Face à un cas de dénigrement (Sabb) de Dieu, ou de l'un de Ses prophètes, cela nous fait de la peine au cœur, mais il faut savoir raison garder. Ainsi, en pays non-musulman, aucune sanction n'est applicable à qui a fait ainsi

Dieu et, également, les personnes de tous Ses prophètes sont très importants pour nous, musulmans.

L'islam enseigne le monothéisme : cela concerne un aspect de pure croyance. Non seulement les contours de cette croyance, mais le reste du message de l'islam aussi, sont bâtis sur la véracité du Coran et la rectitude du prophète Muhammad (sur lui soit la paix). C'est bien pourquoi tout l'objectif de ceux qui veulent abattre l'islam est de tenter de discréditer le texte du Coran ou la personne du Prophète (sur lui soit la paix). Le Coran étant ce que le Prophète a apporté (il en a été le réceptacle), toucher à l'un d'eux revient à toucher à l'autre. C'est d'ailleurs sur l'une ou l'autre de ces deux choses que certains tapent aujourd'hui, comme d'autres le faisaient hier.

Tout élément qui est dînî et dont il est véritablement établi que le Prophète l'a fait, l'a dit ou l'a approuvé  est considéré par nous comme étant en soi parfait : soit dans l'absolu, soit par rapport au contexte dans lequel il vivait (car pour certaines des règles dînî dûment établies, une prise en compte du contexte est nécessaire : ce site a traité de cela en de nombreux articles).

Or tout le monde ne partage pas notre foi. Et même si nous sommes convaincus qu'elle est la vérité, il nous est interdit de contraindre quelqu'un à l'embrasser.

Il existe donc et il existera encore des personnes qui ne croient pas en ce que le prophète Muhammad a laissé (Coran et Sunna). Et, parmi l'ensemble de ces personnes n'adhérant pas à son message (ghayru muslimîn / kâfirûn), il y en a certaines qui ne croient pas en son message (soit qu'elles ne sont pas convaincues, soit qu'elles refusent de s'avouer à elles-mêmes ce que leur coeur ressent pourtant) ; mais il y en a d'autres qui n'expriment pas seulement un désaccord avec l'enseignement du Prophète mais qui, allant plus loin, le dénigrent quant à sa personne, ou bien telles de ses actions ou de ses paroles ; parfois ce sont des insultes, d'autres fois ce sont des caricatures avilissantes, etc.

En tant que musulman, que faire lorsqu'on entend ou qu'on voit de telles choses ?
Réponse : la France n'est pas un pays musulman (Dâr ul-islâm). Il ne sert donc à rien de porter plainte auprès des autorités judiciaires contre des personnes qui dénigrent le prophète Muhammad (comme cela se fait en Dâr ul-islâm) : le délit de blasphème n'existe pas en France (la loi française accordant à chaque citoyen le droit de promouvoir ou de critiquer n'importe quelle religion, pourvu qu'il n'appelle pas à la haine des humains adhérant à cette religion).
Aucun de nous ne doit non plus chercher à "faire justice soi-même" : aucun d'entre nous ne doit agresser (ni physiquement, ni même verbalement) ce genre de personnes pour les propos qu'elles ont tenus ou les caricatures qu'elles ont faites. C'est ce que nous allons voir ci-dessous sous la plume de Ibn Taymiyya.

Mais, d'ores et déjà, voici un extrait d'un ancien article, traitant justement du fait d'interdire ce qui est mal :

"Tout manquement dans la compréhension des textes et / ou du réel et, partant, toute entreprise inadéquate risquent de produire l'inverse de l'effet escompté : l'acte auquel on fait face risque alors non pas seulement de ne pas diminuer mais, au contraire, d'augmenter.
Par exemple, en terre occidentale, demander aux autorités l'interdiction d'un livre ou d'une pièce de théâtre qui critique l'islam mais n'appelle pas à la haine des musulmans, c'est ne pas comprendre qu'en tenant ce propos, on risque fort de donner davantage d'armes aux détracteurs, qui profiteront de l'occasion pour hurler qu'il faut lutter avec davantage de détermination encore contre les musulmans et leur culte, car ils "sont contre la liberté d'expression". En pareil contexte, on se trouve dans une situation comparable à celle que Ibn Taymiyya décrit comme étant de faiblesse (et qui rejoint en partie celle que le Prophète avait connue à la Mecque).
Bien sûr, les musulmans doivent impérativement désapprouver les idées de kufr akbar que ce genre d'ouvrages contient (c'est le degré a) (et non pas se dire ni dire : "Oui, le dénigrement de notre religion est salutaire ; c'est bien que l'islam passe par le dénigrement"). Mais ce qu'ils peuvent faire c'est préparer un autre livre qui réfute point par point les arguments du premier ouvrage ; et non pas demander l'interdiction de celui-ci. Ceci n'a aucune chance d'aboutir."

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I) Dans les Textes (Coran et Sunna), pour exprimer le cas de "insulter", "dénigrer", "dire du mal de", on trouve les termes : "إيذاء" ; "سبّ" ; et : "شتم" :

Cependant, le terme "إيذاء" ("causer du tort à") possède parfois ce sens à une intensité bien moindre que celle visée par le dénigrement dont nous parlons dans cet article (en témoigne cet autre verset : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَدْخُلُوا بُيُوتَ النَّبِيِّ إِلَّا أَن يُؤْذَنَ لَكُمْ إِلَى طَعَامٍ غَيْرَ نَاظِرِينَ إِنَاهُ وَلَكِنْ إِذَا دُعِيتُمْ فَادْخُلُوا فَإِذَا طَعِمْتُمْ فَانتَشِرُوا وَلَا مُسْتَأْنِسِينَ لِحَدِيثٍ إِنَّ ذَلِكُمْ كَانَ يُؤْذِي النَّبِيَّ فَيَسْتَحْيِي مِنكُمْ وَاللَّهُ لَا يَسْتَحْيِي مِنَ الْحَقِّ" : Coran 33/53 : ici le terme "أيذاء" n'a pas la même intensité que celle qu'il possède dans les autres versets). Aussi, pour décrire l'intensité visée par le dénigrement, en général on emploie le terme : "سبّ" ou encore : "شتم".
Quant au terme "استهزاء" (présent en maints versets du Coran), il désigne un des multiples cas de "سبّ".

