.

- Par contre la chose dont on a ainsi connaissance (ma'lûm 'anh), la Parole de Dieu (B), est, elle, incréée, comme nous l'avons déjà dit.

- Entre les deux, il y a ce que, de cette chose (ma'lûm 'anh) (la Parole de Dieu, B), on a en son for intérieur ("الصورة الحاصلة من الشيء عند العقل") (ma'lûm). Difficile, ici, de distinguer cela de cette chose (ma'lûm 'anh), vu que cette chose est une parole, et la parole (B) est, déjà, quelque chose d'intellectuel.

--- Parlant d'un événement de la Fin des temps (cela se passera après le retour de Jésus sur Terre, après qu'il y aura déjà régné, et alors qu'il y sera déjà mort et enterré), le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a dit : "En une nuit, le Livre de Dieu sera emporté, il ne restera de lui sur Terre aucun verset" : "عن حذيفة بن اليمان، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يدرس الإسلام كما يدرس وشي الثوب، حتى لا يدرى ما صيام، ولا صلاة، ولا نسك، ولا صدقة. وليسرى على كتاب الله عز وجل في ليلة، فلا يبقى في الأرض منه آية؛ وتبقى طوائف من الناس الشيخ الكبير والعجوز، يقولون: أدركنا آباءنا على هذه الكلمة، لا إله إلا الله، فنحن نقولها." فقال له صلة: "ما تغني عنهم لا إله إلا الله، وهم لا يدرون ما صلاة، ولا صيام، ولا نسك، ولا صدقة؟" فأعرض عنه حذيفة، ثم ردها عليه ثلاثا، كل ذلك يعرض عنه حذيفة، ثم أقبل عليه في الثالثة، فقال: "يا صلة، تنجيهم من النار" ثلاثا" (Ibn Mâja, 4049). "Livre de Dieu" ne désigne pas ici : "le support sur lequel est transcrite la Parole de Dieu" (E), mais : "la parole de Dieu" ; cependant, ce sera précisément : "la connaissance de cette parole" qui sera emportée (C) : cette parole ne sera plus connue : elle sera complètement effacée des mémoires de même que des pages où elle était transcrite. Dans le droit fil de ce hadîth, Is'hâq ibn Râhawayh a dit : "وإليه يعود" : "Le Coran retournera vers Dieu à la fin des temps" (Al-Asmâ' wa-s-sifât, al-Bayhaqî, pp. 345-346), et il voulait en fait dire : "وإليه يعود علمه" la connaissance de cette parole qu'est le Coran retournera vers Dieu : aucun humain présent sur Terre n'aura alors plus connaissance des Mots constituant cette parole (Al-Fatâwâ al-kubrâ, Ibn Taymiyya, 5/16 dans l'édition que je possède).

--- "حم {43/1} وَالْكِتَابِ الْمُبِينِ {43/2} إِنَّا جَعَلْنَاهُ قُرْآنًا عَرَبِيًّا لَّعَلَّكُمْ تَعْقِلُونَ {43/3} وَإِنَّهُ فِي أُمِّ الْكِتَابِ لَدَيْنَا لَعَلِيٌّ حَكِيمٌ {43/4" : "Hâ Mîm. Par le Livre clair ! Nous en avons fait un Coran arabe, afin que vous raisonniez. Et il se trouve dans le Livre [= Support d'Ecriture] originel auprès de Nous, certes élevé, (empli de) sagesse" (Coran 43/1-4).

--- "عن جابر، قال: كان النبي صلى الله عليه وسلم قد يعرض نفسه بالموقف، فقال: "ألا رجل يحملني إلى قومه؟ فإن قريشا قد منعوني أن أبلغ كلام ربي" : "Y aurait-il quelqu'un qui me transporterait jusqu'aux siens ? Car les Quraysh m'ont empêché de transmettre la Parole de mon Seigneur" (at-Tirmidhî, 2925, Abû Dâoûd, 4734). Cette Parole de Dieu est : "les mots que je connais avoir été prononcés par Dieu".

