Qu'est-ce qu'un "Kinâya" (une formule dont il faut retenir non pas le sens apparent de ses mots, mais ce que cela implique, ou ce qui en est impliqué) ? Y a-t-il de tels termes dans le Coran et la Sunna ? - الكناية

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Chez les spécialistes de la rhétorique arabe, on trouve le terme Kinâya avec le sens qui va suivre :

----- La situation normale est que le terme/ la formule qu'il a choisi(e), le locuteur l'emploie en ayant comme objectif de signifier ce qui est son sens apparent. C'est ce qu'on appelle at-Tasrîh : le fait de dire explicitement ce que l'on veut dire.

----- Cependant, le locuteur fait parfois at-Ta'rîdh : faire comprendre à l'interlocuteur quelque chose sans le lui dire explicitement : soit pour que seuls certains parmi les personnes présentes comprennent ; soit pour la beauté du langage ; soit par volonté d'atténuation ; soit parce qu'on ne peut pas dire la chose explicitement.
------- Et l'un des outils utilisés pour réaliser at-Ta'rîdh est : le Kinâya ; il s'agit du terme / de la formule que le locuteur emploie en ayant comme objectif premier de signifier ce qui est le malzûm de son sens apparent, ou le lâzim de ce sens apparent.
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Ce qui implique quelque chose, cela s'appelle : le malzûm ; il s'agit de ce qui entraîne autre chose ; de ce qui est en amont de cette chose.
Ce qui est impliqué par autre chose, cela s'appelle : le lâzim ; il s'agit de ce qui est entraîné ; de ce qui est en aval de cette autre chose.
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L'implication (luzûm) est un phénomène qui :
--- parfois, se situe
au niveau du réel (fi-l-wâqi') et de l'esprit (fi-dh-dhih'n),
--- et, d'autres fois, existe
au niveau de l'esprit (fi-dh-dhih'n) seulement.

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Un premier exemple : "Il est montré du doigt" a comme sens apparent : "Des gens se le montrent les uns les autres par le moyen de leur doigt" ; mais il s'agit d'une locution employée en langue française avec pour objectif essentiel de signifier : "Il est critiqué".
Cela s'explique par le fait que quand quelqu'un est critiqué, cela entraîne que des gens le désignent par leur doigt pour parler en mal de lui ("Lui, là-bas, est ainsi et ainsi"). Le sens visé par la phrase ("Il est critiqué") est donc en fait dans le réel le malzûm (ce qui, dans le réel, a souvent impliqué) le sens apparent de la phrase ("Des gens le désignent du doigt"). Montrer quelqu'un du doigt est le lâzim, c'est-à-dire est parfois / souvent la conséquence du fait qu'on le critique.
Bien que le sens essentiellement voulu est : "Il est critiqué", le sens apparent peut également et en même temps, être signifié, mais cela de façon forcément secondaire : ce sens-là n'est pour sa part visé par la formule : il n'est pas le mahkûm 'alayh (thème) du mahkûm bihî (propos) énoncé, même s'il peut être sous-entendu également.
Tout cela bien que, dans le réel, ce n'est pas chaque fois que quelqu'un est critiqué que cela implique qu'il soit, alors, montré du doigt. Et bien que, toujours dans le réel, ce n'est pas chaque fois que quelqu'un est montré du doigt que cela est une implication du fait qu'en amont il soit critiqué. En fait il s'agit maintenant d'une implication dans le seul esprit, mais elle est apparue à cause de la quantité de fois où il y a eu une telle implication dans le réel. L'usage ('Urf) s'est donc approprié cette formule pour lui conférer ce sens.

En langue arabe, cette locution "Il est montré du doigt" (يشار إليه بالبنان) signifie : "Il est célèbre".

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Un second exemple : Au lieu de dire clairement (صراحةً) : "Mon père est mort", on dit, avec un objectif d'atténuation : "Mon père n'est plus parmi nous" / "Mon père nous a quittés" / "Mon père s'en est allé". Le sens voulu et non-exprimé ("Il est mort") est le malzûm du / ce qui implique le sens apparent ("Il est parti d'ici"). Et cela bien que ce n'est pas chaque fois que quelqu'un part que cela implique que ce soit parce qu'il est mort.