Il y a ce verset, qui emploie le terme "سبّ" suscité : "وَلاَ تَسُبُّواْ الَّذِينَ يَدْعُونَ مِن دُونِ اللّهِ فَيَسُبُّواْ اللّهَ عَدْوًا بِغَيْرِ عِلْم" : "Et ne dénigrez pas ceux qu'ils adorent en dehors de Dieu, ils dénigreraient alors Dieu, sans science" (Coran 6/108).

"عن ابن عباس رضي الله عنهما، في قوله تعالى: {ولا تجهر بصلاتك ولا تخافت بها} قال: "نزلت ورسول الله صلى الله عليه وسلم مختف بمكة: كان إذا صلى بأصحابه رفع صوته بالقرآن، فإذا سمعه المشركون سبوا القرآن ومن أنزله ومن جاء به، فقال الله تعالى لنبيه صلى الله عليه وسلم: {ولا تجهر بصلاتك} أي بقراءتك، فيسمع المشركون فيسبوا القرآن {ولا تخافت بها} عن أصحابك فلا تسمعهم، {وابتغ بين ذلك سبيلا" (al-Bukhârî, Muslim). Alors que le Prophète (sur lui soit la paix) habitait à La Mecque, lorsqu'ils entendaient le Coran être récité à voix haute dans les prières en groupe, des Mecquois n'aimant pas l'islam insultaient alors le texte du Coran, celui qui en était l'auteur ainsi que celui qui l'avait apporté parmi les hommes. Dieu dit alors au Prophète (en Coran 17/110) de se mettre à réciter à voix suffisamment haute pour que les autres fidèles entendent sa récitation lors de la prière, mais à voix pas trop haute de sorte que ces islamophobes puissent entendre, afin d'éviter qu'ils insultent le Coran.

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II) Comme cas du "سبّ", Sabb, suscité, il existe : – le fait de dire du mal de Dieule fait de dire du mal du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) ; le fait de dire du mal de n'importe quel autre prophète de Dieu (par exemple : Adam, Noé, Abraham, Moïse ou Jésus) :

Al-Qâdhî 'Iyâdh a écrit cela (voir respectivement : Ash-Shifâ, 2/229 ; 2/244 ; et 2/248).

Ibn Taymiyya aussi a écrit cela (As-Sârim, p. 546 ; p. 565).

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III) Qu'est-ce qui constitue véritablement du Sabb ?

--- Il faut différencier ce qui constitue du Kufr mujarrad par rapport au Prophète (sur lui soit la paix), et ce qui constitue du Sabb (سبّ) de sa personne :
"فإن الكفر ليس مستلزما للسب: وقد يكون الرجل كافرا ليس بساب. والناس يعلمون علما عاما أن الرجل قد يبغض الرجل ويعتقد فيه العقيدة القبيحة، ولا يسبه؛ وقد يضم إلى ذلك مسبة. وإن كانت المسبة مطابقة للمعتقد [أي لمعتقد من يسبّ]، فليس كل ما يحتمل عقدا يحتمل قولا، ولا ما يحتمل أن يقال سرا يحتمل أن يقال جهرا" (As-Sârim, p. 540).
" المعتبر أن يكون سبا وأذى للنبي عليه الصلاة والسلام، وإن لم يكن سبا وأذى لغيره. فعلى هذا [أ] كل ما لو قيل لغير النبي صلى الله عليه وسلم أوجب تعزيرا أو حدا بوجه من الوجوه [وهذا حسب ما يقتضيه العرف]، فإنه من باب سب النبي صلى الله عليه وسلم، كالقذف واللعن وغيرهما من الصورة التي تقدم التنبيه عليها. وأما [ب] ما يختص بالقدح في النبوة، فإن لم يتضمن إلا [ب.أ] مجرد عدم التصديق بنبوته، فهو كفر محض؛ وإن كان فيه [ب.ب] استخفاف واستهانة مع عدم التصديق، فهو من السب؛ وهنا مسائل اجتهادية يتردد الفقهاء هل هي من السب [ب.ب] أو من الردة المحضة [ب.أ]" (As-Sârim, p. 531).
"وأما من أخبر عن معتقده بغير طعن فيه، مثل أن يقول: "أنا لست متبعه" أو "لست مصدقه" أو "لا أحبه" أو "لا أرضى دينه" ونحو ذلك، فإنما أخبر عن اعتقاد أو إرادة لم يتضمن انتقاصا، لأن عدم التصديق والمحبة قد يصدر عن الجهل والعناد والحسد والكبر وتقليد الأسلاف وإلف الدين، أكثر مما يصدر عن العلم بصفات النبي، خلاف ما إذا قال من كان ومن هو رأى كذا وكذا هو ونحو ذلك. وإذا قال: "لم يكن رسولا ولا نبيا" و"لم ينزل عليه شيء" ونحو ذلك فهو تكذيب صريح، وكل تكذيب فقد تضمن نسبته إلى الكذب ووصفه بأنه كذاب؛ لكن بين قوله: "ليس بنبي" وقوله: "هو كذاب" فرق، من حيث إن هذا إنما تضمن التكذيب بواسطة علمنا أنه كان يقول: "إني رسول الله"، وليس من نفى عن غيره بعض صفاته نفيا مجردا: كمن نفاها عنه ناسبا له إلى الكذب في دعواها. والمعنى الواحد قد يؤدى بعبارات بعضها يعد سبا وبعضها لا يعد سبا" (As-Sârim, p. 540-541).

Maintenant comment distinguer concrètement :
--- quelle parole relève du Kufr Mujarrad (B.A) et n'est donc pas du Sabb,
--- et quelle parole relève du Sabb (Dénigrement) (soit vis-à-vis du Prophète comme de toute personne (A), soit vis-à-vis du Prophète particulièrement (B.B)) ?