ِ--- "عن أبي مالك الأشعري قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "(...) والقرآن حجة لك أو عليك" : "Le Coran sera un argument pour toi ou contre toi" (Muslim, 223).
--- "عن عبد الرحمن بن عوف عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "ثلاثة تحت العرش يوم القيامة: القرآن، يحاج العباد، له ظهر وبطن؛ والأمانة؛ والرحم تنادي: ألا من وصلني وصله الله، ومن قطعني قطعه الله" (al-Baghawî in Shar'h us-Sunna : Mishkât, n° 2133 : hadîth dha'îf d'après al-Albânî).
Le Coran, compris comme parole prononcée par Dieu, n'argumentera pas de lui-même avec les hommes (car un Attribut de Dieu n'est pas séparé de Lui). C'est la connaissance que les hommes auront eue de cette Parole de Dieu qui argumentera avec eux, leur demandant des comptes quant à savoir s'ils auront agi ou pas selon elle. Cela comme tant d'autres choses viendront, matérialisées, le Jour du Jugement.

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D) Le terme "Coran" a été employé pour désigner : "la Répétition, par une créature, de cette Parole (A) de Dieu" (مرتبته اللفظية الإعادية) :

--- "عن زيد، أنه سمع أبا سلام، يقول: حدثني أبو أمامة الباهلي، قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم، يقول: "اقرءوا القرآن فإنه يأتي يوم القيامة شفيعا لأصحابه. اقرءوا الزهراوين، البقرة وسورة آل عمران، فإنهما تأتيان يوم القيامة كأنهما غمامتان، أو كأنهما غيايتان، أو كأنهما فرقان من طير صواف، تحاجان عن أصحابهما. اقرءوا سورة البقرة، فإن أخذها بركة، وتركها حسرة، ولا تستطيعها البطلة" : "Récitez le Coran, il viendra, le jour du jugement, intercesseur pour ses gens" (Muslim 804). Le Coran, compris comme parole prononcée par Dieu, ne viendra pas intercéder auprès de Dieu en faveur des hommes qui l'auront récité (car un Attribut de Dieu n'est pas séparé de Lui). C'est en fait la récitation (القراءة) que les hommes faisaient du Coran qui viendra intercéder pour eux auprès de Dieu (cf. Shar'h ul-'aqida at-tahâwiyya, p. 94).

Cette Récitation que des hommes font de la Parole de Dieu est : créée.

Et, à l'opposé total des Jahmites, pour leur part les Lafziyya Muthbita affirmaient que même la récitation que l'homme fait du texte coranique est incréée. Les Lafziyya Muthbita se fondaient d'une part sur l'affirmation de l'orthodoxie sunnite selon laquelle "le qur'ân est incréé", et d'autre part sur le zâhir de textes tels que le hadîth suscité, appelant "qur'ân" : "la récitation que l'homme fait du texte coranique" : ils en ont déduit que cette récitation là aussi est incréée.
En fait ils
n'ont pas réussi à comprendre que le terme "qur'ân" a 2 sens : l'un est : "
kalâm ullâh, al-maqrû'", et l'autre est : "qirâ'at ul-insâni kalâmallâh" : seule la première chose est incréée...
Ahmad ibn Hanbal a qualifié cette croyance de : Bid'a (voir plus haut).

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E) Le terme "Coran" a été employé pour désigner : "le support sur lequel est transcrit cette Parole de Dieu (B)" (مرتبته الكتابية) :

--- "عن عبد الله بن عمر رضي الله عنهما: أن رسول الله صلى الله عليه وسلم نهى أن يسافر بالقرآن إلى أرض العدو" : "Le Prophète a défendu qu'on emporte le Coran en voyage en terre d'ennemi" (al-Bukhârî, 2828, Muslim, 1869). Il s'agit d'une mesure de précaution, afin que l'ennemi n'outrage pas un ou des exemplaire(s) du Coran.