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Différence entre le Majâz et le Kinâya :

La différence avec le Majâz (c'est-à-dire : le terme utilisé en son sens figuré) est que dans le cas du Majâz, le sens apparent du terme n'est pas du tout visé par la signification ; au contraire, il y a (dans le texte ou bien dans le contexte) un indice qui montre que ce sens apparent n'est pas signifié.
Ainsi, dans le Coran, Dieu relate que l'un des deux compagnons de prison du prophète Joseph dit à ce dernier, lui relatant son rêve dont il voulait l'interprétation : "قَالَ أَحَدُهُمَآ إِنِّي أَرَانِي أَعْصِرُ خَمْرًا" : "L'un d'eux dit : "Je me vois (en rêve) pressant du khamr"" (Coran 12/36). Le terme "khamr" (خمر) désigne une boisson alcoolique (soit le vin précisément, soit toute boisson alcoolique : lire notre article). Or c'était en réalité de "raisin" – et non de "vin" – que cet homme parlait : il voulait dire qu'il s'était vu en rêve pressant du raisin. Le fait est qu'il est impossible (ou insensé) de presser du vin : c'est là l'indice, qarîna, que le terme "khamr" n'est pas à appréhender, ici, en son sens propre.

Alors que, dans le cas du Kinâya, le sens apparent du terme peut ne pas être signifié en même temps que le sens voulu, comme il peut lui aussi être signifié (en même temps que le sens voulu), mais cela de façon forcément secondaire : ce sens apparent n'est pour sa part pas visé par le locuteur.
On l'a vu ci-dessus avec la locution "être montré du doigt" : le sens voulu par le locuteur est : "être critiqué" (en français) / "être connu" (en arabe) ; en sus, il se peut que la personne soit, également, véritablement montrée du doigt, comme il se peut qu'elle ne le soit pas du tout.

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Définition du Kinâya chez les spécialistes de la rhétorique arabe :

Le terme Kinâya provient d'une racine qui recèle le sens de "dissimuler" : "وهو مأخوذ من قولهم: كنوت الشيء وكنيته، أي سترته" (At-Ta'rîfât)

Voici la définition du Kinâya donnée par Sad'r ush-sharî'a :
عند علماء البيان الكناية لفظ يقصد بمعناه) أي بمعناه الموضوع له (معنى ثان ملزوم له، وهي لا تنافي إرادة الموضوع له، فإنها استعملت فيه لكن قصد بمعناه معنى ثان، كما في طويل النجاد) فإنه استعمل في الموضوع له، لكن المقصود والغرض من طويل النجاد طويل القامة، فطول القامة ملزوم لطول النجاد. (بخلاف المجاز فإنه استعمل في غير ما وضع له، فينافي إرادة الموضوع له" (At-Tawdhîh, 1/159).

At-Taftâzânî commente cela ainsi :
"يعني أن الصريح والكناية أيضا من أقسام الحقيقة والمجاز، وليست الأربعة أقساما متباينة. أما عند علماء الأصول فلأن (...). وأما عند علماء البيان فلأن الكناية لفظ قصد بمعناه معنى ثان ملزوم له؛ أي لفظ استعمل في معناه الموضوع له لكن لا ليتعلق به الإثبات والنفي ويرجع إليه الصدق والكذب، بل لينتقل منه إلى ملزومه، فيكون هو مناط الإثبات والنفي ومرجع الصدق والكذب. كما يقال: "فلان طويل النجاد" قصدا بطول النجاد إلى طول القامة، فيصح الكلام وإن لم يكن له نجاد قط، بل وإن استحال المعنى الحقيقي (...) بخلاف المجاز فإنه من حيث إنه مجاز مشروط بقرينة مانعة عن إرادة الموضوع له. (...) وبالجملة كون الكناية من قبيل الحقيقة صريح في المفتاح وغيره. فإن قيل: قد ذكر في المفتاح "أن الكلمة المستعملة إما أن يراد معناها وحده، أو غير معناها وحده، أو معناها وغير معناها؛ والأول الحقيقة في المفرد، والثاني المجاز في المفرد، والثالث الكناية." وهذا مشعر بكون الكناية قسيما للحقيقة والمجاز مباينا لهما. قلنا: أراد بالحقيقة هاهنا الصريح منها بقرينة جعلها في مقابلة الكناية، وتصريحه عقيب ذلك بأن الحقيقة والكناية يشتركان في كونهما حقيقتين ويفترقان بالتصريح وعدمه. لا يقال: فإذا أريد بالكلمة معناها وغير معناها معا، يلزم الجمع بين الحقيقة والمجاز، إذ لا معنى له لا إرادة المعنى الحقيقي والمجازي معا. لأنا نقول: الممتنع إنما هو إرادتهما بالذات، وفي الكناية إنما أريد المعنى الحقيقي للانتقال منه إلى المعنى المجازي" (At-Talwîh, 1/158-159).
"فلهذا قال المصنف رحمه الله تعالى إنهم لو فسروا الكناية كما فسرها به علماء البيان لما احتاجوا إلى هذا التكلف. وتقريره أن الكناية عند علماء البيان أن يذكر لفظ ويراد معناه لكن لا لذاته بل لينتقل منه إلى معنى ثان هو ملزوم للمعنى الأول، كما يراد بطول النجاد معناه الحقيقي، لينتقل منه إلى ما يلزمه من طول القامة. فيراد بالبائن معناه الحقيقي، ثم ينتقل منه بواسطة نية المتكلم إلى ملزومه الذي هو الطلاق، فتطلق المرأة على صفة البينونة. ولا يكون أنت بائن بمنزلة أنت طالق على ما هو شأن المجاز ليلزم كونه رجعيا. وهذا مبني على أن المراد في الكناية هو اللازم بالعرض والملزوم بالذات، على ما سبق تحقيقه. وأما على قول من يكتفي في الكناية بمجرد جواز إرادة المعنى الحقيقي، فلا يتأتى ذلك" (Ibid., 1/262-263).