La réponse est que cela est lié en partie au 'Urf (donc au sens que l'Usage général a donné à ce terme), et en partie à la situation d'énonciation de la phrase :
"هذا الحكم قد نيط في الكتاب والسنة باسم أذى الله ورسوله، وفي بعض الأحاديث ذكر الشتم والسب، وكذلك جاء في ألفاظ الصحابة والفقهاء ذكر السب والشتم. والاسم إذا لم يكن له حد في اللغة (كاسم الأرض والسماء والبر والبحر والشمس والقمر) ولا في الشرع (كاسم الصلاة والزكاة والحج والإيمان والكفر) فإنه يرجع في حده إلى العرف (كالقبض والحرز والبيع والرهن والكرى ونحوها). فيجب أن يرجع في الأذى والشتم إلى العرف: فما عده أهل العرف سبا أو انتقاصا أو عيبا أو طعنا ونحو ذلك فهو من السب؛ وما لم يكن كذلك فهو كفر به، فيكون كفرا ليس بسب (...)." (As-Sârim, p. 531).

Dès lors :
----- il existe le cas où c'est la parole elle-même qui constitue du Sabb, et ce d'après :
--------- le 'Urf Universel : de façon universelle cela est considéré comme du sabb : "ونحن نذكر من ذلك أقساما فنقول: لا شك أن إظهار التنقص والاستهانة عند المسلمين سب، كالتسمية باسم الحمار أو الكلب، أو وصفه بالمسكنة والخزي والمهانة، أو الإخبار بأنه في العذاب وأن عليه آثام الخلائق، ونحو ذلك. وكذلك إظهار التكذيب على وجه الطعن في المكذب مثل وصفه بأنه ساحر خادع محتال، وأنه يضر من اتبعه، وأن ما جاء به كله زور وباطل، ونحو ذلك. فإن نظم ذلك شعرا كان أبلغ في الشتم، فإن الشعر يحفظ ويروى وهو الهجاء وربما يؤثر في نفوس كثيرة مع العلم ببطلانه أكثر من تأثير البراهين. فإن غني به بين ملأ من الناس فهو الذي قد تفاقم أمره" (As-Sârim, p. 541) ;
-------- le 'Urf Régional seulement : "وإذا لم يكن للسب حد معروف في اللغة ولا في الشرع فالمرجع فيه إلى عرف الناس: فما كان في العرف سبا للنبي فهو الذي يجب أن ننزل عليه كلام الصحابة والعلماء، وما لا فلا" (As-Sârim, p. 540) ;
----- et il existe le cas où c'est la situation d'énonciation qui indique que la parole est, ou n'est pas, du Sabb : "والكلمة الواحدة تكون في حال سبا، وفي حال ليست بسب. فعلم أن هذا يختلف باختلاف الأقوال والأحوال" (As-Sârim, p. 540).

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IV) Y a-t-il une sanction particulière prévue pour cette mauvaise action dans l'au-delà ? Et y a-t-il possibilité, pour celui qui a commis cette action de Sabb et ensuite a pris conscience de son erreur, de se repentir ?

Dieu dit : "وَمِنْهُمُ الَّذِينَ يُؤْذُونَ النَّبِيَّ وَيِقُولُونَ هُوَ أُذُنٌ قُلْ أُذُنُ خَيْرٍ لَّكُمْ يُؤْمِنُ بِاللّهِ وَيُؤْمِنُ لِلْمُؤْمِنِينَ وَرَحْمَةٌ لِّلَّذِينَ آمَنُواْ مِنكُمْ وَالَّذِينَ يُؤْذُونَ رَسُولَ اللّهِ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ" : "Et ceux qui font du tort au Messager de Dieu auront (dans l'au-delà) un châtiment douloureux" (Coran 9/61).
Dieu dit encore : "إِنَّ الَّذِينَ يُؤْذُونَ اللَّهَ وَرَسُولَهُ لَعَنَهُمُ اللَّهُ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ وَأَعَدَّ لَهُمْ عَذَابًا مُّهِينًا" (Coran 33/57).

Celui qui a commis cette mauvaise action mauvaise peut-il regretter ce qu'il a fait et se repentir ? pareil repentir sera-t-il agréé par Dieu ?

Oui, le repentir pour cela est toujours possible, comme pour toute autre mauvaise action.
Si la personne qui a commis du Sabb a la guidance de se repentir, il s'agit pour elle de regretter sincèrement ce qu'elle a dit ou fait, de demander pardon à Dieu, et de promettre à Dieu de ne plus recommencer. Il s'agit également de réparer ce qu'elle avait dit ou fait (affirmer, devant les mêmes personnes, qu'elle avait "dit n'importe quoi tel jour" et qu'elle "revient sur ces propos" ; si elle avait fait une vidéo, faire une nouvelle vidéo et exprimer qu'elle regrette ce qu'elle avait dit dans la précédente).

Par rapport à l'au-delà cela aura systématiquement un effet bénéfique : suite à la demande de pardon adressée à Dieu, ce péché sera pardonné par Dieu.

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V) Et par rapport à ce monde, y a-t-il une sanction prévue pour ce péché ?

Rappelons tout d'abord que dans les pays sécularisés aussi le manque de respect à certains symboles perçus comme "les fondements des valeurs de la société" ou comme "le ciment de la cohésion sociale" est passible de sanctions. En France, sont ainsi concernés les faits de piétiner le drapeau bleu-blanc-rouge, d'outrager un buste de Marianne, de siffler la Marseillaise, etc.

Dans les pays musulmans (Dâr ul-islâm), le manque de respect à Dieu, à un prophète de Dieu, au Coran, sont, pareillement, passibles de sanctions :

Si c'est un musulman résident de la Dâr ul-islâm qui l'a fait, alors cela constitue un cas d'apostasie. Lire notre article exposant l'avis de Salîm al-'Awwâ au sujet de la sanction pour apostasie en pays musulman.