Ce support est : créé.
La parole qui y est consignée (B) est : incréée.

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Un Sens Figuré) Le terme "Coran" a été employé pour désigner : "l'équivalent du Coran pour tel prophète antérieur" :

Le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a dit : "خُفِّفَ على داود القرآن" : "Avait été rendu aisé pour David : le Qur'ân" (al-Bukhârî, 3235, 4436).

Il est évident que, dans cette phrase, le terme "al-Qur'ân" (القرآن) ne peut pas signifier "le Coran", puisque ce Livre ayant été révélé au prophète Muhammad au début du VIIè siècle chrétien, le prophète-roi David, ayant vécu plusieurs siècles auparavant, ne pouvait bien évidemment pas le réciter.

Pour Ibn Hajar, le terme "al-Qur'ân" (القرآن) ici employé signifie en fait : "al-qirâ'ah" (القراءة) , c'est-à-dire "l'action de récitation" (D) (Fat'h ul-bârî 8/504 ; 6/554). Le hadîth est alors à traduire ainsi : "Avait été rendue aisée pour David : l'action de réciter [le livre de son époque, c'est-à-dire les Psaumes]".

Pour Ibn Taymiyya, le terme "al-Qur'ân" (القرآن) désigne bien, ici, le livre religieux qui est récité : "al-kalâm al-maqrû'" (الكلام المقروء) (B). Seulement, ce terme "al-Qur'ân" désigne ici le Livre religieux qui correspond, pour l'époque de David, à ce que le Coran représente pour l'époque de Muhammad ; autrement dit : "az-Zabûr", les Psaumes : "ولفظ التوراة والإنجيل والقرآن والزبور قد يراد به الكتب المعينة؛ ويراد به الجنس، فيعبر بلفظ القرآن عن الزبور وغيره، كما في الحديث الصحيح عن النبي صلى الله عليه وسلم: "خفف على داود القرآن فكان ما بين أن تسرج دابته إلى أن يركبها يقرأ القرآن": والمراد به: "قرآنه" وهو الزبور، ليس المراد به: "القرآن الذي لم ينزل إلا على محمد". وكذلك ما جاء في صفة أمة محمد: "أناجيلهم في صدورهم" فسمى الكتب التي يقرءونها - وهي القرآن: "أناجيل" (Al-Jawâb us-sahîh 3/224). Le hadîth est alors à traduire ainsi : "Avait été rendue aisé pour David : le Coran [de son époque, c'est-à-dire les Psaumes]". Le résultat final est le même que celui qu'induit l'interprétation de Ibn Hajar, mais c'est la traduction qui change.

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III) Nous avons évoqué ce qui suit dans notre article sur le Langage Humain :

Réalité, Représentation mentale, et Signe de communication :


Un arbre, c'est quelque chose de palpable.


3 choses entrent en jeu par rapport à lui
:


--- 1)
la réalité concrète (الوجود الخارجيّ) de l'arbre : il s'agit de la chose concrète de la nature, que l'on connaît bien, et qui est dotée d'un tronc et de branches ;


--- 2) l'homme a
l'image de l'arbre dans son esprit : c'est le niveau mental (المرتبة الذهنيةّ) de la réalité de l'arbre ;