La définition que al-Jurjânî donne pour sa part du Kinâya est plus globale, et constitue en fait la définition de la Ta'rîdh (dont le Kinâya n'est qu'un des outils) : "والكناية عند علماء البيان: هي أن يعبر عن شيء، لفظًا كان أو معنى، بلفظ غير صريح من الدلالة عليه، لغرض من الأغراض كالإبهام على السامع، نحو: جاء فلان، أو لنوع فصاحة، نحو: فلان كثير الرماد، أي كثير القِرَى" (At-Ta'rîfât).

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Voici quelques exemples de Kinâya présents dans le Coran ou la Sunna :

– Dans le verset coranique : "وَإِن كُنتُم مَّرْضَى أَوْ عَلَى سَفَرٍ أَوْ جَاء أَحَدٌ مِّنكُم مِّن الْغَآئِطِ أَوْ لَمَسْتُمُ النِّسَاء فَلَمْ تَجِدُواْ مَاء فَتَيَمَّمُواْ صَعِيدًا طَيِّبًا فَامْسَحُواْ بِوُجُوهِكُمْ وَأَيْدِيكُمْ" : "Et si vous êtes malades [et ne devez donc pas utiliser l'eau], ou en voyage – (alors que) l'un de vous revient du lieu creux, ou que vous avez touché une femme – et que vous ne trouvez pas d'eau, alors dirigez-vous vers une terre pure, et alors passez vos mains sur vos visages et vos bras" (Coran 4/43).

–--- "Partir au lieu creux" est un euphémisme pour signifier : "avoir fait ses besoins". C'étaient des lieux de ce genre que les Arabes des anciens temps choisissaient pour y faire leurs besoins naturels. Primo il s'agissait donc de s'y rendre, oui, mais avec un objectif particulier : y faire ses besoins. Secundo la formule est devenue un kinâya, utilisée pour désigner en fait : "faire ses besoins", qui est le lâzim de / ce qui est impliqué par son sens premier ("se rendre véritablement en pareil lieu"). Cela est demeuré, que ce sens premier soit lui aussi réalisé (et donc qu'on se rende véritablement en pareil lieu), ou qu'il ne soit pas réalisé, ou qu'il ne soit plus du tout réalisé (comme dans le contexte citadin d'aujourd'hui).
Ibn ul-Jawzî écrit : "والغائِط: المكان المطمئن من الأرض، فكني عن الحدث بمكانه؛ قاله ابن قتيبة" (Zâd ul-massîr). Al-Qurtubî écrit : "الغائط أصله ما انخفض من الأرض، والجمع الغيطان أو الأغواط، وبه سمي غوطة دمشق. وكانت العرب تقصد هذا الصنف من المواضع لقضاء حاجتها تسترا عن أعين الناس. ثم سمي الحدث الخارج من الإنسان غائطا للمقارنة" (Tafsîr ul-Qurtubî). Al-Qurtubî écrit qu'ensuite le terme a eu un autre sens encore : "les matières rejetées lors de ses besoins" ; il s'agit ici d'un naql.