Si c'est un non-musulman résident de la Dâr ul-islâm qui l'a fait, alors, selon les anciens de l'école hanafite il y a seulement, pour ce délit en lui-même, une ta'zîr, une sanction laissée à l'appréciation du juge : As-Sârim, p. 10 ; cet avis a été également cité (avec un autre) dans Radd ul-muhtâr 6/345. C'est à cet avis que j'adhère.

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V) Dans quel lieu et en quelle situation ce principe d'une sanction existe-t-il ?

– Quand il vivait à la Mecque, il était demandé au Prophète de faire preuve de patience face à ce genre de paroles : "وَاصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَاهْجُرْهُمْ هَجْرًا جَمِيلًا" : "Fais preuve de patience face à ce qu'ils disent, et délaisse-les d'une bonne façon" (Coran 73/10 ; voir aussi 50-39, 38/17). "فَاصْدَعْ بِمَا تُؤْمَرُ وَأَعْرِضْ عَنِ الْمُشْرِكِينَ إِنَّا كَفَيْنَاكَ الْمُسْتَهْزِئِينَ" : "Et détourne-toi des Polythéistes, Nous te Suffisons par rapport à ceux qui se moquent" (Coran 15/94-95).

– Après l'émigration du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine :
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Il y eut une période où il lui fut également demandé de faire preuve de patience. En effet, car, comme Ibn Taymiyya l'a relevé, le verset 48 de la sourate al-Ahzâb, révélé à Médine, demandait toujours de faire preuve de patience face à de tels propos : "وَلَا تُطِعِ الْكَافِرِينَ وَالْمُنَافِقِينَ وَدَعْ أَذَاهُمْ وَتَوَكَّلْ عَلَى اللَّهِ وَكَفَى بِاللَّهِ وَكِيلًا" :  "Et n'obéis pas aux Incroyants et aux Hypocrites, laisse leur tort* et remets-toi à Dieu. Et Dieu suffit comme garant" (Coran 33/48) ; * = le tort qu'ils te font : commentaire de Mujâhid ibn Jabr). Ibn Taymiyya écrit ainsi : "نعم قد قدمنا أن النبي صلى الله عليه وسلم كان يسمع من الكفار والمنافقين في أول الإسلام أذًى كثيرا وكان يصبر عليه امتثالا لقوله تعالى: {ولا تطع الكافرين والمنافقين ودع أذاهم}، لأن إقامة الحدود عليهم كان يفضي إلى فتنة عظيمة ومفسدة أعظم من مفسدة الصبر على كلاماتهم" (As-Sârim, p. 223 ; voir également p. 359). Il n'y avait pas d'Hypocrite à La Mecque : Ibn Taymiyya, en citant ce verset 33/48 et en évoquant "fî awwal il-islâm", parle donc bien des débuts à Médine.
Le verset suivant, de Âlu 'Imrân, également révélé à Médine, dit la même chose : "لَتُبْلَوُنَّ فِي أَمْوَالِكُمْ وَأَنفُسِكُمْ وَلَتَسْمَعُنَّ مِنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ وَمِنَ الَّذِينَ أَشْرَكُواْ أَذًى كَثِيرًا وَإِن تَصْبِرُواْ وَتَتَّقُواْ فَإِنَّ ذَلِكَ مِنْ عَزْمِ الأُمُورِ" : "Et vous entendrez, de la part de ceux à qui l'Ecriture a été donnée avant vous et de la part des Polythéistes, beaucoup de propos désagréables. Et si vous faites preuve de patience et êtes pieux, alors cela relève des choses de la résolution" (Coran 3/186).

--- Ensuite vint une autre période à Médine (donc une 3ème situation) où le Prophète fit appliquer des sanctions : un certain nombre de relations (bien connues) en attestent : elles ont été recensées dans par exemple le livre As-Sârim, de Ibn Taymiyya. Il y a ainsi le cas de 'Uqba ibn Abî Mu'ayt (pp. 143-145) ; an-Nadhr ibn ul-Hârith (pp. 143-145) ; Ibn Khatal, qui avait apostasié puis avait fait sabb (p. 135) ; Arnab .
(Cependant, même dans cette 3ème période, il fit parfois de nouveau preuve de patience et n'entreprit rien, comme avec Dhu-l-Khuwayssira et avec Abdullâh ibn Ubayy Ibn Salûl, et ce parce qu'il s'agissait de son droit personnel et/ou parce que la mafsada que cela aurait entraîné était plus grande que sa maslaha : lire notre article au sujet de ce que Dhu-l-Khuwayssira et Abdullâh ibn Ubayy lui dirent. De même, toujours dans cette ultime période, il pardonna (sur intercession de Compagnons) à d'autres personnes l'ayant auparavant insulté, comme à Abdullâh ibn Sa'd ibn Abî Sar'h et à d'autres encore.)
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Aujourd'hui, de nouveau, quand le musulman se trouve dans une situation semblable à la 1ère ou à la 2nde situations que le Prophète a connues, c'est le devoir de patience qui est applicable, et aucune sanction n'est applicable.
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C'est si une société musulmane se trouve dans une situation semblable à la 3ème situation, qu'il y a le principe d'une sanction, celle-ci devant ensuite être appliquée seulement si cela n'entraîne pas une mafsada plus grande que la maslaha recherchée (comme le prouvent l'épisode avec Dhu-l-Khuwayssira et celui avec Abdullâh ibn Ubayy).
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C'est pourquoi Hudhayfa ibn ul-Yamân avait dit : "عن حذيفة، قال: إنما كان النفاق على عهد النبي صلى الله عليه وسلم؛ فأما اليوم فإنما هو الكفر بعد الإيمان" (al-Bukhârî, 6697). Ibn Hajar écrit : "والذي يظهر أن حذيفة لم يرد نفي الوقوع، وإنما أراد نفي اتفاق الحكم. لأن النفاق إظهار الإيمان وإخفاء الكفر ووجود ذلك ممكن في كل عصر. وإنما اختلف الحكم لأن النبي صلى الله عليه وسلم كان يتألفهم ويقبل ما أظهروه من الإسلام ولو ظهر منهم احتمال خلافه؛ وأما بعده فمن أظهر شيئا فإنه يؤاخذ به ولا يترك لمصلحة التألف لعدم الاحتياج إلى ذلك" (Fat'h ul-bârî).
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Ibn Taymiyya écrit : "فمن كان من المؤمنين بأرض هو فيها مستضعف [أي في أرض كفر] أو في وقت هو فيه مستضعف [أي مع أنه في أرض إسلام]، فليعمل بآية الصبر والصفح عمن يؤذي الله ورسوله من الذين أوتوا الكتاب والمشركين" : "Celui d'entre les croyants qui se trouve dans une terre où [le Dîn] est faible [= en pays non-musulman] ou dans un moment où [le Dîn] est faible [= fût-il alors en pays musulman], qu'il pratique le verset demandant de faire preuve d'abnégation et de passer sur celui des Gens du Livre et des Polythéistes qui fait إيذاء à Dieu et à Son Messager" (As-Sârim, p. 221).
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Il s'agit non pas de naskh (abrogation) mais de nas' (ou : "insâ'"), "reporté à situation semblable" : cliquez ici et ici.
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Tout ceci fait que, c'est aux autorités judiciaires
de la Dâr ul-islâm (et non pas au commun des musulmans) qu'il revient de juger si le propos est attentatoire ou pas, si sanction il y a ou pas, et quelle est cette sanction.