--- 3) l'homme emploie
un signe pour communiquer au sujet de cet arbre avec un autre homme.
Quel est ce signe ?
----- 3.0) soit l'homme fait un signe du doigt vers l'arbre qui est devant lui et l'autre homme ;
----- 3.1) soit l'homme dessine de la façon la plus réaliste qu'il peut, un arbre sur un support : c'est
le niveau dessiné (المرتبة الرسميّة) de la réalité de l'arbre ;
----- 3.2) soit l'homme fait un signe corporel qui représente de façon très stylisée l'arbre : c'est
le niveau gestuel (المرتبة الإشاريّة) ;
----- 3.3) soit l'homme prononce un son qui représente l'arbre dans la langue par laquelle il communique avec la personne : le son qu'il prononce (en français : "ar-bre", en arabe : "sha-ja-ra") est un symbole, un signe, qui renvoie à l'image mentale (2) ; c'est
le niveau verbal oral (المرتبة اللفظيّة) de la réalité de l'arbre ;
----- 3.4) soit l'homme trace sur un support un symbole qui représente l'arbre : c'est
le niveau verbal écrit (المرتبة الكتابيّة) de la réalité de l'arbre. L'écriture est seulement de la parole transcrite : il s'agit de :
------- 3.4.1) soit une écriture idéographique (un signe tracé qui est indépendant des sons par lesquels on désigne l'arbre dans la langue que l'on parle),
------- 3.4.2) soit une écriture phonétique (un signe tracé qui renvoie aux sons par lesquels on désigne l'arbre dans la langue que l'on parle).

 

Ces quatre moyens 3.1, 3.2, 3.3 et 3.4 constituent des représentations (المرتبة الدلاليّة), par l'homme-source, de la réalité extérieure. Ces représentations sont des signes, et elles servent à faire venir, dans l'esprit de l'homme-cible, l'image de l'arbre.

 

Ces représentations servent à l'homme à communiquer, à transmettre à un autre homme que lui l'idée de l'arbre, et ce par le fait que cette représentation évoque, dans l'esprit de cet autre homme, cette image mentale que celui-ci a déjà en lui (niveau 2), image qui correspond, dans le monde extérieur, à l'objet cité en 1.

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Après avoir mentionné ces niveaux 1, 2, 3.3 et 3.4, Ibn ul-Qayyim écrit que le cas de la Connaissance et de la Parole est différent de celui de la plupart des autres Actions :

"وهذه المراتب الأربعة تظهر في الأعيان القائمة بنفسها، كالشمس مثلا، وفي أكثر الأعراض أيضا كالألوان وغيرها. ويعسر تمييزه في بعضها كالعلم والكلام.
أما العلم، فلا يكاد يحصل الفرق بين مرتبته في الخارج ومرتبته في الذهن؛ بل وجوده الخارجي: مماثل لوجوده الذهني.
وأما الكلام، فإن وجوده الخارجي: ما قام باللسان، ووجوده الذهني: ما قام بالقلب، ووجوده الرسمي: ما أظهر الرسم؛ فأما وجوده اللفظي: فقد اتحدت فيه المرتبتان الخارجية واللفظية. ومن مواقع الاشتباه أيضا أن الصوت الذي يحصل له إنشاء الكلام مثل الصوت الذي يحصل به أداؤه وتبليغه. وكذلك الحرف"
:
"Ces 4 niveaux apparaissent de façon claire dans les Essences, comme le soleil, par exemple, ainsi que dans la plupart des Accidents, comme les couleurs et autres.
(Par contre), ils sont difficiles à distinguer dans certains Accidents comme la Connaissance et la Parole.
Pour ce qui est de la Connaissance, (...) son niveau de Réalité est la même chose que son niveau Mental.
Quant à la Parole, (...), son niveau de Réalité et son niveau Verbal sont unifiés"
(Mukhtasar as-Sawâ'ïq il-mursala, p. 659. Voir aussi : pp. 672-674).

Dès lors :
- A & B) X prononce des mots, pour signifier quelque chose, devant Y.
- C) Ces mots sont entendus ; compris (mentalement) ; mémorisés par Y.
- D) Si Y répète ces mots en étant seul, ou bien répète ces mots devant Z, alors Y prononce la parole de X (l'être qui est l'auteur originel de ces mots). Et si Y retransmet ces mots à Z, on dit que "Y a fait parvenir la parole de X jusqu'à Z".
- E) Ces mots que X a prononcés et que Y a entendus et mémorisés, X ou bien Y les transcrit sur un support.

-
Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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