–--- "Toucher la femme" évoque seulement, d'après Ibn Abbâs : "avoir des relations intimes avec son épouse" (cette interprétation impliquant que ce verset évoque ce qui annule les petites ablutions mais aussi ce qui annule les grandes ablutions). C'est l'avis retenu par l'école hanafite. Ibn Abbâs a explicitement employé le terme "kinâya" : "عن قتادة قال، قال سعيد بن جبير وعطاء في التماس: الغمز باليد. وقال عبيد بن عمير: الجماع. فخرج عليهم ابن عباس فقال: أخطأ الموليان وأصاب العربي، ولكنه يعف ويكني" (Tafsîr ut-Tabarî, 9587). "عن سعيد بن جبير قال: ذكروا اللمس، فقال ناس من الموالي: ليس بالجماع. وقال ناس من العرب: اللمس الجماع. قال: فأتيت ابن عباس فقلت: إن ناسا من الموالي والعرب اختلفوا في"اللمس"، فقالت الموالي: ليس بالجماع، وقالت العرب: الجماع. قال: من أي الفريقين كنت؟ قلت: كنت من الموالي. قال: غلب فريق الموالي! إن"المس" و"اللمس"، و"المباشرة": الجماع؛ ولكن الله يكني ما شاء بما شاء" (Ibid., 9581).
En fait le verset emploie un Kinâya :
–------ soit le sens voulu ("avoir des relations intimes avec elle") est le lâzim du / ce qui est impliqué par le sens originel de la formule ("la toucher") (c'est-à-dire que le réel du sens voulu est ce qui est impliqué - lâzim - par le réel du sens originel). Il s'agit alors, primo, d'un sens particulier du terme "toucher" (لفظ عام أريد به معنى خاص) : ce qui est signifié ici est le fait de la toucher dans un sens particulier (un toucher à connotation érotique). Secundo, ce n'est pas seulement ce sens, même particulier, qui est signifié, mais ce qui est en découle (lâzim) : les relations intimes complètes. Certes, ce n'est pas chaque fois qu'un mari touche son épouse de façon érotique que, dans le réel, cela conduit à une relation intime. En fait il s'agit désormais d'une implication dans le seul esprit, due à une quantité de fois où il y a eu une telle implication dans le réel. Et c'est l'usage ('Urf) qui a conféré ce sens à cette formule ;
–------ soit le sens voulu ("avoir des relations intimes avec elle") est le malzûm du / ce qui implique le sens originel de la formule ("la toucher"). Et ce parce que, pour avoir une relation intime, il est nécessaire qu'il y ait un toucher : en ce sens, le toucher est alors le lâzim (ce qui est impliqué) de la relation intime ; et la relation intime est le malzûm du toucher.

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– Dans le verset coranique : "وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الْمَحِيضِ قُلْ هُوَ أَذًى فَاعْتَزِلُواْ النِّسَاء فِي الْمَحِيضِ وَلاَ تَقْرَبُوهُنَّ حَتَّىَ يَطْهُرْنَ فَإِذَا تَطَهَّرْنَ فَأْتُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ أَمَرَكُمُ اللّهُ إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ التَّوَّابِينَ وَيُحِبُّ الْمُتَطَهِّرِينَ " : "Tenez-vous à l'écart des femmes pendant les règles et ne vous approchez pas d'elles, jusqu'à ce qu'elles soient pures. Alors, lorsqu'elle se seront purifiées, venez à elles de la façon que Dieu vous l'a ordonné. Dieu aime ceux qui se repentent et ceux qui se purifient" (Coran 2/222).

–--- "Venez à elles" induit une autorisation seulement, et c'est un Kinâya pour dire : "Vous pouvez avoir des relations intimes avec elles" : "قوله تعالى: {فأتوهن من حيث أمركم الله} أي فجامعوهن. وهو أمر إباحة. وكنى بالإتيان عن الوطي" (Tafsîr ul-Qurtubî). Le sens voulu ("avoir des relations intimes avec elles") est le malzûm du / ce qui implique le sens originel de la formule ("venir à elles"). Et ce parce que, pour avoir une relation intime, il est nécessaire qu'il y ait un rapprochement physique : ce rapprochement est le lâzim (ce qui est impliqué) de la relation intime ; et la relation intime est le malzûm de ce rapprochement.

–--- "Tenez-vous à l'écart des femmes pendant les règles et ne les approchez pas" : la Sunna a montré qu'il ne s'agit pas de ne plus du tout s'approcher d'elles, car la fréquentation normale demeure autorisée ; de même, les étreintes amoureuses et les touchers érotiques sont autorisés sur tout le corps (d'après un hadîth, retenu pour ce point par l'école hanbalite et l'avis le plus pertinent de l'école shafi'ite d'après an-Nawawî) / sur tout le corps sauf la partie comprise entre le nombril et les genoux (d'après d'autres hadîths, retenus pour ce point par les écoles hanafite et malikite). Ce qui est interdit ce sont les relations intimes.
Dès lors, ces deux verbes sont (d'après une interprétation) des Kinâya pour dire : "N'ayez pas de relations intimes avec elles". Le sens voulu ("ne pas avoir de relations intimes avec elles") est le malzûm du / ce qui implique le sens originel de la formule ("ne pas s'approcher d'elles"). Et ce parce que, pour ne pas avoir de  relation intime, il est nécessaire qu'il n'y ait de rapprochement physique : cette absence de rapprochement est le lâzim de / ce qui est impliqué par l'absence de relation intime ; et l'absence de relation intime est le malzûm de / ce qu'implique le fait de ne pas s'approcher.
(Tandis que d'après l'autre interprétation, ces deux verbes sont à appréhender en leur sens apparent, et la Sunna a montré qu'il s'agit de rester à l'écart de telle et telle partie du corps précisément).