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V) Une objection faite par certains coreligionnaires à ce que nous venons de dire, et sa réponse :

Ibn Taymiyya a également écrit, dans le même livre :
"فكثير مما كان يحتمله من المنافقين من الكلام وما يعاملهم من الصفح والعفو والاستغفار كان قبل نزول براءة، لما قيل له: {ولا تطع الكافرين والمنافقين ودع أذاهم}، لاحتياجه إذ ذاك إلى استعطافهم وخشية نفور العرب عنه إذا قتل أحدا منهم. وقد صرح صلى الله عليه وسلم لما قال ابن أبي: {لئن رجعنا إلى المدينة ليخرجن الأعز منها الأذل} ولما قال ذو الخويصرة: اعدل فإنك لم تعدل وعند غير هذه القضية أنه أنما لم يقتلهم لئلا يتحدث الناس أن محمدا يقتل أصحابه فإن الناس ينظرون إلى ظاهر الأمر فيرون واحدا من أصحابه قد قتل فيظن الظان أنه يقتل بعض أصحابه على غرض أو حقد أو نحو ذلك فينفر الناس عن الدخول في الإسلام وإذا كان من شريعته أن يتألف الناس على الإسلام بالأموال العظيمة ليقوم دين الله وتعلو كلمته فلأن يتألفهم بالعفو أولى وأحرى.
فلما أنزل الله براءة ونهاه عن الصلاة على المنافقين والقيام على قبورهم وأمره أن يجاهد الكفار والمنافقين ويغلظ عليهم، نُسِخَ جميعُ ما كان المنافقون يعاملون به من العفو، كما نسخ ما كان الكفار يعاملون به من الكف عمن سالم، ولم يبق إلا إقامة الحدود وإعلاء كلمة الله في حق الإنسان"
(As-Sârim, pp. 237-238).

Certains coreligionnaires se sont fondés sur cet écrit pour dire que, chez Ibn Taymiyya, après la révélation de sourate at-Tawba (Barâ'ah), la possibilité de ne pas appliquer de sanction à celui qui a manqué de respect à la personne du Prophète, cela a été complètement abrogé.

Mais ce que ces coreligionnaires disent là est erroné. Car ce que Ibn Taymiyya a écrit dans les 2 pages qui suivent cet écrit, montre que, tout au contraire, chez lui aussi cette possibilité demeure, même aujourd'hui. Présentant plusieurs réponses au fait que, dans des cas où quelqu'un a manqué de respect au Prophète à l'époque de celui-ci, aucune sanction ne lui a été appliquée, Ibn Taymiyya expose ainsi l'une d'elles :
"أن ذلك كان في حال ضعف الإسلام، في الحال التي أخبر الله عن رسوله والمؤمنين أنهم يسمعون من الذين أوتوا الكتاب والمشركين أذى كثيرا وأمرهم بالصبر والتقوى. ثم إن ذلك نسخ عند القوة، بالأمر بقتالهم حتى يعطوا الجزية عن يد وهم صاغرون؛ والصاغر لا يفعل شيئا من الأذى في الوجه ومن فعله فليس بصاغر.
ثم إنَّ من الناس من يسمي ذلك نسخا، لتغير الحكم؛ ومنهم من لا يسميه نسخا، لأن الله تعالى أمرهم بالعفو والصفح إلى أن يأتي الله بأمره، وقد أتى الله بأمره من عز الإسلام وإظهاره والأمر بقتالهم حتى يعطوا الجزية عن يد وهم صاغرون. وهذا مثل قوله تعالى: {فأمسكوهن في البيوت حتى يتوفاهن الموت أو يجعل الله لهن سبيلا} وقال النبي صلى الله عليه وسلم: "قد جعل الله لهن سبيلا". فبعض الناس يسمي ذلك نسخا، وبعضهم لا يسميه نسخا. والخلاف لفظي.
ومن الناس من يقول: الأمر بالصفح باق عند الحاجة إليه، بضعف المسلم عن القتال بأن يكون في وقت أو مكان لا يتمكن منه؛ وذلك لا يكون منسوخا إذ المنسوخ ما ارتفع في جميع الأزمنة المستقبلة"
(As-Sârim, p. 239).

Or Ibn Taymiyya lui-même est de ce dernier avis, comme il l'a écrit auparavant : "فمن كان من المؤمنين بأرض هو فيها مستضعف [أي في أرض كفر] أو في وقت هو فيه مستضعف [أي مع أنه في أرض إسلام]، فليعمل بآية الصبر والصفح عمن يؤذي الله ورسوله من الذين أوتوا الكتاب والمشركين" (As-Sârim, p. 221).