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– Dans le célèbre hadîthu Ummu Zar', une épouse qualifia ainsi son mari : "قالت التاسعة: زوجي رفيع العماد، طويل النجاد، عظيم الرماد، قريب البيت من الناد" : "La neuvième dit : "Mon mari est long de taille, tawîl un-nijâd, 'azîm ur-ramâd", doté d'une maison proche de l'assemblée" (B 4893, M 2448).
–--- "Tawîl' un-nijâd" : littéralement : "avoir un fourreau d'épée qui est particulièrement long" : cela est en fait le lâzim de (ce qui est impliqué par) avoir une grande taille corporelle (sinon le fourreau traînerait par terre lorsque ceint à la taille). Le sens voulu ("être de grande taille") par cette formule est donc le malzûm de son sens premier ("porter un long fourreau d'épée").
–--- "'Azîm ur-ramâd" : littéralement : "avoir beaucoup de cendres chez soi" : en fait cela est le lâzim de (ce qui est impliqué par) faire cuire de nombreux plats, ce qui est lui-même le lâzim de devoir servir beaucoup à manger, ce qui est à son tour le lâzim d'avoir de nombreux hôtes chez soi, ce qui est le lâzim d'être hospitalier. Le sens voulu par cette formule ("être hospitalier") est donc le malzûm de son sens premier ("avoir beaucoup de cendres chez soi").

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"الحقي بأهلك" possède un sens littéral ("Pars chez ta famille") :
--- cette formule est parfois utilisée pour ne signifier que ce sens littéral ; comme Ka'b ibn Mâlik (que Dieu l'agrée) l'a fait : "فقال: إن رسول الله صلى الله عليه وسلم يأمرك أن تعتزل امرأتك، فقلت: أطلقها؟ أم ماذا أفعل؟ قال: لا، بل اعتزلها ولا تقربها. وأرسل إلى صاحبي مثل ذلك. فقلت لامرأتي: الحقي بأهلك، فتكوني عندهم، حتى يقضي الله في هذا الأمر" (al-Bukhârî, 4156) ;
--- mais elle est parfois employée pour désigner le malzûm de ce sens littéral (c'est-à-dire : ce qui implique ce sens littéral) : "nous sommes désormais divorcés, aussi repars chez ta famille". Cette formule a été employée avec ce sens kinâ'ï par le prophète Ismaël (que la paix soit sur lui) : "ذاك أبي، وقد أمرني أن أفارقك، الحقي بأهلك" (al-Bukhârî, 3184) et par le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) : "عن عائشة، رضي الله عنها: أن ابنة الجون لما أدخلت على رسول الله صلى الله عليه وسلم ودنا منها، قالت: أعوذ بالله منك. فقال لها: "لقد عذت بعظيم، الحقي بأهلك" (al-Bukhârî, 4955).

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– On trouve dans les hadîths des termes et formules tels que : "تربت يداك" ; "رغم أنف فلان" ; "ويحك" ; "ثكلتك أمّك" ; "لا أمّ لك" ; "عقرى حلقى" ; etc. : littéralement chacune de ces paroles veut dire ce que chacun voit bien.
Certains d'entre elles sont des Kinâya, à l'instar de "تربت يداك" : littéralement : "Que tes deux mains soient dans la terre", cela signifie en fait : "Que tu sois pauvre !" (FB 9/170) : le sens voulu est le malzûm du sens littéral.
Or ici, pour ce Kinâya "Que tes deux mains soient dans la terre" comme pour le Sarîh "Malheur à toi !", nous avons un autre phénomène encore : il y a eu déplacement, Naql, du sens de ces locutions : celles-ci ne constituent plus l'invocation qu'elles sont sensées constituer : elles signifient seulement : "étonnement", "attention", "léger reproche" ou "exhortation" : "
التنبيه أو الحث أو الإنكار أو التعجب".

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Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

 

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