En fait, par principe, la sanction n'est applicable que là où elle ne va pas entraîner une mafsada plus grande que la mafsada qu'elle entendait réparer : Quand c'est par rapport à un contexte précis que la Mafsada de l'action domine sa Maslaha (الفرق بين النسخ والنسء - فقه اختلافات الأحوال التي تعيشها كل جالية مسلمة).

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VI) En cas de Sabb puis de repentir, ce repentir efface-t-il toute applicabilité de sanction temporelle (la question de cette applicabilité ne se posant - comme nous l'avons vu - qu'en Dâr ul-islâm) ?

En fait il existe ici plusieurs cas de figure :
--- 1) la personne ne revient pas sur ce qu'elle a dit ;
--- 2) la personne regrette ce qu'elle avait dit et se repent :
----- 2.1) mais c'est après avoir été interpelée qu'elle se repent (تاب بعد أن يرفع إلى السلطان) :
-------- alors que le témoignage avait déjà été produit contre son délit ;
-------- alors que le témoignage n'avait pas encore été produit contre son délit mais allait l'être ;
----- 2.2) elle s'était déjà repentie, et c'est par la suite qu'elle a été interpelée (تاب قبل أن يرفع إلى السلطان) ;
----- 2.3) sans être interpelée, elle est venue d'elle-même exprimer son repentir devant les autorités (جاء إلى السلطان تائبًا).

Si, quand la personne a exprimé qu'elle regrette et revient sur ce qu'elle avait dit, il y avait déjà eu plainte et interpellation de sa personne (soit le cas تاب بعد أن يرفع إلى السلطان : 2.1), alors :

--- S'il s'agissait d'un dénigrement de Dieu :

----- certains ulémas sont d'avis que la personne sera malgré tout sanctionnée : c'est l'avis de Mâlik et de la plupart des malikites, ainsi que celui de certains hanbalites tels que Abu-l-Khattâb (As-Sârim, pp. 546-547). Pour ces ulémas, le cas du sabb ullâh est différent du cas d'apostasie simple. Pour ces hanbalites, quand le repentir survient après que l'interpellation a déjà eu lieu (2.1), la sanction demeure applicable. Quant aux malikites, de toutes façons, d'après leur interprétation, même si la personne se repent avant d'être interpelée (soit le cas 2.2), cela n'a pas d'incidence sur l'applicabilité de la sanction (cette dernière demeure applicable) : à plus forte raison, donc, quand la personne a été interpelée d'abord (2.1) ;

----- d'autres ulémas sont d'avis que le repentir de cette personne entraînera l'abandon de toute poursuite contre elle, car ce cas de sabb ullâh est comparable au cas d'apostasie : or pour tout cas d'apostasie, quand la personne a été interpelée puis se repent, il n'y a plus de poursuite contre elle. C'est l'avis de Abû Hanîfa ; des shafi'ites ; de certains malikites tels que Muhammad ibn Maslama, al-Makhzûmî et Ibn Abî Hâzim ; ainsi que de certains hanbalites tels que Abû Ya'lâ et Ibn 'Aqîl (Ash-Shifâ, 2/229 ; As-Sârim, p. 547) ;

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--- Et s'il s'agissait d'un dénigrement du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) ou de tout autre prophète, alors :

----- certains ulémas sont d'avis que c'est le même cas que s'il s'était agi d'un dénigrement de Dieu : on retrouve alors ici les deux avis venant d'être évoqués :
-------- le repentir a une incidence par rapport à l'application en ce monde : il n'y a plus de sanction applicable ;
-------- le repentir n'aura d'effet que pour l'au-delà, et pas en ce monde, où la sanction sera quand même appliquée ;

----- cependant, d'autres ulémas sont pour leur part d'avis qu'il y a une différence entre les deux : ces ulémas-là sont d'avis que quand il s'agit d'un dénigrement de Dieu, le repentir de la personne lui sera bénéfique même par rapport à la sanction temporelle ; mais que, par contre, quand il s'agit d'un dénigrement d'un prophète de Dieu, cela touche au droit de cette personne, et donc ici le pardon dépend de cette personne. Cette différenciation est valable chez certains hanbalites, parmi lesquels Abû Ya'lâ et Ibn 'Aqîl (As-Sârim, p. 547).

Cela rejoint la question que nous allons évoquer ci-après.

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VII) Le droit du Prophète (sur lui soit la paix), comme de tout autre prophète, à ne pas être dénigré (donc à ne pas être objet de Sabb), est-ce un pur droit de Dieu (catégorie A) ? ou bien un droit de seulement la personne de ce prophète (catégorie B) ? ou encore un droit de sa personne ainsi que de Dieu (catégorie C ou D) ?

Durant le vivant du Prophète (sur lui soit la paix), ce droit relevait de la catégorie D (il s'y trouve du droit de Dieu, ainsi que du droit de la personne du Prophète, et c'est le droit de sa personne qui y domine) :

----- d'un côté, à supposer (de façon purement théorique, car cela est inimaginable) que le Prophète ait autorisé quelqu'un à le dénigrer (sabb) (سبّ), cela n'en serait pas devenu autorisé, car chaque personne a le devoir, vis-à-vis de Dieu, d'utiliser sa langue dans la vérité. Plus encore, vu que Muhammad (sur lui soit la paix) est le messager de Dieu, le dénigrer revient à manquer de respect à Dieu, Celui qui l'a dépêché. Tout cela est l'indice de la présence du droit de Dieu. Quant à ce que Muhammad ibn Maslama a formulé devant Ka'b ibn ul-Ashraf au sujet du Prophète, ce n'était pas une tasrîh bi-s-sabb ni même une ta'rîdh bi-s-sabb, c'était une tawriya ; il a malgré tout requis et obtenu l'autorisation du Prophète avant de l'utiliser (cf. Fat'h ul-bârî 5/191-192) ;

----- d'un autre côté, à maintes reprises le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a pardonné à des personnes qui l'avaient dénigré. Cela est l'indice que, dans ce délit, c'était le droit personnel du Prophète qui dominait alors.

Il faut ici savoir que la conversion à l'islam et, de façon plus générale, le repentir (cas 2), effacent les lésions aux droits de Dieu, mais pas (par rapport aux règles applicables en ce monde) les lésions aux droits d'autrui :
----- qui sont, dans l'absolu, injustifiées ;
----- ou qui étaient, du point de vue de ce non-musulman aussi, injustices (ce qui n'est pas le cas des combats menés par ceux qui étaient alors non-musulmans harbî : de leur point de vue cela était justifié, et cela est donc systématiquement pardonné lors de la conversion à l'islam).
C'est pourquoi, à des harbî ayant fait sabb et se trouvant ensuite dans le cas 2.1, le Prophète a parfois fait appliquer la sanction, exerçant son droit personnel. Et à ceux qui étaient harbî quand ils avaient fait sabb mais qui furent ensuite dans le cas 2.3 - "جاءوا تائبين" -, il a systématiquement accordé son pardon : voir cette règle in As-Sârim, p. 416. Ainsi, Ka'b ibn Zuhayr, qui était harbî quand il avait fait sabb, puis qui s'est repenti, s'est converti à l'islam et ensuite s'est rendu de lui-même auprès du Prophète - pp. 145-146 - ; Ibn uz-Ziba'râ, dont le cas est semblable - p. 137. De même en est-il de Abdullâh ibn Abî Umayya - p. 409, p. 448 -, qui était harbî lorsqu'il a fait le sabb puis qui est venu repentant - p. 409 - ; et de Abû Sufyân ibn ul-Hârith - pp. 137-141, p. 409, p. 448 -, qui était harbî quand il avait fait le sabb puis qui est venu repentant - p. 409 - : Ibn Taymiyya relève qu'il n'est pas dit dans les récits concernant ces 2 hommes, que le Prophète souhaitait leur appliquer une sanction puis finit par leur pardonner, mais seulement qu'il se détourna d'eux, puis finit par leur pardonner - p. 448.
Quant aux mu'âhid ayant fait le sabb après avoir été mu'âhid, cela a constitué de leur part chose plus grave encore. C'est pourquoi parfois le Prophète a accordé son pardon mais a exprimé qu'il aurait pu quand même sanctionner pareille personne, et ce, bien que celle-ci se fût entretemps repentie ("تاب السابّ قبل القدرة عليه", soit le cas 2.2 ou 2.3) ; ce fut le cas de Abdullâh ibn Sa'd ibn Abî Sar'h (As-Sârim, pp. 109-126, p. 409, p. 448), qui avait apostasié et avait fait sabb et iftirâ', puis s'était reconverti à l'islam : le Prophète finit par lui pardonner suite à l'intercession de Uthmân ibn 'Affân ; et ce fut le cas de Anas ibn Zunaym (As-Sârim, p. 448), qui était mu'âhid lorsqu'il avait fait sabb, puis est venu, se repentant et s'étant converti à l'islam : le Prophète finit par lui pardonner suite à l'intercession de Nawfal. Dans ces deux cas, malgré qu'ils étaient dans le cas 2.2 ou 2.3 il a exprimé qu'il aurait pu leur appliquer la sanction, et ce parce qu'ils étaient mu'âhid avant de faire ce sabb. Mais il finit par leur accorder son pardon.

-
Depuis le décès du Prophète (sur lui soit la paix) :

--- cas i) si c'est une personne jusqu'alors musulmane qui a commis ce Sabb, alors :

------- si cette personne a été interpelée, et ensuite seulement s'est repentie (تاب بعد أن يرفع إلى السلطان, soit le cas 2.1), alors :

----------- d'après l'école hanafite, et d'après l'avis le plus répandu au sein de l'école shafi'ite, aucune sanction ne lui est applicable ; la raison en est que ces ulémas ne font pas de différence entre les différents cas d'apostasie ; dans tous les cas d'apostasie, ces ulémas préconisent donc la istitâba, pour que la personne revienne justement sur ce qu'elle avait proférée ; et dès qu'elle revient, aucune sanction ne lui est plus applicable (As-Sârim, p. 313) ;
----------- d'après les ulémas des écoles malikite et hanbalite, la sanction reste alors applicable (cela, bien sûr, jamais en pays non-musulman, mais en pays musulman, et encore, dans le pays musulman qui a atteint le niveau voulu par rapport à sa société : nous l'avons dit plus haut) ; cela est dû au fait que :
--------------- certains de ces ulémas pensent que, après le décès du Prophète, cela est toujours une atteinte aux droits de sa personne, comme le qadhf l'est pour toute personne (catégorie D) : or une atteinte au droit d'une personne ne peut être pardonnée que par la personne lésée elle-même ; vu que le Prophète est décédé et qu'on ne peut pas savoir s'il pardonne ou pas, la sanction demeure applicable ;
--------------- d'autres ulémas sont quant à eux d'avis que, depuis le décès du Prophète (sur lui soit la paix), les cas de dénigrement de sa personne ne constituent plus qu'une atteinte aux seuls droits de Dieu (catégorie A) ; or, pour une atteinte aux purs droits de Dieu également, si c'est après avoir été interpelée que la personne se repent, la sanction demeure applicable sur le plan temporel (bien que dans l'au-delà son repentir lui sera bénéfique dans la mesure où le Prophète ne réclamera pas son droit). "وذلك أنه إذا كان صلى الله عليه وسلم قد أباح الله له أن يعفو عنه، كان المغلب في هذا الحد حقه (بمنزلة سب غيره من البشر؛ إلا أن حد سابه القتل* وحد ساب غيره الجلد). وإذا كان المغلب حقه، وكان الأمر في حياته مفوضا إلى اختياره لينال بالعفو علي الدرجات تارة، ويقيم بالعقوبة من الحدود ما ينال به أيضا على الدرجات. (...) وإذا كان يجوز له [في حياته] أن يقتل* هذا الساب بعد مجيئه مسلما، وله أن يعفو عنه؛ فبعد موته تعذر العفو عنه، وتمحضت العقوبة حقا لله سبحانه فوجب استيفاؤها على ما لا يخفى" (As-Sârim, p. 417) (* un autre avis existe quant à la nature de la sanction applicable, nous l'avons cité plus haut) ;

------- et si cette personne (jusqu'alors musulmane et qui avait manqué de respect à la mémoire du Prophète) s'était déjà repentie, et que c'est ensuite qu'elle a été interpelée (تاب قبل أن يرفع إلى السلطان, soit le cas 2.2 ou 2.3), alors :

----------- d'après l'avis des malikites, la sanction lui est quand même applicable : le fait est que cette école n'applique pas de différence entre "تاب قبل أن يرفع إلى السلطان" (cas 2.1) et "تاب بعد أن يرفع إلى السلطان" (cas 2.2), nous l'avons déjà vu plus haut ;
----------- d'après l'avis retenu par des ulémas hanbalites, la sanction lui est quand même applicable, car cela a touché le droit personnel du Prophète (catégorie D) : or une telle atteinte ne peut être excusée que par la personne lésée elle-même ; depuis que le Prophète est décédé, on ne peut pas savoir s'il pardonne ou pas, la sanction demeure donc applicable ;
----------- d'après l'école hanafite et d'après l'avis le plus pertinent au sein de l'école shafi'ite, aucune sanction n'est applicable à cette personne (As-Sârim, p. 313) : c'est ici la même règle que précédemment (dans le cas 2.1). L'école hanafite n'applique pas de différence entre "تاب قبل أن يرفع إلى السلطان" (cas 2.1) et "تاب بعد أن يرفع إلى السلطان" (cas 2.2), et les deux cas entraînent donc la même règle. Quant à l'école shafi'ite, quand là-bas ("تاب بعد أن يرفع إلى السلطان" : cas 2.1) aucune sanction n'est applicable, alors à plus forte raison ici (2.2 et 2.3) ;
----------- d'après certains autres ulémas (hanbalites ?), aucune sanction n'est applicable à cette personne : et ce car ce délit est (depuis le décès du Prophète, sur lui soit la paix) devenu comparable à un Sabb-ullâh (soit un droit de la catégorie A) ; or, d'après ces ulémas, pour toute atteinte aux purs droits de Dieu (catégorie A), le repentir fait avant d'être interpelé (2.2) rend la sanction caduque (même si un témoignage est produit entretemps) : أما من [ألف] سوى بين من سب الله ومن سب رسوله، و[ب] قال: "إن الحدود تسقط بالتوبة قبل القدرة"، فإنه يسقط القتل هنا، لأنه حد من الحدود الواجبة لله تعالى تاب صاحبه قبل القدرة عليه. (وهذا موجب قول من قال: "إن توبته تنفعه فيما بينه وبين الله، ويسقط عنه حق الرسول في الآخرة"؛ وبه صرح غير واحد من أصحابنا وغيرهم.) لأن التوبة المسقطة لحق الله وحق العبد وجدت قبل أخذه لإقامة الحد عليه؛ وذلك أن هذا الحد ليس له عافٍ عنه [بعد موته صلى الله عليه وسلم]؛ فإن لم تكن التوبة مسقطة له، لزم أن يكون من الحدود ما لا تسقطه توبة قبل القدرة، ولا عفوَ [يمكن، بسبب موت صاحب الحق]؛ وليس لهذا نظير [في الشرع حسب تأويل المذهبين الشافعي والحنبلي في المشهور منهما]. نعم، لو كان الرسول صلى الله عليه وسلم حيا، لتوجه أن يقال: لا يسقط الحد إلا عفوه بكل حال" (As-Sârim, pp. 511-512). Cette  "التسوية بين من سب الله ومن سب رسوله" semble ne concerner que la période qui suit le décès : "وإذا كان المغلب حقه، وكان الأمر في حياته مفوضا إلى اختياره (...)؛ فبعد موته تعذر العفو عنه، وتمحضت العقوبة حقا لله سبحانه" (As-Sârim, p. 417).

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--- cas ii) et si c'est une personne non-musulmane résidant en Dâr ul-islâm qui a fait le Sabb du Prophète (sur lui soit la paix) ou d'un autre prophète (par exemple elle a affirmé que Jésus était un fils d'adultère : Ad-Durr ul-mukhtâr 6/347), alors :

--------- d'après les écoles hanafite et shafi'ite, c'est, alors, systématiquement une sanction laissée à l'appréciation du juge qui est applicable à cette personne (As-Sârim, p. 313) (cela sous réserve que cela ne va pas entraîner une mafsada plus grande que celle qu'on entend réparer, comme expliqué plus haut). Et :
------------- d'après l'école shafi'ite, cette règle que nous venons de voir est applicable à cette personne seulement lorsqu'elle regrette et dit revenir au pacte ('ahd) la liant en tant que non-musulmane au pays musulman (Dâr ul-islâm) (As-Sârim, p. 330). Car, selon cette école (comme d'après les écoles malikite et hanbalite), le Sabb rompt ce pacte (et c'est alors une sanction plus grave qui est applicable d'après ces écoles) ;
------------- et d'après l'école hanafite, cette règle est systématique (As-Sârim, p. 10 ; cet avis a été également cité dans Radd ul-muhtâr 6/345). Par ailleurs, d'après cette école, ce Sabb constitue un délit mais ne rompt pas le pacte liant cette personne non-musulmane au pays musulman (Dâr ul-islâm) (Ad-Durr ul-mukhtâr, 6/344-345). Par ailleurs, la rupture du pacte n'entraîne pas, d'après l'école hanafite, une sanction aussi grave que c'est le cas d'après les 3 autres écoles.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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